Le cheval |
Avant l'arrivée du cheval :
Déjà
bien avant l'arrivée des chevaux, les Indiens des grandes plaines
de l'Amérique du Nord s'adonnaient à la
chasse aux bisons qui vivaient ici par millions, et
déplaçaient leurs camps pour suivre les troupeaux. Ces
Indiens nomades se déplaçaient
à pied et utilisaient alors le seul animal domestique connu, à
savoir le chien, pour transporter leurs affaires
comme les tipis grâce à des petits travois (perches
liées au dos de l'animal, traînant sur le sol, et sur lesquelles
on accroche du matériel). Le bison est au centre
de la vie de ces Indiens nomades, on utilise sa peau pour faire les
tipis et les vêtements, la chair pour se nourrir, les os pour les outils
ou les armes, les nerfs pour les fils et la corde des arc, ou les poils pour
peindre.
Les premiers chevaux :
Hernan Cortès est le premier conquérant Espagnol à débarquer sur le continent, au Mexique, en 1519 avec des soldats et une quinzaine de chevaux dont certains vont s'échapper. L'arrivé du cheval constitue une révolution pour les Indiens, il y avait eu l'ère du chien, il y eu l'ère du cheval, cheval que certains indiens nommèrent au début le " Grand Chien ", ou " il traîne des perches de bois " ou " on monte sur son dos ". Les premiers chevaux montés par des Indiens apparaissent au Mexique dans la seconde moitié du XVIème siècle, il va alors s'écouler deux siècles pour voir apparaître des chevaux dans les tribus du Nord des Amériques. Cette diffusion va se faire progressivement par des échanges intertribaux. Les Indiens des Plaines ne possèdaient pas de langue commune entre tribus mais parvenaient à communiquer grâce au langage des signes.
L'arrivé
du cheval constitue une bénédiction du ciel. Il permit aux
Indiens de se déplacer plus vite et plus
loin en emportant des charges plus lourdes (en
travois 150kg contre 35kg pour le chien), il sauvait des vies en transportant
les vieux ou les malades qui seraient mort normalement pendant les
déplacements. Les tipis pouvaient être plus lourds et donc plus
solides, on emportait plus de provisions, on avait plus de vêtements.
La chasse , la guerre :
Les techniques de chasse
traditionnelles du bison, par une approche dissimulée sous une peau
de loup, sont abandonnées en faveur de la poursuite à cheval
avec des arcs ou des lances. Les chevaux étaient plus rapides que
les bisons, mais cela devenait très dangereux quand le bison chargeait.
La sélection et l'entraînement de chevaux résistants
et intelligents étaient capital et ils constituaient une
propriété de grande valeur. Une race
comme l'Appaloosa a été crée par les indiens
Nez Percé de l'Idaho. Les témoignages sont contradictoires
concernant le rapport des Indiens avec le cheval : " douceur et patience
" ou " brutalité et négligence ". Pour certains les Indiens
furent de piètres éleveurs, peu soucieux d'améliorer
le cheptel. Par contre leurs prouesses de cavaliers
semblent toujours vantées comme le furent les Comanches et
les Apaches.
Le
temps nécessaire pour la chasse diminua très fortement, et
les hommes pouvaient se consacrer plus longuement aux fêtes, aux
cérémonies et aux combats à cheval. Des
expéditions guerrières à
cheval qui pouvaient durer plusieurs semaines avaient pour but la
prise de chevaux. Par ces expéditions les jeunes gens prouvaient leurs
valeurs et offraient aux pauvres une chance d'ascension sociale.
Les vols de chevaux entraînaient plus
de morts que les batailles sporadiques entre tribus.
Le
nombre de chevaux possédés représentait le statut
social d'une famille. Une famille riche pouvait en posséder 30
à 50. On attendait des riches qu'ils prêtent des chevaux aux pauvres.
On ne pouvait être chef que si l'on prêtait volontiers ses chevaux.
Le cheval devint l'étalon de valeur des
échanges et l'enjeu important des paris. Les dons de chevaux se pratiquaient
dans les arrangements de mariages et un meurtrier pouvait parfois racheter sa
peine en offrant des chevaux. On échangeait aussi un cheval contre un
fusil.
Une révolution culturelle :
Le cheval qui éleva ainsi l'Indien des Plaines au rang
de cavalier amena une véritable révolution
culturelle. Acquis par le troc ou le vol, le cheval transforma en
chasseurs intrépides et en farouches guerriers des nomades habitués
aux longs parcours pénibles. La possession de chevaux de chasse et
de monte permit aux tribus de chasseurs de dominer
toutes les autres, comme le firent les Comanches ou les Sioux. Des
tribus auparavant agricultrices comme les Crows ou les Cheyennes devinrent
chasseresses à cheval. Toutes ces transformations se firent sans
réelle intervention des Blancs, peu nombreux jusqu'au XIXème
siècle et contrairement à l'image déformée que
nous renvois les Westerns.
"Piaffant, ils arrivent ! Hennissant, ils arrivent !
Une nation de chevaux..." Ce refrain d'un chant indien se fait l'écho
du rôle essentiel joué par les animaux dans les chants indiens,
dans leurs légendes et leur vie de tous les jours. Des esprits des
animaux, qui souvent prenaient des formes humaines, venaient
la sagesse et la puissance.
Au cinéma :
J'aurai voulu vous conseiller des Westerns
qui tournent spécifiquement autour du rapport entre le cheval
et l'Indien mais je n'en connais pas. Par contre voici quelques Westerns qui
prennent résolument partis pour les Indiens contre les Blancs, même
s'ils restent caricaturaux:
- Little Big Man, 1970, de Arthur Penn avec Dustin Hoffmann, où
l'on voit le général Custer critiqué, ridiculisé
et accusé de génocide envers les Indiens.
- Danse avec les loups, 1990, de et avec Kévin Kostner qui joue
un officier choisissant de vivre isolé aux confins des territoires Sioux.
- Un homme nommé cheval, 1969, de Elliot Silverstein: un anglais
est capturé par les Sioux, il devient l'un des leurs, mais la tribu est
massacrée par les Blancs. Une curiosité.
Les indiens Navajos aujourd'hui (par Laurence):
A la différence des Indiens des plaines qui ont du totalement
abandonner leur mode de vie nomade et leurs territoires ancestraux, les Navajos
sont restés (ou plutôt revenus après la "longue marche" et un internement forcé
à la fin du siècle dernier) sur leurs terres sacrées dans la réserve de "Four
Corners" ("à cheval" sur 4 états américains, Arizona, Nouveau Mexique, Colorado
et Utah, je crois), la plus grande des réserves indiennes, qu'ils partagent
avec les Hopis, les Pueblos et d'autres indiens du Sud-Ouest. Les Navajos ont
conservé pour une grande partie leur langage (qui servit de code secret aux
américains durant la seconde guerre mondiale) et leur mode de vie traditionnel
basé sur l'élevage des moutons.
Les Navajos possèdent de nombreux chevaux qu'ils utilisent pour se déplacer et garder les troupeaux dans le paysage semi-désertique de la réserve et que l'on peut y voir paître en toute liberté (les seules barrières sont le long des routes pour éviter les collisions avec les véhicules à moteur). Le cheval tient toujours une place centrale dans la culture Navajo aujourd'hui. Le peuple Navajo, ou plutôt Dineh comme ils s'appelle lui-même, subsiste principalement grâce à l'élevage, à l'artisanat (bijoux, peintures de sable, tissages) et au tourisme. Les visiteurs du célèbre et magnifique site de la Vallée des Monuments, géré par les Navajos au coeur de la réserve, peuvent y faire des balades à cheval.
Quant aux films sur les Indiens, je vous conseille "Phoenix Arizona", "Smoke signals" en VO, un excellent road moovie réalisé et joué par des amérindiens qui témoigne des décalages que les jeunes des réserves vivent actuellement, "à cheval", une fois de plus, entre deux cultures, la rouge et la blanche. On n'y voit pas de chevaux mais c'est vraiment un bon film, peut-être le seul, sur les Indiens d'Amérique de notre époque.
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