Durant des siècles la Loire, le fleuve royal, fût un important moyen de communication. Par sa longueur, son tracé et ses affluents, elle met en liaison les provinces avoisinantes, le sud du bassin parisien, l'axe rhodanien et les débouchés vers l'Afrique et les Amériques. Au XVème siècle c'est la plus importante voie de communication du royaume. En 1642, l'ouverture du canal de Briare, puis en 1692 de celui d'Orléans, mettent en liaison directe la Loire et la Seine, favorisant encore plus les échanges commerciaux et le développement de professions comme celle de marinier.
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Au XVIIIème siècle la Loire est navigable au-delà de Roanne, jusqu'à Saint Rambert, soit 700 des 1020 kilomètres du fleuve! Les canaux, d'Orléans, de Briare, du Loing et les affluents de la Loire, comme l'Allier, le Cher et la Vienne font les liens avec la capitale ou les provinces. Quatre vingt kilomètres de route font la liaison avec le Rhône qui assure la communication vers la méditerranée. |
Jusqu'au milieu du XIXème siècle, la Loire est couverte d'une multitude d'embarcations assurant dans les deux sens le transport des passagers et de très diverses marchandises. A la descente du fleuve, on transporte pierre de tufeau, bois du Morvan, charbon d'Auvergne, blé de la Beauce, vins de Touraine … On met six jours environ pour rallier Orléans à Nantes. A la remontée, ce sont poissons, sel, ardoises d'Anjou, sucre, rhum..., mais le voyage est plus long car il faut quinze à vingt jours, et encore!, par bonne galerne, ce vent portant qui vient du nord-ouest. En l'absence de vent, soit le bateau est arrêté, soit il faut embaucher des haleurs pour le tirer. Les difficultés de la navigation sont liées à la nature changeante du fleuve: sécheresse, crues, embâcles et débâcles. En été le marinier doit être vigilant pour ne pas s'échouer sur l'un des nombreux bancs de sables. Le passage des ponts est lui aussi un moment qui peut devenir particulièrement périlleux! Il faut éviter la pile, et à la remontée du fleuve, bien synchroniser la manœuvre de la voile et du mât. Celui ci doit être abaissé puis relevé au franchissement des arches, rapidement, pour ne pas déventer trop longtemps. (A la descente, les embarcations, portées par le courant, sont dégrées.) La Loire réserve encore d'autres dangereux obstacles à la navigation, comme des troncs flottants ou comme d'originales embarcations: les moulins bateaux! Ces moulins à flot se déplacent sur le fleuve pour trouver le meilleur courant pour faire tourner leur meule. Sur les ponts médiévaux, jusqu'à leur disparition, existaient aussi des moulins suspendus, accrochés à une arche, ils bloquaient une voie de passage pour les bateaux! Jusqu'au 18ème siècle, de nombreux péages (le clergé, les seigneurs...) entravaient aussi la circulation sur la Loire!Les bateaux:
Un point commun uni toute une flotte de bateaux divers: un fond plat et un faible tirant d'eau, impératif lié au terrible étiage des mois d'été.Les mariniers:Les coches d'eau assurent les transports réguliers des voyageurs. Les sapines ont la particularité d'être des embarcations éphémères. Elles ne font qu'une descente du fleuve. Construites dans le Morvan, ou le massif central, elles transportent généralement du charbon ou du bois. A l'arrivée, elles sont déchirées (démontées), le bois est vendu et les mariniers rentrent à pieds, ou cherchent à se faire embaucher sur d'autres bateaux pour remonter la Loire.Les chalands sont de grandes embarcations en chêne à voiles carrées équipées d'un gouvernail appelé la piautre (piaultre). La piautre est très caractéristique de ces bateaux de Loire par son axe oblique et sa grande surface directionnelle. Au 19ème siècle ils sont appelés gabare (gabarre). Les gabares sont les bateaux de transport par excellence. Elles peuvent faire jusqu'à une trentaine de mètres de long et sont souvent, à la remontée du fleuve, reliées les une aux autres, formant un convoi, la plus grande devant. C'est la navigation en équipes. A la descente elles sont reliées par deux, c'est la navigation en coublages, le bateau de devant est le boutavent.La toue est une barque de service de six à huit mètres de long. Elle sert par exemple à guider un convoi. Elle est utilisée aussi au transport des animaux, des vaches par exemple dans les îles de la Loire.La toue cabanée porte un abri. Elle peut transporter des voyageurs, mais c'est aussi une barque de pêcheur, ou de chasseur! Des filets suspendus, les carrelets, servent à la pêche aux lamproies et la cabane peut servir de cache pour la chasse aux canards.Les fûtreaux sont de petites barques allongées utilisées pour les transports légers, mais sont avant tout l'embarcation des pêcheurs.
Les pataches sont les bateaux de surveillance, notamment utilisés pour lutter contre le trafic du sel lors de la période de la Gabelle, ceci jusqu'à la Révolution.
Le terme de marinier est employé à partir du XVIIIème siècle. Auparavant le nom utilisé est voiturier par eau. Il est l'illustration même de la fonction: celle de transporteur (comme les voituriers par terre). Les voituriers passent des contrats avec les marchands, ils sont en fait leurs employés. On perçoit très bien la différence sociale en lisant l'annotation portée à la définition du mot voiturier dans la première édition du dictionnaire de l'Académie française en 1694:Les patrons des mariniers:
"Ce n'est pas un marchand, ce n'est qu'un voiturier."
Malgré tout le marinier gagne souvent mieux sa vie que le paysan, mais sa condition est fragile, liée aux aléas du métier. Avec l'expérience, d'apprenti, puis de marinier, il peut devenir maître mariner, propriétaire de bateaux. Enfin celui dont le commerce prospère peut espérer être à son tour marchand, ou plutôt marchand voiturier par eau, celui qui va s'éloigner de la conduite des bateaux pour devenir le négociateur, l'organisateur du voyage.
Le marinier utilise un coffre en chêne armé de ferrures pour le rangement et le transport de quelques outils, de ses habits, dont son traditionnel gilet bleu, et d'une cassette contenant les biens précieux comme son argent ou son tabac.
Par analogie avec les travailleurs de la terre, les "culs terreux", on surnomme les mariniers, les "chie dans l'eau". Ils sont très solidaires entre eux et font preuve d'une forte réputation quant à leurs moeurs et à leur vert langage... Il faut dire qu'après le coucher du soleil, à part quelques hommes qui veillent à bord sur la cargaison et les coffres, les mariniers, qui de part leur métier sont de solides gaillards, se retrouvent dans les cabarets de village et entre chansons et boissons mènent l'animation.
Les patrons protecteurs des mariniers sont Saint Nicolas et Saint Clément. La commune de Saint Clément des Levées, ancien grand port sur la Loire (à 12km à l'ouest de Saumur), porte en son nom deux symboles du fleuve: la batellerie et les fameuses levées, barrières protectrices contre les crues. Aujourd'hui bien des noms dans le village du Saint Patron évoquent ce passé: la cité des bateliers, la rue des pêcheurs, la rue des mariniers, la rue des Boutavents, la rue de la Piaultre... Face à la Loire, s'élève une imposante église édifiée par les mariniers en 1843.L'apparition des vapeurs de Loire:
Vers 1829 arrivent les premiers bateaux à vapeur, et les premières explosions... En 1834 des vapeurs plus sécurisés, les inexplosibles prennent relais. Ils peuvent transporter des marchandises, et jusqu'à 250 passagers. On ne met alors plus que deux jours pour rallier Orléans à Nantes! Un premier coup dur est alors porté à la marine à voile.Le chemin de fer et la fin de la batellerie de Loire:
En 1846 le chemin de fer est prolongé d'Orléans à Tours, puis, six ans plus tard jusqu'à Nantes. Progressivement des gares de marchandises vont remplacer les ports fluviaux. Ainsi à Saint Clément des Levées l'activité cesse avec l'inauguration de la gare voyageurs-marchandise en 1876. C'est le glas de la marine de Loire qui sonne. Elle est pourtant à son apogée puisqu'ils furent jusqu'à six milles mariniers au milieu du 19eme siècle!
André Coutoux (o1752), son fils André Coutoux (o1806), Pierre Coutoux (o1790), son frère Louis Coutoux (o1797) furent ainsi des leurs, mariniers ou maîtres mariniers à Limeray (I&L) où se trouvait un important port de la Loire (le Haut Chantier).
Les bateaux à vapeur survivront eux jusqu'au début du siècle suivant. En 1918, le "FRAM", un vapeur de 40 mètres qui transportait le sucre et le cacao entre Nantes et Blois fait son dernier voyage...