Dirigeant du Parti radical
Conseiller municipal, puis président du Conseil municipal de Paris en 1875, il est élu député du XVIIIe arrondissement de Paris en 1876. Le « programme de Montmartre », sur lequel il se fait élire, comporte certaines mesures fondatrices de la IIIe République : suppression de létat de siège, instruction primaire obligatoire et laïque, séparation de lÉglise et de lÉtat. Réélu à la Chambre en 1877, il quitte les opportunistes et rejoint le mouvement dextrême gauche à lorigine du Parti radical, dont il devient rapidement le dirigeant. Cest à cette époque quil acquiert sa réputation de « tombeur de ministères », ce qui ne lempêche pas de refuser tout portefeuille ministériel. Il contribue ainsi, par ses qualités dorateur virulent et par son habileté politique, à la chute des cabinets Gambetta (1882) et Ferry (1885) sur la politique coloniale. Patriote convaincu, il considère en effet la colonisation comme un fardeau plutôt que comme un moyen de développer la puissance française. Il exprime ses idées républicaines et anticoloniales dans le journal, la Justice, quil fonde en 1880, et dont il demeure le rédacteur en chef durant vingt ans. Il devient député du Var à partir de 1885. Après avoir soutenu le général Boulanger en 1886, il se retourne contre lui en raison de ses aspirations à la dictature. Écarté de la scène politique par sa défaite aux élections de 1893 à la suite de sa compromission dans le scandale de Panamá, Clemenceau revient au premier plan à la faveur de laffaire Dreyfus. Cest lAurore, quil crée en 1897, qui sert cette fois de tribune à ses campagnes anticléricales et prodreyfusardes, publiant notamment le célèbre « Jaccuse » dÉmile Zola, en janvier 1898, adressé au président de la République. Il fonde également lhebdomadaire le Bloc, qui paraît de 1900 à 1902.
Président du Conseil
En 1902, Clemenceau, qui sest vivement opposé à lexistence de la Chambre haute, est élu sénateur du Var, et siège de nouveau parmi les membres de lextrême gauche, malgré des positions de plus en plus modérées. En mars 1906, il accepte le portefeuille de lIntérieur, avant daccéder à la présidence du Conseil en octobre. Il poursuit la séparation de lÉglise et de lÉtat menée par ses prédécesseurs, et opère un rapprochement avec les Britanniques. Il se heurte cependant à de violents mouvements sociaux dans les mines du Pas-de-Calais, puis chez les vignerons du Midi, les instituteurs, les fonctionnaires et mêmes les militaires. Devenu le « premier flic de France », ou encore « briseur de grève », il les réprime par la force. Sa fermeté fait de lui une figure de proue de la vie politique française, mais lui aliène le soutien des socialistes. Il est donc renversé en juillet 1909. De nouveau élu sénateur en 1911, il ne cesse dattaquer les différents ministères qui lui succèdent. Il encourage vivement leffort de guerre, et dénonce, aussi bien au Sénat que dans lHomme libre, le journal quil fonde en 1913, les agissements de lAllemagne et linefficacité de larmée française. Lorsque la guerre éclate en 1914, son journal est censuré et reparaît deux jours plus tard sous le nom de lHomme enchaîné.Le « Père la victoire »
Son patriotisme permanent, durant toute la période des hostilités, lui vaut dêtre rappelé à la présidence du Conseil par Poincaré en novembre 1917. Désormais surnommé le « Tigre », il conduit, par son charisme et son énergie infatigable, le pays à la victoire et atteint lapogée de sa popularité. À lencontre de toutes les oppositions, il nomme Ferdinand Foch maréchal de France et place le commandement allié entre ses mains. À la signature de larmistice, le 11 novembre 1918, le « Père la victoire » persiste dans son refus de tout compromis avec les Alliés anglais et américains sur le sort de lAllemagne, insistant pour que lui soit ôté tout moyen de constituer la moindre menace. Présidant la conférence de la paix qui aboutit au traité de Versailles en 1919, il prend position, contre Lloyd George et Wilson, pour le désarmement de lAllemagne, loccupation dune partie de son territoire et de lourdes réparations. Malgré son immense popularité, il est largement battu par Paul Deschanel à lélection présidentielle de janvier 1920, le Parlement lui reprochant ses tendances autoritaires. Clemenceau se retire alors de la vie politique, tout en poursuivant ses activités décrivain et dorateur. Il entame une tournée aux États-Unis en 1922, et écrit plusieurs ouvrages, parmi lesquels Au soir de la pensée (1927) et Grandeurs et Misères dune victoire, publié en 1930 à titre posthume. Figure majeure de la IIIe République, Georges Clemenceau meurt le 24 novembre 1929, après avoir occupé la scène politique pendant près dun demi-siècle.