La danse mortelle des coqs
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LA DANSE MORTELLE DES COQS




Un combat de coq dure six minutes... Six minutes pendant lesquelles la mort d'un des deux combattants ne tient qu'à un fil.Face à face, prêts à en découdre.Ils ont été préparés au combat.Soigneusement,jalousement.Leurs coqueleux,attentifs à leur croissance, à leur combativité..."originelle",comme le prétendent leurs adeptes.Le sang coulera donc.Vite et peu... Et les combats d'une après-midi s'enchicineront les uns après les autres,dans un rituel codifié.Sous les yeux d'hommes dont le verbe s'emballera dans des paris ininterrompus.Six minutes,pas plus,quelle que soit l'issue du combat.Et au suivant: la tradition réclame ses victimes.
Panoplies et artifices du combat
Les hommes savent si bien organiser la mort qu'ils multiplié les artifices.A la Guadeloupe, les coqs se battent, éperon d'acier attaché à ergot scié.L'éperon, aiguille droite qui ne tranche pas, est proportionnel à la taille de l'oiseau. Le coq antillais est toileté,on déplume son dos, son ventre et ses cuisses.On coupe les faucilles et les rémiges... A la Martinique, le combattant conservera ses ergots.Encore l'éleveur en a-t-il soigné le tranchant. D'un couteau il aiguise l'éperon qu'il termine au papier de verre.Si le est mal loti en matière ,son propriétaire emit sur l'appendice défaillant un ergot prélevé sur le cadavre d'un autre coq. Affublés ainsi, les coqs sont prêts...Les joutes sanglantes durent vingt minutes. Elles s'achèvent sur la mort d'un des adversaires, ou de son KO trop mal en point pour se redresser.Ailleurs ce seront d'autres armes, courbes ou droites,acérées ou tranchantes
Virginie Bhat,Animaux Magazine



Au commencement,il y a cinquante siècles...

"Ça existe en France ? s'étonnent certains.Oui.Ni les Caraïbes ni l'Extrême-Orient n'en ont l'apanage.La tradition a planté ses ergots en France, et ne la lâche pas.Une tradition contre laquelle la SPA ne cessera de combattre. Long zoom arrière: cinquante siècles plus tôt.Ce serait à cette époque fatidique que les hommes auraient découvert les prouesses guerrières des coqs.C'était sur les bords de l'Indus.Dans sa vallée,en Inde,plusieurs civilisations s'épanouissaient.Du nord de la péninsule indienne,un animal,plumage haut en couleur,avait envahi toute l'Asie méridionale.Coqs sauvages accompagnés de leurs petits harems de poules, ou Gallus-Gallus,ancêtres de tous les coqs,qu'ils fussent aujourd'hui maîtres des traditionnelles basses-cours ou combattants des arènes.Entre ces hommes et ces coqs, ce fut un coup de foudre... La pugnacité des seconds séduisirent les premiers.Les coqs dorés de la jungle ne s'écorchèrent plus pour les yeux de leurs belles,ou la sauvegarde de leur territoire.Ils se battirent pour la satisfaction des hommes.
Puis,de conquêtes en invasions,les coqs et leurs descendants suivirent les hommes et leurs civilisations.Ils quittèrent l'Inde pour la Mésopotamie.La Mésopotamie pour la Grèce, puis Rome. Entre temps,leurs maîtres leur ont coupé leurs ergots naturels.La section de ces appendices s'effectue après que l'oiseau ait atteint 12 à 14 mois.Histoire de ne pas trancher l'ergot dans sa partie vive.Ces ergots, les hommes les ont substitués par des armes métalliques aussi redoutables.Eperons de métal,d'airain,d'argent et aujourd'hui d'acier,que l'on attache aux pattes des coqs.Pourquoi cette mutilations Histoire d'égalité devant l'arène! A coq différent,ergots inégaux...

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Le crête,les barbillons et les oreillons sont rasés,les ergots sont sciés,les cuisses mises à nu

Mutilations en tous genres

Les armes métalliques seront identiques pour les deux adversaires à leur combat.Mais il est aussi une autre justification: à chaque coup d'éperon, les blessures portées seront nettes et petites.On circonscrit ainsi l'effusion de sang; on limite les déchirures infectantes des chairs.On, en humaniserait presque le combat au sortie quel on peut encore soigner les rescapés.Pour mieux remettre dans l'arène les vainqueurs dès qu'ils ont récupéré.Baignant de sang, les morts finissent parfois baignant de vin dans les marmites. Ce ne sont pas là les seules mutilations que subissent les coqs.Les hommes ont eu le temps, au fil des siècles passés, de peaufiner leurs codes de combat.Les caroncules sont coupées : elles offrent une prise trop facile au bec des adversaires.Ecornées, elles saigneraient trop abondamment.Perte de sang vital à la combativité des combattants.Les éleveurs de coqs amputent donc leur crête, une opération à laquelle les oiseaux répondent parfois par un cri de douleur.Puis, sous la paire de ciseaux aseptisée,passent barbillons et oreillons.Dans les contrées les plus chaudes,en Asie, en Amérique centrale, les hommes toilettent le plumage de leurs oiseaux.Doux euphémisme qui cache le dépouillement partiel du coq de son apanage emplumé.En réalité,à ras de sa peau, on lui coupe les plumes.On évite les surchauffes des corps dans la chaleur des combats.On allège l'oiseau.On facilite le soin des plaies quand ils sortent, épuisés, de l'arène. Dans ses conquêtes, Rome initie les peuples qu'elle soumet,aux combats des coqs.Ces peuples n'auront sans doute attendu l'empire romain pour connàitre l'espèce.Ils l'élevaient déjà comme oiseau de plaisir et d'ornement.Mais en connaissaient-ils toutes les subtilités guerrières ? Sous la férule romaine, les peuples de la Gaule, de la Grande-Bretagne,de la Belgique ne tarderont pas à se les approprier.L'Espagne,sous influence cartagénoise, se serait adonnée à cette pratique bien longtemps avant.La Gaule devient France, le coq son emblème.Pour autant, elle n'en abandonne pas ses sanglantes arènes.Les siècles passent,les historiens retrouvent des témoignages de ces combats au XII' siècle. Combats qui ne sont pas réellement l'apanage d'une classe sociale. Paysannerie, bourgeoisie et petite noblesse élèvent ces oiseaux de bataille, les confrontent. Renaissance, Révolution, des coqs s'affrontent encore et toujours, laissent leurs cadavres à tous les coins de l'Hexagone.Paris s'en entiche aussi. Au siècle passé, les combats de coqs perdent des plumes, leurs champs de bataille se rétrécissent dans la plupart des provinces. La protection animale trace son chemin dans les esprits. Reste une dernière citadelle que la 101 Grammont ne peut enlever: les Flandres françaises qui partagent avec leurs voisines belges un goût immodéré pour des coqs dans l'arène (appelée aussi parc ou pit).

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La loi,jusqu'à présent a échoué

En 1850, la loi Grammont interdit de tels combats.Les autorités locales dans le Nord et le Pas-de-Calais ferment pourtant les yeux pendant plus d'un siècle... La tradition continue. La Belgique entend enfin la voix de la protection animale en 1926.Les Belges n'en continueront pas moins à pratiquer leur sport sanglant,parfois dans la pure illégalité.Dans la pure légalité, ils n'ont qu'à traverser la frontière; les gallodromes français leur sont ouverts. Mais en 1963,le député-maire de Tourcoing s'apprête à asséner un coup fatal. Le.justement nommé M. Lecoq propose une loi dans le but d'interdire ces combats,s'insérant dans une loi générale sur la protection animale.Tollé dans les départements du Nord de la France. Un an plus tard,en 1964,une nouvelle loi cette fois-ci donne son seing signé aux combats dans les localités "où une tradition ininterrompue peut être établie." Elle exclut ainsi de son champ d'application les articles 521-1 du code pénal sur les sévices graves ou actes de cruauté envers les animaux.Par contre,elle interdit toute création d'un nouveau gallodrome alors punie d'une peine d'emprisonnement et d'une amende.En 1979, Pierre Micaud, rapporteur auprès dugouvernement pour améliorer le sort des animaux, propose d'interdire à nouveau les combats de coqs.Recommandation restée, depuis lors, lettre morte.
Le destin du grand combattant des Flandres
Les Flandres se sont si bien engagées dans les combats de coq que leurs éleveurs ont imposé leur sceau sur leurs oiseaux. force de sélection, ils ont privilégié certaines ractéristiques.D'abord, stature: leurs combatants sont les plus grands coqs de combat du monde: leur taille atteint parfois 45 cm, leurs poids qu'à 6 kg. Les poules certes plus petites, atteignent des mesures respectables (poids entre 3 et kg).Une fois que les poules ont pondu, on retire oeufs que les éleveurs placent en incubateur sous l'aile protectrice d'autres mères et d'autres races plus douces. Les femelles des coqs de combat des Flandres manquent d'instinct maternel. C'est en mars que les coqueleux privilégient ponte et couvaison: les poussins grandissent en plein air. Sur une centaine, la sélection des plus aptes est impitoyable.Sur les cent poussins d'un élevage, une vingtaine finiront étouffés, trop,faibles, le bec trop long, les pattes trop courtes.Une quarantaine d'entre eux finiront à la table dressée d'un repas. Il en restera à peine une quinzaine de ces coquelets et poulettes. Les uns serviront peut-être au combat s'ils savent y montrer leur goût.D'autres seront revendus pour la reproduction.Les poules,pour leur part, pondront les prochaines générations, gardées au sein de l'élevage ou revendues à d'autres...A six mois, les coquelets de combat intègrent leurs cages individuelles (volière).Trop agressifs entre eux.Là, ils y perdent crêtes, oreillons et barbillons, retirés par l'éleveur. Dès la saison suivante, les coqs les plus précoces entreront dans le pit. Auparavant, on aura testé leur combativité.Face à face, retenus dans leurs élans agressifs par les mains humaines.Pas question qu'ils abîment leurs attributs avant que leur heure n'ait sonné. Pour éviter d'ailleurs toute blessure pendant ces combats simulés,leurs ergots, que l'on ne coupe qu'entre 12 et 14 mois, sont enveloppés.Puis un jour les oiseaux entrent dans l'arène.Armés,d'une longue aiguille de 52 mm de long,ronde et conique.

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Les pays responsables



France,une tradition des Flandres
Aujourd'hui,il reste moins d'une centaine de gallodromes flamands français confortés légalement dans leurs activités.Ils sont concentrés surtout entre Douai-Lille-Béthune et Saint-Amand-les-Eaux.Les arènes escortent souvent des cafés ou bars-restaurants. Le public va d'un lieu à un autre.Là, étancher sa soif ; ici pour parier. Chaque semaine, le weekend, les arènes ouvrent leurs portes aux adeptes. De novembre à juillet, suivant les gallodromes, entre 40 et 100 coqs passeront chaque après-midi devant le public attentif au prix de sa victoire. Un lourd tribut, même s'il ne conduit pas toujours à la mort...Les éleveurs ont payé le prix de leurs engagements, fixé par l'organisateur du concours.La vaillance de leurs coqs les rétribuera. Le public, hommes, femmes, et enfants, aura lui aussi payé son droit d'entrée modique.
Des paris en anciens francs "l 000, Gallus" "10000, Gallus".Les paris ne s'effectuent qu'en anciens francs.Les coqs bardés de leurs aiguillons se présentent, sous l'égide d'un juge. La plupart du temps, c'est un représentant de la Fédération des coqueleux qui veille au grain.Le combat des coqs débutant, les voix montent en un crescendo assourdissant.Les spectateurs parient entre eux.Point ici de PMU ni de bookmaker.Six minutes ofit passé,l'ultime pari a été lancé... le perdant honorera sa dette immédiatement à l'issu du combat. Les deux coqs n'ont pas quitté l'arène que d'autres coqueleux inscrits présentent déjà leurs poulains.Les voix repartent de plus belles... De défaites en victoires, elles rythment la succession des combats. Les plus chanceux des coqs retourneront dans leurs élevages panser leurs blessures.Non loin d'eux, la rereve est assurée. Leur coqueleux a toujours des jeunes grands combattants des Flandres, qu'il a élevés dans des cages, isolés tant leur férocité naturelle est vivace. jalousement sélectionnés, ils les a préparés, vite entroCinés...Demain, ils combattront pour la seule gloire de leur maître.
Extrême Orient: à la vie,à la mort
Ils ne mourront au combat. Inéluctablement.Les armes dont on les affuble sont les plus meurtrières du monde.Si meurtrières qu'un coq n'en porte qu'une. A double tranchant, leurs épées mesurent plus de 10 cm. A Bali, seule la mort de l'un des deux adversaires clôt le combat rituel. Car rituel il y a: à l'encontre de l'Indonésie musulmane, 1'ile vit au rythme d'un courant de l'hindouisme où le coq sert d'intermédiaire entre les hommes et les divinités. Le combat des coqs est donc sacrifice... Mais cela n'a pas empêché les Balinais de s'adonner aux paris. Par opposition religieuse, les autorités musulmanes ont bien essayé d'interdire les combats sous longtemps la pratique des combats de coqs. Bali s'est insurgée; un compromis s'est dessiné: les combats de coqs sont autorisés s'ils célèbrent un événement. A l'encontre de Bali, la Thaïlande n'arme pas ses coqs. Elle les emmène vers un rituel de combat de boxe, les ergots sciés. Armes contondantes qui étourdissent, assomment... Les coqs, à moins d'un rare coup fatal, sortent des arènes,sonnés.Leurs éleveurs se précipitent et les soi gnent. Linge mouillé, eau macérée de concombres, on dégage les voies respiratoires de ses mucosités,une plume enfoncée dans l'oesophage de l'oiseau que l'on retire aussitôt.
L'Amérique sous influence
Il aura suffit que l'Europe emmene ses coqs dans ses conquêtes vers l'Ouest pour que les combats de ces oiseaux-là plantent leur bec dans le sol américain. Chaque nouvelle nation, ancienne colonie, a en son temps repris à son compte les traditions de sa mère patrie. Pour autant, certaines ont su jeter aux oubliettes ce qu'elles onnu. Aujourd'hui, l'Argentine et le Paraguay ont interdit la pratique des cpnbats de coqs;le Venezuela ou Panama les tolèrent... Les autres en sont toujours férues. Les Etats-Unis n'y échappent pas. Certains états marquèrent très vite leur farouche opposition en interdisant les combats de coqs sur leur territoire, d'autres plonlierent dans le sang des oiseaux victimes... Soutenus sans doute par l'engouement d'hommes politiques, aussi importants que certains présidents.
Des combats qui durent de 15 à 25 minutes
La pression de la protection animale a limité les dégâts et les pratiques.Pour autant, elle ne peut interdire l'élevage de coqs de combat. Aussi les envoie-ton, sans problème,à une mort un jour annoncé dans les Etats du Sud. Ailleurs, ils peuvent être, interdits ou simplement tolérés. Et les autorités locales n'iront pas toujours empêcher les éleveurs d'organiser une soirée sanglante sur leur propre domaine.Ils fermeront alors les yeux. Dans l'arène, on présente les coqs face à face. Chacun dans un débat furieux essaie de prendre son adversaire du bec. Puis, ils sont lâchés dans leur sarabande infernale,Prise de bec,bonds,heurts et chocs des corps saisis de frénésie. Pleins d'ardeur. Ils frappent, la patte gauche tendue, l'ergot métallique tape la tête de l'adversaire.Ils retombent pour repartir... jusqu'à plus soit Les hommes qui les entourent se lancent une nouvelle fois dans les paris. 15 à 25 minutes de combat qui parfois s'interrompra sous l'autorité de l'arbitre. On porte quelques soins alors aux blessés qui se relanceront ensuite,volant dans les plumes adverses.
Un coqueleux en Republique Dominicaine,les cuisses des coqs sont mises à nu

Liens



-STOP AU COMBAT DES COQS: Association pour la suppression des combats de coqs

-SPA




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