La non-zone des zombies
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Je sais, j'ai un peu foiré le détourage

Il y a film de zombies et film de zombies, que l'on soit bien clair… Si nous avions une quelconque intégrité journalistique, si notre cinéphilie était sincère et totale, nous devrions commencer ce préambule en parlant d'œuvres importantes du cinéma fantastique des années 30-40, comme White Zombie. Toutefois, avouons le, non seulement ce n'est pas l'objet de cette rubrique, mais en sus, ces films, nous nous en foutons royalement (excluons le merveilleux I Walked With A Zombie de Jacques Tourneur, ainsi que la dizaine d'autres que nous accablons sans en avoir vu une seule image). Non, les films de zombies qui nous intéressent constituent la progéniture de La nuit des morts-vivants de George Romero, archétype du néo-zombie-film.

Les tireurs de la milice n'ont toujours pas pigé qu'il faut tirer dans la tête... . Pour ceux qui ne l'auraient pas vu, La nuit des morts-vivants retrace la nuit d'un petit groupe d'individus aux personnalités marquées et antagonistes, barricadés dans une petite maison de la campagne américaine alors qu'à l'extérieur, un étrange mal ressuscite les morts et les transforme en cadavres ambulants et cannibales. Exploitant un schéma assez proche des Oiseaux d'Hitchcock, tout en en evitant les lourdeurs, Romero règle ses comptes avec l'Amérique toute entière dans une fable pessimiste en diable, extrêmement ingénieuse, où les tabous volent en éclats (on citera une fois de plus cette séquence dans laquelle une petite fille morte depuis quelques minutes revient à la vie et dévore sa mère). Sur un plan visuel, le film va beaucoup plus loin que d'autres productions fantastiques de l'époque. Qu'on se souvienne qu'en 1968, la Hammer Film continuait de produire de délicieux "Dracula" au charme désuet, où le comble de l'horreur était figuré par une traînée de sang le long du cou d'une jeune femme. Dans la nuit des morts-vivants, on assiste à des bacchanales morbides montrant des zombies se disputant la chair brûlante de deux jeunes amoureux morts l'instant d'avant dans l'explosion de leur voiture : du jamais vu à la fin des années 60 !

L'affiche de la réédition en laser-disc Les années 70 prirent le train en marche, mais bizarrement, la surenchère n'eut pas lieu à ce moment là. Au contraire, les films de zombies qui furent tournés à cette période se caractérisaient par une relative pudeur, et un rythme beaucoup moins marqué que le film de Romero (on citera par exemple la trilogie infernale d'Armando de Ossorio, avec ses zombies-templiers si amorphes que l'on ne sait plus, au bout d'une heure de films, quand ont effectivement lieu les ralentis). Quelques bandes éparses, comme Le massacre des morts-vivants de Jorge Grau, osent la boucherie, mais de manière plus artificielle que La nuit. Bref, le phénomène zombie, s'il mûrit, n'est pas encore à son apogée dans les années 70.
Il faut attendre 1978 pour que les choses s'accélèrent de manière cruciale. Romero, encore lui, frappe un grand coup avec l'extraordinaire Dawn Of The Dead (Zombie en Europe), suite-remake de son premier film. Critique acerbe de la société de consommation, film politique au message habile, Zombie alla plus loin encore que son modèle sur un plan plastique. Désormais, le ton est donné : le sang coule à flots, les balles font exploser les têtes, la sauvagerie bat son plein. Remonté de manière proprement hystérique par un Dario Argento certainement sous l'emprise de la cocaïne, Zombie est une monstruosité, au sens commun et étymologique : une abjection pourtant digne d'être montrée.

En 1979, l'Italie rentrait dans sa phase " photocopieuse ". Les démarquages plus ou moins éhontés de Zombie n'allaient pas tarder à déferler sur l'Europe pour notre plus grand plaisir (en ce qui me concerne, mon plus grand plaisir a posteriori, car je n'avais que 6 ans à l'époque). Les Fulci, Mattéi et autres Lenzi se déchainèrent dans la confection de bandes d'une rare indigence, desquelles se dégagent pourtant immanquablement le sentiment de malaise qui étreint tout spectateur du Zombie de George Romero : la peur de voir la race humaine disparaître. C'est à cette période frénétique, qui dura environ cinq ans, que nous allons nous intéresser dans ce chapitre. Le but n'est évidemment pas de parler des bons films, puisqu'à l'heure actuelle, nous cherchons toujours ces derniers. Nous vous invitons à vous laisser aller dans le plaisir psychotronique que constitue la vision de ces films, désormais rares, qui sentent bon les années Starfix, les cassettes René Château, l'avènement des Vidéo Club, le Hollywood Boulevard à Paris...
...quand je comprends de quoi je suis nostalgique, ça me fait froid dans le dos !

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