1981
Elephant man
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Réalisateur : David Lynch Scénario : Christopher De Core Photographie : : Freddie Francis Production : Mel Brooks Musique : John Morris Interprètes : John Hurt, Anthony Hopkins, John Gielgud, Anne Bancroft Durée: 125 min Synopsis : A Londres, à la fin du XIXème siècle, un chirurgien achète un homme à la figure monstrueuse. Ce dernière devient l'attraction des salons. |
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Chris Rodley interroge David Lynch :
Dans le film, il faut attendre un certain temps avant d'avoir la révélation du visage et du corps de John Merrick. Pourquoi? - Ça vient de Mel, en fait. Quand Anthony Hopkins va le voir, j'en montrais plus, et ensuite j'ai repris le montage pour en montrer moins. Je pensais que le compromis était de montrer quelque chose, parce que j'avais l'impression qu'autrement les gens commenceraient à regarder le film trop comme un film d'horreur. Mais Mel avait également raison, plus le film avance, plus on a envie de le voir; l'équilibre était difficile à trouver. On le voit donc la première fois avec Norah, l'infirmière. Ça fonctionne, parce que sa réaction est celle qu'une personne normale aurait, et probablement celle du public aussi. Le problème, c'est qu'on se rappelle de ce qui a été coupé, et que l'esprit n'est plus aussi pur que celui du public; ça devient très dangereux
Vous avez dit que la spécificité d'un lieu repose sur l'accumulation de détails - quelque chose qui réapparaîtra dans Twin Peaks. Quelles ont été vos premières impressions de l’Angleterre et de Londres? - Londres ressemble un peu à LA. Il y a des tas de villes différentes dans Londres. Donc j'ai aimé. J'ai compris l'esprit anglais. Mais pour le film, l'essentiel de mes idées et de mon inspiration venait plus de livres sur Londres que de Londres même; car partout où j'allais, on n'était plus dans l'univers d'Elephant Man. Puis un jour, je suis passé devant un asile pour sans-abri et soudain une sorte de petit souffle est entré en moi, et je me suis retrouvé dans une autre époque - pas seulement à l'époque dont datait le bâtiment - mais dans une époque que je comprenais vraiment! Ça m'a empli d'un savoir et donc d'une confiance qui ne m'ont plus quitté. Je savais à quoi l'époque ressemblait et ça m'était venu grâce à cet asile. Mais ça allait plus loin que l'asile. Peut-être que c'étaient les photos, ou peut-être tout un tas de choses prises ensemble, mais dès ce moment, j'ai su comment j'allais représenter cela. Surtout, ça m'a donné confiance.
Qu'est-ce qui vous a fait tenir, ou rester proche de l'idée de départ ? - Je vais vous dire, ce qui m'a permis de tenir a
surtout été John Merrick - le personnage d'elephant
man. Un type tellement étrange, magnifique et innocent. C'est
surtout ça. Le film tourne tout entier autour de lui. Et aussi l'idée
de Révolution industrielle. On voit des images d'explosions de
grosses explosions - elles m'ont toujours fait penser à ces
excroissances en forme de papilionacés sur le corps de John Merrick.
C'est comme des explosions lentes. Et elles se mettent à grossir en
partant des os. Je ne sais pas ce qui a provoqué l'explosion, mais même
les os explosaient, devenaient de la même texture, et ça finissait
par percer la chair et par produire ces excroissances qui sont de
lentes explosions. Vidée des cheminées d'usine, de la suie et de
l'industrie associées à cette chair a aussi contribué à ce que je
tienne bon. Les êtres humains sont de petites usines. Ils produisent tellement de petits produits. Vidée de quelque chose qui grandirait à l'intérieur, et tous ces fluides, ces changements, et tous ces produits chimiques qui, curieusement, capturent la vie, qui sortent, qui se décomposent et se transforment en quelque chose d'autre... c'est incroyable.
Aimeriez-vous ne pas être impliqué du tout dans cet aspect du cinéma (le succès, la célébrité, la publicité autour des films) ? - Absolument. Je crois qu'il y a des gens qui aiment ça. J'aimerais, pour ma part, que le film sorte, mais pas moi ! Et je crois qu'il faudrait s'impliquer le moins possible dans ce qui se passe autour. C'est un peu comme aller au collège avec ses enfants, vous voyez? Il faut les laisser vivre leur vie, ne pas leur trouver sans cesse des excuses... Il faut les aider, leur filer dix sacs de temps en temps, ou leur dire de ne pas sortir avec telle ou telle fille. Mais il faut les laisser sortir et s'occuper de leur boulot. Il faudrait vivre comme un moine. Je n'y suis jamais vraiment parvenu. Je dois avoir un côté faible; comme les insectes qu'attire la flamme. C'est une faiblesse, bien sûr. [Rires] |
