Derrière ce pseudonyme ridicule, révélateur d'une mode Anglo-saxonne d'après-guerre, se cache un écrivain,
un homme, du nom de Roger Blondel.
Curieux personnage, biographie insaisissable: collaborateur pendant la guerre d'après J. Sadoul.
Carrière dans la politique secrète et antimilitariste d'après J. P. Andrevon.
Décorateur , enseignant et peintre d'après Fiction Magazine.
Sculpteur, poète et que sais-je encore...
Dans sa préface des "Espaces enchevêtrés", F. Rivière suggère même que Roger Blondel serait aussi un pseudonyme...
Quoi qu'il en soit, B.R. Bruss, après avoir publié plusieurs contes (?), apparaît en 1946, à l'âge de 51 ans avec son
premier roman Et la planète sauta, qui rencontra un franc succès auprès des critiques,
mais passa quasi inaperçu auprès du grand public.
En 1953, il publia son deuxième roman, Apparition des surhommes. Cette deuxième publication lui permit de rencontrer les éditions Fleuve Noir Anticipation et de signer un contrat alimentaire qui absorbera,
des 1954, la presque totalité de son travail.
Il réservera ses idées personnelles à d'autres éditeurs plus "littéraires".
Il était, avec notamment : F. Richard-Bessière, Maurice Limat, M.-A. Rayjean et Stéphan Wull, écrivain de SF à la tache pour Fleuve Noir Anticipation qui publiait un roman par mois dans les kiosques de gare ( façon d'parler) et parmi les premiers auteurs à assurer la totalité du catalogue FNA.
Les thèmes développés dans son œuvre étaient basés sur les fantasmes à la mode dans ces années là: survie de la race humaine après une guerre nucléaire, conquête de l'espace, combat pour la survie de l'humanité contre un envahisseur extra terrestre ou un tyran voulant devenir le maître du monde...
Il s'agissait de littérature pour adolescents, pleine de bons sentiments, avec toujours le même nombre de pages, comme Asterix ou Tintin ! Plus, deux hideuses illustrations par volume, malheureusement pas dessinées par Brantonne et l'obligatoire histoire d'amour, torride, passionnelle, parfaite, ils sont fait l'un pour l'autre, beaux, intelligents, bons en tout,
se rencontrent au début, se marient à la fin, vierges, les deux frères épousant les deux sœurs le même jour,
après avoir sauvé l'univers.
Il me semble que ces histoires d'amour d'un autre âge, ainsi que les dénouements toujours heureux devaient être imposés par l'éditeur. L'ensemble est d'obédience boy-scout ascendant Monsieur Propre, ce qui ne semblait pas être le cas de Roger Blondel, qui passe le plus clair de son temps à tringler dans ses autres bouquins... C'était peut-être un romantique actif ?
Le grand talent de B.R. Bruss est que : sur les soixante bouquins qu'il a pondus, visiblement sans trop se relire, réside une bonne dizaine de perles, une quarantaine de bons romans honnêtes et dix croutes infâmes ! ce qui est une moyenne fort honorable pour un auteur aujourd'hui complètement oublié et considéré, à juste titre il est vrai, comme un écrivain mineur.
Ses grands classiques maintes et mantes fois réédités sont "Le tambour d'angoisse" et la trilogie "Terre
Siècle 24", "An 2391" et "Complot Venus-Terre". Il n'existe pas, me semble-t-il à ce jour, de roman édité de B.R. Bruss. Il vous faudra faire comme moi : les puces, ( rares ) les vendeurs sur les marchés ( très rares ) les boutiques spécialisées
( souvent hors de prix ) ou les sites internet ( très bien pour certains... )
Pour beaucoup, ses grands classiques sont: "Et la planète sauta" et " Apparition des surhommes", mais je considère "Parle robot" comme son meilleur livre avec "Terre Siècle 24", "l'astéroïde noir" et "Le grand Kirn", sans oublier le roman le plus étrange de tout B.R. Bruss/Blondel " L'œil était dans la tombe..." texte sulfureux et glauque, aux antipodes des bluettes spatiales habituelles, pourtant paru aux éditions F.N.Angoisse n° 7.
On sait peu de choses sur lui, si ce n'est qu'il fit beaucoup de traductions de SF américaine, toujours pour FNA, en plus d'écrire sous son propre nom, principalement pour Lattès. Je n'ai à ce jour vu qu'une seule
et unique photo de lui et elle ne ressemblait à rien. ( la photo )
Un film aurait été fait pour la télévision tiré d'un de ses romans L'archange écrit sous le nom de Blondel,
ainsi qu'un drame radiophonique : Sous un ciel couleur d'aubergine.
B.R. Bruss partageait sa vie entre l 'Auvergne et Paris. Il vivait, parait-il, dans un manoir du XVIIIe siècle et pratiquait de nombreuses activités artistiques comme la peinture qui lui valut plusieurs expos dans des galeries branchées de Paris, la poésie, la sculpture et même la musique.
Pour finir, je ne possède aucune preuve écrite, mais je peux vous affirmer sans crainte qu'il a eu, à un moment ou à un autre de sa vie : une voiture, une machine à écrire, un compte en banque, un premier amour, un père et aussi une mère !
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