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ARNOLPHE Pourquoi ne m'aimer pas, madame l'imprudente ?
AGNÈS Mon Dieu ce n'est pas moi que vous devez blâmer Que ne vous êtes vous, comme lui fait aimer ! Je ne vous en ai pas empêché, que je pense.
ARNOLPHE Je m'y suis efforcé de toute ma puissance ; Mais les soins que j'ai pris, je les ai perdus tous.
AGNÈS Vraiment, il en sait plus que donc là-dessus plus que vous ! Car à se faire aimer, il n'a point eut de peine.
ARNOLPHE à part. Voyez comme raisonne et répond la vilaine ! Peste ! Une précieuse en dirait-elle plus ? Ah ! je l'ai mal connue ; ou ma foi la dessus Une sotte en sait plus que le plus habile homme. La belle raisonneuse, est-ce qu'un si long temps Je vous aurai pour lui nourrie à mes dépends?
AGNÈS Non, il vous rendra tout jusqu'au dernier double.
ARNOLPHE, bas, à part Elle a de certains mots où mon esprit redouble. Haut Me rendra t-il, coquine, avec tout son pouvoir, Les obligations que vous pouvez m'avoir ?
AGNÈS Je ne vous en ai pas d'aussi grandes qu'on pense
ARNOLPHE N'est-ce rien que les soins d'élever votre enfance ?
AGNÈS Vous avez la dedans bien opéré vraiment, Et m'avez fait en tout instruire joliment ! Croit-on que je me flatte, et qu'enfin dans ma tête, Je ne juge pas bien que je suis une bête ? Moi-même j'en ai honte et dans l'âge où je suis, Je ne veut plus passer pour sotte, si je puis.
ARNOLPHE Vous fuyez l'ignorance, et voulez quoique il coûte, Apprendre du blondin quelque chose ?
AGNÈS Sans doute. Car c'est de lui que je sais ce que je puis savoir ; Et beaucoup plus qu'a lui je pense le devoir.
Molière, l'École des femmes, Acte V, scène 4 (1662)
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