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ENTREVUE

Service de police de la Communauté urbaine de Montréal

La Section des Incendies Criminels du SPCUM



Un stage au SPCUM

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Saviez-vous qu'il existe une unité spécialisée en enquêtes d'incendies criminels au Service de police de la Communauté Urbaine de Montréal depuis plus de 30 ans ?
Et qu'à l'intérieur de cette section spéciale, 9 sergents détectives spécialement formés en recherche de causes d'incendies enquêtent annuellement au moins plus de 700 incendies douteux, suspects ou volontaires ?
Nous avons eu l'occasion de faire un stage avec la "Section des Incendies Criminels" une Division des Crimes Économiques de la SPCUM pendant 3 jours sous la responsabilité du Lieutenant Détective Richard Simard qui nous a permis de vivre cette expérience unique.

JOUR 1

Arrivés aux bureaux du Module des Incendies Criminels à 7:30 où déjà les enquêteurs sont affairés à leurs dossiers. Le lundi matin est la journée la plus importante de la semaine, en effet tous les incendies de la fin de semaine y sont enregistrés selon qu'ils sont douteux, suspects ou volontaires. Il est important de noter que tout incendie avec décès nécessite une enquête de la Section des Incendies Criminels. Ce module spécialisé de la SPCUM couvre les 29 municipalités qui font partie de la CUM et croyez-moi il s'agit d'un vaste territoire pour nos 9 enquêteurs. Pour cette journée, nous sommes invités à joindre l'équipe des sergents détectives Daniel Lalime et Ronald Laferrière qui ont à enquêter une scène d'incendie dans l'est de Montréal. En plus de nous avoir sur les bras, nos deux enquêteurs devaient aussi rencontrer des stagiaires de l'institut de police du Québec qui sont en formation en matière d'enquête d'incendie. La journée ne fait que débuter, il est environ 9:30.

Nous fûmes très surpris arrivés sur les lieux sinistrés de voir une équipe du service des incendies de la ville de Montréal qui avait pénétré dans le bâtiment incendié et était en train de remettre les barricades en place même si la scène d'incendie avait été protégée par la Section des Incendies Criminels du SPCUM ?
À leur arrivée, les sergents détectives préparèrent leur équipement gardé à bord du camion spécialement conçu pour la recherche de causes d'incendie. Après une brève mise en situation, on nous a permis de visiter l'intérieur des lieux sinistrés. Étant donné qu'il s'agissait d'une journée de formation, il nous fallait découvrir de nous-mêmes où se situait le lieu d'origine de l'incendie. Ce qui ne fut pas facile à cause de l'intensité des dommages à l'intérieur causés par les retombées (il s'agissait d'un bâtiment qui avait subi plusieurs rénovations). Lors de l'analyse de cette scène, l'agent Gilles Rudolphe personne ressource et instructeur à la Sûreté du Québec était en charge des stagiaires, il a procédé à l'investigation de la scène et a découvert la cause de l'incendie tout en prenant soin de démontrer les étapes à suivre.

Après l'examen de cette scène d'incendie, nous sommes retournés au bureau du module des incendies criminels pour rencontrer le Lieutenant Richard Simard qui en est le responsable. Le Lieutenant Détective Simard est policier au SPCUM depuis 32 ans et est en charge de la section des incendies criminels depuis Décembre 1994. La communication est très importante au sein de ce département et le groupe d'enquêteurs se rencontre une fois par semaine pour discuter des dossiers individuels. Les enquêteurs suivent une formation continue, en effet, une fois par mois ils assistent à des sessions de formation données par le Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale, ces sessions sont strictement axées vers la recherche des causes d'incendie.

JOUR 2

La journée commence à 7:30 et nous nous sommes bien préparés à faire face à la musique. Aujourd'hui, nous passons la journée avec les sergents détectives François Leclerc et Jacques Leblanc, deux scènes d'incendies suspects sont au menu.

Premier incendie suspect, un incendie qui a été initié de l'extérieur à l'arrière d'un bâtiment. Les flammes ont sévèrement endommagées les galeries et les balcons. Rites usuels, fouilles à la recherche du point d'origine, de la source d'ignition possible et des traces d'accélérants ou autres moyens permettant l'ignition rapide de l'incendie. Suite à l'incendie, les enquêteurs visitent les témoins et les suspects s'il-y-a lieu pour ensuite analyser la scène de l'incendie pour en déterminer la cause, dans les cas complexes, on n'hésite pas à demander l'aide du Laboratoire de sciences judiciaires (chimistes) pour valider les informations obtenues sur la scène ou pour la recherche de la cause. Des prélèvements sont effectués par les enquêteurs et soumis au laboratoire pour analyse.

Deuxième incendie suspect, secteur résidentiel de Montréal, dans un bâtiment en rénovation. L'incendie a débuté au deuxième étage et a complètement détruit la toiture ainsi que le troisième étage. La condition de la plomberie, des murs extérieurs et de la structure laissait grandement à désirer. Douteux ? Oui mais ce n'était pas une preuve suffisante, l'enquête devait suivre son cours. Même après avoir analysé la scène, et découvert le lieu d'origine, il fallait éliminer toutes les sources d'ignition accidentelles possibles. Étant donné qu'il manquait des éléments (sections de fils électrique et boîtes de jonction coupées), l'analyse approfondie de la scène a du être confié aux spécialistes en incendie du Laboratoire de sciences judiciaires afin d'en déterminer la cause exacte. Les enquêteurs poursuivront leur investigation auprès du propriétaire et des témoins à la recherche d'éléments subjectifs s'il-y-a-lieu.

Mur de briques effondré suite à l'incendie.

Dans ce dernier incendie, des questions se posent, qui aurait pu enlever les éléments électriques de cette scène si ce n'est pas le service des incendies ?
Pourquoi les enquêteurs n'ont pas été avisés de ces prélèvements et pour quelles raisons a-t-on procédé à ceux-ci ?

Il semble exister un manque de communication entre le service des incendies et le module des incendies criminels, lorsque l'incendie est de nature suspect, la scène de l'incendie ne devrait jamais être modifiée, au contraire, elle devrait être protégée afin que les enquêteurs puissent effectuer leur travail convenablement. Lors d'un incendie suspect ou douteux, seuls les policiers devraient avoir le pouvoir d'enquêter sur les circonstances et la cause de l'incendie. Ils possèdent le pouvoir d'interroger les témoins et les suspects, ils ont été formés à cet effet.

Le troisième étage complètement détruit ainsi que la toiture, partie de la brique effondrée.

JOUR 3

Nous en avons profité pour en apprendre plus sur cette section de la SPCUM et le Lt. Détective Simard nous a accordés une entrevue. Saviez-vous que la section des incendies criminels s'implique beaucoup avec les jeunes, dans le but de faire de la prévention contre le crime d'incendiat. En effet, des rencontres régulières sont effectuées dans les écoles de secteurs défavorisés, dès novembre 1997, un vidéo contre le crime de l'incendie volontaire y sera présenté afin de sensibiliser les jeunes. De plus, le module organise diverses journées d'activités reliées à la prévention pour les jeunes.

La section des incendies criminels aura finalement son procureur attitré en la personne de Me Jérôme Gagné qui sera la personne ressource en droit criminel. Me Gagné sera formé spécialement en matière d'incendies criminels et aura l'occasion de faire un stage à l'Institut de Police de Nicolet en recherche de causes d'incendie, pour le familiariser avec le langage des incendies. Il sera sans aucun doute un atout important pour le service.

Nous pouvons dire qu'à part la ville de Québec, Montréal est la seule ville qui dispose d'un telle section spécialisée. Tous les enquêteurs sont continuellement informés et ont la chance de pouvoir participer à des sessions de formations continues présentées par le Laboratoire de sciences judiciaires. Tous ces enquêteurs maintiennent à la fine pointe des techniques d'enquêtes spécialisées en matière d'incendie.

Le but de la section est de lutter contre le crime d'incendie volontaire, Nous avons été fort surpris de constater que le taux de réussite est de 20% approx. ce qui représente un taux de résolution plus élevé que la moyenne canadienne. Ce qui démontre bien l'efficacité de ce service indispensable pour la société.

Le Lt. Détective Simard s'efforce d'établir une ligne de conduite avec le SPIM et sa section, pour lui, la solution est assez simple, "Lorsque l'incendie est douteux, suspect ou criminel, protégez la scène jusqu'à ce qu'on puisse en prendre possession, si nous découvrons que la cause est de nature accidentelle, nous la remettrons aussitôt aux personnes concernées. Il s'agit de s'habituer à travailler ensemble". N'oublions pas qu'au criminel 1000 doutes ne constituent pas une preuve. Il faut prouver hors de tout doute que le suspect est coupable du crime d'incendiat alors qu'au civil, il s'agit de créer un doute raisonnable.

Ensemble, les personnes dédiées à l'extinction des incendies, les services de prévention, les enquêteurs d'incendies criminels, les experts en sinistre et les firmes d'expertises privées peuvent créer un impact majeur dans la lutte contre les incendies criminels si chacun joue bien son rôle. La section des incendies criminels de la SPCUM demeure un exemple à suivre dans ce domaine.

Nous remercions le Lt. Détective Richard Simard et son équipe pour leur esprit ouvert à la communication et leur chaleureux accueil.