Décharge 99 - Décharge 101 - Décharge 102
posé à ses lecteurs LE problème de l'été : le revuïste doit-il
accepter, voire solliciter, des subsides votés par l'extrême droite ? Le cas du
Matricule est exemplaire mais pas particulier. Il vivait jusqu'ici grâce à
l'aide apportée par ce type d'assemblée locale co-gérée par les amis de Mégret,
et Thierry Guichard déclare vouloir se passer désormais de ladite (sa revue
coûtera plus cher dès cet hiver). Le courage de l'homme doit être salué.
Il ajoute, et c'est vital, qu'il persistera à agir sur place auprès du public.
Déserter l'espace local serait la pire des choses. Sa revue, comme toutes les
autres, doit jouer le rôle de moteur de l'éveil des esprits. L'élu de la Lozère
veut combattre, dit-il, " la culture totalitaire de gauche ". La
culture tout court restera là et s'opposera de toutes ses capacités.
D'ailleurs, rappelle Guichard, c'est l'impôt payé par tous qui assoit le
budget. Par elle-même, la source est propre. Le rejet est autre. A la porte de
Versailles et ailleurs, le Matricule exclut de promouvoir, même par oblique,
l'extrême-droite qui dirige sa terre. Celui qui sait le prix au mètre de ces
kermesses, appréciera à sa juste valeur le risque couru.
Peut-être sera-t-il utile de créer la M.A.R.R.E. ! (Mutuelle pour Assister les
Revues Résolues mais Ecrasées de dettes). Chaque titre y cotiserait à hauteur
du lectorat qu'il a, par exemple 1 Euro par tête. Résultat accessoire, le
revuïste aura le décompte de ses lecteurs plus réaliste qu'aujourd'hui. La
M.A.R.R.E. ! apporterait l'aide capitale aux revues les plus touchées pour leur
permettre de survivre malgré le boycott, qu'il soit voulu ou subi. Car le cas
du Matricule est appelé à se multiplier : il y a l'Hérault mais aussi la
Picardie (où se déroule la kermesse du récit court) et la 2ème ville
du pays, et ... Auxerre. Cet été, JPS a loué " la valeur " de ses
alliés. Le choix, pour les plus petits, les plus pauvres, pourrait être cruel
et mortel si la vigueur des idées l'emporte sur la logique commerciale. Il est
délicat de camper sur ses idées. Mais le devoir est impérieux. A.K.
De la revue qu'on va voir défiler, au site, un
défilé par exemple, pour la contemplation duquel on choisira une position en surplomb,
il n'y a qu'un pas (que l'on s'abstiendra toutefois de faire dans le cas sus
évoqué). Chaque jour voit naître sur
Intemet le clone d'une revue de papier.
Le Matricule des Anges, Propos de
Campagne et quelques autres ont ouvert la voie, le sentier de mulotier que
défoncent depuis à grands coups de pouces rageurs des dactylographes aussi
émérites que Jacmo (ou moi). Quel virus pousse donc les revuistes à s'aventurer
sur la toile, au risque de se faire bouffer (leur temps) ? Se seraient-ils
piqués à la pointe du progrès, laquelle, à l'instar de la quenouille, engendre
l'insomnie ? Que non. Devenus un peu mûrs
de la feuille, raidis du dos, arborant en sautoir des folios confortables,
c'est plutôt la nostalgie du bricolage qui les meut. Retrouver sur le Net le pas net des ronéo crados, dégueulasser sa
trame de fond en jouant de l'encrage, s'esquinter à faire tourner un shareware
de récupération (pas question d'envoyer 27,85 $ en Arizona pour un programme
merdique, d'ailleurs on fait comment pour envoyer 27 $ en Arizona ?), bref,
perdre un peu l'aisance qui finissait par boudiner par-dessus la ceinture. Le
Web, c'est le retour aux sources, les stages poterie-peinture sur soie de nos
plus belles années. Du Stivell plein
les oreilles, on passe les e-mails comme des joints, attention, fait pas tomber
la cendre. Un plaid en grosse laine mal
cardée sur les épaules (les nuits sont froides dans les maisons endormies sauf
le ronronnement de l'ordinateur), on tape comme un fou pendant des heures sur
les claviers. Comme aux temps héroïques, on démarre sa vieille 486 à la
manivelle le samedi matin et vogue la galère, on descend au marché, de la
poésie plein le coffre, qu'on essaiera de vendre entre les étals de miel toutes
fleurs et le stand rigolard des militants de l'huma. C'est toujours le même disque qui dure, le même goût maso
des gifs qui nous anime : " ... vu la qualité graphique de son site, on
peut dire que Jacques Morin (le grand-père qui dirige la revue) a inventé le
site kraft." (Thierry Guichard)
Comebidouille
! Vive
Araignée.
L'internet est
la plus grande invention de la communication depuis la domestication de l'âne. Pensez
donc ! Aux temps anciens il aurait fallu des années pour colporter urbi et orbi
la disparition d'une revue, la prochaine parution d'un numéro, la naissance
d'un grand groupe de presse poétique ou le palmarès d'un concours. Grâce au
Web, tout cela ne prend plus que quelques mois. Ainsi, le site d'Ent'revues nous vaut de belles bouffées de
nostalgie avec sa liste de revues disparues tout en nous annonçant le thème du
salon du livre... 98. Au Matricule, on
déblaye la neige de février en nous promettant une chronique dès avril. Chez
livre.net un écran prioritaire affiche la liste des concours dont la date de
clôture est proche de janvier 1998.
Nous même, à Décharge ...
La géométrie
non-euclidienne de la périodicité qu'on reproche tant aux publications papier
se retrouve, amplifiée, sur la toile.
Les explications, les excuses en béton ne manquent pas. Le résultat n'en
est pas moins frustrant. La quasi
totalité des sites littéraires ne sont que les vitrines empoussiérées d'une
revue clonée. Intéressant indeed, pour
découvrir et, rêvons, commander la revue en question. Mais d'actualité, point.
Notons au passage que bien des mastodontes ne font pas mieux que le
webmestre du dimanche. Zazieweb , Pagina, etc--- n'ont pas bougé de tout
l'hiver.
Alors ? Alors
il faut saluer les exploits de ceux qui restent en activité: ecrits-vains..?, par exemple qui, non
content de se renouveler chaque semaine, communique son sommaire à qui le
souhaite par mail. Managé par Marie
Bataille, mis en ligne par Jacques Teissier, ces deux-là ont su s'adjoindre les
services de nombreux collaborateurs, chefs de rubriques. La présentation est un
peu brouillonne, peut-être, mais je n'ai pas de leçons à donner sur ce
point. En tout cas, les liens
fonctionnent, qui renvoient vers une multitude de nouvelles, poésies et textes
de théâtre, pour lesquels vous pouvez même voter (sur le principe, je ne suis
pas certain que ce soit une très bonne idée, mais enfin, on peut). Du contenu, chacun jugera. Des noms reviennent souvent, la plupart me
sont inconnus mais ce n'est pas un critère.
Chaque occurrence est introduite par un auteur différent (Xavière
Remacle, Michel Bourhis, Isabelle Nouvel... ). Le site accueille encore vos
coups de coeur, vos coups de gueule, vos votes, donc, et naturellement, vos
textes. Régulièrement y naissent de
nouvelles chroniques (revue des revues, chanson, points de vue sur l'écriture
... ). L'avenir du site comme du forum subséquent dépend des visiteurs qui les
alimenteront : c'est la rançon de l'interactivité.