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Metteur
en scène, acteur dans le film de Nabil Ayouch "
Maktoub ", ce jeune réalisateur marocain nous
présente, à l'Institut Lumière, un cinéma
"qui a quelque chose à voir avec le cinéma
muet ".
LA
FALAISE (Maroc, 1998, N&B, 18')
Film
en noir et blanc, il est épuré de toute superficialité
de la couleur ou des palabres. Seuls résonnent les
rires des enfants, le cri d'un vieil homme qui se coupe de
légers moteurs de voitures, et le mugissement des vagues.
Deux jeunes garçons, dans leurs périples pour
ramener quelques bouteilles vides à la consigne et
en retirer quelques sous.
TRAJETS
( Maroc, 2000, Coul., 26')
Tout
en bruit et en couleur, c'est un jour de pluie que se joue
ce drame, entre Casablanca et Rabat. Le père part pour
Rabat afin de surprendre sa fille, qu'il soupçonne
de ne pas seulement s'intéresser à ses études.
La mère, enfermée à double tour, se sauve
à la recherche d'une cabine téléphonique,
avec le dessin que lui a remis sa fille, représentant
les touches d'un téléphone, seul recours à
l'illéttrisme de sa mère.
Le père, en chemin, se perd dans ses remords, face
au constat du triste échec de sa petite famille. Avant
qu'il n'arrive, sa fille se sera noyée, entre le chagrin
d'une illusion volée par son amant violant, et l'échec
de ses relations parentales.
LE
MUR ( Maroc, 2000, Coul., 10')
Mur
témoin des gens qui passent
DEBAT
avec Faouzi BENSAÏDI
QUESTION
: Où est tourné " Le Mur " ?
" A Casablanca "
QUESTION : Comment est née l'idée ?
"Elle est née de plusieurs choses. Notamment de
pouvoir dire aux producteurs que je peux faire un film qui
ne coûte rien. Et je suis intéressé par
l'idée d'un plan fixe. J'ai eu l'idée de raconter
l'histoire du film. Pour moi, ce n'est pas un film théâtral,
mais au contraire il se rapproche de l'origine du cinéma.
Cela a été tourné en un jour."
QUESTION
: Pourquoi utiliser un regard en plongée ?
" J'aime avoir un regard distant, être impuissant
par rapport au personnages, à ce qui leur arrive."
QUESTION
: Quel avenir pour le court-métrage au Maroc ?
"Beaucoup de jeunes vivent entre le Maroc et la France,
la Belgique et ailleurs et retournent filmer leur histoire
au Maroc. Cela induit un foisonnement du court-métrage,
et les médias y portent un grand intérêt.
Il y a eu un festival national en 1998,avec 22 courts-métrage.
C'est énorme pour le Maroc, sachant que la production
de longs-métrage est de 8 par an. La télévision
commence aussi à s'y intéresser. L'intérêt
est d'autant plus grand que derrière il y a une jeune
génération qui arrive."
QUESTION
: Peut-on parler de courant esthétique propre à
tous les cinémas du Maghreb?
" La dimension esthétique existe peu, les réalisateurs
s'approprient simplement les outils du cinéma. Les
influences sont diverses, c'est un nouveau souffle. Il n'y
a pas de construction par rapport à la génération
qui nous précède directement car elle est manquante.
C'est à double tranchant: on n'a pas à s'affirmer
par rapport à quelque chose, mais c'est positif dans
le sens où le terrain est vierge.
QUESTION
: Quelles formations existent au Maroc ?
" Il y a une école d'acteurs depuis 1986, mais
pas d'école de cinéma. Le problème est
aussi que tout est concentré sur Rabat. Moi, je suis
heureux de ne pas avoir fait d'école de cinéma.
QUESTION
: Dans "Trajets", vous portez un regard pessimiste
sur la famille. Pourquoi ?
" Oui, c'est sans issue. Les parents ont un modèle
traditionnel ; la fille est indépendante ; les filles
dans le bar sont plus libres, et rien de tout cela ne fonctionne.
Ca a été un choix pour moi, après "la
Falaise", c'est un peu contre "la Falaise",
parce que les gens s'attendaient à ce que je refasse
"la Falaise" ! Et c'est aussi un Maroc qui existe,
celui des portables et des néons. C'est vrai que c'est
un choix très radical."
Pendant
que nous proposons à Faouzi Bensaïdi de l'interviewer,
une dame l'interpelle :
" Le dernier, le "Mur", il était beau,
j'ai beaucoup aimé,
le mur et rien d'autre,
malgré tout le mouvement qu'il y a autour, on ne voit
que ce mur là. Et cette tâche de sang
"
Faouzi Bensaïdi lui répond: " Oui, le mur
devient un personnage, c'est lui le personnage principal.
Ils le salissent, et le soir on le blanchit".
Interview
QUESTION
: Vous avez parlé du mouvement cinématographique
du court-métrage au Maghreb. Peut-on dire que l'avenir
du cinéma, c'est le court-métrage ?
" Je crois que l'avenir du cinéma est autant dans
le long que dans le court-métrage. Le court-métrage
a toujours été et est toujours un espace de
liberté beaucoup plus grand que celui du long-métrage,
parce que l'on n'a pas la pression économique derrière,
et ça permet des audaces beaucoup plus fortes que sur
un long-métrage.
Mais il y a aussi des films long-métrage qui portent
beaucoup d'audace, comme les films de Ocia Ocière,
de David Lynch, beaucoup d'Américains aussi, il y a
beaucoup d'audace dans leurs films, beaucoup d'expérimentation,
de choses qui sont renouvelées.
La seule chose, je me répète, il y a le fait
pour soi, que c'est souvent une première expérience,
ça fait aussi beaucoup de court-métrage ratés!"
QUESTION
: Ce ne sont pas des films grand-public, qu'en attendez-vous
?
" Moi, quand je fais un film, pour être sincère,
je le fais beaucoup pour moi. Après, je suis l'homme
le plus content du monde quand il touche les gens. Ca ne veut
pas dire que je fais des films pour qu'ils ne plaisent pas,
pas du tout. Mais c'est vrai que je me pose pas la question
de faire un film commercial."
QUESTION
: Est-ce que c'est parce que ce sont des court-métrage
justement ?
" J'allais en parler. Maintenant, sur le long-métrage,
jusqu'à présent, ce dont j'ai envie, c'est de
pouvoir rester dans cette direction là : de faire des
films d'abord pour soi, parce qu'on y croit. Faire des films
comme on en a envie, et se dire que le jour où ça
va toucher les gens, c'est très bien. Mais ne pas construire
en fonction de ce qui va plaire.
C'est très subtile : en même temps, j'ai une
conscience du spectateur. Des fois je me pose la question
de la compréhension, mais j'essaie de ne pas faire
des choix de facilité, comme de mettre de la musique
partout, par exemple.
QUESTION
: Il n'y a pas le regard habituel sur le Maroc dans vos films
?
" Oui c'est ce que j'ai dit. Nous, on n'avait pas un
rapport admiratif avec la génération précédente.
Ca peut être une chance pour porter un regard j'espère
neuf."
Mon
avis :
Trois
court-métrages qui tracent une ligne d'évolution
des types narratifs chez Bensaïdi. Entre " la Falaise"
et "le Mur", on voit clairement une tendance à
simplifier la narration et le mouvement de la caméra
(qui devient complètement immobile dans "le Mur")
; pour donner l'avantage à l'allusion. C'est un cinéma
où le spectateur, pour communiquer avec le film, doit
participer à sa reconstruction de part ses impressions
et sa réflexion. Une expérience audacieuse au
moment de la main - mise du cinéma commercial.
Suite à cet entretien, Monsieur Bensaïdi s'est
intéressé de savoir quel était le cadre
de l'interview, et a porté de l'intérêt
au rôle de lien que joue le Centre Social Mermoz entre
les événements et les habitants, grâce
aux travail des jeunes web-trotteurs.

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