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BÉRÉNICE
Eh bien ! Régnez cruel ; contentez votre gloire : Je ne dispute plus. J'attendais, pour vous croire, Que cette même bouche, après mille serments D'un amour qui devait tous nos moments, Cette bouche à mes yeux s'avouant infidèle, M'ordonnât elle-même une absence éternelle. Moi-même j'ai voulu vous attendre en ce lieu. Je n'écoute plus rien : et pour jamais, adieu. Pour jamais ! Ah ! Seigneur, songez-vous en vous-même Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ? Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous, Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ? que le jour recommence et que le jour finisse, Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice, Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ? Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus ! L'ingrat, de mon départ consolé par avance, Daignera-t-il compter les jours de mon absence ? Ces jours si longs pour moi lui sembleront trop courts.
TITUS
Je n'aurai pas, madame, à compter tant de jours : J'espère que bientôt la triste renommée Vous fera confesser que vous étiez aimée Vous verrez que Titus n'a put sans expirer...
BÉRÉNICE
Ah ! Seigneur, s'il est vrai pourquoi nous séparer ? Je ne vous parle point d'un heureux hyménée : Rome à ne plus vous voir m'a t-elle condamnée ? Pourquoi m'enviez-vous l'air que vous respirez ?
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