Reprendre les inspections en Irak, par Scott Ritter
Avec la brusque réapparition de l'Irak sur le devant de la scène, la question du programme d'armement de destruction massive
de Saddam Hussein est une fois de plus à l'ordre du jour pour les responsables politiques des Etats-Unis et de l'ONU. Au centre
des préoccupations, le retour en Irak des inspecteurs de l'armement. L'ombre de la suspicion et de la méfiance plane sur la
question de ces inspections depuis avant même le départ d'Irak en 1998 de la Commission spéciale des Nations unies (l'Unscom)
aujourd'hui défunte - accusations d'espionnage et de manipulation de la part des Etats-Unis, d'obstruction et de dissimulation
de la part de l'Irak.
Ce climat a rendu problématique depuis lors le retour des inspecteurs dans ce pays.
A ce jour, l'Irak paraît prêt à discuter, sans conditions préalables, du retour des inspecteurs des Nations unies. Cette perspective
effraie, semble-t-il, tout autant les hommes politiques que les experts, qui, en dépit de l'appel collectif lancé par eux
depuis 1998 en faveur précisément de ce type d'action, sont aujourd'hui apparemment plus prompts à dénigrer des inspections
qu'ils qualifient d'inefficaces.
Or le fait est que les inspections ont été efficaces, et qu'elles peuvent l'être encore si on leur donne une chance. Le très
pernicieux processus d'inspection de l'Unscom a fort bien fonctionné quand ses missions s'effectuaient selon les directives
techniques et scientifiques strictes fixées par les résolutions du Conseil de sécurité. Même lorsque l'Irak a fait obstacle
à leur travail, les inspecteurs ont gardé l'avantage en ne cédant pas aux interventions politiques de l'Irak, du Conseil de
sécurité et de ses Etats membres.
J'ai participé à tous les aspects de l'action de l'Unscom en Irak de 1991 à 1998, avec à mon actif plus de quarante inspections,
dont quinze comme chef de mission.
Ce sont les inspecteurs qui ont découvert les programmes de missiles de l'Irak, signalé et éliminé son arsenal d'armes chimiques,
relevé les contradictions dans les déclarations de ce pays jusqu'à ce qu'il soit contraint de reconnaître posséder un programme
d'armement biologique, rassemblé enfin les preuves médicolégales qui ont conduit à la découverte de la fabrication par l'Irak
du redoutable agent VX. Ce sont les inspecteurs encore qui, armés de leurs solides connaissances techniques et scientifiques,
ont surveillé l'énorme infrastructure industrielle du pays, afin de s'assurer non seulement que l'Irak n'avait plus la capacité
de fabriquer des armes interdites, mais qu'aucune tentative n'était faite pour reconstituer le potentiel qui avait été détruit.
C'est le travail sans relâche des inspecteurs qui a permis de mettre fin au plan de dissimulation de l'Irak, forçant le gouvernement
à admettre qu'il avait cherché à tromper le monde entier quant à la vraie nature des efforts déployés par lui pour acquérir
et entretenir son arsenal d'armes illicites. Je sais cela : j'ai participé au processus, et il a fonctionné.
Les inspections n'ont pas été parfaites, loin de là. Je peux personnellement témoigner des difficultés qu'il y a à désarmer
l'Irak. Mais à ceux qui raillent le processus d'inspection qu'ils considèrent comme une imposture, je dirai que les faits
parlent d'eux-mêmes : l'Unscom choisissait l'heure et le lieu des inspections, définissait la mission à mener et les méthodes
employées, elle fixait pour l'essentiel le rythme des opérations. Il y a eu des retards et des obstructions, mais au bout
du compte l'Unscom a toujours eu le dessus.
Sans exception, elle a fini par obtenir l'accès à chaque site dé- signé. Et, du fait des capacités d'investigation très pointues
qui sont les siennes dans le domaine médico-légal, il y a peu de risques que des matériaux chimiques, biologiques ou nucléaires
aient pu être évacués avant l'arrivée des inspecteurs. Un système imparfait, mais le plus efficace de l'histoire du contrôle
de l'armement - un système auquel il faut donner sa chance, étant donné notamment les alternatives.
Dès lors que le président Bush ouvrait la porte à un possible retour en Irak des inspecteurs des Nations unies, les hauts
fonctionnaires et les experts de l'administration ont tout fait pour claquer cette porte.
Ils ont multiplié les déclarations et les analyses simplistes qui ont déformé la réalité des faits sur la nature et les résultats
du programme d'inspection passé. L'opinion publique semble appuyer l'idée que les inspections de l'armement ne sont véritablement
pas possibles en Irak.
Un point de vue entretenu par ceux qui, en Amérique, sont favorables à un départ de Saddam Hussein du pouvoir plus qu'à tout
autre solution. Le fait est que, pour eux, les inspections ne sont appropriées qu'aussi longtemps qu'elles jouent en faveur
de l'élimination définitive du régime.
Or, pour être viables, ces inspections doivent porter la promesse d'une levée des sanctions. Aux yeux des partisans de l'élimination
du régime, l'idée est inacceptable. Cela lève le voile sur la réalité - et l'hypocrisie fondamentale - de la politique américaine
en Irak.
La législation internationale, telle que la formule la résolution du Conseil de sécurité, exige la levée des sanctions économiques
une fois que les inspecteurs des Nations unies auront constaté que l'Irak se conforme à l'obligation de désarmement. Les inspecteurs
sont aujourd'hui prêts à retourner dans ce pays.
Les Etats-Unis ne doivent pas faire obstacle à leur retour. Mon expérience me porte à croire que de nouvelles inspections,
correctement menées et gérées, peuvent efficacement achever la mission de désarmement en Irak.
Si l'Irak refuse de pleinement coopérer, et retourne une fois de plus à son ancienne pratique de l'obstruction et de la dissimulation,
alors les Etats-Unis auront toutes les raisons de riposter de façon décisive, jusques et y compris par un renversement du
régime.
Scott Ritter est ancien inspecteur de l'armement de l'UNSCOM.
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