Il dit : « il ne faut pas oublier que la vraie peinture est la plus simple. » Et que l’on doit trouver « la poésie dans le réel. »
Famille, vocation, débuts
La famille de Théodore Chassériau, originaire de Saint-Domingue, s’installe à Paris en 1822. Il a trois ans. Il garde de son île natale, où jamais il ne retournera, le goût de la chaleur et d’une certaine langueur exotique qui ne l’empêchera pas, malgré une santé fragile, d’être un peintre exigeant. Jacques-Emile Blanche, critique de l’artiste, improvise ainsi sur son nom : « Nom au parfum de goyave, vanillé, doux et amer, qui évoque les senteurs d’un magasin de produits exotiques, la noix de coco, la cannelle, le pamplemousse ». Il parle également, appuyant l’idée, de son « talent métis ».
Enfant prodige, Théodore Chassériau entre à douze ans dans l’atelier d’Ingres qui voit en lui le « Napoléon de la peinture ». En 1836, le maître répond ainsi à une demande. « Il faut donc trouver parmi mes élèves celui qui sait le mieux faire le portrait d’un modèle, et si vous ne trouvez mieux, je crois pouvoir vous désigner le jeune Chassériau ».
Jeune, élégant, adroit, il est de tous les salons qui comptent. Sa main, quand il peint, a toutes les facilités et toutes les impatiences du talent.
Sa famille le couve, le pousse dans la voie qu’il s’est choisie (on sait que Fromentin, qui a sensiblement le même âge, ne bénéficie pas de la même compréhension). Le père absent est avantageusement remplacé par Frédéric, le frère aîné, futur conseillé d’Etat, qui l’aidera, grâce à ses relations, a obtenir des commandes et interviendra aussi dans le projet du voyage en Algérie. Sa mère, selon Léonce Benedite, « un vrai type de Créole, aimable et indolente, mais incapable d’effort » regarde son fils comme un indiscutable génie que l’on ne doit pas contrarier.
Ainsi soutenu par son entourage, il mène avec efficacité sa carrière. Il décore la cour des comptes dans ce « style gréco indien » vanté par Théophile Gautier.
On connaît mal sa physionomie réelle. Il y a peu de portraits, d’autoportraits et de photographies du peintre. On le rapproche moralement de Coriolis, le peintre de Manette Salomon des frères Goncourt. Physiquement, son passeport, établi en 1856, année de sa mort, nous livre les renseignements suivants : taille 1,74 mètre, cheveux châtains, front découvert, sourcils et yeux noirs, nez relevé, bouche moyenne, barbe noire, menton rond, visage ovale, teint pâle.
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Un bain au sérail
C’est un fin cavalier et il a une légère réputation de libertinage. Il est romantiquement séduisant et l’irrégularité de ses traits est compensée par l’élégance de la tournure et d’une conversation où l’usage du plus grand monde se mêle aux hardiesses pittoresques de l’artiste. Chassériau a l’arrogance du talent. Dès 1842, un journaliste remarque « l’étonnante sécurité de l’auteur à l’endroit de ses ½uvres ». Christine Peltre note que le premier S de sa signature est surdimensionné.
Protections, amours, succès
Ayant saisi la leçon de Balzac, Chassériau se laisse protéger par les trois femmes du monde les plus influentes de son époque. La comtesse d’Agoult, la princesse Belgiojoso et Delphine de Girardin, l’épouse du célèbre patron de presse.
Il est plus mondain que maudit. « C’est un talent prodigieux à vingt et un ans, mais ce qui me confond bien plus que son talent, c’est sa science du monde » confie Marie d’Agoult. Elle continue en parlant de son « tact », de sa « distinction de conversation » qui sont d’un homme « qui aurait passé sa vie dans la meilleure compagnie ». Il fait la conquête de tous ses amis : « tous en raffolent » constate-t-elle.
Chassériau est aussi l’ami de la languide princesse italienne qu’il peint avec son teint maladif. Mais la belle princesse, qui a contre toute attente un tempérament de feu, suscite des passions ravageuses autour d’elle. Musset, éconduit, ironise : « elle a dû être bien de son vivant ».
On le voit également dans le salon tenu par Delphine de Girardin où se montre le Tout-Paris des Arts et des Lettres.
Chassériau entretient une relation amoureuse houleuse avec l’actrice Alice Ozy belle jeune femme « au corps de déesse grecque à tête de sultane », puis, à la fin de sa vie, avec la tendre princesse Cantacuzène qui deviendra, en 1897, l’épouse de Puvis de Chavanne, l’un des héritiers spirituels du peintre.
Alice Ozy
Alice Ozy, durant les deux années de leur liaison, inspire à Chassériau plusieurs tableaux. Victor Hugo, peut être vengeur, la décrit ainsi dans Choses vues : « La gorge d’une vierge et le sourire d’une Fille ».
Les relations du peintre avec les hommes de lettres sont nombreuses. Outre Gautier, « le sultan de l’épithète » déjà cité - qui le soutient, qui le comprend, qui le guide, qui l’inspire- il faut nommer les plus connus : Hugo, Lamartine, Nerval. Il se lie d’amitié avec des peintres orientalistes aussi différents que Prosper Marilhat et Eugène Fromentin.
Italie, rupture, consécration
Lorsque Ingres est nommé directeur de la villa Médicis en remplacement d’Horace Vernet (il se rend en Italie en novembre 1834), Chassériau ne peut pas le suivre faute d’argent. Il ne pourra le rejoindre qu’en hiver 1840. Son séjour en Italie se prolonge jusqu’en 1841, jusqu’à la brouille avec le Maître. Ce voyage marque la véritable émancipation de Chassériau par rapport à l’univers d’Ingres. Il lui reproche, entre autres, son manque d’intérêt pour la littérature. Chassériau souscrit à la critique de Gautier quand il dit : « les artistes restent trop étrangers à la littérature qui leur ouvrirait de nouvelles perspectives et ferait pénétrer le souffle moderne dans leurs compositions ». Ils admirent l’un et l’autre Les Métamorphoses d’Ovide et considèrent comme essentielle la notion de « gratuité de l’art » qui les amène à être des adeptes convaincus du « culte du beau pour le beau ».
Ce voyage lui permet aussi de mesurer la différence qui le distingue de Delacroix - dont il admire pourtant la liberté d’exécution.
En Italie, soutenu par ses lectures aussi bien historiques qu’archéologiques, il lui semble baigner dans « l’antiquité renaissante ». A Pompéi, il dessine les ombres laissées sur les murs par les habitants et évoque « la marque du sein conservé au musée », celle qui inspirera à Gautier son conte fantastique Arria Marcella (1852). Il note dans un de ses carnets : « Ne jamais oublier que les Maîtres ont toujours été vrais sans être vrais vulgairement ». Ce qu’un de ses disciples, Gustave Moreau, traduit par l’idée que les Maîtres tout ensemble s’inspirent de la vie et s’abreuvent « à l’art d’imagination et à la poésie pure ». On peut déceler dans l’oeuvre de Chassériau un certain goût de la transformation, de l’indéterminé, peu éloigné du thème de l’androgynie (il faut penser ici à Mademoiselle de Maupin roman de Gautier publié avec une préface éclairante en 1835-1836). Et interroger la présence fréquente des anges dans ses scènes ou « ces jeunes gens d’Orient » qu’il pourrait peindre « aussi beaux que les vierges de Raphaël et qui feraient croire à un troisième sexe ».
Tout en inventant son style, Chassériau reste redevable à l’école ingresque par son souci de la forme et la souveraineté du dessin qui est, selon son premier maître, « la probité de l’art ». Mais il a conscience que pour celui qui veut « percer » dans le monde de la peinture ne doit « pas oublier qu’un tableau qu’on expose se détache des autres pour l’originalité de son aspect » (1841).
Après l’Italie, Chassériau, qui travaille avec ardeur, rencontre le succès dans les expositions avec la peinture de chevalet et dans les édifices publics avec la peinture monumentale. On lui demande ainsi de décorer l’église de Saint-Merri où il réalise la chapelle Sainte Marie l’Egyptienne (1841-1843) et l’escalier de la cour des comptes (1844). En même temps il s’essaie avec bonheur à la gravure en illustrant le drame de Shakespeare Othello. Ses nus, d’une sensualité vibrante, sont déjà remarqués.
Il est devenu un des « lions » de la scène parisienne, conscients de leur force d’attraction, tels qu’ils sont décrits dans La Comédie humaine de Balzac.
En se spécialisant dans l’art du portrait, il reste fidèle au goût de l’époque en privilégiant un genre en faveur. « Je désire faire beaucoup de portraits pour me faire connaître d’abord, gagner de l’argent ensuite ». Ces portraits dont il accentue l’expression des traits et l’éclat sombre des yeux, d’une sensibilité très ingriste, sont reconnaissables, nous dit Gautier, à « leurs regards noirs de toute l’ombre du passé » et à « leur expression singulière dans leurs masques de marbre pâle ». Gautier parle « du cachet particulier » des tableaux de l’artiste qui veut « rajeunir l’histoire du monde », même si par leur sujet ils relèvent d’une inspiration classique.
Chassériau parvient à créer un style qui échappe aux normes en imprimant à l’intérieur de son oeuvre une cohérence qui lui est propre. Ses dernières oeuvres son contemporaines des « faiseurs de chair » de l’école réaliste animée par Courbet.
Algérie, les mille et une nuits, le nu
L’Orient n’est pas un monde inconnu à Chassériau. Il en a depuis toujours l’intuition profonde. Son origine créole le dispose à ressentir de manière forte les attraits de l’exotisme. Le type féminin, très tôt élu comme dans la Suzanne au bain, les sujets choisis d’Esther à Cléopâtre, confirment l’attirance de l’artiste pour un Orient à la fois instinctif et livresque. Le voyage qu’il effectue en Algérie va fournir une impulsion nouvelle à son inspiration, déjà préparée par d’autres peintres connus de Chassériau, comme par exemple Prosper Marilhat, le spécialiste à l’époque de l’Egypte, ou Adrien Dauzats, l’illustrateur en 1839 de L’Expédition des Portes de Fer récit rédigé par Charles Nodier. On pense que l’arrière plan du tableau de Chassériau représentant Ali Ben-Ahmet est un dessin de Dauzats. Ce tableau signe l’entrée du jeune peintre dans l’orientalisme.
En 1845 Paris accueille les chefs arabes qui ont fait allégeance à la France. Des fêtes sont organisées en leur honneur et les salons parisiens sont d’un seul coup « émaillés de Bédouins ». Parmi eux, le Khalife de Constantine, Ali Ben-Ahmet, qui demande à Chassériau de lui faire son portrait.
Un an plus tard, invité par le Khalife, Chassériau se rend en Algérie. Il est à Marseille le 8 mai 1846 et débarque à Philippeville quelques jours plus tard. Il revient en France fin juillet de la même année. Après son voyage, Chassériau se rapproche de Delacroix.
Il séjourne donc un peu plus de deux mois en Algérie, en été. La chaleur du pays ne l’incommode pas. « Quand aux chaleurs, en prenant un caban blanc, un chapeau blanc bourré d’étoffes qui arrêtent le soleil, on est dans la condition de costume des Arabes qui ne souffrent pas de la chaleur. Cette température est bonne pour ma santé ».
Au moment de son séjour, la lutte est impitoyable entre le maréchal Bugeaud et l’émir Abdel kader. La stratégie employée par Bugeaud est simple : isoler l’émir de ses bases arrières en pratiquant la politique de la terre brûlée et de razzias pour affamer et ruiner l’ennemi. En 1845 l’épisode des grottes du Dahra enfumées par l’armée provoque un énorme scandale à Paris. On le voit, les conditions du voyage de Chassériau sont différentes de celui qu’entreprend Delacroix à Tanger, 15 ans plus tôt. Rappelons cependant que Fromentin, quelques semaines avant Chassériau (3 mars-18 avril), s’était rendu à Alger et à Blida et en avait rapporté un projet de tableau qu’il réalisa à son retour en France. Ce tableau, Les Gorges de la Chiffa, Fromentin l’expose au Salon de 1847. Evoquons rapidement ici la différence de tempérament des deux peintres (ils ont sensiblement le même âge). Fromentin recherche une forme d’antiquité virgilienne ou biblique alors que Chassériau est plutôt sensible à une antiquité empreinte d’un hellénisme mélancolique. Mais tous deux furent saisis en Algérie d’un désir sincère de comprendre le pays et ses habitants.
Chassériau demeure dans les villes parce que « la guerre ne se fera que dans l’intérieur des terres, dans les tribus, dans les villes il n’y aucun danger ». Il fréquente l’état-major auprès duquel il est introduit et sympathise avec Bugeaud (Dumas et Gautier ont fait de même). Il s’intéresse au corps des zouaves, régiment composé essentiellement de cavaliers autochtones. Chassériau aime les chevaux, comme Géricault. Une de ses notes indique : « Jeune et antique - faire le départ d’un guerrier arabe du côté de Sétif ou de Battma - faire un palefrenier arabe sellant son cheval ». Il détenait « encadré sous verre un extrait de naissance d’un cheval arabe qu’il avait possédé ». S’il est peu attiré par les paysages il est par contre fasciné par les costumes : « Velours verts, étoffes jaunes, coiffures de toutes les couleurs, bleu vif, rouge mauve, souvent noir, c’est très beau, les figures colorées et puissantes sur des fonds blancs, les couleurs vives et orientales ».
Il est à Constantine au début du mois de mai. Il y trouve « de vrais trésors pour un artiste ». « Le pays est très beau et très neuf; je vis dans les mille et une nuits. Je travaille et je regarde ». Il a la chance de commencer son séjour par « la seule ville vraiment arabe » qui restait dans le pays. Il demeure presque un mois entier dans la capitale de l’est algérien, accumulant esquisses et études. Les souvenirs liés à son passage à Constantine peupleront toute son oeuvre orientaliste. Même si la plupart de ses nus « exotiques » sont peints à partir de modèles parisiens.
Le Tepidarium
A Constantine il voit « la race arabe et la race juive comme elles étaient à leur premier jour ». Il y croise ce qu’il appelle des Types, dans le sens que lui a donné Balzac. On peut imaginer la joie du peintre d’Esther.
Ses carnets sont griffonnés d’indications et de réflexions, ce qui leur confère une certaine valeur et, pour le chercheur, une mine d’informations; Ils permettent de comprendre comment Chassériau en est venu à aimer les tons francs. Il dit clairement qu’il ne faut pas « craindre un grand éclat ». Il cherche ce qui peut donner de la vigueur aux tons et il recommande, ce que les impressionnistes pourraient approuver, « de ne pas faire de mélange dans les tons : la nature est peinte comme une mosaïque : les tons opposés salissent, ôtent toute franchise et toute fraîcheur ». Il dit encore : « faire toujours riche et épais, ne pas tomber dans la matière, mais toujours faire saisissant ».
A Alger il est l’hôte de son cousin Frédéric architecte de la ville qui a exercé à Alexandrie à Marseille et à Constantine et qui a maintenant la charge de la ville (théâtre municipal en 1853, le port en 1860-1865). « C’est tout autre chose que dans les autres pays d’Afrique, plus musulmans et plus turcs ». Il est fortement impressionné par la couleur et la lumière qui règnent sur la ville.
« La ville comme du stuc ou du marbre blanc, l’horizon rose et bleuâtre, au dessus de la mer le ciel bleu léger et lumineux un peu opale; des vieillards à faces orientales peintes sur les murs blancs; les enfants d’une beauté pure, le fond du teint rosé et pâle; les maisons blanches souvent dans la demi teinte des tons argentés ou dorés; le ciel d’un bleu pur et transparent, les poutres qui soutiennent les constructions quelques fois noircies, ce qui relève par la vigueur tout l’ensemble; quand le soleil frappe un endroit, le faire étinceler d’une lumière dorée, le fond des portes d’un noir brun et vigoureux ». Il ajoute : « Ne pas oublier que les villes ardentes du Midi ont des tons de satin dans les ombres et des lumières radieuses : le ciel d’un bleu brûlant, vert, puis des tons rouges, rougeâtres, puis des tons gris ».
Alger est déformée à l’inverse de Constantine qui a gardé son cachet oriental.
Il a rapporté de son séjour un important ensemble de dessins qui représentent les réactions du peintre à son voyage. « Je crois pouvoir en tirer parti pour mon art ». Il a consigné les premières observations qui lui viennent à l’esprit devant la côte africaine. « Comme à Amalfi rose et bleu - en bas, du sable blanc, l’écume de la mer blanche ».
Les dessins de Chassériau ignorent la curiosité topographique. Ils disent plutôt une atmosphère générale. Ils insistent sur les particularités ethnographiques et le comportement des hommes dans leur vie. Il dessine également des objets usuels et des bijoux qu’il utilisera comme accessoires dans ses futurs tableaux.
L’intérêt de ses carnets réside aussi dans les portraits au regard intense qu’il a exécuté à la mine de plomb et que l’on peut considérer comme des oeuvres achevées.
Dans son Journal on peut lire : « J’ai pris des notes, et avec le souvenir, j’espère ne rien oublier. »
Avec « l’impatience de cette main qui se cabre » Chassériau a essayé de peindre l’Algérie contemporaine regardée dans un moment précis de son histoire, comme le soulignait Gautier. Voici, par exemple, un des sujets ce qu’il voulait peindre : « Intérieur de femmes mauresques, une couchée, tout le corps nu, à travers une gaze rousse étoilée d’or ; dans la tête, bien saisir le type blanc de la peau, avec les yeux fins et noirs. »
Mais il échoue à intéresser le public. Il se voit contraint de revenir à des scènes intemporelles ou à des scènes de harem, appréciées par les amateurs de peinture. Il parvient pourtant à opérer dans ses oeuvres une originale fusion de l’Orient et de l’occident. Son atelier est meublé d’objets orientalistes comme le décrit Gautier : « Dans le petit divan où il se reposait quelque fois, les yatagans, les kandjars, les poignards, les pistolets circassiens, les fusils arabes, les vieilles lames de damas niellés d’argent et de corail, tout ce charmant luxe barbare, amour de peintre, se groupait encore en trophée le long des murs; négligemment accrochés, les gandouras, les haïcks, les burnous, les cafetans, les vestes brodés d’argent et d’or, donnaient aux yeux ces fêtes de couleur par lesquelles l’artiste tâche d’oublier les teintes neutres de nos vêtements lugubres, et semblaient avoir retenu entre leurs plis fripés et miroités les rayons du soleil d’Afrique ».
Chassériau n’est pas seulement introspectif, il a aussi « l’âme aux fenêtres ». Il reste en contact avec les peintres orientalistes comme Pasini à qui il conseille entre autre de travailler « sans système (sic) ». C’est à dire, on peut le penser, sans règles rigides.
Nombre de ses toiles algériennes représentent des scènes familières où les femmes tiennent le premier plan et où leurs parures aux coloris exaltés sont mises en valeur. Leurs figures à la silhouette déliée, au regard mélancolique sous l’arc parfait des sourcils sont les soeurs de Cléopâtre et Desdémone. La sensualité de ces femmes est augmentée par le fait qu’elles sont placées dans des scènes de bain ou de harem qui orientalisent un thème déjà traité par l’artiste. Ces scènes mêlent la quête de la pureté originelle et le piment de l’érotisme exotique; Le pittoresque est dépassé au profit de la précision d’une recherche d’ensemble associant Antiquité et Orient, comme dans Le Tepidarium qui est comme le manifeste de cette fusion. Dans Intérieur de Harem, le personnage central rappelle La Vénus de Milo dans le déhanchement identique, la draperie qui enserre les reins et même le pied manquant de la sculpture est absent dans le tableau.
Les orientales de Chassériau expriment aussi « l’âme tendre et chaude » de l’artiste. Plus que le vrai, Chassériau recherche le style.
par Mohamed Médiène