COUMBAFRICA: Le récit en images et en sons
 

 

 

 

 

 

 

D''une rencontre avec Bakary, sénégalais en visite dans nos contrées, naissent des projets communs. Le premier objectif fera de ce projet une aventure interculutrelle: descendre un combi VW au Sénégal.Cette aventure nous l'avons voulue productive: la route est un pretexte pour rencontrer, partager le long des pistes des sourires, des idées mais aussi des univers sonores. On pourrait ramener de ce séjour uniquement des diapositives à projeter sur un écran. Ce sont des vibrations, des ambiances, des témoignages de vies africaines que nous souhaitons faire partager.

Fevrier-Mars 2003.



 

 

 

 

 

Photos et sons

Cliquez sur les photos pour les agrandir.Des liens "sons" sont disponibles sous certaines photos.Ils sont rpérables grâce à cette icône: (cliquez dessus pour entendre l'enregistrement)

 

 
Le récit jour par jour

 

 

 

Démarrage en trombe

 

 

 

Mardi 4 Février : histoire de garages pour une descente vers l’Espagne.

De jolies irisations auréolent, sur le bitume détrempé du « col d’extrême », la perfide petite goutte d’huile qui s’échappe de sous le moteur. Moment d’incertitude : huile de boite ? huile de moteur ? Ce n’est jamais un très bon signe …Décision est prise de demander l’avis d’un spécialiste…A Tuchan (Corbières) le 1er garagiste, spécialiste de vieux tacots genre brigade du tigre, n’a guère le temps et nous conseille Pedro le mécano de Pariol. Pedro est touT aussi occupé.. On va voir plus loin..
A Estagel, chez Peugeot, on est pour le moins mal reçu ce qui ne fait qu’accentuer notre plaisir d’avoir rencontrer « Yves Pech et fils ».Un grand moment dans un petit garage. Interloqués par nos dégaines et notre carosse ils nous rejoingnent sous le combi surélevé. Nous découvrons l’existence du joint « spi » et du « Golden Touch »." C’est américain !" qu’y dit le père ." Ca va régénérer le joint !" De toutes façons, il n’y a rien d’autre a faire… Une petite fiole mélangée à l’huile et le tour est joué. Si ça marche tant mieux et puis si ça merde le fils propose à Gautier de racheter la carte grise du véhicule si le combi finit sa vie sur les routes africaines…
On trouve un sponsor avec « Yves Pech et Fils garagiste à Estagel» , qui se font un plaisir de coller l’autocollant de l’entreprise à l’arrière du combi, on rigole, on discute. Une chouette rencontre et on repart joyeux.
Il ne nous reste plus qu’a trouvé un bureau de poste pour boucler 2-3 affaires francaises et on passe la frontière espagnole . Et d’une !

Gogo


La petite goutte d'huile.

 

Plus tard…

Autoroute et nationale, camions et vents violents, un resto-route à la cuisine bien grasse, les pleins d’essences se succèdent et les kilomètres défilent….

La panse repue, Claire et Gogo sombrent dans un sommeil profond pendant que Sam et Guitou filent à travers la nuit.
Un combi sur l’altiplano castillan, ça donne une ambiance intergalactique créée par les lampions rouges des centaines d’éoliennes qui surplombent les oliveraies. Après deux heures de route, un petit écart de la grosse nationale nous mène à l’entrée d’un champ venté où nous trouvons refuge à l’abri d’un olivier au moins centenaire vu la gueule du tronc !
Les vaillants hommes de la coumbafrica hissent la bâche sur le auvent-couchette qui fait qu’on sen sent un peu dehors vu que la toile est déchirée…
Pendant ce temps, les petons de Claire cherchent la chaleur dans un duvet peu calorifique. Nous sommes à plus de 1000 m d’altitude.

Claire


 

Mercredi 5 février : La folle traversée de l’Espagne

Nuitfroidement douce et étoilée puis départ à 9h pour une grosse étape : Zaragoza - Madrid – Séville.
Journée type en combi :
Un combi est une camionette qui comporte plusieurs places : 2 à l’avant, au moins deux au milieu et une couchette à l’arrière. Nous sommes 4, majeurs, vaccinés, tous possédant un permis de conduire. Ainsi, comme de bien entendu, nous tournons au volant et cela se fait par enchantement le plus simplement du monde.
Nous interdisons à Sam de fumer dans « la chambre », et faisons une pause toutes les deux heures (160 km à 80 km/h…). Il tient et de jour en jour gagne confiance… Il est content de lui… Guitou a dit : 1 heure de boulot par jour pour son DEA alors il lit, ça le berce, il s’endort.. Gogo dort ou écrit. Le lecteur de K7 nous a lâché à Zaragosa ( le froid quizas), ainsi il y a trois options :
Option 1 : la radio espagnole qui vaut celle de chez nous avec France Inter en moins car on ne comprend rien. Surtout que plus on descend plus l’accent espagnol mache les mots. On est déjà que 2 sur 4 à « comprendre » alors on en est réduit à écouter las canciones locales. C’est bien..
Option 2 : Claire sait 4 ou 5 accords à la guitare, ne sait pas vraiment l’accorder, mais connaît de nombreux chants dans un répertoire très varié. Elle les fait tourner sur fond de boite à moteur et ça berce, les autres dorment sauf le conducteur. Et c’est bien aussi..
Option3 : la coumba chorale….

C’est donc sur un fond de Brassens flamenkiché que nous filons le long des plateaux d’oliviers, d’eucalyptus, de pins,et de genets pas en fleurs. Les figuiers de barbarie annoncent le Sud et le Maghreb mais nous traçons, comptant sur Séville pour goûter l’ambiance toros y tapas.
Le dernier tronçon jusqu'à Séville est une petite route de montagne. C’est Gautier qui conduit le bolide. Il est littéralement absorbé par le pare brise dans un « Beetle crazy cup course Combi Monster ». C’est la course contre le camion « Schmidt », sans inquiétude, on ne peut pas dépasser les 80…
A 30 km de Séville, Claire appelle Lise (sa sœur) qui nous accueille à la place « Alameda de Hercules ». La nuit est douce, les tapas fameux..

Claire


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Arrivée à Séville

 

 

Jeudi 6 Fevrier : L’affaire est dans le sac

Au petit matin il fait tres beau et doux, nous suivons les orangers pour visiter le centre sévillan et profiter un peu des spécialités : tapas, thon, poivrons, grillade de poissons. L'arrivée à Algeciras est pour nous la fin du périple européen. Longement de côtes : d'un côté les plages de Tarifa, bordées de surfeurs,de l'autre les innombrables éoliennes alimentées par le vent constant dans la région qui ravit autant les véliplanchistes que les centrales électrique de la région.
"Puerto" indique un panneau à droite à l'entrée de Algeciras, immense complexe où marchandises, passagers, véhicules s'entremêlent gracieusement pour enfin s'enfourner dans les bateaux qui quittent le port toutes les heures.
En 15 minutes, l'affaire est dans le sac, billets achetés et emballer c'est pesé, le coumba combi s'enfile dans le ferry.


35 minutes de traversée pile poil pour le coucher du soleil sur le rocher et le détoit de Gibraltar.
Il est 19h ,nous débarquons à Ceuta, port encore espagnol mais néanmoins africain. Au volant, Guitou, la moustache frétillante , l'oeil vif, nous fait sortir du port.
Ce qui ne devait être qu'un passage court et bref devient, à l'insu de notre plein gré, une tournée touristique by night autour du "Monte Hacho". Il faut préciser que la municipalité de Ceuta ayant oublié d'inscrire sur la ligne investissement l'achat de panneaux de direction, un joyeux brouhaha emplit le combi. Entre une lecture du guide du routard et une carte routière au 1/4.000.000 ème, chacun y va de son "à gauche", "à droite", "met ton clignotant"..
Bref, après un gros plein d'essence du réservoir et de nos quatres bidons supplémentaires pour profiter du fuel détaxé nous trouvons enfin la direction de la frontière marocaine.

Formalités de routine, déclaration du véhicule, fouillage aléatoire des entrailles du combi et bali balo nous voila au Morrocco.
Le décalage est rapide entre l'Espagne et le Maroc: l'architecture, la vie à l'extérieur, les senteurs d'Afrique et la manière sportive de conduire..
M'enfin, nous on est toujours à 80 km/h, beunaise des orteils, le petit stress du passage de douane terminé, on file à la recherche d'un endroit pour dormir.
Option est prise pour faire "brouter" le combi entre Cabo Negro et Martil. On dégotte un camping oublié derrière un alignement d'hôtels et d'immeubles qui bordent une promenade des anglais à la marocaine.
On se dit bien content d'y être au mois de février loin du conglomérat touristique de l'été.
Le camping d'Alboustane nous ouvre ses portes. Deux gros camping-car renferment deux petits couples de retraités que nous devons probablement réveiller avec le bruit cosmique du réchaud. Ca carbure sous les nouilles préparées à la "guitou's touch", probablement notre dernier repas à la francaise.
Soirée "Coumba-nouille" donc, accompagné de Omar, gardien du camping avec qui nous faisons "tourner" la discussion sur un fond sonore de moutons, ravis de profiter de leurs derniers jours à brouter avant la fête du mouton la semaine prochaine.

Pour l'équipe "Coumba", Sam


On the boat...

 

 

Vendredi 7 Février : premiers paysages marocains

Reveil à Martil. Omar est déjà là à fumer son pétard...Nous traversons le Rif marocain dans une matinée douce et ombragée. Les oliviers parsèment les flancs des versants, Brêles et chèvres trottinent un peu partout dans la montagne verdie par l'Oued Hajefa. Les mulets font tourner les pressoirs à olives, les bras des autochtones n'en finissent pas de nous tendre le "kif". C'est en effet la région propice et pas un kilomètre ne passe sans que le coumba combi ne fasse s'agiter des doigts appateurs. Nous n'en faisons rien.

Les gens sont beaux, visages doucement ridés sous les chapeaux pointus des djellaba hivernales, corps travaillés par la terre, vie vécue au rythme de la nature.
Les femmes semblent absentes ou alors on les devine au loin dans les pâturages. Un seul sourire maghrébine suffit, charmant hasard de la vie, pour ravir un instant de notre belle aventure. Au pied de la montagne s'étend une magnifique immensité de collines couvertes de jeunes pousses de blé.

Lancé dans les grands espaces, nous sommes presque étonnés de notre première crevaison. Le mythe du combi increvable tombe, retour à la réalité. A coeur vaillant, rien d'impossible, nous arrivons à Fes intacts.
Intacts mais fatigués. Mine de rien on a deja enquillé 2547 km sur 5800 estimés.On se retrouve dans un camping international bien cher. Les esprits sont un peu tendus mais une chorba bien épicée, prise à la médina,nous remet les choses en place.
Demain est un autre jour, buenas noches.

Pour l'équipe "Coumba", Guitou


cliquez pour voir le parcours

 

 

Samedi 8 Fevrier: l'arrêt de Fes

 

Une journée touristique traditionnelle dans la plus ancienne des villes impériales du Maroc, surnommé "l'Athène de l'Afrique".
Fes est une ville étonnante où nous nous perdons dans les "traboules" enchevêtrées de la Medina.
Nous nous serions perdus sans l'aide d'un guide local. C'est un voyage dans le temps: la ville semblant rester la même depuis des centaines d'années.
Les échoppes des marchands et des artisans sont regroupés par spécialités. A chaque coin des milliers de rues de la Medina, nous découvrons divers petits métiers qui mêlent le pittoresque à la vie quotidienne.
La journée se termine au restaurant "Chez Hamid" où l'on nous sert soupe et tajine accompagné des blagues belges de Said, le serveur, bien bronzé dans la tête par sa fumette...
La nuit se fait sur le parking au pied des murailles de la Medina.


 

 

Dimanche 9 fevrier: Mais où sont passés les singes ?

Le réveil se fait au son de la circulation matinale. Nous prenons la direction de M'Rirt dans le moyen Atlas, à 150 km au Sud de Fes.
Le combi file à travers des étendues lunaires de roches volcaniques et atterrit dans une forêt de cèdres où nous cherchons vainement les singes magots. Leur disparition est-elle due aux dernières panthères trouvant encore refuge dans ces contrées sauvages ou bien fuient-ils nos pétarades combiesque ?
En fin de journée nous arrivons à la ferme Aïss de M'Rirt où Moustapha, Sylvie et leurs deux petites filles Leila et Djamila nous accueillent.
Mustapha et Sylvie ont construit cette ferme d'accueil il y a quelques années. Ici les voyageurs peuvent vivre un séjour simple et authentique au rythme des balades à cheval et à la découverte des senteurs berbères.
Nuit fraîche mais hammam chaud.


 

 

Lundi 10 Février: Mi-temps

Il est 5h, M'rirt s'éveille, il est 5h Guitou et Gogo n'ont pas sommeil.
Ils filent sur le point culminant le plus proche de la ferme pour surprendre le premier rayon du soleil qui irradie de lumière ce paysage verdoyant à faire pâlir les pâturages savoyards. Sur le retour, un fermier les inviteà venir boire un thé et prendre le petit dej pensant qu'ils emmèneront avec eux en France leur fils aîné.
La compréhension n'est pas de mise dans cette conversation mi-berbère mi-francaise où les sourires et les gestes en disent plus long que les mots.


Retour au gite pour une session remise en forme des hommes et de leur monture. Grasse mat', lessive, papotage, lustrage du combi, graissage en tous genre. Nous voila prêt à affronter un désert que nous attendons de pied ferme.
La vie est paisible dans ces contrées. Le soleil brille, ca caille un peu quand même, la vie est belle.
Demain matin , nous quittons M'rirt pour Casablanca afin de faire faire nos visas pour la Mauritanie et puis ce sera la plongée dans le grand Sud: Marrakech, Agadir...etc

kayo


 

 

Mardi 11 et Mercredi 12 Fevrier: L'Aïd en campagne.

Départ de M'rirt à 9h.
Depuis le début de la traversée du Maroc, les rencontres fréquentes de moutons en carioles nous font languir le jour de l'Aïd.
C'est pour demain on sacrifiera la bête comme l'a fait le prophète Abraham pour sauver son fils. Oui, mais... pas seulement: l'Aïd, c'est aussi jour férié et une bonne occasion pour faire le pont que les administrations s'empressent de saisir.
Aussi notre virée à Casablanca est remise à vendredi, l'ambassade de Mauritanie est fermée mercredi et jeudi.
Si nous ne prenons pas le visa pour la Mauritanie à Casa, nous le paierons plus cher à la frontière. Après maintes palabres sur le plus avantageux en aventures et en monnaie, Casa nous étant décrite comme industrielle et sans intérêt, nous décidons de tracer vers Marrakech, via les cascades d'Ouzoud.
Une route superbe où des couleurs et odeurs se succèdent. Nous sommes émerveillés par la tâche orange que nous formons, nous et notre combi, en harmonie avec le vert des champs et les montagnes de plus en plus ocre (la, sortez vos mouchoirs, c'est du pur Appolinaire...Bref...).
Nous arrivons dans les gorges de l'Oued El Abib, petit pique nique au soleil et dégustation de saucisson allhal (aggloméré de volaille), tout ca devant un panorama buccolique... C'est décidé, ce soir pas de camping où l'on ne rencontre que des francais, le complexe touristique qu'est devenu Ouzoud nous conforte dans l'idée de demander le gite dans le champ d'un autochtone.
Nous stoppons près d'une maison de berger, des mules portent des jarres que les villageois remplissent au puit. Guitou parle à un homme qui accepte que nous installions le combi sur son terrain. Deux ou trois gamins restent figés littéralement devant notre spectacle.
Notre intégration peu à peu se fait par le remplissage des jarres effectué par les femmes. Deux de nos gaillards ont pu goûter cette tache quotidienne et donner la sueur de leur front. Guitou commence le repas, trois frères nous accompagnent et la guitare devient l'élément de socialisation donnant du verbe dans un cercle où l'on ne se comprend pas.

Abdelkadir, 8 ans entreprend d'allumer un feu, chante des chansons berbères et toque la guitare à sa manière.
Mohammed, 19 ans, nous invite ensuite dans la maison pour manger le tajine, nous lui demandons s'il est possible d'assister au sacrifice du mouton le lendemain.
Bheslama, bonne nuit, choukrane.

l'Aïd au fin fond du Maroc.

Une fois le mouton égorgé, nous sommes tous invités à rentrer dans une ferme en terre dont les batiments encerclent une cour intérieure carrée avec des arcades. Dans le four à pain, la mère et sa fille font cuire les galettes. Le père dépièce la bête. Les garçons regardent.
Les premiers mets sont grillés: brochette de foie entouré d'un couche de gras préalablement faite sécher. C'est un régal, une hospitalité légendaire que tout guide vous vend mais vécue.
On est tous un peu hors du temps, Guitou fait des photos que nous leur enverrons.
Mohammed nous fait ensuite visiter les cascades tropicales "fraicheur hollywood" d'Ouzoud.
Ce fut une leçon de vie.
Nous sommes sur la route de Marrakech.

Pour l'équipe Coumba, Claire


 

 

 

Jeudi 13 Février: Arnakech

Marrakech ou Arnakech selon le petit Gautier illustré. Au souk encore tout endormi, nous flanons au gré des petites ruelles entrelacées.
Epiciers, commerçants en tous genres commencent à s'agiter. Théières scintillantes, chapelets de babouches, chechs multicolores et poteries traditionnelles s'étalent "pour le plaisir des yeux". Tout cela nous est bien entendu destiné comme aux touristes qui rapidement envahissent les lieux.
S'évader alors du royaume de l'apparence soignée est un luxe bien réel qui nous mène au travers d'une autre réalité, celle d'un univers social riche et fracturé empli d'odeurs parfois troublantes pour nos naseaux aseptisés mais aussi d'effluves épicées honorant la richesse des senteurs maghrébines.
Mosquées, mausolées, mosaïques participent d'une architecture à la fois complexe et harmonieuse témoins d'histoires sultanes et nomades, berbères, arabes et musulmanes.
Ici le toutou (touriste de base) est comblé, il y a tout partout: gnawis avec leurs castagnettes métalliques, charmeurs de serpents, tatouages au hénné et tarifs flambés, mamies aux sacs bondés de stylos bic et gros bides poilus du Club Meditérannée.
C'est décidé, on se casse....

Cap atlantique, plein ouest. La conduite est sportive car la route est un lieu bien vivant. Chèvres, moutons, mules, brêles animales et mécaniques peuplent les accotements obligeant le coumba rider à se maintenir en état d'alerte constant.
Arrivée triomphale sur les plages atlantiques d'Essaouira. Tonton Sam frétille dans l'air marin. C'est le début d'une longue histoire parallèle avec le Grand Bleu, jusqu'a Nouackchott.
La Coumba Team tente une session Cerf Volant au soleil couchant, dans un vent furieux mais bien maîtrisé. Enfin presque... une suspente pète au bout de 20 minutes.

Tonton Guitou


 

Vendredi 14 Février: Entre Terre et Mer

Nous retrouvons cette charmante petite ville portuaire le lendemain matin pour une remise en forme de la pneumatique du combi rudement mise à l'épreuve: 2 crevaisons en 3 jours, sur le goudron!!...Non sans une larme mélancolique, nous quittons Essaouira et le cachet certain de ses couleurs blanches et bleues reflétant l'écume et l'abysse océane.

La route nous mène à travers une côte montagneuse verdoyante. Le spectacle est à la hauterur des éléments. Pour y faire corps, Sam Koukaille et Super Guitou se jettent à l'eau. Ambiance super héros, mais bon, au bout de 5 minutes on faisait moins les malins...


La rue centrale de Mirleft, une petite ville du Far West marocain, est déserte. Le vent siffle, un plastique vole, les volets claquent. Un combi s'avance, alerte, le doigt sur la gachette. Quatre vaillants riders descendent de selle et poussent les battants du "Saloon du Sud". "Quatre omelettes-frites et la même chose en thé à la menthe !". L'assemblée tremble, une commande pareille...C'est des durs à cuire.
Soirée belote et au plumard.

Tonton Guitou


 

 

Samedi 15 février : Premières dunes

 

Les premières lueurs matinales nous font ouvrir l'œil sous notre abris de fortune ; un complexe hôtelier en construction à l'abandon comme il y en a tant par ici où l'économie touristique balbutie.
La nuit fut ventée donc étoilée. Le auvent risquant l'arrachement par le vent violent, deux gros duvets se sont blotis sous la lune bercés par le bruit des vagues. On s'ébroue et on sonne le départ.

On longe la côte, l'Anti-Atlas dresse encore quelques collines verdoyantes mais la végétation se clairsème et s'amenuise. On traverse Guelmin et le désert s'offre à nous. Le sable et la caillasse prennent le dessus, l'espace s'ouvre, c'est beau.

Nous filons sur l'asphalte zébrée par le sable soufflé par le zef. Par endroits, ce sont de véritables nuages de sable qui nous enveloppent. C'est dans cette étrange ambiance que nous croisons fantomatique, une caravane de dromadaires au pas lent et impérial. Il n'y a pas de doute, on y est. La magie de l'instant nous fait oublier le déclic photo. Désolés (on pourra vous montrer exactement où c'était sur la carte et vous irez voir).

Dans ces contrées arides, le taxi officiel, dromadaire des temps modernes, est le Land Rover, des vieux machins hors d'âge, chargés à bloc, qui avancent en crabe.
Au Maroc, chaque compagnie de taxis a son véhicule exclusif. Nous avons croisé dans le nord des légions de 504 break chers à Papa Kayo, des Ford transit chers à Papa Gogo, des renault 18, des 4l, des 205.. La mercédes va bien aussi dans tout le pays. 5 passagers à l'arrière, 2 à l'avant plus le chauffeur. On s'y tient chaud.
Ces véhicules bondés croisent nos compatriotes retraités qui viennent chercher le soleil et la chaleur hivernale du sud marocain dans le confort de leurs énormes charentaises à roulettes. Pépères, mémères et chien-chiens viennent s'entasser sur la côte. Plusieurs centaines de camping-cars squattent les abords d'Agadir ou les "campings" (jolis terrains caillouteux harmonieusement murés). Enfin, sur cette route qui file plein sud, il faut avoir un petit grain pour s'y aventurer.

Pour nous l'aventure continue. La nuit tombe, on est au milieu de nulle-part, entre Tan-Tan et Tarfaya. Ca nous ira bien. On s'arrête,
du riz et au dodo. Belle journée.

Gogo pour la coumba team.


 

 

Dimanche 16 Février : T’as voulu voir Boujdour et on a vu Boujdour

Quelque part au milieu de nulle part, la tête au soleil, le vent dans les narines et les doigts de pieds ensablées, il est 8h le combi s'éveille, il est 8h, on a plus sommeil.
Le moustachu nommé Guitou et le barbu nommé Gogo, intrépides et volontaires, aventureux et vigoureux, ont fait le choix de dormir aux lueurs de la lune. Il est 8 h, les poilus s'éveillent, il est 8h, le vent les réveillent.
Le sable, le sable, le sable: particule ocrée, pernicieuse et croustillante qui s'entrechatouille dans les babines, fait jaunir la crème dèja graisseuse du fond des oreilles et permet tout à la fois de décongestionner des narines bien remplies.
Bref la nuit fut pas top mais ca vaut bien un clair de lune à Maubeuge.
Vamos la route est longue.
Le décor est lunaire, une ville de 10 habitants planté dans un décor caillouteux. Café serré, gâteaux secs...
Imaginez une route de plus de 1000 km quasi impeccable, droite, déserte, dunes, à droite l'Atlantique, un vent à faire choir une éolienne.
Plantée au milieu de nulle part, une station essence à 80 km de Tan Tan. A partir d'ici l'essence est détaxée pour permettre aux provinces du Sud Marocain de survivre.
On avance, on avance, c'est une évidence, on prend de l'essence pour pas faire la route dans l'autre sens, on avance.
Boujdour: sujet de débats animés dans les 2 m2 du combi. Arrêt ? pas Arrêt ?
L'entrée de la ville nous convint. On pose nos bagages dans un petit hôtel "pas cher" histoire de se prendre une douche et de se préparer aux 4 jours du désert mauritanien..
Si on ne s'aventure pas derrière les grands murs bordant la route principale, on pourrait croire à une station balnéaire en plein désert. Bords de mer arrangés style promenade des anglais, ville champignon, l'apparence est trompeuse. Les infrastructures sont pour la plupart inachevées et non entretenues.
L'hypothétique descente des touristes jusqu'à ces latitudes ne semble pas avoir eu lieu.
Ce qui devait être une soirée bouffe et au lit commence au détour d'une ruelle avec la rencontre de Rachid, 24 ans, instituteur et une envie affichée de rentrer en contact avec nous. Soirée débat, découverte de nos différences culturelles. Rencontre fortuite, enrichissante, vraie (ce qui n'a pas toujours été le cas).
C'est pas le tou tou mais ouaf ouaf, demain on s'arrête à Dakhla , dernière ville avant la Mauritanie. Dakhla, Dakhla, dit rladada.

Kayo


 

Mardi 18 Février : « Si tu donnes du bien, tu récoltes du bien »

Sous le tropique du cancer, exactement...(23,27°N)

A 100 km. de la frontière mauritanienne, un homme plein au as fait construire des maisons et un hôtel-restaurant à proximité d'un puit. C'est un marin militaire auto-stoppeur qui nous le dit.
Il commence à faire chaud, nous traversons toujours sur une même route bonne et monotone, des paysages lunaires dans l'attente de dunes qui donnent le charme qu'on clichétise au Sahara. Tout est miné, il ne faut pas perdre la route.
A proximité des rares pâtés de maisons en construction qu'on croise, il y a toujours une longue étendue au vent de déchets et immondices.
Piles, sacs plastiques, vieilles conserves, ça puire et le vent se charge de créer des correspondances à travers le monde.
La peau de banane que j'ai jeté là puisse-t'elle malencontreusement faire glisser monsieur Bush sur son promontoire... j'en jouirais mais la banane ça se désintègre.
La nuit à Dakhla, siège d’un contingent des Nations Unies et dernière ville du Sahara Occidental, nous a donné l'occasion de savourer grandement les mets locaux :
Spécialités de poisson et tajine de keftas à l'oeuf dans un resto classe sur fond de Julio Iglesias.
L'idée de Dieu omniprésent, le mal et le bien ! C'est la trilogie sur laquelle sont basées toutes les rencontres que j'ai faite au Maroc.
"N'oublie jamais que tu arriveras quelque part que sous l'autorité de Dieu". Moussa, un marin, vient de nous faire une leçon de vie superbe digne de Rousseau et de son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755) : pensant que Le pen n'arrivera jamais au pouvoir en France, Moussa dit :"la bourgeoise n'est pas une méthode de vie, je peux vivre avec du pain et de l'eau".
Attention les Français, "presque de la famille des marocains", sortez vos bakchich pour entrer en Mauritanie.

Claire


 

 

Hardi Coumba !

Fort Guerguerat, plein cagnard, fin de la route goudronnée.
A 7 km, c’est le poste de frontière mauritanien, ambiance routard du désert au poste de police marocain. Quelques habitués de la traversée sont là à rigoler avec la maréchaussée locale. On y est, pas trop fier.
Devant nous, il y a 350 km de désert, de sable, de dunes... C’est pour nous l’inconnu malgré les nombreuses lectures sur le sujet.
Une question nous titillent depuis 2-3 jours : le combi passera t’il ? On questionne les habitués : y’a t’il beaucoup de sable ? le moteur chauffera ? passera ? passera pas ? trépassera ?
Quelque peu rassurés par les Mad Max en 4x4, on file à cœur vaillant.
Au dernier contrôle marocain, le pandore nous dit : « C’est tout droit, vous suivez la piste et n’en sortez pas , il y a des mines… » On y va mollo. Il y a des cailloux, des trous mais aussi des virages et des bifurcations!!. On prend ce qui nous semble être la piste principale et on arrive devant un banc de sable de 10 m de long qui submerge la piste. On s’interroge et on décide de passer en force. Le combi chasse du derrière. Ca passe ..ouf !
50 m plus loin, deuxième banc. On se plante, on pousse et ça repart.
Au troisième banc, les choses se compliquent. Le sable se fait plus mou et plus imposant. Les choses sérieuses commencent. On creuse, on met des cailloux sous les roues, on pousse, on se sent un peu seul, mais bon on était au courant… Le désert c’est désert, hein bébert ?
Enfin presque.. Deux mauritaniens débarquent de nulle part entre une dune et un rocher. Chouette du renfort ! Ils bravent les mines pour nous aider…Mais …Que nenni… Ici c’est le no man’s land , la terre des non-hommes. Ces deux vautours nous proposent leurs services et leur connaissance d’un meilleur passage qu’ils avaient caché pour 50 euros…
Ils sont insistants et méprisants. Mais les trois coumba-man et la coumba-girl qui viennent de s’enquiller plus de 5000 km sans embrouilles ne vont pas abdiquer au 5002ème km…
On part reconnaître la piste à pieds. Après ce passage difficile, la piste semble meilleure alors on pousse et ca repart.
On contourne hors piste sur des rochers dans des traces tout de même, ca passe.. Ces 7 km nous paraissent bien long mais la piste reste nette jusqu'à un nouveau passage de sable mou de 100 mètres. On descend, on étudie le terrain, on recule pour prendre de l’élan et on fonce… 10m... 30m…50m…70 m…75m…77m…80m….Pfffffffrt, on plante. Et c’est comme ca que la moyenne chute… Parce que 20m dans du tout mou, ca prend loooongtemps…
Mais les néophytes de l’ensablement sont déterminés. Pelle, cailloux, plaques, huile de coude, mètres après mètres on s’en tire.
C’est avec un soulagement certain que nous arrivons au poste de douane mauritanien à la tombée de la nuit. Visa, formalités. Premier bakchich (2 bananes….!) Notre guide, Ahmed, contacté il y a 3 jours est bien au rendez-vous malgré notre retard (5 heures…)
Tout de suite il se fait rassurant : « tout passe dans le désert ». 4x4, pigeot, bus, combi, etc... Il en a vu passer de toutes les couleurs.
On pensait trouver au poste frontière des candidats à la traversée qui auraient partager les frais de guide avec nous. Mais il n’y a pas foule. On partira seul avec Ahmed.
Mais non.. Qu’entendons nous ? Deux peugeots arrivent et nous livrent une joyeuse compagnie d’huluberlu niortais. Les « Flying Sangliers (nom de leur association / voir leur site : http://membres.lycos.fr/flyingsangliers/ ) 6 rudes gaillards à l’humour décapant arrivent à point nommé.
Ahmed prend les choses en main : il dégonfle tous les pneus. Voilà c’est à peine plus compliqué que ca pour rouler dans le sable !
On part dans la nuit jusqu’au point d’eau le plus proche le long de la voie ferrée.
Super timing, on arrive juste à temps pour voir surgir de la nuit, monstre de fer à la puissance inouie, le plus long train de monde: 3 km de wagons remplis de cailloux.

Nous voilà au cœur du désert, la voûte céleste éclaire les bols de soupe et les éclats de rire. Demain, c’est le grand jour de la traversée.

Gogo


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Mercredi 19 février : le mystère de l'oued

8h : Amed (80, 74 kg), le prince du désert et des carters, aux lunettes à la Starsky et Hutch sort de sa tente berbère, la djellaba au vent, le chech enturbanné et la bonne humeur au cœur.
La Coumbafrica et les Flying sangliers sont dans les starting-blocks.
Aujourd’hui c’est la journée qui va rester gravé dans nos esprits.
Ahmed s’installe au volant du combi en tête de cortège, enlève son turban, fait gronder le moteur et c’est parti.
Le soleil se lève enfin pour dévoiler ce qu’on attendait et redoutait : le désert.
12h de conduite, 12h de plaisir, 12h de rêves parfois entremêlés de petits stress : quand la piste devient plus cassante, le sable plus mou ou quand l’aiguille du thermomètre d’huile frise les 150°…
Ahmed (80, 72 kg – et oui les mauritaniens subissent aussi la tourista…) nous espante. Ca fait douze ans qu’il fait les allers-retours entre Nouadhibou et Nouakchott, douze ans qu’il connaît le désert comme ses babouches. On tente vainement de comprendre comment il arrive à s’orienter dans ces étendues sans fins : parfois des traces, des dunes reconnaissables, 2-3 arbres qui se battent en duel…C’est le mystère de l’Oued…
On enchaîne des pistes en « tôles ondulées », parfois des cailloux, des immensités de sables durs ou mous, de la dune qui se modèle au gré des vents. Parfois au milieu de nulle part, trois tentes émergent pour vendre fuel, gâteaux et chambres à air.

Les flyngs sangliers sont déchaînés : caméscope à la main, ils changent de conducteurs en roulant, la bonne humeur est de rigueur.
A chaque pause, les commentaires fusent : impressions, rigolades sur le dernier chauffeur qui s’est ensablé. On y est et on y resterait bien.
Chaque désensablement est presque une partie de plaisir. On est 10 à pousser sur chaque véhicule. Parfois on sort les cordes, des bouts de moquettes, des pelles…
Mais Ahmed (80, 76 kg – et oui dans le désert c’est 4l d’eau par jour…) prince du volant et de l’embrayage sort la 504 break et la 505 d’un tour de passe-passe.
Et le combi me direz-vous ? Enseveli ? Surchauffé ? Explosé ? Pas une fois….
Etonnant, stupéfiant, miraculant. Ce qu’on imaginait comme la fin d’une histoire pour notre compagnon de route a révélé un mythe vivant, une star du désert, un roi de la caillasse…
Il a 4 roues, un moteur de coccinelle, son premier est un C, son second est un O, il finit par MBI, c’est le Coumba Combi, messieurs mesdames… !

Sam


 

Jeudi 20 Février : Seul sur le sable, les yeux dans l’eau….

 

Une nuit de grâce étoilée, bercée par le murmure des vagues à deux pas de nos rêves, s'endort à son tour pour nous offrir une aurore saharienne inoubliable. Hormis Ahmed, c'est pour chacun d'entre nous une expérience originelle et presque magique.

L'étape du jour est assez particulière, nos titines peuvent y laisser leurs carcasses et c'est avec un léger petit stress que l'équipe se prépare. Ahmed est d'attaque à 7h03. 7h30, nous sommes toujours là à regonfler, revisser, redégonfler, redévisser... bref quelques instants plus tard, nous ne sommes plus là, mais vrombissant sur une plage de plusieurs dizaines de kilomètres, bordée de dunes à moitié grignotée par l'atlantique. La marée monte et efface peu à peu la piste du sud...
Ahmed est à donf au volant d'un combi jaillissant et traçant au travers de l'écume. Quelques nuages de goélands se déchirent au coeur du soleil levant, nous sommes sous le charme.
"Quelle heure est t-il?" demande Ahmed inquiet. "8h15" répond une Coumba team tout aussi perplexe et redoutant une fin tragique les pieds dans l'eau. "C'est bon... inch Allah!..." Un dernier passage tendu ... Plouf! ... l'eau monte jusqu'aux portières... ouf! Ni tragédie ni patauge, on est sauvés. Pause au dernier village de pecheurs du Banc d'Argin. Ahmed nous fait goutter de la viande de dromadaire séchée. Ce fut disons, ... goutu.
Nos compatriotes de route, envahis d'une ribambelle de mômes, offrent innocemment sucreries et vêtements. Cela nous gêne et amènera plus tard un débat très constructif sur l'Afrique et l'humanitaire, soulageant l'atmosphère et faisant vite oublier les a priori de chacun.
Il reste 70 km de poussière, d'ornières, de "tôles ondulées" mettant à rude épreuve tant les amortisseurs que nos zygomatiques!
Non, ce n'est pas un mirage. Une ville! du plastique, du goudron, feel smooth, feel free. Nouakchott mon amour, nous sommes à toi.

Guitou pour la Coumba team.


 

 

Vendredi 21 Février ; Nouakchott, la pause s’impose.

On a bien besoin de souffler un peu après ce sprint insensé. La traversée du désert, ce fut du non-stop où on était bien content des arrêts désensablement et crevaison pour prendre le temps. Et dès la roue changée ou les voitures décoincées, vraouum ça repartait sur les chapeaux de roue.

Ici dans un petit havre de paix entre quatre grands murs, on prend soin de nous et des voitures. Douche, lessive, sieste, sieste et sieste et un peu de mécanique (purge des freins pour le combi). Chacun soigne sa monture car si le plus dur a été fait la route n'est pas encore finie.
A Nouackchott, l'Afrique devient noire, le désert sépare deux cultures orchestrées cependant par la même foi religieuse qui rythme les journées. Au souk, un débordement de couleurs et d'odeurs ravit nos sens.

Gautier


 

 

Samedi 22 Février: Sénégal nous voilà.

Sur la route qui nous rapproche de la frontière sénégalaise, peu à peu la végétation reprend ses droits. Au fil des kilomètres l'arbuste se densifie puis devient arbre. Magnifiques baobabs.
A Rosso, au bord du fleuve Sénégal, on fait un arrêt express pour assurer la voiture.
Ville de non-droit où contrebandiers et escrocs sont légion, il nous faut batailler ferme pour payer ce que nous avons à payer. On évitera de passer la frontière ici par le bac. Tous les habitués de la route nous ont conseillé de ne pas nous frotter à la corruption des douaniers et des policiers de ce lieu.
Une piste de 90 km longe le fleuve jusqu'au barrage de Diama au nord de Saint Louis. Cette zone inondable que nous traversons est un paradis pour les oiseaux et les cultivateurs.
A la douane, il nous faut mettre la main à la poche pour sortir de Mauritanie puis entrer au Sénégal mais sans trop de pression.
Nous pensions faire une étape tranquille mais c'est fourbus et à la nuit tombée que nous débarquons à Saint Louis.

Gautier


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Saint Louis: Les jolies colonies de vacances.

Fondé en 1659, Saint Louis fut la première colonie française en Afrique et en devint plus tard la capitale.
La ville semble s'être développé lentement en empiétant sur le continent et la péninsule formée par la "langue de barbarie".
L'île a subi que très peu de transformations ce qui vaut à ces architectures de types coloniales d'être inscrits au patrimoine mondial de l'unesco.
Autrefois quartier des européens, l'île recèle de grandes demeures anciennes. Quelques unes arborent encore des balcons en fer forgé tandis que d'autres sont littéralement effondrées.
La langue de barbarie, autrefois quartier africain abrite aujourd'hui une impressionnante communauté de pêcheurs nommé Guet N Dar.C'est près de ces myriades de pirogues colorées que nous faisons halte dans un camping entre l'océan et le fleuve Sénégal.

Alaasan, jeune accrocheur de Toubab, nous tombe dessus dès le matin et embarque Claire pour une virée Saint-Louisienne.
Il nous a fait préparé un thièbou djeun, plat traditionnel sénégalais composé de riz et de poisson (dorade, capitaine...) fort excellent. 50 personnes partagent deux maisons de l'époque coloniale et c'est l'occasion d'un petit reportage sur l'univers sonore de cette famille de Saint Louis.
L'après midi est consacré à la découverte de chacun et de ce qui rythme le quotidien.Tout cela agrémenté de la méticuleuse préparation des "trois thés": Le premier amer comme la mort, le second doux comme la vie, le dernier sucré comme l'amour.
Virée au marché, carpes, légumes et condiments. Soirée simplement partagée avec Alaasan et sa famille.
Attention chaud devant, Sam et Guitou se lancent à l'assaut d'une soirée sénégalaise au Laser Night Club. Pop locale, tromboscope, arrières trains trémoussés des classes aisées de Saint Louis, bref, c'est aussi une réalité...


La plage est brumeuse, une vieille carcasse de navire échouée rend l'atmosphère un peu fantomatique. Nous arrivons à pied à Guet N dar. Plusieurs dizaines de bras mènent à l'eau de longues et massives pirogues. Cris et chants semblent rendre la tâche moins pénible et nous offre une scène extrêmement vivante.
Un peu plus loin, les gamins nous reçoivent avec projectiles de poissons crevés. Un vieux arrive et tout s'arrête...
Des centaines d'embarcations occupent le petit rien qui sépare le village du monde marin qui leur permet de survivre. Une marmaille foisonnant à moitié nue emplit coins et recoins. La pauvreté est criante mais la beauté de la vie qui émane du lieu nous interpelle. Précarité et pour les plus chanceux simplicité semble être le triste gage d'une existence consciente et joyeuse.

Un dernier maffé (plat sénégalais avec viande et mixture au beurre d'arachide) et nous repartons à notre héroïque destinée routière. Etape du jour: 20 km dont 3 de piste. Nous sommes aux limites du dernier souffle d'épuisement.
Les cocotiers du "Zebrabar", repère germanique des riders du désert nous séduisent unanimes, malgré les a-prioris des maitres des lieux sur le gaulois basique.
Nous sommes dans le Parc National de la langue de Barbarie.
Ambiance cool et cocoonée voire déconnectée, prestation de très bons rapport qualité Prix, une adresse à "enregistrer sous".
Les rencontres sont à la fois originales et farfelues révelant voyageurs aux 4x4 gadgétisés, jeunes en quête de sensations fortes, vieux loups de mer riche d'une vie passée aux 4 coins de la planète, ornitholynx passionnés...
C'est d'ailleurs avec ces trois oiseaux parisiens que nous irons observer en pirogue Sa Majesté Dame Nature.
Les premières lueurs du jour couvrent d'or milles plumages plus ravissants les uns que les autres. Pélicans, hérons, aigrettes, sternes, spatules, marabous, goëlands... Gautier reste perché et moi tout autant. Demain un autre monde nous attend: Dakar.

Guitou et avec le Lonely Planet pour la visite historique de Saint Louis... (désolé..)


Le Zebrabar

 

 

Vendredi 6 Mars : SNCS, tout est possible !

Vendredi,6h du matin, le train est mobilisé depuis 2h du matin. Le compresseur de la loco a sauté. Les 8 wagons de l'Express Dakar-Bamako et ses 200 passagers se réveillent au bruit de la nouvelle sans inquiétudes ni stress. On attend patiemment une autre loco...
Le train met théoriquement 30h pour relier le deux capitales. Ca fait déjà 40 h que nous sommes partis et il nous reste 10h pour atteindre la capitale malienne.
Seul deux rescapés de l'aventure coumba sontàbord du train: Samet Guitou.
Le groupe s'est dispersé comme convenu à Dakar. Claire est rentrée prématurément en France pour des raisons de santé. La belle à Gautier à rejoint son "rider" pour finir la descente du combi en Casamance. L'aventure se termine...

Dernière difficulté: les 1232 km qui séparent Dakar de Bamako où nous devons prendre notre avion pour la France ce soir.
1232 km sur des rails qui n'ont pas été entretenues ou très peu depuis une trentaine d'années.
1232 km à travers la brousse sénégalaise et malienne.
Nos deux fringants voyageurs se présentent Mercredi à 10h à la Gare de Dakar pour embarquer pour ce qu'on leur avait promis comme un voyage tendu des orteils.
Attente interminable "à l'africaine". Le départ est finalement pour 15h: Ce n'est qu'un début.
Le train est fréquenté .C'est le moyen le plus économique pour aller au Mali et nombre de petits commerçants et fonctionnaires utilisent la ligne.
A bord du train, la vie s'organise. Nous partageons un compartiment de 6 personnes dont 2 en font presque 4 et un tas impressionnant de bagages à la fois divers et variés.
Inutile de préciser que les 3 jours et 2 nuits de voyage sont violemment épuisants.
Trouver la position idéale pour dormir se révèle être une épreuve de contorsions remarquables.
Bref, passons les détails.
Cette traversée reste quand même une aventure à vivre. La notion de temps à pratiquement disparut et le train vit au rythme des repas prit dans les villages-étapes,des thés chauffés dans les compartiments, des prières dans les couloirs, des pauses techniques interminables où tout le monde se retrouve dans la brousse sous l'ombre d'un arbre.
Discussions, toilette express histoire de se détacher de la fatigue et de la couche de crasse qui enduit les corps luisants...
Deux coups de sifflets et c'est reparti. Le train s'ébroue jusqu'à la prochaine étape.

Moralité pour cette histoire de rails:
Si c'était à refaire, on prendrait l'avion...


 

 

Derniers kms pour le combi

Après m’être assuré de laisser Sam et Guitou entre de bonnes (et jolies) mains dakaroises, nous (Magali arrivée la veille de Chambéry, Bacary, Maurice son cousin chauffeur de 505 avec laquelle ils sont venus à Dakar et moi-même) décidons de partir au plus tôt pour Bignona. Ultime étape du combi pour ce coumba trip. Embouteillages jusqu'à Thiès dûs à des milliers de pèlerins entassés dans des taxis collectifs, la chaleur est de mise aujourd’hui, le vent souffle sec et brûlant. La route est longue mais les kilomètres défilent et nous rapprochent peu a peu de la ligne d’arrivée. La traversée de la Gambie se fait en fin de journée. Les tractations sont nombreuses à chaque contrôle de police, douane, bac pour traverser le fleuve Gambie. Bacary fait valoir ses origines gambiennes mais rien n’y fait, il faut mettre plus d’une fois la main au portefeuille. A un moment, au lieu de me remettre les passeports, le douanier les fait atterrir dans son tiroir et c’est encore un billet à allonger.
Il se fait tard, la journée fut longue mais nous sommes tout proche. Enfin presque ! Il est 23h quand à la borne marquant Bignona 70km, un voyant rouge s’allume sur le tableau de bord. Problème de batterie, odeur de brûlé, Aïe ! On s’arrête, ça fume beaucoup. La courroie vient de se désintégrer après tous ces kilomètres de bons et loyaux services en projetant des morceaux de caoutchouc sur le moteur brûlant. On tente de mettre la courroie de secours. Ecrou bloqué, corps fatigués, moi un peu dépité, on attelle le combi à la 505 et nous retournons au dernier village traversé. Un coca, un maffé et on tombe de sommeil.
Au petit matin, on s’en va réveiller le mécano du coin qui en un tour de main et sans outil, nous remet la courroie…et on est reparti. Arrivés à Bignona à 10h, un petit déj, une bonne douche et une grosse sieste !

Bacary est fier de son nouveau carrosse, il le fait astiquer prestement et le combi trône devant chez lui en reluisant comme il n’avait jamais relui (7 ans qu’il n’avait pas eu affaire à une brosse et du savon !). L’épopée du combi prend fin et il commence ici une nouvelle carrière. Bacary se lance dans le transport de poissons. A 60km de Bignona, sur la côte atlantique, Kafountine est un petit village de pêcheurs. Le poisson pêché ici part pour Ziguinchor, capitale de la Casamance et même Dakar. Mais sur la route de Bignona, tous les villages ne sont ravitaillés en poissons « frais » qu’aléatoirement par des livreurs à bicyclettes. L’idée de Bacary est simple : le soir, à l’arrivée des pêcheurs, il achète des caisses de poissons, il dort à Kafountine dans le combi et le matin, il prend la route de Bignona en déposant une caisse de poissons dans chaque village traversé à une personne de confiance. Il garantit une livraison quotidienne. En fin d’après midi, il fait le trajet inverse Bignona-Kafountine en récupérant les caisses vides et la recette. Une affaire à suivre…


 

Sur la route de Bamako, 2ème version

Après une semaine passée à Bignona chez Bacary à partager le quotidien de sa famille, il nous faut, Mag et moi rejoindre Bamako où le vol 982 de samedi matin ne nous attendra pas. Sam nous donne par téléphone des nouvelles de son épique trajet en train. Nous pensions prendre le même train une semaine après nos deux coumba-éclaireurs, du moins le mercredi soir à Tambacounda. Mais l’arrivée à bon port nous paraît trop aléatoire. On a un peu plus de temps et cette semaine de grand calme à Bignona nous a remis des fourmis dans les jambes. C’est décidé, on part lundi matin direction Bamako par la route, en pensant attraper le train au passage, si l’occasion se présente.


 

 

Lundi 10 mars, Bignona-Tambacounda en 505

Toute la Casamance est une zone sous haute surveillance, en raison des troubles causés par les rebelles. Les militaires sont omniprésents sur les routes. Les contrôles sont innombrables. Plus d’une fois, on descend tous du taxi pour inscrire nos identités et numéros de passeport sur des cahiers d’écoliers. Une grande journée à sillonner le Sud Sénégal, à manger des pamplemousses, à faire des poutous poutous à nos deux plus jeunes passagers, à éviter chèvres, vaches, moutons… On sympathise avec le chauffeur qui tient à ce que je devienne son correspondant et Mag celle de sa femme. On arrive à Tambacounda à la tombée de la nuit où deux bonnes adresses nous attendent pour le manger et le dormir. La coumbattitude est toujours vivante !


 

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Mardi 11 mars, Tambacounda-Kayes

Le train passe théoriquement à Tambacounda le mercredi à 19h. Alors on continue à avancer en 505. Jusqu’au poste frontière de Kidira, la route est excellente, un peu trop peut-être pour le chauffeur qui a tendance à piquer du nez dans son volant. J’ouvre les yeux pour lui. Après les formalités douanières pour sortir du Sénégal, on franchit le pont sur le fleuve frontière, le goudron s’arrête, nous voilà au Mali. Le choix du taxi n’est pas compliqué, il n’y a qu’une camionnette peugeot toute pourrie qui attend de se gaver de passagers. On rentre à vingt tant bien que mal, chacun se cale une fesse. Après plusieurs essais, la portière est enfin fermée. La piste est poussiéreuse, chaotique. Le bruit est infernal mais on avance en longeant la voie ferrée.
Dans un petit hameau (trois quatre cases et un puits) au milieu d’une brousse très sèche et écrasée de chaleur, la pause pipi-prière s’impose. Un petit quart d’heure de décontraction et on repart. Ho pas très loin ! On fait 100m et CRAC une lame de suspension brise net. Tout le monde descend, on pousse la camionnette à l’ombre. le chauffeur s’attelle au démontage et nous, nous trouvons refuge au milieu du hameau sur une natte à l’ombre d’un toit de paille. Notre petit litre d’eau embarqué est vite terminé. On s’essaye au thé local : râpeux ! Tombé en rade en plein Mali à 100 m d’un puits, c’est pour le moins une sacrée veine. Les petites pastilles désinfectantes nous sauvent, on boit de l’eau de piscine mais on boit. 4heures d’attente. On discute, on dort, Mag flûte et joue aux cartes avec les villageois. Un véhicule appelé à la rescousse via un camion circulant vers le Sénégal arrive enfin. Vingt dans une camionnette, pour moi, c’était déjà un exploit, alors que dire des vingt mêmes dans une 404 bâchée ! Mag est assise sur un sac de riz, moi sur un seau les jambes à l’extérieur, cinq personnes sont sur le toit. On mange de la poussière, on s’accroche. Dur. Nous a choisi d’être ici et on sait que dans quelques jours on retrouvera le confort des trajets en avion et en TGV. On reste sans voix devant ce qu’endurent les voyageurs locaux : un peintre décorateur gambien , une infirmière originaire de Ouahigouya, des jeunes Sénégalais, des Maliens, des vieux, des bébés. On arrive enfin à Kayes, il est bien tard. On entend parler d’un train express qui partirait demain pour Bamako. Super. A chaque arrivée dans un nouveau lieu, on est toujours pris en charge par des gens généreux et accueillants qui veillent à nous mettre sur la bonne voie pour la suite du voyage. Bon pour le coup, à Kayes on atterrit dans une auberge de jeunesse genre hôtel de passe très crasseux mais la douche est fraîche et la bière aussi !


 

 

Mercredi 12 Mars: Piste d'enfer

On se lève aux aurores pour s assurer du départ matinal du train. La gare dort à poings fermés. Tout un peuple sommeille par terre, dans des brouettes, sur des bancs ou des coffres de voitures. On avale un café, on attend un peu et on finit par se rendre compte qu il n y a pas de train ce matin.
Deux options s offrent à nous. Soit on attend l arrivée du train de Dakar qui officiellement doit passer demain a 4h du matin mais bon. Soit on s arrange pour trouver d autres candidats au départ pour Bamako (20 ou 30) pour louer un 4X4 et un chauffeur. Ces infos sons recueillies auprès des rabatteurs de la gare super sympas qui connaissent tous Barbes Rochechouart, Montreuil, Nanterre… Une quinzaine de personnes est là. Ils ont passés la nuit sur le goudron. Intéressés, on décide de patienter. Peu de temps après, une camionnette Peugeot flambant neuve débarque. Chargée de cartons de cahiers, de matériels scolaires et de machines à coudre, affrétée par une association de Maliens vivant en France, elle est convoyée jusqu à Bamako. Le chauffeur propose 5 places au prix du billet de train. Banco ! Il nous parle d’une route difficile, mais d une arrivée à Bamako le soir même. Chaperonnés par les rabatteurs, on atterrit sur la banquette avant. Derrière, on bourre les cartons pour dégager trois autres places.
Dans les premiers kilomètres de piste, on croise un 4x4 et un camion chargés de grappes humaines et on se dit bien contents d être là dans cette camionnette. La route est très difficile : sable mou, cailloux, rochers, trous, bosses. Abdoulaye, notre chauffeur, maîtrise son sujet et roule prudemment. Deux autres chauffeurs de sa société de transport ont refusé de convoyer ce véhicule pas adapté à cette route. Mais lui il y croit alors nous aussi sans savoir ce qui nous attend. On avance à 10 à l’heure et il y a plus de 500 km à faire. Ca tape un peu, ça patine mais ça passe jusqu’au kilomètre 35.

Le voyant d huile s allume, on a heurté un caillou peu de temps avant, on jette un œil sous le moteur ça pisse l huile. « alors là, c est grave, c est très très grave » dit Abdoulaye. Il espère quand même rallier un gros village à 10 km où on pourra trouver de la colle. On repart en trombe (20 à l’heure) mais le moteur chauffe au bout de quelques centaines de mètres. Très tranquillement, notre chauffeur part à pied chercher de l aide et nous on s assoit à l ombre d un arbre. Un demi-heure, trois quarts d heure après, il revient avec un gars qui « part chercher de la colle au jardin » ! Je n en reviens pas et je les prends un peu pour des barjots. Je me glisse sous le camion pour estimer l étendue des dégâts et je me rends compte qu on a tout simplement perdu le bouchon de vidange du carter d huile. On part à pied sur la piste en remontant la coulée d huile et au bout d un kilomètre on retrouve le bouchon intact. De retour au camion, Abdoulaye qui accepte tout ce qui lui arrive parce que c est Dieu qui le veut ainsi n a même pas de caisse à outils. Est-ce Dieu qui l a voulu aussi, il se trouve qu au fond de mon sac, j ai conservé la clé à mollette héritée de mon grand-père que je n ai pas voulu laisser chez Bacary avec le matériel qui avait servi à la descente du Combi. Le bouchon est resserré à mort mais Abdoulaye n a pas plus d huile que de caisse à outils. On pousse la camionnette sur 500 mètre pour se garer à l ombre d’un grand arbre qui trône au milieu d’un petit village. Le chauffeur demande à un villageois de partir en vélo chercher de l huile au village suivant. Nous on patiente. Tout le village débarque pour nous saluer, nous vendre des mangues, des papayes. Je pars chercher de l eau à la pompe ( à plus d un quart d heure de marche du village, les villageois boivent l eau du fleuve que la piste longe). Mag est invitée à se reposer dans une accueillante case en terre.
4 heures plus tard, notre cycliste arrive. On fait le plein et on repart. La piste traverse des paysages de brousse superbes. L ouest malien au relief de collines contraste avec la grande plaine qu est le Sénégal. On se régale les yeux mais on se sent aussi un peu paumés ici loin de tout, sur une piste très peu fréquentée. Et s il nous arrivait quelque chose ? Inch Allah !
On crève un pneu au milieu de nulle part. Le cric n a pas de manivelle et la clé à mollette de Pépé nous sauve une nouvelle fois. La chaleur nous écrase, on se déplace au ralenti, économie de mouvement, on sait que la route est encore très longue. On ne mange pas grand chose, on boit toujours de l eau de piscine. La prochaine crevaison sans roue de secours peut nous bloquer longtemps, très longtemps…
A la tombée de la nuit, on travers le fleuve sur un bac. Abdoulaye est content, on vient de faire la partie la plus difficile. 90 km en plus de 12 heures. Après le passage du bac, la piste me paraît toujours aussi difficile voire pire. Il fait nuit. Par moment, j’ai l’impression qu on remonte le lit d’un torrent plutôt qu une piste. Il y a des bifurcations dans tous les sens, je suis paumé et Abdoulaye assure. A 23h, on débarque à Mahina où on retrouve la voie ferrée. On va boire un coup derrière la gare dans un genre de bidonville crado. Drôle d ambiance. On est cassé, on pensait trouver à manger mais tout nous paraît suspect. On se rabat sur des biscuits, ça nous ira bien. De Mahina jusqu au barrage de Mananteli, la piste est large comme une nationale. Plus de trous ni de cailloux. De la tôle ondulée sur 90 km. Je relais Abdoulaye, la piste est avalée en 1h30. A une heure du mat , au barrage, on s arrête dans un endroit tout aussi crasseux qu’à Mahina. Nos compagnons s en vont dormir par terre. Nous nous allongeons sur les banquettes pour quelques heures de sommeil.

Gogo.


 

 


Jeudi 13 Mars: On en voit le bout

4 h.30, Gautier ouvre un œil et décide d’aller réveiller le chauffeur; on est presse d en finir. A 5h on est de nouveau en piste. On attaque la « montagne » (très haute pour Abdoulaye, du type colline pour les savoyards que nous sommes !). Le stress de cette montée conduit notre chauffeur a serrer les virages d’un peu trop près… Gros choc du côté de la roue avant droite. Abdoulaye ne s arrêtera qu’au sommet un peu plus tard pour constater avec soulagement que seule la jante a encaissé un vilain coup. On repart à un rythme désormais soutenu la piste étant bien meilleure. A chaque entrée de village, des panneaux de limitation à 40 n impressionne pas Abdoulaye qui ne pile que contraint et forcé devant les dos d âne fabriqués par les villageois. A chacun de ces freinages appuiés un « pschit » suspect se fait entendre du côté de la roue endommagée. On perd de la pression mais inch Allah une nouvelle fois ! cela devrait tenir jusqu à Bamako. Le jour s est levé, on somnole tout crasseux sur notre banquette.

Dans les villages, les cases en terre rondes, posée sur des fondations en pierres sont parfois décorées de couleurs. Adultes et enfants nous saluent tous avec enthousiasme et grands sourires. L’accueil est chaleureux et nous touche beaucoup mais nous ne sommes malheureusement que de passage et qui plus est un peu pressé par le temps (foutu avion). Il nous faudra bien un de ces 4 revenir par ici pour profiter plus pleinement et sereinement de tout ce que nous avons découvert furtivement au Mali.
A Kita on fait une pause. C’est la fin de la mauvaise piste. Devant nous s’étalent 180 km de tôle ondulée jusqu'à Bamako qui s avale à grande vitesse. Abdoulaye s inquiète pour ses clignotants qui ne répondent plus. Nous, ça nous semble complètement décalé. Sacre Abdou !
Kati aux portes de Bamako, c est ici que nos route se séparent. Apres le désormais traditionnel échange d adresse, Abdoulaye nous négocie âprement un taxi pour rejoindre le centre ville. 1/3 du prix du trajet de Kayes à Kati dans des conditions de conduite extrêmes pour 15 kilomètres d embouteillage. On reprend contact avec les réalités urbaines. Contents d’être arrivés à bon port mais on prend un peu la ville dans la gueule après une telle plongée au cœur du Mali.
Chez les volontaires du progrès où on espérait trouver une chambre pour la nuit on n aura qu une douche… mais quelle douche ! On pose nos sacs pour l aprem le temps d un bon resto et de la recherche d un lit pour notre dernière nuit africaine. Vu que les bons plans glanes sur place a droite et a gauche sont tous complets on s autorise un vrai hôtel avec clim, tv, minibar… Les draps ne sont pas pour autant d’une grande propreté et la douche est bouchée. Notre demande pour des draps propres se traduit par un changement de chambre avec toutes les confuses du gérant et on atterrit dans la suite nuptiale : 3 lits, un bureau, un canapé, des miroirs partout, une douche, une baignoire grande comme notre salle de bain à la maison, un bidet… la totale quoi. Ce décalage avec la réalité du quotidien malien nous écœure un peu. Un grand n importe quoi.

 
 

 

Vendredi 14 Mars: Epilogue
Il nous reste une grande journée avant de prendre l avion du retour. On en profite pour faire un petit tour à la gare de Bamako et prendre des nouvelles du train de Dakar qu on avait pensé prendre. Le train n est pas là, avec déjà plus de 24heures de retard et son arrivée n est pas attendu avant cette nuit et encore….

Magali