Les réalisateurs et les scénaristes

DES CINÉASTES OCCUPÉS…

DES CINÉASTES OCCUPÉS…

 

 

JEAN-PAUL LE CHANOIS (DREYFUS)
Le Chanois occupe une place très personnelle dans le cinéma français. Cest un cinéaste engagé, pour ne pas dire militant. Membre du PCF, il participa en 1936, avec un collectif (Renoir, Bexker Swoboda etc.), au film LA VIE EST A NOUS sur le front populaire, puis en 1937, il réalise sur le même thème LE TEMPS DES CERISES dont le titre fait référence à la célèbre chanson de la Commune de Paris de 1870. Il fait aussi un documentaire sur la révolution espagno, ESPAGNE 1936. Jean-Paul Le Chanois est passé par tous les stades du métier: scénario, adaptation, dialogue, montage, direction de production. C'est ainsi qu'on le retrouve curieusement, travaillant à la Continentale pendant l'occupation, lui, juif et communiste. Il paraitraît que Greven ne le considérait pas comme juif, sa mère ne l'étant pas…
Ceci ne lui évita pas cependant des ennuis de courte durée à la fin de la guerre et des ennuis avec ses camarades du parti lors de l'"épuration" du cinéma français. Dieu reconnaîtra les siens… A la Continental, Le Chanois écrit surtout pour Maurice Tourneur (LA MAIN DU DIABLE(1943), CÉCILE EST MORTE(1944)) et le prolifique Richard Pottier (8 HOMMES DANS UN CHATEAU(1942), PICPUS(1943).
Après la guerre, il écrit l'adaptation de LA DAME D'ONZE HEURE(1947), réalisé par son copain assistant à la Continental, Jen Devaivre. Comme réalisateur, Le Chanois continue sur sa lancée sociale parfois avec sérieux (LE CAS DU DOCTEUR LAURENT(1957) sur l'accouchement sans douleur, SANS LAISSEZ D'ADRESSE(1951) sur les filles mères) et parfois avec humour (L'ÉCOLE BUISSONIÈRE(1948) sur une nouvelle pédagogie et AGENCE MATRIMONIALE(1952) sur la solitude des cours…). Mais Le Chanois est surtout connu pour deux énormes succès populaires PAPA,MAMAN, LA BONNE et MA FEMME ET MOI(1954) écrits avec verve par Marcel Aymé et interprété par Robert Lamoureux et Gaby Morlay. En 1958, il signe une x° mouture des MISÉRABLES avec Gabin, version académique qui n'est pas la meilleure du genre malgrè la présence de Bourvil et Blier.
La fin de sa carrière correspond à la montée de la nouvelle vague et est plutôt tristounette, il tourne son dernier film en 1966 LE JARDINIER D'ARGENTEUIL, un Gabin sur mesure peu original.

MAURICE TOURNEUR (THOMAS)
Un grand Monsieur du cinéma français. Fils d'un bijoutier juif, il fut tour à tour illustrateur de livres, assistant sculpteur chez Rodin, acteur puis réalisateur, en France de 1912-1914, puis de 1927 à 1948 (dont un film réalisé en Allemagne) et, fait rarissime, aux USA de 1914-1927. Sa filmographie est impressionante, le cinéaste passant avec aisance d'un genre à l'autre. Comédie, mélo, drame historique, fantastique, Tourneur y assure une maîtrise totale et une direction d'acteur (dont les plus grands des deux côtés de l'Atlantique) rigoureuse et sensible. En dehors de LA MAIN DU DIABLE, nous retiendrons VOLPONE(1939), SAMSON(1936) et le très sombre et original VAL D'ENFER(1943) avec un jeune débutant: Jean Marais.
Maurice Tourneur nous a laissé un autre héritage important pour le cinéma: Jacques, son fils, lui aussi réalisateur, qui devint une star de la série B aux USA avec des films aussi mythiques que LA FÉLINE(1942), bijou du fantastique ou encore BERLIN EXPRESS(1948) et OUT OF THE PAST(1947) modèles de films noirs.

RICHARD POTTIER (Ersnt DEUTSH)
Ce hongrois à l'accent pittoresque (comme son collègue Michael Curtiz émigré aux USA) est un artisan type du cinéma, passant d'un genre à l'autre, réalisant avec qualité, mais manquant parfois de vision et d'ambition artistique. Il réalisa 5 films sous les couleurs de la Continental dont, LES CAVES DU MAJESTIC(1945), un Maigret avec Albert Préjean dont on voit le tournage cocasse dans LAISSEZ-PASSER. Il s'était fait remarquer avant la guerre par un film d'anticipation formidable, LE MONDE TREMBLERA(1939), co-écrit par Clouzot. Ses œuvres sous l'occupation sont de bons films commerciaux, bien menés. Après la guerre l'éclectique Richard Pottier continue de tourner, surtout des comédies comme CAROLINE CHÉRIE(1950) avec Martine Carol qui fut un énorme succès, et des films musicaux archi-Kitchs avec Luis Mariano. Pottier termina sa carrière au début des années soixante en Italie dans la grande période du peplum. Son dernier film en 1964 s'intitule DERNIER TIERCÉ… Il est décédé en 1994.

JEAN-DEVAIVRE :
C'est l'un des deux personnage au centre du film de Tavernier, il né à Boulogne-Billancourt où, curieusement, il travaillera plus tard aux studios de cinéma… Jean Devaivre est le second personnage principal du film de Bertrand Tavernier. Assistant-réalistateur réputé et apprécié, il finit par accepter de travailler à la Continental malgrè son rôle dans la résistance. Il asssita Tourneur sur LA MAIN DU DIABLE(1942), Cayatte sur AU BONHEUR DES DAMES(1943), Pottier sur LES CAVES DU MAJECTIC. Il passa à la réalisation en 1945 avec LE ROI DES RESQUILLEURS et surtout en 1947 avec LA DAME D'ONZE HEURE, un excellent polar avec un Paul Meurisse en pleine forme qui annonce le futur personnage du MONOCLE. Retenons aussi LA FERME DES SEPT PÉCHÉS(1948) dont l'action se déroule pendant la Restauration, sur l'assasinat du journaliste Paul-Louis Courier dont la mise en scène est rigoureuse. La suite de la carrière de Devaivre n'a rien d'exceptionnel. Elle se termina en 1957, dix ans après son début. Dans cette période Devaivre reprit le flambeau de Pottier sur des suites des aventures de "Caroline" et réalisa un film au titre curieux : MA FEMME, MA VACHE ET MOI… dont le titre évoque les films de Le Chanois.

JEAN AURENCHE et PIERRE BOST:
Aurenche est le second personnage principal de LAISSEZ PASSER. Il commença dans le cinéma comme réalisateur de publicités et de documentaires. Il commença à écrire pour le cinéma en 1936. Avec Bost au début de 1943 il commencèrent à écrire des scénarii ou des dialogues pour une douzaine de réalisateurs français importants dont Claude Autan-Lara, René Clément et Jean Delannoy. Pierre Bost, lui, était au départ éditeur de magazines, écrivain de romans et de pièces de théâtre avant de passer au cinéma en 1942 pendant l'occupation.
Les deux compères, séparés ou ensemble, signèrent ainsi quelques très grands films de l'histoire de notre cinéma. Ne retenons que nos préférés, tant les filmographies sont longues: DOUCE(1943), LA SYMPHONIE PASTORALE(1946), LE DIABLE AU CORPS(1946), LE ROUGE ET LE NOIR(1954), GERVAISE(1956), LES ORGUEILLEUX(1943 et bien évidemment LA TRAVERSÉE DE PARIS(1956)!
Leur style rigoureux, léger,acerbe, souvent décapant, parfois romantique appartient à ce que la Nouvelle Vague a démoli fort injutsement sous le nom de "qualité française"… Les années 60 virent un creux quantitatif et qualitatif dans la carrière des deux hommes, exception faite de: LES AMITIÉS PARTICULIÈRES(1964). Notons, dans la filmographie, un travail sur PARIS BRÛLE-T-IL?(1966) de René Clément dont le script fut retravaillé par Gore Vidal (BEN-HUR) et un petit jeune prometteur: Francis Coppola. Ceci na sauva pas le sujet de l'image d'épinal gaulliste…
Bertrand Tavernier relança la carrière de Jean Aurenche dans les années 70 avec L'HORLOGER DE St PAUL(1973), QUE LA FÊTE COMMENCE(1974), LE JUGE ET L'ASSASSIN(1975) et COUP DE TORCHON(1981), une très discutable adaptation du chef-d'œuvre de Jim Thomson, prince du roman noir.
Pour la petite histoire, Jean Aurenche fit l'acteur, en 1984, dans la poussièreuse et académique adaptation de Proust: UN AMOUR DE SWANN!

CHARLES SPAAK
D'origine belge et fils de poète, il débuta dans le métier comme secrétaire du réalisateur Jacques Feyder. Il se mit rapidement à écrire et joua un rôle majeur dans le résurgence du cinéma français des années 30. Proche de Jacques Prévert, il participa à ce qu'on appella le "réalisme poétique" francais et travailla pour les plus grands: Feyder, Renoir et Duvivier. Il réalisa lui-même un long métrage en 1949: LE MYSTÈRE BARTON. Après la guerre, il travailla beaucoup avec Cayatte et Carné.Dans sa prestigieuse filmographie, il est difficile de faire un choix…
La très belle et charmante Catherine Spaak, sa fille, fit une carrière comme actrice en France et en Italie dans les années 60.

 

H.G CLOUZOT :
Un maître incontestable, mais parfois contesté, du cinéma français pendant plus de trente ans. Réputé difficile, exigeant pour ne pas dire plus, le comédien Paul Meurisse le qualifia cependant de "courtois"… Clouzot démarra dans le métier au bas de l'échelle, puis devint scénariste pour passer à la réalisation. Pendant l'occupation, il signa deux films pour la Continental, L'ASSASSIN HABITE AU 21(1942), avec Pierre Fresnay, polar très bien mené à l'ambiance mystério-comique particulièrement réussie, puis le CORBEAU(1943). Le scandale qu'il entraîna de toute part (apologie de la dénonciation, film anti-ftançais, etc.) valut à Clouzot et à son scénariste des sanctions à la fin de la guerre par le comité d'épuration français. Ces bêtises, aujourd'hui dépassées, il reste un chef-d'œuvre de mise en scène, d'une noirceur qui sera la marque de ce grand cinéaste. Clouzot retourna sur les plateaux pour tourner un grand classique QUAI DES ORFÈVRES(1947), où Jouvet tient sans doute son meilleur rôle au cinéma. Mais Clouzot est surtout connu pour deux films de suspens qui sont toujours aussi populaires: LE SALAIRE DE LA PEUR(1953) et LES DIABOLIQUES(1955). Le premier film fut entièrement tourné en France bien que l'action se déroula en Amérique Latine… Ce fut le grand démarrage de Montand. Par contre, ses deux derniers films n'eurent pas, à tord, le même écho. LES ESPIONS(1957) balaye le genre en créant un climat dérangeant et étouffant. On est, avec ce film, aux antipodes des James Bond à venir! Avant sa mort prématurée, Clouzot réalisa son seul film en couleur LA PRISIONNÈRE(1968) dont l'univers visuel s'inspirait magnifiquement de l'art moderne en général et de Vasarély en particulier. Ce cinéaste épidermique et sombre était un grand amateur d'art auquel il rendit hommage par des films non fictionnels. LE MYSTÈRE PICASSO(1956) est sans doute le meilleur film sur la création picturale et ses documents musicaux avec Herbert von Karajan sont le top du genre.

LOUIS CHAVANCE :
Louis Chavance commença sa carrière de scénariste sous l'occupation en travaillant avec les plus grands. Il est cité au générique de LA NUIT FANTASTIQUE(1942) de Marcel L'Herbier dont le scénariste ne prisa guère l'adaptation filmique… Louis Chavance participa à un film fantastique dialogué par Cocteau: LE BARON FANTÔME(1943) avec l'adorable Odette Joyeux. Puis vint le script du CORBEAU dont la première mouture du scénario datait d'avant la guerre, suite à une histoire de lettres anonymes a Tulle. L'accueil du film et les sanctions prises par le comité d'épuration affectèrent particulièrement Louis Chavance et sa carrière. En 1951 Otto Preminger signa un remake américain de ce film sous le titre de LA 13° LETTRE(1951) et qui est, malgrè le côté grinçant du réalisateur, une version très très édulcorée du scénario de Chavance. Après la guerre, celui-ci signa deux grands scénarios : UN REVENANT(1946), chef-d'ouvre de Chritian-Jaque et LA MARIE DU PORT(1949) avec Gabin, considéré bien à tort comme un Carné mineur. Chavance, scénariste brillant, était le peintre de la province, avec son univers clos, intolérant et glauque. Il termina, hélas pour le cinéma français, sa carrière au début des années 50.

LOUIS DAQUIN :
La carrière de Louis Daquin est pour le moins étonnante. "Père" d'un cinéma français réaliste et social, il se fait remarquer en 1941 par NOUS LES GOSSES. Pendant l'occupation il adapta le best-seller de Frizon Roche, PREMIER DE CORDÉE et tourna PATRIE dont le titre ne laisse aucune ambiguïté sur le sujet en France occupée. Sous prétexte de film historique à costumes, Daquin prône clairement l'esprit de résistance. A la libération, il est Secrétaire Général du Comité de Libération du Cinéma Français(CLCF) et tourne son meilleur film: LE POINT DU JOUR, film très réaliste sur les mineurs. L'intransigeance de ses positions politiques et sociales l'obligèrent à quitter la France et il partit tourner en Autriche (étonnant!), Roumanie et Allemagne de l'ouest. il tourna en particulier d'excellentes adaptations de Maupassant (BEL AMI) et de Balzac (LA RABOUILLEUSE avec Madeleine Robinson). Dernier paradoxe de cette carrière étrange: Daquin fut directeur de l'école de cinéma française l'IDHEC de 1970 à 1977…