La donation Chassériau en 1934
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Armoiries de la famille Chassériau - branche du baron Frédéric Chassériau, frère de Benoit Chassériau (père du peintre)




Notice sur le baron Arthur Nedjma Chassériau (Alger 1850 - Paris 1934)

                               ___________________



Ce fut à Alger, en 1850, que son fils Arthur vint au monde.

On l'envoya faire ses classes élémentaires à Paris.

Il retourna à Alger pour achever ses études. Il s'engagea en 1871 et prit part, en bon petit fils de général, à la campagne de Kabylie.

Rendu à la vie civile, il fut tenté de se faire aussi architecte, mais il se rendit vite compte que seule l'admiration qu'il avait pour son père avait pu lui faire croire à une vocation qui n'était nullement la sienne. Il décida de s'occuper d'affaires financières et vint vivre à Paris.

A la Compagnie Algérienne, à la Compagnie Inter-océane de Panama, enfin, dans une charge d'agent de change, partout le baron Arthur CHASSERIAU fut unanimement aimé et estimé.

Cette respectueuse affection et cette profonde estime, mesdames et Messieurs, vous savez qu'il la retrouvait lors du monde des affaires, dans ce monde des musées et des associations artistiques où il aimait à vivre, et où sa sagesse, sa bonhomie, son absence complète de vanité ou d'envie, étaient hautement appréciée.

Il savait tenir discrètement une grande place, qui reste vide, et que lui valaient sa douce et sereine autorité.

Nous l'avons gardé longtemps parmi nous, puisque sa vie fut longue. Les dernières années de cette vie furent assombries par la disparition d'une compagne chèrement aimée et par l'affaiblissement progressif de sa vue. Il supporta ces épreuves du c½ur et du corps avec cette pudeur à la fois si noble et si gentille, et qui ressemblait - mon Dieu - , n'ayons pas peur des mots, à de la sainteté.

Ceux qui l'ont beaucoup connu et beaucoup aimé savent de quels délicats, tendres et ingénieux raffinements cette bonté était faite. Nous pourrions en relater ici plusieurs traits. Mais ceux qui reçurent ces beaux présents du c½ur, sont jaloux de les garder pour eux seuls, et ils savent aussi que leur ami disparu n'eut pas beaucoup aimé qu'on en parlât publiquement.

C'est dans l'appartement de la rue de la Néva, où il demeurait et où nous ne retournerons plus que par la mémoire, que nous voudrions aller prendre congé de lui. Les ½uvres de CHASSERIAU y tapissaient les murs, des corniches aux lustres, de sorte que le lieu ressemblait à ces chapelles dédiées à un Saint particulièrement vénéré, aux interventions particulièrement efficaces. Ces tableaux s'y pressaient comme des ex-votos.

Les pièces de cet appartement étaient plutôt petites, de sorte qu'on pouvait penser à une masse, à une sorte de piège où les rêves d'un des plus grands poètes de la peinture étaient capturés. On était moins tenté de regarder ces figures une à une, que de se laisser envahir, avec une passivité enchantée, par le "charme secret" (pour reprendre une expression de Théophile Gautier) qui s'exhalait d'elles toutes, comme la mélodie s'exhale des instruments, comme le parfum s'exhale d'un bouquet. Et il faut dire aussi que ces peintures si satisfaisantes; si séduisantes, pour les yeux et pour l'imagination, s'embellissaient, pour le c½ur, du fait qu'elles avaient été rassemblées là par l'amour.

Chacune représentait une découverte, une poursuite, une conquête, et nous croyons savoir que, dans le catalogue de l'½uvre de CHASSERIAU, auquel, près du baron lui-même, a travaillé pendant de longs mois Madame Jean Brunschwig, l'histoire de ces découvertes, de ces poursuites, de ces conquêtes ne sera pas oubliée…

Pendant près d'un demi-siècle, le baron Arthur CHASSERIAU pourchassa, pour ainsi dire, à travers le monde, les ½uvres menacées de destruction, de son cousin.

Parfois, un brusque hasard le mettait tout d'un coup en présence d'un morceau capital et, d'une heure à l'autre, dans une fièvre heureuse, il accroissait ainsi son trésor. Parfois, il fallait patiemment, prudemment, démêler des pistes embrouillées; donner beaucoup de temps, beaucoup de soins à une quête, qui, au bout du compte se révélait vaine. Parfois encore, le succès dépendait de la ruse; parfois, il dépendait de la séduction. Il fallait écarter de rivaux; se soumettre aux exigences pécuniaires d'un propriétaire qui, n'ignorant pas la passion du baron, émettait des prétentions absurdes.

Mais parfois aussi, en retrouvant une peinture où un dessin de THEODORE, son cousin retrouvait l'inspiratrice elle-même de cette peinture ou de ce dessin.

Pendant sa courte existence terrestre, THEODORE CHASSERIAU aima beaucoup et fut beaucoup aimé. Les grandes créatures romanesquement sensualistes que son génie assemblait sur ses toiles, étaient à la fois des chimères, et des réalités transposées et ennoblies.

Hélas, les années passent et avec elles la jeunesse, la beauté. Retrouver ces survivantes était fatalement pour le cousin du peintre une chance amère, profondément mélancolique.

Le baron Arthur CHASSERIAU nous a raconté comment il fut convoqué une fois dans une pauvre demeure de la banlieue. Il s'y rendit et fut accueilli par une lamentable ruine humaine, par l'une de ces épaves dont la vue serre le c½ur. C'était pourtant là le modèle de Suzanne au bain.

Quant au tableau lui-même, il appartenait à une autre vieille dame, à l'opulente Madame Pilloy, plus connue dans son nom de théâtre et d'amour Alice OZY. Cette belle et peu amène créature dont les aventures furent assez fameuses pour lui valoir de ses contemporains le surnom d'Aspasie moderne, exerça sur CHASSERIAU un irrésistible attrait physique; c'est elle qui posa pour la merveilleuse Baigneuse endormie conservée au musée Calvet à Avignon.

Alice 0ZY était l'une de ces cigales qui savent, le moment venu, se faire fourmi. Le baron CHASSERIAU n'était pas installé depuis bien longtemps à Paris, lorsqu'il s'arrangea pour être reçu par Madame Pilloy.

Elle demeurait boulevard Haussmann, dans un somptueux appartement de l'immeuble où est actuellement le chapelier Berteil au coin de la place Saint Augustin. On n'entrait pas facilement chez elle. Les portes étaient munies de serrures compliquées, et doublées de fer à l'intérieur. Madame Pilloy se méfiait de ses servantes, et ses servantes se méfiaient des visiteurs.

Dans le salon, était exposée une toile trop haute pour avoir pu trouver place sur la muraille avec son cadre. C'était la Suzanne au bain, peinte dix ans avant que CHASSERIAU et ALICE ne se rencontrent. La peinture était restée dans l'atelier du peintre jusqu'à sa mort, puis elle avait fait partie d'une collection américaine, d'une collection russe avant de revenir à Paris, où Alice OZY l'avait achetée. Elle est maintenant donnée par Madame Pilloy au Louvre.

Ces souvenirs qu'Alice OZY évoqua devant cette toile près du jeune homme qui portait le nom de celui qu'elle avait aimé, l'émurent profondément. Elle devait l'être davantage lorsque, un peu plus tard, elle se rendit chez le baron Arthur CHASSERIAU.

La vieille dame en effet, s'y trouva brusquement en présence d'une copie faite par CHASSERIAU d'après Greco, et à propos de laquelle, sur un caprice absurde d'Alice, les deux amants s'étaient brouillés. La vieille et malheureuse femme, en apercevant cette peinture, éclata en sanglots et tomba à genoux devant la toile. Elle n'osa pas demander tout de suite qu'on lui confiât jusqu'à sa mort cette relique toujours brûlante, c'est cependant ce que fit bientôt le baron CHASSERIAU. Ce portrait fut mis en place d'honneur dans le salon du Boulevard Haussmann. Alice disait parfois en le regardant, " il a mis trente cinq ans pour me revenir, j'espère que THEODORE m'a pardonné"…

D'autres fidélités du coeur devaient demeurer secrètes, ou, sinon secrètes, du moins voilées, et seulement à moitié exprimées. Le baron Arthur CHASSERIAU en conservait de touchants témoignages.

Je vous demande la permission, - bien que le temps passe - , de vous lire ces fragments de lettre : La lette signée Comtesse Gobineau. La comtesse de Gobineau était née Julie Mounerot. Elle est morte en 1910; ce fut le dernier témoin de la vie de CHASSERIAU; elle avait été son premier amour. Elle ne l'oublia jamais.

A cet amour blanc, demeuré dans les limbes, s'oppose le dernier amour de CHASSERIAU, un amour commandé par de rares affinités spirituelles, et dont il est permis de parler depuis que ces témoignages formels figurent dans le livre de Léonce Bénédite. Cette liaison associa, aux dernières années de CHASSERIAU, la femme d'élite qui devait longtemps après, épouser le plus illustre élève du maître.

Le baron CHASSERIAU possédait des lettres écrites par la princesse Marie Cantacuzène en 1856 et adressées à Théodore CHASSERIAU. Il en possédait d'autres qu'il avait reçues lui-même cinquante ans plus tard, de celle qui était maintenant la veuve de Puvis de Chavannes. Il voulut bien, une fois, nous les montrer.

En un demi siècle, l'écriture d'une même main change plus ou moins. L'écriture des vieilles lettres d'une jeune femme n'était plus beaucoup celle des lettres récentes d'une femme âgée. Pourtant, dans ces lettres-ci, comme dans ces lettres là, le nom THEODORE était exactement écrit de la même façon.

Sur cette similitude, et sur ce qu'elle avouait de constance secrète, presque inconsciente, nous n'insisterons pas davantage que le baron CHASSERIAU n'y insista…

De même que Julie Mounerot est Marie l'Egyptienne, la princesse Cantacuzène, est la Vierge marie dans l'Adoration des Bergers.

Il nous resterait à parler des fresques de la Cour des Comptes et de tout ce que le baron CHASSERIAU fit pour les arracher à un complet anéantissement. Mais les Amis du Louvre connaissent les péripéties de cette histoirelamentable, presque honteuse. Du temps où Raymond Koechlin était notre président, nous nous sommes associés au baron Arthur CHASSERIAU pour sauver ce qui pouvait être sauvé.

C'est à leur propos que nous vous demandons la permission, en terminant, de formuler un souhait. A l'heure actuelle, ces fresques sont placées au Louvre dans des endroits fort éloignés l'un de l'autre.

Peut-être, M.Verne et P. Jamot, voudront-ils envisager de les réunir, ici de là, en les isolant de manière à ce qu'elles reprennent leur caractère de décoration. Si la chose était possible, on les imagine très mas dans quelque escalier. Pourquoi pas l'escalier par lequel on accéderait à la salle où seront conservés sinon montrées, les 80 toiles et les 2000 dessins de THEODORE que le baron Arthur CHASSERIAU, par ses dons d'abord, puis par ses legs, a confié à l'Etat ?

 

Jean-Louis VAUDOYER, 17 juin 1935.

 

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 NOTICE  SUR LE BARON ARTHUR CHASSERIAU ET L’ART DE THEODORE

PAR Mme  BRUNSWICK A RADIO TOUR EIFFEL (1935)

 

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Il y a six mois, mourait à Paris, un grand amateur d'art qui était en même temps un homme d'une haute intelligence et d'un désintéressement qui n'avait d'égal que sa générosité. Je veux parler du baron Arthur CHASSERIAU. De son vivant déjà, il avait enrichi de ses dons le Louvre, le Musée Carnavalet, le Petit Palais, la Malmaison, les Musées d'Alger, de La Rochelle etc…

 

Par testament, il vient de léguer au Louvre près de 100 tableaux et plus de 200 dessins du peintre Théodore CHASSERIAU.

Cadeau splendide, non seulement par les chefs d'½uvre qu'il enferme, mais parce que cette longue suite de dessins permet d'étudier toute la carrière de l'artiste de l'époque de son adolescence à celle de sa mort.

En même temps, ces études et ces croquis nous montrent de quelle façon, le peintre a d'abord conçu certains de ses tableaux et comment il les a petit à petit transformés pour arriver à la composition définitive. La totalité de ces dessins restera au Louvre. Il y a des croquis pris en Italie en 1840 et 1841 : des paysannes d'Amalfi, ou de Sorrente, des bouviers conduisant leurs buffles dans la campagne romaine, des vues de Capri, etc…

En Algérie, en 1846, le peintre couvrit de dessins et de notes de multiples albums: voilà les chefs arabes graves et fiers, les cavaliers et leurs chevaux  à l'allure dansante, les belles Juives d'Alger. Il y a aussi des paysages, des sujets religieux, des scènes antiques, des danses, des  femmes et surtout entre 1841 et 1844 ou vers 1852, des visages et des corps de femmes qui feront à juste titre l'admiration de tous.

 

Quant aux tableaux, ils s'échelonnent aux aussi de la première à la dernière oeuvre du peintre, de sa treizième à sa trente sixième année.

Ici quelques uns d'entre vous éprouveront peut-être  une certaine inquiétude. Toutes ces oeuvres sont-elle dignes du Louvre?

Pour nous montrer les plus belles compositions de l'artiste, faudra-t-il accrocher près d'elles des toiles de moindre valeur ? Le cas s'est souvent produit car en général, aucun donateur ne permet que soit morcelée sa collection. Ici, rien de pareil et pourtant toutes les oeuvres de Théodore CHASSERIAU, même les plus esquissées, même les plus faibles, méritent l'attention du public.

 

Si le baron CHASSERIAU a fait ce don au Louvre, ce n'est pas comme il arrive si souvent, pour éviter la dispersion de pièces réunies cependant avec tant d'amour et de soins; c'est pour faire mieux connaître du public et rendre la place qui lui est due à l'un des plus grands peintres du XIXème siècle. C'est à la gloire du peintre que le baron Arthur CHASSERIAU avait consacré sa vie avec une intelligence, une énergie et un talent que ni l'âge, ni la maladie n'avait pu entamer. C'est pour achever son oeuvre que le baron a offert sa collection au Louvre, autorisant notre grand musée national à choisir les ½uvres les plus belles et les plus caractéristiques et à partager les autres entre différents muséesde province.

 

Le musée d'Alger et le Musée de Strasbourg sont particulièrement favorisés  et feront leur choix immédiatement après le Louvre. Nous ignorons encore où seront envoyés les derniers tableaux d la collection. Ce que nous pouvons dire, c'est que Paris gardera le chef d'oeuvre et, en tête de ceux ci l'adorable petit tableau qui représente Esther se parant pour être présentée au roi Assuerus. Au centre de la composition, la jeune femme est assise le torse nu et, de ses bras levés elle arrange sa chevelure blonde; un Nègre offre à la future reine un coffret de pierreries, dans le fond, un paysage.

Tout est beau, tout est précieux dans cette oeuvre, mais ce qui nous attire surtout, ce qui nous retient, c'est le buste nu et le beau visage de l'Esther. Rien ne peut ne peut mieux les décrire que ces paroles de Monsieur Jean Louis Vaudoyer :

 Son long corps stable et harmonieux rappelle celui des déesses antiques mais la tristesse pensive de l'attitude et du regard avoue des aspirations et des inquiétudes que le monde antique n'a point connues. La souplesse sensuelle de ce corps a quelque chose d'Asiatique ".

Après cette description si exacte, vous comprendrez sans doute que c'est justement par ce mélange de noblesse grecque et de somptuosité asiatique, que CHASSERIAU est un si extraordinaire illustrateur de la Bible.

Pourtant le visage de l'Esther, cet ovale allongé, ces yeux bleus largement fendus, cette bouche bien dessinée, ces bandeaux blonds qui descendent si bas sur les joues ne sont pas sortis de l'imagination de l'artiste. Ce visage est celui d'une jeune paysanne italienne qui avait dû frapper le peintre par son étrangeté.

Dans la collection de dessins que le baron CHASSERIAU a légués au Louvre, se trouve en effet un croquis représentant exactement la tête de l'Esther avec quelque chose de plus humble, une expression soumise, un air de tristesse craintive qui sont très éloignés de la tristesse orgueilleusement résignée de l'Esther.

Sous ce petit croquis, nous lisons les mots "Mola di Gaëte". C'est donc à Mola di Gaëte, dans ce pauvre petit village de pêcheurs, qui devait déjà fournir au peintre le sujet d'un autre de ses plus charmants tableaux, que CHASSERIAU trouvera le modèle de la belle reine biblique. Ce modèle, il ne songea pas tout de suite à l'employer. Nous avons des croquis, travail préparatoire pour l'Esther qui nous montrent une toute autre jeune femme aussi ravissante mais plus enfantine, d'une beauté moins grave, moins étrange. Peu satisfait de lui même, le peintre a sans doute feuilleté son carnet de croquis pour retrouver un visage plus conforme à son rêve. Par un changement d'expression, il va transformer en reine sa petite paysanne et pour la rendre plus belle encore, il lui fera arranger ses cheveux et lever le bras " développant par la gracieuse cambrure de son attitude des formes d'une beauté et d'une

jeunesse divine ". Ces dernières paroles sont de Théophile Gautier.

Il décrivait ainsi la pose de la Vénus marine que vous pouvez voir au Louvre à la collection Moreau-Nélaton. Pose chère à l'artiste et que l'Esther répète mais e face cette fois et non de profil comme la Venus.

 

A côté de l'Esther, la femme de pêcheur de Mola di Gaëte, embrassant son enfant, l' Intérieur de Harem à l'état d'ébauche mais d'une si émouvante beauté, les grands portraits vivants et graves montreront aux visiteurs les différents aspects du talent de Théodore CHASSERIAU. Ceux d'entre vous qui éprouveront devant aucun plaisir ou une émotion penseront-ils qu'il ne les doivent pas seulement au peintre, mais à l'homme qui a tant fait pour nous le faire aimer et comprendre.

 

Les deux noms de THEODORE et d'ARTHUR CHASSERIAU ne doivent pas être séparés l'un de l'autre, et leur mémoire mérite, à des titres différents mais égaux, le même hommage de reconnaissance et d'admiration.

 

 

 

 

 

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NOTICE  BIOGRAPHIE DU BARON ARTHUR CHASSERIAU

 

EXTRAIT DES ARCHIVES DE "LA SABRETACHE"

ANNEE 1934 pp. 310-316.        Par  Georges GRAPPE

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Le baron Arthur CHASSERIAU, qui était un des plus anciens de nos membres (année 1895), un des plus fidèles aussi bien, est décédé le 22 mai dernier en son domicile du 12 rue de la Néva à Paris.

 

Il appartenait à une très vieille famille de haute bourgeoisie saintongeoise. Dès le le début du XIIème siècle, celle-ci exerçait à La Rochelle la profession d'armateurs et elle avait pris, dans la vie de la rude cité maritîme, une place considérable. A plusieurs reprises, les Chassériau occupèrent la charge d'échevin. Dès avant la fin du grand Règne, on trouvait parmi eux des magistrats et des diplomates.

 

Les foyers de l'ancienne France tenaient à honneur de compter de nombreux enfants et les familles de nos grands ports de la Côte océane laissaient volontiers leurs cadets partir pour nos belles colonies d'Amérique afin d'y chercher fortune. Une branche des Chassériau s'en fut ainsi s'installer aux Antilles, où elle fit bientôt grande figure, sans jamais d'ailleurs laisser se desserrer les liens qui l'unissaient à ses parents rochellois.

 

Mais le siècle ne devait pas toutefois s'achever sans que les fils de ces créoles revinssent dans la mère patrie pour prendre leur part des formidables évènements qui y avaient éclaté. C'est ainsi, parmi d'autres de leur race, que le grand-père et l'un des grands oncles du baron Arthur Chassé riau qui appartenaient à une famille de seize enfants conquéraient bientôt des places importantes au service de l'Etat.

Le grand-père de notre regretté collègue s'était engagé dans les armées de la Révolution. Après une carrière particulièrement brillante, il devait mourir officier de la Légion d'honneur, comme général, chef d'état-major de la 1ère division de cavalerie, en chargeant au mont Saint-Jean, pendant les dernières heures de la bataille de Waterloo, à la tête des cuirassiers de Milhaud. Quelques jours avant la première abdication, l'Empereur lui avait conféré la baronnie.

 

L'oncle, Benoît Chassériau, après avoir été attaché par Bonaparte à l'expédition d'Egypte et y avoir exercé, dans la partie haute, le contrôle des finances, était reparti pour les Antilles, en 1802 avec le général Leclerc, comme trésorier général de l'expédition de Saint-Domingue. Plus tard, il passa au Vénézuéla afin d'aider Bolivar à délivrer sa patrie et il fut chargé par celui-ci du ministère de l'intérieur. Il mourut consul de France à Porto-Rico, où son souvenir demeura vivant pendant fort longtemps.

 

Le fils du général baron Chassériau, le père de notre collègue, eût désiré entrer à son tour dans l'armée. Mais le gouvernement de la restauration refusa l'admission) l'Ecole militaire de l'orphelin, la famille de celui-ci n'étant pas en mesure d'acquitter la pension réglementaire. Le jeune homme se tourna alors vers l'Ecole des beaux arts où il prit ses diplômes.

Quelques années plus tard, il était architecte en chef de la ville de Marseille et, il passait bientôt avec le même titre, à Alger. C'est au baron Frédéric Chassériau que sont dus les aménagements magnifiques de la ville française, aujourd'hui encore universellement admirés. C'est là dans la vieille cité des Deys, conservant tout le pittoresque séculaire que vingt années d'occupation avaient à peine atténué, au milieur des belles armées ardentes  façonnées par la Monarchie de Louis-Philippe, que devait naître, le 29 juillet 1850, notre ami. Dans cet Alger aux survivance barbaresques, aux souks étincelants  de couleurs, parmi les troupes héroïques qui avaient combattu avec d'Aumale, Bugeaud, Pellissier, Bedeau, Lamoricière, sous ce ciel pur qui évoquait celui des Antilles ataviques, devait se formrer cette âme généreuse, destinée à demeurer jusqu'à la mort éprise de nos grandeurs militaires..

 

L'architecte envoya son fils commencer ses études à Paris, au lycée Napoléon, sous la surveillance du cousin Frédéric, le frère du peintre Théodore Chassériau, qui était conseiller d'Etat. A cette époque, le noble artiste venait de mourir prématurément, à peine âgé de trente sept ans.

 

Mais le milieu familial demeurait imprégné de inoubliables souvenirs que l'auteur du Tepidarium  avait laissés aus siens.

Le jeune lycéen put donc emplir sa mémoire des traits qui avaient marqué les étapes météoriques  de cette géniale carrière tragiquement brisée. Par la suite, alors mêmeque la profession du baron Chassériau l'entraînait vers des objets fort éloignés de ceux qui avaient fait sur son adolescence de si fortes impressions, celles ci demeuraient trop vives en lui pour consentir à voir leur éclat s'atténuer. Toute sa vie, il fut avant tout épris de nos gloires  nationales, qu'elles fussent militaires ou artistiques.

C'est au lycée d'Alger que le jeune homme vint achever ses études  pour s'engager presque aussitôt après aux francs-tireurs de sa ville natale. Sous l'uniforme, il participa en 1871 à la répression de l'insurrection et il fit la campagne de Kabylie.

 

En 1875, après un court séjour à Marseille, il venait définitivement s'installer à Paris. Il fut d'abord attaché aus services financiers de la Compagnie algérienne, puis à ceux de la compagnie Inter-Océanique de Panama, où son concours fut très tôt distingué: le grand français qu'était Ferdinand de Lesseps devait le prendre en toute particulière affection et estime.

 

C'est là dans la vieille cité des Deys, conservant tout le pittoresque séculaire que vingt années d'occupation avaient à peine atténué, au milieu de belles armées ardentes façonnées par la Monarchie de Louis Philippe, que devait naître, le 29 juillet 1850, notre ami. Dans cet Alger aux survivances barbaresques, aux souks étincelants de couleurs, parmi les troupes héroïques qui avaient combattu avec d'Aumale, Bugeaud, Pellissier; Bedeau, Lamoricière, sous ce ciel pur qui évoquait celui des Antilles ataviques, devait se former cette âme généreuse, destinée à demeurer jusqu'à la mort éprise de nos grandeurs militaires.

 

L'architecte envoya son fils commencer ses études à Paris, au lycée Napoléon, sous la surveillance du cousin Frédéric, le frère du peintre Théodore Chassériau, qui était conseiller d'Etat. A cette époque, le noble  artiste venait de mourir prématurément, à peine âgé de trente-sept ans. Mais le milieu familial demeurait imprégné des inoubliables souvenirs que l'auteur du Tepidarium avait laissés aux siens. Le jeune lycéen put donc emplir sa mémoire des traits qui avaient marqué les étapes météoriques de cette géniale carrière tragiquement brisée. Par la suite, alors même que la profession du baron Arthur Chassériau l'entraînait vers des objets fort éloignés, de ceux qui avaient fait sur son adolescence de si fortes impressions, celles ci demeuraient trop vives en lui pour consentir à voir leur éclat s'atténuer.

 

Toute sa vie, il fut avant tout épris de nos gloires nationales, qu'elles fussent militaires ou artistiques.

 

C'est au lycée d'Alger que le jeune homme vint achever ses études  pour s'engager presqu'aussitôt après aux francs-tireurs de sa ville natale. Sous l'uniforme, il participa en 1871 à la répression de l'insurrection et il fit la campagne de Kabylie. En 1875, après un court séjour à Marseille, il venait définitivement s'installer à Paris. Il fut d'abord attaché aus services financiers de la Compagnie algérienne, puis à ceux de la Compagnie inter-océanique de Panama, où son concours fut très tôt distingué: le grand Français qu'était Ferdinand de Lesseps devait le prendre en toute particulière affection et estime. Quelques années plus tard, il entrait comme associé dans une charge d'agent de change et jusqu'à la fin de sa longue existence, même lorsqu'en raison de l'âge, de la maladie et des deuils, il eut cessé d'assumer des tâches aussi lourdes, il conserva une situation de premier plan dans le monde des affaires.

 

Son activité, sa droiture, la rectitude de son jugement lui avaient valu dans ces milieux une considération exceptionnelle et un respect unanime.

 

Aussitôt qu'il eut définitivement assuré sa carrière et qu'il put distraire quelques loisirs de ses occuopations, le baron Chassériau les consacra aux nobles objets qui avaient, dès sa jeunesse, conquis son coeur. Il n'avait encore qu'une bourse modeste de jeune homme qu'il employait tout ce qu'il en pouvait tirer à acquérir les ½uvres de son illustre parent, dispersées dans les collections à la suite d'achats faits par les amateurs ou de dons consentis par l'artiste à ses amis. Avec une piété tenace, discrète et touchante, il guettait toutes les occasions d'accroître cette galerie qui devait devenir unique au monde. Peu à peu, il y faisait entrer, selon un plan très simple et très noble une grande partie des ½uvres de Théodore Chassériau, peintures, dessins et gravures. Aucune démarche, si pénible fût-elle ne pouvait lasser l'ardente persévérance de notre collègue.

 

Aucun sacrifice, si important fût-il, ne semblait lui coûter, même alors qu'il grevait lourdement ses ressources. Bien que le baron Chassériau eût trop de délicatesse d'âme pour laisser jamais deviner, même à ses intimes, les privations qu'il avait pu être amené à s'imposer en vue de ces fins qu'il s'était assignées, on pouvait soupçonner à certains récits qu'il faisait plus tard qu'il s'était parfois, lui, l'homme ordonné à tous égards, exposé à la gêne pour récupérer une ½uvre de son glorieux cousin.

 

Cette conquête, lentement réalisée et lui ayant procuré, à coup sûr, quelqies-unes des plus nobles joies d'une existence laborieuse, elle devait lui donner, au soir de sa vie, le sentiment d'avoir accompli le devoir qu'il avait fait sien, alors que, vers sa quinzième année, il entendait son cousin Frédéric, parler du malheureux destin de l'artiste. Mais le baron Chassériau n'en tirait nulle vanité. Les satisfactions qu'il retirait de cette mission si pleinement, si noblement remplie, elles étaient de l'ordre le plus désintéressé. Lorsqu'il avait voulu recueillir le plus frand nombre possible des admirables productions de son cousin, il n'avait eu que l'ambition d'assurer à la mémoire de ce jeune génie le légitimes hommages d'assurer à la mémoire de ce jeune génie, les légitimes hommages que lui devait la postérité et de permettre à notre France de conserver, lorsque lui-même ne serait plus là, cet inappréciable trésor.

 

On peut penser que très tôt s'était formé en lui le dessein de léguer à nos musées tous ces  chef-d'½uvre de l'auteur de l'Esther à la toilette.

Mais quelle que fût sa volonté bien arrêtée à cet égard, sa modestie si aisément effarouchée, consentait mal à ce que dans sa conversation, un indiscret risquât une allusion à cette générosité posthume: tout de suite, avec la plus charmante courtoisie, il détournait le cours de l'entretien. De même, sauf quelques amis associés à son effort opiniâtre, et, d'ailleurs pour laplupart disparus avant lui, bien rares étaient ceux qui savaient quelles luttes émouvantes il avait soutenu pour essayer d'arracher au temps et aux hommes les magnifiques fresques peintes, de 1845 à 1848, à la cour des Comptes, par Théodore Chassériau, qui avaient été qsérieusement endommagées, lors de l'incendie du palais, aux derniers jours de la Commune. Quelquefois seulement, quand notre collègue se sentait tout à fait en confiance, il s'abandonnait à conter un épisodedes combats épiques qu'il avait soutenus à ce sujet, pendant près de quarante ans, contre les puissances maléfiques conjuguées des administrateurs et des éléments. Avec une mélancolie, à laquelle son indulgence légendaire mêlait exceptionnellement quelque amertume, il avouait sa défaite finale à peu près complète et l'inconsolable regret qu'il gardait de n'avoir pu conserver à notre pays que des morceaux trop rares de ces grandes décorations, uniques au XIXème siècle.

 

Comme sa vie se prolongeait au delà de la moyenne, et qu'il avait en grande partie, atteint l'idéal qu'il s'était donné, il voulut dès avant sa mort faire profiter nos collections nationales  de quelques uns au moins des trésors qu'il avait rassemblés. Depuis longtempsinscrit à la Société des Amis du louvre, membre écouté de son Comité  il avait, en 1896, commencé la série de ses libértalités, en offrant au Musée de Versailles l'admirable  Portrait du Kalife Ali ben Ahmed; en 1918 et 1919, il remettait au Louvre quelques -unes de stoiles particulièrement remarquables de Chassériau qu'il était peu à peu parvenu à recueillir : Macbeth et les Sorcières, un Portrait d'une soeur de l'artiste, le Caïd visitant un douar, une très pure étude au crayon, pour les fresques de la Cour des Comptes, La Paix, et surtout l'inestimable joyau, Les Deux Soeurs, qui compte parmi les plus belles peintures du siècle dernier.

 

Cette exceptionnelle générosité ne lui semblait  pas toutefois suffisante encore. Avec une bonne grâce, pleine de noblesse et de simplicité, il ouvrait les portes de sa demeure à quiconque souhaitait étudier ou même seulement connaître les tableaux de son parent avec une patience inlassable, une bienveillance souriante, il en faisait les honneurs. Bien mieux, jamais comité d'exposition, si peu important fût-il, ne s'adressa vainement à lui: il était toujours disposé à prêter les pièces les plus précieuses  de ses collections aux comités français ou étrangers qui les lui demandaient. Et l'on peut dire que les deux plus grandes joies d'une vieillesse attristée par les deuils et par les maux fut de pouvoir assister à la publication de l'ouvrage considérable, consacré par mon regretté collègue Léonce Bénédite, à Théodore Chassériau (Braun éditeur, 1932), et à l'exposition organisée en 1932 au pavillon de l'Orangerie par les Musées nationaux en l'honneur de ce peintre. Vraiment, après le succès éclatant que xonnut cette dernière manifestation, parfaite à tous égards, notre ami qui avait travaillé à en permettre la réalisation, dut murmurer ce : Nunc dimittis servum tuum in pace, qui constitur la plus douce récompense d'une existence consacrée à l'avénement d'un grand idéal.

 

L'oeuvre de Chassériau, en familiarisant un peu plus chaque jour notre vénéré collègue avec les choses artistiques, les relations choisies qu'il avait formées à l'occasion de cette  « queste » familiale française avaient peu à peu développé les dons naturels qu'il avait à cet égard et lui avaient mérité une place de choix dans le monde des collectionneurs et des Musées.

 

Ne refusant jamais son concours, il faisait partie de nombreux Conseils de nos fondations arrtistique, auxquels il assistait avec une rare assiduité. J'ai eu pour ma part, le privilège de le voir présider avec la plus douce, la plus ferme et la plus avisée des autorités, le Conseil d'administration de notre Musée Rodin, durant neuf années.

 

A mesure qu'il se rapprochait du but qu'il s'était assigné, et qu'il se sentait plus assuré de l'atteindre, il consentait ainsi à élargir davantage le cercle de son activité esthétique. S'il ne se permettait pas d'acquérir des toiles importantes d'artistes autres que son parent, il faisait entrer cependant dans ses collections quelques aquarelles d'un maître qu'avait aimé Théodore, et qui lui était cher à lui-même, Delacroix. Il possédait quelques ½uvres de Marilhat, Raffet, Dinet. Elles formaient un lien naturel avec son Algérie natale et c'est en raison de ces deux grandes tendresses de son c½ur qu'il avait apporté son plus actif concours aux Peintres orientalistes. Il fut un des fondateurs de leur Société, dont il devint le vice-président très aimé: aujourd'huique notre ami est disparu, et que sa modestie ne saurait plus s'en offusquer, on, peut dire qu'il se montra un des plus ardents instigateurs de la création de cette Villa Abdel-Tif où chaque année de jeunes peintres français viennent nourrir leur palette des somptueuses couleurs africaines.

 

C'est également en vertu de ses origines que, très tôt, notre collègue entra à la Sabretache et qu'il lui consacra immédiatement une partie considérable de ses loisirs. Le peti-fils du Général Frédéric Chassériau le fils de cet architecte qui n'avait pris la règle et le compas que faute de pouvoir devenir Saint-Cyrien, le parent et l'allié de tant de soldats et de marins distingués se devait à lui-même, et à ses tradfitions familiales, d'être des nôtres. Comme bon nombre d'entre nous, c'est par les propres souvenirs de sa race, par l'inoubliable impression qu'avaient fait naître en lui les images de sa jeunesse, si proche encore de la Conquête, qu'il avait pris goût à cette étude passionnée de nos gloires militaires, essentiel objet de notre chère Société.

Le sentiment l'avait guidé, un sentiment de pur et pieux patriotisme: insensiblement, l'étude profonde de notre grand passé, sérieusement et méthodiquement conduite, l'attacha davantage à nos travaux, et sur beaucoup de sujets, il était devenu, même pour les plus érudits d'entre nous, un conseiller aussi modeste qu'éclairé. Sans que la plupart en eussent même la notion, il était pour l'iconographie du Carnet, pour l'illustration de nos menus trimestriels, un guide entre tous précieux. Mais il fallait être admis à une bien étroite intimité ou appartenir au groupement dévoué de nos collègues qui assume les tâches souvent ingrates de la mise en oeuvre de nos publications, pour le savoir ou le deviner. Alors même que sa vue était devenue plus que mauvaise, il continuait encore à s'occuper de ces recherches, pour lui désormais sans récompense matérielle.

 

Le baron Chassériau aimait d'une amitié profonde et efficace notre Société. Membre à vie du Comité, depuis bien des années il y tenait une place considérable, en dépit de sa discrétion, et la douceur souriante.

Alors même que les épreuves qui sont la rançon de longues destinées étaient venues lourdement charger ses robustes épaules, qu'il s'était déjà à demi arraché à la vie parla perte de celle qui, pendant tant d'années, avait partagé en toute perfection sa noble carrière, qu'il ne rencontrait plus parmi nous de vieux et chers amis comme notre regretté Président; que les déplacements lui devenaient chaque jour plus pénibles, il tenait à ne pas nous délaisser.

 

Malgré ses souffrances physiques et morales, toujours stoïquement, chrétiennement, silencieusement supportées, il apportait à nos Comités et à nos dîners un esprit si vif et si enjoué, un visage aux yeux à demi voilés mais si plein d'ardeurs et de bonhomie, qu'on hésitait à lui manifester trop ouvertement la part prise à ses peines.Quinze jours avant sa fin, il assistait encore, chez notre collègue Hector Lefuel, à une réunion du Comité et sur une question délicate et de première importance, son avis emportait notre décision. C'est cette image dernière et noble que nous conserverons toujours au collègue aimé qui fut si longtemps parmi nous un des très purs représentants des meilleures vertus traditionnelles de notre France.

                                                                                                Georges GRAPPE

Conservateur duMusée Rodin

                                                                                                Membre de La Sabretache

 

 

 

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Hommage au baron Chassériau de son contemporain, le comte Robert de Montesquiou.

(extrait du recueil "Les perles rouges; Les paroles diaprées", 1910 - p. 127)

 

Pour l'exemplaire de M. le Baron Arthur Chassériau (n° XXIII)

 

Vous donnez un bien noble exemple

De famille et de parenté,

Vous dont la demeure est un temple

A celui dont l'art enchanté

 

Groupe des beautés maléfiques

Dans son clair Tepidario

Et rejoint les fronts poétiques

De ses Deux soeurs, Chassériau !

 

Que le dieu des voix cadencées

Nous apprête, dans le futur,

Un héritier de nos pensées,

Pareil à vous Baron Arthur !



Baron Arthur Chassériau au Musée Rodin dont il est président du conseil d'administration en compagnie de sa petite nièce Jacqueline Desmiers de Chenon



Extrait de la donation (testament d'Arthur Chasseriau)

"Je lègue aux musées nationaux tant en mon nom qu'en souvenir de ma chère femme Henriette Bell tous les tableaux, esquisses, aquarelles, dessins et albums de mon parent Théodore Chassériau, a l'exception des portraits de famille au crayon et de ceux que je pourrais disposer ultérieurement sous quelque forme que ce soit, l'administration du Louvre distribuera les biens ci-dessus légués après avoir fait son choix pour elle-même parmi les musées les plus importants de Province.
 
J'institue mon neveu le Général Frédéric Nouvion pour mon légataire universel. Je lègue a mon légataire universel les portraits de famille au crayon exécutés par mon parent Théodore Chassériau, tous les objets meublants, objets mobiliers, linges, bijoux, tableaux, autographes, armes, aquarelles, dessins, albums, œuvres de divers artistes et en général tout ce que je possèderai comme objets, mobiliers corporels et dont je n'ai pas dispose au profit des musées dont je n'aurai pas spécialement dispose ultérieurement a ce jour...
Le solde de ma succession, après tous ces prélèvements donnera le chiffre qui servira de base aux legs particuliers suivants :
 
Je lègue a chacun de Monsieur Georges et Albert Nouvion, mes deux neveux une somme égale a un huitième de ce solde.
 
A ma petite nièce Suzanne Nouvion, fille de Georges Nouvion pour la remercier de l'assistance qu'elle a bien voulu me donner depuis la mort de ma chère Henriette, une somme égale a un seizième de ce solde.
 
Et a l'Institut de France, section de la gravure, une somme égale a un seizième de ce solde. Les intérêts de la somme léguée a l'Institut de France devront lorsqu'ils seront suffisants être employés a la commande a un graveur d'une planche d'une œuvre de mon parent Théodore Chassériau. Cette planche sera faite par quelque procédé que ce soit, eau forte, taille douce, lithographie, etc ... restera la propriété de l'auteur...
 
... Si je n'ai fait aucune disposition au profit de mon neveu Henri Nouvion pour lequel j'ai une amitié aussi grande que pour ses frères, c'est d'accord avec lui , vu l'importance de sa situation qui est supérieure a la mienne et a celle de ses trois frères."
 
Paris, le 18 janvier 1933.
 
Arthur Chassériau