La Condition
Humaine (Malraux)
pages 9 à 10,
lignes 1 à 47
« Le meurtre »
Ce passage est l’incipit de l’œuvre dans lequel Tchen s’apprête à commettre
le meurtre d’un trafiquant d’armes, mais il est envahit par l’angoisse.
LECTURE
METHODIQUE PAR AXES:
I. La mise en place
d’une atmosphère.
II. L’originalité de
cette scène.
I.
La mise en place d’une atmosphère.
A) Atmosphère
· La scène se
passe de nuit (l.20). Il y a un jeu d’ombres et de lumière (à influence
cinématographique, le cinéma en N.B.). Tchen est dans le monde des exclus,
caractérisé par un silence très long (3 pages) alors que l’acte lui même ne
fait qu’un phrase.
· L’auteur a mis
en place un jeu d’oppositions: entre la lumière (l.9-10), le silence (l.44), le
bruit (l.13/16).
· La mousseline
blanche: c’est l’interdit qu’il faut transpercer, c’est ce qui sépare le Tchen
normal du Tchen meurtrier. Symbolique du voile : passage de le vie à la
mort.
· On est
immédiatement plongé dans l’action, aucune indication exacte sur le lieu et les
personnages mais on peut supposer l’action en Chine d’après le nom du
protagoniste.
· Il règne dans
cette chambre une tension dramatique, Tchen est fermement décidé à accomplir
son œuvre (l.23, « il savait qu’il tuerait »), cependant le temps est
comme suspendu (« le temps n’existait plus » l.20).
B) Le personnage
de Tchen
· Tchen est
fébrile et dans sa conscience se bousculent sensations et résolutions
(« Il se répétait que cet homme devait mourir » l.22), le geste qu’il
s’apprête à accomplir le met dans un état d’extase.
· L’ambiance qui
règne dans cette chambre est à la fois lourde, pesante et angoissante (« lui
tordait... » l.2).
· Tchen sait
qu’il est capable de commettre cet acte (« il connaissait sa
fermeté » l.3). mais, juste avant, il y a deux questions qui nous font
douter. Puis Tchen se justifie, « assassiner n’est pas seulement
tuer » (l.33). Il a un rôle de sacrificateur: sa victime ne peut se
défendre, il prends conscience de sa lâcheté devant cette
« chair d’homme » (l.9) que représente le pied.
II.
L’originalité de cette scène.
· Contrairement à
la technique balzacienne qui consiste à introduire les personnages les uns
après les autres avec de longues descriptions, Malraux quant à lui nous fais
entrer immédiatement dans l’action, pas de préliminaires.
· L’action est
exclusivement racontée à travers les sentiments de Tchen àfocalisation
interne.
· Malraux nous
montre la ferme intention de Tchen par l’utilisation du conditionnel, imposé
par la concordance des temps à futur dans le passé. (l.23 « il savait » et
l.26).
· Le traffiquant,
couché et réduit à une masse inerte (« chair d’homme », l.8) est
symbolisé par son pied tandis que Tchen est debout et symbolisé par sa main à opposition
pied/main.
· Malraux nous
convie à comprendre Tchen de l’intérieur, la fin du passage est axée sur
l’angoisse du personnage (l.40, « doigts crispés »). L’auteur nous
fait entrevoir les abimes de le l’inconscient de Tchen (l.31,
« profondeurs »).
· Malraux utilise
des techniques originales, propres au cinéma : gros plans, plans
rapides,...
· Ce passage est
découpé en petits paragraphes, la ponctuation est abondante et variée, les
phrases sont nerveuses et courtes et parfois réduites à un seul mot (l.14). Elles
sont souvent elliptiques (l.14/16/23,
« combattre », « embarras », « pris on
non »). Cette tournure donne un dynamisme et une atmosphère alletante au
texte. De plus les phrases longues sont fragmentées, les verbes d’action sont
abondants (l.39/43) ainsi que le champs lexical de la mort (frapper, combattre,
tuer, assassiner) et de la main (gauche, enfoncer, doigts, poche). Tous ces
élements montrent que l’écriture de Malraux n’est pas seulement
cinématographique mais aussi journalistique.
On ressent dans le personnage de Tchen l’angoisse de vivre, et Malraux nous montre que la détermination mentale est différente de la détermination physique.