La Tempera
Le mot
"Tempera" ou détrempe à l'oeuf " Détrempe
" vient du latin temperare qui signifie délayer, mélanger.
On réserve généralement le nom de tempera aux détrempes
dont les colles sont des émulsions naturelles. L'émulsion
signifie la suspension de petites gouttes d'huile dans de
l'eau. Dans la détrempe à l'uf, l'huile (surtout
présente dans le jaune) ne s'évapore pas mais s'oxyde
ce qui rend la peinture insoluble à l'eau, à l'essence
et à l'alcool après séchage. Ainsi, elle donne des
couches picturales irréversibles et d'une rare stabilité.
Les recettes
1/ avec l'oeuf entier
Casser l'uf, retirer le germe et la peau en pinçant
délicatement le jaune entre les doigts ; secouer énergiquement
dans un flacon. Ajouter en peignant au pigment et
allonger à l'eau.
2/ avec le jaune seul
(composition du jaune : moitié eau, 30% d'huile et
albumine -la matière collante) Bien séparer le jaune du
blanc, ôter la peau et le germe et l'employer tel quel
pour encoller les pigments, allonger à l'eau selon le
besoin (Cennini dit d'employer un vol de pigment broyé
en pâte épaisse avec de l'eau pour un vol de jaune d'uf).
L'adjonction de quelques gouttes de vinaigre (rôle
aseptisant et fluidifiant) n'est pas vraiment nécessaire
car cet acide peut dénaturer certains pigments comme le
bleu outremer. L'eau contenue dans la peinture va s'évaporer,
par contre l'oxydation de l'huile se fera lentement. Le
jaune d'uf est une émulsion maigre.
3/ avec le blanc d'uf
(composition du blanc : 85% d'eau, des traces d'huile et
12% d'albumine) Avant usage il faut le rendre fluide,
pour cela le battre en neige puis avec une éponge légèrement
humide absorber le blanc d'uf et l'exprimer dans
une assiette en répétant la manuvre plusieurs
fois. Le blanc d'oeuf qu'on obtient est fluide comme de
l'eau. Sous l'influence de la lumière, à la longue il
devient insoluble à l'eau. C'est un bon liant pour le
bol des doreurs mais plus médiocre pour la peinture.
Les
caractéristiques de la peinture au jaune d'oeuf
1/ les supports et leur préparation
L'uf étant une émulsion maigre, celle-ci est donc
employée particulièrement sur des supports bois
recouverts d'une préparation maigre (blanc de Meudon/colle
de peau ou gesso universel). De même les couches
d'impression doivent être maigres : peinture à l'uf,
à la colle ou acrylique.
2/ le travail pictural
La peinture à l'uf, diluable à l'eau, permet la
superposition des couches sans que les anciennes se
remettent en solution. Il est préférable d'attendre un
minimum de séchage sous peine d'arracher les sous-couches
inférieures encore trop fragiles. C'est une peinture qui
se prête mal au dégradé, on travaille davantage par le
jeu des transparences, on joue alors sur le rapport
pigment/liant, la dilution et la superposition des
couches. Il faut savoir que c'est une peinture fluide
difficile à travailler en pâte ou dans le demi-frais,
qualités que la peinture à l'huile offre.
3/ les finitions
Le jaune d'oeuf donne un film satiné, tendre et qui se
durcit dans le temps Le vernissage n'est pas
indispensable mais possible après plusieurs mois de séchage
(vernis à base de résines naturelles).
4/
quelques règles
Les matières picturales doivent être fraîches du jour
(préparer le jaune au fur et à mesure des besoins)
Le temps d'ouverture est court, le jaune sèche
rapidement, le nettoyage des outils doit être impérativement
effectué à chaque séance à l'eau chaude.
Il faut se rappeler qu'une quantité excessive de liant
provoque l'assombrissement des pigments, souvent aussi
des craquelures et parfois des détachements.
Principe de la détrempe : on diminue la dose de colle
pour éviter que la couche du dessus n'arrache la couche
du dessous (moins forte en colle) en se rétractant au séchage.
Des références pour en savoir
plus
La
peinture à partir du matériau brut
Nicolas WACKER
Editions ALLIA, Paris, 1993
La technique de la peinture
Ludvik LOSOS
collection Techniques d'Art
Edition GRÜND, 1988
Le métier du peintre
Pierre GARCIA
Dessain et Tolra
Paris, 1990
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