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La biographie de Luciano Canfora est curieusement construite. Elle commence en effet alors que César a débuté sa carrière politique ; l'enfance du dictateur est donc passée aux oubliettes. Par ailleurs, le déroulement des chapitres obéit à la chronologie mais Canfora revient très souvent en arrière. C'est ainsi que Caton, grand opposant politique de César, par légalisme, revient souvent sous la plume de l'auteur alors qu'il a été question de sa mort auparavant. En revanche, le contenu est très copieux en ce qui concerne la guerre civile ou les opérations militaires de César en Orient.
Notre objectif est de résumer l'ouvrage en insistant sur les aspects les plus méconnus.
Enée et Nicomède
César appartient à une des grandes familles patricienne, la gens Iulia, qui se veut issue de Iule, fils d'Enée. César descend donc du fondateur de Rome.
En 81, alors quil débute son cursus honorum, César, préteur, est envoyé en Asie pour accompagner Thermus. César est chargé par lui de rendre visite à Nicomède, roi de Bythinie dont il devient lami. Cette amitié suscite moqueries à Rome : "César a soumis les Gaules, Nicomède a soumis César " dit-on.
A 22 ans, César retourne à Rome au moment où Sulla meurt et où Marcus Aemilius Lepidus (consul en 78) tente une conjuration.
Pirates
Entre 75 et 74, César est de nouveau parti vers lOrient. Arrivé à la hauteur de lîle de Pharmacuse (sud de Milet), César et ses hommes sont capturés par des pirates qui ignorent qui il est. Rapidement, il prend lascendant sur les pirates. Dès sa libération contre rançon, il semploie à se venger, arme des navires. Les pirates sont invités à un banquet et abreuvés dun vin dans lequel a été versée une drogue. Ils sont tués dans leur sommeil. Pendant son absence de Rome, César est élu au collège des pontifes.
Cursus honorum (suite)
En 68, s'achève la questure ; il est ensuite en charge de lédilité en 65 en compagnie de Marcus Bitulus. Cest à ce moment que César entreprend une politique de grands travaux (Comitium, forum, basiliques, décoration du Capitole) et encourage les combats de gladiateurs. Il sendette pendant cette période.
En 63, César a la charge de grand pontife ; il continue de sendetter en répandant largent à profusion. Cest aussi lannée de la conjuration de Catilina dans laquelle César joue un rôle secondaire comme en témoigne un texte de Cicéron. La première tentative de conjuration remonte à 66-65 : il est alors prévu que Crassus assume la dictature et fasse de César son magister equitum. Lors de la séance au Sénat, le signal devait être donné en faisant glisser la toge sur lépaule. A la suite de léchec de la conjuration de Catilina, César soppose à Caton qui souhaite la mort pour les condamnés.
En 62, Pompée est de retour dOrient où il a conquis dimportants territoires. César revient de son gouvernement provincial dEspagne pour briguer le consulat. Cest le moment où un accord se dessine avec Crassus et Pompée. Ce triumvirat est scellé par le mariage de Iulia, fille de César avec Pompée.
Consul seul en 59 à la suite de laccord secret passé avec les deux autres magistrats, César rompt avec Caton mais surtout avec Bibulus deuxième consul qui renonce même à sa charge. Ainsi des plaisantins se sont amusés à qualifier chacun des actes de César dun " fait sous le consulat de Jules et de César ". Il met alors en uvre une politique ouvertement populaire avec redistribution par exemple du territoire campanien et de la plaine de Stella à 20 000 citoyens ayant à charge 3 enfants. En outre, il tente aussi de limiter la corruption.
Clodius et César
Clodius est laccusateur de Catilina mais aussi son complice. Il sétait fait remarquer en 62 lors de la fête de la Bonne Déesse qui devait se tenir dans la maison de César. Pour rencontrer lépouse de celui-ci, Clodius nhésite pas à sintroduire dans la maison en se déguisant. Lors de son tribunat, Clodius parvient à écarter Cicéron de son chemin ; à ordonner de brûler sa maison. Il devient plus tard un des hommes forts de Rome.
A César sont octroyées les provinces des Gaules et de lIllyricum. Le triumvirat est lui reconduit grâce à lentrevue de Lucques en 56 avant J.C..
La conquête de la Gaule (58-51 avant J.C.)
La crainte de voir déferler les Barbares est la raison du soutien de lopinion aux campagnes de César. Lobjectif est de prime abord une tutelle indirecte sur les provinces gauloises. César intervient sous prétexte de protéger les terres des Eduens, alliés du peuple romain depuis lété 58. Cest pourquoi il défait les Helvètes près de Bibracte (Autun). Plus tard, il affronte Arioviste à proximité de Mulhouse. Cette victoire fait du Rhin linfrangible frontière entre mondes celte et germain. Il vient à bout du danger barbare par un procédé peu glorieux : les attirant pour négocier avant de fondre sur eux. A Rome même, lopération est sévèrement jugée, par Caton par exemple. Ensuite, César doit affronter Vercingétorix, seul capable dunifier temporairement la Gaule après la défaite dIndutiomar, chef des Trévires. La brutalité de César contribue à le rendre impopulaire : il châtie avec beaucoup de cruauté les chefs des Sénons et des Carnutes. Il dévaste le cur de lAuvergne, est défait à Gergovie avant de lemporter à Alésia grâce à un système de double ligne concentrique de tranchées et de bastions, lune tournée contre Alésia, lautre vers lextérieur pour soutenir lassaut du reste des Gaulois arrivés à la rescousse. Vercingétorix préfére se livrer. Il est tenu captif 6 ans durant à Rome en attendant le triomphe de César. Peu après, il est mis à mort. En 51, César consacre lessentiel de son temps à consolider ses positions en Gaule.
Cicéron rédigea des lignes sévères pour critiquer lattitude de César en qualifiant la guerre des Gaule de longue guerre inutile. Pline lAncien est lui aussi dune rare férocité, chiffrant le bilan humain à 1,2 million de morts.
Montée de la crise avec Pompée
Pour beaucoup il ne reste plus à César que de congédier son armée et de revenir à Rome. En 49, les deux consuls lui sont opposés : Caius Claudius Marcellus et Lucius Cornelius Lentulus Crus. Cest le non-respect du droit de véto des tribuns qui décide César à franchir le Rubicon. Il doit auparavant rejoindre son armée près de la rivière mais ségare en route ; il ne doit son salut quà un paysan qui ne le reconnaît pas. Daprès Suétone, il sécrie aux soldats en les invitant à franchir la rivière, en larmes et tout en déchirant ses vêtements dans un geste très théâtral : " le sort en est jeté ".
A Rome, César nest pas déposé de son poste de Grand Pontife. Pompée senfuit vers lOrient. César peut rejoindre Rome. En Espagne, il doit affronter un de ses anciens ennemis Labienus, passé dans le camp de Pompée. En décembre 49, il est élu consul pour 48 et cherche laffrontement décisif avec Pompée. Le 22 décembre, il est à Brindes. Pompée a établi son camp du côté de Petra puis en Macédoine mais cest à Pharsale en Thessalie que les deux armées saffrontent. Cette bataille est sanglante. Pompée laisse 15 000 hommes sur le champ. César se lance sur les traces de son rival et stationne à Alexandrie où il reste coincé très longtemps.
Alexandrie
César ne sattend pas, lorsquil arrive à Alexandrie le 2 octobre 48, à se voir présenter la tête embaumée de Pompée ni de rester engluer dans la ville neuf mois durant. Cest le temps des amours avec Cléopâtre, reine mal aimée. Sa politique pro romaine est en effet fort maladroite : elle envoie par exemple 60 navires chargés de blé aux Romains en pleine période de famine en raison des faibles crues en Egypte. César a de Cléopâtre un fils appelé Césarion. Elle vécut à Rome, dans sa villa au-delà du Tibre ; de 46 à 44 puis elle se réfugia en Egypte après la mort de son amant. La première fois quelle vint voir César à Alexandrie, elle arriva enroulée dans un tapis déroulé par un marchand jusquaux pieds de César.
Les Egyptiens hostiles à la présence romaine essayent de le chasser de sa citadelle mais César riposte en lançant des projectiles incendiaires ; dassoiffer les soldats en les privant deau potable en vain : César fait creuser pour y trouver une nappe phréatique. Mithridate de Pergame se charge de mettre un terme à la situation difficile de César avec laide dAntipater, lhébreu. Laffrontement final a lieu le 27 mars 47 près du Nil. Ptolémée se noie dans le fleuve, emporté par le poids de son armure. César fait repêcher le corps de son adversaire, un temps son prisonnier, pour lui rendre hommage. Le fils de Ptolémée est marié à Cléopâtre et reçu le nom de Ptolémée XIV.
Pour remercier le peuple juif de sa contribution à sa libération, César ordonne la reconstruction du mur de Jérusalem, détruit en son temps par Pompée. Au moment de lassassinat de César, aux ides de mars 44, les juifs pleurent sa disparition.
En Orient, contre les fils de Pompée
A Sextus Iulius César est confiée la Syrie. Lhomme est très maladroit avec son armée qui finit par le chasser du pouvoir et loccire. Octave devient à partir de ce moment un des prétendants à la succession de César. Il était fils dun certain Octavius, issu dune famille de chevaliers de Vélitres (Velletri) et dAtia. Il est adopté par César, peut-être parce que celui-ci avait abusé de lenfant comme le prétend Nicolas de Damas.
La victoire de César sur le Pont contre Pharnace est à lorigine de la célèbre formule : Veni, vidi, vici.
Les fils de Pompée relancent la guerre civile dans des régions aussi diverses que lEspagne, Marseille, lIllyrie, la Macédoine, Alexandrie, le Pont, la Numidie, lEspagne à nouveau et la Syrie. Dans la campagne africaine, César se trouve face à Scipion quil affronte. Cest à ce moment, contemplant le désastre, que Caton se donne la mort. En Espagne, César est opposé à Cnaeus Pompée. Le bilan est lourd en vies humaines. Octave rejoint César après la bataille, non par couardise mais incité par son grand-père adoptif, soucieux de sa protection. Cest dans ce contexte que César rédige son Anti-Caton.
Les grandes constructions de 46
Les grandes constructions publiques se multiplient lannée 46 comme de grandes réformes populaires : Forum Caesaris, temple de Vénus Genitrix, assèchement des marais Pontins ; ouverture dune nouvelle route à travers les Apennins, jusquà lAdriatique ; création dune bibliothèque grecque et latine, réforme du calendrier, lois qui achevent la romanisation de la Transpadane, mesures sur les dettes et les loyers. César fait aussi relever les statues de Pompée.
La fonction des consuls est dépréciée tandis que est créée une fonction de préfets propréteurs. Les Romains le nomment en outre dictateur à vie. Cette fonction lui est attribuée par un tribun de la plèbe alors même que ce devait être la tâche dun Consul.
De la Fête des Lupercales au complot contre César
En février 44, Antoine, lors de la fête des Lupercales, embrasse César et donne la couronne à dautres qui la posent sur la statue de César.
Brutus, neveu de Caton, est à lorigine du complot contre César, entraîné par Cassius. Cicéron, par ses propos, incite également à la mort du dictateur.
César nécouta pas les avertissements, se défait de son escorte. La veille, lors dune conversation de repas tournant justement sur le thème de la mort, César dit quil souhaitait une mort soudaine et inattendue.
Les conjurés le poussent à se rendre au Sénat. La nuit qui précéde les ides de mars est une nuit de cauchemars. Calpurnia, lépouse de César, rêve que le toit de la maison sécroule et que son mari est assassiné entre ses bras. César se voit volant au-dessus des nues et serrant la main de Jupiter. En entrant dans la Curie, César avait à la main un mot qui le prévenait du complot mais quil neut pas le temps de lire. Lharuspice lui aussi lavait prévenu de limminence dun péril aux ides. La défaillance de la femme de Brutus, informée par son époux de se qui se tramait, nempêcha pas Brutus de tenir bon.
Tillius agrippe à deux mains la toge de César quil écarte de son cou : cest le signal. Casca le frappe le premier puis César est entouré de glaives le transperçant de part en part. La formule : " toi aussi mon fils " se comprend parce que la mère de Brutus avait nourri une passion pour César et que certains ont pensé que Brutus était son fils. Les conjurés nont pas le courage de jeter César dans le Tibre. La suite est confuse : la dépouille est brûlée par la volonté du peuple. Antoine se charge déloigner ses opposants.
Le mot de la fin revient à Cicéron lui qui éprouvait pour César un mélange de haine et dadmiration : "Il avait lintelligence, le jugement, la mémoire, la culture, lapplication, la prévoyance, la diligence ; il avait eu une activité guerrière, néfaste certes pour lEtat, mais glorieuse cependant
"
D'après Luciano Canfora, César, le dictateur démocrate, Flammarion
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