CHARTE DES

CHARTE

DE

L’EMPLOI CONTRACTUEL

 

Montreuil, Novembre 2000


 

SOMMAIRE

 

 

I – PREAMBULE

 

A – Introduction

                                                                                                                                                                                  

B – Point sur la situation actuelle à Montreuil

 

o  La diversité des situations d'origine

o  La gestion des ressources humaines à Montreuil

 

C – Les axes de travail

 

II – MISE AU POINT DES BASES D'UN RECRUTEMENT CONTRACTUEL DANS LA FPT

 

A – Les principes

 

B – Les propositions

 

o  Privilégier l'intégration dans la FPT par le concours

o  Reconnaître publiquement la nécessité de l'emploi contractuel

o  Encadrer par des dispositions réglementaires l'équilibre entre titulaires et contractuels

o  Utiliser localement toutes les possibilités d'intégration

o  Mettre en place des mesures conservatoires

 

 

C – Les pistes pour un examen professionnel

 


 

I - PREAMBULE

 

 

A - INTRODUCTION

 

Le recours à des agents contractuels est devenu indispensable à la Fonction Publique à en juger le nombre de personnes employées tant dans les services de l’Etat qu’au sein des collectivités territoriales.

 

Si l’emploi statutaire doit rester la base de notre service public, le recours à des agents contractuels demeure nécessaire dans les collectivités territoriales à plusieurs titres :

 

- permettre à celles-ci de disposer de savoir-faire, de compétences techniques et d’expériences qui ne sont pas toujours présentes au sein de la Fonction Publique ou introuvables à un moment donné.

 

- leur permettre d’élargir le cadre du recrutement d’une façon globale ou plus ciblée pour rechercher des candidats aux motivations différentes ou encore saisir une opportunité.

 

- pouvoir répondre rapidement à un changement du contexte législatif ou technique qui appelle à inventer de nouveaux métiers ou de nouvelles compétences : à titre d'exemple, les métiers liés à la politique de la ville ou au développement des NTIC peuvent être cités.

 

Les contractuels de la Ville de Montreuil ont souhaité être plus constructifs que revendicatifs et faire des propositions concrètes dans le but de clarifier leur statut tout en essayant de répondre à leurs attentes légitimes et notamment :

 

- la réduction de la précarité.

- la recherche d’une véritable équité de traitement.

- la reconnaissance de l'ancienneté et du droit à un déroulement de carrière.

                             

La charte de l'emploi contractuel vise à dégager des orientations utiles dans le contexte montreuillois, mais aussi à recenser les réflexions et les propositions pouvant faire évoluer le statut de la fonction publique et ses modalités d’intégration.

 

Elle doit déboucher sur des actions concrètes de nature à définir des règles pour l’avenir mais aussi à traiter l’ensemble de la situation actuelle dans sa diversité.

 

Cette charte a également vocation à nourrir la réflexion initiée par la loi Sapin autour de la réduction de l’emploi précaire dans la Fonction Publique.

 

.

 

B – POINT SUR LA SITUATION ACTUELLE A MONTREUIL

 

La situation des agents contractuels est loin d'être homogène et témoigne au contraire d'une extrême diversité liée tant aux situations d'origine qu'à la politique de gestion des ressources humaines. De fait, la nature des difficultés à résoudre est elle-même multiple.

 

 

1) La diversité des situations d'origine

 

Pour les emplois de catégorie C, il s’agit dans la plupart des cas d’emplois pré-statutaires car les premiers grades de la Fonction Publique sont accessibles sans autre condition que la nationalité et la condition physique. D’autres emplois sont accessibles à partir de concours sur titres avec ou sans épreuves (agents techniques par exemple) et le statut de contractuel permet de "patienter" en attendant de voir sa candidature retenue au concours. Dans les 2 cas, la titularisation ne dépend que de l’employeur ou du centre de gestion et les agents qui donnent satisfaction sont titularisés, même si parfois nous pouvons regretter que cela ne se fasse que sous des délais très longs.

 

 

Pour les emplois de catégorie A et B, 2 types de situation sont repérés :

 

. le premier cas recouvre les agents recrutés dans un cadre pré-statutaire et qui sont dans l’obligation de passer un concours dans un délai imposé.

 

Si la notion de délai est contestable, son absence contribuerait à dénaturer le fondement même de la Fonction Publique basé sur le recrutement d’agents titulaires ou en passe d’être titularisés.

 

Le recrutement dans de telles conditions est une ouverture qui permet à des personnes d’intégrer la Fonction Publique alors qu’elles n’avaient pas envisagé de passer les concours auparavant.

 

Ce mode de recrutement devrait s’adresser à des candidats qui sont en début de carrière et qui peuvent ainsi commencer à travailler dans la Fonction Publique Territoriale sans attendre l'hypothétique réussite à un concours. L’abus de ce type de recrutement peut conduire à certains excès et il devrait être étroitement contrôlé afin d’éviter d’aboutir à des situations individuelles extrêmement délicates.

 

. le second cas recouvre les agents recrutés sous contrat qui ne peuvent ou ne veulent pas intégrer un cadre d’emploi statutaire. Les raisons invoquées sont multiples :

 

- leur expérience professionnelle et leur âge sont en contradiction avec l’obligation de démarrer une carrière à zéro,

 

- leurs études sont trop éloignées pour leur permettre d’être compétitifs dans des concours face à des jeunes diplômés,

 

- il n’existe pas de concours ou de filière correspondant à leur qualification ou à leur emploi.

 

- leur activité professionnelle très prenante les empêche d’être suffisamment disponible pour préparer les concours.

 

-        les possibilités de déroulement de carrière après titularisation sont nulles du fait de la disparité entre les indices des contractuels et ceux des titulaires, notamment dans les cadres d’emploi où le salaire des titulaires est basé sur un indice assez faible complété par un taux de prime important (ex : cadre d’emploi des ingénieurs).

 

 


2) La gestion des ressources humaines à Montreuil

 

A cette diversité des situations d'origine s'ajoutent les conséquences d'une gestion des ressources humaines qui témoigne de dysfonctionnements, tels l’absence de critères clairement définis dans le choix des types de contrat aboutissant à un traitement au cas par cas, et le recours excessif à l'emploi de cadres contractuels

 

Cette politique a joué un rôle important dans la détérioration de l'image des agents contractuels :

 

-        à l’intérieur de la Ville, elle a contribué à alimenter le mythe de la sur-rémunération des agents contractuels

-        elle a conduit par ailleurs au durcissement des relations avec la Préfecture, qui ne voit pas favorablement le fait que le nombre d’agents contractuels reste stable, malgré la titularisation de ceux qui ont réussi aux concours.

 

Elle se concrétise aujourd'hui par une grande précarisation de la situation des agents contractuels, dont certains cas nous apparaissent particulièrement graves.

 

 

 

C – LES AXES DE TRAVAIL

 

Nous faisons aujourd'hui certains constats qui témoignent de la complexité du problème :

 

- les besoins techniques et économiques des collectivités territoriales ont considérablement évolué ces 20 dernières années,

 

- pour y faire face, il s’est avéré nécessaire de faire appel à des agents qui ont acquis un savoir-faire en dehors de la Fonction Publique,

 

- la liberté de recrutement est un principe qui conduit à s’écarter des modes de recrutement traditionnels de la fonction publique tels que concours et recrutement sur liste d’aptitude,

 

- l’ensemble de la Fonction Publique a fait appel de façon massive et pas forcément maîtrisée à des agents contractuels,

 

- seule la puissance publique est autorisée en tant qu’employeur à maintenir durablement des salariés dans une situation précaire qui n’est pas forcément justifiée par la nature des missions confiées à ces agents,

 

- l’emploi de ces agents apporte une réelle plus-value au service public,

 

- ces recrutements, parfois massifs, peuvent porter préjudice au déroulement de carrière des agents titulaires,

 

- il est indispensable de détruire le mythe du “contractuel mercenaire ” qui travaille dans une collectivité pour ôter le pain des titulaires.

 

 

Pour y répondre, nous avons souhaité travailler sur les 2 pistes suivantes :

 

- Définir une conduite à tenir pour que les services publics puissent fonctionner normalement avec la souplesse de recrutement nécessaire à l'adaptation aux évolutions techniques, économiques et sociales.

 

- Bâtir une série de propositions pour traiter au mieux la situation actuelle des agents contractuels, de façon à se rapprocher au plus vite de la situation normalisée évoquée ci-dessus sans que cela se fasse au détriment d’agents dont le dévouement au service public n’est nullement mis en cause.

 

 

 


 

II – MISE AU POINT DES BASES D’UN RECRUTEMENT CONTRACTUEL DANS LA FPT

 

 

A – LES PRINCIPES

 

Au regard de la situation actuelle, trois principes fondamentaux doivent guider toutes les actions visant à la résorption de la précarité :

 

 

Ø    L'intégration de la Fonction Publique Territoriale par le concours doit être privilégiée.

 

Ø    L’emploi contractuel doit être reconnu publiquement comme une nécessité, et à ce titre le maintien des agents contractuels à leur poste, tant qu’ils donnent satisfaction, doit être assuré et protégé.

 

Ø    L'équilibre entre agents titulaires et agents contractuels doit être régulé par des dispositions réglementaires, ceci afin d’éviter les dérapages du passé générateurs d'inégalités, de précarité et de tensions. Ces dispositions doivent être élaborées dans le souci de s’adapter réellement à l’évolution des besoins : des collectivités d’une part, des agents d’autre part.

 


 

B - LES PROPOSITIONS

 

 

Nous avons mis au point onze axes d’action répondant aux exigences précédemment citées :

 

 

u Privilégier l’intégration dans la FPT par le concours :

 

 

Axe n°1  Donner la priorité au recrutement sur liste d’aptitude :

 

Ce qui implique que :

 

- tous les postes vacants occupés ou non par des non- titulaires soient déclarés aux centres de gestion,

 

- l’ensemble des collectivités “ jouent le jeu ”,

 

- les concours et leur préparation soient plus ciblés sur les métiers et ouverts aux profils dont les collectivités ont besoin.

 

 

 

 

Axe n°2 - Fixer des quotas limitant le recrutement hors liste d’aptitude

 

Une collectivité pourrait, par exemple recourir à un maximum de 10% de son effectif total en agents sous contrats. Ce quota pourrait se voir reparti en 4% de pré-statutaires et 6% d’autres contractuels.

 

 

 

 

Axe n°3 - Réserver les recrutements pré-statutaires aux jeunes diplômés sans grande expérience professionnelle tout en les soutenant dans la réussite à un concours adapté à la réalité de la formation et/ou de l’emploi de l’agent :

 

Ce soutien peut se traduire de manière multiple :

 

- le développement d'actions d’aide à la préparation aux concours notamment par le biais de formations internes ou externes,

 

-  l'adaptation de la charge de travail de l’agent à sa disponibilité réelle pendant la préparation du concours.


u Reconnaître publiquement la nécessité de l’emploi contractuel :

 

 

Axe n°4Réserver le recrutement contractuel non statutaire aux agents expérimentés et aux personnes formées à un métier non répertorié dans le statut, tout en développant de nouvelles voies d'intégration sous forme d'examen professionnel :

 

L'objectif est de favoriser l'intégration des agents expérimentés à chaque fois que cela est possible en privilégiant la plus-value que représente le candidat grâce à ses compétences. Nous proposons d'instaurer une validation de ces dernières sous forme d’un examen professionnel à l'issue duquel celui-ci pourrait intégrer la fonction publique ou obtenir un CDI, selon les possibilités offertes par le statut.

 

 

 

 

 Axe n° 5 Mettre en place un contrat de 3ème voie, de type CDI pour tous les agents ne pouvant être intégrés par la voie des concours.

 

Il permettrait aux contractuels précités (axe n° 4), ayant satisfait à l’examen professionnel, mais ne pouvant pas intégrer la Fonction Publique, de jouir d’une situation plus enviable que les contrats actuels.

 

Le C.D.I. semble être le meilleur compromis entre le contrat de 3 ans et la titularisation. Il permet de stabiliser la situation des agents contractuels sans porter atteinte aux règles d'entrée dans la fonction publique. La Ville de Paris en établit encore de façon certaine pour des agents de catégorie C.

 

Le CDI devrait être appliqué aux agents contractuels qui ne peuvent intégrer la Fonction Publique du fait de leur nationalité étrangère.

 

 

Axe n° 6 Promouvoir la mobilité professionnelle des agents contractuels et encourager l’amélioration de leur technicité, parallèlement à leur volonté ou possibilité d’intégration dans la Fonction Publique Territoriale :

 

Ce qui implique :

 

- de généraliser la prise en compte des acquis professionnels (conformément à la Loi Aubry de 1992 portant sur la validation des acquis professionnels),

 

- de donner aux agents la possibilité d’intégrer et de suivre des formations longues, notamment en dehors de celles proposées par le CNFPT lorsque ces dernières ne sont pas adaptées au projet professionnel de l’agent, à l’évolution de son métier et aux besoins de la collectivité

 


u Encadrer par des dispositions réglementaires l’équilibre entre titulaires et contractuels :

 

 

Axe n°7Clarifier les grilles salariales et les déroulements de carrière spécifiques aux contractuels sur le principe d'égalité de traitement à fonction équivalente.

 

Ces grilles devraient être à même de prendre en considération non seulement l’ancienneté de l'agent dans la collectivité, mais encore et surtout la "valeur" de celui-ci eu égard à son niveau de qualification, à son expérience professionnelle antérieure à son entrée dans la Fonction Publique, à son savoir-faire et enfin à ses réalisations ou responsabilités effectives au sein de la collectivité.

 

Il serait ainsi aisé de détruire le mythe du contractuel qui décide seul de son niveau de salaire. Cela éviterait par ailleurs les dérives constatées dans certaines collectivités, qui avaient tendance à abuser de la liberté relative dont elles disposaient en matière salariale, ce qui a eu pour conséquence un contrôle plus étroit des contrats par les Préfectures.

 

Ces grilles doivent être mises en place pour tous les agents contractuels, quelle que soit leur position actuelle.

 

 

Axe n°8Assurer la reconnaissance de l'ancienneté dans la Fonction Publique à tous les agents.

 

Cette disposition vaut pour :

 

- la prise en compte de l'ancienneté lors de l'intégration d'un agent ayant réussi au concours ou à l'examen professionnel,

 

- tous les agents contractuels (pré-statutaire, avant l'examen professionnel ou ayant un contrat de type CDI ), lors d'un changement de collectivité.

 


u Utiliser  localement toutes les possibilités d'intégration :

 

 

Axe n°9Intégrer tous les agents contractuels dont les conditions de diplôme et d'ancienneté satisfont aux conditions des décrets d'intégration existants.

 

Particulièrement, il convient de suivre et participer à l'élaboration de la loi Sapin relative à la résorption de l'emploi précaire et veiller à sa plus large application.

 

 

Axe n°10Créer dès aujourd'hui les conditions optimales de réussite aux concours.

 

Il s'agit de soutenir les agents contractuels engagés sur la voie du concours, afin qu’ils le réussissent. Ce soutien passe par :

 

- l'accompagnement lors des préparations, notamment par des actions de formation,

 

- l'allègement de la charge de travail du candidat ou le recrutement d'agent(s) de renfort.

 


u Mettre en place des mesures conservatoires :

 

Les 10 axes dégagés précédemment nécessitent comme préalable l'application à titre conservatoire de ce dernier axe.

 

 

Axe n°11Geler les situations jusqu'à l'application effective des 10 premiers  axes, tout en rétablissant une égalité de traitement pour tous les agents contractuels.

 

Concrètement, il s'agit d'élaborer un accord interne permettant de protéger les agents contractuels pendant la période nécessaire à la mise en place des nouvelles dispositions.

 

Toutefois, il faudra veiller à faire évoluer les situations qui le peuvent dans le sens d’une réduction de la précarité. En l'occurrence, la transformation de contrats pré-statutaires en contrats dits “ Galland ” ( 3-3) est indispensable.

 

 

C – Les propositions pour un examen professionnel

 

 

Cet examen devrait être programmé dès le début de la 3ème année de présence de fonction publique, de façon à pouvoir valider la réelle intégration de l'agent dans le secteur public.

 

Cet examen pourrait être composé de deux parties:

 

- La 1ère partie serait basée sur un dossier qui fournirait les éléments objectifs permettant d'apprécier la possibilité d’intégration du candidat. Ce dossier comprendrait :

 

- les copies des diplômes certifiées conformes, 

- un C.V. détaillé mettant en valeur l’expérience professionnelle  du candidat, ainsi que les formations qu’il a suivies en cours de route,

- un bilan du travail effectué les premières années dans la collectivité, détaillant les missions et les résultats obtenus,

- une fiche d'appréciation de la collectivité sur l'agent, réalisée au cours d’un entretien d’évaluation avec son supérieur hiérarchique, et validée par la municipalité.

 

 

- La 2ème partie pourrait être constituée d’une épreuve écrite ou orale visant à valider :

 

- les compétences réelles de l'agent,

- sa bonne adaptation à la fonction publique par l'acquisition des  notions de base de la fonction publique notamment le statut, la gestion budgétaire, les grandes lignes de l'organisation des collectivités, les responsabilités et missions de la fonction publique. Il faudra veiller à rester à un niveau pragmatique sans tomber dans les travers et excès connus dans les programmes de certains concours peu en rapport avec les besoins réels de l’administration.

 

 

Comme les concours et autres examens professionnels, celui-ci devrait être organisé par le centre de gestion,  ce qui lui conférerait la valeur d'une reconnaissance sur l’ensemble du territoire, attribuée par un organisme indépendant de la collectivité.

 

Il est à noter que le décret "balai" n° 86-227 du 18 février 1986 prévoit pour certains agents la présentation 2 fois au plus à un examen professionnel.

 

La réussite à cet examen devrait permettre soit l’intégration directe dans un cadre d’emploi à un niveau d’indice et d’ancienneté compatible avec la situation de l’agent, soit l’obtention d’un statut de contractuel moins précaire, tel qu’évoqué ci-dessus (axe n° 5 ).