chats_baudelaire4
Le Chat
Dans
ma cervelle se promène,
Ainsi
qu'en son appartement,
Un
beau chat, fort, doux et charmant.
Quand
il miaule, on l'entend à peine,
Tant
son timbre est tendre et discret;
Mais
que sa voix s'apaise ou gronde,
Elle
est toujours riche et profonde.
C'est
là son charme et son secret.
Cette
voix, qui perle et qui filtre
Dans
mon fonds le plus ténébreux,
Me
remplit comme un vers nombreux
Et me
réjouit comme un philtre.
Elle
endort les plus cruels maux
Et
contient toutes les extases;
Pour
dire les plus longues phrases,
Elle
n'a pas besoin de mots.
Non,
il n'est pas d'archet qui morde
Sur
mon cœur, parfait instrument,
Et
fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,
Que
ta voix, chat mystérieux,
Chat
séraphique, chat étrange,
En
qui tout est, comme en un ange,
Aussi
subtil qu'harmonieux!
De sa
fourrure blonde et brune
Sort
un parfum si doux, qu'un soir
J'en
fus embaumé, pour l'avoir
Caressée une fois, rien qu'une.
C'est
l'esprit familier du lieu;
Il
juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire;
Peut-être est-il fée, est-il
dieu?
Quand
mes yeux, vers ce chat que j'aime
Tirés comme par un aimant,
Se
retournent docilement
Et
que je regarde en moi-même,
Je
vois avec étonnement
Le
feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales
Qui
me
contemplent fixement.
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Charles Baudelaire
Les fleurs du mal
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