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Alexandre va modifier profondément le monde méditerranéen : son règne long de treize années met à mal l’empire perse et la monarchie supplée le monde des cités.
Le monde grec des cités est en effet battu par le roi de Macédoine Philippe II en 338 à Chéronée en Béotie. Démosthène l’Athénien a été l’un des premiers à interpeller ses concitoyens sur le danger que représentait la Macédoine. Toutefois, Philippe est parvenu à rassembler autour de son nom une bonne partie des cités à l’exception de Sparte, cette alliance prend le nom de ligue de Corinthe.
Les rois de Macédoine se réclament de la civilisation grecque et participent par exemple aux jeux olympiques. La Macédoine connaît pendant le IVe siècle un développement sans précédent de ses villes et l’apogée de ses relations avec Athènes tandis que les mines du mont Pangée sont mises en exploitation. Les relations deviennent en outre plus importantes avec le monde égéen, l’ancienne capitale Aigai (Vergina) qui allait être remplacée par Pella s’embellit.
Quand Philippe meurt assassiné en 336, s’ouvre une période de crise en Macédoine. Alexandre se venge. Il entre en Thessalie pour affirmer son pouvoir et se fait décerner par le conseil amphictyonique réuni aux Thermopyles le titre de roi ; il soumet les populations rebelles au nord en franchissant le Danube. Une assemblée du peuple a vraisemblablement acclamé le nouveau roi pour valider son arrivée.
Quand en 335 la rumeur de la mort d’Alexandre parvient aux oreilles des Thébains, ils entrent en sédition contre l’autorité de la Macédoine. Alors, la riposte est sanglante.
Les sources qui évoquent l’épopée d’Alexandre sont peu nombreuses : Diodore de Sicile et l’historien latin Quinte-Curce sont les auteurs de deux histoires inspirées par les mémoires d’un compagnon d’Alexandre : Aristoboulos de Cassandreia ; il y a également le récit du général Ptolémée ; l’autre grande source est représentée par Arrien.
Callisthène d’Olynthe a lui rédigé une sorte d’histoire officielle des campagnes d’Alexandre dont il ne subsiste que quelques fragments. Parce qu’il refuse la proskynèse, Alexandre se débarrasse de lui.
Enfin, Alexandre lui-même, a rédigé des lettres ; l’authenticité de celles retrouvées est sérieusement mise en doute.
Clitarque ne peut être pris au sérieux lui qui invente à Alexandre une rencontre avec la reine des Amazones. Le gaulois de Narbonnaise Trogue, contemporain d’Auguste, critique les excès du roi de Macédoine. C’est aussi la vision de Sénèque.
Au Moyen-Age, le roman d’Alexandre le place parmi les sages égyptiens ensuite adopté par Philippe en raison de ses origines divines. Au cours de ces aventures, il descend au fond de la mer, enfermé dans un vase de verre puis s’élève dans les cieux dans une nacelle tirée par deux oiseaux gigantesques appâtés par un foie de cheval piqué sur la pointe d’une lance tenue par Alexandre.
Plutarque, auteur d’une Vie d’Alexandre donne peu d’indications sur son aspect physique. Il reprend en fait « l’ inclinaison du cou légèrement penché vers la gauche et la fluidité du regard » chère au sculpteur Lysippe. Alexandre a la peau très blanche selon certaines sources mais très certainement brunie par le soleil des steppes ce qui explique son teint tanné sur la célèbre mosaïque de la bataille d’Issos. Il n’est pas très grand.
Son éducation à la cour de Philippe est marquée par son destin de roi : il chasse, il dompte son cheval Bucéphale. Philippe entoure Alexandre d’un précepteur et d’un pédagogue qui lui donnent une éducation où l’œuvre d’Homère prend toute sa place.
Aristote a séjourné longtemps à la cour du roi de Macédoine mais c’est à l’Académie platonicienne qu’il acquiert sa formation. Il y suit les leçons du maître jusque vers 347-346. Il lui fait découvrir la poésie grecque et l’œuvre des tragiques et il aurait éveillé son intérêt pour les sciences de la nature. Influencé par le philosophe, Aristote en Inde rencontre les brahmanes.
S’il fallait réduire Alexandre a un trait de caractère, il faudrait parler de tenacité et de courage physique. Il franchit par exemple l’Oxathrès « alors qu’il venait de recevoir à la jambe une flèche qui lui avait brisé l’os du tibia, alors qu’il avait été aussi frappé au cou d’une pierre si violemment qu’un brouillard se répandit sur ses yeux et le s’obscurcit assez longtemps ». Il participe parfois lui-même aux combats. Il est capable de se priver en certaines circonstances de nourriture ou de boisson pour donner l’exemple à ses hommes. Indulgent généralement envers les vaincus, il se montre souvent généreux pour ses hommes.
En dehors d’Héphaistion et Cratère, Alexandre compte peu d’amis. Coléreux, il est capable de s’emporter jusqu’à trucider celui qui le défie. Cleitos est l’exemple d’une victime du roi : le jour où il reproche au roi d’avoir écouté avec complaisance des propos injurieux à l’encontre des Macédoniens tout en citant des vers d’Euripide qui reprochent aux rois de s’attribuer tout le mérite de la victoire acquise en fait par la masse des soldats ; « Alors, Alexandre, saisissant la lance d’un de ses gardes au moment où Cleitos s’approchait de lui en écartant le rideau tendu devant la porte, le perça de part en part ». La cruauté du roi s’exerce aussi contre la population de Persépolis, contre Bessos qu’il fait écarteler, contre les médecins qui n’ont pu éviter la mort d’Héphaistion ou contre des brahmanes critiques lors de son expédition en Inde.
Alexandre débarque en Asie au printemps 334 pour libérer les cités grecques de la tutelle perse : les cités grecques d’Ionie se rallient assez vite ; Alexandre leur impose un régime démocratique et proclame autonomie et suppression du tribut. Cependant, le statut donné à toutes les cités libérées par Alexandre est très diverse. Les Perses résistent en la personne du Grec Memnon de Rhodes, maître de la Cité d’Halicarnasse. Après sa mort, l’objectif devient Darius qu’Alexandre affronte à Issos. Accablé par la cavalerie d’Alexandre, Darius se retire au-delà de l’Euphrate. La route est libre vers l’Asie. Seule la ville de Tyr oppose une résistance et contraint le roi de Macédoine et son armée à un siège de huit mois.
Le séjour qui suit en Egypte a un double objectif : un pèlerinage à l’oasis de Siwa et la fondation d’Alexandrie. La création de cette ville obéit en premier lieu à des objectifs militaires : assurer la défense du delta contre des attaques venues de la mer. A Siwa, Alexandre consulte l’oracle. Selon Diodore, il interroge le dieu en posant la question suivante : « Me donnes-tu l’empire de la terre entière ? ». et le dieu répond positivement. Plutarque affirme que le prêtre achoppe sur les mots et au lieu de dire : « mon fils », dit « fils de Zeus », anecdote au départ de la légende prêtant à Alexandre une origine divine.
Alexandrie ne connaît son développement qu’après la mort de son fondateur, sous les Lagides, les Ptolémée. Cependant, selon Diodore, Alexandre aurait lui-même dessiné le plan de la ville, ordonné la construction d’un palais et d’enceintes. La tombe du roi est édifiée dans la Sema de la ville, monument funéraire ; la dépouille est ensuite transportée par ordre de Perdiccas à l’oasis de Siwa auprès de son père.
Les autres Alexandrie sont plus clairement encore des villes militaires. Dans le Caucase, 3 000 colons vétérans s’y installent.
Darius établit son camp à Arbèles. L’affrontement décisif a lieu près de ce lieu, dans la plaine de Gaugamèles. Les chars porteurs de faux des Perses n’empêchent pas la complète victoire d’Alexandre : la route des capitales est ensuite ouverte ; Babylone, Suse se rendent. Les butins de guerre sont fabuleux.
Bessos, en juillet 330, prend la succession de Darius assassiné. Quand il découvre la dépouille de son ennemi, Alexandre lui fait donner de grandioses funérailles.
Alexandre mate un début de sédition dans son armée. Il se rend vers le nord-est de l’empire. où Bessos est battu et exécuté. Les armées d’Alexandre approchent de l’Inde au printemps 326. Une partie des soldats a pour mission d’atteindre la vallée de l’Indus tandis que le second groupe suit les contreforts de l’Himalaya. Le principal adversaire est Pôros dont l’armée est renforcée par des éléphants ; il est aussi vaincu. Alexandre lui confie néanmoins le gouvernement au-delà de l’Hydaspe car l’armée du souverain macédonien, lasse, ne souhaite pas poursuivre sa campagne.
De retour vers Suse et Babylone, Alexandre doit faire face l’année 325, à la révolte de certains satrapes indiens. Le roi les fait remplacer par des Iraniens. Lors de ce voyage, alors qu’il est déjà marié à Roxane fille d’un noble iranien, il épouse deux princesses du même pays dont une des filles de Darius. Il associe à partir de ce moment les Iraniens à son gouvernement. A l’automne 324, un des fidèles compagnons d’Alexandre, Héphaistos décède à la suite d’une maladie. En mai 323, après un banquet, Alexandre est pris d’un malaise. La mort suit rapidement.
Une limite au pouvoir du roi est le nomos, la loi qui régente les rapports entre le roi et le peuple. Autre limite, l’autorité de l’armée de Macédoine qui refuse d’être considéré de la même manière que les autres composantes : les deux-tiers des soldats en l’occurrence. Ce sont eux qui refusent d’aller plus loin que l’Hyphase ; ils rejètent aussi la proskynèse, cérémonial qui consiste à s’incliner devant le souverain en plaçant sa main droit à hauteur de la bouche.
Alexandre affirme son autorité en se contentant de ceindre le diadème, un ruban noué par-derrière. Il réorganise certaines régions.
Le caractère divin du roi
Les rois de Macédoine se prétendent les descendants d’Héraclès. Alexandre compte aussiselon la légende- parmi ses ancêtres la déesse Thétis d’où une filiation avec Achille, fils de Pelée et Thétis. D’ailleurs le roi de Macédoine considère l’Iliade comme un livre essentiel. Il en conserve précieusement l’édition donnée par Aristote, sous son oreiller, avec son épée. En outre, Alexandre a été assimilé à Dionysos, un dieu que craint pourtant le roi parce qu’il lui attribue les ivresses à l’origine de ses colères.
L’héritage légué par Alexandre
Après le passage au pouvoir du roi de Macédoine, il reste un vaste Etat monarchique entre les mains de rois qui se réclament de la Grèce. Cet Etat se disloque ensuite ce qui révèle la fragilité des structures administratives à la tête desquelles étaient placées les satrapes sauf en Egypte où est conservée l’antique division entre Haute et Basse-Egypte. Les ressources considérables confiées à Harpale ont été en partie dispersées par celui-ci. La succession du roi n’est pas facilitée par l’absence d’héritier direct : Perdiccas, Cratère, Arrhidée, Antipatros, Cassandre, le fils de Roxane… La période qui suit est violente. En 310 par exemple, le fils de Roxane est assassiné par ordre de Cassandre. A Athènes, Cassandre confie le gouvernement à Démétrios de Phalère auquel succède Démétrios Poliorcète quand il s’empare de la ville.
Le double objectif d’Alexandre est au bout du compte en partie réussi : libérer les cités du joug perse et imposer le modèle grec à l’Asie. La conséquence indirecte de son court règne est l’extension des zones commerciales comme le développement de la circulation monétaire. Les pôles commerciaux se déplacent du Pirée vers Rhodes et Alexandrie.
D’après Claude Mossé, Alexandre, Bibliographie Payot
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