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SHIVAISME
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LE SACRE DU DRAGON VERT par Éric Baret, Éditions JC Lattès.
Nous vous avons déjà présenté Éric Baret qui a longuement pratiqué le shivaïsme non-dualiste du Cachemire auprès de Jean Klein. Vous vous souvenez sans doute de ses deux précédents ouvrages, excellents, Les Crocodiles ne pensent pas et L'Eau ne coule pas: le yoga de la non-dualité.
Avec ce nouveau livre, recueil d'entretiens, Éric Baret poursuit son approche, le quotidien comme matière de rien.
Si le mot "important" avait un sens en matière d'éveil, nous pourrions qualifier ce livre d'important tant il contribue par ses contre-pieds, ses éclairs tranchants, son refus des faux-fuyants habituels aux spiritualistes de tout bord , à une rupture salutaire avec nos représentations du monde et l'image de nous-même pour laquelle nous combattons à chaque instant de façon maladive.
"Pourquoi vouloir se libérer de la souffrance, de la violence, de la dépression? Ce sont des cadeaux que l'on reçoit pour interroger. Il n'y a rien à changer là-dedans. C'est parce qu'il y a une forme de maturation, d'ouverture que ces cadeaux viennent.
Penser qu'il faut se libérer de la souffrance, se libérer de la violence, c'est cela la violence. C'est une forme d'ajournement.
Il n'y a rien dont on doive se libérer. L'image est absolument nécessaire; quand elle a rempli son rôle, elle s'élimine comme le reste.
Une démarche spirituelle, c'est vivre avec ce qui est là; ce n'est pas chercher à transformer, à changer, à se libérer.
Ces choses font partie de la
psychologie, c'est une fuite en avant.
Il s'agit de vivre avec ce
que l'on ressent et non vivre avec le corps hypothétique, avec
le corps que l'on devrait avoir, que l'on voudrait avoir, mais
avec le corps qui est là. Vivre avec ce qui est ressenti, pas
avec un psychisme hypothétique, tranquille, purifié,
qui devrait être comme ceci et comme cela, qui devrait être
ouvert. Non. Vivre avec ce qui est là: avec l'agitation, la
peur, la dépression. Accueillir ces éléments
amène la transformation. Pas de place pour un quelconque
changement, pour un quelconque cheminement; uniquement vivre avec ce
qui est là. Ce qu'il y a là n'est pas autre chose que
la beauté, mais cela demande à être écouté,
être regardé. Toute tentative pour se libérer,
c'est cela la souffrance."
ARUNÂCHALA, LA MONTAGNE DE SHIVA, par Michel Coquet, Éditions Les Deux Océans.
On se souvient que Michel Coquet avait déjà consacré un livre au Mont Kailash, dont on sait limportance tant pour le boudhisme que lhindouisme. Bien que moins connu, Arunâchala est au sud de lInde ce que le Kailash est au Tibet. Cette colline sacrée est dédiée à Shiva. Comme le Kailash, elle est lobjet dun rite de circumambulation qui conduit de temple en temple, de lieu sacré en lieu sacré, jusquau huit lingas qui indiquent les huit directions de lespace à transcender.
Louvrage analyse chaque site dans son aspect religieux comme dans son aspect plus ésotérique.
Les Deux-Océans, 19 rue du Val de Grâce, 75005 Paris.
SIVA, EROTIQUE ET ASCETISME, par Wendy Doninger, Éditions Gallimard, Bibliothèque des Sciences Humaines.
Voici un ouvrage de la plus haute importance pour ceux qui s'intéressent au shivaïsme, et plus spécifiquement aux alchimies internes, mais aussi pour l'étude de l'Éros dans les religions antiques ou dans le judéo-christianisme.
Shiva, divinité à la fois érotique et ascétique propose la maîtrise de Kama, le désir par l'assouvissement du désir. Shiva réconcilie en lui-même la volonté de jouissance et l'ascèse d'Éveil. Se jouant des antinomies, il passe au-delà des contraires, conduisant à une Liberté Absolue.
Les différents jeux entre les dieux indiquent autant de voies de réalisation, de divinisation, dans laquelle la sexualité trouve enfin la place qui lui revient. Il montre comment conjuguer vie familiale et ascétisme, il réconcilie le maître de maison et l'homme de tapas. Le rôle d'Agni, fondamental est aussi parfaitement mis en évidence, dans sa double fonction de transmutation et de médiation entre le dieu et la déesse.
Ce livre explore tous les aspects de la sexualité, depuis "le désir tout cru de l'autre" jusqu'à l'érotisme divinisé.
L'auteur Wendy Doninger, a succédé à Mircea Eliade à l'Université de Chicago, spécialisée dans la mythologie de l'Inde.
Les Éditions Albin Michel publie dans leur collection Spiritualités vivantes un ouvrage magnifique de Daniel Odier, TANTRA YOGA, le tantra de la "connaissance suprême".
Le shivaïsme du Cachemire constitue une forme traditionnelle remarquablement aboutie, une métaphysique de la liberté sans équivalent de part le monde, en même temps qu'un art de vivre l'Absolu, ici et maintenant.
Daniel Odier nous propose de pénétrer le shivaïsme par l'un de ses textes les plus importants, le Vijnânabhaïrava, écrit au début de notre ère dans l'école shivaïte du Cachemire, école qui nous est connue notamment par les travaux de Lilian Silburn, spécialiste d'Abhinavagupta. Ce texte est considéré comme la "quintessence de tous les tantra". Ce texte qui vise à faire basculer dans l'immédiatement du Réel absolu, rassemble probablement "la somme la plus extraordinaire des moyens yoguiques jamais réunie". Le yoga proposé ici ne laisse de côté aucun aspect de la vie, aucune expérience. Tout est matière à l'oeuvre.
Le pratiquant est invité à une simplification radicale jusqu'à l'Etre, restituant au néant toute dualité. La particularité du shivaïsme, comme de certaines traditions comme le Tchan, le Dzogchen, certaine forme de Kalatchakra, ou certaines formes traditionnelles occidentales, est de confier d'emblée au chercheur l'arcane relatif à l'Absolu. Ainsi l'axiome tantrique nous dit:
"Tu es Shiva
Shiva est le
Soi
Illuminé depuis toujours
Sans naissance, ni
mort
L'Univers est le jeu de la conscience."
Daniel Odier précise:
"C'est à cette non-dualité essentielle que tout l'enseignement se ramène et c'est en ce sens qu'il n'y a dans le tantrisme shivaïte, au sens absolu:
-ni divinité hors de soi;
-ni voie à
parcourir pour atteindre la délivrance;
-ni souillure, ni
purification;
-ni dualité, ni non-dualité;
-ni
rituel, ni pratique;
-ni lien ni libération.
Il suffit
de reconnaître spontanément le Soi."
L'ouvrage est divisé en trois parties. La première partie propose au lecteur le texte non commenté afin d'autoriser une rencontre libre et authentique avec le texte et ce qu'il porte en lui d'absoluité. La deuxième partie présente le texte dans son contexte shivaïte et rappelle les fondamentaux du shivaïsme, notamment la notion de lignée. La troisième partie constitue un commentaire du Vijnânabhaïrava. Les commentaires sont de deux ordres, métaphysique et pratique, que l'on aurait tort d'opposer, car métaphysique et pratique sont un. Ce sont les points essentiels de toute "voie du réel" qui sont ici identifiés, yoga de l'espace et de la lumière, yoga de l'obscurité, yoga des sens, yoga du rêve, yoga de l'extase originelle, yoga du feu, yoga de la non-dualité, kundalini-yoga,.
Après la conclusion, hymne à Shakti, Daniel Odier rappelle ce qu'est la voie du tantrika, voie simple et difficile, dans un monde qui aime ce qui est facile et complexe.
"Moi, Lalla, en mon coeur
J'ai
franchi la porte du jardin.
O joie! J'ai touché Shiva et
Shakti enlacés
Et j'ai bu le nectar au lac de leur
extase.
Vivante, morte au monde, vivante!
Une fois le
soleil couché, la lune se dessine.
La lune disparue, la
Conscience demeure.
La Conscience allée, reste la
spatialité.
Les trois chants: frémissement de
vie,
liberté sacrée et béatitude s'y
dissolvent.
Comme la lune allait disparaître
J'ai
chanté la folie de mon coeur tourmenté
mis à
nu par l'amour de Shiva.
J'ai crié: Je cherche la vérité!
Je cherche la réalité!
Le rubis du Soi éveillé,
je m'y suis absorbée
et mon corps est devenu le réceptacle
du divin."
Extraits de Lalla, Chants mystiques du tantrisme cachemirien, à paraître au Seuil, Points Sagesse, présentation et traduction Daniel Odier.
DESIRS, PASSIONS & SPIRITUALITE, L'UNITE DE L'ETRE de Daniel Odier, Editions J.C. Lattès.
Nous vous avons à plusieurs reprises, et avec insistance conseillé les ouvrages de Daniel Odier, animateur du Centre Tantra/Tchan, dont l'indispensable Tantra Yoga, le tantra de la connaissance suprême chez Albin Michel.
Le titre assez général, et somme toute humaniste, de ce nouveau livre cache en fait un véritable enseignement shivaïte à travers l'une des expériences majeures de l'être humain, celle du désir, expérience rejetée souvent par les religions, détournée par les nombreux mirages de nos sociétés contemporaines. Daniel Odier nous rappelle que Sans le corps , il n'y aurait pas d'interrogation philosophique ou métaphysique, il n'y aurait pas de créativité, pas de Dieux, pas d'extase, pas de yoga. Le corps a enfanté l'absolu et les tantrike en revenant à l'embryon, retrouvent l'absolu en eux-mêmes dans un constant jaillissement de la conscience.
A travers l'ascèse lumineuse du tantrisme shivaîte, où la célébration de la femme est essentielle, l'être se complète lui-même jusqu'à une totale liberté qui ne rejette rien du monde et des mondes:
Plutôt que de tendre vers un objectif comme celui de se libérer du désir, qui est un désir lui-même, vous allez entrer dans un espace vierge où la liberté fondamentale de votre conscience va affleurer peu à peu. En vous glissant dans le flux de la vie, vous allez faire l'expérience joyeuse et lumineuse dont parlent les maîtres tantriques. Vous allez enfin être présent à la réalité, non pas à vos objectifs, et, sans cette réalité sans ombre et sans masques, vous allez peu à peu découvrir l'infini. Alors vous ne serez plus qu'amour et source. Tout ce qui coule est bon È, ai-je entendu dire un jour.
La présence s'établit de plus en plus fermement et conduit à ce que le dernier chapitre du colossal Avatamsaka sutra nomme: l'entrée dans le royaume de la Réalité.
Le sage est alors capable d'agir avec la fulgurance de l'éclair car la pensée dualisante ne le paralyse plus. Ses actes sont instantanés et porteurs de lumière, c'est ce qu'on appelle le non-agir. La sixième conscience est court circuitée, l'inconscient n'est plus ensemencé, tout le frémissement des sens vient constamment réjouir la conscience duquel tout mouvement émane."
Tous ceux qui ont pratiqué le tchan, le dzogchen, mahamoudra, le shivaïsme, ou certaines rares pratiques équivalentes se retrouveront dans cette approche directe du Réel. Les autres auront là l'occasion de faire céder quelques crispations indésirables.
Editions JC Lattès, 17 rue Jacob, 75006 Paris.
LA LUMIERE SUR LES TANTRAS, chapitres 1 à 5 du Tantraloka d'Abhinavagupta, traduits et commentés par Lilian Silburn et André Padoux, Publications de l'Institut de Civilisation Indienne, fascicule n¡66. Diffusion De Boccard.
Cette traduction est le dernier volet de l'Oeuvre magnifique de Lilian Silburn, la grande spécialiste d'Abhinavagupta. Pendant des années elle a voulu la traduction du Tantraloka avec le commentaire de Jayaratha. Ce traité indispensable à la connaissance du shivaïsme du Cachemire est composé de douze volumes. Devant l'ampleur de la tâche, Lilian Silburn se concentra sur les cinq premiers chapitres. Le chapitre premier est général et introductif, les quatre chapitres qui suivent traitent des quatre voies. Le lecteur y trouvera les fondements, l'essence de toute initiation au Réel.
La Lumière sur les Tantras est une oeuvre considérable d'Abhinavagupta, le grand maître cachemirien qui vécut vers la fin du Xe siècle et au début du XIe siècle. Ce philosophe avait intégré à la fois les connaissances d'un brahmane érudit, les systèmes de pensée traditionnels et la pensée bouddhiste. Mais Abhinavagupta était avant tout shivaïte, d'un courant tantrique non dualiste. Dans ce texte, il parle de l'approche tantrique, il parle des voies d'éveil, et nous fait partager sa profonde expérience du Réel. Ce livre est un référent indispensable pour approcher l'un des courants les plus élaborés du shivaïsme. Vous trouverez notamment dans cet ouvrage beaucoup de l'enseignement sur la métaphysique des lettres qui est à la base tant de la cosmogonie que des pratiques shivaïtes, des alchimies internes aux rituels quotidiens.
AGHORA I, La voie de la main gauche de Robert E. Svoboda, Éditions du Relié.
Ce livre dérange avec bonheur. Il bouscule les préjugés bourgeois qui prédominent dans les milieux spiritualistes occidentaux, mais aussi orientaux, et invite à rompre avec toutes les représentations qui ne sont pas nées de l'expérience propre.
Un aghori est un adepte d'une discipline spirituelle appelée Aghora. Le livre relate l'histoire de l'Aghori Vimalananda. Il tend à démontrer que ce n'est pas tant ce que nous faisons que la manière dont nous le faisons qui importe pour l'éveil. Aghora, considéré ici comme l'apothéose du Tantra consiste en la transformation énergétique de l'obscurité en lumière, le passage de l'opacité de la personnalité individuelle limitée à la Luminescence de l'Absolu.
Tout au long du livre, l'expérience de Vimalananda nous démontre que ce n'est pas ce que l'on fait, mais la manière dont on le fait, qui est porteur d'éveil. Aghora nécessite une pureté et un détachement sans faille. Le shivaïsme présenté ici est très éloigné de celui présenté dans les universités qui n'ont jamais été en mesure d'appréhender cette expérience absolue du réel qui échappe à toutes les normes et tous les modèles.
Vimalananda vit totalement le jeu de Shiva et de Shakti. A travers les déesses les plus terrifiantes c'est toujours la Mère Divine qu'il contemple.
"Le Shiva ultime n'a ni forme, ni attributs, ni rien. Si vous aspirez à l'ultime, vous ne pouvez espérer vous encombrer de la forme. Souvenez-vous, toutes les formes, même celles de Shiva, existent dans l'univers manifesté, qui n'est rien d'autre que l'Adya Shakti. Lorsque vous êtes prêt à aller au-delà de Shakti vers Shiva, vous devez être disposé à vous détourner de la forme pour aller au-delà de tout. Et c'est pour cela que je ne cesse de dire: Vénérez Dieu d'abord avec la forme, et seulement après, dirigez-vous vers l'Absolu Sans Forme. Convertissez votre moi en votre divinité pour que votre ego s'identifie avec la forme de la divinité et non avec la vôtre, et ensuite votre divinité peut vous porter vers l'Ultime."
Un chapitre de l'ouvrage est consacrée à la sexualité et à l'immortalité. De nombreuses informations et de nombreux avertissements sont donnés sur les différentes voies afin d'éviter de tomber dans la génitalité, et de dépasser les limites nées du karma et de Rnanubandhana, pour se préparer à Amrita.
Ce livre est sans conteste l'un des meilleurs sur le sujet du Tantra, mais son contenu intéresse tous ceux qui sont concernés par l'éveil.
Éditions du relié, BP 30, 84220 Gordes.
LE BANQUET DE SHIVA, pratiques et philosophie du yoga tantrique des Natha-Yogin de Christian Tikhomiroff, Éditions Dervy.
Le hatha-yoga, très connu en Occident est issu d'une tradition que nous connaissons fort mal, celle des Natha-Yogin. Il suffira, pour dire l'importance de cette lignée considérée parfois comme la plus ancienne du Shivaïsme, de rappeler qu'Abhinavagupta, la grande figure du Shivaïsme du Cachemire, auteur du célèbre Tantraloka, rendit ainsi hommage au premier des maîtres natha : "Je rends également hommage à Macchendranatha qui a ôté le filet de maya s'étendant partout, fait de noeuds, de vides et de complexité.".
Le livre présente largement les techniques et plus succinctement la philosophie et la métaphysique des Natha-Yogin. Ce banquet se présente donc en deux parties, la première théorique et la seconde consacrée aux pratiques particulières à cette voie. Les postures, si importante dans le hatha-yoga, sont présentées ici comme un autre regard, une invitation à vivre à contre-courant pour saisir la verticalité de la vie. Le pranayama, science et art du souffle, permet les états de conscience accrue, et libère des conditionnements : "Sur le plan de la personnalité, ce travail va correspondre à une "mise à mort", la mise à mort de l'instabilité mentale, des contenus affectifs et karmiques ainsi que des fonctionnements entretenant ces contenus.". L'auteur aborde ensuite la question des mudra, considérés comme fermetures hermétiques : "Les mudra (gestes) sont des "fermetures" ayant pour fonction de concentrer souffles et énergies dans les différents corps du yogin. Elles installent aux différents degrés de la matière et de l'énergie, l'étanchéité hermétique capable de réaliser l'alchimie interne. Le mental lui-même se trouve pris dans le filet tendu d'un adhara à l'autre par les mudra. Leur absence rend sans effet la pratique classique des postures, de la respiration et de la concentration, les transformant en un entraînement osteo-articulaire et neuro-physiologique." Enfin Christian Tikhomiroff traite de la concentration et de la méditation.
Le livre est difficile car technique mais il intéressera notamment ceux qui veulent trouver l'essence du hatha-yoga comme ceux qui veulent découvrir l'une des nombreuses facettes du Shivaïsme. A aucun moment l'auteur ne perd de vue la finalité du Shivaïsme, finalité de toute voie réelle : "Loin des transes bâclées de notre myopie humaine et de notre surdité spirituelle, il nous faudra peut-être envisager un jour de nous confronter à notre propre destin solitaire, quand bien même il nous faille l'accomplir en communauté. A cet instant, nous serons prêt pour participer au grand banquet de la Conscience, celui de Shiva."
Éditions Dervy, 17 rue Campagne Première, 75014 Paris.
LES QUATRE SENS DE LA VIE de Alain Daniélou, Editions du Rocher.
Cette réédition est judicieuse. Ce livre est en effet l'un des meilleurs pour appréhender le remarquable et très incompris système social des hindous et la manière dont cette vie sociale s'inscrit dans la vie des dieux.
La société hindoue est multiraciale et multiculturelle. Même si les applications des principes fondamentaux qui régissent la vie sociale hindoue ne sont pas parfaites, elles apparaissent comme une réponse possible à des problèmes que la civilisation moderne occidentale est incapable de régler.
Voici comment Alain Daniélou introduit cet ouvrage de référence :
"La vie de l'homme, individuelle
ou collective, apparaît, selon la conception hindoue, régie
sous toutes ses formes par le nombre 4 et présente donc
toujours quatre aspects. Il y a d'abord les quatre périodes
d'évolution de tous les êtres; enfance, jeunesse,
maturité, vieillesse. Durant chacune de ces périodes
prédomine l'un des quatre buts de la vie, qui sont la vertu,
le plaisir, le succès et la libération. Par vertu
(dharma) on entend l'art du comportement conforme aux données
propres à chaque être. La vertu est donc l'observance
d'un code de conduite déterminé pour chacun par sa
nature et sa naissance. Les vertus d'un roi ne sont pas les mêmes
que celles d'un artisan et leur réalisation dépend dans
une large mesure de l'éducation de l'enfant. Ensuite viennent
les plaisirs des sens (kâma) dont chacun doit réaliser
la plénitude dans la jeunesse. Durant l'âge mur chacun
doit se réaliser sur le plan social, obtenir le succès,
les biens, la richesse, le pouvoir qui constituent le troisième
but (artha). Le quatrième but, la réalisation
spirituelle, liée au renoncement et aboutissant à la
libération (moksha), doit prédominer dans le
quatrième âge, la vieillesse. Toutefois durant aucun des
âges de la vie on ne peut réaliser pleinement l'un de
ces buts si l'on néglige les autres.
Un lien étroit
existe entre le plaisir et la libération d'une part et la
vertu et le succès de l'autre. L'amour conduit à la
sagesse et la vertu au succès matériel. Les premiers
sont antisociaux, libérateurs, déraisonnables, les
deuxièmes nous attachent au monde et à la société
des hommes."