![]() La Guerre des GladiateursJe meurs. Sans aucune pitié, on m'a cloué à une croix de bois. Jusqu'à ma mort, je resterai bien en place ici à sentir le métal des clous écorcher les os de mes pieds et de mes poignets à chaque fois que j'aurai le malheur de remuer. Ma chair se putréfie déjà ; bientôt, il y aura apparition de vers qui me rongeront lentement. Il n'y aura pas de statue en mon honneur où il sera inscrit : repose en paix Chavez de Lusitanie, né en 662 (après la fondation de l'Empire romain) et décédé héroïquement en 681. Au moins, je rendrai l'âme dignement, je me serai battu jusqu'au bout avec honneur au cours de cette grande aventure que voici :« En 670, j'habitais avec mes parents et ma sœur cadette dans une petite fermette d'une seule pièce à l'ouest de l'Espagne dans la tribu de Lusitanie. J'étais bien jeune, à peine 9 ans, mais de lourdes responsabilités m'accablaient. Mon père, étant un bandit qui partait constamment dérober du bétail aux plus riches du sud, nous gratifiait rarement de sa présence. Ma mère, elle, s'occupait de résister aux terribles Romains avec l'armée de la tribu, c'était une guerrière. Heureusement, je trouvait le temps de m'amuser un peu avec les trois garçons du voisin. Nous connaissions mille et un jeux, mais notre préféré, nous l'avions inventé d'après les récits d'un voyageur, c'était Le Gladiateur. Nous avions ouïe-dire que les plus costauds des esclaves romains doivent affronter un autre esclave ou un animal féroce devant un public avide de sensations fortes. Nous rêvions de voir un jour un gladiateur à l'œuvre, mais pour l'instant, nous créions nos propres combats armés de branches et de boucliers de bois, soit contre un copain ou contre un porc. Puis, un jour, une cavalerie romaine viola notre terre, des soldats pénétrèrent dans notre demeure. Terrifiés, ma sœur gémissait et moi je récitais tout bas des incantations à tous les dieux de la nature, les suppliant de nous épargner. Un soldat nous trouva blottis sous la table, il prit ma sœur par les cheveux et lui trancha la tête d'un coup net, son corps percuta le sol nous éclaboussant tous de son sang bouillant. Il m'assomma du plat de son épée et je me réveillai bien plus tard au milieu de nulle part, voyageant vers je-ne-sais-où avec d'autres prisonniers. Cela devait bien faire deux semaines que je voyageais avec les Romains, entassé sur d'autres dans une petite cage tirée par deux chevaux, lorsque nous nous arrêtâmes à Capoue. Un soldat me saisit par le bras, me sortit de la cellule et m'échangea contre 2000 sesterces à Lentulus Battiatus, un homme corpulent d'apparence méchante. J'étais dorénavant son esclave. Il m'indiqua en latin les tâches que j'avais à effectuer pour être bien traiter et mériter mon pain quotidien. Moi qui ne parlais que le lusitanien, je compris l'essentiel de ses demandes. Je devais apporter les breuvages, la nourriture, les pansements, les armes et toutes les autres choses que me demandaient les apprentis-gladiateurs. Et oui! Imaginez mon émerveillement, je travaillais pour un laniste, le maître qui entraîne les gladiateurs à combattre. Tous les jours, j'avais la chance de les voir s'entraîner, je me considérais privilégié. «Comme le destin est bien fait» me disais-je à l'époque... Lorsque j'eus 17 ans, mon maître me promut au rang d'apprenti-gladiateur. Au fil des années en côtoyant des gladiateurs, je pris conscience de toutes les horreurs de leur vie. S'entraîner à « bien mourir » après avoir rassasié l'envie sanguinaire du public romain qui n'attend que de voir tes entrailles pourrir sur le sol de l'amphithéâtre, quoi de plus inhumain? Je commençai donc mon programme d'entraînement forcé sans entrain, mais je rencontrai un esclave thrace nommé Spartacus, il fut jadis auxiliaire dans les légions romaines. Spartacus pensait tout comme moi que notre situation ne pouvait plus durer ainsi. Nous ne sommes pas des animaux de boucherie, mais des êtres humains. En secret, nous complotâmes notre évasion. Soixante-dix d'entre nous, dirigés par Spartacus et les Gaulois Crixos et Oenomaus, dérobâmes des couteaux et des broches dans la cuisine de notre école ; nous attaquâmes nos gardiens et nous enfuîmes de la ville. Bénéficiaires d'une chance inouïe, nous trouvâmes, non loin de Capoue, un lot d'armes destiné à des gladiateurs et nous nous en emparâmes. Heureusement, les escapades d'esclaves étaient chose commune à l'époque et personne ne s'en préoccupait. Graduellement, pendant l'été 680, des esclaves misérables de l'Italie du Sud et de pauvres paysans vinrent nous rejoindre. Nous prîmes tous refuge sur les pentes du volcan Vésuve et survécûmes grâce aux razzias organisées par Spartacus. Perdant de plus en plus de main-d'œuvre, les propriétaires campaniens commencèrent à s'inquiéter et envoyèrent une milice pour nous ramener au bercail. Étant en nombre suffisant, nous pûmes sans grand problème les repousser et nous en profitâmes pour quitter notre infâme attirail de gladiateur au profit des armes des vaincus. Nous venions de toucher une corde sensible chez les Romain qui décidèrent de réagir. Une armée d'environ 3000 hommes dirigée par Claudius Glaber fut envoyée, nous contraignant alors à rester sur les pentes du volcan. Ils semblaient attendre que nous mourions de faim. C'est à croire qu'ils sous-estimaient la ruse de notre chef! Nous étions en effet trop peu nombreux et pas encore prêts à affronter 3 milliers d'hommes experts en combat de rangée, mais cela ne nous freina pas. Spartacus nous ordonna de construire des échelles de sarments de vigne sauvage tressés afin de descendre par un versant escarpé sans surveillance. Une fois à la base du Vésuve, nous encerclâmes les Romains qui se dispersèrent, pris de panique. À la fin de l'an 680, les bourdes des Romains nous permirent de nous créer des bataillons de fantassins bien armés, des infanteries légères et même une cavalerie, tout cela à partir d'effectifs romains. En effet, grâce aux honteuses défaites de Cossinus et de Varinus, nous avions une véritable machine de guerre à notre portée, nous étions près de 70 000 hommes furieux et révoltés. Il y eu alors une scission de notre groupe : Crixos partit avec 25 000 hommes vers Apulie et moi, je suivis Spartacus qui se dirigeait vers les Appennins avec les autres. Le but était de sensibiliser ces deux régions très actives lors de guerres sociales et de les entraîner avec nous. Malheureusement, cette tactique n'eut pas l'effet escompté et nous n'eûmes pas beaucoup de renfort. Rome, qui n'entendait plus à rire, envoya deux hauts magistrats s'occuper de nous : Gellius et Lentulus. Gellius se dirigea vers les troupes de Crixos qu'il écrasa près du Mont Gargano et tua du même coup le chef des rebelles. Suite à cette victoire, Gellius mit le cap droit vers nous. Même si nous étions pris en souricière entre les armées de Gellius et de Lentulus, nous réussîmes à les écraser. Pour célébrer notre victoire et rendre hommage à Crixos, Spartacus obligea 300 prisonniers romains à se battre tels des gladiateurs. Quel spectacle réjouissant! Après une victoire facile sur l'armée de Cassius Longinus, nous étions dorénavant 120 000 hommes. Spartacus décida d'incendier l'excédent de bagages, d'égorger les prisonniers et de descendre vers le sud par la côte ouest italienne. Nous nous battîmes et vainquîmes encore, cette fois dans le Picenum. Une fois au port de Thurii nous renforçâmes notre équipement militaire. À l'automne 681, le préteur Licinius Crassus se voit alors confier la tâche de nous exterminer et il semble plus redoutable que ses prédécesseurs. Il veut l'honneur à tout prix. Nous nous retirâmes vers le sud dans le but d'aller en Sicile libérer les esclaves qui avaient soif de liberté. Spartacus négocia avec des pirates pour qu'ils nous conduisent en Sicile, mais il ne fallait pas leur faire confiance; ils se sont enfuis avec l'argent et nous sommes restés sur la péninsule du Rhegium. Nous nous résignâmes à construire des radeaux de fortune, mais quand vint le temps de les utiliser, les vagues étaient trop violentes pour nous permettre d'arriver en Sicile vivants. Entre temps, Crassus avait érigé un immense mur qui nous empêchait de quitter la péninsule. Nous étions donc condamnés à mourir de faim lentement. Le moral était bas. Spartacus, admirable chef y a remédié en crucifiant un prisonnier romains... encore un spectacle exquis. Un soir, une tempête de neige fit rage, on n'y voyait plus rien, l'occasion parfaite pour s'échapper. Nous avons creusé un fossé. Le tiers de notre groupe et moi, nous échappâmes du piège sans attirer l'attention romaine. Un peu plus au nord, encore une impasse, les légions de Crassus nous bloquaient le chemin. Un grand désespoir régnait dans notre groupe; certains se séparèrent et tentèrent leur chance seuls. Crassus décida d'attaquer nos compatriotes déserteurs, mais nous les secourûmes et nous nous réfugiâmes dans les montagnes du Bruttium. À l'unanimité, nous voulûmes en finir et affronter le gros des troupes de Crassus, confiants en une autre victoire. Il était maintenant temps de les confronter. Dans un geste héroïque, Spartacus égorgea sa monture et dit : « Vaincu, je n'en aurai plus besoin et vainqueur, j'en trouverai de plus beaux chez les Romains ». Cette phrase nous fit combattre avec une rare ardeur, mais ce fut insuffisant. Spartacus n'eut plus jamais besoin de son cheval et la victoire revenait à Crassus. Ce dernier, détenait plus de 6000 rebelles, dont moi-même. Il nous fit tous crucifier sur le chemin de Capoue à Rome. » Notre aventure, bien qu'elle ait admirablement commencé, découragera sûrement les peuples opprimés à prendre les armes pour leur liberté. Nous voilà bien loin de notre but premier, mais j'ai de quoi être fier : je mourrai en homme libre!
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