Viol

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Viol

Le viol et la justice

Idées et formulations de Mwana Muke, à peine réorganisées par mes soins :


Le non-consentement doit être considéré comme le critère déterminant du viol. Ce qui fait le viol, c'est l'absence de consentement d'une des personnes. C'est le critère fondamental. Donc s'il n'y a pas de consentement, il y a viol. Point.


Il faut séparer 2 choses :

- le consentement

- la preuve du consentement.


Vient le problème plus délicat : la preuve du non-consentement. Normalement, le juge va devoir déterminer sur base des faits si la femme (prenons l'exemple classique d'une femme violée par un homme) n'était pas consentante. A-t-elle manifesté un refus ? L'homme s'est-il demandé si la femme était consentante ? etc. C'est plus difficile à déterminer. Mais pas tellement plus difficile que de déterminer s'il y a eu un vol d'objet ou un don d'objet.


Mais dans les faits, c'est loin d'être le cas. D'abord le principe-même du consentement : la loi française sur le viol ne prend pas en compte le consentement comme critère déterminant. Il y a donc un flou juridique dès le départ. Il semble pourtant que le juge prenne malgré tout en compte la notion de consentement. Mais là où on dérape vraiment, c'est au niveau des preuves.

Beaucoup de juges sexistes ont cette attitude en partant du principe qu'à partir du moment où une femme s'habille court, c'est qu'elle veut une relation sexuelle avec n'importe quel homme; à partir du moment où une femme a beaucoup de partenaires sexuels, c'est qu'elle consent d'office à une relation sexuelle avec n'importe quel homme. On ne cherche donc plus à savoir si au moment des faits il y avait ou non consentement, mais on organise une enquête sur la "moralité" de cette femme. (voir # infra) Il y a donc ici une entorse complète aux principes d'apport des preuves, au détriment des femmes.

A l'inverse (et c'est ce que dénonce Marcela Iacub), certains juges ont utilisé des éléments qui n'ont rien à voir avec les preuves de (non-)consentement pour accuser les hommes. Le juge a considéré qu'une différence d'age importante était d'office une preuve de non consentement. Le fait que durant les mois qui ont suivi les faits une jeune fille a eu un comportement étrange était d'office une preuve de non-consentement au moment des faits.


Il y a donc une conjonction de trois éléments qui rendent les procès pour viol particulièrement malsains :

1. Le flou juridique dans la définition du viol (la notion du non-consentement est absente)

2. L'utilisation non systématique (et contraire à la loi quand c'est le cas) du non-consentement comme critère déterminant d'un viol lors d'un procès.

3. L'utilisation de preuves qui n'ont rien à voir avec une procédure normale.


Je pense donc qu'on a toutes et tous intérêt à replacer la procédure en cas de viol dans le cadre de la procédure pénale normale.

Exemple de recherche de preuve dans une procédure normale :

- la femme : "j'ai hurlé "non" mais il n'en a pas tenu compte".

- le juge (s'adressant à l'homme) : "elle a dit "non" ?"

- l'homme : "oui, elle a dit "non", mais c'est bien connu, quand une femme dit "non", ça veut dire "oui", d'ailleurs toutes les femmes sont des salopes."

Dans ce cas, le juge ne devra pas chercher très loin pour être convaincu qu'il y a bien eu un viol.


- L'enquête de mœurs


Si on ne prend en compte que le consentement, des questions de type "comment étiez-vous habillée ?", ou "avez-vous eu beaucoup de partenaires sexuels ?" ne doivent en aucun cas entrer en ligne de compte puisque ces questions ne peuvent en aucun cas aider le juge à déterminer si la femme était ou non consentante. Au contraire, ces questions se basent sur une idéologie sexiste et culpabilisatrice qui veut que la femme, par son comportement, incite l'homme à céder à un désir irrépressible de sexe et que donc ce serait elle qui serait responsable du viol.

La même idéologie sexiste et culpabilisatrice est appliquée envers les prostituées : on ne regarde pas si la femme était ou non consentante. On juge le comportement de la femme (ici le fait d'avoir des relations sexuelles avec beaucoup d'hommes) pour déterminer si dans un cas particulier il aurait pu y avoir viol ou pas. C'est cette façon de s'attarder sur le comportement des femmes qui est inadmissible.


Ce qu'il faut avant chaque relation sexuelle, c'est savoir si l'autre est consentant. Peu importe la façon dont la preuve est donnée (contrat signé ou simple "oh oui vas-y grand fou"), mais l'important, c'est le consentement. Or, encore une fois, la société n'envoie pas ce message aux gens. Au contraire, il persiste des idées du type "quand une femme dit non, elle veut dire oui en réalité", ou "une femme qui s'habille sexy veut avoir des relations sexuelles avec n'importe quel homme", ou "une femme qui se promène seule dans la rue le soir est une femme qui veut avoir des relations sexuelles avec n'importe quel homme" ou "une prostituée veut avoir des relations sexuelles avec n'importe quel homme". C'est dans ce sens que notre civilisation incite au viol.


Violeurs (version courte)

La réalité est bien éloignée des idées reçues.

Les violeurs ne sont pas des psychopathes marginaux. Le nombre de violeurs suffit à démontrer qu'ils ne sont pas marginaux. Plus bas, j'expliquerai en quoi ils sont des individus intégrés dans une société vicieuse qui les a en partie façonnés. Les violeurs sont par contre psychopathes. Assouvir des pulsions sexuelles dans un contexte d'agression est un grave trouble sexuel. Une personne saine ne peut avoir de désir et encore moins passer à l'acte si le contexte n'est pas approprié (réciprocité du désir). Précisons qu'un violeur est aussi sociopathe comme tout agresseur qui n'a d'autre but que l'agression elle-même ; contrairement, par exemple, à un voleur dont l'agression n'est qu'un moyen d'atteindre son but.

Toute catégorie sociale ou culturelle est victime de viol. Par contre certaines populations risquent plus. Je pense surtout aux lesbiennes, dont l'opprobre peut aller jusqu'au viol. Il ne fait pas bon être connue lesbienne dans une cité ou dans un vieux village. Bien sûr les victimes de viol n'en sont jamais responsables, qu'elle que soient leur attitude et leurs mœurs, notamment lesbiens. Rien ne peut justifie une agression sexuelle. La tenue vestimentaire ou un comportement n'est pas une cause d'agression. C'est l'intolérance des mœurs d'autrui, la cause. La seule condition toujours indispensable d'un viol est le trouble psychique du/des agresseur(s).

Dans tous les cas, ce qu'il ne faut pas oublier de dire, c'est qu'il faut être singulièrement psychopathe pour assouvir des désirs sexuels sur une personne qui en souffre. Un individu sain perd ses moyens sexuels en cas d'agression. Le violeur n'est pas qu'un agresseur, c'est aussi un grave malade sexuel. Sociopathe et psychopathe.


Penser qu'il existe un seul type de violeur ou deux (l'étranger et le membre de la famille) est là aussi une idée fausse. Les buts des violeurs sont multiples. Les pulsions sexuelles sont parfois la seule motivation. Dans d'autres cas, elles sont seulement un moyen de faire souffrir la victime, par exemple pour se venger de mœurs que le violeur ne tolère pas.


Avoir des chiffres sur les viols est difficile. En estimant : 30 000 viols/an en France, 3 viols/violeurs/ 20 ans d'agressions, 1,5 violeurs/ viol ; nous obtenons 0,3 million de violeurs sur moins de 20 millions d'hommes français en âge (45 ans de vie sexuelle). Soit près de 1,5 %. En prenant les violeurs futurs, actuels et âgés (75 ans d'espérance de vie) ; nous obtenons plus de 1/30 hommes indépendamment de l'âge (3,5 %).