INTRODUCTION
1- Le peuple algérien
vit, depuis plusieurs années déjà, une crise qui le
meurtrit douloureusement, affecte les fondements de sa cohésion sociale
et le menace dans la pérennité de son existence nationale.
Aujourd’hui, la prise de conscience de la vraie nature des périls
qui l’assaillent est à même de lui permettre de se ressourcer,
de renouveler ses énergies et de provoquer le sursaut salvateur qui
lui donnera les moyens, une fois encore, de vaincre les démons de
la division et de faire revivre l’espérance nationale.
2- La dynamique de la guerre
de libération nationale et l’enthousiasme qu’elle a suscité
dans le cœur de tous les Algériens, ont nourri de leur sève
et marqué les grandes réalisations accomplies durant les décennies
60 et 70. C’est ainsi que furent concrétisés ou réalisés
le droit à l’éducation pour tous, l’accès généralisé
aux soins et à la protection de la santé, le droit au travail
et la défense des travailleurs, l’édification d’un vaste réseau
d’infrastructures sociales, la création d’une base industrielle conséquente,
la formation d’un potentiel humain qualifié et nombreux dans quasiment
tous les domaines d’activité.
Certes, l’ensemble de ces réalisations
qui demandaient à être consolidées dans ce qu’elles avaient
de positif, avait entraîné des mutations qui n’avaient pas manqué
de générer des distorsions que le politique devait corriger
et de susciter des aspirations nouvelles auxquelles il devait répondre.
3- Au lieu de cela, c’est l’élan
de développement lui-même qui fut brisé ; l’investissement
productif fut stoppé et la consommation, dans le même temps,
encouragée ; une restructuration industrielle fut menée sans
discernement et les capacités managériales furent dispersées;
la dépendance à l’égard de l’extérieur fut aggravée.
Ces mesures et leurs conséquences
sur le développement économique et la société
ouvraient la voie à la prolifération d’activités parasitaires,
au développement de la corruption, à la pratique à grande
échelle du népotisme et du clientélisme, à la
course effrénée à l’enrichissement facile et à
la consommation ostentatoire. Comme conséquence de ces dérives,
la cohésion sociale s’en est trouvée fissurée, le travail
et l’effort détruits comme valeurs sociales et la confiance du citoyen
dans ses institutions fortement ébranlée.
4- Le pays ainsi fragilisé
n’était pas en mesure d’amortir les conséquences de l’effondrement
du marché pétrolier en 1986. L’exacerbation des frustrations
conduisit alors le pays aux événements d’octobre 1988, cependant
que l’affaiblissement de l’État frayait largement le chemin aux ingérences
extérieures.
Les réponses, faites de
fuite en avant - par des réformes économiques, purement formelles,
démarquées de schémas standard importés sans
grande considération aux réalités propres du pays, ni
véritable prise sur elles, et par des manœuvres d’émiettement
du corps social -, la détérioration continue des conditions
de vie du citoyen, l’abandon par l’État de fonctions essentielles,
le jeu éhonté des ambitions personnelles et les manipulations
du sentiment religieux, allaient alors précipiter la crise dans laquelle
se débat encore le pays. La condamnation de la violence, dans un vaste
mouvement populaire en 1995, a entraîné des améliorations
significatives dans le domaine de la sécurité publique mais
n’a, en revanche, pas encore permis de réunir les conditions du redressement
national.
5- Des pans de plus en
plus larges de la société et des catégories sociales
de plus en plus nombreuses vivent dans la précarité et l’exclusion.
Les jeunes, en particulier, qui constituent l’écrasante majorité
de la population et son avenir, sont frappés dans de fortes proportions
par l’échec scolaire, le chômage, la marginalisation et l’absence
de perspectives d’insertion sociale.
De nouvelles difficultés
se profilent à l’horizon, liées au poids de la dette externe
et interne et à la poussée démographique encore très
forte, à la persistance d’une dépendance critique aux fluctuations
des marchés pétroliers, aux défis nouveaux qu’imposent
la mondialisation de l’économie ainsi que l’avènement des nouvelles
technologies de l’information et de la communication en temps réel.
6- L’heure est à
un nouvel élan du pays dans ses profondeurs et à une large
convergence des efforts en vue de faire échec à la régression,
de surmonter les épreuves et de relever les défis du monde
contemporain.
Le pluripartisme et la démocratie,
dont l’approfondissement et la défense doivent constituer des priorités
essentielles, offrent le cadre et l’esprit du rassemblement qui permettra
de mettre fin à la violence, de rebâtir la confiance et de faire
renaître l’espoir.
L’échéance de l’élection
présidentielle anticipée constitue une opportunité majeure
pour un débat serein et une vaste prise de conscience qui doivent
permettre de tracer clairement les voies du renouveau national.
7- Le présent programme,
proposé dans ce cadre, trace des lignes d’orientation qui embrassent
les grands domaines de la vie nationale :
a) la construction d’un cadre
de la vie institutionnelle et sociale ouvert, transparent et participatif,
qui permette et garantisse l’exercice des libertés publiques et individuelles,
assure l’ouverture politique, la promotion des associations représentatives
de la société civile, la multiplicité et la diversité
des médias, et qui organise une large décentralisation des pouvoirs.
b) la rénovation de
l’administration et la réhabilitation du service public afin d’éliminer
les pratiques du clientélisme, la corruption et les abus d’autorité,
et qui assure une qualité sans cesse croissante de prestations servies
dans le strict respect des principes d’impartialité et d’égalité.
c) Le renforcement du cadre
de fonctionnement de l’économie nationale, afin de le rendre cohérent,
de créer les conditions d’une pleine valorisation de nos ressources
et de mener les actions nécessaires pour assurer la reprise de la
croissance économique et le développement de l’emploi.
d) la réhabilitation
ou le renforcement des moyens de développement des ressources humaines,
seule richesse de la nation à long terme, par, notamment, des actions
multiformes et en profondeur sur le système éducatif, la formation
professionnelle et les conditions du développement technologique.
e) le renforcement et le
développement du cadre et des moyens qui concourent à assurer
l’égalité des chances et l’élimination des discriminations
de tous ordres, notamment vis-à-vis de la femme ; à développer
la solidarité nationale à l’égard des plus faibles,
à favoriser, en conformité avec nos valeurs authentiques, l’épanouissement
personnel, et en particulier celui des jeunes, par la promotion de la culture
et la démocratisation de son accès, le développement
de la pratique sportive et des activités de loisir.
8- La réalisation
de ces grandes perspectives sera fortement hypothéquée tant
que des actes terroristes continueront d’endeuiller le pays et tant que ne
sera pas pleinement restaurée la concorde civile. Aussi, mettre fin
à la violence et œuvrer au dépassement des antagonismes exacerbés
par la crise, sont des préoccupations qui doivent solliciter prioritairement
l’action des pouvoirs publics.
9- La mise en œuvre coordonnée
et largement concertée de l’ensemble de ces actions, permettra de
donner corps aux finalités du gigantesque effort de renouveau national,
- en restaurant un Etat fort
et respecté qui exprime pleinement, dans un cadre républicain,
l’unité de la nation et ses vœux profonds,
- en permettant la réalisation
des potentialités économiques du pays et en créant les
conditions d’un plein épanouissement individuel et collectif dans
une société apaisée qui garantira la justice et la dignité
pour tous,
- en rétablissant
la considération pour notre pays à l’extérieur et la
fierté d’être algérien chez ses citoyens.
I- METTRE FIN A LA VIOLENCE ET
AFFERMIR L’UNITE NATIONALE
Fruit, dans ses causes profondes,
de choix politiques et économiques désastreux, de l’exacerbation
des frustrations et du déchirement du tissu social qu’elles ont entraînés,
du jeu des ambitions personnelles inconsidérées, de la manipulation
des valeurs sacrées du peuple et des fondements de son identité,
de solutions de fuite en avant, la crise que traverse notre pays a donné
lieu à l’explosion d’une violence rarement atteinte et menace gravement
les fondements de l’unité de la nation.
Quelles que soient les causes
du déchaînement de la violence, celle-ci est intolérable.
Le premier devoir de l’Etat est d’assurer la sécurité des personnes
et des biens et, en tout état de cause, il doit le faire résolument,
sans faiblesse comme sans excès.
Cependant, si la violence a principalement,
des causes sociales, elle a pu avoir aussi, à l’origine, des causes
politiques. Aussi, et parallèlement à une poursuite énergique
de la lutte anti terroriste, est-il nécessaire de ne négliger
aucune initiative ou contribution à même de favoriser, -dans
le respect des principes constitutionnels et de la loi-, le rétablissement
de la concorde civile.
Le dialogue en ce qu’il est susceptible
de dépassionner le débat politique en éliminant les
anathèmes et les procès d’intention peut participer à
ce rétablissement et doit être revivifié.
Il devra l’être en postulant
que l’unité de la nation, que les générations précédentes
ont léguée au prix de durs combats et de lourds sacrifices,
est le bien commun suprême qui exige de notre société
qu’elle s’assume dans sa diversité et qu’elle œuvre solidairement
au progrès collectif, dans le respect mutuel des convictions et dans
la préservation des droits de chacun aux libertés qu’énonce
et que doit garantir absolument, par delà les conjonctures politiques,
le pacte social.
Il conviendra d’établir
clairement dans ce cadre que l’Algérie appartient à tous les
Algériens, quelles que soient leurs convictions; que dans le cadre
du régime républicain et démocratique, tout Algérien
a le droit d’exprimer, de défendre ses idées et d’œuvrer à
leur promotion pour autant qu’il n’y ait ni atteinte ni menace pour les droits
d’autrui aux mêmes libertés et à la sécurité,
et ce, conformément aux hautes valeurs de tolérance de notre
religion sacrée comme aux principes fondamentaux de nos lois.
Il conviendra d’établir
également que l’Algérie ne saurait en rien renier de son héritage
spirituel et culturel, comme elle ne saurait compromettre ses chances pour
l’avenir dans un monde où l’évolution des connaissances et
de la technologie condamne les retardataires à la dépendance,
à l’infériorité et à l’humiliation.
Il devra être réaffirmé
que les composantes civilisationnelles de cet héritage -Islamité,
Arabité, Amazighité – qui ont forgé au long des siècles
l’identité nationale, sont le patrimoine commun de tous les Algériens
et qu’elles ne sauraient faire l’objet d’appropriations partisanes ou de surenchères
politiques qui ne pourraient qu’affaiblir la nation et la menacer dans son
unité.
II- CONSOLIDER ET APPROFONDIR
LE PROJET DEMOCRATIQUE
La large consécration
constitutionnelle des principes d’organisation démocratique a marqué
une avancée significative dans la voie de la construction d’un système
institutionnel fondé sur une base égalitaire et caractérisé
par la primauté du droit ainsi que par le libre exercice des libertés
publiques et individuelles.
Ces avancées doivent être
élargies dans les textes, pleinement mises en œuvre dans les faits
et enracinées dans la culture, afin de les rendre irréversibles
et de créer ainsi les conditions de la pleine émergence d’une
société épanouie dans le cadre de ses valeurs propres,
ouverte au mouvement universel des techniques et des idées, et où
chaque individu dispose, en liberté et responsabilité, des
moyens de réaliser son accomplissement individuel et de concourir solidairement
au bien collectif.
Les axes de l’action à
mettre en œuvre dans cette perspective concerneront :
- la consolidation du multipartisme
;
- le renforcement du caractère
démocratique des institutions ;
- la rénovation de l’administration
et à la réhabilitation du service public ;
- le développement des
médias ;
- la promotion de la participation
citoyenne.
SOUTIEN AUX PARTIS
Le pluripartisme qui offre le
cadre du débat pacifique des idées favorisant l’émergence
d’une volonté nationale éclairée et responsable, doit
être concrètement soutenu par l’Etat.
Tenant compte de leur représentativité,
les partis politiques devront bénéficier d’un soutien matériel,
réparti en toute impartialité selon des règles clairement
consacrées, soustraites aux fluctuations politiques, et qui assurent
aux formations politiques les moyens complémentaires de leur fonctionnement
en les protégeant, ainsi, contre toute forme de dépendance
extérieure.
De la même manière
les règles régissant le financement des campagnes électorales
lors des élections présidentielles, législatives et
locales devront être revues et explicitées en vue de garantir,
sous réserve d’un minimum de représentativité, l’égalité
des candidats et de prévenir l’interférence d’intérêts
occultes dans l’expression du suffrage universel.
LES INSTITUTIONS POLITIQUES
Les règles d’organisation
et de fonctionnement des pouvoirs publics ont fait l’objet d’une révision
constitutionnelle en 1996. De nouveaux aménagements pourraient être
introduits en vue de renforcer le caractère démocratique du
système institutionnel et la fluidité de son fonctionnement.
Ces mesures tendraient :
- à renforcer les cadres
de garantie de l’exercice des libertés ;
- à faciliter le déroulement
harmonieux du processus législatif rendu plus complexe par l’instauration
du bicaméralisme ;
- à prévenir des
risques de blocage inconsidéré.
Une réflexion devra être
également engagée sur les modalités d’intervention du
Conseil constitutionnel.
Compte tenu de la nature et de
l’impact des questions en cause, comme de la nécessité d’œuvrer
dans le sens d’une stabilisation du système institutionnel, il conviendra
de prendre à leur égard le temps d’une évaluation objective
-qui sollicitera toutes les compétences- ainsi que celui d’une large
concertation des forces politiques.
LA JUSTICE ET L’ETAT DE DROIT
La Justice constitue la clé
de voûte de l’Etat de droit. C’est elle qui doit permettre de donner
corps au principe fondamental de l’égalité des citoyens; c’est
elle qui doit les protéger contre les abus d’où qu’ils viennent;
c’est elle qui doit garantir l’exercice des libertés publiques et individuelles
et qui doit constituer le cadre du règlement pacifique des litiges
dans le strict respect du droit.
Au regard des faiblesses que
recèle aujourd’hui l’institution judiciaire, des nombreuses interférences
et de dérives qui ont caractérisé son action, sa réhabilitation
et son adaptation aux nouvelles réalités que dessinent le système
institutionnel et les exigences de l’évolution économique et
sociale, s’imposent comme des conditions essentielles de l’action de régénération
de l’Etat et du rétablissement de la confiance.
Les actions à développer
à cette fin sont multiples, et concerneront, notamment :
- La création des conditions
d’une indépendance effective du juge et de sa subordination totale
et exclusive à la Loi.
La protection du magistrat contre
toute pression, d’où qu’elle vienne, est une exigence absolue d’une
société démocratique qui donne réellement son
sens au principe d’égalité et à celui de la primauté
de la loi. Les moyens de droit qu’exige cette indépendance devront
être mis en œuvre, soutenus par une attention scrupuleuse de la part
des plus hautes autorités de l’Etat et confortés par la transparence
que devront pouvoir assurer des médias libres et responsables.
- Les moyens d’assurer un
haut niveau de compétence professionnelle et un sens moral élevé
chez les magistrats.
L’indépendance du juge
ne doit pas signifier son irresponsabilité, ni faire obstacle à
la promotion d’une Justice de qualité. Le rôle, la nature et
les moyens du Conseil supérieur de la magistrature, en particulier,
devront être orientés plus fortement et plus fermement dans
cette direction.
Parallèlement la formation
des magistrats et une plus grande spécialisation devront concourir
à assurer une pleine et constante adaptation du système judiciaire
aux évolutions économiques et techniques que connaît
la société.
- Les moyens d’assurer le
respect des décisions de justice et de la célérité
dans leur exécution.
Le retard dans l’exécution
des décisions de justice ou leur non-application contribuent souvent
à les vider de leur sens et à attenter gravement à la
crédibilité des institutions de l’Etat. Des actions énergiques
devront être développées en vue de corriger cet état
de fait. Il sera hautement intolérable, en particulier, que les privilèges
dont bénéficie l’Etat en tant qu’expression de l’intérêt
général, puissent continuer impunément à être
utilisés par des agents publics pour couvrir des intérêts
particuliers ou masquer des pratiques illicites.
- La facilitation de l’égal
accès à la Justice aux citoyens.
L’action devra tendre à
un développement du nombre des tribunaux de première instance
pour l’adapter aux mouvements de population et au développement des
activités économiques et sociales. Elle devra viser, également,
à l’amélioration des conditions d’accueil et de la qualité
des prestations de service public. Elle devra tendre, aussi, à une
plus grande fluidité dans le traitement des affaires, tant il est
vrai que la lenteur en ce domaine dissuade souvent les citoyens, parmi les
plus faibles, de faire valoir leurs droits.
Dans ce même ordre d’idées,
il faut relever que le nombre considérable des requêtes adressées
aux autorités à tous les niveaux et leur contenu traduisent,
parfois, un manque de confiance dans l’institution judiciaire, mais aussi,
très souvent, une méconnaissance des droits et un manque d’information
sur les moyens de recours. Aussi paraît-il opportun d’engager une réflexion
sur les moyens de développer davantage l’information juridique des
citoyens et leur orientation de manière à favoriser l’ancrage
dans les esprits du principe de primauté de la loi.
- La simplification des procédures,
la clarification et la meilleure garantie, en matière pénale,
des droits des prévenus et de la défense.
Il conviendra d’agir, dans toute
la mesure permise par une bonne administration de la justice, à rendre
plus intelligibles les mécanismes et les procédures judiciaires.
Il conviendra également, au regard de la considération qui
doit être attachée à l’honneur des personnes et à
la liberté, le bien le plus précieux après la vie, de
mettre en œuvre les moyens de droit de nature à mieux sauvegarder
le respect de la présomption d’innocence et à contenir, effectivement,
la détention préventive dans les strictes limites que commandent
la bonne administration de la justice et la préservation des intérêts
de la société ou des tiers.
- La réparation de
l’erreur judiciaire
Le droit à la réparation
de l’erreur judiciaire devra être plus largement consacré dans
le principe et moins restrictivement mis en œuvre dans ses modalités.
- La diffusion des décisions
de jurisprudence
Il conviendra d’œuvrer à
assurer la publication et la diffusion des décisions significatives
des instances d’appel et de dernier ressort, afin de favoriser l’information
des justiciables et des praticiens et de contribuer une plus grande uniformité
dans l’application de la loi.
RENOVER L’ADMINISTRATION ET
REHABILITER LE SERVICE PUBLIC
L’administration publique souffre
de graves faiblesses qui entravent et pervertissent son action, favorisent
les comportements douteux et suscitent chez les citoyens et les usagers un
sentiment de frustration et parfois de rejet.
Ces faiblesses tiennent, fondamentalement,
à des défauts d’organisation et de méthode qui se traduisent
par de lourdes déficiences dans la conception et la programmation
des actions, la multiplication de procédures lourdes et redondantes,
un manque de suivi sur le terrain, l’absence de mécanismes d’évaluation
et de contrôle appropriés qui favorise la prolifération
de pratiques malsaines telles que le clientélisme, le népotisme,
la corruption, les abus d’autorité en tous genres, le gaspillage de
ressources publiques rares.
Comme conséquence de ces
dérives, le sentiment du service de l’Etat et du public est
profondément altéré, favorisant chez de nombreux responsables
et agents publics des
comportements et des mentalités qui aboutissent, dans la gestion de
la chose publique, à développer des logiques et des finalités
propres qui placent les moyens publics au service d’intérêts
particuliers.
La rénovation en profondeur
de l’Administration et la réhabilitation du service public apparaissent
ainsi comme des exigences essentielles qui conditionnent le retour de la
confiance des citoyens ainsi que l’efficacité et la transparence dans
la mise en œuvre des ressources publiques.
Les actions à développer
sont diverses et multiples et auront notamment, pour objet :
- de réviser le statut
des fonctions supérieures en vue de redéfinir, notamment, les
conditions et les modalités d’accès aux fonctions supérieures
de l’Administration, de circonscrire leurs missions par rapport à
celles des cabinets, et de mieux assurer l’impartialité et la stabilité
à ces postes ;
- d’adapter le statut de la fonction
publique en vue, notamment, d’assurer une meilleure prise en compte des performances
individuelles dans la promotion, au moyen de procédures garantissant
l’objectivité ;
- de revoir les organigrammes
des administrations et la nomenclature des postes afin d’attacher une plus
grande considération aux fonctions concourant à assurer :
- une maîtrise technique
de la conception et du suivi des projets ;
- l’organisation du recueil cohérent
et la fiabilisation des données statistiques ;
- le développement des
procédures d’évaluation et de contrôle ;
- la création des conditions
d’une introduction ou d’un développement conséquent et efficace
des outils modernes de gestion ;
- le développement des
capacités de prévision et d’anticipation.
Des actions de recyclage et d’adaptation
des personnels devront être organisées systématiquement,
selon des programmes mûrement réfléchis et concertés
qui devront viser, également :
- à enraciner la " culture
du service public " ;
- à assurer une meilleure
articulation dans les missions et les responsabilités entre les administrations
centrales, d’une part, les structures déconcentrées, d’autre
part ;
- à assurer une plus grande
rigueur dans les mécanismes de la programmation et des allocations
budgétaires par, notamment, une meilleure maturation des projets et
la prise en compte des exigences de l’entretien et du fonctionnement optimal
des investissements à réaliser ;
- à développer
la décentralisation en tenant compte de la densité et de la
complexité sans cesse croissante des rapports et des mécanismes
dans la vie économique et sociale et de l’immense diversité
des situations réelles. L’action tendra, au niveau de la wilaya, à
élargir les prérogatives des assemblées délibérantes.
Au niveau communal il s’agira, principalement, de donner les moyens réels,
notamment humains, d’exercice des responsabilités mises à la
charge des APC.
Cependant, le développement
de la décentralisation suppose l’amélioration et l’adaptation
des moyens de contrôle, en même temps qu’il devra s’accompagner
des moyens propres à éviter le creusement des déséquilibres
géographiques :
- à réexaminer
le code des marchés publics en vue d’assurer une plus grande transparence
dans la gestion des ressources publiques et de mieux garantir les intérêts
des opérateurs économiques intervenant pour le compte de l’Administration
;
- à développer
la formation et l’information civique des citoyens. Il devra être créé,
dans ce cadre, un établissement public chargé de l’organisation
d’une action permanente de sensibilisation civique et du développement,
en concertation avec le ministère en charge de l’éducation
nationale, de programmes d’instruction civique au sein des établissements
d’enseignement ;
- à améliorer les
conditions d’accueil des usagers et le traitement systématique de
leurs requêtes ;
- à développer
les moyens d’une plus grande transparence dans la conduite des affaires publiques
en organisant la diffusion de l’information en direction du public et en
en facilitant l’accès à la presse.
RENFORCER ET ELARGIR LE CHAMP
DE DEVELOPPEMENT DES MEDIAS
La presse, par la multiplicité
et la diversité de ses organes, joue un rôle essentiel dans
une société ouverte et démocratique en offrant un cadre
particulièrement approprié pour l’exercice de la liberté
d’expression et d’opinion, celui du débat et de la confrontation pacifique
des idées, et en assurant l’information des citoyens pour concourir
à l’émergence d’une opinion éclairée et responsable.
Dans la perspective de l’approfondissement
du projet démocratique que se propose la nation, il est du devoir
de l’Etat d’impulser, d’encourager et de soutenir les initiatives allant
dans le sens du développement d’une presse libérée,
hautement consciente des lourdes responsabilités que lui confèrent
ses moyens d’influence sur l’opinion et les risques d’attenter à l’honneur
et à la dignité des personnes.
C’est ainsi que devront être
supprimées toutes les entraves injustifiées à la création,
au fonctionnement et au développement de titres de la presse écrite
; qu’un soutien sera accordé, notamment pour ce qui regarde sa diffusion,
point de jonction du droit individuel d’expression et du droit collectif
à l’information, lequel suppose l’égalité des citoyens
au-delà des contraintes géographiques.
La presse régionale et
locale devra bénéficier d’une attention particulière
en ce qu’elle est de nature à inciter à une implication plus
forte des citoyens dans la gestion quotidienne de la cité et à
prévenir efficacement les comportements malsains ou inappropriés.
Les médias audiovisuels
publics devront être dotés d’un statut qui leur assure une large
autonomie dans le cadre d’un cahier des charges qui devra garantir, notamment,
- une information large et objective
;
- une grande ouverture sur la
culture nationale et universelle dans le respect des valeurs du pays ;
- la promotion de la création
et de la production nationales ;
- la rationalisation dans la
gestion des moyens.
Il devra être institué
un organisme regroupant, notamment, des représentants du monde de
l’information, qui sera chargé,
en particulier, d’élaborer les règles relatives à la
déontologie et à l’éthique professionnelle, et qui pourraitdisposer
des moyens de contribuer à assurer leur respect.
L’ouverture et l’élargissement
du champ des médias audio-visuels devront favoriser son enrichissement
et sa diversité, sans atteinte aux fondements de l’unité de
la nation, ni à ses intérêts, et dans le respect des
valeurs morales de la société.
DEVELOPPER LA PARTICIPATION
Dans le cadre du développement
d’une société participative, l’Etat devra œuvrer à favoriser
davantage l’émergence d’associations représentatives de la
société civile dans tous les domaines de la vie nationale.
Il devra dans le même sens
organiser la concertation avec ces organisations à tous les niveaux
et développer, ainsi, un partenariat responsable, en vue de créer
les conditions de la mobilisation citoyenne, et de favoriser, ainsi, la réalisation
du consensus national.
III- ASSURER LE DEVELOPPEMENT
HUMAIN
Le développement humain
constitue la finalité ultime de l’action solidaire de la société.
Créer les conditions de l’épanouissement et de la préservation
de la personne physique, celles qui concourent à favoriser son développement
intellectuel et moral et à améliorer son cadre de vie, sont
les objectifs finaux qui doivent guider le sens et l’ordonnancement des actions
de la collectivité.
Il est bien évident que
le développement de ces conditions est fortement tributaire des ressources
qui peuvent y être consacrées et que celles-ci sont, à
leur tour, tributaires du développement économique.
Aussi l’arbitrage judicieux dans
l’allocation de ressources rares, dans un contexte où s’additionnent
les exigences de la relance d’une économie fragilisée et des
besoins sociaux sans cesse accrus par une poussée démographique
encore très forte, constitue-t-il l’enjeu essentiel de l’action des
pouvoirs publics, qui devra définir clairement les priorités
et recueillir une large adhésion des acteurs et des partenaires sociaux.
Dans ce cadre, les axes directeurs
de la démarche devront tendre :
- à assurer la couverture
des besoins de base, notamment en matière de santé et d’éducation
;
- à renforcer, adapter
et développer les secteurs qui contribuent à soutenir le progrès
économique et à favoriser l’insertion sociale (enseignement
supérieur, développement technologique, formation professionnelle…)
;
- à assurer une plus grande
efficacité des dépenses publiques ;
- à réaliser l’égalité
des chances et à éliminer toutes les formes de discriminations
injustifiées, notamment à l’égard de la femme ;
- à développer
la solidarité nationale et à créer les conditions d’une
meilleure intégration sociale, des jeunes en particulier ;
- à accorder une priorité
accrue aux actions tendant à l’amélioration du cadre et de
la qualité de vie.
Plus immédiatement, et
dans la conjoncture de crise économique que connaît le pays,
il conviendra de prendre les mesures propres à réaliser une
répartition moins inéquitable des sacrifices. La situation
dramatique que vit un grand nombre de nos concitoyens interpelle fortement
la conscience nationale. Elle exige de l’Etat une préoccupation accrue
à l’égard des besoins devenus vitaux des moins pourvus et une
sensibilité plus grande des mieux nantis à leur devoir à
l’égard de la solidarité nationale et de la cohésion
sociale.
LA SANTE
Le déficit en matière
d’organisation, de gestion et de planification que connaissent les services
publics affecte le secteur de la santé de manière plus sensible
pour la population. Cet état de fait a été aggravé
par la diminution des ressources qui y sont consacrées, du fait des
restrictions budgétaires et de la limitation des moyens du système
de sécurité sociale en relation avec la crise de l’emploi. Ces
circonstances se sont traduites par une réduction de la moitié
de la part des dépenses de santé dans le PIB par rapport au
milieu des années 80. Parallèlement, la détérioration
des conditions de vie ou la paupérisation de larges couches de la
population ont aggravé leur vulnérabilité physique.
En conséquence de ces
situations, l’on assiste à un retour épidémique des
maladies de la misère et de la pauvreté telles que la tuberculose,
au développement des maladies infectieuses nouvelles, hépatites
et Sida, ainsi que des maladies chroniques telles que l’asthme et le diabète,
alors que les moyens et l’organisation de la prévention demeurent très
largement insuffisants. Le développement des soins curatifs, quant
à lui, qui a drainé l’essentiel des ressources, a été
mal planifié, ce qui se traduit par une inégale répartition,
caractérisée par un surdimensionnement des structures et des
moyens par endroits et à une couverture crucialement insuffisante
en d’autres.
Dans un autre ordre d’idées,
la production locale du médicament a connu – par rapport aux potentialités
- de graves retards qui pèsent lourdement sur les comptes extérieurs
de la nation.
Des actions multiples doivent
donc être engagées ou poursuivies, dans le cadre d’une politique
globale, qui associe de manière coordonnée les moyens publics
et privés et responsabilise plus largement les structures opérationnelles.
Les principales orientations
à mettre en œuvre devront tendre :
- à garantir pour toute
la population, sans discrimination d’aucune sorte, l’accès aux soins
de base.
Dans ce cadre il conviendra de
réaffirmer la gratuité absolue pour les personnes démunies,
d’œuvrer à la densification géographique des unités
de soins de base et développer, dans le même sens, les mesures
incitatives en vue d’une répartition plus équilibrée
des ressources humaines.
- à œuvrer à
une large promotion de la prévention.
L’action devra être menée
aux deux niveaux de la prévention, le niveau personnel et le niveau
collectif ; au niveau personnel, des actions d’information et de sensibilisation,
en particulier sur les méfaits du tabac, la nécessité
de la pratique sportive et de l’hygiène physique, devront être
organisées de manière soutenue, de même que devra être
développé davantage le dépistage scolaire; au niveau
collectif, il s’agira d’œuvrer à la prise en compte, dans les programmes
et la gestion des
collectivités, des phénomènes
de pollution ainsi que des risques d’accidents du travail et d’accidents
de la route.
- à organiser le redéploiement
des structures sanitaires en vue d’une meilleure adéquation aux
besoins, tant du point de vue géographique que de celui des services
spécialisés, et œuvrer à assurer une meilleure discipline
dans le respect de la hiérarchie de la pyramide de la santé.
- à promouvoir la santé
mentale et la prise en charge spécialisée des malades mentaux.
L’exigence de la mise en œuvre
de cette orientation est rendue plus aiguë en raison du développement
des pathologies ainsi que des mutations qui aboutissent à accélérer
l’urbanisation et transforment les conditions de vie ainsi que la structure
familiale.
- à assurer une plus
grande intégration du secteur privé, lors de la conception
et dans la mise en œuvre des politiques de santé.
- à promouvoir, en
concertation avec les professions médicales et la sécurité
sociale, des politiques tendant à une plus grande maîtrise médicalisée
des coûts de la santé.
- à développer,
à la mesure des possibilités, les soins de haut niveau.
- à créer les
conditions d’une plus grande régulation dans la formation médicale
et à développer la recherche au sein des hôpitaux.
- à réhabiliter
la formation paramédicale et organiser une orientation vers les
spécialisations plus conforme aux besoins réels.
- à encourager la production
de médicaments dans le cadre d’une vision globale et cohérente.
- à rationaliser l’utilisation
des moyens, et à promouvoir des méthodes et des outils de gestion
modernes au sein des structures sanitaires en vue d’éliminer les
gaspillages et les surcoûts.
De larges réflexions devront
être engagées sur les possibilités d’élargir les
sources du financement de la santé, telles que, la taxation des activités
polluantes, le déplacement d’une partie des cotisations sociales vers
une assiette plus large que l’emploi (chiffre d’affaires par exemple)…
L’action de promotion de l’usage
des contraceptifs, en ce qu’elle peut contribuer à une plus grande
maîtrise des naissances et de la démographie, devra également
être développée.
LE SYSTEME D’ENSEIGNEMENT ET
LA FORMATION PROFESSIONNELLE
En matière d’éducation,
l’Algérie a accompli de gigantesques réalisations depuis l’indépendance.
Les effectifs scolarisés dans les trois cycles, ex-primaire, ex-moyen
et secondaire sont ainsi passés de 815.000 élèves (dont
9.000 seulement pour le secondaire) en 1962 à 7.450.000 dont 880.000
pour le secondaire. Ainsi, et alors que la population triplait dans ce même
intervalle de temps, la proportion de la population scolarisée par
rapport à la population globale du pays est passée de 8% à
plus de 25 %. Dans le même temps l’algérianisation des effectifs
enseignants – féminisés à 45 % - a été
totalement réalisée, cependant que l’arabisation a marqué
des avancées déterminantes.
Toute appréciation sur
le système éducatif doit tenir compte de ces réalités
et commencer par un hommage aux centaines de milliers d’enseignantes et d’enseignants
qui, au long des années, dans des conditions professionnelles et sociales
difficiles et éprouvantes, ont contribué à donner corps
à cette revendication fondamentale de notre Révolution : l’accès
à l’instruction pour tous.
Ce formidable développement
quantitatif avait engendré, à l’origine et eu égard
à l’insuffisance des moyens en personnels, infrastructures et outils
didactiques, certaines faiblesses. Se sont greffées, par la suite,
des orientations qui ne tenaient pas suffisamment compte des possibilités
réelles du système, ni, pleinement, des exigences d’une adaptation
aux besoins socio-économiques. Le décalage croissant, enfin,
de visions idéologiques trop marquées avec l’évolution
de la société et du monde allait se combiner à ces facteurs
pour créer de graves distorsions et des inadéquations, marquées
par rapport aux attentes légitimes et aux besoins réels de
la collectivité.
Les conséquences se traduisent,
notamment, par de forts taux de déperdition et d’échec qui
limitent pour une grande partie de la jeunesse les perspectives d’insertion
sociale; par de mauvaises articulations entre les paliers du système
éducatif et entre ceux-ci et la formation professionnelle, d’une part,
l’enseignement universitaire, d’autre part ; par une préoccupation
trop faible à l’égard du développement des capacités
d’analyse critique et de réflexion ; par la régression, enfin,
de la formation culturelle et civique.
Dans le même temps, subsistent
des poches de non scolarisation ou de déscolarisation, qui affectent
principalement les filles ; des inadéquations et des insuffisances
dans la conception des infrastructures et dans la disponibilité des
équipements, qui limitent les possibilités des pratiques éducatives
et d’apprentissage. La politique du livre scolaire, quant à elle, se
traduit par des rigidités qui contribuent à l’insuffisance
qualitative des contenus et des méthodes pédagogiques et à
sa disponibilité parfois aléatoire. Le recrutement et la formation
des enseignants ont manqué de cohérence et de constance, ce
qui résulte en de fortes disparités qualitatives et géographiques.
La réforme profonde de
l’Ecole apparaît donc comme une nécessité objective et
une réponse à des attentes légitimes de la société,
mais s’est heurtée, jusque-là, à des pesanteurs de tous
ordres en même temps qu’à des controverses quant à l’évaluation
du champ des mesures à déployer et à leurs implications
éventuelles.
Au regard de ce que représente
la réforme de l’Ecole pour le développement intellectuel et
moral de la jeunesse et pour l’avenir de la nation, il importe impérativement
que ces controverses soient dépassées et que la réforme
de l’Ecole puisse être engagée avec discernement et résolution.
L’Etat se doit d’impulser fortement
cette dynamique, de renforcer et d’élargir les cadres existants de
la concertation, d’œuvrer à tous les niveaux pour faire prendre conscience
de la dimension réelle des enjeux et dépassionner un débat
marqué, trop souvent, par des craintes et des préventions injustifiées.
La réforme de l’Ecole
et du système éducatif devra être menée à
partir des principes et des grandes lignes d’orientation suivantes :
- La réaffirmation
du principe de démocratisation.
Dans ce cadre il s’agira d’œuvrer
à éliminer les disparités géographiques qui contribuent,
encore, à limiter l’accès à l’instruction et de lutter,
notamment par tous les moyens d’information et de sensibilisation, contre
le phénomène de déscolarisation. Il s’agira également
de poursuivre et de développer les actions en direction de l’alphabétisation
des adultes. L’Etat devra rechercher, par ailleurs, les moyens de l’élargissement
des ressources pour permettre l’extension de l’enseignement
pré-scolaire, en vue d’une
plus grande égalité et du renforcement du cadre permettant
le développement des potentialités individuelles et la formation
de citoyens éclairés et responsables.
- La consolidation de la vocation
de l’Ecole comme vecteur de l’affirmation de la personnalité algérienne
et de la consolidation de l’unité de la nation.
La promotion de l’arabe en tant
que langue officielle nationale et facteur du recouvrement de la personnalité
algérienne doit être consolidée et renforcée.
Par ailleurs, l’enseignement
de l’histoire, en particulier, devra viser à enraciner le sentiment
de l’identité commune dans toutes ses dimensions -Islamité,
Arabité, Amazighité-. Dans le même sens, les efforts
tendant à favoriser la promotion de l’Amazighité comme culture
nationale seront encouragés.
- La nécessité
d’ouvrir et d’intégrer le pays et sa jeunesse au mouvement universel
de progrès.
L’enseignement de langues étrangères,
permettant de réaliser ces objectifs, est une nécessité
et ne devra être ni conçu ni perçu comme une remise en
cause ou une atteinte à la langue nationale officielle, mais au contraire
comme le moyen de donner à notre pays les moyens de contribuer de
manière cohérente et réellement efficace à l’immense
effort, qui reste largement à conduire, en vue de redonner à
l’arabe une place dans le monde contemporain conforme à ses potentialités,
et de lui permettre de participer de nouveau au progrès des connaissances
et de la civilisation humaine à laquelle son apport déterminant
par le passé est reconnu universellement.
- La nécessité
de favoriser davantage l’insertion professionnelle.
Il conviendra, dans ce cadre,
de réorganiser les filières, les modalités et les procédures
d’orientation ainsi que les profils de formation, afin de réaliser
une meilleure articulation entre les sous-systèmes du secteur de l’éducation
et de la formation et une meilleure adaptation aux besoins socio-économiques.
En particulier, l’enseignement technique devra être développé
comme transition entre le deuxième palier du système éducatif
et la
formation professionnelle.
- La nécessité
de développer les conditions du plein épanouissement individuel
et de l’élévationqualitative du niveau de l’enseignement.
Une profonde rénovation
pédagogique devra être menée dans cette perspective,
qui devra toucher tout à la fois le contenu des programmes, les méthodes,
la conception du matériel didactique. Il s’agira, notamment, de mettre
en œuvre les correctifs qui concourront à développer le sens
critique, la réflexion et l’ouverture d’esprit. Il conviendra également
de promouvoir des méthodes d’apprentissage actives centrées
sur l’apprenant et d’élargir le cadre de la conception des moyens
didactiques en vue de les adapter à ces exigences.
La formation, le perfectionnement
des enseignants et leur adaptation aux nouvelles orientations conditionnent
leur mise en œuvre effective et efficiente, et nécessitent un programme
réfléchi et cohérent qui devra mettre fin aux improvisations
et aux actions de courte portée qui ont souvent prévalu en
ce domaine.
Les programmes devront faire
une plus large place aux exigences d’une forte imprégnation des valeurs
culturelles, spirituelles et civiques, qui doit permettre de protéger
notre jeunesse contre toutes les formes de dérives et de la préparer
à prendre en charge, en toute conscience, les destinées de
la nation.
Le souci d’une plus grande adéquation
aux finalités et celui d’une meilleure fonctionnalité devront
caractériser davantage la conception des infrastructures éducatives
et orienter les programmes de bonification de l’existant.
Dans la mesure des efforts que
pourra consentir la collectivité pour le secteur de l’Education, il
conviendra d’entreprendre ou d’élargir les actions de développement
et de modernisation des équipements et de favoriser, dans ce cadre
et notamment, l’initiation précoce à l’informatique.
S’agissant plus spécifiquement
de la formation professionnelle, il conviendra de l’orienter plus adéquatement
dans ses filières et adapter son contenu aux besoins socio-économiques.
Il s’agira également d’instaurer, à l’égard des formateurs,
une plus grande cohérence dans les critères de recrutement
et d’organiser systématiquement en leur direction des actions de formation
pédagogique. Il s’agira, par ailleurs, de s’attacher à développer
les ressources du secteur, et dans ce cadre, notamment, d’œuvrer à
développer des formules de partenariat avec les opérateurs
économiques et les collectivités.
Au niveau de l’enseignement supérieur,
il s’agira d’œuvrer, notamment :
- à l’amélioration
de la qualité et de pertinence des programmes et des disciplines
en vue d’une meilleure réponse aux besoins de la société
et de son évolution ;
- à l’élargissement
de la décentralisation et de la responsabilisation des structures
universitaires en vue de favoriser une meilleure promotion des actions
nécessaires en matière d’organisation et d’aménagements
infrastructurels et de celles qui concourent à élargir le cadre
de la participation et à prévenir les tensions ;
- au renforcement des moyens
concourant à la collecte, la diffusion et la mise à disponibilité
de la documentation notamment scientifique et technique actualisée
;
- à l’encouragement
de la recherche, de sa synergie avec les activités de postgraduation
et des diverses formules de son intégration à la demande de
l’environnement économique et social ;
- à une plus grande
ouverture sur le monde et au développement de la coopération
et des
échanges internationaux
;
- au développement
de programmes et de cursus de perfectionnement et de recyclage en direction
du monde professionnel, parallèlement au développement de l’université
de la formation continue.
Une action réfléchie
devra être engagée en vue de redéfinir et de réorganiser
les grandes écoles et les instituts supérieurs pour les
faire évoluer, d’une formule de juxtaposition ou de duplication par
rapport aux formations universitaires du premier cycle, vers leur érection
en centres d’excellence d’où émergeront les élites
intellectuelles techniques et administratives de la nation.
L’EGALITE DES CHANCES
Cet objectif, qui découle
naturellement des principes de Novembre, qui a été consacré
clairement par la Constitution et qui imprègne fortement nos traditions,
doit orienter plus nettement les actions de l’Etat ainsi que l’effort de
la collectivité.
REDUIRE LES DESEQUILIBRES
GEOGRAPHIQUES
Il s’agira ainsi de lutter contre
les disparités géographiques qui contribuent à créer
des déséquilibres croissants dans l’accès aux services
publics, à la promotion sociale et à pleine citoyenneté.
La correction de ces situations
renvoie, principalement, à une politique d’aménagement du territoire,
dont les axes sont tracés dans un chapitre suivant, qui devra concourir
à la revitalisation des espaces intérieurs tout en favorisant
une meilleure maîtrise de la croissance urbaine.
LA PROMOTION DE LA FEMME
Il s’agira, également,
d’œuvrer à l’élimination des discriminations de tous ordres
qui entravent ou étouffent l’expression des potentialités individuelles
et concourent à sa marginalisation. Dans ce cadre, en particulier,
la promotion de la femme, que contrarient des réticences dans les esprits
et dans les pratiques quotidiennes, s’impose tout naturellement. Ce souci
est, par ailleurs, dicté par l’exigence de la cohérence avec
les multiples évolutions qu’a connues notre société
et qui voient les jeunes filles accéder, de plus en plus nombreuses
et à parité avec les jeunes gens, à toutes les qualifications
professionnelles du monde contemporain. Cette démarche s’intégrera
pleinement aux valeurs islamiques profondes de notre peuple, comprises dans
leur vrai sens, éminemment humain, émancipateur et juste. L’authenticité
et la modernité ne sauraient s’exclure ; aussi, et dans le cadre de
cette harmonie nécessaire, la loi doit préciser les principes
constitutionnels et évoluer en fonction des besoins créés
par les mutations du monde et de la société, sans attenter
à l’esprit du Coran.
LA SOLIDARITE NATIONALE ET
L’INTEGRATION SOCIALE
L’ELARGISSEMENT DU CADRE ET DES
MOYENS DE LA SOLIDARITE NATIONALE
L’effort et le cadre d’expression
de la solidarité nationale devront être renforcés dans
cette conjoncture où nombre de nos concitoyens sont plongés
dans la détresse et le désarroi. Il s’agira d’abord, et bien
évidemment, d’œuvrer à alléger les souffrances et les
difficultés individuelles dans toute la mesure des moyens qui pourront
y être consacrés par une politique qui fera une part plus large
à l’exigence d’équité ; mais il s’agira aussi de s’efforcer,
dans la démarche, de redonner l’espoir et la dignité en multipliant
les mécanismes de l’intégration sociale et en affirmant clairement,
dans les préoccupations, la volonté de la collectivité
de les élargir sans cesse à la mesure du développement
commun et d’une plus grande justice sociale.
Les ressources de la solidarité
nationale devront être accrues par une application mieux ciblée
de l’effort. Une réflexion devra être engagée quant aux
moyens d’accroître les recettes du système de la sécurité
sociale comme celles de la fiscalité, sans affecter les revenus déjà
amoindris des ménages et sans créer d’incidence négative
sur l’emploi.
L’effort de solidarité
devra particulièrement être renforcé en direction des
structures d’accueil des orphelins et des enfants abandonnés, ainsi
que des handicapés et autres personnes en détresse. S’agissant
des handicapés, des mesures incitatives en vue de leur emploi devront
être mises en œuvre en direction du secteur économique. Des
mesures impératives, relatives à l’aménagement des conditions
d’emploi et à l’emploi effectif des handicapés, devront être
étudiées et mises en place dans la fonction publique. Les valeurs
familiales de notre société qui offrent le cadre de base pour,
notamment, la prise en charge des handicapés et des personnes âgées
devront être préservées et renforcées en ce qu’elles
expriment la tradition de solidarité et de générosité
de notre peuple et consacrent la famille comme cellule de base de la société.
Les mécanismes des prestations
assurées dans le cadre des conséquences sociales de la restructuration
du secteur industriel devront être réaménagés
dans le sens d’une plus grande pertinence et d’une meilleure efficacité.
La redynamisation des programmes de BTP, prévue dans le cadre de la
relance économique à mettre en œuvre, ainsi que, progressivement,
la mise en place des conditions de l’essor de l’investissement industriel,
devraient atténuer les tensions sur l’emploi et libérer des
ressources, accrues par ailleurs, qui permettront d’assurer un meilleur traitement
du chômage. Le cadre de fonctionnement de l’économie devra quant
à lui, comporter des dispositifs propres à mieux favoriser
l’emploi dans l’orientation des investissements et dans la gestion des entreprises
L’INTEGRATION SOCIALE
L’intégration sociale
de la jeunesse, qui possède une incidence essentielle sur le dépassement
de la crise et la stabilité sociale, sera favorisée par la
mise en œuvre des orientations évoquées par ailleurs à
propos, notamment, de l’école, de la formation professionnelle, de
l’aménagement du territoire, de la relance économique, de la
rénovation de l’Etat, de l’amélioration du cadre de vie…
De manière plus immédiate,
les actions en direction de l’emploi devront être poursuivies, élargies
et adaptées en fonction d’une évaluation précise des
retombées du dispositif en place.
Plus généralement,
la participation de la jeunesse à la vie citoyenne devra être
promue. Dans ce cadre, il s’agira, notamment, de favoriser, de soutenir matériellement
et de canaliser le regroupement associatif des jeunes, afin de mobiliser
le formidable potentiel de vitalité et de générosité
que porte notre jeunesse et d’œuvrer à le mettre efficacement au service
du bien commun.
La solidarité doit aussi
s’exprimer vis-à-vis des générations futures de l’Algérie
pérenne. Les programmes d’exploitation des ressources naturelles devront
tenir compte impérativement de cette exigence, comme devra être
fixé, comme condition du développement économique et
humain, la préservation de l’environnement physique.
LA COMMUNAUTE EMIGREE
La communauté émigrée
constitue une partie intégrante de la collectivité nationale.
L’Etat se doit d’assurer avec vigilance, dans le cadre des conventions internationales
et de ses relations diplomatiques, la protection des droits de ses ressortissants
et de leur dignité. Il devra prendre les mesures propres à améliorer,
au niveau de ses représentations consulaires, les moyens de la mise
en œuvre des droits et des obligations inhérents à la citoyenneté,
dans le respect strict de la dignité des personnes, et par une plus
grande attention aux contraintes qu’imposent la forte dispersion géographique
et les particularités des situations individuelles. Il devra veiller
à améliorer les conditions des échanges de toute nature
avec la communauté expatriée, et à renforcer l’intégration
de celle-ci à la vie de la nation et aux évolutions de sa société.
Des cadres particuliers devront être aménagés qui, prenant
pleinement en compte les soucis et les intérêts légitimes,
devront permettre à nos compatriotes émigrés de mettre
leurs ressources techniques, financières et d’initiative, au service
de la construction du pays et de favoriser ainsi l’expression de leur devoir
vis-à-vis de la nation.
LA BONIFICATION DU CADRE ET
DE LA QUALITE DE VIE.
LE LOGEMENT
L’amélioration du cadre
de vie renvoie, en premier lieu, à l’insuffisance du logement qui
se traduit par tant de frustrations et de souffrances, de difficultés
dans l’accomplissement individuel et dans l’harmonie familiale, l’exposition
aux
maladies de l’hygiène
et de la promiscuité, la vulnérabilité aux maux sociaux
et aux tentations du désespoir.
Les tensions, exacerbées
au fil des ans par la forte poussée démographique, n’ont pu
être atténuées en raison, dans une large mesure, de la
faible efficacité des dépenses engagées, d’une politique
du logement social conçue et mise en œuvre de manière souvent
abusive, des faiblesses enfin de l’environnement administratif et économique.
Ces facteurs restrictifs ont été accentués par la récession
qui a limité gravement les ressources publiques.
La redynamisation des programmes
de logement sera l’un des axes de la politique de relance économique
à mettre en œuvre à court terme. Elle devra s’accompagner,
impérativement, des actions de nature à assurer la plus grande
coordination des actions, une maîtrise accrue dans la conception des
projets et leur conduite, une plus grande discipline dans la programmation
budgétaire et la gestion des projets afin d’éviter des dispersions
et la pénalisation des entreprises réalisatrices, qui se traduisent
en surcoûts et en gaspillages considérables. Le règlement
des litiges fonciers devra faire l’objet d’une plus grande célérité
et appelle, en tout état de cause, la dotation en moyens nécessaires
au profit des services en charge de la mise à jour et de la gestion
du cadastre.
La promotion immobilière
en ce qu’elle peut stimuler et canaliser l’épargne des ménages
devra être davantage encouragée et mieux encadrée réglementairement.
Un cadre propice au développement du secteur locatif privé devra
être mis en place. La politique du logement social devra être
conçue pour s’appliquer plus précisément et dans des
conditions plus transparentes aux catégories à faibles revenus
ou démunis, dans le cadre, notamment, de la résorption de l’habitat
précaire.
L’ensemble de ces actions sera
tributaire du déploiement approprié des moyens humains en vue
de leur conception et de leur suivi, mais restera lettre morte sans une implication
sur le terrain, résolue et ferme, de la part des autorités,
aux divers niveaux, chargées de l’orientation et du contrôle.
Aussi importe-t-il essentiellement que les responsabilités soient
nettement circonscrites et qu’elles soient mises en œuvre, dans leurs conséquences,
sans faiblesse.
L’AMENAGEMENT URBAIN,
LE SPORT ET LES LOISIRS
La même détermination
devra s’appliquer à l’aménagement urbain, caractérisé
par une anarchie et des situations –constructions non autorisées ou
autorisées en violation des règlements, pour l’exemple- qui
galvaudent ouvertement l’autorité de l’Etat et discréditent
le service public.
L’aménagement urbain devra
faire l’objet d’une attention plus grande et d’efforts accrus, soutenus par
l’Etat. Il devra être mené dans une large concertation avec
la population et les compétences locales concernées et contribuer
fortement à l’atténuation des tensions sociales ainsi qu’à
la promotion des activités de culture et de loisir. L’aménagement
urbain devra impérativement réserver des espaces de détente
familiale et de convivialité, en même temps qu’il devra tendre
à permettre la réhabilitation ou la création de salles
de spectacles, à favoriser et à développer les activités
et les échanges culturels et artistiques. Le cadre du développement
du sport de masse par la multiplication et l’aménagement des espaces
adéquats et par la dynamisation du sport scolaire devra être
renforcé.
Sur un plan plus général,
l’Etat devra prendre les moyens de favoriser une meilleure organisation du
sport de compétition et de relancer le sport d’élite, qui constitue
un élément important du prestige national.
LE TRANSPORT
Le transport public interurbain
devra corriger de graves insuffisances liées à l’environnement
administratif ou à sa gestion, et que n’expliquent ni ne justifient
l’insuffisance de moyens au regard de la demande. En même temps devra
être élaborée une vision claire de la coordination intermodale
afin d’orienter plus adéquatement les investissements lourds et la
politique tarifaire.
Le transport urbain qui concerne
une proportion de plus en plus large de la population, est un facteur conséquent
de la qualité de vie et doit constituer à ce titre une préoccupation
majeure des instances communales comme des autorités centrales. La
priorité au transport collectif que commandent, tant les exigences
de la fluidité du trafic que celles de la lutte contre les nuisances
et la pollution ou de la réduction du coût pour la collectivité,
devra être plus nettement consacrée à travers notamment,
des politiques cohérentes en matière de plans de circulation
et de tarification.
LA CULTURE
Facteur essentiel pour l’épanouissement
de la personne, cadre de la convivialité sociale, vecteur de l’affirmation
et de la valorisation de la personnalité nationale, moyen du rayonnement
international, enfin, la culture, dans notre pays, n’a pas fait l’objet de
la promotion que comportent ces dimensions et a même connu un recul
du point de vue de la création intellectuelle et artistique.
Des attitudes régressives
ou frileuses, un déclassement total dans les préoccupations
comme dans l’affectation des crédits budgétaires, un cadre
d’organisation et de soutien public inadéquat et insuffisant, sont
à l’origine de cet état de fait. La réhabilitation de
la culture et la profonde rénovation du cadre et des conditions qui
concourent à favoriser sa diffusion ainsi que la création intellectuelle
et artistique, s’imposent donc et devront être accompagnées,
à tous les niveaux de l’action publique, d’une sensibilité
plus grande à leurs enjeux et d’une attention accrue dans les arbitrages
budgétaires.
Les actions devront tendre à
la préservation et à la valorisation du patrimoine culturel
plusieurs fois millénaire, dans tous ses aspects. Elles devront créer
les conditions d’une diffusion élargie de la culture, par notamment,
un soutien du livre au moyen de mesures fiscales mieux appropriées
; elles devront viser à la création de bibliothèques
au niveau des communes, à favoriser la relance du théâtre
et la réhabilitation des salles de cinéma, à assurer,
dans la concertation, une meilleure protection des droits d’auteur dans la
réglementation applicable aux supports de la diffusion de la création
artistique et intellectuelle, à aménager la fiscalité
dans un sens plus favorable à la création, à promouvoir
et à faciliter les échanges internationaux.
Les subventions publiques devront
être orientées davantage vers la création véritable
et la qualité, et être réparties dans des conditions
de plus grande objectivité et de transparence. La télévision
publique, pour sa part, constitue un moyen puissant de la diffusion et du
rayonnement de la culture nationale en même temps qu’un instrument
d’encouragement à la création. Son organisation, son cahier
des charges et ses moyens devront mieux et davantage tenir compte de ces potentialités.
Les moyens de la protection de
l’artisanat traditionnel et de la transmission de son savoir-faire devront
être pris pour assurer la survivance et la valorisation d’une des formes
d’expression authentiques du génie national.
A l’abri de controverses politiques
que la Constitution doit permettre de dépasser, les efforts des chercheurs
et des spécialistes pour faire revivre pleinement le patrimoine culturel
amazigh seront encouragés, en vue de mieux affirmer la personnalité
et l’unité nationales, d’accroître le rayonnement culturel de
notre pays et sa contribution au patrimoine de l’humanité.
IV- ASSURER LE DEVELOPPEMENT
ECONOMIQUE
L’Algérie est plongée
depuis plus de dix années dans une crise économique aiguë
et persistante qui s’est traduite par une récession dans presque tous
les secteurs de la production et par une détérioration accentuée
des indicateurs du développement humain, recouvrant, parfois, des réalités
dramatiques.
La fragilisation de l’économie
dans les années 80, avait provoqué l’aggravation de la dépendance
extérieure alors que l’effondrement des marchés pétroliers
dans la seconde moitié de la décennie et les réponses
de fuite en avant qui y avaient fait suite, conduisaient à une situation
de profonds déséquilibres dans les comptes extérieurs
et dans les finances publiques.
Jusqu’en 1994 les actions, seulement
superficielles, et les improvisations ne faisaient qu’aggraver la situation,
conduisant à un état de cessation de paiements extérieurs,
lequel allait contraindre à un rééchelonnement de la
dette et à la mise en œuvre concomitante d’un programme d’ajustement
structurel.
Les mesures de ce programme ont
abouti à juguler l’inflation, à réduire les déficits
publics et à reconstituer à un niveau élevé les
réserves de change. Mais cette stabilisation a été fortement
régressive, s’accompagnant d’un recul continu, notamment de la production
industrielle et dans le secteur du BTP, de la détérioration
du pouvoir d’achat des ménages, de la suppression massive d’emplois,
de la contraction de l’action de solidarité nationale, de la paupérisation
de larges catégories –allant parfois jusqu’aux couches moyennes- de
la population.
En outre, les acquis en matière
de stabilisation sont fortement menacés par la dépression persistante
des marchés pétroliers dont continuent de dépendre quasi
exclusivement nos ressources extérieures.
Par ailleurs, si des réformes
importantes ont été engagées dans la voie de la promotion
d’une économie ouverte, soumise largement aux mécanismes du
marché, ni les conditions structurelles et organisationnelles d’une
meilleure valorisation des ressources nationales, conséquentes à
bien des égards, ni celles de la pleine libération des énergies
et des initiatives, ni celle d’une adaptation progressive et cohérente
aux exigences de la mondialisation, ne sont encore véritablement réunies
pour amorcer une croissance économique durable qui permettrait de
relancer l’emploi et de répondre aux besoins du développement
humain, sans cesse accrus qualitativement et quantitativement.
C’est dans le sens de la création
de ces conditions de la pleine expression de nos ressources et de nos potentialités,
qui garantira une croissance diversifiée et auto-entretenue, que devra
être orientée l’action économique, en même temps
que devront être mis en place les moyens d’assurer, dans la phase de
transition, l’élargissement et une plus grande efficacité de
l’effort de solidarité nationale.
Les actions et les priorités
devront être ordonnées à partir de trois lignes d’orientation
principales :
- le renforcement du cadre structurel
et ode l’économie ;
- la restructuration et la relance
du secteur économique public ;
- l’encouragement de l’investissement
privé et de la PME.
Parallèlement, la promotion
de l’agriculture qui représente de grands enjeux pour la sécurité
alimentaire du pays et pour les
équilibres de son commerce extérieur, ainsi que le développement
ordonné et qualitatif des infrastructures – transport et télécommunications
notamment - qui concourent aux conditions de compétitivité économique
et au maillage industriel du territoire, devront constituer des préoccupations
majeures de l’action de développement.
RENFORCEMENT DU CADRE GENERAL
DE FONCTIONNEMENT DE L’ECONOMIE NATIONALE
- Il importera tout d’abord,
à ce titre, de clarifier et de rendre plus cohérents les objectifs
en matière de réformes structurelles et organisationnelles
et de les conduire avec détermination, en se dotant des moyens d’une
plus grande maîtrise dans leur mise en œuvre, et en réhabilitant
la notion de priorité.
- Un autre objectif, qui devra
concourir à la préservation des équilibres réalisés
en matière de stabilisation, sera de réunir les conditions
d’une maîtrise et d’une plus grande efficacité des dépenses
publiques. Il conviendra dans ce sens de développer les actions en
vue d’éliminer les surcoûts dus à une insuffisante maturation
des projets et leur manque de coordination, à la faiblesse des procédures
d’évaluation ainsi qu’à une attention insuffisante à
la maintenance et l’entretien des investissements publics. Il conviendra
également, dans le même souci, de réaliser les conditions
d’une plus grande transparence dans l’adjudication et la gestion des marchés
publics et d’instituer la rigueur propre à éviter les gaspillages
de tous ordres et à réduire le train de vie de l’Etat ; cette
dernière exigence étant dictée tant par l’éthique,
eu égard aux difficultés sociales, que par les fortes tensions
sur les finances publiques.
- Parallèlement, il conviendra
d’apporter des modifications au système fiscal en vue d’élargir
la base fiscale vers des gisements encore inexploités, de mieux canaliser
l’épargne vers les emplois réellement productifs, d’orienter,
progressivement, la pression fiscale davantage sur l’impôt direct par
rapport aux taxes sur la consommation, dans le souci d’une plus grande justice
sociale. Il s’agira, également, de renforcer l’organisation et l’efficience
des services fiscaux et de mener énergiquement les actions nécessaires
à l’élimination des faiblesses et des comportements à
la source de l’évasion fiscale.
- La transformation du système
bancaire s’impose comme autre priorité pour faire de ce secteur un
instrument efficace de collecte de l’épargne et d’allocation des ressources
sur des bases objectives, transparentes et qui devront être conformées
aux finalités et au sens du développement économique
attendu.
- Il conviendra, parallèlement,
de lutter contre les rigidités bureaucratiques qui entravent l’essor
de l’investissement, en agissant, au niveau de l’administration, dans le
sens du renforcement de la compétence, de la moralité et de
l’adaptation, par recyclages, aux nouveaux modes de fonctionnement, ainsi
qu’en développant les moyens d’un contrôle efficace. Il s’agira,
également, d’œuvrer au démantèlement des monopoles de
fait, qui contribuent à fausser le jeu de la concurrence et à
dissuader l’investissement tant national qu’étranger.
- Le développement des
instruments de la collecte et de la diffusion d’une information économique
et statistique fiable, ainsi que celui d’un cadre
organisé pour des prévisions
hautement élaborées, sont des actions de nature à permettre
aux opérateurs, à tous les échelons, de mieux s’orienter
et ainsi de contribuer à une plus grande cohérence dans l’action
économique et sociale de la nation. C’est dans une telle perspective
que, notamment, le statut, les missions et les moyens de l’Office national
des statistiques devront être redéfinis, en même temps
que sera impulsée ou encouragée la création de banques
de données spécialisées.
- Il conviendra, enfin, de créer,
dans la mise en œuvre des ressources humaines les conditions de l’émergence
des compétences et d’assurer le cadre propice à leur pleine
expression. A ce titre, les pratiques ayant conduit à la marginalisation
et à l’exode d’un nombre particulièrement élevé
de cadres confirmés, formés grâce aux fonds publics,
devront pouvoir être proscrites, en même temps qu’il s’agira d’œuvrer
à mettre en œuvre les moyens qui permettraient d’utiliser ces ressources,
atouts et acquis chèrement conquis, au service du progrès collectif
de la nation.
LA RESTRUCTURATION ET LA RELANCE
DU SECTEUR PUBLIC ECONOMIQUE
La relance de l’économie,
si elle pourra, et devra, être progressivement soutenue, relayée
et élargie par l’investissement privé, est liée, dans
l’immédiat, à la restructuration et la relance du secteur public
économique.
Le secteur public économique
constitue un appareil conséquent, pourvu d’une capacité technique
et industrielle appréciable et d’un fort potentiel de croissance.
Par ailleurs, les caractéristiques du marché algérien,
au-delà des conjonctures, la situation géographique du pays
et les liens tissés par le secteur public industriel peuvent permettre
à celui-ci de trouver auprès de partenaires étrangers
des relais importants sur le marché international pour réaliser
son potentiel d’adaptation technologique et de commerce extérieur.
Le secteur public économique
connaît cependant des difficultés à exprimer ses possibilités,
du fait, tant de profonds dysfonctionnements internes que des insuffisances
du cadre de son environnement national :
- La mise en œuvre de plans de
redressement n’a pas pleinement permis, encore, le recentrage des entreprises
publiques sur leur métier de base. La multiplicité des fonctions
secondaires et des services de soutien continue, souvent, de générer
des gaspillages, de disperser la fonction managériale et, partant,
de susciter des pertes d’efficacité ;
- les entreprises publiques souffrent
de déséquilibres financiers ou de fortes tensions en ce domaine.
L’assainissement financier a consisté essentiellement en un " saupoudrage
" qui n’identifiait pas les secteurs et les entreprises structurellement
viables et dotées d’un potentiel de croissance. Aussi, les fonds considérables
consacrés à l’assainissement n’ont permis, en définitive
ni de sauver les entreprises non-viables sous leur forme actuelle, ni de
réhabiliter pleinement celles qui peuvent contribuer significativement
à la croissance et soutenir une relance économique. Cet état
de fait est aggravé par l’importance des créances détenues
sur l’Etat. Il résulte de ces facteurs, et pour les entreprises à
privilégier, des surcoûts liés aux frais financiers,
ainsi que des difficultés à financer les actions de maintenance
du capital de production et leurs approvisionnements, d’où des pertes
de compétitivité et des reculs des niveaux de production ;
- les hésitations et l’absence
de vision totalement cohérente quant au champ, la nature et les modalités
de la restructuration, et en particulier de la privatisation, ont conduit
à des attitudes d’expectative, nuisibles à la bonne conduite
des actions de réhabilitation nécessaires ;
- La nouvelle forme d’organisation
des entreprises publiques n’a pas toujours permis, au niveau des organes
d’orientation et de contrôle, comme de gestion, la promotion des compétences
et de profils adéquats. Par ailleurs, les nouvelles modalités
des relations avec la puissance publique, à travers les fonds de participation
puis les holdings, n’ont pas totalement libéré les entreprises
des contraintes tatillonnes de la tutelle administrative.
Aussi conviendra-t-il de poursuivre,
la restructuration du secteur public en clarifiant les options, en en précisant
les modalités et en accélérant leur mise en œuvre.
Ainsi, le désengagement
total de l’Etat devra-t-il être concrétisé à l’égard
des entreprises non porteuses de croissance et celles – hors des secteurs
stratégiques, qu’il conviendra de mieux définir, en fonction,
notamment, des exigences d’une
politique industrielle qui favorise
l’intégration
économique, la mobilisation
des ressources et la diffusion progrès technologique- dont la survie
sous la forme actuelle continuerait de se traduire par une ponction sur les
ressources publiques. En tout état de cause, la privatisation ne devra
pas être envisagée comme une fin en soi, ni comme un dogme,
mais comme une des modalités de la restructuration du secteur public
qui doit permettre d’accroître les ressources financières injectées
dans le circuit économique - en favorisant l’investissement privé
et l’investissement direct étranger-, d’améliorer les performances,
de préserver l’emploi durable et d’assurer une meilleure adaptation
aux exigences nouvelles de l’économie de marché, dans la sauvegarde
des intérêts du pays et de la collectivité.
Il conviendra d’œuvrer à
assurer, dans la cohérence, le dépassement des insuffisances
et des contraintes évoquées précédemment, qui
constituent, pour les entreprises du secteur public dotées de dynamisme
et d’effets structurants sur l’économie, des obstacles dans la voie
de leur réhabilitation technique et financière et dans celle
de la pleine libération de leurs capacités de gestion compétitive.
Parmi les secteurs porteurs de
croissance, le secteur des hydrocarbures et de la pétrochimie recèle
de gigantesques potentialités - tant pour son expansion propre que
dans sa dimension d’intégrateur industriel- dont il importe de poursuivre
et de renforcer la réalisation. Le cadre juridique et les orientations
qui ont permis de développer considérablement, dans un passé
récent, les réserves, devront être préservés
et adaptés, le cas échéant, afin de permettre la poursuite
des actions dans une direction que justifient pleinement des indices hautement
prometteurs et le degré encore faible d’exploration, et qui seront
de nature à renforcer le poids et la capacité de négociation
internationale du pays.
Les efforts pour une meilleure
valorisation des hydrocarbures et l’accroissement des exportations gazières
devraient pouvoir permettre de compenser à court terme, éventuellement,
la persistance de la dépression des cours, et d’accroître significativement
les recettes extérieures, en tous cas à moyenne échéance,
et plus rapidement en cas de stabilisation des marchés. En tout état
de cause, les ressources du secteur des hydrocarbures devront être
mises plus nettement au service de la diversification de la base productive
et du commerce extérieur du pays, afin d’atténuer, progressivement,
sa dépendance à l’égard des fluctuations des marchés
internationaux.
La relance du secteur industriel
public devra être soutenue à court terme par le redémarrage
des programmes publics dans le domaine du BTP,
notamment de la construction
de logements, ainsi que par une reprise de la demande des ménages
en biens de consommation durables. Pour éviter que ces mesures ne
pèsent lourdement sur les déficits publics et ne remettent
en cause les résultats de la stabilisation, elles devront s’appuyer
fortement sur les recettes budgétaires additionnelles procurées
par les hydrocarbures, l’impact de la plus grande efficacité des dépenses
publiques et celui d’un meilleur rendement fiscal. L’orientation de la demande
des ménages en biens de consommation durables vers la production nationale
pourra être favorisée par la mise en place de mécanismes
appropriés de l’élargissement du crédit à la
consommation.
L’ENCOURAGEMENT DE L’INVESTISSEMENT
PRIVE ET DE LA PETITE ET MOYENNE ENTREPRISE (PME)
L’investissement privé
peut et doit concourir de manière déterminante, à terme,
au développement national. En particulier, la PME est de nature à
permettre la densification du tissu industriel, l’élargissement significatif
de l’emploi, la mise en valeur de ressources faiblement sollicitées
jusque-là telles que le tourisme, la pêche etc.., ainsi que
la diversification des exportations.
Des conditions favorables à
cet essor existent déjà :
- la libéralisation du
cadre de fonctionnement de l’économie ;
- un marché important
en dépit de la récession de ces dernières années,
et fortement porteur pour l’avenir ;
- une législation du travail
allégée des rigidités qui la caractérisaient
;
- la disponibilité importante
de cadres techniques et de capacités managériales accrue par
les
incidences de la restructuration
du secteur public.
En revanche plusieurs facteurs
continuent de freiner l’investissement privé :
- des lourdeurs bureaucratiques
et des comportements immoraux de certains agents publics ;
- un secteur bancaire totalement
inadapté aux nouvelles exigences, peu dynamique et performant ;
- une insuffisance du travail
qualifié dans de nombreuses filières en raison de l’inadaptation
du système de formation professionnelle ;
- l’existence dissuasive de monopoles
de fait.
Les mesures propres à
corriger ces faiblesses et ces dérives ont été évoquées
dans les développements relatifs au cadre structurel et organisationnel
de l’économie, à la rénovation de l’administration publique
et à la formation professionnelle.
De manière plus spécifique,
des mesures, notamment fiscales, devront être initiées, à
partir
d’évaluations précises,
en vue de favoriser le
redéploiement et l’orientation
de l’investissement privé des activités d’importation vers
celles de la
production. Parallèlement,
des mesures particulières et des garanties devront être mises
en œuvre en direction de l’émigration qui constitue une source potentielle
importante pour le financement et le développement du secteur privé.
LA PROMOTION DE L’AGRICULTURE
L’agriculture, fortement limitée
dans ses possibilités actuelles par la faiblesse de la superficie
utile et des ressources hydrauliques, souffre, de surcroît, de nombreuses
insuffisances, tant au point de vue de son environnement que de celui des
conditions de l’exploitation.
Aussi, la dépendance alimentaire
du pays à l’égard des importations est-elle particulièrement
élevée et grève-t-elle très lourdement les ressources
extérieures de la nation.
La promotion de l’agriculture
est donc impérative et dictée, tant par le souci de la sécurité
alimentaire que par celui de libérer des ressources rares en faveur
du développement industriel et social.
Des actions multiples sont nécessaires
qui devront, pour beaucoup d’entre elles, être diversifiées
et adaptées dans leur application à partir d’évaluations
de proximité.
Aussi, la première exigence
est-elle celle d’une transformation dans les modes de l’action d’encadrement
réglementaire qui devra être largement décentralisée
et fondée davantage sur les études in situ.
La clarification du statut foncier
est une autre exigence qui doit permettre de développer les investissements
et d’assurer une meilleure préservation des sols. Il conviendra cependant,
et en tout état de cause, de prendre les moyens d’éviter, de
manière plus vigilante et plus ferme que par le passé, le détournement,
à des fins spéculatives, de la vocation du patrimoine foncier
agricole.
Parallèlement des actions
de mise en valeur de nouveaux périmètres devront être
menées, notamment dans les hauts plateaux et dans les zones sahariennes
lorsque la viabilité durable est avérée.
Le développement de la
recherche et de la vulgarisation, en matière de préconisation
de semences, d’itinéraires techniques, d’utilisation d’engrais et
de bonification des sols devront être fortement impulsés.
Les cultures stratégiques,
céréales notamment, devront être soutenues, en même
temps que seront encouragées ou soutenues les productions (telles
que primeurs et dattes), qui de par les facteurs climatiques et géographiques
disposent d’avantages comparatifs qui peuvent leur permettre d’accéder
largement aux marchés extérieurs.
Dans le cadre de la promotion
de l’agriculture et de l’aide à son développement, l’Etat prendra
à son compte la dette des agriculteurs qui serait de l’ordre de vingt
(20) milliards de dinars. Cette mesure, dont l’impact représenterait
trois pour cent (3% ) des sommes qui ont été consacrées
à l’assainissement financier des entreprises publiques, témoignerait
concrètement de l’importance qu’attache la collectivité nationale
à la dynamisation de ce secteur vital.
La protection des forêts
et du couvert végétal en ce qu’elle contribue essentiellement
à la préservation et la régénération des
sols ainsi qu’à l’équilibre écologique, doit faire l’objet
d’une attention accrue. Il s’agira pour l’Etat de développer la recherche
en ce domaine et de renforcer les moyens de l’encadrement de la mise en œuvre
des actions nécessaires. Par ailleurs, le développement, adéquatement
conçu, de la sylviculture, qui peut permettre la valorisation d’espaces
sous-utilisés, doit être impulsé et encouragé.
L’AMENAGEMENT DU TERRITOIRE
ET LES INFRASTRUCTURES
Les disparités croissantes
dans l’occupation humaine du territoire et dans le degré d’équipement
en infrastructures et services publics, accentuent les déséquilibres
géographiques des conditions de vie et développent une migration
sans cesse accrue vers les zones du littoral et les grands centres urbains
des hauts plateaux. Il en résulte une pression accrue sur les ressources
rares, la dévitalisation des espaces ruraux, une anarchie urbaine
qui multiplie les centres d’exclusion et de marginalisation, accroît
les frustrations et le malaise social.
Le développement d’une
stratégie de réponse à ces phénomènes
devra être concerté et coordonné dans la conception,
et fortement décentralisé dans l’application. La démarche
devra viser à la reconquête des espaces intérieurs, qui
devrait favoriser la mise en œuvre efficiente de politiques tendant à
la maîtrise et l’organisation de la croissance des grandes villes ainsi
que la maintenance territoriale des zones littorales du pays. Il s’agira
ainsi, notamment,
- de revitaliser les espaces
ruraux des arrières-pays à travers, notamment, l’équipement
social, la pluri-activité et la promotion de centres ruraux ;
- de réaliser effectivement
l’amorce de " l’option hauts plateaux " à partir d’une dynamique d’aménagement
et de développement régional basée sur les chantiers
de grands travaux, propices à l’insertion de jeunes ;
- de promouvoir la structuration
et la meilleure occupation des espaces sahariens à partir de la réhabilitation
des systèmes oasiens dans la sauvegarde des équilibres des
écosystèmes sensibles ;
- à engager dans le sud
du pays une dynamique d’occupation des zones frontalières qui permettra
d’enclencher un processus de co-développement avec les pays voisins
;
- de développer, en considération
de l’importance de l’exposition maritime du pays, une politique qui tendra
à permettre la valorisation, notamment des richesses touristiques
naturelles et celles de la pêche ainsi que la préservation du
littoral. Cette action devra trouver son prolongement dans la définition
et la mise en œuvre d’une politique d’exploitation rationnelle des ressources
halieutiques et dans le développement
des moyens d’une meilleure protection des espaces maritimes de souveraineté
et d’exclusivité contre toutes les atteintes, écologiques ou
économiques.
En matière d’infrastructures,
l’accent devra être mis sur la nécessité d’assurer un
entretien régulier des réalisations dont le défaut se
répercute lourdement en besoins de réhabilitation et de réfection.
La nécessité de prendre en compte les dépenses d’entretien
dans les prévisions et les programmes sectoriels et régionaux
devra ainsi être fortement affirmée et effectivement concrétisée
dans les allocations de ressources. Les moyens devront être pris, fermement,
en vue d’assurer une meilleure évaluation technique des projets, l’élaboration
et la mise en œuvre de critères permettant de fixer les choix et les
priorités, une coordination sectorielle étroite et davantage
de rigueur dans les conditions et le suivi de la réalisation.
S’agissant plus particulièrement
de l’hydraulique, la rareté des ressources en eau, qui contraint fortement
le développement, devra commander une attention encore plus forte
à l’égard de cette exigence de rigueur. Dans ce cadre, l’entretien
des barrages en vue d’accroître leur rendement, le recyclage des eaux
usées, la réhabilitation et l’entretien des réseaux
de distribution, caractérisés par des taux particulièrement
élevés de perdition, une réglementation et un contrôle
plus strict à l’égard des forages et des utilisations des nappes
souterraines, doivent constituer des points d’application privilégiés
de l’effort de l’action publique, et sont de nature à alléger
sensiblement les tensions. Le recours ponctuel aux techniques de dessalement
d’eau de mer sera encouragé lorsque la nature, la destination et le
coût d’opportunité des projets le rend viable.
Le secteur des télécommunications
devra être redéfini dans son organisation et ses modes de gestion,
afin d’impulser plus fortement les actions de développement que commandent
les exigences de la création de conditions favorables au développement
technologique et à la compétitivité internationale.
d’une part, et, une couverture et une qualité de prestations nettement
insuffisante par rapport au développement économique et social
d’autre part.
Dans tous les domaines du champ
des infrastructures, le partenariat international en ce qu’il peut favoriser
la diffusion des techniques et de la
gestion performante et élargir
les ressources de financement des investissements devra être encouragé
dans le respect des intérêts stratégiques de la nation.
LES SERVICES
Le secteur des services peut
et doit contribuer, de manière déterminante, à la valorisation
des ressources par le soutien aux activités productives, à
la diffusion du progrès technique, à l’amélioration
des conditions et du cadre de vie. Il constitue, aussi, potentiellement,
une source importante pour la création d’emplois et un cadre d’expression
privilégié pour les ressources d’initiative.
L’Etat se doit de favoriser le
développement du secteur des services et dans cette perspective, d’œuvrer
à alléger le cadre administratif et à
éliminer les comportements
qui contribuent à limiter l’expansion des activités et le libre
jeu de la concurrence. Il se doit, plus particulièrement, d’encourager
les actions qui contribuent à développer l’emploi et celles
qui concourent à réduire les déséquilibres régionaux
ou la dépendance extérieure du pays.
L’allégement du dispositif
réglementaire en matière de création et de développement
des activités de service devra toutefois être concilié
avec les mesures propres à contenir l’évasion fiscale et le
" travail au noir ".
S’agissant du commerce de gros,
l’assainissement à entreprendre devra viser à réhabiliter
des fonctions, souvent occultées, telles que la régulation
du marché, le renforcement et l’élargissement du cadre concurrentiel
de l’économie, la protection du consommateur, le soutien à
la distribution, l’orientation qualitative de la production nationale…
V- RETROUVER LA JUSTE PLACE
DANS LE MONDE
LES RELATIONS INTERNATIONALES
La décennie écoulée
a été caractérisée par de vastes bouleversements
qui ont modifié profondément les équilibres et les rapports
internationaux.
Le phénomène de
mondialisation qui en a résulté dans une large mesure, se conjuguant
aux développements des technologies de l’information et des communications,
a créé une tendance à la généralisation
des modèles économiques et culturels des pays dominants, qui
viennent se superposer à des réalités propres et à
des priorités différentes dans les pays en développement.
Dans les nouvelles conditions
de l’équilibre international, l’infléchissement de cette tendance
dans le sens d’une plus grande considération aux situations réelles,
aux besoins véritables et à la sauvegarde des personnalités
nationales nécessite, plus que par le passé, une action soutenue
et concertée.
C’est dans ce contexte que l’image
et l’audience de l’Algérie se sont trouvées fortement dévalorisées
par la crise que traverse le pays, et qui l’a placée, souvent, dans
des positions défensives face à des pressions relevant de l’ingérence.
Dans le même temps les conditions réservées à
nos nationaux par des pays tiers ont été marqués, parfois,
par des discriminations attentatoires à leur dignité, qui ont
consacré, au plan international comme vis à vis des algériens,
l’affaiblissement de l’Etat national.
Il ressort, dès lors,
que la restauration de l’Algérie à la place que lui assignent,
dans le monde, son poids spécifique, sa situation géographique,
l’exemple qu’elle a constitué par sa lutte de libération, son
action, enfin, durant des décennies enfaveur de la promotion des causes
justes, est lié d’abord au redressement national. L’affirmation haute
et claire lors de la prochaine élection présidentielle de l’unité
profonde de la nation autour de ses principes intangibles et de son Etat
légitime et démocratique, devra être la première
étape du processus de rétablissement d’une diplomatie active
et influente qui permettra à notre pays :
- de faire valoir pleinement
ses atouts dans la compétition et la négociation internationale,
en particulier avec l’Organisation mondiale du commerce (O.M.C) lorsque les
conditions seront favorablement réunies ;
- d’agir avec efficience au sein
des organisations internationales en faveur de l’équité dans
les rapports internationaux et de l’orientation de l’action de la communauté
internationale vers les objectifs de paix et de co-prospérité
;
- de concourir à la promotion
de la solidarité maghrébine, arabe et africaine, ainsi qu’à
celle de la coopération méditerranéenne. Dans ce contexte,
la relance du processus de l’intégration maghrébine, à
travers l’UMA, devra continuer à mobiliser la volonté et les
efforts de l’Algérie. Parallèlement, les négociations
sur le projet d’association algéro-européenne devront être
poursuivies avec le souci d’aboutir à un accord qui prenne en compte
les spécificités objectives de notre pays et qui réalise
un équilibre entre les avantages et les obligations qui doivent en
découler pour chaque partie ;
- de contribuer, par ses relations
de confiance et son influence rétablies, au règlement pacifique
des conflits et à la stabilité internationale.
LA DEFENSE NATIONALE
Dans la vision et la conduite
de ses relations internationales, l’Algérie, fidèle à
la Révolution de Novembre, a consolidé son attachement au principe
de non-ingérence dans les affaires d’autres pays. Elle s’interdit
l’initiative du recours à la guerre pour porter atteinte à
la souveraineté d’autres Etats. En harmonie avec notre politique extérieure,
notre politique de défense s’inscrit dans le cadre de la recherche
de la paix, de la stabilité régionale et de la coopération
féconde entre les peuples.
Tout en privilégiant la
solution pacifique des crises menaçant la paix, l’Algérie ne
peut, cependant, ignorer le caractère évolutif et instable
des équilibres internationaux. C’est pourquoi elle doit faire de la
modernisation constante et de l’adaptation permanente de son système
de défense l’élément essentiel de sa stratégie.
Les troubles et les dangers vécus
par notre pays ces dernières années ont commandé que
la conception de défense fût élargie et a intégré,
par voie de conséquence, la notion de sécurité nationale,
couvrant, notamment, la sûreté de l’espace territorial ainsi
que la protection de la population et du patrimoine national. Cette situation,
dictée par la crise nationale, connaîtra, en temps voulu, les
adaptations nécessaires en conformité avec la Constitution
de la République.
Assumant la défense militaire
du pays, l’Armée Nationale Populaire digne héritière
de l’Armée de Libération Nationale, a forgé sa vocation
au service de la nation, à travers sa composante humaine, reflet parfait
du peuple, instrument lié à la vie et aux efforts du pays dans
les batailles du développement national. Elle conforte l’unité
et la cohésion nationale. La mission de défense nationale nécessite
une modernisation permanente et une pleine valorisation des capacités
et des moyens; ceci s’inscrit dans le cadre de l’effort national du développement
du pays et de consolidation de l’Etat démocratique et républicain.
Cette mission s’articulera autour
:
1- d’une professionnalisation
progressive qui tienne compte des besoins du pays intégrant les normes
et les méthodes modernes de gestion ainsi qu’une capitalisation optimale
des techniques et technologies de défense ;
2- d’une adaptation adéquate
du service national en termes de durée et de mobilisation de notre
jeunesse dans la perspective d’un redéploiement autour des grands
projets et de l’acquisition de qualifications et de formations pouvant favoriser
l’insertion dans la société de demain.
Seule une armée professionnelle,
nécessairement populaire, animée de manière constante
par un idéal de paix et de progrès, toujours au service de
la nation, parfaitement intégrée au tissu social et au milieu
humain est à même d’honorer sa mission dans la fidélité
au devoir vis-à-vis de l’Etat national, conformément à
la Constitution de la République.
L’Armée Nationale Populaire
constitue le principal levier de souveraineté et doit demeurer le
creuset permanent de la cohésion nationale.
Telles sont les orientations
de la politique de renouveau national que je soumets au débat libre
et à l’appréciation souveraine du suffrage universel.
Si le peuple algérien
devait manifester majoritairement, dans la clarté et la transparence,
son adhésion à cette démarche et sa confiance en ma
personne, je m’engage à œuvrer, avec l’aide de Dieu, à la réalisation
du grand dessein national, dans la fidélité aux convictions
que j’ai puisées dans notre glorieuse Révolution de Novembre,
dans le respect de la Constitution et dans le service permanent et exclusif
du bien commun.
Abdelaziz BOUTEFLIKA
Février 2004