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Programme

 

 

INTRODUCTION

    1- Le peuple algérien vit, depuis plusieurs années déjà, une crise qui le meurtrit douloureusement, affecte les fondements de sa cohésion sociale et le menace dans la pérennité de son existence nationale. Aujourd’hui, la prise de conscience de la vraie nature des périls qui l’assaillent est à même de lui permettre de se ressourcer, de renouveler ses énergies et de provoquer le sursaut salvateur qui lui donnera les moyens, une fois encore, de vaincre les démons de la division et de faire revivre l’espérance nationale.

    2- La dynamique de la guerre de libération nationale et l’enthousiasme qu’elle a suscité dans le cœur de tous les Algériens, ont nourri de leur sève et marqué les grandes réalisations accomplies durant les décennies 60 et 70. C’est ainsi que furent concrétisés ou réalisés le droit à l’éducation pour tous, l’accès généralisé aux soins et à la protection de la santé, le droit au travail et la défense des travailleurs, l’édification d’un vaste réseau d’infrastructures sociales, la création d’une base industrielle conséquente, la formation d’un potentiel humain qualifié et nombreux dans quasiment tous les domaines d’activité.

    Certes, l’ensemble de ces réalisations qui demandaient à être consolidées dans ce qu’elles avaient de positif, avait entraîné des mutations qui n’avaient pas manqué de générer des distorsions que le politique devait corriger et de susciter des aspirations nouvelles auxquelles il devait répondre.

    3- Au lieu de cela, c’est l’élan de développement lui-même qui fut brisé ; l’investissement productif fut stoppé et la consommation, dans le même temps, encouragée ; une restructuration industrielle fut menée sans discernement et les capacités managériales furent dispersées; la dépendance à l’égard de l’extérieur fut aggravée.

 

Ces mesures et leurs conséquences sur le développement économique et la société ouvraient la voie à la prolifération d’activités parasitaires, au développement de la corruption, à la pratique à grande échelle du népotisme et du clientélisme, à la course effrénée à l’enrichissement facile et à la consommation ostentatoire. Comme conséquence de ces dérives, la cohésion sociale s’en est trouvée fissurée, le travail et l’effort détruits comme valeurs sociales et la confiance du citoyen dans ses institutions fortement ébranlée.

 

 

4- Le pays ainsi fragilisé n’était pas en mesure d’amortir les conséquences de l’effondrement du marché pétrolier en 1986. L’exacerbation des frustrations conduisit alors le pays aux événements d’octobre 1988, cependant que l’affaiblissement de l’État frayait largement le chemin aux ingérences extérieures.

Les réponses, faites de fuite en avant - par des réformes économiques, purement formelles, démarquées de schémas standard importés sans grande considération aux réalités propres du pays, ni véritable prise sur elles, et par des manœuvres d’émiettement du corps social -, la détérioration continue des conditions de vie du citoyen, l’abandon par l’État de fonctions essentielles, le jeu éhonté des ambitions personnelles et les manipulations du sentiment religieux, allaient alors précipiter la crise dans laquelle se débat encore le pays. La condamnation de la violence, dans un vaste mouvement populaire en 1995, a entraîné des améliorations significatives dans le domaine de la sécurité publique mais n’a, en revanche, pas encore permis de réunir les conditions du redressement national.

 

 

5- Des pans de plus en plus larges de la société et des catégories sociales de plus en plus nombreuses vivent dans la précarité et l’exclusion. Les jeunes, en particulier, qui constituent l’écrasante majorité de la population et son avenir, sont frappés dans de fortes proportions par l’échec scolaire, le chômage, la marginalisation et l’absence de perspectives d’insertion sociale.

 

De nouvelles difficultés se profilent à l’horizon, liées au poids de la dette externe et interne et à la poussée démographique encore très forte, à la persistance d’une dépendance critique aux fluctuations des marchés pétroliers, aux défis nouveaux qu’imposent la mondialisation de l’économie ainsi que l’avènement des nouvelles technologies de l’information et de la communication en temps réel.

 

 

6- L’heure est à un nouvel élan du pays dans ses profondeurs et à une large convergence des efforts en vue de faire échec à la régression, de surmonter les épreuves et de relever les défis du monde contemporain.

Le pluripartisme et la démocratie, dont l’approfondissement et la défense doivent constituer des priorités essentielles, offrent le cadre et l’esprit du rassemblement qui permettra de mettre fin à la violence, de rebâtir la confiance et de faire renaître l’espoir.

L’échéance de l’élection présidentielle anticipée constitue une opportunité majeure pour un débat serein et une vaste prise de conscience qui doivent permettre de tracer clairement les voies du renouveau national.

 

 

7- Le présent programme, proposé dans ce cadre, trace des lignes d’orientation qui embrassent les grands domaines de la vie nationale :

 

a) la construction d’un cadre de la vie institutionnelle et sociale ouvert, transparent et participatif, qui permette et garantisse l’exercice des libertés publiques et individuelles, assure l’ouverture politique, la promotion des associations représentatives de la société civile, la multiplicité et la diversité des médias, et qui organise une large décentralisation des pouvoirs.

b) la rénovation de l’administration et la réhabilitation du service public afin d’éliminer les pratiques du clientélisme, la corruption et les abus d’autorité, et qui assure une qualité sans cesse croissante de prestations servies dans le strict respect des principes d’impartialité et d’égalité.

c) Le renforcement du cadre de fonctionnement de l’économie nationale, afin de le rendre cohérent, de créer les conditions d’une pleine valorisation de nos ressources et de mener les actions nécessaires pour assurer la reprise de la croissance économique et le développement de l’emploi.

d) la réhabilitation ou le renforcement des moyens de développement des ressources humaines, seule richesse de la nation à long terme, par, notamment, des actions multiformes et en profondeur sur le système éducatif, la formation professionnelle et les conditions du développement technologique.

e) le renforcement et le développement du cadre et des moyens qui concourent à assurer l’égalité des chances et l’élimination des discriminations de tous ordres, notamment vis-à-vis de la femme ; à développer la solidarité nationale à l’égard des plus faibles, à favoriser, en conformité avec nos valeurs authentiques, l’épanouissement personnel, et en particulier celui des jeunes, par la promotion de la culture et la démocratisation de son accès, le développement de la pratique sportive et des activités de loisir.

 

8- La réalisation de ces grandes perspectives sera fortement hypothéquée tant que des actes terroristes continueront d’endeuiller le pays et tant que ne sera pas pleinement restaurée la concorde civile. Aussi, mettre fin à la violence et œuvrer au dépassement des antagonismes exacerbés par la crise, sont des préoccupations qui doivent solliciter prioritairement l’action des pouvoirs publics.

 

9- La mise en œuvre coordonnée et largement concertée de l’ensemble de ces actions, permettra de donner corps aux finalités du gigantesque effort de renouveau national,

- en restaurant un Etat fort et respecté qui exprime pleinement, dans un cadre républicain, l’unité de la nation et ses vœux profonds,

- en permettant la réalisation des potentialités économiques du pays et en créant les conditions d’un plein épanouissement individuel et collectif dans une société apaisée qui garantira la justice et la dignité pour tous,

- en rétablissant la considération pour notre pays à l’extérieur et la fierté d’être algérien chez ses citoyens.

 

I- METTRE FIN A LA VIOLENCE ET

AFFERMIR L’UNITE NATIONALE

Fruit, dans ses causes profondes, de choix politiques et économiques désastreux, de l’exacerbation des frustrations et du déchirement du tissu social qu’elles ont entraînés, du jeu des ambitions personnelles inconsidérées, de la manipulation des valeurs sacrées du peuple et des fondements de son identité, de solutions de fuite en avant, la crise que traverse notre pays a donné lieu à l’explosion d’une violence rarement atteinte et menace gravement les fondements de l’unité de la nation.

Quelles que soient les causes du déchaînement de la violence, celle-ci est intolérable. Le premier devoir de l’Etat est d’assurer la sécurité des personnes et des biens et, en tout état de cause, il doit le faire résolument, sans faiblesse comme sans excès.

Cependant, si la violence a principalement, des causes sociales, elle a pu avoir aussi, à l’origine, des causes politiques. Aussi, et parallèlement à une poursuite énergique de la lutte anti terroriste, est-il nécessaire de ne négliger aucune initiative ou contribution à même de favoriser, -dans le respect des principes constitutionnels et de la loi-, le rétablissement de la concorde civile.

 

Le dialogue en ce qu’il est susceptible de dépassionner le débat politique en éliminant les anathèmes et les procès d’intention peut participer à ce rétablissement et doit être revivifié.

 

Il devra l’être en postulant que l’unité de la nation, que les générations précédentes ont léguée au prix de durs combats et de lourds sacrifices, est le bien commun suprême qui exige de notre société qu’elle s’assume dans sa diversité et qu’elle œuvre solidairement au progrès collectif, dans le respect mutuel des convictions et dans la préservation des droits de chacun aux libertés qu’énonce et que doit garantir absolument, par delà les conjonctures politiques, le pacte social.

 

Il conviendra d’établir clairement dans ce cadre que l’Algérie appartient à tous les Algériens, quelles que soient leurs convictions; que dans le cadre du régime républicain et démocratique, tout Algérien a le droit d’exprimer, de défendre ses idées et d’œuvrer à leur promotion pour autant qu’il n’y ait ni atteinte ni menace pour les droits d’autrui aux mêmes libertés et à la sécurité, et ce, conformément aux hautes valeurs de tolérance de notre religion sacrée comme aux principes fondamentaux de nos lois.

 

Il conviendra d’établir également que l’Algérie ne saurait en rien renier de son héritage spirituel et culturel, comme elle ne saurait compromettre ses chances pour l’avenir dans un monde où l’évolution des connaissances et de la technologie condamne les retardataires à la dépendance, à l’infériorité et à l’humiliation.

 

Il devra être réaffirmé que les composantes civilisationnelles de cet héritage -Islamité, Arabité, Amazighité – qui ont forgé au long des siècles l’identité nationale, sont le patrimoine commun de tous les Algériens et qu’elles ne sauraient faire l’objet d’appropriations partisanes ou de surenchères politiques qui ne pourraient qu’affaiblir la nation et la menacer dans son unité.

 

II- CONSOLIDER ET APPROFONDIR LE PROJET DEMOCRATIQUE

 

La large consécration constitutionnelle des principes d’organisation démocratique a marqué une avancée significative dans la voie de la construction d’un système institutionnel fondé sur une base égalitaire et caractérisé par la primauté du droit ainsi que par le libre exercice des libertés publiques et individuelles.

Ces avancées doivent être élargies dans les textes, pleinement mises en œuvre dans les faits et enracinées dans la culture, afin de les rendre irréversibles et de créer ainsi les conditions de la pleine émergence d’une société épanouie dans le cadre de ses valeurs propres, ouverte au mouvement universel des techniques et des idées, et où chaque individu dispose, en liberté et responsabilité, des moyens de réaliser son accomplissement individuel et de concourir solidairement au bien collectif.

Les axes de l’action à mettre en œuvre dans cette perspective concerneront :

- la consolidation du multipartisme ;

- le renforcement du caractère démocratique des institutions ;

- la rénovation de l’administration et à la réhabilitation du service public ;

- le développement des médias ;

- la promotion de la participation citoyenne.

 

SOUTIEN AUX PARTIS

Le pluripartisme qui offre le cadre du débat pacifique des idées favorisant l’émergence d’une volonté nationale éclairée et responsable, doit être concrètement soutenu par l’Etat.

Tenant compte de leur représentativité, les partis politiques devront bénéficier d’un soutien matériel, réparti en toute impartialité selon des règles clairement consacrées, soustraites aux fluctuations politiques, et qui assurent aux formations politiques les moyens complémentaires de leur fonctionnement en les protégeant, ainsi, contre toute forme de dépendance extérieure.

De la même manière les règles régissant le financement des campagnes électorales lors des élections présidentielles, législatives et locales devront être revues et explicitées en vue de garantir, sous réserve d’un minimum de représentativité, l’égalité des candidats et de prévenir l’interférence d’intérêts occultes dans l’expression du suffrage universel.

 

LES INSTITUTIONS POLITIQUES

Les règles d’organisation et de fonctionnement des pouvoirs publics ont fait l’objet d’une révision constitutionnelle en 1996. De nouveaux aménagements pourraient être introduits en vue de renforcer le caractère démocratique du système institutionnel et la fluidité de son fonctionnement. Ces mesures tendraient :

- à renforcer les cadres de garantie de l’exercice des libertés ;

- à faciliter le déroulement harmonieux du processus législatif rendu plus complexe par l’instauration du bicaméralisme ;

- à prévenir des risques de blocage inconsidéré.

Une réflexion devra être également engagée sur les modalités d’intervention du Conseil constitutionnel.

Compte tenu de la nature et de l’impact des questions en cause, comme de la nécessité d’œuvrer dans le sens d’une stabilisation du système institutionnel, il conviendra de prendre à leur égard le temps d’une évaluation objective -qui sollicitera toutes les compétences- ainsi que celui d’une large concertation des forces politiques.

 

LA JUSTICE ET L’ETAT DE DROIT

La Justice constitue la clé de voûte de l’Etat de droit. C’est elle qui doit permettre de donner corps au principe fondamental de l’égalité des citoyens; c’est elle qui doit les protéger contre les abus d’où qu’ils viennent; c’est elle qui doit garantir l’exercice des libertés publiques et individuelles et qui doit constituer le cadre du règlement pacifique des litiges dans le strict respect du droit.

Au regard des faiblesses que recèle aujourd’hui l’institution judiciaire, des nombreuses interférences et de dérives qui ont caractérisé son action, sa réhabilitation et son adaptation aux nouvelles réalités que dessinent le système institutionnel et les exigences de l’évolution économique et sociale, s’imposent comme des conditions essentielles de l’action de régénération de l’Etat et du rétablissement de la confiance.

Les actions à développer à cette fin sont multiples, et concerneront, notamment :

 

- La création des conditions d’une indépendance effective du juge et de sa subordination totale et exclusive à la Loi.

La protection du magistrat contre toute pression, d’où qu’elle vienne, est une exigence absolue d’une société démocratique qui donne réellement son sens au principe d’égalité et à celui de la primauté de la loi. Les moyens de droit qu’exige cette indépendance devront être mis en œuvre, soutenus par une attention scrupuleuse de la part des plus hautes autorités de l’Etat et confortés par la transparence que devront pouvoir assurer des médias libres et responsables.

 

- Les moyens d’assurer un haut niveau de compétence professionnelle et un sens moral élevé chez les magistrats.

L’indépendance du juge ne doit pas signifier son irresponsabilité, ni faire obstacle à la promotion d’une Justice de qualité. Le rôle, la nature et les moyens du Conseil supérieur de la magistrature, en particulier, devront être orientés plus fortement et plus fermement dans cette direction.

Parallèlement la formation des magistrats et une plus grande spécialisation devront concourir à assurer une pleine et constante adaptation du système judiciaire aux évolutions économiques et techniques que connaît la société.

 

- Les moyens d’assurer le respect des décisions de justice et de la célérité dans leur exécution.

Le retard dans l’exécution des décisions de justice ou leur non-application contribuent souvent à les vider de leur sens et à attenter gravement à la crédibilité des institutions de l’Etat. Des actions énergiques devront être développées en vue de corriger cet état de fait. Il sera hautement intolérable, en particulier, que les privilèges dont bénéficie l’Etat en tant qu’expression de l’intérêt général, puissent continuer impunément à être utilisés par des agents publics pour couvrir des intérêts particuliers ou masquer des pratiques illicites.

 

- La facilitation de l’égal accès à la Justice aux citoyens.

L’action devra tendre à un développement du nombre des tribunaux de première instance pour l’adapter aux mouvements de population et au développement des activités économiques et sociales. Elle devra viser, également, à l’amélioration des conditions d’accueil et de la qualité des prestations de service public. Elle devra tendre, aussi, à une plus grande fluidité dans le traitement des affaires, tant il est vrai que la lenteur en ce domaine dissuade souvent les citoyens, parmi les plus faibles, de faire valoir leurs droits.

Dans ce même ordre d’idées, il faut relever que le nombre considérable des requêtes adressées aux autorités à tous les niveaux et leur contenu traduisent, parfois, un manque de confiance dans l’institution judiciaire, mais aussi, très souvent, une méconnaissance des droits et un manque d’information sur les moyens de recours. Aussi paraît-il opportun d’engager une réflexion sur les moyens de développer davantage l’information juridique des citoyens et leur orientation de manière à favoriser l’ancrage dans les esprits du principe de primauté de la loi.

 

- La simplification des procédures, la clarification et la meilleure garantie, en matière pénale, des droits des prévenus et de la défense.

Il conviendra d’agir, dans toute la mesure permise par une bonne administration de la justice, à rendre plus intelligibles les mécanismes et les procédures judiciaires. Il conviendra également, au regard de la considération qui doit être attachée à l’honneur des personnes et à la liberté, le bien le plus précieux après la vie, de mettre en œuvre les moyens de droit de nature à mieux sauvegarder le respect de la présomption d’innocence et à contenir, effectivement, la détention préventive dans les strictes limites que commandent la bonne administration de la justice et la préservation des intérêts de la société ou des tiers.

 

- La réparation de l’erreur judiciaire

Le droit à la réparation de l’erreur judiciaire devra être plus largement consacré dans le principe et moins restrictivement mis en œuvre dans ses modalités.

- La diffusion des décisions de jurisprudence

Il conviendra d’œuvrer à assurer la publication et la diffusion des décisions significatives des instances d’appel et de dernier ressort, afin de favoriser l’information des justiciables et des praticiens et de contribuer une plus grande uniformité dans l’application de la loi.

 

RENOVER L’ADMINISTRATION ET REHABILITER LE SERVICE PUBLIC

L’administration publique souffre de graves faiblesses qui entravent et pervertissent son action, favorisent les comportements douteux et suscitent chez les citoyens et les usagers un sentiment de frustration et parfois de rejet.

Ces faiblesses tiennent, fondamentalement, à des défauts d’organisation et de méthode qui se traduisent par de lourdes déficiences dans la conception et la programmation des actions, la multiplication de procédures lourdes et redondantes, un manque de suivi sur le terrain, l’absence de mécanismes d’évaluation et de contrôle appropriés qui favorise la prolifération de pratiques malsaines telles que le clientélisme, le népotisme, la corruption, les abus d’autorité en tous genres, le gaspillage de ressources publiques rares.

Comme conséquence de ces dérives, le sentiment du service de l’Etat et du public est
profondément altéré, favorisant chez de nombreux responsables et agents publics des
comportements et des mentalités qui aboutissent, dans la gestion de la chose publique, à développer des logiques et des finalités propres qui placent les moyens publics au service d’intérêts particuliers.

La rénovation en profondeur de l’Administration et la réhabilitation du service public apparaissent ainsi comme des exigences essentielles qui conditionnent le retour de la confiance des citoyens ainsi que l’efficacité et la transparence dans la mise en œuvre des ressources publiques.

Les actions à développer sont diverses et multiples et auront notamment, pour objet :

- de réviser le statut des fonctions supérieures en vue de redéfinir, notamment, les conditions et les modalités d’accès aux fonctions supérieures de l’Administration, de circonscrire leurs missions par rapport à celles des cabinets, et de mieux assurer l’impartialité et la stabilité à ces postes ;

- d’adapter le statut de la fonction publique en vue, notamment, d’assurer une meilleure prise en compte des performances individuelles dans la promotion, au moyen de procédures garantissant l’objectivité ;

- de revoir les organigrammes des administrations et la nomenclature des postes afin d’attacher une plus grande considération aux fonctions concourant à assurer :

- une maîtrise technique de la conception et du suivi des projets ;

- l’organisation du recueil cohérent et la fiabilisation des données statistiques ;

- le développement des procédures d’évaluation et de contrôle ;

- la création des conditions d’une introduction ou d’un développement conséquent et efficace des outils modernes de gestion ;

- le développement des capacités de prévision et d’anticipation.

Des actions de recyclage et d’adaptation des personnels devront être organisées systématiquement, selon des programmes mûrement réfléchis et concertés qui devront viser, également :

- à enraciner la " culture du service public " ;

- à assurer une meilleure articulation dans les missions et les responsabilités entre les administrations centrales, d’une part, les structures déconcentrées, d’autre part ;

- à assurer une plus grande rigueur dans les mécanismes de la programmation et des allocations budgétaires par, notamment, une meilleure maturation des projets et la prise en compte des exigences de l’entretien et du fonctionnement optimal des investissements à réaliser ;

- à développer la décentralisation en tenant compte de la densité et de la complexité sans cesse croissante des rapports et des mécanismes dans la vie économique et sociale et de l’immense diversité des situations réelles. L’action tendra, au niveau de la wilaya, à élargir les prérogatives des assemblées délibérantes. Au niveau communal il s’agira, principalement, de donner les moyens réels, notamment humains, d’exercice des responsabilités mises à la charge des APC.

Cependant, le développement de la décentralisation suppose l’amélioration et l’adaptation des moyens de contrôle, en même temps qu’il devra s’accompagner des moyens propres à éviter le creusement des déséquilibres géographiques :

- à réexaminer le code des marchés publics en vue d’assurer une plus grande transparence dans la gestion des ressources publiques et de mieux garantir les intérêts des opérateurs économiques intervenant pour le compte de l’Administration ;

- à développer la formation et l’information civique des citoyens. Il devra être créé, dans ce cadre, un établissement public chargé de l’organisation d’une action permanente de sensibilisation civique et du développement, en concertation avec le ministère en charge de l’éducation nationale, de programmes d’instruction civique au sein des établissements d’enseignement ;

- à améliorer les conditions d’accueil des usagers et le traitement systématique de leurs requêtes ;

- à développer les moyens d’une plus grande transparence dans la conduite des affaires publiques en organisant la diffusion de l’information en direction du public et en en facilitant l’accès à la presse.

 

RENFORCER ET ELARGIR LE CHAMP DE DEVELOPPEMENT DES MEDIAS

La presse, par la multiplicité et la diversité de ses organes, joue un rôle essentiel dans une société ouverte et démocratique en offrant un cadre particulièrement approprié pour l’exercice de la liberté d’expression et d’opinion, celui du débat et de la confrontation pacifique des idées, et en assurant l’information des citoyens pour concourir à l’émergence d’une opinion éclairée et responsable.

Dans la perspective de l’approfondissement du projet démocratique que se propose la nation, il est du devoir de l’Etat d’impulser, d’encourager et de soutenir les initiatives allant dans le sens du développement d’une presse libérée, hautement consciente des lourdes responsabilités que lui confèrent ses moyens d’influence sur l’opinion et les risques d’attenter à l’honneur et à la dignité des personnes.

C’est ainsi que devront être supprimées toutes les entraves injustifiées à la création, au fonctionnement et au développement de titres de la presse écrite ; qu’un soutien sera accordé, notamment pour ce qui regarde sa diffusion, point de jonction du droit individuel d’expression et du droit collectif à l’information, lequel suppose l’égalité des citoyens au-delà des contraintes géographiques.

La presse régionale et locale devra bénéficier d’une attention particulière en ce qu’elle est de nature à inciter à une implication plus forte des citoyens dans la gestion quotidienne de la cité et à prévenir efficacement les comportements malsains ou inappropriés.

Les médias audiovisuels publics devront être dotés d’un statut qui leur assure une large autonomie dans le cadre d’un cahier des charges qui devra garantir, notamment,

- une information large et objective ;

- une grande ouverture sur la culture nationale et universelle dans le respect des valeurs du pays ;

- la promotion de la création et de la production nationales ;

- la rationalisation dans la gestion des moyens.

Il devra être institué un organisme regroupant, notamment, des représentants du monde de

l’information, qui sera chargé, en particulier, d’élaborer les règles relatives à la déontologie et à l’éthique professionnelle, et qui pourraitdisposer des moyens de contribuer à assurer leur respect.

L’ouverture et l’élargissement du champ des médias audio-visuels devront favoriser son enrichissement et sa diversité, sans atteinte aux fondements de l’unité de la nation, ni à ses intérêts, et dans le respect des valeurs morales de la société.

 

DEVELOPPER LA PARTICIPATION

Dans le cadre du développement d’une société participative, l’Etat devra œuvrer à favoriser davantage l’émergence d’associations représentatives de la société civile dans tous les domaines de la vie nationale.

Il devra dans le même sens organiser la concertation avec ces organisations à tous les niveaux et développer, ainsi, un partenariat responsable, en vue de créer les conditions de la mobilisation citoyenne, et de favoriser, ainsi, la réalisation du consensus national.

III- ASSURER LE DEVELOPPEMENT HUMAIN

Le développement humain constitue la finalité ultime de l’action solidaire de la société. Créer les conditions de l’épanouissement et de la préservation de la personne physique, celles qui concourent à favoriser son développement intellectuel et moral et à améliorer son cadre de vie, sont les objectifs finaux qui doivent guider le sens et l’ordonnancement des actions de la collectivité.

Il est bien évident que le développement de ces conditions est fortement tributaire des ressources qui peuvent y être consacrées et que celles-ci sont, à leur tour, tributaires du développement économique.

Aussi l’arbitrage judicieux dans l’allocation de ressources rares, dans un contexte où s’additionnent les exigences de la relance d’une économie fragilisée et des besoins sociaux sans cesse accrus par une poussée démographique encore très forte, constitue-t-il l’enjeu essentiel de l’action des pouvoirs publics, qui devra définir clairement les priorités et recueillir une large adhésion des acteurs et des partenaires sociaux.

Dans ce cadre, les axes directeurs de la démarche devront tendre :

- à assurer la couverture des besoins de base, notamment en matière de santé et d’éducation ;

- à renforcer, adapter et développer les secteurs qui contribuent à soutenir le progrès économique et à favoriser l’insertion sociale (enseignement supérieur, développement technologique, formation professionnelle…) ;

- à assurer une plus grande efficacité des dépenses publiques ;

- à réaliser l’égalité des chances et à éliminer toutes les formes de discriminations injustifiées, notamment à l’égard de la femme ;

- à développer la solidarité nationale et à créer les conditions d’une meilleure intégration sociale, des jeunes en particulier ;

- à accorder une priorité accrue aux actions tendant à l’amélioration du cadre et de la qualité de vie.

Plus immédiatement, et dans la conjoncture de crise économique que connaît le pays, il conviendra de prendre les mesures propres à réaliser une répartition moins inéquitable des sacrifices. La situation dramatique que vit un grand nombre de nos concitoyens interpelle fortement la conscience nationale. Elle exige de l’Etat une préoccupation accrue à l’égard des besoins devenus vitaux des moins pourvus et une sensibilité plus grande des mieux nantis à leur devoir à l’égard de la solidarité nationale et de la cohésion sociale.

 

LA SANTE

Le déficit en matière d’organisation, de gestion et de planification que connaissent les services publics affecte le secteur de la santé de manière plus sensible pour la population. Cet état de fait a été aggravé par la diminution des ressources qui y sont consacrées, du fait des restrictions budgétaires et de la limitation des moyens du système de sécurité sociale en relation avec la crise de l’emploi. Ces circonstances se sont traduites par une réduction de la moitié de la part des dépenses de santé dans le PIB par rapport au milieu des années 80. Parallèlement, la détérioration des conditions de vie ou la paupérisation de larges couches de la population ont aggravé leur vulnérabilité physique.

En conséquence de ces situations, l’on assiste à un retour épidémique des maladies de la misère et de la pauvreté telles que la tuberculose, au développement des maladies infectieuses nouvelles, hépatites et Sida, ainsi que des maladies chroniques telles que l’asthme et le diabète, alors que les moyens et l’organisation de la prévention demeurent très largement insuffisants. Le développement des soins curatifs, quant à lui, qui a drainé l’essentiel des ressources, a été mal planifié, ce qui se traduit par une inégale répartition, caractérisée par un surdimensionnement des structures et des moyens par endroits et à une couverture crucialement insuffisante en d’autres.

Dans un autre ordre d’idées, la production locale du médicament a connu – par rapport aux potentialités - de graves retards qui pèsent lourdement sur les comptes extérieurs de la nation.

Des actions multiples doivent donc être engagées ou poursuivies, dans le cadre d’une politique globale, qui associe de manière coordonnée les moyens publics et privés et responsabilise plus largement les structures opérationnelles.

Les principales orientations à mettre en œuvre devront tendre :

 

- à garantir pour toute la population, sans discrimination d’aucune sorte, l’accès aux soins de base.

Dans ce cadre il conviendra de réaffirmer la gratuité absolue pour les personnes démunies, d’œuvrer à la densification géographique des unités de soins de base et développer, dans le même sens, les mesures incitatives en vue d’une répartition plus équilibrée des ressources humaines.

 

- à œuvrer à une large promotion de la prévention.

L’action devra être menée aux deux niveaux de la prévention, le niveau personnel et le niveau collectif ; au niveau personnel, des actions d’information et de sensibilisation, en particulier sur les méfaits du tabac, la nécessité de la pratique sportive et de l’hygiène physique, devront être organisées de manière soutenue, de même que devra être développé davantage le dépistage scolaire; au niveau collectif, il s’agira d’œuvrer à la prise en compte, dans les programmes et la gestion des

collectivités, des phénomènes de pollution ainsi que des risques d’accidents du travail et d’accidents de la route.

 

- à organiser le redéploiement des structures sanitaires en vue d’une meilleure adéquation aux besoins, tant du point de vue géographique que de celui des services spécialisés, et œuvrer à assurer une meilleure discipline dans le respect de la hiérarchie de la pyramide de la santé.

 

- à promouvoir la santé mentale et la prise en charge spécialisée des malades mentaux.

L’exigence de la mise en œuvre de cette orientation est rendue plus aiguë en raison du développement des pathologies ainsi que des mutations qui aboutissent à accélérer l’urbanisation et transforment les conditions de vie ainsi que la structure familiale.

 

- à assurer une plus grande intégration du secteur privé, lors de la conception et dans la mise en œuvre des politiques de santé.

 

- à promouvoir, en concertation avec les professions médicales et la sécurité sociale, des politiques tendant à une plus grande maîtrise médicalisée des coûts de la santé.

- à développer, à la mesure des possibilités, les soins de haut niveau.

- à créer les conditions d’une plus grande régulation dans la formation médicale et à développer la recherche au sein des hôpitaux.

- à réhabiliter la formation paramédicale et organiser une orientation vers les spécialisations plus conforme aux besoins réels.

 

- à encourager la production de médicaments dans le cadre d’une vision globale et cohérente.

 

- à rationaliser l’utilisation des moyens, et à promouvoir des méthodes et des outils de gestion modernes au sein des structures sanitaires en vue d’éliminer les gaspillages et les surcoûts.

De larges réflexions devront être engagées sur les possibilités d’élargir les sources du financement de la santé, telles que, la taxation des activités polluantes, le déplacement d’une partie des cotisations sociales vers une assiette plus large que l’emploi (chiffre d’affaires par exemple)…

L’action de promotion de l’usage des contraceptifs, en ce qu’elle peut contribuer à une plus grande maîtrise des naissances et de la démographie, devra également être développée.

 

LE SYSTEME D’ENSEIGNEMENT ET LA FORMATION PROFESSIONNELLE

En matière d’éducation, l’Algérie a accompli de gigantesques réalisations depuis l’indépendance. Les effectifs scolarisés dans les trois cycles, ex-primaire, ex-moyen et secondaire sont ainsi passés de 815.000 élèves (dont 9.000 seulement pour le secondaire) en 1962 à 7.450.000 dont 880.000 pour le secondaire. Ainsi, et alors que la population triplait dans ce même intervalle de temps, la proportion de la population scolarisée par rapport à la population globale du pays est passée de 8% à plus de 25 %. Dans le même temps l’algérianisation des effectifs enseignants – féminisés à 45 % - a été totalement réalisée, cependant que l’arabisation a marqué des avancées déterminantes.

Toute appréciation sur le système éducatif doit tenir compte de ces réalités et commencer par un hommage aux centaines de milliers d’enseignantes et d’enseignants qui, au long des années, dans des conditions professionnelles et sociales difficiles et éprouvantes, ont contribué à donner corps à cette revendication fondamentale de notre Révolution : l’accès à l’instruction pour tous.

Ce formidable développement quantitatif avait engendré, à l’origine et eu égard à l’insuffisance des moyens en personnels, infrastructures et outils didactiques, certaines faiblesses. Se sont greffées, par la suite, des orientations qui ne tenaient pas suffisamment compte des possibilités réelles du système, ni, pleinement, des exigences d’une adaptation aux besoins socio-économiques. Le décalage croissant, enfin, de visions idéologiques trop marquées avec l’évolution de la société et du monde allait se combiner à ces facteurs pour créer de graves distorsions et des inadéquations, marquées par rapport aux attentes légitimes et aux besoins réels de la collectivité.

Les conséquences se traduisent, notamment, par de forts taux de déperdition et d’échec qui limitent pour une grande partie de la jeunesse les perspectives d’insertion sociale; par de mauvaises articulations entre les paliers du système éducatif et entre ceux-ci et la formation professionnelle, d’une part, l’enseignement universitaire, d’autre part ; par une préoccupation trop faible à l’égard du développement des capacités d’analyse critique et de réflexion ; par la régression, enfin, de la formation culturelle et civique.

Dans le même temps, subsistent des poches de non scolarisation ou de déscolarisation, qui affectent principalement les filles ; des inadéquations et des insuffisances dans la conception des infrastructures et dans la disponibilité des équipements, qui limitent les possibilités des pratiques éducatives et d’apprentissage. La politique du livre scolaire, quant à elle, se traduit par des rigidités qui contribuent à l’insuffisance qualitative des contenus et des méthodes pédagogiques et à sa disponibilité parfois aléatoire. Le recrutement et la formation des enseignants ont manqué de cohérence et de constance, ce qui résulte en de fortes disparités qualitatives et géographiques.

La réforme profonde de l’Ecole apparaît donc comme une nécessité objective et une réponse à des attentes légitimes de la société, mais s’est heurtée, jusque-là, à des pesanteurs de tous ordres en même temps qu’à des controverses quant à l’évaluation du champ des mesures à déployer et à leurs implications éventuelles.

Au regard de ce que représente la réforme de l’Ecole pour le développement intellectuel et moral de la jeunesse et pour l’avenir de la nation, il importe impérativement que ces controverses soient dépassées et que la réforme de l’Ecole puisse être engagée avec discernement et résolution.

L’Etat se doit d’impulser fortement cette dynamique, de renforcer et d’élargir les cadres existants de la concertation, d’œuvrer à tous les niveaux pour faire prendre conscience de la dimension réelle des enjeux et dépassionner un débat marqué, trop souvent, par des craintes et des préventions injustifiées.

La réforme de l’Ecole et du système éducatif devra être menée à partir des principes et des grandes lignes d’orientation suivantes :

 

- La réaffirmation du principe de démocratisation.

Dans ce cadre il s’agira d’œuvrer à éliminer les disparités géographiques qui contribuent, encore, à limiter l’accès à l’instruction et de lutter, notamment par tous les moyens d’information et de sensibilisation, contre le phénomène de déscolarisation. Il s’agira également de poursuivre et de développer les actions en direction de l’alphabétisation des adultes. L’Etat devra rechercher, par ailleurs, les moyens de l’élargissement des ressources pour permettre l’extension de l’enseignement

pré-scolaire, en vue d’une plus grande égalité et du renforcement du cadre permettant le développement des potentialités individuelles et la formation de citoyens éclairés et responsables.

 

- La consolidation de la vocation de l’Ecole comme vecteur de l’affirmation de la personnalité algérienne et de la consolidation de l’unité de la nation.

La promotion de l’arabe en tant que langue officielle nationale et facteur du recouvrement de la personnalité algérienne doit être consolidée et renforcée.

Par ailleurs, l’enseignement de l’histoire, en particulier, devra viser à enraciner le sentiment de l’identité commune dans toutes ses dimensions -Islamité, Arabité, Amazighité-. Dans le même sens, les efforts tendant à favoriser la promotion de l’Amazighité comme culture nationale seront encouragés.

 

- La nécessité d’ouvrir et d’intégrer le pays et sa jeunesse au mouvement universel de progrès.

L’enseignement de langues étrangères, permettant de réaliser ces objectifs, est une nécessité et ne devra être ni conçu ni perçu comme une remise en cause ou une atteinte à la langue nationale officielle, mais au contraire comme le moyen de donner à notre pays les moyens de contribuer de manière cohérente et réellement efficace à l’immense effort, qui reste largement à conduire, en vue de redonner à l’arabe une place dans le monde contemporain conforme à ses potentialités, et de lui permettre de participer de nouveau au progrès des connaissances et de la civilisation humaine à laquelle son apport déterminant par le passé est reconnu universellement.

 

- La nécessité de favoriser davantage l’insertion professionnelle.

Il conviendra, dans ce cadre, de réorganiser les filières, les modalités et les procédures d’orientation ainsi que les profils de formation, afin de réaliser une meilleure articulation entre les sous-systèmes du secteur de l’éducation et de la formation et une meilleure adaptation aux besoins socio-économiques. En particulier, l’enseignement technique devra être développé comme transition entre le deuxième palier du système éducatif et la

formation professionnelle.

 

- La nécessité de développer les conditions du plein épanouissement individuel et de l’élévationqualitative du niveau de l’enseignement.

Une profonde rénovation pédagogique devra être menée dans cette perspective, qui devra toucher tout à la fois le contenu des programmes, les méthodes, la conception du matériel didactique. Il s’agira, notamment, de mettre en œuvre les correctifs qui concourront à développer le sens critique, la réflexion et l’ouverture d’esprit. Il conviendra également de promouvoir des méthodes d’apprentissage actives centrées sur l’apprenant et d’élargir le cadre de la conception des moyens didactiques en vue de les adapter à ces exigences.

La formation, le perfectionnement des enseignants et leur adaptation aux nouvelles orientations conditionnent leur mise en œuvre effective et efficiente, et nécessitent un programme réfléchi et cohérent qui devra mettre fin aux improvisations et aux actions de courte portée qui ont souvent prévalu en ce domaine.

Les programmes devront faire une plus large place aux exigences d’une forte imprégnation des valeurs culturelles, spirituelles et civiques, qui doit permettre de protéger notre jeunesse contre toutes les formes de dérives et de la préparer à prendre en charge, en toute conscience, les destinées de la nation.

Le souci d’une plus grande adéquation aux finalités et celui d’une meilleure fonctionnalité devront caractériser davantage la conception des infrastructures éducatives et orienter les programmes de bonification de l’existant.

Dans la mesure des efforts que pourra consentir la collectivité pour le secteur de l’Education, il conviendra d’entreprendre ou d’élargir les actions de développement et de modernisation des équipements et de favoriser, dans ce cadre et notamment, l’initiation précoce à l’informatique.

S’agissant plus spécifiquement de la formation professionnelle, il conviendra de l’orienter plus adéquatement dans ses filières et adapter son contenu aux besoins socio-économiques. Il s’agira également d’instaurer, à l’égard des formateurs, une plus grande cohérence dans les critères de recrutement et d’organiser systématiquement en leur direction des actions de formation pédagogique. Il s’agira, par ailleurs, de s’attacher à développer les ressources du secteur, et dans ce cadre, notamment, d’œuvrer à développer des formules de partenariat avec les opérateurs économiques et les collectivités.

Au niveau de l’enseignement supérieur, il s’agira d’œuvrer, notamment :

 

- à l’amélioration de la qualité et de pertinence des programmes et des disciplines en vue d’une meilleure réponse aux besoins de la société et de son évolution ;

 

- à l’élargissement de la décentralisation et de la responsabilisation des structures universitaires en vue de favoriser une meilleure promotion des actions nécessaires en matière d’organisation et d’aménagements infrastructurels et de celles qui concourent à élargir le cadre de la participation et à prévenir les tensions ;

 

- au renforcement des moyens concourant à la collecte, la diffusion et la mise à disponibilité de la documentation notamment scientifique et technique actualisée ;

- à l’encouragement de la recherche, de sa synergie avec les activités de postgraduation et des diverses formules de son intégration à la demande de l’environnement économique et social ;

 

- à une plus grande ouverture sur le monde et au développement de la coopération et des

échanges internationaux ;

 

- au développement de programmes et de cursus de perfectionnement et de recyclage en direction du monde professionnel, parallèlement au développement de l’université de la formation continue.

Une action réfléchie devra être engagée en vue de redéfinir et de réorganiser les grandes écoles et les instituts supérieurs pour les faire évoluer, d’une formule de juxtaposition ou de duplication par rapport aux formations universitaires du premier cycle, vers leur érection en centres d’excellence d’où émergeront les élites intellectuelles techniques et administratives de la nation.

 

L’EGALITE DES CHANCES

Cet objectif, qui découle naturellement des principes de Novembre, qui a été consacré clairement par la Constitution et qui imprègne fortement nos traditions, doit orienter plus nettement les actions de l’Etat ainsi que l’effort de la collectivité.

REDUIRE LES DESEQUILIBRES

GEOGRAPHIQUES

Il s’agira ainsi de lutter contre les disparités géographiques qui contribuent à créer des déséquilibres croissants dans l’accès aux services publics, à la promotion sociale et à pleine citoyenneté.

La correction de ces situations renvoie, principalement, à une politique d’aménagement du territoire, dont les axes sont tracés dans un chapitre suivant, qui devra concourir à la revitalisation des espaces intérieurs tout en favorisant une meilleure maîtrise de la croissance urbaine.

LA PROMOTION DE LA FEMME

Il s’agira, également, d’œuvrer à l’élimination des discriminations de tous ordres qui entravent ou étouffent l’expression des potentialités individuelles et concourent à sa marginalisation. Dans ce cadre, en particulier, la promotion de la femme, que contrarient des réticences dans les esprits et dans les pratiques quotidiennes, s’impose tout naturellement. Ce souci est, par ailleurs, dicté par l’exigence de la cohérence avec les multiples évolutions qu’a connues notre société et qui voient les jeunes filles accéder, de plus en plus nombreuses et à parité avec les jeunes gens, à toutes les qualifications professionnelles du monde contemporain. Cette démarche s’intégrera pleinement aux valeurs islamiques profondes de notre peuple, comprises dans leur vrai sens, éminemment humain, émancipateur et juste. L’authenticité et la modernité ne sauraient s’exclure ; aussi, et dans le cadre de cette harmonie nécessaire, la loi doit préciser les principes constitutionnels et évoluer en fonction des besoins créés par les mutations du monde et de la société, sans attenter à l’esprit du Coran.

 

LA SOLIDARITE NATIONALE ET L’INTEGRATION SOCIALE

L’ELARGISSEMENT DU CADRE ET DES MOYENS DE LA SOLIDARITE NATIONALE

L’effort et le cadre d’expression de la solidarité nationale devront être renforcés dans cette conjoncture où nombre de nos concitoyens sont plongés dans la détresse et le désarroi. Il s’agira d’abord, et bien évidemment, d’œuvrer à alléger les souffrances et les difficultés individuelles dans toute la mesure des moyens qui pourront y être consacrés par une politique qui fera une part plus large à l’exigence d’équité ; mais il s’agira aussi de s’efforcer, dans la démarche, de redonner l’espoir et la dignité en multipliant les mécanismes de l’intégration sociale et en affirmant clairement, dans les préoccupations, la volonté de la collectivité de les élargir sans cesse à la mesure du développement commun et d’une plus grande justice sociale.

Les ressources de la solidarité nationale devront être accrues par une application mieux ciblée de l’effort. Une réflexion devra être engagée quant aux moyens d’accroître les recettes du système de la sécurité sociale comme celles de la fiscalité, sans affecter les revenus déjà amoindris des ménages et sans créer d’incidence négative sur l’emploi.

L’effort de solidarité devra particulièrement être renforcé en direction des structures d’accueil des orphelins et des enfants abandonnés, ainsi que des handicapés et autres personnes en détresse. S’agissant des handicapés, des mesures incitatives en vue de leur emploi devront être mises en œuvre en direction du secteur économique. Des mesures impératives, relatives à l’aménagement des conditions d’emploi et à l’emploi effectif des handicapés, devront être étudiées et mises en place dans la fonction publique. Les valeurs familiales de notre société qui offrent le cadre de base pour, notamment, la prise en charge des handicapés et des personnes âgées devront être préservées et renforcées en ce qu’elles expriment la tradition de solidarité et de générosité de notre peuple et consacrent la famille comme cellule de base de la société.

Les mécanismes des prestations assurées dans le cadre des conséquences sociales de la restructuration du secteur industriel devront être réaménagés dans le sens d’une plus grande pertinence et d’une meilleure efficacité. La redynamisation des programmes de BTP, prévue dans le cadre de la relance économique à mettre en œuvre, ainsi que, progressivement, la mise en place des conditions de l’essor de l’investissement industriel, devraient atténuer les tensions sur l’emploi et libérer des ressources, accrues par ailleurs, qui permettront d’assurer un meilleur traitement du chômage. Le cadre de fonctionnement de l’économie devra quant à lui, comporter des dispositifs propres à mieux favoriser l’emploi dans l’orientation des investissements et dans la gestion des entreprises

L’INTEGRATION SOCIALE

L’intégration sociale de la jeunesse, qui possède une incidence essentielle sur le dépassement de la crise et la stabilité sociale, sera favorisée par la mise en œuvre des orientations évoquées par ailleurs à propos, notamment, de l’école, de la formation professionnelle, de l’aménagement du territoire, de la relance économique, de la rénovation de l’Etat, de l’amélioration du cadre de vie…

De manière plus immédiate, les actions en direction de l’emploi devront être poursuivies, élargies et adaptées en fonction d’une évaluation précise des retombées du dispositif en place.

Plus généralement, la participation de la jeunesse à la vie citoyenne devra être promue. Dans ce cadre, il s’agira, notamment, de favoriser, de soutenir matériellement et de canaliser le regroupement associatif des jeunes, afin de mobiliser le formidable potentiel de vitalité et de générosité que porte notre jeunesse et d’œuvrer à le mettre efficacement au service du bien commun.

La solidarité doit aussi s’exprimer vis-à-vis des générations futures de l’Algérie pérenne. Les programmes d’exploitation des ressources naturelles devront tenir compte impérativement de cette exigence, comme devra être fixé, comme condition du développement économique et humain, la préservation de l’environnement physique.

LA COMMUNAUTE EMIGREE

La communauté émigrée constitue une partie intégrante de la collectivité nationale. L’Etat se doit d’assurer avec vigilance, dans le cadre des conventions internationales et de ses relations diplomatiques, la protection des droits de ses ressortissants et de leur dignité. Il devra prendre les mesures propres à améliorer, au niveau de ses représentations consulaires, les moyens de la mise en œuvre des droits et des obligations inhérents à la citoyenneté, dans le respect strict de la dignité des personnes, et par une plus grande attention aux contraintes qu’imposent la forte dispersion géographique et les particularités des situations individuelles. Il devra veiller à améliorer les conditions des échanges de toute nature avec la communauté expatriée, et à renforcer l’intégration de celle-ci à la vie de la nation et aux évolutions de sa société. Des cadres particuliers devront être aménagés qui, prenant pleinement en compte les soucis et les intérêts légitimes, devront permettre à nos compatriotes émigrés de mettre leurs ressources techniques, financières et d’initiative, au service de la construction du pays et de favoriser ainsi l’expression de leur devoir vis-à-vis de la nation.

 

LA BONIFICATION DU CADRE ET DE LA QUALITE DE VIE.

LE LOGEMENT

L’amélioration du cadre de vie renvoie, en premier lieu, à l’insuffisance du logement qui se traduit par tant de frustrations et de souffrances, de difficultés dans l’accomplissement individuel et dans l’harmonie familiale, l’exposition aux

maladies de l’hygiène et de la promiscuité, la vulnérabilité aux maux sociaux et aux tentations du désespoir.

Les tensions, exacerbées au fil des ans par la forte poussée démographique, n’ont pu être atténuées en raison, dans une large mesure, de la faible efficacité des dépenses engagées, d’une politique du logement social conçue et mise en œuvre de manière souvent abusive, des faiblesses enfin de l’environnement administratif et économique. Ces facteurs restrictifs ont été accentués par la récession qui a limité gravement les ressources publiques.

La redynamisation des programmes de logement sera l’un des axes de la politique de relance économique à mettre en œuvre à court terme. Elle devra s’accompagner, impérativement, des actions de nature à assurer la plus grande coordination des actions, une maîtrise accrue dans la conception des projets et leur conduite, une plus grande discipline dans la programmation budgétaire et la gestion des projets afin d’éviter des dispersions et la pénalisation des entreprises réalisatrices, qui se traduisent en surcoûts et en gaspillages considérables. Le règlement des litiges fonciers devra faire l’objet d’une plus grande célérité et appelle, en tout état de cause, la dotation en moyens nécessaires au profit des services en charge de la mise à jour et de la gestion du cadastre.

La promotion immobilière en ce qu’elle peut stimuler et canaliser l’épargne des ménages devra être davantage encouragée et mieux encadrée réglementairement. Un cadre propice au développement du secteur locatif privé devra être mis en place. La politique du logement social devra être conçue pour s’appliquer plus précisément et dans des conditions plus transparentes aux catégories à faibles revenus ou démunis, dans le cadre, notamment, de la résorption de l’habitat précaire.

L’ensemble de ces actions sera tributaire du déploiement approprié des moyens humains en vue de leur conception et de leur suivi, mais restera lettre morte sans une implication sur le terrain, résolue et ferme, de la part des autorités, aux divers niveaux, chargées de l’orientation et du contrôle. Aussi importe-t-il essentiellement que les responsabilités soient nettement circonscrites et qu’elles soient mises en œuvre, dans leurs conséquences, sans faiblesse.

 

 

L’AMENAGEMENT URBAIN, LE SPORT ET LES LOISIRS

 

La même détermination devra s’appliquer à l’aménagement urbain, caractérisé par une anarchie et des situations –constructions non autorisées ou autorisées en violation des règlements, pour l’exemple- qui galvaudent ouvertement l’autorité de l’Etat et discréditent le service public.

L’aménagement urbain devra faire l’objet d’une attention plus grande et d’efforts accrus, soutenus par l’Etat. Il devra être mené dans une large concertation avec la population et les compétences locales concernées et contribuer fortement à l’atténuation des tensions sociales ainsi qu’à la promotion des activités de culture et de loisir. L’aménagement urbain devra impérativement réserver des espaces de détente familiale et de convivialité, en même temps qu’il devra tendre à permettre la réhabilitation ou la création de salles de spectacles, à favoriser et à développer les activités et les échanges culturels et artistiques. Le cadre du développement du sport de masse par la multiplication et l’aménagement des espaces adéquats et par la dynamisation du sport scolaire devra être renforcé.

Sur un plan plus général, l’Etat devra prendre les moyens de favoriser une meilleure organisation du sport de compétition et de relancer le sport d’élite, qui constitue un élément important du prestige national.

LE TRANSPORT

Le transport public interurbain devra corriger de graves insuffisances liées à l’environnement administratif ou à sa gestion, et que n’expliquent ni ne justifient l’insuffisance de moyens au regard de la demande. En même temps devra être élaborée une vision claire de la coordination intermodale afin d’orienter plus adéquatement les investissements lourds et la politique tarifaire.

Le transport urbain qui concerne une proportion de plus en plus large de la population, est un facteur conséquent de la qualité de vie et doit constituer à ce titre une préoccupation majeure des instances communales comme des autorités centrales. La priorité au transport collectif que commandent, tant les exigences de la fluidité du trafic que celles de la lutte contre les nuisances et la pollution ou de la réduction du coût pour la collectivité, devra être plus nettement consacrée à travers notamment, des politiques cohérentes en matière de plans de circulation et de tarification.

 

LA CULTURE

Facteur essentiel pour l’épanouissement de la personne, cadre de la convivialité sociale, vecteur de l’affirmation et de la valorisation de la personnalité nationale, moyen du rayonnement international, enfin, la culture, dans notre pays, n’a pas fait l’objet de la promotion que comportent ces dimensions et a même connu un recul du point de vue de la création intellectuelle et artistique.

Des attitudes régressives ou frileuses, un déclassement total dans les préoccupations comme dans l’affectation des crédits budgétaires, un cadre d’organisation et de soutien public inadéquat et insuffisant, sont à l’origine de cet état de fait. La réhabilitation de la culture et la profonde rénovation du cadre et des conditions qui concourent à favoriser sa diffusion ainsi que la création intellectuelle et artistique, s’imposent donc et devront être accompagnées, à tous les niveaux de l’action publique, d’une sensibilité plus grande à leurs enjeux et d’une attention accrue dans les arbitrages budgétaires.

Les actions devront tendre à la préservation et à la valorisation du patrimoine culturel plusieurs fois millénaire, dans tous ses aspects. Elles devront créer les conditions d’une diffusion élargie de la culture, par notamment, un soutien du livre au moyen de mesures fiscales mieux appropriées ; elles devront viser à la création de bibliothèques au niveau des communes, à favoriser la relance du théâtre et la réhabilitation des salles de cinéma, à assurer, dans la concertation, une meilleure protection des droits d’auteur dans la réglementation applicable aux supports de la diffusion de la création artistique et intellectuelle, à aménager la fiscalité dans un sens plus favorable à la création, à promouvoir et à faciliter les échanges internationaux.

Les subventions publiques devront être orientées davantage vers la création véritable et la qualité, et être réparties dans des conditions de plus grande objectivité et de transparence. La télévision publique, pour sa part, constitue un moyen puissant de la diffusion et du rayonnement de la culture nationale en même temps qu’un instrument d’encouragement à la création. Son organisation, son cahier des charges et ses moyens devront mieux et davantage tenir compte de ces potentialités.

Les moyens de la protection de l’artisanat traditionnel et de la transmission de son savoir-faire devront être pris pour assurer la survivance et la valorisation d’une des formes d’expression authentiques du génie national.

A l’abri de controverses politiques que la Constitution doit permettre de dépasser, les efforts des chercheurs et des spécialistes pour faire revivre pleinement le patrimoine culturel amazigh seront encouragés, en vue de mieux affirmer la personnalité et l’unité nationales, d’accroître le rayonnement culturel de notre pays et sa contribution au patrimoine de l’humanité.

IV- ASSURER LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE

L’Algérie est plongée depuis plus de dix années dans une crise économique aiguë et persistante qui s’est traduite par une récession dans presque tous les secteurs de la production et par une détérioration accentuée des indicateurs du développement humain, recouvrant, parfois, des réalités dramatiques.

La fragilisation de l’économie dans les années 80, avait provoqué l’aggravation de la dépendance extérieure alors que l’effondrement des marchés pétroliers dans la seconde moitié de la décennie et les réponses de fuite en avant qui y avaient fait suite, conduisaient à une situation de profonds déséquilibres dans les comptes extérieurs et dans les finances publiques.

Jusqu’en 1994 les actions, seulement superficielles, et les improvisations ne faisaient qu’aggraver la situation, conduisant à un état de cessation de paiements extérieurs, lequel allait contraindre à un rééchelonnement de la dette et à la mise en œuvre concomitante d’un programme d’ajustement structurel.

Les mesures de ce programme ont abouti à juguler l’inflation, à réduire les déficits publics et à reconstituer à un niveau élevé les réserves de change. Mais cette stabilisation a été fortement régressive, s’accompagnant d’un recul continu, notamment de la production industrielle et dans le secteur du BTP, de la détérioration du pouvoir d’achat des ménages, de la suppression massive d’emplois, de la contraction de l’action de solidarité nationale, de la paupérisation de larges catégories –allant parfois jusqu’aux couches moyennes- de la population.

En outre, les acquis en matière de stabilisation sont fortement menacés par la dépression persistante des marchés pétroliers dont continuent de dépendre quasi exclusivement nos ressources extérieures.

Par ailleurs, si des réformes importantes ont été engagées dans la voie de la promotion d’une économie ouverte, soumise largement aux mécanismes du marché, ni les conditions structurelles et organisationnelles d’une meilleure valorisation des ressources nationales, conséquentes à bien des égards, ni celles de la pleine libération des énergies et des initiatives, ni celle d’une adaptation progressive et cohérente aux exigences de la mondialisation, ne sont encore véritablement réunies pour amorcer une croissance économique durable qui permettrait de relancer l’emploi et de répondre aux besoins du développement humain, sans cesse accrus qualitativement et quantitativement.

C’est dans le sens de la création de ces conditions de la pleine expression de nos ressources et de nos potentialités, qui garantira une croissance diversifiée et auto-entretenue, que devra être orientée l’action économique, en même temps que devront être mis en place les moyens d’assurer, dans la phase de transition, l’élargissement et une plus grande efficacité de l’effort de solidarité nationale.

Les actions et les priorités devront être ordonnées à partir de trois lignes d’orientation principales :

- le renforcement du cadre structurel et ode l’économie ;

- la restructuration et la relance du secteur économique public ;

- l’encouragement de l’investissement privé et de la PME.

Parallèlement, la promotion de l’agriculture qui représente de grands enjeux pour la sécurité

alimentaire du pays et pour les équilibres de son commerce extérieur, ainsi que le développement ordonné et qualitatif des infrastructures – transport et télécommunications notamment - qui concourent aux conditions de compétitivité économique et au maillage industriel du territoire, devront constituer des préoccupations majeures de l’action de développement.

 

RENFORCEMENT DU CADRE GENERAL DE FONCTIONNEMENT DE L’ECONOMIE NATIONALE

- Il importera tout d’abord, à ce titre, de clarifier et de rendre plus cohérents les objectifs en matière de réformes structurelles et organisationnelles et de les conduire avec détermination, en se dotant des moyens d’une plus grande maîtrise dans leur mise en œuvre, et en réhabilitant la notion de priorité.

- Un autre objectif, qui devra concourir à la préservation des équilibres réalisés en matière de stabilisation, sera de réunir les conditions d’une maîtrise et d’une plus grande efficacité des dépenses publiques. Il conviendra dans ce sens de développer les actions en vue d’éliminer les surcoûts dus à une insuffisante maturation des projets et leur manque de coordination, à la faiblesse des procédures d’évaluation ainsi qu’à une attention insuffisante à la maintenance et l’entretien des investissements publics. Il conviendra également, dans le même souci, de réaliser les conditions d’une plus grande transparence dans l’adjudication et la gestion des marchés publics et d’instituer la rigueur propre à éviter les gaspillages de tous ordres et à réduire le train de vie de l’Etat ; cette dernière exigence étant dictée tant par l’éthique, eu égard aux difficultés sociales, que par les fortes tensions sur les finances publiques.

- Parallèlement, il conviendra d’apporter des modifications au système fiscal en vue d’élargir la base fiscale vers des gisements encore inexploités, de mieux canaliser l’épargne vers les emplois réellement productifs, d’orienter, progressivement, la pression fiscale davantage sur l’impôt direct par rapport aux taxes sur la consommation, dans le souci d’une plus grande justice sociale. Il s’agira, également, de renforcer l’organisation et l’efficience des services fiscaux et de mener énergiquement les actions nécessaires à l’élimination des faiblesses et des comportements à la source de l’évasion fiscale.

- La transformation du système bancaire s’impose comme autre priorité pour faire de ce secteur un instrument efficace de collecte de l’épargne et d’allocation des ressources sur des bases objectives, transparentes et qui devront être conformées aux finalités et au sens du développement économique attendu.

- Il conviendra, parallèlement, de lutter contre les rigidités bureaucratiques qui entravent l’essor de l’investissement, en agissant, au niveau de l’administration, dans le sens du renforcement de la compétence, de la moralité et de l’adaptation, par recyclages, aux nouveaux modes de fonctionnement, ainsi qu’en développant les moyens d’un contrôle efficace. Il s’agira, également, d’œuvrer au démantèlement des monopoles de fait, qui contribuent à fausser le jeu de la concurrence et à dissuader l’investissement tant national qu’étranger.

- Le développement des instruments de la collecte et de la diffusion d’une information économique et statistique fiable, ainsi que celui d’un cadre

organisé pour des prévisions hautement élaborées, sont des actions de nature à permettre aux opérateurs, à tous les échelons, de mieux s’orienter et ainsi de contribuer à une plus grande cohérence dans l’action économique et sociale de la nation. C’est dans une telle perspective que, notamment, le statut, les missions et les moyens de l’Office national des statistiques devront être redéfinis, en même temps que sera impulsée ou encouragée la création de banques de données spécialisées.

- Il conviendra, enfin, de créer, dans la mise en œuvre des ressources humaines les conditions de l’émergence des compétences et d’assurer le cadre propice à leur pleine expression. A ce titre, les pratiques ayant conduit à la marginalisation et à l’exode d’un nombre particulièrement élevé de cadres confirmés, formés grâce aux fonds publics, devront pouvoir être proscrites, en même temps qu’il s’agira d’œuvrer à mettre en œuvre les moyens qui permettraient d’utiliser ces ressources, atouts et acquis chèrement conquis, au service du progrès collectif de la nation.

 

LA RESTRUCTURATION ET LA RELANCE DU SECTEUR PUBLIC ECONOMIQUE

La relance de l’économie, si elle pourra, et devra, être progressivement soutenue, relayée et élargie par l’investissement privé, est liée, dans l’immédiat, à la restructuration et la relance du secteur public économique.

Le secteur public économique constitue un appareil conséquent, pourvu d’une capacité technique et industrielle appréciable et d’un fort potentiel de croissance. Par ailleurs, les caractéristiques du marché algérien, au-delà des conjonctures, la situation géographique du pays et les liens tissés par le secteur public industriel peuvent permettre à celui-ci de trouver auprès de partenaires étrangers des relais importants sur le marché international pour réaliser son potentiel d’adaptation technologique et de commerce extérieur.

Le secteur public économique connaît cependant des difficultés à exprimer ses possibilités, du fait, tant de profonds dysfonctionnements internes que des insuffisances du cadre de son environnement national :

- La mise en œuvre de plans de redressement n’a pas pleinement permis, encore, le recentrage des entreprises publiques sur leur métier de base. La multiplicité des fonctions secondaires et des services de soutien continue, souvent, de générer des gaspillages, de disperser la fonction managériale et, partant, de susciter des pertes d’efficacité ;

- les entreprises publiques souffrent de déséquilibres financiers ou de fortes tensions en ce domaine. L’assainissement financier a consisté essentiellement en un " saupoudrage " qui n’identifiait pas les secteurs et les entreprises structurellement viables et dotées d’un potentiel de croissance. Aussi, les fonds considérables consacrés à l’assainissement n’ont permis, en définitive ni de sauver les entreprises non-viables sous leur forme actuelle, ni de réhabiliter pleinement celles qui peuvent contribuer significativement à la croissance et soutenir une relance économique. Cet état de fait est aggravé par l’importance des créances détenues sur l’Etat. Il résulte de ces facteurs, et pour les entreprises à privilégier, des surcoûts liés aux frais financiers, ainsi que des difficultés à financer les actions de maintenance du capital de production et leurs approvisionnements, d’où des pertes de compétitivité et des reculs des niveaux de production ;

- les hésitations et l’absence de vision totalement cohérente quant au champ, la nature et les modalités de la restructuration, et en particulier de la privatisation, ont conduit à des attitudes d’expectative, nuisibles à la bonne conduite des actions de réhabilitation nécessaires ;

- La nouvelle forme d’organisation des entreprises publiques n’a pas toujours permis, au niveau des organes d’orientation et de contrôle, comme de gestion, la promotion des compétences et de profils adéquats. Par ailleurs, les nouvelles modalités des relations avec la puissance publique, à travers les fonds de participation puis les holdings, n’ont pas totalement libéré les entreprises des contraintes tatillonnes de la tutelle administrative.

Aussi conviendra-t-il de poursuivre, la restructuration du secteur public en clarifiant les options, en en précisant les modalités et en accélérant leur mise en œuvre.

Ainsi, le désengagement total de l’Etat devra-t-il être concrétisé à l’égard des entreprises non porteuses de croissance et celles – hors des secteurs stratégiques, qu’il conviendra de mieux définir, en fonction, notamment, des exigences d’une

politique industrielle qui favorise l’intégration

économique, la mobilisation des ressources et la diffusion progrès technologique- dont la survie sous la forme actuelle continuerait de se traduire par une ponction sur les ressources publiques. En tout état de cause, la privatisation ne devra pas être envisagée comme une fin en soi, ni comme un dogme, mais comme une des modalités de la restructuration du secteur public qui doit permettre d’accroître les ressources financières injectées dans le circuit économique - en favorisant l’investissement privé et l’investissement direct étranger-, d’améliorer les performances, de préserver l’emploi durable et d’assurer une meilleure adaptation aux exigences nouvelles de l’économie de marché, dans la sauvegarde des intérêts du pays et de la collectivité.

Il conviendra d’œuvrer à assurer, dans la cohérence, le dépassement des insuffisances et des contraintes évoquées précédemment, qui constituent, pour les entreprises du secteur public dotées de dynamisme et d’effets structurants sur l’économie, des obstacles dans la voie de leur réhabilitation technique et financière et dans celle de la pleine libération de leurs capacités de gestion compétitive.

Parmi les secteurs porteurs de croissance, le secteur des hydrocarbures et de la pétrochimie recèle de gigantesques potentialités - tant pour son expansion propre que dans sa dimension d’intégrateur industriel- dont il importe de poursuivre et de renforcer la réalisation. Le cadre juridique et les orientations qui ont permis de développer considérablement, dans un passé récent, les réserves, devront être préservés et adaptés, le cas échéant, afin de permettre la poursuite des actions dans une direction que justifient pleinement des indices hautement prometteurs et le degré encore faible d’exploration, et qui seront de nature à renforcer le poids et la capacité de négociation internationale du pays.

Les efforts pour une meilleure valorisation des hydrocarbures et l’accroissement des exportations gazières devraient pouvoir permettre de compenser à court terme, éventuellement, la persistance de la dépression des cours, et d’accroître significativement les recettes extérieures, en tous cas à moyenne échéance, et plus rapidement en cas de stabilisation des marchés. En tout état de cause, les ressources du secteur des hydrocarbures devront être mises plus nettement au service de la diversification de la base productive et du commerce extérieur du pays, afin d’atténuer, progressivement, sa dépendance à l’égard des fluctuations des marchés internationaux.

La relance du secteur industriel public devra être soutenue à court terme par le redémarrage des programmes publics dans le domaine du BTP,

notamment de la construction de logements, ainsi que par une reprise de la demande des ménages en biens de consommation durables. Pour éviter que ces mesures ne pèsent lourdement sur les déficits publics et ne remettent en cause les résultats de la stabilisation, elles devront s’appuyer fortement sur les recettes budgétaires additionnelles procurées par les hydrocarbures, l’impact de la plus grande efficacité des dépenses publiques et celui d’un meilleur rendement fiscal. L’orientation de la demande des ménages en biens de consommation durables vers la production nationale pourra être favorisée par la mise en place de mécanismes appropriés de l’élargissement du crédit à la consommation.

 

L’ENCOURAGEMENT DE L’INVESTISSEMENT PRIVE ET DE LA PETITE ET MOYENNE ENTREPRISE (PME)

L’investissement privé peut et doit concourir de manière déterminante, à terme, au développement national. En particulier, la PME est de nature à permettre la densification du tissu industriel, l’élargissement significatif de l’emploi, la mise en valeur de ressources faiblement sollicitées jusque-là telles que le tourisme, la pêche etc.., ainsi que la diversification des exportations.

Des conditions favorables à cet essor existent déjà :

- la libéralisation du cadre de fonctionnement de l’économie ;

- un marché important en dépit de la récession de ces dernières années, et fortement porteur pour l’avenir ;

- une législation du travail allégée des rigidités qui la caractérisaient ;

- la disponibilité importante de cadres techniques et de capacités managériales accrue par les

incidences de la restructuration du secteur public.

En revanche plusieurs facteurs continuent de freiner l’investissement privé :

- des lourdeurs bureaucratiques et des comportements immoraux de certains agents publics ;

- un secteur bancaire totalement inadapté aux nouvelles exigences, peu dynamique et performant ;

- une insuffisance du travail qualifié dans de nombreuses filières en raison de l’inadaptation du système de formation professionnelle ;

- l’existence dissuasive de monopoles de fait.

Les mesures propres à corriger ces faiblesses et ces dérives ont été évoquées dans les développements relatifs au cadre structurel et organisationnel de l’économie, à la rénovation de l’administration publique et à la formation professionnelle.

De manière plus spécifique, des mesures, notamment fiscales, devront être initiées, à partir

d’évaluations précises, en vue de favoriser le

redéploiement et l’orientation de l’investissement privé des activités d’importation vers celles de la

production. Parallèlement, des mesures particulières et des garanties devront être mises en œuvre en direction de l’émigration qui constitue une source potentielle importante pour le financement et le développement du secteur privé.

 

LA PROMOTION DE L’AGRICULTURE

L’agriculture, fortement limitée dans ses possibilités actuelles par la faiblesse de la superficie utile et des ressources hydrauliques, souffre, de surcroît, de nombreuses insuffisances, tant au point de vue de son environnement que de celui des conditions de l’exploitation.

Aussi, la dépendance alimentaire du pays à l’égard des importations est-elle particulièrement élevée et grève-t-elle très lourdement les ressources extérieures de la nation.

La promotion de l’agriculture est donc impérative et dictée, tant par le souci de la sécurité alimentaire que par celui de libérer des ressources rares en faveur du développement industriel et social.

Des actions multiples sont nécessaires qui devront, pour beaucoup d’entre elles, être diversifiées et adaptées dans leur application à partir d’évaluations de proximité.

Aussi, la première exigence est-elle celle d’une transformation dans les modes de l’action d’encadrement réglementaire qui devra être largement décentralisée et fondée davantage sur les études in situ.

La clarification du statut foncier est une autre exigence qui doit permettre de développer les investissements et d’assurer une meilleure préservation des sols. Il conviendra cependant, et en tout état de cause, de prendre les moyens d’éviter, de manière plus vigilante et plus ferme que par le passé, le détournement, à des fins spéculatives, de la vocation du patrimoine foncier agricole.

Parallèlement des actions de mise en valeur de nouveaux périmètres devront être menées, notamment dans les hauts plateaux et dans les zones sahariennes lorsque la viabilité durable est avérée.

Le développement de la recherche et de la vulgarisation, en matière de préconisation de semences, d’itinéraires techniques, d’utilisation d’engrais et de bonification des sols devront être fortement impulsés.

Les cultures stratégiques, céréales notamment, devront être soutenues, en même temps que seront encouragées ou soutenues les productions (telles que primeurs et dattes), qui de par les facteurs climatiques et géographiques disposent d’avantages comparatifs qui peuvent leur permettre d’accéder largement aux marchés extérieurs.

Dans le cadre de la promotion de l’agriculture et de l’aide à son développement, l’Etat prendra à son compte la dette des agriculteurs qui serait de l’ordre de vingt (20) milliards de dinars. Cette mesure, dont l’impact représenterait trois pour cent (3% ) des sommes qui ont été consacrées à l’assainissement financier des entreprises publiques, témoignerait concrètement de l’importance qu’attache la collectivité nationale à la dynamisation de ce secteur vital.

La protection des forêts et du couvert végétal en ce qu’elle contribue essentiellement à la préservation et la régénération des sols ainsi qu’à l’équilibre écologique, doit faire l’objet d’une attention accrue. Il s’agira pour l’Etat de développer la recherche en ce domaine et de renforcer les moyens de l’encadrement de la mise en œuvre des actions nécessaires. Par ailleurs, le développement, adéquatement conçu, de la sylviculture, qui peut permettre la valorisation d’espaces sous-utilisés, doit être impulsé et encouragé.

 

L’AMENAGEMENT DU TERRITOIRE ET LES INFRASTRUCTURES

Les disparités croissantes dans l’occupation humaine du territoire et dans le degré d’équipement en infrastructures et services publics, accentuent les déséquilibres géographiques des conditions de vie et développent une migration sans cesse accrue vers les zones du littoral et les grands centres urbains des hauts plateaux. Il en résulte une pression accrue sur les ressources rares, la dévitalisation des espaces ruraux, une anarchie urbaine qui multiplie les centres d’exclusion et de marginalisation, accroît les frustrations et le malaise social.

Le développement d’une stratégie de réponse à ces phénomènes devra être concerté et coordonné dans la conception, et fortement décentralisé dans l’application. La démarche devra viser à la reconquête des espaces intérieurs, qui devrait favoriser la mise en œuvre efficiente de politiques tendant à la maîtrise et l’organisation de la croissance des grandes villes ainsi que la maintenance territoriale des zones littorales du pays. Il s’agira ainsi, notamment,

- de revitaliser les espaces ruraux des arrières-pays à travers, notamment, l’équipement social, la pluri-activité et la promotion de centres ruraux ;

- de réaliser effectivement l’amorce de " l’option hauts plateaux " à partir d’une dynamique d’aménagement et de développement régional basée sur les chantiers de grands travaux, propices à l’insertion de jeunes ;

- de promouvoir la structuration et la meilleure occupation des espaces sahariens à partir de la réhabilitation des systèmes oasiens dans la sauvegarde des équilibres des écosystèmes sensibles ;

- à engager dans le sud du pays une dynamique d’occupation des zones frontalières qui permettra d’enclencher un processus de co-développement avec les pays voisins ;

- de développer, en considération de l’importance de l’exposition maritime du pays, une politique qui tendra à permettre la valorisation, notamment des richesses touristiques naturelles et celles de la pêche ainsi que la préservation du littoral. Cette action devra trouver son prolongement dans la définition et la mise en œuvre d’une politique d’exploitation rationnelle des ressources

halieutiques et dans le développement des moyens d’une meilleure protection des espaces maritimes de souveraineté et d’exclusivité contre toutes les atteintes, écologiques ou économiques.

En matière d’infrastructures, l’accent devra être mis sur la nécessité d’assurer un entretien régulier des réalisations dont le défaut se répercute lourdement en besoins de réhabilitation et de réfection. La nécessité de prendre en compte les dépenses d’entretien dans les prévisions et les programmes sectoriels et régionaux devra ainsi être fortement affirmée et effectivement concrétisée dans les allocations de ressources. Les moyens devront être pris, fermement, en vue d’assurer une meilleure évaluation technique des projets, l’élaboration et la mise en œuvre de critères permettant de fixer les choix et les priorités, une coordination sectorielle étroite et davantage de rigueur dans les conditions et le suivi de la réalisation.

S’agissant plus particulièrement de l’hydraulique, la rareté des ressources en eau, qui contraint fortement le développement, devra commander une attention encore plus forte à l’égard de cette exigence de rigueur. Dans ce cadre, l’entretien des barrages en vue d’accroître leur rendement, le recyclage des eaux usées, la réhabilitation et l’entretien des réseaux de distribution, caractérisés par des taux particulièrement élevés de perdition, une réglementation et un contrôle plus strict à l’égard des forages et des utilisations des nappes souterraines, doivent constituer des points d’application privilégiés de l’effort de l’action publique, et sont de nature à alléger sensiblement les tensions. Le recours ponctuel aux techniques de dessalement d’eau de mer sera encouragé lorsque la nature, la destination et le coût d’opportunité des projets le rend viable.

Le secteur des télécommunications devra être redéfini dans son organisation et ses modes de gestion, afin d’impulser plus fortement les actions de développement que commandent les exigences de la création de conditions favorables au développement technologique et à la compétitivité internationale. d’une part, et, une couverture et une qualité de prestations nettement insuffisante par rapport au développement économique et social d’autre part.

Dans tous les domaines du champ des infrastructures, le partenariat international en ce qu’il peut favoriser la diffusion des techniques et de la

gestion performante et élargir les ressources de financement des investissements devra être encouragé dans le respect des intérêts stratégiques de la nation.

 

LES SERVICES

Le secteur des services peut et doit contribuer, de manière déterminante, à la valorisation des ressources par le soutien aux activités productives, à la diffusion du progrès technique, à l’amélioration des conditions et du cadre de vie. Il constitue, aussi, potentiellement, une source importante pour la création d’emplois et un cadre d’expression privilégié pour les ressources d’initiative.

L’Etat se doit de favoriser le développement du secteur des services et dans cette perspective, d’œuvrer à alléger le cadre administratif et à

éliminer les comportements qui contribuent à limiter l’expansion des activités et le libre jeu de la concurrence. Il se doit, plus particulièrement, d’encourager les actions qui contribuent à développer l’emploi et celles qui concourent à réduire les déséquilibres régionaux ou la dépendance extérieure du pays.

L’allégement du dispositif réglementaire en matière de création et de développement des activités de service devra toutefois être concilié avec les mesures propres à contenir l’évasion fiscale et le " travail au noir ".

S’agissant du commerce de gros, l’assainissement à entreprendre devra viser à réhabiliter des fonctions, souvent occultées, telles que la régulation du marché, le renforcement et l’élargissement du cadre concurrentiel de l’économie, la protection du consommateur, le soutien à la distribution, l’orientation qualitative de la production nationale…

V- RETROUVER LA JUSTE PLACE

DANS LE MONDE

LES RELATIONS INTERNATIONALES

La décennie écoulée a été caractérisée par de vastes bouleversements qui ont modifié profondément les équilibres et les rapports internationaux.

Le phénomène de mondialisation qui en a résulté dans une large mesure, se conjuguant aux développements des technologies de l’information et des communications, a créé une tendance à la généralisation des modèles économiques et culturels des pays dominants, qui viennent se superposer à des réalités propres et à des priorités différentes dans les pays en développement.

Dans les nouvelles conditions de l’équilibre international, l’infléchissement de cette tendance dans le sens d’une plus grande considération aux situations réelles, aux besoins véritables et à la sauvegarde des personnalités nationales nécessite, plus que par le passé, une action soutenue et concertée.

C’est dans ce contexte que l’image et l’audience de l’Algérie se sont trouvées fortement dévalorisées par la crise que traverse le pays, et qui l’a placée, souvent, dans des positions défensives face à des pressions relevant de l’ingérence. Dans le même temps les conditions réservées à nos nationaux par des pays tiers ont été marqués, parfois, par des discriminations attentatoires à leur dignité, qui ont consacré, au plan international comme vis à vis des algériens, l’affaiblissement de l’Etat national.

Il ressort, dès lors, que la restauration de l’Algérie à la place que lui assignent, dans le monde, son poids spécifique, sa situation géographique, l’exemple qu’elle a constitué par sa lutte de libération, son action, enfin, durant des décennies enfaveur de la promotion des causes justes, est lié d’abord au redressement national. L’affirmation haute et claire lors de la prochaine élection présidentielle de l’unité profonde de la nation autour de ses principes intangibles et de son Etat légitime et démocratique, devra être la première étape du processus de rétablissement d’une diplomatie active et influente qui permettra à notre pays :

- de faire valoir pleinement ses atouts dans la compétition et la négociation internationale, en particulier avec l’Organisation mondiale du commerce (O.M.C) lorsque les conditions seront favorablement réunies ;

- d’agir avec efficience au sein des organisations internationales en faveur de l’équité dans les rapports internationaux et de l’orientation de l’action de la communauté internationale vers les objectifs de paix et de co-prospérité ;

- de concourir à la promotion de la solidarité maghrébine, arabe et africaine, ainsi qu’à celle de la coopération méditerranéenne. Dans ce contexte, la relance du processus de l’intégration maghrébine, à travers l’UMA, devra continuer à mobiliser la volonté et les efforts de l’Algérie. Parallèlement, les négociations sur le projet d’association algéro-européenne devront être poursuivies avec le souci d’aboutir à un accord qui prenne en compte les spécificités objectives de notre pays et qui réalise un équilibre entre les avantages et les obligations qui doivent en découler pour chaque partie ;

- de contribuer, par ses relations de confiance et son influence rétablies, au règlement pacifique des conflits et à la stabilité internationale.

 

LA DEFENSE NATIONALE

Dans la vision et la conduite de ses relations internationales, l’Algérie, fidèle à la Révolution de Novembre, a consolidé son attachement au principe de non-ingérence dans les affaires d’autres pays. Elle s’interdit l’initiative du recours à la guerre pour porter atteinte à la souveraineté d’autres Etats. En harmonie avec notre politique extérieure, notre politique de défense s’inscrit dans le cadre de la recherche de la paix, de la stabilité régionale et de la coopération féconde entre les peuples.

Tout en privilégiant la solution pacifique des crises menaçant la paix, l’Algérie ne peut, cependant, ignorer le caractère évolutif et instable des équilibres internationaux. C’est pourquoi elle doit faire de la modernisation constante et de l’adaptation permanente de son système de défense l’élément essentiel de sa stratégie.

Les troubles et les dangers vécus par notre pays ces dernières années ont commandé que la conception de défense fût élargie et a intégré, par voie de conséquence, la notion de sécurité nationale, couvrant, notamment, la sûreté de l’espace territorial ainsi que la protection de la population et du patrimoine national. Cette situation, dictée par la crise nationale, connaîtra, en temps voulu, les adaptations nécessaires en conformité avec la Constitution de la République.

Assumant la défense militaire du pays, l’Armée Nationale Populaire digne héritière de l’Armée de Libération Nationale, a forgé sa vocation au service de la nation, à travers sa composante humaine, reflet parfait du peuple, instrument lié à la vie et aux efforts du pays dans les batailles du développement national. Elle conforte l’unité et la cohésion nationale. La mission de défense nationale nécessite une modernisation permanente et une pleine valorisation des capacités et des moyens; ceci s’inscrit dans le cadre de l’effort national du développement du pays et de consolidation de l’Etat démocratique et républicain.

Cette mission s’articulera autour :

1- d’une professionnalisation progressive qui tienne compte des besoins du pays intégrant les normes et les méthodes modernes de gestion ainsi qu’une capitalisation optimale des techniques et technologies de défense ;

2- d’une adaptation adéquate du service national en termes de durée et de mobilisation de notre jeunesse dans la perspective d’un redéploiement autour des grands projets et de l’acquisition de qualifications et de formations pouvant favoriser l’insertion dans la société de demain.

Seule une armée professionnelle, nécessairement populaire, animée de manière constante par un idéal de paix et de progrès, toujours au service de la nation, parfaitement intégrée au tissu social et au milieu humain est à même d’honorer sa mission dans la fidélité au devoir vis-à-vis de l’Etat national, conformément à la Constitution de la République.

L’Armée Nationale Populaire constitue le principal levier de souveraineté et doit demeurer le creuset permanent de la cohésion nationale.

 

Telles sont les orientations de la politique de renouveau national que je soumets au débat libre et à l’appréciation souveraine du suffrage universel.

Si le peuple algérien devait manifester majoritairement, dans la clarté et la transparence, son adhésion à cette démarche et sa confiance en ma personne, je m’engage à œuvrer, avec l’aide de Dieu, à la réalisation du grand dessein national, dans la fidélité aux convictions que j’ai puisées dans notre glorieuse Révolution de Novembre, dans le respect de la Constitution et dans le service permanent et exclusif du bien commun.

Abdelaziz BOUTEFLIKA

Février 2004

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