Le vieux chat et la jeune souris

Texte n°13/20

Le vieux chat et la jeune souris,
Jean de La Fontaine

LE VIEUX CHAT ET LA JEUNE SOURIS

Une jeune souris, de peu d'expérience,
Crut fléchir un vieux chat, implorant sa clémence,
Et payant de raison le Raminagrobis :
"Laissez-moi vivre, une souris
De ma taille et de ma dépense
Est-elle a charge dans ce logis ?
Affamerais-je, à votre avis,
L'hôte, l'hôtesse, et tout le monde ?
D'un grain de blé je me nourris :
Un noix me rends toute ronde.
A présent je suis maigre ; attendez quelque temps.
Réservez ce repas à Messieurs vos enfants."
Ainsi parlait au chat la souris attrapée.
L'autre lui dit : "tu t'es trompée :
Est-ce à moi que l'on tient de semblables discours ?
Tu gagnerais autant de parler à des sourds.
Chat, et vieux, pardonner ! Cela n'arrive guères
Selon ces lois, descends là-bas,
Meurs et va-t'en tout de ce pas,
Haranguer les sœurs filandières.
Mes enfants trouveront assez d'autres repas"
Il tint parole ; et, pour ma fable,
Voici le sens moral qui peut y convenir :
La jeunesse flatte, et croit tout obtenir ;
La vieillesse est impitoyable.

Jean de La Fontaine, Fables,
Livre X, fable 5, 1693

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