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Mémoire de Pasquale Paoli adréssé à la Convention en 1793.Il était alors décreté Traitre à la république francaise. "Après les protestations solennelles, à la face de la nation, de mes principes et de mes sentiments, je ne devais pas m'attendre à ce que votre religion pût être aussi facilement surprise, au point de lancer contre moi un décret d'arrestation, avec ordre de me traduire à votre barre en employant toutes les précautions usitées contre un criminel d'Etat, appelé à rendre compte de ses prévarications et de ses méfaits. Je suis désolé que mon âge avancé et les indispositions dont je suis affecté me mettent dans l'impossibilité de traverser la mer et franchir une distance de deux cents lieues pour me présenter à votre barre. Certes, il ne me serait pas difficile de confondre la haine et la calomnie, cherchant depuis longtemps à souiller de leur haleine impure les dernières années de ma vie, pour m'enlever ainsi l'estime et la bienveillance d'une nation grande et généreuse de qui je sentais si vivement le besoin d'être aimé! Et de quel crime faut il que je me justifie? Quelles sont les imputations que l'on met en avant? Par quels faits essaye t on de les appuyer? Je n'en trouve point dans votre décret, et ne vois dans les journaux qui rapportent la discussion dont il a été précédé que soupçons vagues, contes absurdes et conjectures immorales. On vous a dit que mon ambition soupirait après un trone et que ce n'était pas sans regret que j'avais renoncé à ce rêve devant la conquête de la Corse par les armées de la cour de Versailles; mais c'est là un mensonge emprunté aux historiens stipendiés par cette cour, imaginé pour se faire pardonner cette odieuse usurpation et jeter de la défaveur sur tout ce que j'avais tenté d'effortss à la tête de mes compatriotes dans l'intérêt de la liberté et la défense de la patrie.Auraient ils pu penser alors, ceux qui par des fables pareilles servaient l'injustice et la politique des tyrans sous lesquels la Corse gémissait, que l'on viendrait les reproduire, un jour, au sein de la République francaise, que l'on ferait semblant d'y croire et l'on accueillerait avec complaissance tout ce qui pourrait flétrir la réputation d'un peuple, le seul qui ,dans ce siècle, ait lutté pendant quarante ans et avec quelques succès contre la tyrannoe, et le nom d'un homme qui, partageant ses périls, avait noblement dirigé ses efforts durant cette longue lutte de liberté? On vous a parlé de la reconnaissance que je dois à l'Angleterre et du motif que vous avez de craindre que je me dévoue à ses intérêts, au détriment de ceux de la République. Certes , je ne suis pas un ingrat, mais je suis encore moins un parjure. Il faut avoir l'âme profondément immorale et étrangère à tout sentiment de vertu et d'honnêteté pour croire que, même réduit à opter entre ces deux partis, mon choix pût être incertain un seul instant, et qu'oubliant mes serments, mes devoirs envers la patrie et les engagements qui me lient à la cause de la liberté et l'égalité, je renoncerais à l'estime de la nation au milieu de laquelle j'ai vécu pendant vingt ans, et lui fournir ainsi l'occasion de rougir de l'intérêt généreux qu'elle m"a témoigné et de l'opinion qu'elle s'était formée de mes principes et de mon caractère. On vous a enfin parlé de l'influence que j'exerce dans ce pays, et l'on a cherché à vous persuader que j'en abuse quelquefois pour faire les lois ou pour servir les passions haineuses du parti qui m'est dévoué.Si des témoignages d'amour de la part de nos concitoyens suffisent pour donner à un hommr qui n'a du reste ni de l'or à prodiguer, ni d'autres moyens de séduction pour se former un parti, j'avoue d'avoir asses d'influence dans ce pays, de cette influence du moins qu'un homme de bien peut désirer.Ma conscience me dit que je ne l'ai jamais employée dans un intérêt particulier; mais uniquement pour le soutien de la veuve et de l'orphelin, pour l'affermissement de la liberté nationale pour comprimer le fanatisme, pour assurer l'execution de celles d'entre les lois nouvelles qui heurtaient les opinions et les préjugés invétérés du peuple, pour le maintien de la paix et la tranquillité dans le département, au milieu des agitations inséparables d'un mouvement révolutionnaire, en un mot, pour préserver cette île des horreurs et des atrocités par lesquelles les ennemis de la liberté ont déshonoré la révolution sur plusieurs points de la République. Mes ennemis se sont efforcés de vous représenter cette influence comme dangereuse et subversive de l'égalité que nous avons tous jurée; pourquoi ne cherchent ils pas à l'acquerir? Les mêmes voies leur sont ouvertes; je leur désire le même succès et je m'en féliciterai par anticipation avec eux et le peuple, alors que l'affection qu'ils m'envient aura pour base une vie entière consacrée à sa défense et à sa prospérité. Au surplus , si cette prétendue influence est un crime, si vous croyez, citoyen représentants, que pour assurer la paix et la sûreté de ce pays, l'affermissement de la liberté et de l'égalité, il soit nécessaire que ma présence ne serve plus de prétexte ni à la haine, ni à la défiance, ni à la jalousie, parlez. Je m'éloignerai sans murmure du pays natal qui a toujours honoré ma vie et mon nom. Je mettrai le complément, par ce nouveau sacrifice, à tous ceux que j'ai déjà eu la satisfaction d'offrir à la révolution et à la patrie, emportant avec moi, pour unique consolation de mes derniers jours, d'une part, l'estime et les regrets de mes compatriotes , et , de l'autre, une conscience pure et sans reproche." Pasquale Paoli
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