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Les
ouvriers à la fin du siècle dernier
En 1906, au moment d'une phase de prospérité, les
ouvriers représentent le deuxième secteur d'emploi
(31,6
% de la population active
pour 43 % dans le primaire). Les effectifs se sont accrus pendant
tout le siècle.
Le nombre des femmes ouvrières est important. Une spécialisation
selon les branches s'opère avec une prédilection
des femmes pour le textile.
La fin du siècle voit la disparition partielle de formes
de travail plus proche de l'artisanat au profit d'une concentration
du capital.
Le textile est le premier secteur (avec
40 % de la population ouvrière) puis vient la métallurgie (15,2 %) et le bâtiment (13,6 %). L'ouvrier du textile
travaille dans des unités moyennes d'environ 200 personnes
tandis que les grosses structures se rencontrent dans la métallurgie,
les mines ou l'automobile.
Géographie
des grandes zones industrialisées et mobilités
Elle se simplifie
: 14 départements regroupent 50 % de l'activité.
La France ouvrière est la France du Nord et du Nord-Est, celle des grandes villes dont
Paris et Lyon.
La mobilité
ouvrière
se modifie avec l'arrivée de travailleurs italiens qui
opèrent dans des secteurs rejetés par les Français
: mines de fer, chimie, travaux de force. On assiste au développement
concomitant de la xénophobie. Il y a de surcroît
une grande diversité des départements d'origine
des ouvriers dans les grandes villes. À Orléans,
par exemple, 42 % seulement des ouvriers sont nés dans
la ville.
La
reproduction familiale
reste le plus courant destin : un fils d'ouvrier le demeure la
plupart du temps mais les changements sont de plus en plus fréquents,
exemple : "Contrairement à un stéréotype
complaisant, les fils de mineurs du Valenciennois ne tiennent
pas à devenir eux-mêmes mineurs en dépit
des incitations des compagnies".
C'est à cette époque que naît l'ouvrier sans
qualification : l'OS qui apparaît dans la
sidérurgie et surtout dans le textile... L'automobile
n'est en revanche pas encore le royaume de ce type de main d'uvre.
Néanmoins "chez Renault, le nombre de manuvres
s'accroît vertigineusement de 85 sur 1 660 ouvriers en
1906 à 1 203 sur 4 220 en 1914, après l'introduction
du taylorisme."
Cette nouvelle catégorie représente à la
fois une promotion pour les journaliers et une menace pour certains
petits métiers.
La sortie de la classe ouvrière se fait souvent vers le
petit
commerce : le
cas des militants ouvriers chassés de leur emploi par
la répression patronale et devenant cabaretiers est un
exemple où les anciens collègues deviennent clients
et assurent en partie le devenir.
Le
mode de vie ouvrier
Dans la première moitié du siècle, l'ouvrier
n'a que le nécessaire pour subvenir à ses besoins
vitaux et reconstituer sa force de travail. Ensuite, une lente
évolution s'opère et permet la naissance d'une
vie associative, de modestes loisirs en parallèle avec
la réduction de temps de travail. L'épargne ne
fait pas encore partie de la mentalité ouvrière
et la paie est vite dépensée. Dans la vie d'un
ouvrier, plusieurs épisodes renforcent la précarité de sa situation : l'installation,
la naissance d'un enfant qui empêche la femme de travailler
puis l'enfant et la femme qui travaillent, les maladies ou la
vieillesse qui recréent des situations difficiles et les
difficultés conjoncturelles. La législation sur
le travail des enfants
incite les familles à s'adapter : la période d'activité
de la femme s'allonge ; le travail féminin complémentaire
à domicile se répand.
Les
journées
longues de 12 à 14 heures ont disparu au début
de notre siècle. À Paris, entre 1893 et 1897, 59
% des ouvriers travaillaient entre 9h30 et 10h00 et 38 % plus
de dix heures.
Les salaires sont très variables
selon les secteurs, le sexe de l'employé, la localisation
des usines.
Les déficiences
physiques liées
à une alimentation insuffisante sont encore légions
: à Paris, en 1869, un tiers des recrues ouvrières
pour l'armée des XIe et XIXe arrondissements
n'étaient pas bonnes pour le service en raison de déficiences
physiques. L'essor du machinisme induit le développement
de nouvelles pathologies. Le caractère très pénible
de certains métiers fait qu'ils sont fréquentés
par des femmes très jeunes (par exemple dans les usines
textiles). En dépit d'une volonté politique de
progrès dans le domaine sanitaire, la France accuse un
retard, particulièrement dans les petites structures.
Or les ouvriers se dispensent du médecin trop coûteux.
Des efforts sont observés dans le logement à l'initiative
des autorités locales et du patronat.
D'après
C. Charle, Histoire sociale de la France au XIXe
siècle, Seuil
Structures
sociales en Angleterre
D'après
F. Bedarida, La société anglaise, Seuil
Pour
Marx, sest établi en Angleterre un complet divorce
entre la propriété et le travail. A linverse,
Palmerston pense quen Angleterre au siècle dernier
la hiérarchie est reconnue et acceptée tandis que
la mobilité sociale est possible. Il y a pour lui une
aristocratie du rang, la noblesse et une aristocratie de la richesse
: la bourgeoisie et au troisième et dernier rang le peuple.
Le talent et le travail permettent de franchir les strates et
de sélever socialement.
Le terme de classe simpose de plus en plus pour désigner
la bourgeoisie. On disait alors The middling and industrious
classes.
Au milieu du XIXe siècle, beaucoup dobservateurs
de la société britannique classent en trois rangs les travailleurs.
A la base, les classes
populaires
; au centre la bourgeoisie (middle classes)
et en haut la
haute bourgeoisie et laristocratie. A noter que la société
de classe existait avant les changements dans lindustrie
mais elle était différente dans sa nature. Même
Marx évoque
les compromis de classe entre la noblesse et la bourgeoisie en
reprenant la pensée des économistes classiques
du XVIIIe siècle : James Steuart, John Millar et Adam Smith. Cette hiérarchie
est fortement ancrée dans les esprits.
Comment
définir la classe sociale ? la position dans le système
de production (cest-à-dire le revenu, la profession
et le niveau de vie) ; une conscience collective spécifique
; la participation à des valeurs communes par le genre
de vie, léducation et le statut (...). Dautres
lignes de partage sont pertinentes en Angleterre : religieuses
(anglicains et dissidents), politiques (tories, whigs et radicaux),
sociales (villes et campagnes), nationales (Ecossais, Gallois,
Irlandais).
La
middle class
représente une part importante de la population du pays
: plus dun sixième, soit 4 millions en 1880. Le
bourgeois est par excellence lentrepreneur, le créateur
de la richesse, le
chevalier dindustrie.
Marx reconnaît le rôle précurseur et révolutionnaire
de cette classe qui a montré ce dont est capable
lactivité humaine....
Le bourgeois travaille dans les activités économiques
de distribution, de transport ou de services -publics ou privés-
; il a souvent des domestiques. A lintérieur, la
upper
middle class
est composée des grands milieux daffaires : banquiers,
négociants. Ils fréquentent laristocratie.
La
middle middle class
à un niveau en dessous est composée des propriétaires
de leur fabrique, le monde des professions (ingénieurs,
notaires, attorneys, médecins, professeurs duniversité
et de public school, hommes de lettres, les commerçants
en gros, les chefs de bureau, les grands commis). La petite bourgeoisie
ou lower middle class comprend
de petits patrons, des boutiquiers, employés de banques,
de commerce, de bureau, de magasin, petits fonctionnaires, maîtres
décole, représentant de commerce, commis,
personnel des compagnes de chemin de fer...
Les bourgeois sont aussi imprégnés par une morale
marquée par lévangélisme et
le puritanisme et fondée sur le travail et le sacrifice,
lépargne et la discipline ; lefforrt
individuel, lesprit dentreprise et de compétition.
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