WALTER Marie-Noëlle
C.A.A.P.S.A.I.S. OPTION C
C.N.E.F.E.I. Suresnes
Session 1998
Centre d'examen : Arcueil
Sommaire
TROUBLES DU LANGAGE ET APPRENTISSAGE DU FRANçAIS
Introduction
I . La communication et le langage.
A . Qu'est-ce que communiquer ?
B . Comment produit-on du langage ?
1 . Qu'est-ce que le langage ?
2 . Quelles sont les différentes phases qui composent l'acte de langage oral
?
3 . Quels sont les organes périphériques qui interviennent dans la
production du langage ?
4 . Comment le cerveau nous permet-il de produire et de recevoir du langage?
La communication, l'utilisation du langage sont des actes d'une grande complexité
que les enfants cérébraux lésés ne maîtrisent pas
toujours. Que se passe-t-il pour eux ?
II . La communication, le langage : quels
troubles ?
A. Qu'appelle-t-on « troubles de la communication » ?
1 . Quand communiquer ne va pas de soi ...
2 . Communiquer autrement ?
3 . Les aides à la communication.
B . Qu'appelle-t-on « troubles du langage
oral » ?
1 . Les troubles de l'expression orale.
2 . Les transformations du langage oral.
3 . Les troubles de la compréhension orale.
C . Qu'appelle-t-on « troubles du langage écrit » ?
1 . Les troubles de la compréhension
du langage écrit.
2 . Les troubles de la correspondance sons / graphies
3 . Les troubles de la production du langage écrit
D . Troubles du langage et pathologies : quels liens ?
1 . Pathologies du langage et de la parole chez l'enfant.
2 . Troubles de la parole, du langage et infirmité motrice cérébrale.
Maintenant que les troubles du langage sont définis et que les aides techniques
existantes sont décrites, quels sont les problèmes que je rencontre,
moi, enseignante ?
III . Quelles pratiques pédagogiques
face aux troubles du langage ?
A . Approche du langage au travers des textes officiels : un projet de vie.
B . Un besoin pour communiquer .
1 . S'exprimer .
2 . Comprendre .
C . Une entrée dans l'écrit .
1 . Comprendre et « prendre » .
2 . Produire .
Les troubles du langage pouvant être vastes ou restreints chez l'enfant handicapé
moteur, cibler des objectifs de travail au sein d'un projet de correspondance permettra,
à mon sens, de mener ces enfants à des acquisitions essentielles.
IV . Pour l'élaboration d'un projet
d'apprentissage.
A . Nécessité de partir d'un bilan.
1 . Pourquoi un bilan, fait par qui ?
2 . Quel type de bilan ?
B . Idée de projet ?
1 . Quel type de projet ?
2 . Présentation d'un projet de classe : projet de correspondance scolaire.
3 . Déroulement du projet.
Conclusion
Introduction
Le langage est présent dès la première année de vie et
accompagne pratiquement toutes les activités humaines. Son acquisition ne
requiert pas d'effort spécial et, chez tout enfant vivant dans des conditions
normales, une telle acquisition est attendue. Il suffit ainsi de penser à
l'attente des parents qui se demandent quel sera le premier mot prononcé par
l'enfant : papa ou maman ? Cet aspect naturel et familier du langage est mis en question
dès que l'enfant tarde à parler, mais aussi devant certains accidents
qui touchent le langage installé, ou encore quand, du fait d'une pathologie,
la communication s'altère.
Nommée dans une CLIS 4 dès mes débuts dans l'enseignement, j'ai
été confrontée à ce type de problème. La classe
se composait de cinq élèves dont quatre étaient en plein apprentissage
de la lecture (début cycle 2). Parmi ces quatre enfants se trouvait une jeune
fille âgée de neuf ans, atteinte d'arthrogrypose compliquée par
un trouble au niveau de l'appareil phonatoire. On ne la comprenait que difficilement
car son articulation des phonèmes était très imprécise.
Certaines unités phonétiques étaient difficilement différenciables.
Ainsi, il était dur de distinguer un [u] d'un [õ], un [e] d'un [ã]
. Elle entrait alors dans sa quatrième année d'apprentissage de la
lecture. De nombreux problèmes me sont rapidement apparus, non seulement en
lecture mais également dans tous les apprentissages liés au domaine
du français. Bien évidemment, ce n'était pas là les seuls
domaines touchés puisque la communication elle-même était touchée
(et réduite).
Le temps de rédaction d'un mémoire m'est apparu comme l'occasion de
pouvoir m'arrêter sur ce type de difficultés qui perturbent en fait
tous les apprentissages des enfants atteints de troubles de l'articulation, de la
parole, du langage. Volontairement, j'ai adopté, la plupart du temps au cours
de mon développement, le terme de troubles du langage comme terme générique
pour désigner ces trois types de troubles. J'envisage ce mémoire par
rapport à mon expérience dans le cadre d'une CLIS 4, accueillant des
enfants de pathologies diverses et étant dans des apprentissages de fin de
cycle 2, classe que je devrais retrouver l'an prochain. Ma réflexion ne se
limite cependant pas aux enfants que je connais directement.
Afin de comprendre ce qui peut bloquer ces enfants dans leurs apprentissages de la
langue, il me faut m'intéresser de façon précise à l'acte
de communiquer ainsi qu'au langage en lui-même. Certains paramètres
demandent en effet à être clarifiés. Cela devrait m'amener à
mieux comprendre en quoi consistent les troubles du langage, de la parole, de l'articulation
et à quels niveaux ils interviennent. En m'appuyant sur les textes officiels,
je pourrai ainsi m'interroger sur mes pratiques pédagogiques, pour que celles-ci
prennent davantage en considération ces troubles si spécifiques. J'arriverai
alors à envisager l'élaboration d'un projet qui permette d'y travailler.
I . La communication et le langage.
A . Qu'est-ce que communiquer ?
L'enfant apprend à parler par et pour la communication, même s'il utilise
ensuite le langage à d'autres fins. Mais communiquer, ce n'est pas que parler.
La parole n'est pas le seul moyen de communiquer avec autrui. La communication peut
également passer par des gestes, des actions, un comportement, un regard ou
encore un écrit. Ainsi, l'enfant qui ne sait pas encore parler ne sait-il
pas le plus souvent se faire comprendre, communiquer ses envies, ses humeurs ? Communiquer,
c'est « mettre en commun ce qu'on a d'unique », comme le dit Gilles Le
Cardinal dans sa thèse L'homme communique comme unique. Cela ne se limite
pas à une transmission d'information entre deux personnes. C'est établir
une relation particulière avec autrui dans différents buts, avec différentes
motivations. Communiquer, c'est véritablement un processus dynamique, dans
le sens où il est interactif, entre deux êtres humains. En effet, il
suppose la présence d'au moins deux interlocuteurs qui désirent réaliser
un échange : il faut qu'il y ait une motivation à émettre et
à recevoir (ne serait-ce que celle de la politesse ). Au cours de l'échange
verbal, deux créations de sens s'opèrent : une pour l'émetteur,
une autre pour le destinataire.
Entre les deux, il y a la phase de l'interprétation qui peut parfois faire
que la communication se passe mal. Le destinataire qui prend possession du message,
se livre automatiquement à une interprétation, en fonction de son vécu,
de sa vision du monde, de sa culture, de sa sensibilité, de son expérience.
Les acteurs de la communication agissent toujours dans un cadre fait de contraintes
situationnelles, relationnelles et environnementales. Autant de contraintes qui peuvent
mener la tentative de communication à l'échec ... Pour que cela ne
se produise pas, il faut que certains paramètres soient réunis : il
faut qu'il y ait reconnaissance mutuelle des deux acteurs comme étant des
partenaires possibles, avec des points communs, des différences, et surtout
il faut envisager l'éventualité d'un enrichissement réciproque.
La qualité de la communication va dépendre alors de la qualité
de la relation qui s'instaure entre les personnes. C'est en cela que l'on peut dire
que les acteurs sont obligés de faire des concessions, des négociations,
de connaître leurs propres possibilités et leurs limites, enfin accepter
l'apport d'autrui, afin que la relation à l'autre se fasse réellement.
Les enjeux de la communication sont divers, on peut relever quatre facteurs qui nous
poussent à communiquer. Le plus évident est sans doute celui de la
nécessité : il suffit de penser à toutes ces situations de la
vie où l'on ne peut faire face seul. La sécurité est un autre
facteur : pour se préserver de certains dangers appartenant au monde qui l'entoure,
l'homme est amené à entrer en communication, ne serait-ce que pour
tenter de se préserver aux yeux d'autrui comme une entité digne d'intérêt.
La facilitation est un autre de ces facteurs : on entre en communication pour solliciter
une aide, pour alléger sa propre charge de travail, accélérer
l'obtention d'un résultat, améliorer la qualité d'un travail.
Le dernier, enfin, et non le moindre, celui du plaisir : on pense ici à la
découverte de l'autre, la confrontation des opinions, et tout ce que cela
peut apporter aussi sur la connaissance de soi.
Communiquer n'est pas chose aisée pour l'être humain, il se heurte à
de multiples obstacles ... Il s'agit bel et bien d'un acte extrêmement complexe
et tellement nécessaire à l'épanouissement personnel !
B . Comment produit-on du
langage ?
1 . Qu'est-ce que le langage ?
Il convient avant d'aller plus loin, de chercher à définir ce qui est
désigné par le terme de langage. Le mode de communication le plus fréquemment
utilisé par les représentants de l'espèce humaine est celui
qui fait appel au langage parlé et écrit.
D'un point de vue linguistique, le langage possède différentes fonctions.
Le langage a d'abord une fonction de communication, c'est pourquoi j'ai choisi d'aborder
cette dimension en premier lieu dans mon propos. Le langage est en fait un processus
qui permet à deux êtres animés de communiquer. Il se réalise
dans une langue déterminée, propre à une société
distincte. Ainsi, il a une dimension fondamentalement sociale. Par ailleurs, il possède
différentes fonctions : une fonction expressive qui permet au locuteur de
manifester son affectivité, volontairement, à travers un débit,
une intonation, un rythme, qui lui sont particuliers. Il rend l'expérience
intérieure d'un sujet, accessible à un autre, dans une expression articulée.
Le langage a également une fonction de représentation du monde : c'est
le nécessaire passage par les mots pour désigner les choses et les
faire exister. D'un point de vue philosophique, il permet d'organiser le monde car
il permet d'organiser la pensée. C'est ce que les Grecs appelaient la fonction
d'élaboration de la pensée. Jakobson attribue encore au langage une
autre fonction : métalinguistique, lorsque le langage sert à parler
de lui-même (ex : Kennedy est un nom propre ).
Selon Rondal, par langage, il faut entendre « la fonction complexe qui permet
d'exprimer et de percevoir des états affectifs, des concepts, des idées,
au moyen de signes acoustiques ou graphiques », ainsi que de signes gestuels.
Ce processus s'appuie sur un ensemble de signes, régi par des règles,
qui est désigné par le terme « langue ». Le langage est
un système symbolique, particulier, organisé sur deux plans. D'une
part, il est un fait physique : il a besoin du cerveau pour se construire et emprunte
le truchement de l'appareil vocal pour se produire, de l'appareil auditif pour être
perçu. Sous cet aspect matériel, il se prête à l'observation,
à la description et à l'enregistrement. D'autre part, il est structure
immatérielle, communication de signifiés, remplaçant les événements
ou les expériences par leur évocation. Tel est le langage : une entité
à double face. On est ainsi amené à distinguer les différentes
formes que peut prendre le langage : langage oral ou parole, et langage écrit
si l'on se place du côté de la production du langage. Si l'on se place
du côté de la réception dans la communication, on distingue l'écoute
pour le langage oral, et la lecture pour le langage écrit. Ces deux aspects
du langage s'inscrivent dans une dimension temporelle qui elle-même comporte
différentes formes : plus ou moins immédiate et différée.
Ainsi, tout cela peut se résumer par ce tableau :
LANGAGE oral écrit
produit parole immédiate écriture quasi-immédiate (selon le
décalage entre la pensée et la capacité de transcription graphique)
reçu écoute quasi-immédiate (ou différée si enregistrement)
lecture différée
2 . Quelles sont les différentes phases
qui composent l'acte de langage oral?
Pour répondre à cette question, il me semble que l'analyse faite par
Mmes Mazeau et Marchand est particulièrement claire (cf. annexe1). L'apprentissage,
ainsi que la pratique du langage, supposent l'existence d'un système de perception
auditive spécialisé dans l'analyse des sons de notre langue, et d'un
système de production de la parole pour le langage oral.
Dans un premier temps, on distingue les mécanismes de réception du
langage. Il y a avant tout un organe qui reçoit de l'information : c'est l'oreille.
Il faut que ce récepteur auditif soit intact ou de qualité suffisante,
pour pouvoir percevoir et analyser les caractéristiques du son en terme de
fréquence, de durée et d'intensité. Etant donné que le
langage est constitué de sons extrêmement complexes, le rôle de
l'oreille est majeur dans le traitement initial de l'onde sonore. Une fois l'onde
sonore transformée en train d'impulsions bio-électriques au niveau
de la cochlée, alors intervient le nerf auditif qui joue un rôle d'outil
de transmission : il transporte ces impulsions vers le cortex. Ainsi, commence la
véritable perception. Dans le système nerveux central, les sons du
langage ne sont pas traités comme les bruits et les sons musicaux. L'enfant
doit donc différencier les différentes émissions sonores qui
lui parviennent, et faire les discriminations entre les phonèmes qui se ressemblent
: distinction entre [b] et [p] par exemple. Il lui faut également repérer
les unités sémantiques dans ce discours oral. C'est la phase de reconnaissance
: la discrimination ne se fait plus à l'échelle des sons, mais, maintenant
à l'échelle des mots : c'est un autre niveau de traitement qui permet
de considérer les sons liés entre eux, c'est à dire que tous
ces sons sont compactés pour rechercher l'enveloppe globale, le mot, ceci
grâce à la comparaison de ces formes sonores avec celles qu'il a pu
mémoriser jusque là. Vient alors la phase de compréhension :
les informations du départ, sont devenues unités de sens et sont interprétées,
grâce à différents modules liés notamment au lexique,
à la syntaxe, à la mémoire, à la cognition, ou encore
au vécu, à l'affectivité.
Dans un second temps, on distingue les mécanismes de production du langage.
Aux représentations mentales que l'on veut faire passer, il faut associer
une forme globale de phrase et des mots. C'est la phase de mise en mots. Puis vient
la phase de mise en sons : la forme globale de la phrase et des mots qu'elle fait
intervenir, est traduite par le choix d'une succession d'unités sonores, que
l'on appelle encore encodage phonémique. Il faut alors qu'il y ait conception
de la mise en mouvement des organes qui vont intervenir pour produire le langage.
Ce sont les praxies bucco-linguo-faciales qui vont mettre en branle les diverses
commandes motrices pour la réalisation effective de la parole. Dès
lors, les nerfs moteurs peuvent transporter les informations électriques des
aires motrices du langage jusqu'aux muscles : la langue, les lèvres, les joues,
le larynx peuvent finalement entamer la production du message voulu.
Dans la description des mécanismes de réception et de production du
langage, les différentes phases se chevauchent ou s'effectuent de manière
parallèle.
Avant d'entrer dans la définition des troubles du langage, il nous faut maîtriser
un vocabulaire anatomique particulier, dont l'apprentissage pourrait être partagé
avec l'orthophoniste qui travaille avec les enfants de la classe.
3 . Quels sont les organes périphériques
qui interviennent dans la production du langage ?
--Pour le langage oral :
Lorsque nous parlons de langage oral, ce sont les organes de la parole qui entrent
en scène pour permettre la réalisation des différents phonèmes
qui formeront les unités sémantiques du message délivré
à l'interlocuteur. Les organes de la parole et leur commande neurologique
permettent en effet de réaliser la combinaison des phonèmes dans un
ordre bien déterminé qui assure la correspondance entre un élément
de la réalité et une enveloppe phonématique, c'est à
dire un mot.
Différents organes interviennent, avec des rôles particuliers. L'organe
essentiel à la production des sons de la parole (et plus généralement
de la voix), est le larynx. Son développement est lié matériellement
à la capacité de langage. Le larynx est une sorte d'anneau cartilagineux,
placé en fin de trachée et avant la gorge, contenant un dispositif
d'occultation, contrôlé musculairement : deux voiles horizontaux peuvent
se rapprocher jusqu'à fermer complètement le passage (cf. annexe2).
Les deux bourrelets qui ferment les lèvres de cette sorte de bouche, sont
connus sous le nom de « cordes vocales ». L'espace entre les deux lèvres
s'appelle la glotte. Quand la glotte est ouverte (cordes vocales écartées),
l'air circule normalement (et la respiration a lieu sans entrave). Quand la glotte
est fermée, le passage de l'air force son ouverture et l'antagonisme ainsi
créé provoque des vibrations. Ces vibrations sont sous contrôle
neurologique. Le larynx est donc le lieu de la production initiale des sons et des
bruits.
Sous la glotte, la trachée et les bronches conduisent aux poumons qui, en
sus de leur fonction fondamentale qui est respiratoire, assurent du point de vue
de la voix le rôle de soufflerie qui permet la réalisation de la majorité
des sons de la parole. Au-dessus de la glotte, sont disposées diverses cavités
de volume et de fermetures variables. Ces cavités ont une fonction de caisses
de résonance pour les émissions vocales. On distingue le pharynx, la
bouche, la zone labiale et les fosses nasales (cf. annexe3).
Les véritables acteurs de l'articulation des phonèmes (cf. annexe4
) sont, tout d'abord, les alvéoles qui se situent immédiatement derrière
les dents supérieures et ferment le renflement convexe de la paroi supérieure
de la bouche. Ensuite vient le palais qui, d'abord rigide, s'assouplit jusqu'à
son voile (aussi appelé palais mou ) et se termine par la luette. La langue
est décrite en distinguant sa pointe ou apex, très mobile, et son corps
proprement dit, que l'on appelle son dos.
Tous ces termes sont importants à connaître, car, en identifiant le
rôle des différents acteurs dans l'articulation d'un phonème,
on est en mesure de connaître le mode déformant qui touche le langage
de l'enfant.
--Pour le langage écrit :
Le principal acteur de cette production est, bien entendu la main, ou plutôt
devrait-on dire les articulations et les muscles des doigts, de la main, du poignet
ainsi que du bras et de l'épaule. L'acte graphique est d'une extrême
complexité. Je ne peux me permettre de détailler ici chacun des muscles
et des articulations qui entrent en jeu. Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue
un organe essentiel de l'acte de production écrite, mais celui-ci est artificiel
; il s'agit bien sûr de l'instrument qu'est l'outil scripteur : le stylo, le
crayon, le clavier. Il ne faut pas l'oublier, car sa nature et sa qualité
de fonctionnement sont des paramètres extrêmement importants pour l'acteur
déjà en difficulté par ailleurs.
4 . Comment le cerveau nous permet-il de produire
et de recevoir du langage ?
L'activité de langage oral, bien qu'elle possède un certain nombre
de caractéristiques propres, est une conduite parmi d'autres. A ce titre,
elle requiert une organisation structurale adéquate et un fonctionnement adapté
des appareils récepteurs et effecteurs, mais également du système
nerveux, central et périphérique. La neuropsychologie nous apporte
à ce sujet des éclairages tout à fait intéressants. Le
cortex cérébral étant une mosaïque de zones spécialisées,
une fonction aussi élaborée que celle du langage oral, ne peut reposer
sur une seule zone du cerveau ; elle repose en fait sur deux zones clés bien
localisées : l'aire de Broca et l'aire de Wernicke (cf. annexe5 ).
Ces deux zones sont généralement toutes deux situées dans l'hémisphère
gauche du cerveau. La zone de Broca se trouve dans le lobe frontal, juste avant la
partie inférieure du cortex moteur, proche de ce qui commande le mouvement.
La zone de Wernicke, se trouve dans la partie supérieure du lobe temporal,
à côté du cortex auditif primaire. La zone de Wernicke est connectée
à la zone de Broca par un ensemble d'axones : le faisceau arqué.
Claude Chevrie-Muller prétend que les mécanismes en relation avec les
fonctions formelles du langage ont leur siège au niveau d'une partie étendue
du cortex, avec une localisation dans l'hémisphère gauche pour 87 %
de la population, dans l'hémisphère droit pour 8 % et une répartition
bilatérale pour 5 %.
La zone de Broca est un centre dans lequel sont stockés tous les programmes
moteurs nécessaires pour articuler les mots. En ce qui concerne la parole,
comme nous l'avons évoqué précédemment, l'émission
de sons requiert une vibration des cordes vocales, accompagnée d'un positionnement
adéquat des différentes pièces de l'appareil bucco-laryngé.
Plusieurs nerfs crâniens assurent la motricité de ces divers éléments.
La commande motrice part en fait du cortex cérébral, au niveau de l'aire
motrice primaire (juste devant la scissure de Rolando ), et rejoint les motoneurones
qui commandent la motricité périphérique. Chaque aire corticale
primaire contrôle la motricité phonatoire du côté opposé.
Elle envoie ses informations à la partie du cortex moteur qui commande les
muscles des cordes vocales. Ainsi, la programmation phonologique, la formulation
et la programmation morphosyntaxique se situeraient dans l'aire de Broca.
La zone de Wernicke est une sorte de dictionnaire de correspondances entre sons et
mots. Elle associe chaque ensemble de sons correspondant à un mot, une image
auditive du mot. C'est dans la zone de Wernicke que certains ensembles de sons, sont
reconnus comme étant des mots. Elle reçoit ses informations du cortex
auditif primaire.
Pour ce qui est du langage écrit, il existe un centre spécialisé
indispensable à la lecture, mais pour l'écriture ? Pour la lecture,
il s'agit de la zone de circonvolution angulaire. C'est une sorte de dictionnaire
de correspondances entre des signes écrits et des mots. C'est en quelque sorte,
une collection d'images visuelles des mots. Les mots écrits sont d'abord captés
par les rétines qui envoient des messages au cortex visuel primaire. Le décodage
est amorcé dans les aires visuelles secondaires gauche et droite. De là,
l'information est envoyée à la zone de circonvolution angulaire. Celle-ci
se trouve dans la partie du lobe temporal, juste en arrière de la zone de
Wernicke. A cet endroit, le message visuel est reconnu comme un mot, mais pour le
comprendre, il doit encore passer par la zone de Wernicke. Chez le droitier, le centre
de la lecture est généralement localisé dans l'hémisphère
gauche.
Puisqu'il existe un centre spécialisé pour les programmes moteurs nécessaires
à la prononciation du langage oral, on pourrait s'attendre à ce qu'il
en existe un pour stocker les programmes moteurs de l'écriture des différents
mots. Il n'en est rien. L'articulation des mots ne peut se faire que par les muscles
du larynx. L'écriture, elle, peut se faire avec les muscles qui commandent
la main droite, mais aussi avec ceux qui commandent la main gauche ou le coude, ou
le pied, ou le nez. Autrement dit, il faudrait qu'il en existe autant que de parties
du corps, ce qui est impossible. A quoi servirait, par ailleurs, un centre dans lequel
seraient enregistrés les gestes à faire pour l'écriture des
mots à la main, lorsqu'on tape à la machine ? Cependant chez un sujet
droitier, c'est généralement la main droite qui est utilisée
pour l'écriture et la genèse du message est donc réalisée
dans le cortex moteur gauche.
Le langage oral et le langage écrit présentent la caractéristique
essentielle d'être des activités motrices extrêmement fines et
précises. On comprend dès lors la complexité qui se présente
lorsqu'on tente d'examiner l'origine des dysfonctionnements ...
La communication, l'utilisation du langage sont des actes d'une grande complexité
que les enfants handicapés moteurs ne maîtrisent pas toujours. Que se
passe-t-il pour eux ?
II . La communication, le langage : quels
troubles ?
A . Qu'appelle-t-on « troubles de la communication » ?
1 . Quand communiquer ne va pas de soi ...
Les exemples d'échecs dans la communication revêtent différentes
formes mais il n'est question pour moi que de m'intéresser à celles
qui font références aux troubles du langage. En effet, que se passe-t-il
dans une situation de communication où l'un des deux interlocuteurs n'est
pas en mesure de fournir une réponse langagière appropriée ?
On pourrait simplement imaginer la situation de la personne qui ne trouve pas le
mot qui convient à traduire son idée. Que fait son interlocuteur ?
Dans le meilleur des cas, il fait preuve de patience, puis vient au secours (du moins
le pense-t-il très sincèrement) de son interlocuteur en lui suggérant
des mots qui pourraient convenir, déjà à ce stade, la communication
est en quelque sorte dénaturée. Dans le pire des cas, l'interlocuteur
se détourne du locuteur, après avoir attendu, en fait, bien peu de
temps, pour aller voir ailleurs et abandonne le locuteur avec ses frustrations ...
Pas étonnant que tant de locuteurs malhabiles se replient sur eux-mêmes
et n'entrent en fait que très rarement en relation avec autrui, ou ne cherchent
plus, par la suite, qu'à entrer en communication avec les gens qui, comme
eux, ont quelques difficultés avec le langage oral ou écrit.
Ainsi, mon expérience me pousse ici à relater une anecdote qui souligne
toute l'importance que ces difficultés peuvent avoir. Florence, onze ans,
dont je parlais déjà précédemment, a une arthrogrypose
compliquée d'un problème au niveau de l'appareil bucco-phonatoire.
Elle ne s'exprime que très rarement : elle a, d'une part des difficultés
de salivation qui lui rendent l'exercice assez peu agréable ; d'autre part,
on a beaucoup de mal à la comprendre du fait de son articulation très
approximative de certains phonèmes, nous obligeant à lui demander presqu'à
chaque fois de répéter ce qu'elle dit. Rien d'étonnant à
ce qu'elle ne cherche pas franchement à prendre l'initiative de parler avec
quelqu'un. D'autant plus que les enfants ne sont pas tendres entre eux lorsqu'il
existe une différence à ce point gênante à la réalisation
d'un discours. Dans le cas présent, Florence est élève d'une
CLIS 4, structure dans laquelle il y a d'autres enfants qui, comme elle, ne s'expriment
pas de manière complètement intelligible. Ainsi, Céline, 13
ans, est une enfant ayant une infirmité motrice cérébrale, elle
est sans parole. Son expression se limite à une articulation très uniforme
faite de « a » et de tentatives d'articulation peu fructueuses puisqu'aucun
phonème n'est différenciable. Ces deux enfants n'entrent que très
peu en communication avec les autres enfants de l'école, et même avec
ceux de leurs classes respectives. Toutes les deux ne se déplacent que très
peu et s'arrangent toujours pour se trouver à proximité d'adultes,
qui sont toujours en train de parler. Elles semblent particulièrement apprécier
de pouvoir écouter ce qui se dit. A force de les pousser à aller vers
les autres enfants, un jour s'est passé un épisode particulièrement
marquant pour nous, adultes. On a pu voir Florence et Céline communiquer.
Décrire cet échange m'est difficile car cela semblait n'avoir aucune
forme intelligible, et pourtant, l'expression de leur visage était limpide,
et nous les avons vu rire comme si elles partageaient une des meilleures blagues
qui existent. Même si, peut-être, leur échange ne s'était
fait que par le regard, il avait été réel et riche de sens et
d'émotions.
2 . Communiquer autrement ?
L'anecdote que je retrace ci-dessus, montre bien que si certains ne partagent pas
notre mode de communication, ce n'est pas pour cela qu'ils ne sont pas aptes à
communiquer. La difficulté réside dans le fait qu'il faut savoir trouver
avec eux un mode de communication qui soit compatible entre les interlocuteurs, enfants
et adultes ayant ou non des troubles de langage. Et cette difficulté est loin
d'être simple à surmonter. Il ne faut pas perdre de vue les conditions
dans lesquelles on envisage généralement d'apporter une aide à
la communication. Je crois qu'il faut bien garder à l'esprit l'étendue
des apports bénéfiques que cela peut avoir sur la construction même
de la personnalité de ces enfants, car, même si l'utiliser n'efface
pas le handicap (il n'en est d'ailleurs aucunement question), au moins l'enfant possédera-t-il
son propre moyen de communication donc un moyen d'expression ! Cela est tellement
important, il suffit de penser à ce que cela peut induire aussi pour l'accès
aux apprentissages car, il faut bien dire que ces enfants qui ont des difficultés
de langage, sont très difficiles à évaluer. Comment savoir si
les compétences que l'on vise, sont acquises ou non. On se rend souvent compte
que ces enfants développent une capacité à vous faire croire
qu'ils ont acquis ce qu'on voulait. On leur « mâche » parfois tellement
la tâche dans ce type d'évaluation, ou bien on induit tellement la réponse,
ou bien encore, on interprète tellement les réponses, qu'on comprend
bien souvent ce qu'on veut comprendre. Pour tous ces cas où il est difficile
de savoir ce qu'il en est vraiment des appropriations cognitives de l'enfant, je
pense qu'apporter un moyen de communication, même artificiel, peut avoir un
rôle primordial pour l'enfant, car il peut permettre d'affiner les évaluations.
3 . Les aides à
la communication.
a . Les tableaux et les codes de communication.
Comme le souligne Elisabeth Cataix, ergothérapeute travaillant à l'Association
des Paralysés de France, la mise en place de tableaux de communication est
difficile et longue. Il faut bien rappeler qu'elle est fonction de la nature de la
déficience motrice ou intellectuelle qui entraîne le handicap de parole.
De plus, l'utilisation d'un tableau de communication est un acte très complexe
pour l'enfant. Cet acte sous-entend plusieurs facteurs qu'énumère Elisabeth
Cataix de la façon suivante :
- l'envie de communiquer,
- l'intention de communiquer,
- la conscience de l'idée à communiquer,
- l'encodage de cette idée en concepts présents sur le tableau,
- la désignation de cette succession de concepts ( qui a en elle-même,
en dehors de tout problème linguistique, un coût moteur et cognitif
),
- la gestion des erreurs effectuées par lui-même et des erreurs de compréhension
de l'autre,
- une adaptation à la rétroaction espérée de l'interlocuteur.
Cet acte passe nécessairement par la désignation de supports écrits,
en tout cas avec les enfants handicapés moteurs. La désignation gestuelle
ne peut être envisagée systématiquement, du fait de leurs difficultés
motrices.
Les tableaux de communication sont généralement des supports de taille
variable, cartonnés ou en bois, dont l'enfant dispose assez facilement : on
s'arrange pour que ce tableau l'accompagne le plus souvent possible, sur son fauteuil
en récréation ... Chez le jeune enfant, ce tableau peut se limiter
à de simples photos ou images de lieux, de personnes ou d'actions. Le nombre
d'éléments varie selon les besoins, l'évolution de la communication.
Ce tableau peut également être constitué d'éléments
appartenant à des codes de communication préétablis. Ces codes
utilisent des signes graphiques variés comme des icônes, des idéogrammes,
des symboles ou des signes plus conventionnels. Les icônes sont des représentations
figuratives alliant dessins et mots. Les idéogrammes évoquent davantage
une idée plus ou moins abstraite. Les symboles utilisent des représentations
le plus souvent partielles ou indirectes de l'objet. Les signes reprennent en fait
des représentations conventionnelles telles que les lettres de l'alphabet
, ou encore les syllabes.
Lorsque l'enfant utilise de nombreuses unités graphiques, le tableau peut
être remplacé par un cahier ou classeur. Ces supports sont peu coûteux
et permettent d 'élargir le champ de la communication, de toucher un vaste
public. La communication est plus rapide ; si l'instrument est maîtrisé,
les erreurs d'interprétation sont moindres.
Les différents codes de communication sont présentés en annexe
6.
b . Les synthèses vocales.
Ce sont des machines qui produisent de la voix. Elles fonctionnent selon deux principes
différents : les messages sont préenregistrés, à une
touche signalée par un icône, correspond un message. Eurotalk et Alpha
Talker fonctionnent sur ce principe. Dans l'autre cas, l'enfant peut produire lui-même
son message à partir d'un clavier phonémique ou alphabétique.
Synthé 4 est une synthèse vocale de ce type. Les synthèses vocales
permettent à l'enfant de prendre la parole au moment où il le juge
utile et non seulement quand on lui en donne l'occasion. Il a ainsi un rôle
d'initiateur dans la communication, chose qu'il ne pouvait faire avant. Cela lui
permet de se positionner en véritable individu. L'enfant qui dispose d'une
synthèse vocale élargit en même temps son champ de communication,
son interlocuteur n'est plus obligé d'être à ses côtés.
La communication peut être autre que duelle.
c . Utilisation de l'écrit.
Lorsqu'un enfant ne possède pas un langage oral suffisamment
intelligible, il peut avoir recours à l'écriture. Bien sûr, cette
écriture n'est pas obligatoirement manuscrite, elle peut se pratiquer avec
l'utilisation de machines à écrire ou de traitement de textes sur ordinateur.
Toutefois, cela ne peut convenir que dans des cadres réduits tels que la classe,
le domicile, les lieux de rééducation et suppose que l'enfant n'ait
pas, par ailleurs, de problème face au langage écrit.
B . Qu'appelle-t-on « troubles du langage
oral » ?
1 . Les troubles de l'expression orale.
-- Les anomalies de débit concernent le débit de l'expression orale,
que l'on appelle aussi fluence ou encore fluidité verbale, il peut être
modifié dans deux sens. Le premier est celui d'une réduction : le débit
est lent, entrecoupé de pauses fréquentes. Le second est celui d'une
accélération : le débit est rapide, difficile à interrompre.
On parle dans ce cas de logorrhée. J'ai eu l'occasion de rencontrer un enfant
qui présentait le premier type de trouble. La communication exige alors des
interlocuteurs plus de patience qu'à l'accoutumée.
-- Les stéréotypies consistent dans l'émission répétitive
du même segment linguistique. Elles peuvent constituer les seules ressources
à disposition. Elles apparaissent alors de manière automatique lors
de toute tentative faite pour communiquer. On pense alors au célèbre
malade de Broca qui répétait « tan-tan » lors de toute
tentative de communication, mais ces séquences répétées
peuvent également se composer d'un mot ou d'une courte phrase. On me rapportait
récemment l'histoire d'un homme traumatisé crânien qui présentait
ce trouble : il employait tout le temps les termes de « solution » et
d'« opération », demandant par exemple à la boulangère
de lui vendre une opération au lieu d'une baguette.
-- La dysprosodie se caractérise par une atténuation de la mélodie
du discours, une tendance à la syllabation. On a ainsi l'impression d'un discours
sans vie, sans intonation, d'un discours monotone. J'avais souvent l'impression,
en travaillant avec Florence, d'un discours extrêmement monocorde, qui ne laissait
pas paraître ses émotions, ou plus difficile pour moi, enseignante,
qui ne laissait pas du tout paraître sa compréhension lors de lectures
faites à voix haute .
-- Le manque du mot, appelé aussi anomie, consiste en la difficulté,
voire l'impossibilité à produire un mot dans différents contextes.
Ce trouble se marque dans le langage spontané par des hésitations,
des pauses, l'utilisation de mots très généraux de remplacement
tels que « truc, machin, chose », ou encore par l'utilisation de périphrases.
Ce trouble, extrêmement fréquent dans les classes d'enfants cérébraux
lésés, nuit souvent à la communication en la rendant imprécise.
2 . Les transformations du langage oral.
-- Les transformations phonétiques sont désignées sous le terme
de trouble d'articulation.
Il s'agit d'une émission inadéquate de phonèmes de la langue,
généralement liée à un trouble au niveau de la commande
des muscles de l'appareil bucco-phonatoire. Les émissions verbales sont alors
faites de nasonnements, d'assourdissements, d'occlusions, d'élisions et de
mutations. Ce type de trouble a pour caractéristique de pouvoir s'analyser
en terme d'anomalies dans la réalisation des traits constitutifs des phonèmes.
L'altération de la parole peut être phonétique : secondairement
à des atteintes anatomiques (ex : malformation bucco-pharyngée ), ou
à des dysfonctionnements neuro-musculaires (ex : paralysie des organes de
l'articulation ) qui perturbent la production de phonèmes. Ce type de trouble
peut se révéler très invalidant. Je pense ici tout particulièrement
à Florence, qui dans l'émission de mots, produit des enveloppes verbales
difficilement intelligibles, totalement incompréhensibles sans la connaissance
du contexte.
-- Les paraphasies phonémiques sont les troubles de la programmation phonologique.
Elles consistent dans une mauvaise prononciation par addition, omission, ou déplacement
de certains phonèmes. Les phonèmes produits existent dans la langue,
mais simplement, ce ne sont pas les phonèmes attendus qui sont sélectionnés.
Ainsi, l'enfant dit par exemple « krain » au lieu de « train »
alors qu'il dit sans difficulté « toutou ».
-- Les paraphasies verbales sont de deux types : les premières, appelées
paraphasies morphologiques, correspondent au remplacement d'un mot par un autre qui
lui ressemble par la forme ; dans les secondes, appelées paraphasies sémantiques,
le mot à prononcer est remplacé par un mot ayant un rapport conceptuel
avec lui. Ce type de trouble est moins fréquent.
-- L'agrammatisme se caractérise par l'émission de phrases transgressant
certaines règles de grammaire. Ainsi, on a même du mal à parler
de phrases tant les énoncés ressemblent peu à ce que nous appelons
des phrases dans la vie de tous les jours. On remarque une réduction du nombre
des structures syntaxiques, allant de pair avec leur simplification. Cette simplification
se remarque par l'absence de mots outils (déterminants le plus souvent ),
par l'emploi de verbes à l'infinitif (pas d'accord avec le sujet) et par la
perturbation de l'ordre des mots. J'avais ainsi un enfant en classe, Semyr, qui ne
formulait jamais de phrases construites et me donnait le plus souvent des mots ou
des verbes non conjugués, en guise de réponses à mes questions
.
-- La dyssyntaxie : dans ce cas aussi, l'émission de certaines phrases transgresse
les règles de la grammaire, cependant, là, on peut entendre des énoncés
qui ressemblent à des phrases. On observe un débit verbal habituellement
normal, le nombre de structures syntaxiques ne différant pas de la norme,
mais leur emploi n'est pas approprié, les énoncés ne respectent
pas les constructions habituelles.
-- Les jargonaphasies sont des productions linguistiques qui présentent un
nombre important de paraphasies, dyssyntaxies ... Ces segments d'activité
verbale déformée, peuvent aller jusqu'à se révéler
totalement incompréhensibles pour l'interlocuteur.
3 . Les troubles de la compréhension
orale.
Ce sont les troubles les plus difficilement observables, car leur appréciation
est indirecte et se réalise sur la base des réactions de la personne
aux émissions verbales de quelqu'un d'autre, que ces réactions soient
verbales ou non. Cependant, voyons en quoi consistent ces troubles.
-- La surdité verbale est caractérisée par un trouble de l'identification
et de la discrimination des bruits linguistiques .
-- Les troubles de la compréhension : dans ce cas de figure, les phrases émises
par quelqu'un peuvent être plus ou moins bien répétées
par la personne, sans pour autant qu'il en comprenne la signification. Le trouble
peut porter sur le mauvais traitement phonémique du message, ou bien sur le
processus d'extraction des valeurs sémantiques contenues par le message. Les
deux cas sont évidemment totalement distincts ...
C . Qu'appelle-t-on « troubles du langage
écrit » ?
1 . Les troubles de la compréhension du langage écrit.
Ils sont communément appelés « alexie ». On distingue l'alexie
verbale, résidant dans la difficulté à lire des mots, et l'alexie
littérale, consistant dans la difficulté à lire des lettres.
2 . Les troubles de la correspondance entre
sons et graphies.
-- La dyslexie est définie par l'O.M.S. comme une atteinte spécifique
de la lecture. Il s'agit en effet d'une altération significative de la lecture.
La tendance actuelle s'oriente vers une recherche des critères de causalité
du côté génétique : on tend à affirmer actuellement
qu'un enfant de parents dyslexiques aurait un risque huit fois plus élevé
que les autres enfants, de l'être aussi. Différentes localisations des
gènes sembleraient de plus en plus impliquées dans la genèse
des troubles de la lecture (au niveau des chromosomes 6 et 15 ).
On peut définir ce trouble comme étant une difficulté à
établir la correspondance entre les sons (phonèmes) et les signes écrits
(graphèmes). On rencontre ce type de trouble dans toutes les langues, mais
son incidence est d'autant plus grande que la correspondance est moins directe (langue
française ou anglaise). On fait souvent la distinction entre trois sortes
de dyslexies : les dyslexies dysphonétiques où les difficultés
prédominent sur le décodage (65 % des enfants dyslexiques) ; la dyslexie
dyséidétique où l'enfant a du mal à utiliser un stock
de représentations globales de mots (10% des enfants dyslexiques) ; les dyslexies
mixtes (27 % des enfants dyslexiques).
On trouve encore d'autres types de définitions de ces troubles. Ainsi, certains
distinguent les dyslexies de surface : cas dans lequel les erreurs portent surtout
sur les mots irréguliers (cas de dyslexie dyséidétique) ; et
la dyslexie profonde dont les erreurs dans la lecture de logatomes prédominent
(cas de dyslexie dysphonétiques).
-- Les paralexies sont de deux ordres : on parle de paralexie morphologique lorsque,
dans la lecture, un mot est remplacé par un autre qui lui ressemble par la
forme écrite : bateau remplacé par gâteau. On parle de paralexie
phonémique lorsque, lors de la lecture, le mot à prononcer est remplacé
par un mot ayant un rapport conceptuel avec lui : bateau remplacé par navire.
3 . Les troubles de la production du langage
écrit.
Ceux-ci ne seront pas décrits ici, car leur description
ressemblerait beaucoup à celle des troubles de l'expression orale. On parlerait
ainsi de paraphasies graphématiques et littérales (les unités
d'analyse étant le graphème et la lettre, et non plus le phonème
et la lettre ), de jargonagraphie, d'agrammatisme et de dyssyntaxie ...
-- Les troubles de découpage d'unités sémantiques résident
en la difficulté qu'ont certains enfants à écrire en détachant
les mots. Leurs écrits se traduisent par d'immenses mots-phrases dans lesquels
il n'y a pas de respect des distinctions entre les mots. Ainsi peut-on voir écrit
par exemple : « mamanmangeunetomate ». Ce trouble est en général
assez passager car il ne dure que le temps pour l'enfant de comprendre pourquoi les
mots se distinguent les uns des autres.
D . Troubles du langage et pathologies : quels
liens ?
Dans la population d'enfants que je peux rencontrer en CLIS
4, les pathologies du langage peuvent trouver leur origine dans différents
facteurs, liés ou non à des atteintes cérébrales.
1 . Pathologie du langage et de la parole chez
l'enfant.
La description faite par Claude Chevrie-Muller dans son ouvrage
Le langage de l'enfant Aspects normaux et pathologiques , me semble particulièrement
claire. J'ai choisi de la présenter sous forme de tableau car elle paraît
encore plus nette (cf. tableau sur la page de gauche).
2 . Troubles de la parole, du langage et infirmité
motrice cérébrale.
Le lien entre pathologie et trouble est particulier chez l'enfant
atteint d'infirmité motrice cérébrale, c'est pourquoi je choisis
de faire ici un développement à partir de l'article de Mme Truscelli,
sur les troubles de la parole et du langage et l'infirmité motrice cérébrale.
Différentes circonstances (prématurité, accidents obstétricaux
avec souffrance cérébrale à la naissance, ictères sévères
du nouveau-né ...) peuvent entraîner des lésions cérébrales
définitives et, de ce fait, différents déficits moteurs (paraplégie,
hémiplégie ...). Les troubles moteurs occupent une place prépondérante
parmi les séquelles définitives résultant des lésions
cérébrales précoces et non évolutives, ils sont à
l'origine des difficultés articulatoires du langage parlé. Les troubles
observés relèvent bien souvent de difficultés motrices portant
sur l'activité musculaire du pharynx, de la langue et des lèvres.
Dans la population des enfants infirmes moteurs cérébraux, on estime
que les troubles mécaniques du langage (dysarthries) représentent de
20 à 30 % des cas. Les dysarthries sont pratiquement constantes quand l'atteinte
motrice est bilatérale, symétrique ou non, et frappe les membres supérieurs.
En général, les dysarthries qui accompagnent les infirmités
d'origine centrale quel qu'en soit le degré, sont non seulement une difficulté
de plus pour le sujet lui-même, mais aussi un facteur de handicap social. L'écoute
d'un enfant dysarthrique met mal à l'aise, car il y a perte des références
habituelles de la communication orale. Il est nécessaire pour l'interlocuteur
de s'ouvrir à de nouvelles disponibilités et de trouver un mode de
fonctionnement spécifique. Ce n'est pas évident d'emblée, mais
l'entraînement améliore vite la situation.
Les enfants dysarthriques sont généralement bavards et manifestent
bruyamment leur envie de s'exprimer. Avec l'âge certains enfants I.M.C. bien
entraînés vont parvenir à une maîtrise de certaines fonctions
mais rarement à toutes celles utiles à la parole. Le gain porte généralement
sur la phonation ou sur la tenue de l'axe corporel, mais tout ceci sans gagner sur
les articulations toujours approximatives.
Maintenant que les troubles du langage sont définis et que les aides techniques
existantes sont décrites, quels sont les problèmes que je rencontre,
moi, enseignante?
III . Quelles pratiques pédagogiques face aux troubles
du langage?
A . Approche du langage au travers des textes officiels : un projet de vie.
Les documents sur lesquels je m'appuie ici sont présentés en annexe
7 et 8 : domaine de la langue cycle 1 et 2 (extraits des textes officiels : La maîtrise
de la langue à l'école pubiés par le Ministère de l'Education
Nationale et de la Culture, direction des Ecoles, Savoir livre, pages 12 à
15).
« Bien parler, bien lire, bien écrire : ces trois impératifs
sont la clé de la pleine citoyenneté », ainsi est abordé
l'apprentissage de la langue dans les textes officiels. Il est vrai que l'apprentissage
de la langue conditionne en fait tous les apprentissages de l'enfant puisque tous,
passent par la compréhension, l'expression : la maîtrise de la langue
dans toutes ses subtilités. Les textes officiels insitent sur ce point : «
Pour la maîtrise de la langue, tous les domaines disciplinaires doivent être
mobilisés en permanence. En retour, ces compétences servent tous les
autres apprentissages ». Les acquisitions de l'enfant dans ce domaine sont
progressives et l'amènent, au fil des années, des premières
ébauches de mots, à la prononciation correcte de mots difficiles, puis
à l'élaboration de phrases de plus en plus complexes. L'école
joue bien entendu un rôle primordial dans ces acquisitions, elle en a même
la responsabilité et l'obligation clairement définie dans les programmes
officiels, dès la maternelle.
Souvent, on entend dire que l'échec scolaire, c'est l'échec linguistique
: l'enfant en difficulté est l'enfant qui n'a pas appris à lire comme
les autres, ou qui ne parle pas comme les autres, ou qui ne maîtrise pas le
code écrit. Or, l'apprentissage du français, c'est bien plus que l'apprentissage
d'une langue : c'est l'apprentissage d'une relation à l'autre et aux autres,
l'apprentissage de la communication. Emile Gaspari, Inspecteur d'Académie
et directeur du C.R.D.P. de Montpellier, affirmait à ce titre que : «
La communication est un objectif majeur de l'éducation. Il n'est plus pensable
de rester à l'écart de l'évolution considérable que connaît
notre société. L'aptitude à communiquer, à décoder
les messages, à filtrer les informations, à les organiser, à
les traiter est essentielle à la vie de l'individu, du travailleur, du citoyen.
Ainsi, les principes de fonctionnement de notre langue, doivent s'acquérir
sous peine d'une inadaptation à notre société, sous peine d'une
incapacité à exister pleinement. »
Par ailleurs, « l'accès à une bonne maîtrise de la langue
et de la culture écrite est une condition essentielle à la réussite
scolaire et, au delà, à la réussite sociale ». Cela est
d'autant plus vrai, si l'on songe au rôle que peut jouer l'école en
tant que facteur d'intégration sociale pour l'enfant handicapé moteur.
Tous les débats actuels traitant de l'enfant handicapé, tournent aujourd'hui
autour des concepts d'intégration, de formation et d'insertion. Il s'agit
bien pour l'école, pour l'Education Nationale, de préparer le futur
adulte handicapé à exercer, le plus pleinement possible ses responsabilités
de citoyen et d'acteur économique. Ceci passe de toute évidence par
une maîtrise pour lui des modes de communication dont il peut user, et plus
particulièrement, par la maîtrise du meilleur vecteur d'insertion sociale
: le langage.
Il s'agit avec l'apprentissage du français d'apprendre à parler, à
écrire, mais aussi, à communiquer, à penser, à comprendre
le monde. Le ministère de l'Education Nationale est depuis longtemps attentif
à l'apprentissage de la communication, déjà en 1972, une circulaire
datée du 4 décembre, donnait les instructions suivantes : « L'enseignement
du français est donné pour aider l'enfant à communiquer et à
penser. » Que la communication soit essentielle dans le développement
de la personne est une autre manière de dire que l'individu, soit-il handicapé,
se développe dans son interaction au monde et qu'il ne saurait apprendre à
entrer en contact avec ce qu'il ne côtoie jamais ou ce dont il est tenu à
l'écart.
B . Un besoin pour communiquer.
1 . S'exprimer.
Les documents sur lesquels je m'appuie ici sont présentés en annexe
9 : langue orale (extraits des textes officiels : Les cycles à l'école
primaire publiés par le Ministère de l'Education Nationnale, de la
jeunesse et des sports, direction des Ecoles Hachette Ecoles, pages 40 et 41).
Dès le cycle des apprentissages premiers, cette volonté de travailler
à l'acquisition de la langue est affirmée. Il s'agit d' « apprendre
à parler et à communiquer ». Ceci en réalisant différents
objectifs. L'enfant doit pouvoir : prendre la parole et s'exprimer de manière
compréhensible quant à la prononciation et à l'articulation
dans des situations diverses comme : entrer dans le dialogue, décrire une
situation simple ou une image, évoquer des situations absentes ou imaginaires,
faire du langage un objet de curiosité et de jeu. Telles sont les compétences
que doivent acquérir les enfants durant les apprentissages premiers. Durant
le cycle suivant, celui des apprentissages fondamentaux, il s'agit de « continuer
à apprendre à parler » afin d'atteindre les compétences
suivantes : l'enfant doit pouvoir se servir du langage comme d'un instrument d'investigation
et de représentation de la réalité, acquérir un langage
plus riche et plus structuré (lexique, constructions), adapter sa parole au
contexte (codes sociaux de la communication), organiser logiquement ses propos pour
traduire et commenter ses actions, ses attitudes et ses productions.
Ces compétences me semblent très pertinentes mais, qu'en est-il des
enfants qui ont des troubles de l'articulation, de la parole ? Que doit-on exiger
d'eux, quels types de compétences doit-on chercher à développer
? Il me semble que, dans ce cas, il faut savoir établir des priorités,
même si on tend toujours vers ces objectifs. Lorsque la communication est touchée,
qu'il s'agisse d'une difficulté à se faire comprendre parce qu'on oralise
mal, d'une difficulté à échanger avec les autres parce que ceux-ci
n'ont pas de problème quand ils vous parlent, d'une tendance à rester
seul, ou à proximité de gens qui parlent beaucoup (adultes par exemple),
ou encore de rechercher à entrer en communication avec des enfants qui ont
aussi du mal à parler, les incidences sur le langage sont multiples. Psychologiquement,
on peut imaginer à quel point il peut être difficile de se voir demander
de répéter dix fois la même chose parce qu'on n'est pas compris,
cela devant les autres. Comment espérer que ces enfants prennent la parole
si on ne les aide pas à s'engager dans une démarche de communication.
Comment peut-on remédier à ces problèmes ? Il faut encourager
toutes les prises de parole, en donnant justement à ces enfants la possibilité
de parler pour tous (en leur faisant faire les annonces des évènements
du jour ou encore en leur proposant de raconter des histoires, des annecdotes qui
leur sont propres, en choisissant d'évoquer des sujets particulièrement
attractifs pour qu'ils aient véritablement envie de participer aux discussions).
Il faut prévoir dans l'emploi du temps de la classe un moment où l'enfant
s'exprime chaque jour. Il faut favoriser toutes les prises de parole, sous diverses
formes : mini-débats, revue d'actualités (école, ville, pays
ou monde : sorte de journal d'information, revue de presse...), discussions de projet,
choix d'activités ou même narration de contes ou légendes. Surtout,
il faut que le sujet commence par s'ouvrir aux autres et prenne conscience de la
fonction de communication, que cela devienne pour lui un véritable besoin,
c'est le plus important, ensuite, on peut lui apporter des outils qui soient adaptés
à ses capacités propres.
2 . Comprendre.
Dès le cycle premier, l'enfant doit être capable de suivre une conversation,
de prendre sa place dans un dialogue, ceci passe par des compétences à
développer comme écouter, rester dans le sujet, répondre à
une demande de manière pertinente, résumer une histoire écoutée,
la commenter, inventer une suite ou des variables cohérentes. Pour le second
cycle, il s'agit d'initier l'enfant à l'usage de son intelligence et de sa
mémoire dans l'appréhension de ce qui se passe autour de lui, dans
la programmation de ses actions et dans l'analyse des effets de celles-ci. «
Comprendre, c'est en effet mobiliser dans la mémoire les savoirs pertinents
qui permettent de relier entre elles les diverses informations qui nous parviennent
et donner sens à ce qui est perçu. »
Ces objectifs ne sont pas faciles à atteindre car l'enfant, en difficulté
avec le langage, est bien souvent un enfant qui se désintéresse rapidement
de la conversation, à défaut de pouvoir y participer, ou qui a du mal
à mémoriser les éléments importants. Que faire alors
pour ces enfants ? Il faut chercher à maintenir son attention auditive, à
la développer. Ceci peut passer par beaucoup d'activités d'écoute,
par exemple on demande aux enfants de lever la main lorsqu'ils entendent un signal
sonore déterminé (disques à écouter) ou un mot dans la
narration d'une histoire, de tourner la page d'un livret qui accompagne les disques
des histoires de Walt-Disney lorsqu'on entend la clochette, ou plus simplement de
tourner la page lors de la lecture d'un autre élève etc ...
On peut encore passer par des activités de jeu du type
« Jacques a dit »... Il s'agit dans tous les cas de développer
l'attention auditive de l'enfant, et ce, par tous les moyens que l'on peut trouver
qui permettent de développer ce type de comportement. Les exemples que je
donne ici, sont volontairement simples, et pourtant, la pratique m'a montré
que ce type d'entraînement, avec les enfants handicapés moteurs, porte
ses fruits d'une part dans les apprentissages scolaires ordinaires et d'autre part,
dans les apprentissages de la vie de tous les jours : autonomie par exemple (l'enfant
attentif est un enfant qui n'a pas besoin qu'on lui répète plusieurs
fois la consigne).
C . Une entrée dans l'écrit.
1 . Comprendre et « prendre ».
Pour comprendre un écrit, l'enfant peut chercher à passer par une phase
de décodage. Pour cela, l'enfant doit pouvoir accéder à la conscience
des éléments phoniques, peu à peu faire des relations entre
l'oral et l'écrit, apprendre à comprendre un écrit : compréhension
littérale et compréhension fine (reformulation). Dès que l'articulation,
la parole sont touchées, il est difficile d'enchaîner ces apprentissages
car leur évaluation est extrêmement complexe à mettre en place
et aléatoire dans bien des cas. En effet, comment savoir si Florence qui me
dit « mondon » pour mouton, comprend mouton ou n'accède à
aucun sens... Bien sûr, dans ce cas, on a recours à l'évaluation
de la compréhension littérale mais que comprend-elle de son feed-back
pour le moins déformé ? C 'est là un véritable problème
que j'ai rencontré dans ma classe et auquel j'ai fait face à ma manière,
je lui demandais de quoi elle me parlait : un objet, une personne, un animal, une
idée ? Selon sa réponse, j'arrivais à peu près (cela
restait du domaine de mon interprétation... ) à savoir si elle comprenait
les mots qu'elle lisait (mots sortis de tout contexte au départ ).
Le retour oral ne pouvant être fiable, il est difficile pour ces enfants d'accéder
à la construction de sens. Pour ce qui est des apprentissages de lecture,
il est nécessaire de s'appuyer sur le visuel le plus souvent possible. Un
travail d'attention visuelle est à mettre en place, en passant par des activités
diverses : travailler sur les silhouettes d'objets à retrouver parmi d'autres,
de lettres parmi d'autres lettres qui lui ressemblent, de mots à partir de
silhouettes de mots (recherche des mots intrus dans une liste de mots identiques,
recherche d'un mot dans une liste de mots qui lui ressemblent). Les jeux de rébus
qui invitent l'enfant à faire abstraction des distorsions phonologiques pour
chercher le sens véritable, constituent également un entraînement
intéressant ... Il faut également développer la mémoire
visuelle de l'enfant en s'appuyant sur les mots dans leur globalité et en
cherchant à ce que les enfants les reconnaissent ainsi ( c'est ce que beaucoup
de théoriciens appellent la voie directe) .
On vise par là la maîtrise non pas du signifiant mais celle du signifié. On donne à l'enfant la capacité d'accéder directement au sens, sans passer par cette oralisation qui ne l'aide pas du tout. On peut par exemple travailler sur étiquettes, le problème pour nous enseignants spécialisés, c'est que beaucoup d'enfants ne peuvent disposer de ces étiquettes comme ils le veulent : les déplacer, les disposer correctement, les coller représentent des actions extrêmement complexes pour eux, c'est un aspect que l'on ne prévoit pas toujours lorsque l'on conçoit ce type d'activités. Le jeu de loto avec les « mots étiquettes » à placer dans les emplacements « images » et inversement connaît les mêmes inconvénients. Encore une fois, les activités à mettre en place sont multiples et paraissent extraordinairement simples mais représentent un entraînement incontournable, qu'il faut veiller à entretenir. Cependant, il faut bien souligner également que ce type de mémorisation par la voie directe, a ses limites, et que l'enfant se trouve à un moment donné incapable d'en mémoriser davantage. Toutefois, cette piste me paraît intéressante et à privilégier aussi longtemps que l'enfant y trouve un bénéfice.
Mais, la compréhension écrite ne passe pas seulement par l'acte de
lire, dans le sens de décoder, il s'agit pour lui de « s'initier au
monde de l'écrit » pour le cycle premier, objectif qui sera repris par
« découvrir la fonction de l'écrit » au cycle suivant.
C'est en effet en ayant une connaissance large et étendue des différents
types de textes, de leur fonctionnement interne et de leurs caractéristiques
essentielles, que l'enfant entre dans une phase plus riche de recherche d'indices
et de formulation d'hypothèses qui le soutiennent dans sa quête de sens.
Pour l'enfant handicapé moteur, cela me semble un travail qui a une grande
importance car ils n'ont pas toujours accès, comme d'autres enfants, aux écrits
dits fonctionnels par exemple ( liste de courses, programme de spectacles, de télévision,
notice de fabrication...) qui ne leur sont pas toujours soumis du fait que beaucoup
d'adultes font des choix à leur place ou ne leur confient que très
rarement des responsabilités. Savoir qu'une notice de fabrication s'organise
de manière particulière, aide considérablement le lecteur à
trouver l'information qu'il cherche. Dans les classes, on est parfois amené
à se demander si l'enfant handicapé bénéficie de la même
capacité d'accès à l'autonomie, du même accès aux
informations. J'ai été souvent frappée par ce que je considérais
comme un manque de curiosité de la part de ces enfants, mais en réalité,
ces enfants ont-ils bien été initiés au monde de l'écrit
et affranchis de sa complexité par un minimum de connaissances ?
2 . Produire.
Je choisis de passer sur les difficultés d'ordre praxique qui peuvent perturber
l'acte de production en lui-même, loin de les ignorer, je n'en parlerai pas
directement ici.
Au cycle des apprentissages premiers, il s'agit pour l'enfant de s'initier à
produire (oralement) des textes, avec l'aide de l'adulte le plus souvent : le mode
de la dictée à l'adulte restant la plus sûre façon d'y
parvenir. Au cycle suivant, l'enfant est amené peu à peu à s'affirmer
dans le rôle d'auteur et de producteur de textes : il lui faut savoir «
structurer globalement un texte en l'adaptant à la situation de production,
moduler les énoncés produits en fonction du destinataire, apprendre
à éditer des textes ». Ceci passe par une phase de mise en mots
écrits (l'orthographe à respecter n'intervenant que dans un second
temps).
C'est ce que l'enfant réalise en créant divers types d'écrits
( ce sont les écrits rappelés dans les instructions officielles : récits,
lettres, recettes, notice de fabrication etc...). Pour les enfants handicapés
moteurs, cette activité de production d'écrit peut s'appuyer sur l'utilisation
de machines à écrire, d'un traitement de textes. Le choix d'une entrée
dans la production d'écrits par le biais d'un projet de classe me paraît
une manière d'impliquer au même titre tous les enfants, dans le cadre
d'un fonctionnement en intégration pour la C.L.I.S. notamment. C'est pourquoi
envisager un projet d'écriture avec ces enfants me paraît tout à
fait judicieux.
Les troubles touchant le langage peuvent être vastes ou restreints chez l'enfant
handicapé moteur, cibler des objectifs de travail au sein d'un projet de classe
permettra à mon sens de mener ces enfants à des acquisitions essentielles.
IV . Pour l'élaboration d'un projet d'apprentissage.
A . Nécessité de partir d'un bilan avant de se lancer
dans le projet.
1 . Pourquoi un bilan, fait par qui ?
Dans le cadre de ma classe, une CLIS 4, il me faut partir du niveau réel des
enfants dans leurs acquisitions. C'est pourquoi il me faut envisager d'avoir des
données précises sur les difficultés éventuelles des
enfants. Ainsi, après consultation des dossiers médicaux des enfants,
je dispose d'informations particulièrement intéressantes dans le domaine
de la langue : un enfant suivi par l'orthophoniste du service est un enfant qui présente
des difficultés de maîtrise du langage.
L'évaluation d'un enfant qui présente des troubles de l'acquisition
du langage, répond, à mon avis, non pas à une volonté
de poser un diagnostic, mais à une démarche d'identification des troubles.
J'ai eu l'occasion de voir faire passer des tests à un enfant de 6 ans, ayant
par ailleurs des troubles visuo-spatiaux. L'orthophoniste s'est empressée
de le classer dans une catégorie. Elle nous disait ainsi que l'enfant avait
tout à fait le profil d'un « futur dyslexique ». Je me souviens
d'avoir été très surprise par ce diagnostic si catégorique
et tellement anticipé puisque nous n'avions alors commencé aucun apprentissage
de lecture. Il se peut très bien qu'elle ait eu raison mais ce qui me gênait
dans son attitude, c'était qu'elle ne semblait accorder aucun doute quant
à la véracité de ce diagnostic et à une possible évolution
de l'enfant dans un sens différent .
C'est pourquoi, une simple description des troubles ne peut déboucher sur
un programme d'intervention valable une fois pour toute, car nous ne pouvons souvent
qu'émettre des hypothèses à partir de modèles fonctionnels.
Je crois que l'analyse des difficultés mises en évidence par ces évaluations,
peut mener à l'élaboration de pistes de travail qu'il faudra bien sûr,
remettre en question régulièrement.
Il me semble d'autre part indispensable d'envisager des projets à long terme
pour assurer une cohérence globale au travail entrepris avec l'enfant, quitte
à ce que le projet soit complètement remis en cause et changé
si les progrès de l'enfant ne correspondent pas à ceux que l'on avait
envisagés.
Il ne s'agit pas pour moi de réaliser un bilan qui soit celui de l'orthophoniste
(cf exemple de bilan orthophonique en annexe 10 ). Son bilan est extrêmement
pointu, le mien n'est envisagé que pour me donner des pistes de travail. Il
s'agit pour moi, enseignante, de permettre d'établir un état des lieux
d'où mon travail devra partir, où il devra s'attarder, en accord avec
les programmes officiels relatifs aux objectifs à atteindre dans le domaine
de la langue. J'envisage d'élaborer ce bilan en travaillant en collaboration
avec l'orthophoniste, car un échange de point de vue peut être très
enrichissant et peut nous amener ainsi à travailler de façon constructive
et cohérente dans nos interventions respectives auprès d'un enfant.
2 . Quel type de bilan ?
Avant toute évaluation, tout bilan, il faut prendre le temps de se demander
:
-- Pourquoi veut-on évaluer cet enfant ?
-- Qu'allons-nous évaluer ?
-- Comment allons-nous nous y prendre ?
Il s'agit pour moi ici, de prendre le temps de m'interroger sur ce que peut contenir
un bilan langagier d'enseignant. Quels sont les grands domaines à investiguer
? Pour répondre à cette question, il convient de se reporter aux textes
officiels qui montrent déjà les grandes directions à suivre.
Le tableau réalisé en première partie indique bien ces domaines
:
-- compréhension orale,
-- production orale,
-- compréhension écrite,
-- production écrite.
J'envisage donc un bilan qui me permette de tester l'enfant dans ces quatre domaines,
dans cet ordre.
¨ Evaluer les compétences dans le domaine de la compréhension orale.
Il s'agit pour moi de m'assurer que l'enfant comprend les messages vocaux que je
lui destine. Ceci sous-entend qu'il faut évaluer l'enfant dans le registre
des compétences qui correspondent à son âge. Cela a pour but
de savoir jusqu'à quel point l'enfant comprend la langue qu'il entend, jusqu'où
il a été capable d'en repérer les fonctionnements et les subtilités
(voire les irrégularités). La formule généralement utilisée
est celle de la désignation d'une image parmi quatre, qui correspond à
une phrase énoncée oralement.
- Evaluer les compétences dans le domaine de la production orale.
Il s'agit de s'assurer que l'enfant est bien capable de produire des énoncés
qui répondent aux « normes » de la langue : qui correspondent
aux contraintes grammaticales, sémantiques et pragmatiques. C'est l'occasion
de voir également l'étendue du champ lexical d'un enfant, d'évaluer
la capacité de l'enfant à produire un énoncé qui soit
cohérent et qui réponde à une attente particulière. Là,
il peut exister différentes formules : on peut par exemple évaluer
l'enfant à partir d'un dialogue partant d'un sujet apprécié
par l'enfant, ou d'une image.
- Evaluer les compétences dans le domaine de la compréhension écrite.
Il s'agit, à partir de phrases simples, de tester la compréhension
de l'enfant, de voir, s'il ne sait pas très bien lire, s'il est capable de
prendre des indices dans un texte, de tester sa connaissance du monde de l'écrit,
ou encore de le faire « oraliser » du texte écrit : voir si l'intonation
laisse paraître sa compréhension, dans quelle mesure son articulation
est touchée ... Il s'agit généralement de retrouver une image
parmi d'autres, à partir de la lecture de phrases écrites relativement
simples ou encore de lire un message écrit devant la classe.
- Evaluer les compétences dans le domaine de la production écrite.
Il s'agit ici de voir comment se comporte l'enfant face à l'acte d'écrire.
Il ne s'agit pas de tester ses capacités orthographiques mais de voir si l'enfant
a compris la fonction d'un écrit, s'il sait en faire usage, s'il est capable
de traduire sa pensée par un écrit : s'il fait le lien entre oral et
écrit et tente de respecter la correspondance grapho-phonétique, s'il
respecte le plus souvent possible les normes orthographiques qu'il connaît.
On propose généralement cet exercice sous la forme d'un échange
par écrit, c'est un jeu où les « secrets à ne pas dire
à tout le monde », apparaissent bien souvent.
Suite à ce type de bilan, il s'agit pour moi de travailler avec l'enfant pour
développer ses compétences dans le domaine langagier où se présentent
des difficultés, pour lui apprendre à utiliser des stratégies
réparatrices plus efficaces, pour le mettre en confiance et lui permettre
d'acquérir des compétences qu'il n'aurait peut-être jamais imaginées
posséder. C'est à mon sens une véritable priorité à
donner à l'enfant dans son projet d'apprentissage.
B . Idée de projet
?
1 . Quel type de projet ?
A partir du moment où on connaît les difficultés particulières
d'un enfant, on peut faire en sorte que le projet d'apprentissage tienne compte de
ses difficultés. C'est en construisant le projet individualisé de l'enfant
que l'on tente d'envisager ce type d'approche puisque c'est l'occasion de cibler
les compétences à acquérir pour l'enfant, en les rattachant
aux apprentissages que l'on vise pour lui aux vues de son niveau scolaire. En associant
les deux niveaux de compétences, niveau de compétence réel de
l'enfant et niveau attendu, on parvient à ajuster et à personnaliser
son projet pour en faire un véritable projet individualisé. Ce projet
ne doit pas seulement être présent à l'esprit lors des activités
de français, ce projet doit être mis en pratique dans toutes les activités,
non seulement en classe, mais aussi dans les divers lieux de rééducation
et de vie de l'enfant. Ceci sous-entend que le projet soit connu des différentes
personnes intervenant auprès de l'enfant. C'est à cette seule condition
que la notion de travail en équipe prend tout son sens.
Par ailleurs, ce projet d'apprentissage individualisé doit lui-même
être intégré à un projet de groupe auquel appartient l'enfant,
ainsi qu'au projet de classe. Ainsi, on peut coordonner les différents projets,
les mettre en oeuvre dans le cadre d'une action de groupe ou de classe, leur donner
une cohérence globale. Il faut également chercher à intégrer
ce projet de classe au projet d'école, ce qui permet de travailler avec ces
enfants dans le même sens que les autres enfants de l'école. Ces projets
ne peuvent être envisagés hors du contexte du projet individuel de l'enfant,
établi avec l'ensemble des paramédicaux. Une collaboration étroite
avec l'orthophoniste serait notamment à envisager dans ce cadre. Ces questions
sont très importantes et conditionnent en grande partie la réussite
du projet.
2 . Présentation d'un projet de classe
: projet de correspondance scolaire.
Constat préalable.
En tentant ici de rédiger une ébauche de projet, il s'agit pour moi
d'anticiper sur ma pratique à venir. En effet, je devrais retrouver mon poste
en CLIS 4 à la rentrée de septembre. Je ne sais si les enfants que
j'aurai l'an prochain seront ceux que j'ai connus, mais la réflexion de ce
mémoire s'est, en grande partie, basée sur la connaissance que j'avais
de leurs troubles. Les enfants qui appartiennent à la classe, connaissent
différents troubles de langage, ce qui m'a posé biensouvent des difficultés.
Etant donné que chaque enfant a des troubles particuliers, la pédagogie
différenciée permet de travailler de manière adaptée,
l'objectif de production écrite pouvant prendre des voies différentes
selon les enfants et leurs difficultés.
J'envisage de mener l'an prochain un projet d'écriture qui corresponde à
une véritable situation de communication : c'est pourquoi je pense à
une activité de correspondance scolaire.
Pourquoi un projet d'écriture?
En proposant aux enfants d'écrire, ils ne peuvent tricher avec leurs difficultés.
Ils se trouvent obligés de s'investir de manière plus individuelle
dans la tâche, en se basant sur leurs savoirs et savoir-faire. Dans l'acte
d'écrire, l'enfant part de ce qu'il connaît, utilise l'ensemble de ses
connaissances pour produire un texte qui lui est personnel. La correspondance scolaire
travaille dans tous les domaines de la langue : compréhension, production,
orale et écrite. Il permet de travailler en production et en réception
: il donne de multiples occasions d'activités d'écriture et de lecture.
Je décris ici un projet de correspondance « fictif » dans le sens
où je ne peux anticiper sur les attentes des enfants, ni sur leur nombre ou
leurs troubles. Des accords d'échange entre les deux classes sont nécessaires,
ils passent par l'entente préalable des enseignants.
Quels objectifs pédagogiques ?
Dans la rédaction d'un courrier, les objectifs à sélectionner
sont :
--savoir s'exprimer et communiquer dans des situations variées
--savoir formuler des énoncés pour faire passer ses idées
--savoir organiser sa production : structurer son propos, planifier l'organisation
de ses idées
--respecter la chronologie des idées
--savoir traduire une pensée par des mots écrits
--savoir relire son texte
--savoir utiliser un dictionnaire
--savoir utiliser un lexique
--savoir utiliser un livre de conjugaison, de grammaire
--être capable de réagencer son texte : déplacer des morceaux
, découper et coller des parties.
Certains de ses objectifs pourront être repris dans des « activités
décrochées ».
3 . Déroulement du
projet.
Première phase : négociation du projet avec les enfants par oral, élaboration
d'un contrat écrit.
Cette phase a beaucoup d'importance pour tous les enfants car elle demande à
chacun de s'affirmer par ses choix. Dans cette activité, les enfants en difficulté
avec le langage oral, sont amenés à s'affirmer face aux autres pour
que leurs opinions soient prises en compte. Il s'agit en effet de discuter avec eux
des modalités de correspondance scolaire : faire le point sur ce qu'ils attendent
d'une telle entreprise, ce qu'ils souhaitent pouvoir faire grâce à ce
travail d'écriture : est-ce pour s'informer, pour connaître d'autres
enfants, handicapés ou non ?...Je m'arrête un instant pour souligner
ce point car il m'est arrivé de voir, durant un de mes stages, un enfant handicapé
moteur se montrer extrêmement désappointé de constater que les
enfants avec qui la classe avait établi une forme d'échange scolaire,
étaient eux aussi des enfants handicapés. Cela montre bien à
quel point il est nécessaire de parler « longuement » du projet
avant de s'y lancer.
Il faut s'interroger sur différents points : échanger quoi ? dans quel
but ? avec qui ? sur quelle durée ? vise-t-on un objectif à plus long
terme ? avec quel support ? Cette phase doit logiquement mener à l'établissement
d'un « mini-contrat » dans lequel seront notifiés tous les points
d'accord auxquels nous sommes arrivés concernant le fonctionnement et la forme
de cette correspondance (qui écrit en premier, dans quelles conditions : s'adresse
à un ou plusieurs enfants, délais de réponse libres ou non...),
afin qu'aucun enfant ne puisse dire qu'il en avait été décidé
autrement. Ce « contrat » doit être signé par tous les participants,
y compris (par la suite) par les correspondants, s'il leur convient. Peut-être
même, auront-ils des modifications ou des suggestions à nous faire parvenir
...
Deuxième phase : mise en route du projet.
Premier courrier : il doit permettre d'investiguer leurs représentations vis-à-vis
de ce type d'écrit. Il s'agit de la rédaction d'un premier jet qui
permet une phase de retour sur ce qu'est la lettre et de définir les caractéristiques
propres au genre de la lettre. Ainsi, les enfants mettent en évidence les
différents éléments constitutifs de la lettre : à la
fois dans son organisation spatiale, la disposition du texte, les composantes techniques
(date, lieu, destinataire, entête, corps de texte dont les phrases s'enchaînent
pour former des paragraphes, signature de l'auteur de la lettre,). A partir de là,
les enfants élaborent une sorte de fiche « guide » (ou fiche «
outil ») qui leur permet, lorsque leur lettre est écrite, de vérifier
si elle est bien complète pour que le destinataire en comprenne le message.
Cette fiche peut même leur servir de fiche « auto-évaluative »
: Ai-je bien écrit [ ... ] ? et accompagner l'enfant dans sa tâche de
relecture.
On envisage à ce moment-là également la présentation
écrite : manuscrite ou tapée à la machine ou sur traitement
de textes ? L'utilisation d'un traitement de textes peut être envisagé,
pour certains, comme un allègement de la charge de travail ou comme objet
de motivation de l'enfant qui refuse d'écrire alors qu'il le pourrait «
physiquement » ( je prends cet exemple car il est bien réel pour moi
: Semyr, 10 ans, s'est toujours refusé à écrire, mais il s'y
prête davantage lorsqu'on lui propose de travailler par ordinateur ou à
la machine).
C'est le moment privilégié pour l'utilisation du logiciel « Pictop
» avec certains enfants dont l'écriture manuelle ne peut être
privilégiée. La mise en place et l'utilisation de « Pictop »
permet à l'enfant d'avoir ce retour vocal (non fiable pour lui jusque là),
j'en rêvais l'an passé lorsque je mettais en place une forme d'expression
écrite avec des étiquettes. « Pictop » permet une validation
de l'écrit en fournissant à l'enfant une lecture vocale de chaque lettre
tapée sur le clavier et une lecture de chaque mot lorsqu'il tape sur la touche
espace du clavier. Ce logiciel permettrait ainsi de travailler la conscience phonologique
de l'enfant. Travailler sur les écrits réels de l'enfant permettrait
par la même occasion de valider les acquisitions de l'enfant. Ainsi, il pourrait
permettre de réaliser certaines évaluations jusque là non fiables
pour l'enseignant.
Troisième phase : ajustements et réécriture.
A partir des difficultés des enfants, des difficultés inérantes
à l'acte d'écrire une lettre, ainsi que des difficultés liées
à la maîtrise de la langue, il est possible de travailler avec l'ensemble
de la classe, à la fois en différenciant les tâches demandées
et en individualisant si nécessaire les activités avec chacun. Cette
phase peut notamment s'accompagner d'« activités décrochées
» telles que des activités liées à la construction de
phrases, à l'accord sujet / verbe, ou à l'enrichissement de la phrase,
ou encore en travaillant sur les enchaînements de phrases : utilisation d'adverbes,
de compléments circonstanciels de temps, de lieux, de manière... Durant
cette phase, l'enseignant se place véritablement en position d'accompagnateur
pour l'enfant atteint de troubles du langage, qui mène alors des réajustements
personnels sur sa production écrite et réalise par là de réels
apprentissages progressifs.
Quatrième phase : « socialisation » de l'écrit.
Dans un premier temps, l'enfant recopie son texte corrigé ou amélioré,
il dispose maintenant du « propre » de sa lettre.
Il s'agit dans un deuxième temps d'analyser véritablement le comportement
de l'expéditeur de la lettre. Que fait la personne qui écrit une lettre
pour qu'elle parvienne à son destinataire ? C'est là que les enfants
font véritablement le lien entre leur production et la réalité
de la situation de communication. Il en vient ainsi à différencier
les phases de mise sous enveloppe, d'écriture de l'adresse du correspondant,
d'affranchissement et de postage à la boîte aux lettres.
Cinquième phase : retour de courrier, lecture et préparation de la
réponse.
Dans cette phase, il s'agit de recevoir la lettre qui nous est destinée :
l'enveloppe porte-t-elle bien mon nom, répond-elle à mon courrier,
est-ce que je comprends tout ce qui m'est destiné ? Qu'est-ce que j'ai à
répondre, à demander, à raconter, à partager depuis mon
dernier courrier (l'enfant est amené à se poser ce type de questions).
Il prépare sa réponse et se lance dans la rédaction d'un premier
jet : c'est le retour de la première phase.
Le déroulement des phases s'enchaîne ensuite en boucle. Dans cette phase,
les enfants en difficulté avec le langage sont amenés à prendre
conscience de leur réussite dans l'acte de production écrite, l'échange
peut prendre tout son sens.
Suite à ce type de production, il faut prévoir de faire avec les enfants
des bilans en cours d'année, afin de réajuster les modalités
de l'échange, et plus particulièrement un bilan en fin d'année
pour leur faire prendre conscience des apports d'une telle activité, tant
sur le plan des apprentissages que sur le plan personnel. C'est alors l'occasion
pour l'enseignant de voir si la mise en pratique du projet a porté ses fruits
: les enfants en difficulté avec le langage ont-ils évolué par
rapport à leur troubles particuliers ?
Le projet à plus long terme...
A la fin de l'année scolaire, on peut envisager une rencontre lors de laquelle
la communication par lettre pourra déboucher sur une application concrète.
les enfants auront alors tout loisir de décider s'ils veulent continuer à
correspondre dans le contexte classe ou s'ils se sentent de continuer seuls. A l'enseignant
de voir également si ce temps de correspondance ne peut pas être exploité
de façon différente : l'échange postal peut peut-e^tre par la
suite servir de support à des productions artistiques (création de
documents sonores en éducation musicale, de contes en français, de
tableaux en arts plastiques que les classe peuvent s'envoyer ).
Il est important pour moi, qu'à l'issue du projet, les enfants aient pu trouver
une forme de communication, d'échange qu'il ne connaissaient peut-être
pas, et qu'ils aient pu surmonter leurs difficultés ou contourner leurs troubles,
afin de progresser dans leur maîtrise de la langue.
Conclusion
Les troubles du langage relatifs aux enfants handicapés moteurs sont nombreux
et variés, j'en ai présenté quelques un. A mon sens, seule une
connaissance suffisante de leurs origines, de leurs manifestations peut permettre
une prise en charge pédagogique cohérente, efficace et adaptée.
Dès lors que j'ai eu à m'interroger sur les troubles du langage oral
et écrit de l'enfant, je me suis trouvée face à deux difficultés
majeures. La première vient du fait que l'enseignant ne dispose guère
d'outil rapide, simple et efficace qui lui permette de pointer ce qui pose réellement
problème chez l'enfant. La seconde est que l'enseignant ne sait exposer clairement
la difficulté rencontrée par l'enfant. Généralement,
peu sûr de son « estimation » du trouble, l'enseignant ne signale
l'enfant que comme un élève qui « parle mal ».
Personne ne peut cependant accepter un tel diagnostic comme étant suffisant,
celui-ci ne permettant aucune hypothèse de travail à mettre en oeuvre.
Fréquemment, ces enfants sont alors dirigés vers les spécialistes
extérieurs à l'école, ou vers les orthophonistes des services
de prise en charge des soins, présents dans l'école ou en institut.
L'enseignant de C.L.I.S. 4 a, dans ce cadre, un rôle important à jouer
en travaillant avec les différents partenaires (tel que l'orthophoniste) présents
sur les lieux de l'école.
Si l'objectif global est de remédier aux troubles du langage, on ne doit pas
oublier que l'apprentissage du langage oral et écrit est un tout, qui doit
s'intégrer dans un projet de vie pour l'enfant. Dans tous les cas, il faut
chercher à sauvegarder et à développer la fonction appétitive
du langage pour en faire un instrument de la pensée et un moyen d'expression,
de communication. Sans envie de communiquer et sans capacité à s'exprimer,
quelles seraient pour l'enfant handicapé moteur les possibilités d'intégration
sociale ? Que serait sa vie ?
Bibliographie
Bibliographie
& Ouvrages :
-- F. ESTIENNE : Le langage et l'enfant , éditions Universitaires, 1975.
-- Cl. LAUNAY et S. BOREL-MAISONNY : Les troubles du langage, de la parole et de
la voix , éditions Masson, 1975.
-- J.A. RONDAL (Université de Liège) et X. SERRON (Université
catholique de Louvain) : Troubles du langage Diagnostic et rééducation
, Pierre Mardaga éditeur, 1989.
-- Cl. CHEVRIE-MULLER et J. NARBONNA : Le langage de l'enfant Aspects normaux et
pathologiques , éditions Masson, 1996.
-- P. JEANNE et J.P. LAURENT : Enfants et adolescents handicapés Pour une
prise en charge qualitative du handicap , collection actions sociales, E.S.F.éditeur,
1998.
1 Articles :
-- C. BILLARD, M.L. LOISEL, P. GILLET et B. DE BECQUE : Les troubles spécifiques
de développemnt du langage oral publié dans la revue internationale
de pédiatrie n°238 octobre 1993.
-- M. LACHARME : Retards de parole et trouble d'articulation publié dans la
revue internationale de pédiatrie n°238 octobre 1993.
-- F. FRANçOIS : Structures linguistiques, fonctionnement du langage et dialogue
publié dans les actes du colloque 4 et 5 novembre 1994.
-- M. MAZEAU et M.H. MARCHAND : Dysphasies chez l'enfant I.M.C. publié dans
les actes du colloque 4 et 5 novembre 1994.
-- M.T. LE NORMAND : Le problème du trouble spécifique du langage :
approche neurolinguistique et psycholinguistique développementale publié
dans les cahiers de Beaumont n°74/75 mai 1997.
-- P. GILLET, L. ESPAGNIET et C. BILLARD : Le rôle de la boucle phonologique
dans la cognition verbale publié dans A.N.A.E. n°43 septembre 1997.
-- M.H. MARCHAND : Des moyens différents pour communiquer et développer
le langage publié dans Parole, Paroles janvier 1998.
Annexe
Bilan orthophonique .
I .Examen de l'expression orale.
1. Epreuves .
a) questionnaire .
b) répétition .
c) dénommination d'objets et de parties d'objets.
d) récit oral sur images .
e) évocation lexicale .
f) séries automatiques
g) épreuves de langage élaboré : définitions, synonymes,
antonymes, construction de phrases, restitution d'un récit.
2 . Analyse des troubles.
a) réduction.
b) logorrhée.
c) manque du mot.
d) facilitations : ébauche orale, mise en contexte.
e) stéréotypies.
f) transformations du langage oral : phonétiques, paraphasies phonémiques,
verbales, néologismes, agramatismes, dyssyntaxies, jargon.
II . Compréhension orale.
1. Epreuves.
a) désignation : d'objets, d'actions, de symboles, de formes, de couleurs.
b) éxécution d'ordres simples, complexes.
c) logique et raisonnement.
2 . Analyse des troubles.
III . Lecture et compréhension écrite.
1. Epreuves .
a) lecture à voix haute : lettre, syllabes, mots, phrases.
b) Test de l'alouette .
c) Compréhension en lecture silencieuse : complétudes de phrases (
choix ), de textes, appariements mots / images.
2 . Analyse des troubles.
a) alexie agnosique.
b) alexie aphasique.
c) dyslexie profonde.
d) dyslexie de surface.
IV . Expression écrite .
1 . Epreuves.
a) dictée de lettres, de syllabes, de mots, de phrases.
b) dénommination écrite.
c) récit sur images.
2 . Analyse des troubles.