GEMÄHLING (FRANÇOIS-FERDINAND) , par sa mère Catherine fririon, était de cette famille lorraine de défenseurs du Pays.
Né eu 1769, à Pont-à-Moussou, il fit de très belles études au collège de cette ville et ce fut son parent
Fririon ( François-Nicolas) qui le guida dans ses premières années. ,
Fririo ( François-Nicolas) qui, comme nous l'avons vu, est une des .gloires de la famille, fut lui-même un des plus brillants élèves de ce collège de Pont-à-Mousson.
GEMÄHLING (François-Ferdinand), bien que fils unique, n'hésita pas à s'enrôler comme volontaire en 1791. Il suivait en cela l'exemple de tous les Fririon ses parents, et justifiait ainsi la vérité de ce vieil adage : , Bon sang ne peut mentir ».
Il fut incorporé le 19 août 1791 dans le 1er bataillon de la Meurlhe faisant partie de l'armée du Nord, commandée par les généraux Lafayette ct Dumouriez. Il assistait, en1792, à la bataille de Jemmapes. Le 1er mars 1793, il était. nommé quartier-maître lieutenant. Par conséquent, il avait fallu bien peu de temps à GEMÄHLING pour arriver à cette situation, et cependant il n'avait que vingt-quatre ans. Son instruction très développée, ses aptitudes spéciales pour l'administration militaire, l'avaient fait remarquer par ses chefs et lui valurent ce très rapide avancement.
Le 4 décembre 1794, il passait, avec le même grade, de. l'armée du Nord à celle de Sambre-et-Meuse, commandée successivement par les généraux Dampierre, Custine et Jourdan.
Il fit partie de la 89e demi-brigade, et le 23 juillet 1795 il était nommé quartier-maître capitaine et passait à l'armée du Rhin, commandée par Pichegru. Il y resta pendant les années 1795 et 1796.
Incorporé dans la 79e demi-brigade, 23 janvier 1797 , il rejoignit l'armée d'Italie, sous les ordres du général Bonaparte. Pendant deux années, il fit campagne.
En 1799, ses talents d'administrateur militaire le firent nommer. commissaire des guerres dans les îles Ioniennes, à Corfou, sous les ordres du général Chabot, pendant que cette île était bloquée par les Russes et les Turcs. Il s'acquitta de cette mission temporaire à la satisfaction de tous ses chefs,. La 79e demi-brigade, devenue le 79e régiment de ligne, dut se rendre à l'armée de l'Ouest, commandée par les généraux Brune et Bernadotte; elle y resta pendant les années 1800, 1801 et 1802. Cette campagne a été une des plus pénibles, à tous égards, de celles faites par les armées de la République.
En 1803, au mois de novembre, GEMÄHLING fut nommé capitaine de 2" classe. En 1805, il était en Espagne, au Ferrol, lorsqu'il reçut l'ordre de s'embarquer, avec une compagnie d'infanterie, à bord du vaisseau de 74, le Duguay-Trouin, faisant partie de la flotte hispano-française commandée par l'amiral Villeneuve, qui fut battue et presque détruite par Nelson à la célèbre bataille de Trafalgar.
GEMAHLING, dans une lettre écrite à bord des pontons anglais de Plymouth, a raconté ce qu'il a pu voir de cette lutte terrible à laquelle il assistait, et a décrit, très exactement surtout, l'épilogue de cette bataille : Le combat du cap Ortegal (1); nous le laisserons parler : Le Duguay-Trouin était un des quatre bâtiments ( vaisseau de 74) placés sous les ordres immédiats du contre-amiral Dumanoir, qui les déroba trop tôt peut-être au désastre de la flotte, hispano-française à Trafalgar. Il aurait, certainement, pris un parti moins prudent, s'il avait pu prévoir le sort qui l'attendait sur la côte de Galice 1 »
Ce fut en effet, à la hauteur du cap Ortegal, que ces quatre vaisseaux, qui avaient déjà beaucoup souffert dans le combat et dans la tempête d'équinoxe qui suivit, furent assaillis par huit bâtiments anglais intacts : quatre vaisseaux de ligne aussi forts que le nôtres et quatre frégates
(1) combat du cap Ortegal. - Épilogue de la bataille de Trafalgar, lettre publiée par M. Gemahling fils.
Dont le commodore anglais, sir John Stracbam, se servit pour placer les navires français entre deux feux. .
L'artillerie anglaise était supérieure d'un tiers au moins à celle de la flotte française et très bien servie.
« Aussi inexpérimentés que courageux, nos canonniers ne savaient que se faire tuer », écrit le capitaine GEMAHLING, dont les trois quarts des hommes qu'il commandait étaient gisants sur le pont du Duguay-Trouin, tués ou blessés...
Et pourtant, dans des conditions si inégales, ces Français ne se montrèrent pas moins héroïques que ceux qui, presque à la même heure, triomphaient dans les champs d'Austerlitz ! Les vainqueurs eux-mêmes rendirent hommage à l'énergie désespérée des équipages français.
Dans le rapport officiel du commodore sir Jobn Stracham à l'Amirauté anglaise, on lit :
« Les Français se sont battus admirablement et ne se sont rendus que quand toute manœuvre fut devenue impossible.
Le Duguay-Trouin se rendit le dernier,. le commandant, la plupart des officiers étaient morts ou grièvement blessés; ce rut M. Rigodit, enseigne de vaisseau à cette époque (1) qui fit le rapport au Ministre de la Marine.
Prisonnier à bord d'un ponton a Plymouth, pendant près de trois mois, GEMÄHLING écrivit une relation de .la bataille de Trafalgar, suivie d'un récit très émouvant du combat du cap Ortegal.
Après avoir été interné dans une ville du pays de Galles,
(1) M. Rigodit est mort contre-amiral à Alger.
comme prisonnier sur parole, G EMAIHLING séjourna neuf ans en Angleterre et ne recouvra sa liberté qu'en 1814. Pendant les Cent-Jours, Napoléon avait décoré de sa main et fait chef de bataillon ce vétéran, blanchi dans la captivité, mais on sait que le Gouvernement royal refusa de reconnaître les grades et les décorations accordés. 11 y avait bien pourtant quelques-unes de ces décorations pour lesquelles il n'eût été que juste de faire exception, et celle-là, à coup sûr, était du nombre !.... GEMAHLING, qui comptait trente-cinq ans de services, dont neuf de captivité, ne fut nommé ou plutôt renommé chevalier de la Légion d'honneur qu'en
-1831. Il avait été fait chevalier de Saint-Louis en 1821.Il est mort en 1836 à l'Hôtel des Invalides, commandé à cette époque par le général de division
Fririon { François-Nicolas), son parent, dont il avait été aide de camp en 1815 et pour lequel il avait une grande reconnaissance et un attachement respectueux qui dataient des premières années de sa jeunesse.