LES CURCURBITACEES DEMASQUEES par Véronique Chape


(...) Ses soeurs lui demandèrent :

- Cendrillon, serais-tu heureuse d'aller au bal ?
- Hélas, mesdemoiselles, vous vous moquez de moi. Comment pourrais-je y aller ?
- Tu as raison ! On rirait bien si on te voyait au bal avec tes guenilles !

Quand les vilaines soeurs furent prêtes, elles se rendirent au bal. Cendrillon les suivit des yeux aussi longtemps que possible. Lorsqu'elle ne les vit plus, elle se mit à sangloter :

- Je voudrais... je voudrais...
- Tu voudrais aller au bal ? murmura une voix tout près d'elle.
Etonnée, Cendrillon leva la tête. Devant la cheminée, se tenait une vieille femme qui s'appuyait sur un bâton.

- Qui êtes-vous ? demanda Cendrillon.
-
Ta marraine, la fée. Et ce bâton est ma baguette magique. Maintenant, arrête de pleurer, va dans le jardin et apporte-moi un potiron.

Cendrillon courut aussitôt cueillir le plus beau potiron du jardin et le porta à sa marraine, en se demandant bien comment cela lui permettrait d'aller au bal. Sa marraine creusa le fruit, ne lui laissa que l'écorce, puis elle le frappa de sa baguette magique : le potiron se transforma aussitôt en un beau carrosse doré.

Ensuite, la fée regarda dans une souricière où elle trouva six souris. Elle dit à Cendrillon de lever un peu la trappe de la souricière. Au fur et à mesure que les souris sortaient, la fée leur donnait un coup de baguette magique et elles étaient aussitôt transformées en chevaux ; ce qui fit un bel attelage de six chevaux, de couleur gris pommelé. Comme la fée se demandait avec quoi elle ferait un cocher, Cendrillon lui dit:

- Je vais voir s'il n'y a pas quelque rat dans la ratière ; nous en ferons un cocher !
- Tu as raison, dit sa marraine, va voir.

Dans la ratière, il y avait trois gros rats. La fée choisit celui qui avait la plus belle moustache et le toucha de sa baguette magique. Il fut changé en un gros cocher, qui avait une des plus belles barbes qu'on ait jamais vues. Puis elle dit à Cendrillon :

- Va dans le jardin, tu y trouveras six lézards derrière l'arrosoir, apporte-les moi.

Les lézards furent changés en six laquais en habits chamarrés, qui montèrent derrière le carrosse comme s'ils avaient fait cela toute leur vie.

La fée dit alors à Cendrillon :

- Eh bien, voilà de quoi aller au bal, n'est-ce pas ? Es-tu heureuse ?
- Oui, dit Cendrillon, mais je ne peux pas y aller comme cela, en
guenilles.

Sa marraine ne fit que la toucher avec sa baguette, et les guenilles devinrent une belle robe brodée d'or et d'argent. La fée lui donna ensuite une paire de jolies pantoufles de vair. Cendrillon était prête pour le bal ! Mais avant de la laisser partir, sa marraine lui fit une dernière recommandation :

- Surtout, rentre avant minuit ! Au douzième coup de minuit, ton carrosse redeviendra potiron, tes chevaux, souris, tes laquais, lézards, et ta robe, un vieux tablier !

Cendrillon promit à sa marraine de lui obéir, la remercia, monta en carrosse et partit, toute joyeuse. (...)