Lorenzaccio (Musset)

 

Lorenzaccio (Musset)

Acte 3 Scène 3 (1ere partie)

pages 102 à 103, lignes 385 à 414

 

C’est la scène centrale de l’oeuvre, la plus longue. Lorenzo explique à Strozzi (chef du parti républicain) pourquoi il est devenu Lorenzaccio. Il se dévoile à Philippe car ils ont les mêmes idées: Philippe va vers la réalité dans sa descente aux enfers (mort de ses fils), Lorenzo revient de la débauche vers la pureté.

Idée principale: découverte de la liberté et initiation à la laideur de l'humanité.

LECTURE METHODIQUE PAR AXES:

I.    Les illusion d'une jeunesse pure s'opposant à la découverte de la réalité.

II.   Une humanité idéalisée de vices et de vertus.                   

III.  Le pessimisme

 

I. Les illusions d'une jeunesse pure s’opposant à la découverte de la réalité.

Lorenzo conte sa vie comme les grands hommes, marquée par les tourments du destin.

Opposition entre le personnage passé et l'actuel (l.394-395).

Utilisation du passé simple (coloration dramatique et solennelle) qui isole une étape clé de la vie, de l'expérience de Lorenzo   à passage dans la vie concrète, opposée à son enfance pure et à un Lorenzo studieux. (sa mère : acte 1 scène 6, acte 2 scène 4).

· Avant: « je marchais, je croyais » (l.388/391) à illusion idéaliste.

Champ lexical de l'attente et de l'attention: « je regardais, cherchais, demandais » (illusions perdues à ultime espoir de voir des traces de vertu dans les hommes), c’est l’imparfait, le temps qui a le temps: temps de l'expérience intérieure et de l'espérance.

· Après: le temps dominant est le passé composé, période de l'expérience concrète de la vie Lorenzo connaît tous les milieux sociaux de Florence (de la cours au plus petit cabaret). Uniformisation de la période vague des actions disparates (act.1 sc.2).

« J'ai vu, je suis entré, j'ai recueilli, j'ai bu, j'ai avalé » à expérience concrète du monde, déception et rancoeur de Lorenzo.

Le passé composé donne une idée d'accompli: la société a été vue et jugée.

Opposition des temps = opposition entre Lorenzo et Lorenzaccio.

Imparfait: décrit un homme qui espère de l'humanité et qui a une conscience idéaliste.

Passé composé: engagé dans la vie sociale à compromission avec le mal.

 

II. Une humanité idéalisée de vices et de vertus.

Musset utilise fréquemment les images pour marquer le lecteur sur les caractères de l'homme: le vice, la vertu et l'idéalisme.

Vice: Lorenzo parait mal à l'aise: métaphore des « habits neufs de la confrérie du vice » (l.389) à corruption morale.

Procédés d'alliance des mots: l'oxymore Satan / lumière du ciel montre qu'il est les deux (ange et démon) à Baudelaire (citation) ‘il y a dans chaque homme...joie de monter, plaisir de descendre’.

Vocabulaire religieux pour décrire le vice (confrérie du vice). Lorenzo veut renier sa vertu car elle n'est qu'un masque.

à confusion entre vertu morale et politique à évoque la fin de la comédie masquée.

 

III. Le pessimisme.

Le pessimisme domine les hommes et Florence. Le jugement de l’humanité est basé sur Florence: microcosme.

à condamnation morale et politique (idem en France). L’insurrection de 1830 à Paris renverse la restauration à monarchie de juillet, constitutionnelle et plus libérale ; on nomme un autre roi: Philippe premier.

Lorenzo cherche des hommes de mérite et qui le soutiennent dans son action. Républicains inefficaces (car dans leurs cabinets) et Strozzi a une doctrine idéaliste mais reste inactif. Ils représentent les théoriciens libéraux contre la révolution.

Les bourgeois commerçants acceptent le régime tant qu'ils peuvent vivre (France sans liberté: Le Père Goriot, Balzac)

« J’ai recueilli les discours des gens du peuple » (l.407) à en France, le peuple subit.

Pessimisme de l'auteur: il n'y aura pas d'autre révolution possible. Les banquets patriotiques (belles paroles pour refaire le monde) sont plus Français que Florentins. Lorenzo voit la politique bloquée par l’inefficacité des idées et l'impuissance du peuple. Il en est déçu, il cherche et attend toujours sa fiancée pure (une société propre).

Il se demande alors si il n'est pas le monstre qui ne pose des problèmes qu'à lui même.

 

Le but de cette scène est d'empêcher Strozzi de déclencher une révolte prématurée dans Florence (à morts inutiles, échec). De plus, Lorenzo est prêt à tuer le duc. C’est un drame individuel où Lorenzo exprime ses angoisses, ses problèmes de conscience.