Le cheval et la mine

Cheval et Histoire
Le cheval et la mine
Autrefois, certains chevaux travaillaient dans les champs, alors que d'autres tiraient les
wagonnets de charbon au fond des mines. Nous sommes en 1940, dans le Pas-de-Calais. Des milliers de chevaux ont
travaillé dans les mines, comme les hommes, pour tracter des trains de berlines de minerai dans les galeries.
Dès le 16ème siècle, le cheval est présent en surface, pour donner un coup de main dans les
mines de fer. C'est lui qui amène le minerai jusqu'aux forges. Au milieu du 18ème siècle, il
descend pour la première fois dans la mine. Avant lui, c'étaient les hommes (appelés les herscheurs)
qui tiraient les wagons sur leurs rails. En 1920, 500 chevaux par compagnie minière travaillent dans les galeries
souterraines.
Les futurs candidats à ce monde de ténèbre doivent être résistants, sociables, ardents
à la tâche et bien musclés. Les compagnies minières employent des vétérinaires
qui sillonnent la région à la recherche des sujets les plus costauds. Une période d'acclimatation
d'une quinzaine de jours (maximum 3 semaines) est nécessaire pour savoir si le cheval s'adaptera à son
nouvel environnement. Certains ne supporteront pas le manque de soleil et mourront dans les galeries peu de temps
après leur descente.
Car, la descente d'un cheval de 600 kgs dans les galeries n'est pas une mince affaire. Il est sanglé à un
câble d'acier et emprunte le même puits d'accès que les hommes. La moyenne d'âge des chevaux
qui sont descendus pour la première fois dans les mines est de 6 ans. Ils y resteront entre 10 et 20 ans,
lorsque l'âge de la retraite les rendra à la surface. Le travail du cheval est aussi dur que celui des
hommes. Il tracte des tonnes de minerai sur plusieurs kms de tunnel sans voir la lumière du jour. Une fois ses 8
heures de labeur quotidien effectuées, le cheval rejoint ses compagnons dans l'écurie
aménagée au fond des galeries. Il s'y reposera 8 autres heures, sous l'oeil attentif d'un garde
d'écurie.
Le garde est le responsable du cheval. Il le nourrit et nettoie sa litière. Un vétérinaire le
visite souvent. Le cheval est un investissement, et il faut qu'il puisse travailler longtemps. Globalement, les chevaux
des mines ont bénéficié de plus d'attention que ceux de la surface. Après le
vétérinaire, c'est avec le conducteur que le cheval a le plus de contact. Le conducteur est un mineur
chargé de former le convoi de wagons que le cheval va tirer dans la galerie. Certains conducteurs racontent que
leur cheval refusait de tirer un convoi qui comportait un wagon de plus qu'à l'ordinaire !
Par contre, les accidents de mine sont souvent fatals aux chevaux. Les éboulements ne leur laissent aucune chance
de survie, pas plus que les redoutables coups de grisou ou les inondations. Les hommes étaient sauvés les
premiers, mais il existe quantité d'histoires bouleversantes de la survie d'un cheval à un affaissement de
galerie. En 1936, les chevaux ont droit à une semaine de pâturage par an. Pour les hommes, c'est la
1ère semaine de congés payés... En 1937, à Aniche, une écurie de surface est
construite pour accueillir les chevaux des mines lors des dimanches et jours fériés. En 1960, la
mécanisation sonne le glas des chevaux de mine, et en 1970, les locomotives diesel remplaceront à tout
jamais les fidèles alliers à 4 jambes. Aujourd'hui, seuls les anciens mineurs se souviennent encore avec
nostalgie du temps où les chevaux étaient leurs compagnons de labeur.
