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Présentation de la 1ère partie:
SANS GLOIRE NI MÉDAILLES
OU
LE COMBAT IMAGINAIRE
d'après Jean Carpentier
REFLEXION D'UN OFFICIER RESCAPE DE LA DEBACLE DE 194O -
LE COMMANDANT MEDECIN Georges CHATAIGNIER -
PREMIERE PARTIE
Médecin civil de son état, il dirigeait avant
guerre, une clinique à Grenoble. Il était amer, le toubib. Il digérait très mal notre
défaite et s'en confiait souvent à ses amis, pensant sans cesse à tous les soldats,
officiers, sous-officiers qu'il avait dû soigner et rafistoler tant bien que mal, avant
de les expédier vers l'arrière.
Il songeait notamment à un sous-officier à qui il avait pu éviter l'amputation, par
suite d'une grave blessure à une cuisse.
Ce garçon, Robert Lefranc, à l'esprit ouvert, vif, intelligent, lui avait plusieurs fois
demandé pourquoi nous avions perdu cette bataille de France, pratiquement sans combattre.
Comment avions nous pu en arriver là ?
C'est au cours de ces amicales conversations que le commandant Châtaignier lui avait
livré ses réflexions et son point de vue sur les causes de notre défaite.
Se libérant ainsi petit à petit de sa colère rentrée, il expliquait tout cela avec
toute la patience désirable, et la conviction inébranlable que nous arriverions un jour
à redresser notre pays...
Il faut tout d'abord remonter rapidement à la grande crise de 1929, à cette débâcle
qui conduisit les anciens combattants de 14/18 à se révolter.
Une grande partie d'entre eux s'était regroupée sous la bannière des Croix de Feux,
mouvement fondé par le Colonel de La Roques, un héros de la grande guerre ; d'autres
associations plus ou moins politisées hélas, se partageant la confiance de l'autre
partie des poilus.
Ce mouvement des Croix De Feux, par son action dynamique et sa force numérique, en vint
à se soulever, allant jusqu'à menacer lexistence même de la 3ème république,
corrompue, et dont beaucoup de dirigeants et tireurs de ficelle étaient davantage
préoccupés par leur situation personnelle, la sauvegarde de leurs avantages et leurs
disputes partisanes, que par le redressement de notre pays.
Devant ce chaos, les anciens combattants étaient donc légitimement écoeurés, se
demandant souvent à quoi avait servi leur courage, leur souffrance et la mort de
centaines de milliers des leurs.
Il a suffi de peu pour que cette ruinepublique fut écrasée lors de cette
triste journée du 6 février 1934 où la révolte des anciens poilus fut noyée dans le
sang.
Terrible journée où l'on vit la garde républicaine charger ces anciens combattants dont
beaucoup auraient pu être leur frère ou leur père.
Ce lamentable drame fit baisser les bras à ces braves et les fit tourner en dérision
face à un pouvoir qui, momentanément ravigoté par sa victoire, s'empressa de dissoudre
le mouvement Croix De Feux.
La création par le Colonel De La Roques, du parti social français, à la suite de ce
drame, ne put empêcher la débâcle morale qui s'en suivit, la devise diviser pour
régner trouvant là sa pleine justification.
Pendant ce temps, d'autres partis politiques s'organisaient en profondeur, soutenus ou
créés par d'autres forces, plus ou moins secrètes, voire étrangères. C'est ainsi
qu'après deux années de salades politico-financières, arriva 1936, année du
renouvellement de la Chambre des Députés et que naquit le Front Populaire - Le Front
Popu- ainsi nommé par la masse de nos compatriotes...
Ce nouveau sigle politique avait été créé par l'entente du parti socialiste S.F.I.O.
du parti communiste et du parti radical-socialiste ; amalgame politico-activiste de
circonstance, destiné à s'emparer du pouvoir, profitant du mécontentement général et
exploitant les événements de 1934 comme une menace fasciste etc...
Leurs slogans clamant : à bas la droite, à bas le capitalisme, à bas l'armée,
vive l'union de la gauche.
Les travailleurs au pouvoir, ne pouvaient que déboussoler les électeurs et flatter les
jeunes, en leur faisant croire que l'armée était surtout faite pour les capitalistes et
les nantis.
C'est ainsi que la grande majorité des électeurs, écoeurés par les scandales passés,
endoctrinés par le dynamisme de cette nouvelle union, voulant que ça change,
vota massivement pour le Front Populaire.
Ceci, en vérité, était parfaitement compréhensible, la droite ayant bien trouvé ce
qu'elle cherchait : ses années de pouvoir ne lui ayant rien appris, elle avait fait
le lit de sa défaite...
Le Front Populaire, quel succès ! Depuis l'armistice de 1918, Paris n'avait jamais connu
un tel déferlement de joie et beaucoup de grandes villes n'étaient pas en reste.
Cependant, il fallait maintenant au nouveau pouvoir, tenir ses promesses, réaliser les
réformes promises, une gageure en pleine crise économique.
Ce fut, dans la foulée de sa victoire, la mise en route de la semaine de 4O heures, les
congés payés, les conventions collectives etc... ces mesures positives étant d'ailleurs
parfaitement normales.
Ici, une remarque s'impose. Et c'est là, le drame de notre société. Trop souvent
dirigée et animée par des hypocrites. Ainsi, à chaque fois ou presque, que les masses
ouvrières ont voulu des améliorations de leur condition de travail et de vie, il leur a
fallu avoir recours à la manière forte.
Il est cependant aussi évident qu'à chaque fois que la lutte sociale, par la grève en
particulier, s'est laissée détourner de son légitime but revendicatif, elle est devenue
une bataille politique, certains partis s'étant auto-proclamés les défenseurs des
travailleurs en en tirant un maximum de profits.
Ces avantages se sont vus tôt ou tard amoindris, voire éliminés par les conséquences
économiques en découlant, lorsque lesdits partis ont accédés au pouvoir, la démagogie
n'ayant jamais contribué à un véritable et durable projet, ni à la paix sociale.
C'est ainsi que si de 1936 à 1939, l'avancée sociale fut indéniable, les responsables
politique de notre pays, emportés par l'euphorie de leur victoire, ne se souciaient
guère des dangers extérieurs.
D'autre part, après leur succès, il ne surent pas adapter leur nouvelle politique aux
nécessités découlant des bouleversements provoqués par cette victoire ; les
entreprises ployant sous les charges ne suivaient plus, la vie devenait de plus en plus
chère ; les slogans ne suffisaient plus, la France était devenue bancale, comme un
individu ayant une jambe de bois.
Nous n'étions plus en état moral et matériel pour faire face aux événements qui se
préparaient ; nous subissions une sorte d'anesthésie qui allait être suivie du brutal
réveil que nous connaissons.
Pendant que chez nous, entre 1936 et 1938, l'armée était amoindrie, le service militaire
diminué et la situation économique malade, l'Allemagne, comme dopée par Adolp Hitler et
le National-Socialisme, se redressait économiquement, reconstituait son armée, se
moquant bien du traité de Versailles et de ses interdictions.
Ce fut la réoccupation de la rive gauche du Rhin par les troupes allemandes, nous étions
placés devant le fait accompli.
L'Angleterre, de son côté, ayant encaissé ce coup de force avec la même surprise que
nous, c'est donc conjointement que le président du Conseil Français, Edouard Daladier,
successeur de Léon Blum, et Neuville Chamberlin, le Premier Ministre anglais, prirent le
chemin de Munich.
Il nous fut raconté que cette entrevue avait permis le maintien de la paix et ce fut en
triomphateurs que Daladier et Chamberlin furent accueillis au Bourget.
Le coût de bluff d'Hitler avait réussi ; cependant, nos dirigeants, dans le succès
remporté par Edouard Daladier, purent ainsi tranquilliser l'opinion, clamant, qu'avec les
accords de Munich, nous n'avions rien à craindre ; et puis notre ligne Maginot
n'était-elle pas un rempart invincible contre toute agression ? En somme, la vie était
belle et l'horizon ensoleillé.
Cependant, l'alerte de Munich semblait avait fait réfléchir nos dirigeants.
C'est ainsi que des milliers de compatriotes traités de fasciste, de cagoulards, de
réactionnaires, suppôts du capitalisme, semblèrent, à ces purs et durs de la gauche,
redevenir des citoyens comme les autres.
Ces messieurs ne faisaient plus la pluie et le beau temps.
Nous approchions de 1939. Les remaniements ministériels avaient laissé une place plus
importante à des hommes plus modérés et Daladier était toujours très populaire ; il
faisait en quelque sorte, figure de sauveur.
D'autre part, avec la situation allant en s'aggravant, les Français, cités plus haut,
semblaient, aux yeux de nos responsables et des partis politiques s'y raccrochant, être
capables de faire de bons soldats car la trouille s'insinuait petit à petit dans leurs
rangs ; la juteuse poire de la gauche triomphante était blette et les événements
n'allaient pas tarder à accélérer leurs désillusions...
- LE DOULOUREUX REVEIL -
En effet, les mois de calme, du bonheur de vivre,
de l'insouciance bien française devant la marche du monde et de l'Europe en particulier,
firent s'estomper l'alerte de 1938.
La vie avait repris son cours normal, comme si de rien n'était.
L'été arrivant, les congés payés permettaient à des dizaines de milliers de nos
compatriotes d'envahir les lieux de vacance ; les plages regorgeaient de monde, cela
faisait plaisir à voir car tous ceux qui pouvaient profiter de ces congés, n'avaient pas
volé ce répit.
Notre jeunesse avait d'autres préoccupations que la politique ; en effet, elle avait fort
à faire pour intégrer parmi elle les dizaines de milliers de jeunes espagnols, garçons
et filles, qui depuis 1936, avaient franchi les Pyrénées, le Front Populaire ayant
échoué dans leur patrie, sous la poussée des armées du Général Franco.
Ayant vu ses principaux dirigeant contraints de s'expatrier, le peuple espagnol qui, lui
aussi, avait cru au rêve communiste, se retrouvait désemparé et beaucoup préférèrent
s'exiler, notamment en France, plutôt que de se soumettre à la dictature franquiste.
Il est également vrai que parmi les milliers de réfugiés s'étaient glissés des
responsables d'actes plus ou moins barbares perpétrés contre leurs compatriotes, au nom
de la victoire du Front Populaire de leur pays.
En ce sens, la France était tout de même plus chanceuse que nos voisins ; car au moins,
chez nous, il n'y avait pas eu de tels drames. Les troupes de Franco n'avaient également
pas été en reste dans sa répression contre les républicains espagnols.
Et Septembre arriva : Hitler et ses généraux, fanatisés, sûrs d'eux, après le coup de
Munich, envahirent brusquement la Pologne ; une fois de plus nous étions pris de court.
Et ce fut la guerre.
Le 3 Septembre 1939, l'Angleterre et la France
déclarèrent conjointement la guerre à lAllemagne.
Les dés étaient jetés. Pour compléter le tableau, lAllemagne Hitlérienne et la
Russie Stalinienne signèrent un pacte de non agression, laissant les mains libres à
lAllemagne à l'Ouest ; se partageant la Pologne, la Russie, annexant purement et
simplement les états baltes.
Ce coup de Jarnac de la Russie laissa pantois et assommés les alliés occidentaux ; une
nouvelle fois, nous étions placés devant le fait accompli. Entre temps, l'Autriche avait
basculé dans le camp allemand en s'y intégrant purement et simplement, minée de
l'intérieur par la doctrine national-socialiste...
Le parti communiste de chez nous se félicita évidemment du pacte germano-soviétique,
certain que, d'autre part, la Russie des travailleurs ne permettrait pas à l'Allemagne de
nous envahir...
Quelle illusion ! Et pour certains, mieux informés, quelle hypocrisie !
La suite des événements, chacun de nous la connaît. Après la drôle de guerre fraîche
et joyeuse, nos soldats devaient, parait-il, aller bientôt faire sécher leur linge
sur la ligne Siefrid.
Notre ligne Maginot étant réputée infranchissable, il n'y avait pas lieu d'être
pessimistes ; l'armée française n'allait pas tarder à donner une leçon définitive à
cet arrogant Adolphe Hitler.
C'est ainsi que, pendant huit mois, la France vécut cette drôle de guerre. Mais hélas,
le réveil fut brutal car, ce ne furent pas les troupes Franco-Anglaises qui lancèrent
l'offensive, mais l'inverse ; l'armée allemande, se ruant à travers la Belgique et les
Ardennes, prenant notre invincible ligne Maginot à revers, fit une percée éclair à
Sedan.
En Belgique, les troupes anglaises reculaient, malgré leur courage et le sacrifice de la
petite armée belge auxquelles s'étaient joints quelques régiments français, envoyés
en toute hâte leur prêter main forte et tenter de colmater la brèche.
Devant ce désastre, les troupes anglaises n'avaient d'autres solutions que de rembarquer
ou d'être faites prisonnières. C'était le commencement de la débâcle à laquelle
s'ajoutait la fuite de dizaine de milliers de civils, terrorisés par les bombardements,
démoralisés par les fausses nouvelles propagées à souhait par la propagande allemande
et certaines personnes plus ou moins louches, mêlées à ces pauvres gens.
Leur déferlement vers des lieux inconnus au hasard des routes, fut leur lot pendant des
jours et des jours.
Quelle tristesse ! Nous vivions une des pages les plus noires de notre histoire, notre
armée démantelée, démoralisée et souvent abandonnée à elle-même, sans
commandement, fut en grande partie faite prisonnière.
Nous allions payer très cher les quatre années de Front-Populaire.
Le démantèlement de nos forces militaires et le bluff de nos dirigeants, n'avaient
d'équivalant que le désarroi de tous les responsables de notre défaite ; certains
d'entre eux, d'ailleurs, n'avaient pas hésité à prendre le large.
- Je pense entre autre à un certain Maurice Thorez, chef du Parti Communiste de
chez nous qui n'avait pas attendu la débâcle pour se réfugier à Moscou, la Mecque du
communisme stalinien se devant de recevoir et protéger les dirigeants des partis frères
de l'Europe envahie, tout en étant l'alliée momentanée de l'Allemagne
hitlérienne...
- Si je te rappelle, mon cher Lefranc, cet épisode de la "drôle de guerre",
c'est pour préciser que le parti communiste de chez nous, comme les autres d'ailleurs,
n'a jamais fait d'autre politique que celle de s'appuyer, de s'aligner et de défendre les
positions de lU.R.S.S.. et quelle que soit l'orientation de celle-ci, soufflant
tantôt le chaud, tantôt le froid, en fonction de ses intérêts du moment.
Qu'on ne vienne pas me dire que lorsque la Russie
fut envahie par les armées d'Hitler, le revirement du parti communiste fut strictement
dicté par son patriotisme ; ce revirement fut surtout opéré afin de soutenir la Russie,
pour qui le parti communiste de chez nous restait un pion majeur.
Cette toile d'araignée, tissée par ce parti en Europe Occidentale, avait servi avant la
guerre à assurer de solides plates-formes ; et, depuis l'attaque de l'Allemagne, à
préparer le terrain pour un retour en force et éventuellement prendre le pouvoir. Ce qui
fut d'ailleurs à deux doigts de réussir ; telle était la politique stalinienne.
Cependant, chez nous, la débâcle s'accélérait ; l'armée allemande avançait
inexorablement ; déjà, les grandes administrations avaient été repliées en province
et notamment à Vichy, la plus importante ville d'eaux de France, et disposant ainsi de
linfrastructure nécessaire à l'installation des ministères et de leur personnel.
Cependant, le peu d'armée blindée qui nous restait, se battait encore, pratiquement sans
aviation d'appui, retardant ainsi la ruée allemande sur Paris. Commandée par un
Général inconnu jusqu'ici, du nom de De Gaulle, cette brigade de chars se battit
jusqu'au bout, des Ardennes en Champagne, donnant ainsi une bonne leçon de courage aux
fuyards de tout poil éparpillés sur les routes de France.
Lorsque je parle de fuyards, il ne s'agit évidemment pas des dizaines de milliers de
malheureux civils allant chercher ailleurs un endroit, où, pensaient-ils, ils seraient en
sécurité.
L'heure approchait, hélas, où il faudrait cesser les combats, notre armée exsangue,
éparpillée, avec des chefs désemparés, ne sachant plus quels ordres donner, sauf celui
de reculer, reculer jusqu'à atteindre la Loire, rempart bien dérisoire, malgré
l'héroïsme de quelques-uns. Malgré le sacrifice des Cadets de Saumur, ces élèves
officiers se battant sans espoir, pour lhonneur, afin que les
générations futures ne puissent pas oublier qu'il y avait encore chez nous de vrais
soldats et des officiers dignes de ce nom.
Le gouvernement, affolé, ne savait plus à quels saints se vouer : allant dans son
désarroi, jusqu'à rappeler le général Weygand, un ancien de 14/18, respecté de tous,
mais politiquement mis à l'écart depuis des lustres par les tenants du pouvoir.
Cet officier général ne nageait pas, en effet, dans les eaux troubles de ceux qui
dirigeaient encore notre pays.
Nous commencions de payer lourdement la facture de notre défaite, mais également la
liasse de factures des mensonges de nos gouvernements successifs ; l'incapacité de
beaucoup, la lâcheté de certains autres, se rejetant les responsabilités à la tête.
Ils avaient fait de notre pays, une nation minée de l'intérieur par leur démagogie
politicarde, une nation mûre pour l'humiliation finale.
C'est ainsi qu'abandonnant leurs responsabilités, nos gouvernants firent, en désespoir
de cause, appel au vainqueur de Verdun, Philippe Pétain, Maréchal de France, un des
derniers grands chefs de la grande guerre.
Quelle dérision ! Mais quel soulagement pour ces messieurs. Ce vieillard âgé de 84 ans,
respecté de tous, aimé des anciens combattants, les débarrassait du pouvoir.
Sorti en hâte de sa retraite, il fut chargé de reprendre les rênes de létat ; il
ne put rien faire dautre, hélas, que de demander l'armistice...
- L'ARMISTICE -
C'est à cette triste fin que notre pays fut
acculé; la délégation française fut contrainte d'aller signer cette capitulation dans
le wagon, symbole de notre victoire de 1918. Une humiliation de plus. C'est donc à
Rethondes que nos plénipotentiaires s'entendirent dicter les conditions de cette
capitulation ; la pilule était amère ; mais, hélas, rien ne pouvait stopper les
exigences des vainqueurs.
Ce fut dont à ce vieux soldat quéchoua le gouvernement de notre pays ; toute la
nation en fut soulagée ; la guerre s'arrêtait, la débâcle cessait ; bientôt,
pensions-nous, tous ces réfugiés de France, de Belgique et d'ailleurs allaient pouvoir
rentrer chez eux ; les prisonniers seraient sans doute bientôt libérés.
Le Maréchal devenait le symbole de notre survie ; la nation entière lui faisant
confiance.
A ce sujet, j'affirme, n'en déplaise à certains, que Philippe Pétain fut le premier
résistant de France, en obtenant d'Hitler de laisser la moitié de notre territoire
libre...
Il fit face seul aux exigences de l'orgueilleux vainqueur à Croix Gammée.
Si d'autre part, le Maréchal Pétain n'avait pu garder une armée de 1OO.OOO hommes et
notre empire colonial, la résistance à l'envahisseur eut-elle pu s'organiser aussi
efficacement ?
L'armée d'armistice et celle d'Afrique ne furent-elles pas le noyau de celle qui, dès
1942, permit aux alliés de débarquer au Maroc, l'Amérique étant entrée en guerre
après son désastre de Pearl-Harbor, attaquée par surprise par la marine et l'aviation
japonaises.
Je pose à nouveau la question, tant la facilité de travestir la vérité historique est
vive chez certains de nos concitoyens, comme chez certains hommes politiques.
Je me dois cependant de revenir à mai/juin 194O.
Ce long préambule n'est en fait présenté que pour, d'une part, bien situer l'état de
notre pays, et d'autre part, pour arriver à décrire ce que je pense de l'homme du 18
juin 194O, qui, dans sa fameuse déclaration, refusa de reconnaître notre défaite
De Londres où il avait été, peu de temps avant l'armistice, envoyé comme attaché
militaire par le dernier gouvernement de la 3ème république, le Général de Gaulle
commença à apparaître aux yeux de beaucoup de nos compatriotes, comme le porte-drapeau
de la Vrai France.
Avant son départ, il avait été reçu par le Maréchal qui lui avait fait remettre la
somme de 1OO.OOO francs, somme énorme pour l'époque, ce qui ne l'avait pas empêché de
traiter Pétain de potiche, manipulée par une cohorte d'affairistes, de
menteurs, suppôts de l'Allemagne nazie.
Lorsque De Gaulle clamait à radio-Londres que notre pays devait se ressaisir, qu'il ne
fallait pas baisser les bras, il avait raison, mais il n'aurait jamais dû traiter le
Maréchal de vieille potiche et encore moins de traître à son pays.
Philippe Pétain n'avait-il pas déclaré, lors de son investiture, - JE FAIS DON DE MA
PERSONNE A LA FRANCE -
Par contre, les politiciens qui l'entouraient, ou qui lui furent imposés, surent utiliser
son prestige, en le flattant, en le trompant, pour mieux arriver à servir leurs
ambitions, sous l'oeil intéressé et goguenard des Allemands, exploitant au maximum cette
situation.
Notre pays se retrouva une fois de plus coupé en deux politiquement et moralement.
En disant cela, je ne cherche pas ici à remuer, à fouiller cette triste période, car
trop d'innocents ont payé les fautes, les mensonges, les erreurs et vengeances de gens
qui, d'un côté comme de l'autre, excitaient nos compatriotes à sentre-tuer...
Après l'appel historique de De Gaulle, le 18 Juin 194O, petit à petit des groupes de
résistance s'organisèrent.
Leur éparpillement et parfois leurs luttes intestines, ne facilitaient pas toujours la
stratégie de harcèlement voulue par les alliés.
Dans certaines régions, comme la Haute-Vienne par exemple, les maquis communistes
faisaient la loi, souvent en conflit avec d'autres groupes, notamment avant que
l'Allemagne n'envahisse la Russie.
L'unification de tous ces groupes sous un commandement unique ne fut pas chose aisée ; De
Gaulle et ses lieutenants eurent besoin de beaucoup d'autorité pour y parvenir.
Cette unification se fit malgré tout et malgré l'attitude ambiguë de certains hommes
politiques, prenant le train en marche.
Je pense notamment à celle des responsables communistes, redevenus soudain des
super-patriotes après que leur chef, Maurice Thorez se fut retrouvé à Alger revenant de
Russie, avec, dans ses bagages, des consignes et exigences telles que celles qui firent de
lui un ministre détat dans le gouvernement d'Alger, le parti de Moscou était dans
la place.
Le Gouvernement provisoire perdait déjà une partie de son indépendance politique et ce
n'était qu'un début.
Encore une fois, mon cher Lefranc, je ne mélange pas les résistants communistes de base
avec les tenants de la politique du moment car ils ne se posaient pas ce genre de
questions.
Tant il est vrai, vous diront les responsables de l'époque, qu'il fallait d'abord battre
l'Allemagne et que toutes les forces militaires et secrètes n'étaient pas de trop, vu
l'énorme potentiel et la puissance de la machine de guerre allemande.
C'était évidemment l'objectif numéro un à atteindre, les calculs politiques de
certains passant en second lieu, tout au moins aux yeux des naïfs restés en dehors des
secrets politico-militaires des autres ; se disant qu'après la victoire, tout rentrerait
dans l'ordre républicain, avec la liberté retrouvée...
Mon propos n'est pas de retracer ici ce difficile chemin, ni de remuer ou fouiller cette
triste période.
Ceux qui, par ailleurs, sont tombés face aux pelotons d'exécution, dans les camps de la
mort, ou qui, comme déportés du travail ou prisonniers de guerre, n'étaient pas même
responsables d'actes de rébellion ; comme ceux qui, à la libération, ont été
désignés à la vindicte publique, souvent sous de vagues accusations de collaboration,
tous ont été victimes à retardement de l'état dans lequel notre pays se trouvait à la
déclaration de guerre.
Quoiqu'il en soit, il y eut de nombreux frottements et pas mal de dissensions dans le
gouvernement provisoire installé à Alger. Car De Gaulle, engagé à fond dans la
résistance à l'envahisseur, ne rencontra pas toujours toute la compréhension, le
soutien matériel et moral, qu'il aurait souhaité de la part des alliés.
Des hommes comme Churchill, Staline et même Rooselvelt, ne voyaient pas d'un bon oeil ce
général français, intransigeant et orgueilleux, se mettre parfois en travers de leur
route ; les intérêts de notre pays ne cadrant pas forcément avec les conceptions
politiques de ces derniers.
Ces contradictions ne firent cependant que renforcer l'intransigeance du chef de la France
libre.
Contre vents et marées, il s'affirmait chaque jour un peu plus comme le seul homme
capable de renverser la situation chez nous et de vaincre de l'intérieur, l'occupant et
ses complices.
Si je vous raconte tout cela, mon cher Lefranc, c'est pour que vous saisissiez
l'importance de la période d'avant-guerre, toutes les conséquences qui en découlèrent
et les réflexions et interrogations que tous ces événements provoquent sans cesse chez
moi.
Voyez-vous, mon cher ami, je vous considère d'ores et déjà comme un ami, puisque je
vous confie mes pensées et réflexions ; il ne s'agit pas pour moi de faire le procès de
cette période, d'autres s'en chargeront.
Qu'ils aient été volontaires à l'Est contre le bolchevisme, grisés par les slogans de
l'occupant nazi, ou à l'Ouest contre l'Allemagne hitlérienne, tous, soldats de l'ombre
ou en uniforme, ont pris les armes en croyant défendre une juste cause. Ils ont accompli
les mêmes gestes de bravoure, ont enduré les mêmes souffrances morales ou physiques.
Ceux qui ont survécu à la tuerie, comme prisonniers de guerre, ou qui, dans les camps de
concentration, ont pu échapper à la mort, comme ceux qui, à la libération, ont été
désignés à la vengeance publique (souvent sous de vagues accusations de collaboration),
tous et toutes ont, je le répète, été victimes à retardement de l'état dans lequel
se trouvait notre pays à la déclaration de guerre.
Ces millions de morts et de mutilés, ont droit à notre plus grand respect ; mais combien
de rescapés doivent déjà se demander si leur sacrifice a vraiment servi à quelque
chose.
D'autres ont su déguster les marrons, qu'eux, les combattants, avaient tirés du feu,
comme il en est souvent le cas, hélas, depuis toujours.
Les quelques chefs, responsables et organisateurs de la victoire finale, n'étant pas
toujours ceux qui en ont bénéficié le plus ; qu'ils en soient dont salués LEUR
DISCRETION LES HONORE...
Je vous raconte tout ceci, mon cher Lefranc, pour arriver à provoquer un sursaut et à
faire en sorte que notre pays ne devienne pas un satellite de certaines puissances
étrangères, et notamment du communisme international, rongeant, comme des hordes de
termites, les fondements même de notre liberté et donc de notre patrie.
C'est pourquoi, j'aimerais bien que nous restions en contact. J'ai une idée derrière la
tête qui pourrait bien faire son chemin.
J'ai des amis qui sont prêts à participer à l'action que j'envisage de mener ; j'ai moi
même pu contacter d'anciens combattants étrangers que j'ai connu au début de la guerre
; si tu veux bien, nous en reparlerons lorsque tu sera complètement guéri.
Je m'aperçois que je te tutoie ; ne m'en veux pas car c'est spontané, et je dois le
préciser, un signe de confiance et d'amitié de ma part.
Comme je vais te renvoyer bientôt chez toi où tu pourras reprendre ta vie de famille,
que penses-tu de tout cela ?
Le premier moment de stupeur passé, Robert Lefranc, après avoir remercié le docteur de
sa confiance et de son amitié se dit que ce projet, par le seul fait de permettre à
d'anciens combattants de se retrouver, pouvait être intéressant. Il accepta donc de
rester en contact.
Son commandant-toubib en fut profondément touché.
Lefranc devant être renvoyé dans ses foyers rapidement et son médecin devant,
pensait-il, bientôt reprendre ses activités de directeur de clinique à Grenoble, il
écrivit immédiatement à la maman nourrice pour lui annoncer la bonne nouvelle.
Après un examen plus approfondi, il lui fallut cependant attendre encore un peu pour que
sa blessure soit complètement guérie. D'autre part, les formalités concernant sa
situation de grand blessé de guerre et d'ancien combattant, devaient être accomplies.
La paperasse des autorités militaires n'ayant rien à envier à celles des
administrations civiles, la grande pagaïe de la débâcle ne facilitait pas les choses.
En attendant son retour au Berry, notre ami allait se promener en ville, au jardin public
entre autre, faisant ainsi chaque jour un exercice salutaire pour la rééducation de sa
jambe, tout en songeant qu'il lui faudrait sans doute retrouver un autre travail, ne
croyant pas que l'arsenal de Bourges puisse fonctionner de nouveau, étant en zone
occupée et certainement réquisitionné par l'armée allemande.
C'est au cours d'une de ces promenades, par un bel après-midi, comme en connaît cette
région, spécialisée dans les pruneaux, que notre ami fit la connaissance de Danielle,
une jeune parisienne repliée avec ses parents dans la ferme d'un oncle près d'Agen.
Ils n'étaient pas trop pressés, semblait-il, de rejoindre la capitale occupée.
Ce fut le coup de foudre. Malgré son boitillement passager, Robert avait tout de même de
la prestance, dans son uniforme.
Avec son mètre quatre-vingt et ses soixante dix kilos de muscles et de charpente, il
avait le succès facile ; ses yeux noisette et ses cheveux légèrement ondulés,
complétaient agréablement son physique.
Les présentations furent rapides, Danielle avait 21 ans et avec son teint mat, ses yeux
bleus, elle avait tout le piquant de la parisienne délurée et aimant le flirt, mais,
pour la première fois, elle fut prises à son jeu. Peut-être l'ennui de la capitale, à
moins que, tout bonnement, Lefranc fut pour elle autre chose qu'une simple amourette.
Tant et si bien, que quinze jours ne s'étaient pas écoulés depuis leur première
rencontre, qu'ils parlaient déjà mariage, avec retour au pays du Berry...
Le Berry profond où devait s'impatienter une brave paysanne, la mère Louise Dubreuil,
maman adoptive de Robert, seul lien qui lui restait en ce monde, ayant été abandonné à
quinze jours par une mère dont il n'entendit jamais parler, étant, hélas, de père
inconnu.
Une brave et solide femme, cette mère Louise, comme on l'appelait au village de Marmagne,
à quelques kilomètres de la cité de Jacques Coeur ; elle l'aimait comme un fils, le
Robert, et les voisins l'aimaient bien aussi ; c'était un bon gars, travailleur et
toujours prêt à rendre service ; il aurait sûrement fait un maître-artisan très
qualifié sans cette sale guerre, venue bouleverser tous ses projets.
La mère Louise avait bien reçu une lettre de Dijon par laquelle son gars l'informait
qu'il avait été légèrement blessé ; mais surtout qu'elle ne s'en fasse pas, ce
n'était pas grave et, depuis rien. Elle s'en faisait du souci, la brave maman ; à
soixante dix ans, on n'aime pas trop rester sans nouvelles de ceux qu'on aime, on ne sait
pas ce qui peut arriver.
Toutefois, Robert n'oubliait pas la vieille maman et depuis son arrivée à Agen, il lui
avait écrit cinq fois ; quelle bonne surprise pour la mère Louise lorsqu'enfin le
facteur lui apporta les cinq lettres.
Si dans les trois premières, Robert ne cessait de parler de lui que pour s'inquiéter du
sort de sa mère adoptive, une troisième personne avait pris place dans les deux autres,
et qu'elle place !
La brave berrichonne ne savait si elle devait se réjouir ou s'irriter de cette nouvelle
situation.
Enfin, de toutes façons, malgré la guerre, il fallait bien que les jeunes fassent leur
vie ; et après tout, s'ils le désiraient, elle aurait bien de quoi loger les jeunes
mariés.
C'est dans cet excellent état d'esprit qu'elle répondit à son fils adoptif en lui
disant de se décider à rentrer au plus tôt au pays, puisque sa cuisse était maintenant
guérie et qu'il fallait bien faire les démarches pour ce mariage rapide.
Robert, de son côté, tout en coulant des heures heureuses avec Danielle, n'attendait que
cette réponse pour officialiser leur décision, en allant trouver les parents de sa
promise. Ce qui se fit le quatorze, à la ferme de l'oncle de Danielle, le père Carassou,
Gustave pour les familiers.
Cette rencontre fut simple car la défaite n'incitait guère à festoyer ; il fut donc
décidé que le mariage aurait lieu à Paris, puisque les parents de Danielle se
préparaient à y retourner. Ce fut un véritable branle-bas tant pour préparer les
toilettes que pour obtenir les laissez-passer.
Dès son retour à Agen, le lendemain, le premier soin de Robert fut d'informer le
commandant Châtaignier de son prochain mariage, en lui demandant de bien vouloir être
son témoin, ce qui lui fut promis sans hésitation.
Ce célibataire endurci aimait bien Lefranc et la perspective d'une virée à Paris pour
ce genre de cérémonie pouvait se doubler pour lui d'autres rencontres d'un genre
nouveau. Car il cachait, comme nous le savons, des pensées secrètes et très sérieuses,
ce sacré toubib.
Après avoir signé les certificats nécessaires à son ancien malade et lui avoir fait
remettre un laissez-passer en bonne et due forme, il ne résista pas, cependant, au désir
de lui donner quelques conseils, lui précisant, entre autre, que son état de blessé de
guerre pourrait lui servir auprès des occupants.
Lefranc devait se méfier plus que d'autres, comme ancien sous-officier et notamment comme
ouvrier très qualifié, surtout précédemment employé à l'arsenal de Bourges.
En bref, Robert ne devait pas hésiter à consulter son ex-commandant-toubib qui allait,
lui aussi, quitter Agen pour rejoindre sa bonne ville de Grenoble et y reprendre son
activité de chirurgien.
C'est après un voyage de près de vingt heures, avec divers changements de train et un
contrôle en gare de Moulins/Allier, que le jeune rescapé de la bagarre arriva à Bourges
le vingt et un juillet. Il put ensuite rejoindre Marmagne, avec l'aide bénévole d'un
vieil employé de l'arsenal, trouvé par hasard et qui lui prêta un vélo, ce qui lui
permit d'arriver plus tôt chez sa bonne mère Louise, malgré les tiraillements
provoqués, dans sa cuisse blessée, par ce sport imprévu et un peu forcé.
Inutile de décrire la joie de la brave femme, que Robert n'avait pas prévenue, et à
quel assaut de questions il dut fait face la journée entière ; pour faire connaître,
avant l'heure, à mère Louise, comment était sa future belle-fille ; car, si elle
considérait qu'elle était très bien sur les photos apportées par Robert, rien ne
remplaçait une foule de détails, de même que le maximum de renseignements sur ses
parents.
Ceux-ci étaient de braves parisiens sans histoire ; lui, ex-chef de station de métro et
elle vendeuse aux galeries Lafayette, vivant aisément dans leur petit appartement du
faubourg Montmartre avec Danielle, leur fille unique, elle-même vendeuse dans une
élégante parfumerie de l'Avenue de l'Opéra.
Seules, la guerre et la débâcle étaient venues troubler leur vie tranquille.
Ils n'étaient ni plus ni moins contrariés dans leur existence, que des centaines de
milliers d'autres français. Et, pensaient-ils, en gens simples, qu'ils étaient beaucoup
moins à plaindre que des familles comptant un ou plusieurs membres prisonniers ou morts
dans la tourmente. De plus, ils étaient suffisamment parisiens pour accepter
philosophiquement les déboires de cette vie d'occupés ; ils ne pouvaient
prévoir ce qui les attendaient, nous n'étions qu'en 194O.
Et le grand jour arriva. Tout était prêt, mère Louise et Robert ayant rejoint Paris la
veille sans trop de difficultés.
Celui-ci avait donc pu présenter sa fiancée et sa famille à sa bonne maman, avant la
cérémonie. Car, comme disait la brave femme - pour un peu, j'aurais pu être
grand-mère avant d'avoir connu ma bru ; et puis, je m'aperçois qu'avec tous ces
allemands qu'on rencontre partout, même qu'il y en a dans les trains de civils, il va
bientôt être difficile de circuler. Tout ça ne me dit rien de bon et je suis bien
contente d'être arrivée. Et puis il va ben falloir nourrir tous ces gens là ; enfin, on
verra ben, y vont pas nous épiauler tout cru, on est encore coriace, par vrai Robert
?
Le bon sens paysan, en se manifestant si clairement eut le don de provoquer une bonne
rigolade dans l'auditoire.
- D'accord maman, mais parlons d'autre chose. C'est demain mon mariage et je suis
tellement heureux ! Alors, ma foi, pour le reste tout viendra en son temps. Il ne faut pas
avoir le cafard la veille d'un jour comme celui-là.
Tu verras maman, nous nous tirerons bien d'affaire puisque nous serons près de toi. Nous
ne manquerons de rien, avec le jardin, le champ, des poules, des lapins, un cochon ou
deux, nous ne souffrirons pas de la faim, et j'espère reprendre mon travail le premier
Octobre...
C'est sur cette conclusion que Robert entendit frapper à la porte et se permit d'aller
ouvrir, pour se trouver face à son toubib.
Fidèle à sa promesse, le docteur Châtaignier arrivait de Grenoble où il était reparti
peu de temps après avoir vu son protégé quitter Agen.
Nouvelles présentations et remerciements chaleureux de maman Dubreuil pour les soins
donnés à son fils.
Sur ce, l'oncle Carassou (Antonin pour les amis), témoins de la mariée et frère de son
père, arriva à son tour du Périgord, chargé de paquets et de quelques boîtes de
cassoulet maison qu'il avait pu passer sans difficultés.
Il était accompagné de tante Aline son épouse, de sa fille Josiane et de son fils René
qui avait eu la chance de ne pas s'être fait prendre lors du coup dur alors qu'il était
dans les Ardennes avec son régiment d'infanterie.
Il s'était plus exactement évadé le jour même de sa capture, en profitant des
difficultés qu'avaient les allemands à gérer et contrôler la masse des prisonniers
faits lors de leur attaque surprise.
Un sacré coup de veine pour lui d'avoir pu ensuite arriver jusque chez lui...
La bonne maman Louise ne savait plus où donner de la tête, ni à qui manifester sa joie.
Aussi, afin de se rendre utile, alla-t-elle rejoindre la future belle-mère de son gars,
occupée à la cuisine après les embrassades d'usage.
Le lendemain, tout se passa parfaitement, tant à la mairie du neuvième arrondissement
qu'à l'église toute proche. Danielle Carassou s'appelait désormais Madame Lefranc. La
fête pouvait donc commencer, dans un petit restaurant de la rue Lamartine dont le patron,
originaire du Languedoc et ami de la famille Carassou, avait tenu à honorer ses convives
avec un repas de choix, n'ayant pas encore trop de difficultés pour se ravitailler.
La directrice de la parfumerie où était précédemment employée la jeune épousée,
était également invitée. Son élégance et le charme naturel émanant de sa personne,
eurent sur le commandant célibataire un effet si heureux, qu'il fut le principal
boute-en-train de cette grande fête familiale, à laquelle s'étaient joints les voisins
de palier de la mariée, invités au dessert.
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