Bensaïdi.
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Jeudi 7 Février 2002 


COURTS - METRAGES réalisés par Faouzi BENSAÏDI

Metteur en scène, acteur dans le film de Nabil Ayouch " Maktoub ", ce jeune réalisateur marocain nous présente, à l'Institut Lumière, un cinéma "qui a quelque chose à voir avec le cinéma muet ".

LA FALAISE (Maroc, 1998, N&B, 18')
Film en noir et blanc, il est épuré de toute superficialité de la couleur ou des palabres. Seuls résonnent les rires des enfants, le cri d'un vieil homme qui se coupe de légers moteurs de voitures, et le mugissement des vagues.
Deux jeunes garçons, dans leurs périples pour ramener quelques bouteilles vides à la consigne et en retirer quelques sous.

TRAJETS ( Maroc, 2000, Coul., 26')
Tout en bruit et en couleur, c'est un jour de pluie que se joue ce drame, entre Casablanca et Rabat. Le père part pour Rabat afin de surprendre sa fille, qu'il soupçonne de ne pas seulement s'intéresser à ses études. La mère, enfermée à double tour, se sauve à la recherche d'une cabine téléphonique, avec le dessin que lui a remis sa fille, représentant les touches d'un téléphone, seul recours à l'illéttrisme de sa mère.
Le père, en chemin, se perd dans ses remords, face au constat du triste échec de sa petite famille. Avant qu'il n'arrive, sa fille se sera noyée, entre le chagrin d'une illusion volée par son amant violant, et l'échec de ses relations parentales.

LE MUR ( Maroc, 2000, Coul., 10')
Mur témoin des gens qui passent


DEBAT avec Faouzi BENSAÏDI
QUESTION : Où est tourné " Le Mur " ?
" A Casablanca "
QUESTION : Comment est née l'idée ?
"Elle est née de plusieurs choses. Notamment de pouvoir dire aux producteurs que je peux faire un film qui ne coûte rien. Et je suis intéressé par l'idée d'un plan fixe. J'ai eu l'idée de raconter l'histoire du film. Pour moi, ce n'est pas un film théâtral, mais au contraire il se rapproche de l'origine du cinéma. Cela a été tourné en un jour."

QUESTION : Pourquoi utiliser un regard en plongée ?
" J'aime avoir un regard distant, être impuissant par rapport au personnages, à ce qui leur arrive."

QUESTION : Quel avenir pour le court-métrage au Maroc ?
"Beaucoup de jeunes vivent entre le Maroc et la France, la Belgique et ailleurs et retournent filmer leur histoire au Maroc. Cela induit un foisonnement du court-métrage, et les médias y portent un grand intérêt. Il y a eu un festival national en 1998,avec 22 courts-métrage. C'est énorme pour le Maroc, sachant que la production de longs-métrage est de 8 par an. La télévision commence aussi à s'y intéresser. L'intérêt est d'autant plus grand que derrière il y a une jeune génération qui arrive."

QUESTION : Peut-on parler de courant esthétique propre à tous les cinémas du Maghreb?
" La dimension esthétique existe peu, les réalisateurs s'approprient simplement les outils du cinéma. Les influences sont diverses, c'est un nouveau souffle. Il n'y a pas de construction par rapport à la génération qui nous précède directement car elle est manquante. C'est à double tranchant: on n'a pas à s'affirmer par rapport à quelque chose, mais c'est positif dans le sens où le terrain est vierge.

QUESTION : Quelles formations existent au Maroc ?
" Il y a une école d'acteurs depuis 1986, mais pas d'école de cinéma. Le problème est aussi que tout est concentré sur Rabat. Moi, je suis heureux de ne pas avoir fait d'école de cinéma.

QUESTION : Dans "Trajets", vous portez un regard pessimiste sur la famille. Pourquoi ?
" Oui, c'est sans issue. Les parents ont un modèle traditionnel ; la fille est indépendante ; les filles dans le bar sont plus libres, et rien de tout cela ne fonctionne. Ca a été un choix pour moi, après "la Falaise", c'est un peu contre "la Falaise", parce que les gens s'attendaient à ce que je refasse "la Falaise" ! Et c'est aussi un Maroc qui existe, celui des portables et des néons. C'est vrai que c'est un choix très radical."

Pendant que nous proposons à Faouzi Bensaïdi de l'interviewer, une dame l'interpelle :
" Le dernier, le "Mur", il était beau, j'ai beaucoup aimé, … le mur et rien d'autre, malgré tout le mouvement qu'il y a autour, on ne voit que ce mur là. Et cette tâche de sang…"
Faouzi Bensaïdi lui répond: " Oui, le mur devient un personnage, c'est lui le personnage principal. Ils le salissent, et le soir on le blanchit".

Interview
QUESTION : Vous avez parlé du mouvement cinématographique du court-métrage au Maghreb. Peut-on dire que l'avenir du cinéma, c'est le court-métrage ?
" Je crois que l'avenir du cinéma est autant dans le long que dans le court-métrage. Le court-métrage a toujours été et est toujours un espace de liberté beaucoup plus grand que celui du long-métrage, parce que l'on n'a pas la pression économique derrière, et ça permet des audaces beaucoup plus fortes que sur un long-métrage.
Mais il y a aussi des films long-métrage qui portent beaucoup d'audace, comme les films de Ocia Ocière, de David Lynch, beaucoup d'Américains aussi, il y a beaucoup d'audace dans leurs films, beaucoup d'expérimentation, de choses qui sont renouvelées.
La seule chose, je me répète, il y a le fait pour soi, que c'est souvent une première expérience, ça fait aussi beaucoup de court-métrage ratés!"

QUESTION : Ce ne sont pas des films grand-public, qu'en attendez-vous ?
" Moi, quand je fais un film, pour être sincère, je le fais beaucoup pour moi. Après, je suis l'homme le plus content du monde quand il touche les gens. Ca ne veut pas dire que je fais des films pour qu'ils ne plaisent pas, pas du tout. Mais c'est vrai que je me pose pas la question de faire un film commercial."

QUESTION : Est-ce que c'est parce que ce sont des court-métrage justement ?
" J'allais en parler. Maintenant, sur le long-métrage, jusqu'à présent, ce dont j'ai envie, c'est de pouvoir rester dans cette direction là : de faire des films d'abord pour soi, parce qu'on y croit. Faire des films comme on en a envie, et se dire que le jour où ça va toucher les gens, c'est très bien. Mais ne pas construire en fonction de ce qui va plaire.
C'est très subtile : en même temps, j'ai une conscience du spectateur. Des fois je me pose la question de la compréhension, mais j'essaie de ne pas faire des choix de facilité, comme de mettre de la musique partout, par exemple.

QUESTION : Il n'y a pas le regard habituel sur le Maroc dans vos films ?
" Oui c'est ce que j'ai dit. Nous, on n'avait pas un rapport admiratif avec la génération précédente. Ca peut être une chance pour porter un regard j'espère neuf."

Mon avis :
Trois court-métrages qui tracent une ligne d'évolution des types narratifs chez Bensaïdi. Entre " la Falaise" et "le Mur", on voit clairement une tendance à simplifier la narration et le mouvement de la caméra (qui devient complètement immobile dans "le Mur") ; pour donner l'avantage à l'allusion. C'est un cinéma où le spectateur, pour communiquer avec le film, doit participer à sa reconstruction de part ses impressions et sa réflexion. Une expérience audacieuse au moment de la main - mise du cinéma commercial.
Suite à cet entretien, Monsieur Bensaïdi s'est intéressé de savoir quel était le cadre de l'interview, et a porté de l'intérêt au rôle de lien que joue le Centre Social Mermoz entre les événements et les habitants, grâce aux travail des jeunes web-trotteurs.

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