Questions à James TOBIN
le MONDE du 17/11/98(extrait)
- On a objecté que la taxe ne pouvait marcher que si tous les pays l’acceptaient, qu’elle ne saurait être qu’universelle, ce qui paraît difficile à réaliser.
- C’est vraiment une critique facile. C’est le type de critique qu’on formule en imaginant qu’elle suffit à démolir une idée. Evidemment, j’y ai pensé. II faut vraiment me prendre pour un demeuré ou un idiot pour croire que je n’ai pas travaillé à cet aspect des choses. D’abord, je pense qu’il suffirait qu’une vingtaine de pays commencent, se mettent d’accord, pour que la taxe puisse prendre corps. Ensuite, je pense qu’accepter la taxe pourrait être une des conditions préalables au statut de membre du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Enfin, avant de dire à priori “ ça ne peut pas marcher”, j’aimerais qu’on discute des mérites propres de mon projet I
- C’est-à-dire...
- Ce qu’il faut préserver pour un pays, c’est la possibilité d’avoir un minimum de politique monétaire nationale indépendante. Voilà ce qui m’intéresse. Et c’est très difficile s’il y a une totale liberté de circulation de par le monde des sommes de l’ampleur de celles dont nous parlons. Voilà ce que je disais dès 1971. Il faut que des pays émergents comme l’Indonésie, la Corée du Sud, la République Tchèque aient la possibilité d’avoir un peu de maîtrise sur leurs taux d’intérêt à court terme, ceux que pratique leur banque centrale. S’ils doivent s’aligner sur ce qui se fait à New York, Frankfort ou Tokyo, alors ils n’ont plus la moindre marge d’indépendance en ce qui concerne leur politique monétaire. Je ne pense pas qu’ils soient prêts pour cela, prêts à abandonner l’arme de la politique monétaire. Peut-être que vous, en Europe, y êtes disposés, mais ce n’est même pas certain. Faute de maintenir un minimum de politique monétaire indépendante dans un système comme le nôtre, vous transformez des pays - les économies émergentes - en succursales bancaires des économies dominantes.