ROBESPIERRE
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1792 (1)

La patrie en danger
2 janvier 1792. Aux Jacobins, Robespierre prononce son second grand discours contre la guerre. Signalons que Robespierre nétant plus député na plus que cette tribune pour sexprimer, & il réussit à rallier les Jacobins & les patriotes parisiens contre la guerre. Mais cest à lAssemblée que revient de trancher la question, & cest elle que Brissot, député, va sefforcer de convaincre & parvenir à entraîner.
" Des deux opinions qui ont été balancées dans cette Assemblée, l'une a pour elle toutes les idées qui flattent l'imagination, toutes les espérances brillantes qui animent l'enthousiasme, et même un sentiment généreux soutenu de tous les moyens que le gouvernement le plus actif et le plus puissant peut employer pour influer sur l'opinion ; l'autre n'est appuyée que sur la froide raison et sur la triste vérité. Pour plaire, il faut défendre la première ; pour être utile, il faut soutenir la seconde, avec la certitude de déplaire à tous ceux qui ont le pouvoir de nuire : c'est pour celle-ci que je me déclare. [ ]
" Pour moi, j'admire votre bonheur et ne l'envie pas. Vous étiez destiné à défendre la liberté sans défiance, sans déplaire à ses ennemis, sans vous trouver en opposition ni avec la cour, ni avec les ministres, ni avec les modérés. Comme les routes du patriotisme sont devenues pour vous faciles et riantes ! Pour moi, j'ai trouvé que plus on avançait dans cette carrière, plus ou rencontrait d'obstacles et d'ennemis, plus on se trouvait abandonné de ceux avec qui on y était entré ; et javoue que, si je m'y voyais environné des courtisans, des aristocrates, des modérés, je serais au moins tenté de me croire en assez mauvaise compagnie. [ ]
" Que nous importent encore les victoires rapides que vous remportez à la tribune sur le despotisme et sur l'aristocratie de l'univers ? Comme si la nature des choses se pliait si facilement à l'imagination d'un orateur ! Est-ce le peuple ou le génie de la liberté qui dirigera le plan qu'on nous propose ? C'est la Cour, ce sont ses officiers, ce sont ses ministres. Vous oubliez toujours que cette donnée change toutes les combinaisons. [ ]
" Il est fâcheux que la vérité et le bon sens démentent ces magnifiques prédictions ; il est dans la nature des choses que la marche de la raison soit lentement progressive. Le gouvernement le plus vicieux trouve un puissant appui dans les préjugés, dans les habitudes, dans l'éducation des peuples. Le despotisme même déprave l'esprit des hommes jusqu'à s'en faire adorer, et jusqu'à rendre la liberté suspecte et effrayante au premier abord. La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d'un politique est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main armée chez un peuple étranger, pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n'aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c'est de les repousser comme des ennemis. [ ]
" Avant que les effets de notre révolution se fassent sentir chez les nations étrangères, il faut qu'elle soit consolidée. Vouloir leur donner la liberté avant de l'avoir nous-mêmes conquise, c'est assurer à la fois notre servitude et celle du monde entier ; c'est se former des choses une idée exagérée et absurde, de penser que, dès le moment où un peuple se donne une Constitution, tous les autres répondent au même instant à ce signal. [ ]
" Dans des Etats constitués, comme presque tous les pays d'Europe, il y a trois puissances : le monarque, les aristocrates et le peuple, ou plutôt le peuple est nul. S'il arrive une révolution dans ce pays, elle ne peut être que graduelle ; elle commence par les nobles, par le clergé, par les riches, et le peuple les soutient lorsque son intérêt s'accorde avec le leur pour résister à la puissance dominante, qui est celle du monarque. C'est ainsi que parmi vous ce sont les parlements, les nobles, le clergé, les riches, qui ont donné le branle à la révolution ; ensuite le peuple a paru. Ils s'en sont repentis, ou du moins ils ont voulu arrêter !a révolution, lorsqu'ils ont vu que le peuple pouvait recouvrer sa souveraineté ; mais ce sont eux qui l'ont commencée ; et, sans leur résistance et leurs faux calculs, la nation serait encore sous le joug du despotisme. [ ]
" Je réfuterai en passant, et par un seul mot, le discours étincelant de M. Anacharsis Cloots ; je me contenterai de lui citer un trait de ce sage de la Grèce, de ce philosophe voyageur dont il a emprunté le nom. C'est, je crois, cet Anacharsis grec qui se moquait d'un astronome qui, en considérant le ciel avec trop d'attention, était tombé dans une fosse qu'il n'avait point aperçue sur la terre. [ ]
" Je leur propose ce dilemme : ou bien nous pouvons craindre l'intervention des puissances étrangères, et alors tous vos calculs sont en défaut, ou bien les puissances étrangères ne se mêleront en aucune manière de votre expédition ; dans ce dernier cas, la France n'a donc d'autre ennemi à craindre que cette poignée d'aristocrates émigrés auxquels elle faisait à peine attention il y a quelque temps : or, prétendez-vous que cette puissance doive nous alarmer ? et, si elle était redoutable, ne serait-ce pas évidemment par l'appui que lui prêteraient nos ennemis intérieurs pour lesquels vous n'avez nulle défiance ? [ ]
" D'abord, apprenez que je ne suis point le défenseur du peuple ; jamais je n'ai prétendu à ce titre fastueux ; je suis du peuple, je n'ai jamais été que cela, je ne veux être que cela ; je méprise quiconque a la prétention d'être quelque chose de plus. [ ] "
Assemblée nationale : " M. Robespierre est un de ceux qui, à la tribune des jacobins, sélève avec le plus de force contre toute détermination de guerre. Dans la dernière séance il a puni M. Brissot davoir soutenu à lassemblée nationale ce parti de vigueur, en laccusant dêtre devenu ministériel, & ce reproche a valu à ce député des complimens de ses collègues en sortant de lassemblée. Certainement ceux qui connaissent M. Brissot ne sattendaient pas mieux que lui à cette étrange accusation. Depuis son entrée à la Constituante, M. Robespierre nest jamais sorti de la ligne de ses principes ; il sest tenu constamment dans les extrêmes ; les circonstances ont eu beau changer autour de lui, il est toujours resté le même, & si cest être conséquent que de ne pas céder à la marche des événements, personne na eu plus que lui ce mérite ; il est demeuré ce quil était le 14 juillet 1789, lennemi irréconciliable du pouvoir exécutif. "
6 janvier 1792. Alors que danciens membres des Feuillants essayent de réintégrer les Jacobins, Robespierre sy oppose catégoriquement, position que la société adopte.
11 janvier 1792. Aux Jacobins, comme cela était prévu à lordre du jour, Robespierre prononce la suite de son discours du 2 janvier contre la guerre. Limpression de ce discours & lenvoi à toutes les sociétés affiliées sont adoptés à lunanimité.
" Où sont-ils ces héros, qui, au 14 juillet, trompant l'espoir des tyrans, déposèrent leurs armes aux pieds de la patrie alarmée ? Soldats de Château-Vieux, approchez, venez guider nos efforts victorieux... Où êtes-vous ?... Hélas ! on arracherait plutôt sa proie à la mort, qu'au despotisme ses victimes ! Citoyens, qui, les premiers, signalâtes votre courage devant les murs de la Bastille, venez, la patrie, la liberté vous appelle aux premiers rangs. Hélas ! on ne vous trouve nulle part ; la misère, la persécution, la haine de nos despotes nouveaux vous a dispersais. Venez, du moins, soldats de tous ces corps immortels qui ont déployé le plus ardent amour pour la cause du peuple. Quoi ! le despotisme que vous aviez vaincu vous a punis de votre civisme et de votre victoire ; quoi ! frappés de cent mille ordres arbitraires et impies, cent mille soldats, l'espoir de la liberté, sans vengeance, sans état et sans pain, expient le tort d'avoir trahi le crime pour servir la vertu ! Vous ne combattrez pas non plus avec nous, citoyens, victimes d'une loi sanguinaire, qui parut trop douce encore à tous ces tyrans qui se dispensèrent de l'observer pour vous égorger plus promptement. Ah ! qu'avaient fait ces femmes, ces enfants massacrés ? Les criminels tout-puissants ont-ils peur aussi des femmes et des enfants ?
" Citoyens du Comtat, de cette cité malheureuse, qui crut qu'on pouvait impunément réclamer le droit d'être Français et libres ; vous qui pérîtes sous les coups des assassins, outragés par nos tyrans ; vous qui languissez dans les fers où ils vous ont plongés, vous ne viendrez point avec nous ; vous ne viendrez pas non plus, citoyens infortunés et vertueux, qui dans tant de provinces avez succombé sous les coups du fanatisme, de l'aristocratie et de la perfidie !
" Ah ! Dieu ! que de victimes, et toujours dans le peuple, toujours parmi les plus généreux patriotes, quand les conspirateurs puissants respirent et triomphent ! Venez au moins, gardes nationales qui vous êtes spécialement dévouées à la défense de nos frontières dans cette guerre dont une Cour perfide nous menace, venez. Quoi ! vous n'êtes point encore armés ? Quoi ! depuis deux ans vous demandez des armes, et vous n'en avez pas ? Que dis-je ? On vous a refusé des habits, on vous condamne à errer sans but, de contrées en contrées, objet des mépris du ministère et de la risée des patriciens insolents qui vous passent en revue, pour jouir de votre détresse.
" N'importe, venez ; nous confondrons nos fortunes pour vous acheter des armes ; nous combattrons tout nus, comme les Américains... venez. Mais attendrons-nous, pour renverser les trônes des despotes de l'Europe, attendrons-nous les ordres du bureau de la Guerre ? Consulterons-nous, pour cette noble entreprise, le génie de la liberté ou l'esprit de la Cour ? Serons-nous guidés par ces mêmes patriciens, ses éternels favoris, dans la guerre, déclarée au milieu de nous, entre la noblesse et le peuple? Non. Marchons nous-mêmes à Léopold ; ne prenons conseil que de nous-mêmes. Mais, quoi ! voilà tous les orateurs de la guerre qui m'arrêtent ; voilà M. Brissot qui me dit qu'il faut que M. le comte de Narbonne conduise toute cette affaire; qu'il faut marcher sous les ordres de M. le marquis de la Fayette... que c'est au pouvoir exécutif qu'il appartient de mener la nation à la victoire et à la liberté. Ah ! Français ! ce seul mot a rompu tout le charme ; il anéantit tous mes projets. Adieu la liberté des peuples ! [ ] "
20 janvier 1792. Aux Jacobins, sur linvitation de Dussaulx, Brissot & Robespierre se donnent laccolade. Le Patriote Français, le journal de Brissot, insinuera que Robespierre sest rangé aux vues de Brissot, malentendu que celui-ci sétait pourtant empressé de dissiper aussitôt :
" En cédant à linvitation de M. Dussaulx, je nai fait que me livrer à limpulsion de mon coeur, jai donné ce que je devais à laveu & à la fraternité & au sentiment profond que jai dun homme qui jouit de la plus grande considération & qui doit rendre les plus grands services à la patrie ; je prouverai à M. Brissot combien je lui suis attaché. Ceci ne doit rien changer à lopinion que tout homme doit au bien public ; cest pour faire tout ce qui sera en moi & ce que je crois nécessaire au salut public que je demanderai à répondre dans une autre séance au discours de M. Brissot. " Journal des Débats de la Sté des Amis de la Constitution
Le Patriote Français : " M. Robespierre est alors monté à la tribune, a protesté de son attachement pour M. Brissot, a invité lassemblée à soccuper encore de limportante question de la guerre, afin dexaminer les mesures nécessaires pour la faire avec avantage, & a fait espérer que M. Brissot & lui se réconcilieraient aisément sur ce point. "
25 janvier 1792. LAssemblée, sur proposition de Hérault de Séchelles, invite le roi à lancer un véritable ultimatum à lEmpereur, ultimatum expirant le 1er mars. Le soir, aux Jacobins, Robespierre prononce son troisième discours contre la guerre :
" [ ] Une des erreurs les plus communes des hommes qui ont de lénergie, est de supposer que tous les autres la partagent, & de croire que les hommes & les événemens se plieront toujours à la force de leur volonté & à lactivité de leur âme. Jentendis un jour cette vérité dans la bouche de Mirabeau ; je napprouvai point les conséquences quil en tirait ; mais il me semble quelle sapplique parfaitement aux défenseurs patriotes du système que jai combattu. Ils volent avec intrépidité au-devant du danger, parce quils croient trouver par-tout les ressources quils trouvent au-dedans deux-mêmes.
" Déjà elle [la cour ] a ressuscité les anciens préjugés militaire, réveillé toutes les idées de lancien régime, & préparé aux généraux un ascendant qui sera un jour le fléau de la liberté
" Tout ce qui résulte de tout cela, cest que la cour ressemble à une courtisane qui, après avoir excité par ses agaceries les sentimens quelle voulait inspirer, les enflamme par une résistance simulée. Je crois voir Circe, qui se montre tour-à-tour facile & sévère, pour forcer Ulysse même à désirer ses fatales ferveurs, & transformer en animaux stupides ses infortunés compagnons. [ ]
" Non, jamais la cour ni ses serviteurs ne vous trahirons dans le sens grossier & vulgaire, cest-à-dire assez maladroitement pour que vous puissiez vous en apercevoir, assez tôt pour que vous soyez encore à tems de réparer les maux quils vous auront faits. Mais ils vous tromperont, ils vous endormiront, ils vous épuiseront ; ils vous amèneront par degrés au dernier moment de votre agonie politique ; ils vous trahiront avec art, avec modération, avec patriotisme ; ils vous trahiront lentement, constitutionnellement, comme ils ont fait jusquici ; ils vaincront même, sil le faut, pour vous trahir avec plus de succès. Combien despèces de trahison le génie de la tyrannie na-t-il pas inventées dans un siècle de lumières ? Comment nen conçoit-on quun seul ? Sacrifier la partie la plus patriote de larmée, & cependant remporter un succès, avec celle qui lest moins ; tenir les esprits en suspens, par un mélange de revers & davantages également funestes, chasser devant soi des ennemis auxquels on ne veut pas de mal, sans avoir affaibli leur puissance, sans avoir éteint le foyer de la rébellion & de la guerre ; faire préconiser ses exploits par toutes les trompettes de la renommée, & revenir triomphant, précédé des aboiemens de lintrigue qui vous proclament le libérateur de la France & le héros de tous les mondes possibles ; voilà lune des chances innombrables que peut présenter un tel système de guerre ; voilà la plus heureuse de toutes les apparences ; & voilà peut-être la plus dangereuse de toutes les trahisons. [ ]
" Au milieu de la diversité des opinions & des partis qui divisent les français, au milieu de lignorance des vrais principes du gouvernement, étrangers aux méditations de la plupart des hommes, est-il impossible quun général triomphant arme, au nom de la loi, ses soldats trompés contre les meilleurs citoyens, en les désignant comme une faction particulière & ennemie, en les marquant du nom insignifiant de factieux, que la politique de la cour a donné jusquici aux défenseurs des droits de la nation ? [ ]
" Pour moi, je crois voir un peuple immense, qui danse sur un vaste terrain couvert de verdure & de fleurs, jouant avec des armes, faisant retentir lair de ses cris de joie & de ses chants guerriers ; tout-à-coup le terrain saffaisse, les fleurs, les hommes, les armes disparaissent ; je ne vois plus quun gouffre comblé par des victimes. [ ] "
Février. La crise des subsistances s'aggrave.
9 février 1791. Les biens des émigrés sont déclarés biens nationaux.
10 février 1792. Aux Jacobins, Robespierre propose, dans un long discours, les moyens détouffer la guerre intérieure & extérieure.
" [ ] Ce nest pont par des mesures partielles, incohérentes, ce nest pas même par des traits passagers de sagesse & dénergie quon amène une révolution à un terme heureux, mais par un système sagement combiné & constamment suivi, en remontant aux premières causes des désordres, en les attaquant avec une fermeté soutenue. [ ]
" Sils [ les partisans de la guerre ] ont été effrayé de la difficulté de réaliser ces mesures de prudence, ils se sont trompés ; car je prouverai que pour extirper jusquà la racine de nos maux politiques, il suffit de le vouloir, & que sil est facile de tout bouleverser par lenthousiasme & par la violence, il est plus facile encore de tout rétablir par la sagesse & par la fermeté. [ ]
" Cependant, pour ne parler ici que de guerre, il faut bien en revenir à cette première condition préliminaire, darmer nos défenseurs, & de mettre le soin des préparatifs avant celui de lattaque. Mais suffit-il toujours de décréter des mesures vagues, & oubliées au même instant quelle ont été adoptées ? Non : il faut forcer le ministre à les exécuter promptement. Que fait-on pour cela ? Le ministre dit : je suis patriote, & on répète : il est patriote. Le ministre dit : tout est bien, & on répond : Dieu soit loué. Le ministre dit : je ferai tout pour le mieux ; reposez-vous sur moi, & on se repose sur lui de la défense de létat & du sort de la liberté. Il nen est pas moins vrai quil ne veut point armer les gardes nationales, & quil ne les armera pas. Jinsiste pour quon ly contraigne. Je défie quon me prouve quil faut marcher sous les drapeaux du pouvoir exécutif, si on na point assez dénergie pour lui arracher lexécution dune loi absolument nécessaire à la défense publique. Je soutiens de plus, que malgré les vices de la constitution, & les embarras que nous donne notre gouvernement, lassemblée nationale a entre les mains tous les moyens nécessaires pour le forcer à remplir ce devoir. [ ]
" Je demandais [ sous la Constituante ] en même temps que cette multitude de soldats renvoyés avec des cartouches infamantes, par des ordres arbitraires & illégaux, en haine de leur civisme & de leurs lumières, fussent rappelés honorablement ; que ce quon appelait le corps des officiers, ennemi déclaré de la révolution, & leur persécuteur, fut licencié & remplacé par des militaires plébéiens & patriotes ; je demandais que, si on trouvait des difficultés à rappeler dans leurs régimens les soldats persécutés, on en formât des légions qui seraient la plus douce espérance du peuple & le plus ferme rempart de la liberté. [ ] A ces légions composées des soldats martyrs de la liberté, il faut joindre les braves Gardes-Françaises ; il faut venger & réintégrer à la fois ces héros de la liberté, poursuivis dès les premiers jours de la révolution par la politique criminelle de ses ennemis. Quils soient tous rappelés par lassemblée nationale, & quils restent au sein de la capitale : cest sous leur garde & sous celle des citoyens armés que nous pourrons reposer avec sécurité. [ ]
" il faut que le peuple veille pour se défendre, quand la tyrannie veille pour le perdre. [ ] quencouragés par votre invitation solennelle, daprès des règles très-simples, les citoyens armés de chaque département se réunissent le 1er mars, par les députés quils auront librement choisis, dans le chef-lieu de département ; que là, au milieu des fêtes toutes populaires quordonneront le patriotisme & la fraternité, ils renouvellent, dans un saint transport, ce serment qui semble avoir fait place à de froides formules, inventées par le machiavélisme, LA LIBERTE OU LA MORT. [ ] que les emblèmes de la liberté brillent par-tout ; que les pures devises du civisme & de la vérité éclatent sur les drapeaux, sur les monumens simples que le patriotisme aura élevés ; que les noms sacrés de légalité, de la patrie, sortis de tous les coeurs, prononcés par toutes les bouches, fassent retentir lair du plus délicieux de tous les concerts pour loreille des bons citoyens ; quélevés par ce sentiment sublime & tendre, que ne connurent jamais les âmes corrompues des despotes & des courtisans, tous les citoyens se jurent une éternelle union dans les douces étreintes de lamitié ; quils baignent de larmes ces armes que la patrie leur confia pour sa défense ; que des actions de justice & dhumanité achèvent dembellir & de couronner ces fêtes ; que les victimes les plus malheureuses du despotisme reçoivent, en ces jours solennels, les secours honorables & les justes hommage du civisme ; que des citoyennes vertueuses & pauvres, dotées par lui, puissent donner un jour à la patrie quelque héros dont le modèle nexiste peut-être pas encore parmi nous, mais qui sera nécessaire peut-être pour laffranchir & pour venger ses premiers défenseurs. Cest ainsi quon prélude aux combats de la liberté [ ]
" je propose aux députés patriotes la motion suivante : " Tout représentant du peuple qui blessera la souveraineté nationale, sera censuré par lassemblée ; celui qui parlera irrespectueusement du peuple, sera condamné à la prison. " [ ]
" Il vaut mieux punir un ministre en vertu dune accusation précise, & suivant les formes légales, que den renvoyer dix ; ce qui nous importe, cest de les effrayer par de grands exemples, & non de les changer. [ ] Jai entendu désiré quelle [ la cour ] recrutât le ministère, les officiers-généraux, les ambassadeurs dans la société des Jacobins : que le ciel nous en préserve quant à présent. Si cet événement arrivait, je nen aurais pas plus de confiance au patriotisme de la cour ; mais jen aurais beaucoup moins dans la vertu de ceux quelle aurait choisis. [ ]
" Mais il est un objet beaucoup plus intéressant qui na point encore excité lattention publique ; cest la publicité des opérations de lAssemblée nationale. Je parle dune publicité telle que lintérêt de la nation lexige ; & je suis loin de croire que le petit espace réservé aux citoyens dans lincommode & chétive salle de manège, suffise pour remplir cet objet essentiel, du moins au jugement de tous ceux qui ont calculé les causes de la révolution : le spectacle animé & imposant de six mille spectateurs qui nous environnaient à Versailles, na pas peu contribué à nous inspirer le courage & lénergie dont nous avions besoin pour lopérer. [ ]
" Je voudrais quelle [ lAssemblée nationale ] se fit une règle de ne jamais laisser écouler une semaine, sans avoir vengé ou secouru quelque patriote persécuté par la tyrannie, soit quil sagit des individus ou dune contrée entière. [ ]
" Quon voie une fois [ dans lAssemblée nationale ]un corps, revêtu dune grande autorité, parler, raisonner, agir comme le peuple ; essayez sur les coeurs le pouvoir de la vertu, de la raison, de la liberté, & vous verrez sil a des bornes ; vous verrez le peuple français paraître encore dans toute sa majesté, paisible, mais imposant ; généreux, indulgent, mais prêt à lancer la foudre au premier signal de la loi, au premier cri de la liberté attaquée. [ ]
" Si les hommes vertueux désespèrent de lassemblée ; sils ne peuvent plus lutter contre le torrent de lintrigue & des préjugés, ils peuvent mourir à la tribune, en défendant les droits de lhumanité ; ils peuvent dénoncer les traîtres à leurs commettants, leur dévoiler avec franchise la cause de leurs maux, & laisser du moins un grand exemple à la postérités, & des leçons terribles aux tyrans. Et à quel plus digne usage réserverait-on sa vie ! ce nest point assez dobtenir la mort de la main des tyrans, il faut lavoir méritée ; il ne faut pas avoir préparé le succès de leur crimes, par son imprévoyance, par sa faiblesse. Sil est vrai que les premiers défenseurs de la liberté doivent en être les martyrs, ils ne doivent mourir quen entraînant la tyrannie au tombeau ; il faut que la mort dun grand homme réveille les peuples endormis, & que le bonheur du monde en soit le prix. [ ]
15 février 1792. Le tribunal criminel de Paris sinstalle. Robespierre qui y avait été élu accusateur public, en juin 91, expose aux Jacobins sa façon dappréhender cette fonction :
" [...] Je veux leur faire connaître la nature de ma responsabilité et les bornes des services qu'ils peuvent attendre de mon zèle.Le signe le plus honteux de l'esclavage d'un peuple, c'est l'ignorance profonde où il est de ses propres affaires ; c'est aux mandataires qu'il a choisis de l'aider à les connaître.Leur premier devoir, à mon avis, est une communication franche avec lui ; elle est un besoin pour moi. S'il est vrai que nous ayons fait un pas vers le règne de la justice et des lois, il est temps que les fonctionnaires publics, sans en excepter celui qu'on appelle le premier de tous, se regardent, non comme des puissances, mais comme les hommes d'affaires de la nation, et comme les égaux de leurs concitoyens ; il faut qu'à leurs yeux, comme à ceux de la raison et de la nature, les charges publiques ne soient plus des honneurs, encore moins des propriétés, mais des devoirs. [...]
" [...] quoique puissent dire ceux qui veulent présenter les amis du bien public et de l'humanité comme les fauteurs de l'ordre et de l'anarchie, je tâcherai de prouver, par mon exemple, que la haine du crime et le zèle pour l'innocence opprimée, ont une source commune dans les principes de la morale et dans le pur sentiment de la justice.
Des hommes, aussi peu éclairés que les autres étaient injustes, ont cru me louer en disant que je serais l'implacable ennemi des aristocrates. Ils se sont trompés." [...] Le jour le plus heureux de ma vie serait celui où je trouverais le plus acharné de mes ennemis, l'homme même le plus opposé à la cause de l'humanité (le seul homme que je pourrais regarder comme mon ennemi) en butte à la prévention, prêt d'être immolé par elle pour un délit dont il serait innocent, et où, répandant sur la cause la lumière de la vérité sévère et impartiale, je pourrais l'arracher à la mort ou à l'infamie.
" [...] Et je m'applaudis de pouvoir donner ici pour garant de mes principes à cet égard, les opinions politiques que j'ai développées à cette occasion même dans l'Assemblée Constituante, lorsque je demandai moi-même que l'on restreignît cette autorité des accusateurs publics, qui, si elle tombait dans des mains indignes, me paraissait trop redoutable à la liberté civile ; lorsque j'obtins même que la durée de leurs fonctions fût bornée à un temps plus court, et leurs appointements réduits à un taux plus modique que celui qui était proposé par le rapporteur de la constitution des jurés ; car j'avoue que j'ai toujours regardé les longues magistratures comme le fléau des peuples, et que la pauvreté d'Aristide m'a toujours paru d'un plus heureux augure pour la prospérité publique que l'opulence de Crassus.
" [...] J'aurais préféré cette situation à toute autre, dans des temps ordinaires et sous l'empire des lois ; cependant, je dois l'avouer encore, je n'ai vu approcher qu'avec regret le moment d'exercer ces fonctions. Je dirai plus, je ne les ai acceptées dans le temps qu'avec une extrême répugnance, et par respect pour le choix des citoyens, et, si je l'ose dire, par une haute confiance dans mes intentions. Mais, peu de temps après, je conçus une autre idée. Il m'a paru que le seul rang qui convînt aux membres de l'Assemblée Nationale était celui de citoyens,
" [...] je jure que le courage et les vertus de Pétion étaient nécessaires au salut de la France ; mais cette raison-là même a achevé de me persuader que lorsque Pétion était absorbé tout entier par le soin d'étouffer les conspirations sans cesse renaissantes dans cette ville immense, il fallait encore des hommes qui veillassent sur tous les complots tramés dans tout l'empire, et partis du même centre pour anéantir la liberté naissante.
" [...] Il est une nécessité plus pressante, il est un devoir plus grand encore que celui de poursuivre le crime ou de défendre l'innocence avec un titre public, dans des affaires particulières, devant un tribunal révolutionnaire : c'est celui de défendre la cause de l'humanité, de la Liberté, comme citoyen et comme homme, au tribunal de l'univers et de la postérité. Or, dans l'hypothèse que je viens de poser, j'avoue qu'il n'est point en mon pouvoir d'abandonner cette grande cause, qu'aucune puissance humaine ne peut m'en détacher. Je déclare qu'alors je sacrifierais ma place à mes principes, et mes avantages personnels à l'intérêt général.Dans de tels moyens, le poste d'un ami de l'humanité est au lieu où il peut la défendre avec succès. Les devoirs de chaque homme sont écrits dans sa conscience, dans son caractère.
" Nul mortel ne peut échapper à sa destinée ; et si la mienne était de périr pour la liberté, loin de songer à la fuir, je m'empresserais de voler au-devant d'elle."
22 février 1792. LAssemblée se propose dinterdire aux députés de fréquenter aucune société populaire. Lémotion est vive chez les Jacobins où beaucoup de députés se réunissent. Robespierre intervient :
" Que lassemblée nationale se respecte : je ne dis pas toute, quil y en ait la moitié qui se déshonore & qui se prostitue aux tyrans, mais que les autres soutiennent les intérêts du peuple. Je lai dit, quil y ait seulement dans la législature dix représentans dun grand caractère, bien pénétrés de la cause du peuple, décidés à mourir pour elle ; & la liberté est sauvée ; Oui, messieurs, la voix dun représentant du peuple fera trembler la tourbe infâme des esclaves & des tyrans, & je mets en fait, que si plusieurs hommes animés du sentiment impérieux que vient de manifester à cette tribune celui qui a parlé avant moi, se succédaient à la tribune du peuple pour dénoncer les vils conspirateurs qui veulent replonger le peuple français dans lopprobre, les ministériels & tous les intriguans de lassemblée nationale rentreraient dans la poussière. Quils le fassent aujourdhui, quils le fassent demain, je leur garantis la victoire, & je garantis lopprobre à tous les ennemis de la constitution.
" Vous craignez la dissolution des sociétés patriotiques ? & vous êtes environnés de la force & de la majesté du peuple, non seulement dans la capitale, mais dans toutes les parties du royaume vous êtes environnés de la force du peuple ; quelle est donc la puissance formidable, quel est donc le tyran sorti tout-à-coup du néant, où il était plongé, qui osera détruire la liberté : où est-il ? nulle part. Cest dans les sociétés patriotiques seules que peuvent se former leur ruine ; je donne le défi aux Feuillans, aux aristocrates du manège & des tripots conspirateurs, je leur donne le défi de porter une telle loi. [ ] ce que vous deviez faire, cétait de mépriser ces dénonciations, vous deviez passer à lordre du jour, & je conclus par cette demande. " Journal des débats & correspondance de la Sté des Amis de la Constitution
A la fin de cette même séance, Billaud-Varenne dénonce le comité de correspondance des Jacobins, dominé par Brissot, qui a envoyé aux sociétés affiliées, à linsu des Jacobins de Paris, une adresse appelant à la guerre, au nom de la société mère dont les membres sont majoritairement contre.
26 février 1792. La garde nationale de Marseille désarme le régiment Suisse dErnest, en garnison à Aix.
2 mars 1792. Au cours dune discussion sur lenvoi dune adresse, Robespierre tient des propos qui doivent être connus :
" Oui, messieurs, jaime le caractère républicain ; je sais que cest dans les républiques que se sont élevés toutes les grandes âmes, tous les sentimens nobles & généreux ; mais je crois quil nous convient dans ce moment de déclarer tout haut que nous sommes les amis de la constitution, jusquà ce que la volonté générale, éclairée par une plus mûre expérience, déclare quelle aspire à un bonheur plus grand. Je déclare moi, & je le fais au nom de la société qui ne se démentira pas, que je préfère lindividu que le hazard, la naissance, les circonstances nous ont donnés pour roi, à tous les rois quon voudrait nous donner (Applaudissemens universels). [ ] " Journal des débats & correspondance de la Sté des Amis de la Constitution
3 mars 1792. A Etampes, lors dun mouvement populaire suscité par la situation alarmante des subsistances, le Maire Simonneau qui avait requis la garde nationale pour le réprimer, est lynché par la foule. La législative fait de lui un héros & martyr de la Propriété.
5 mars 1792. Les Jacobins sinquiètent des troubles du midi en général, & de Marseille en particulier.
" Je déplore linsurrection partielle à laquelle le peuple généreux de Marseille a été forcé. Mais jabhore le despotisme perfide qui, depuis long-tems, entraîne les causes funestes de ces dissensions. Je maudis laristocratie qui, depuis si long-tems, sonne lalarme & lève par tout lempire, létendard de la contre-révolution. Si lorsque cette affaire sera portée à lassemblée nationale, il existait un représentant assez lâche pour sélever contre les marseillais, je lui dirais : Infâme ! Comment as-tu limpudence de trahir ainsi les droits du peuple qui ta créé ? Comme oses-tu invoquer le nom sacré de la loi, toi qui nélève ici la voix que pour lanéantir & pour couvrir de ton égide les plus grands ennemis des droits du peuple & de la liberté ? [ ] " Journal des débats & correspondance de la Sté des Amis de la Constitution
lettre de Barbaroux, envoyé des Marseillais qui, plus tard, luttera contre Robespierre aux côtés des Girondins : " M. Robespierre fut sublime. Il déclara que celui-là serait un traître, un infâme qui, dans le sein de lAssemblée nationale, parlerait contre Marseille. Il prouva que, pour sauver la loi, il fallait se placer au-dessus de la loi dans ces circonstances orageuses où le salut de la liberté est compromis. Jamais séance plus intéressante. [ ] "
Barbaroux
19 mars 1792. Dumouriez, nommé ministre des relations extérieures le 13 mars, Dumouriez qui a promis à la cour de lui gagner les Girondins, se rend aux Jacobins & prononce un discours, non sans sêtre coiffé du bonnet rouge mis à la mode par les Girondins ( pour rappeler la tenue des Suisses de Châteauvieux envoyés aux galères ), comme un signe extérieur de patriotisme. Robespierre monte à la tribune pour lui répondre, non sans avoir jeté à terre le bonnet rouge quon voulait lui faire porter, artifice trop commode pour se faire passer pour un patriote. Lui qui ne se targuait pas dêtre républicain, quoique tous les journaux le considéraient comme tel, tant ses principes létaient, ne sera jamais dupe des apparences, pas plus qu'il nhésitera à compromettre sa popularité en attaquant de front l'opinion dominante contraire à la sienne.
Journal des débats & correspondance de la Sté des Amis de la Constitution : Robespierre. " Je ne suis point de ceux qui croient qu'il est absolument impossible qu'un ministre soit patriote, & même j'accepte avec plaisir les présages heureux que nous offre M. Dumouriez ; quand il aura rempli ces présages, quand il aura dissipé les ennemis armés contre nous par ses prédécesseurs, & les conjurés qui dirigent notre gouvernement malgré l'expulsion de quelques ministres, alors seulement, alors je serai disposé à lui décerner tous les éloges dont il sera digne, alors néanmoins je ne penserai point qu'un bon citoyen de cette société ne soit pas son égal, & que tout membre qui montera à cette tribune pour s'élever contre l'impression du discours d'un ministre quel qu'il soit, puisse être réduit à quitter cette tribune par des cris & des clameurs confuses ; c'est par amour pour la liberté, c'est par respect pour les droits du peuple, qui seul est grand, qui seul est respectable à mes yeux, & devant lequel s'évanouissent les hochets des puissances ministérielles qque je rappelle à la société ses principes. [...] Je ne redouterais pour cette société la présence d'aucun ministre, mais je déclare qu'à l'instant où dans cette société, un ministre aurait plus d'influence qu'un bon citoyen qui s'est constamment distingué par son patriotisme, alors il nuirait à la société, & je jure au nom de la liberté, qu'il n'en sera point ainsi,qu'elle sera toujours l'effroi de la tyrannie & l'appui de la liberté. "
" M. Dumouriez se précipite dans les bras de M. Robespierre, la société & les tribunes regardant ces embrassemens comme le présage de l'accord du ministère avec l'amour du peuple, accompagnent le spectacle de vifs applaudissemens."
Le Patriote Français : " Ce que n'ont pu ni les plaisanteries fades des bouffons aristocrates, ni les graves déraisonnemens des philosophes ministériels, une simple lettre de M. Pétion aux Jacobins, & quelques observation de M. Robespierre l'ont opéré. Ces deux patriotes ont fait sentir qu'il y aurait quelques inconvéniens à adopter un nouveau signe de patriotisme, ils ont pensé que la cocarde nationale & la devise vivre libre ou mourir, devaient suffire aux amis de la constitution. Ces réflexions ont été vivement applaudies, & la société a invité ses membres à s'abstenir de porter le bonnet rouge en public."
20 mars 1792. L'Assemblée législative adopte la guillotine.
23 mars 1792. Les Girondins Roland & Clavière sont appelés au ministère, en remplacement des Feuillants.
26 mars 1792. Comme il l'avait proposé le 21 mars, Robespierre lit aux Jacobins une adresse sur les circonstances actuelles, destinée aux sociétés affiliées, en remplacement de l'adresse rédigée par le comité de correspondance. Les Jacobins sont divisés. Gaduet, un Girondin, attaque Robespierre qui, non content de ne pas encenser le ministère Girondin à l'instar de Brissot, a invoqué la Providence. (Notons que la séance était présidée par l'évêque Gobel, que nombre de Jacobins étaient d'anciens ecclésiastiques & que beaucoup de révolutionnaires étaient déistes. ) Finalement, Robespierre devra retirer son projet le 30 mars. Les journaux Girondins ne feront pas écho à ces événements, les Girondins étant d'ailleurs de moins en moins à leur place aux Jacobins.
Journal des débats & correspondance de la Sté des Amis de la Constitution : " Sans le courage inébranlable des citoyens, sans la patience invincible & le sublime caractère du peuple, il était permis à l'homme le plus ferme de désespérer du salut public ; lorsque la providence qui veille toujours sur nous beaucoup mieux que notre propre sagesse, en frappant Léopold, parut déconcernter pendant quelque tems les projets de nos ennemis. Ce délai suffit pour donner à la liberté le tems de respirer, & les moyens d'écarter pour jamais les fléaux dont elle était menacée. Nous tenons dans nos main la paix ou la guerre, nous sommes les maîtres de notre destinée, & de celle du monde pourvu que nous ne nous rendormions pas encore une fois dans notre létargie ordinaire : pourvu que nousne nous lassions pas d'entendre la voix de la prudence & de la raison, que, mettant à profit l'occasion unique qui nous est offerte, nous forcions les choses à prendre une tournure franche & plus sincère que la politique de nos tyrans ; que nous mettions dans l'impuissance de nous insulter à l'avenir, ceux qui nous trompent ; ou craignons de lasser la bonté céleste qui, jusqu'ici, s'est obstinée à nous sauver malgré nous.[...]
" On répète que les ministres sont Jacobins ; ce n'est pas ce qui nous en impose : mais le nouveau ministre s'annonce dans des circonstances qui, dans des tems moins suspects, pourraient être regardées comme d'heureux présages. Nous éprouverons dans cette occasion si la cour est sincère ou si c'est la peur qui l'a fait agir. A dieu ne plaise que j'attende de quelques hommes la destinée de nation qui est immortelle. [...] louer le ministère nouveau serait une flagornerie d'autant moins entendue que bientôt leurs actions pourront les mettre au-dessus de tout éloge : nous verrons si ce changement des ministres est l'effet de la peur ou de la vertu, s'il est le triomphe de l'intrigue ou de la liberté."
Réponse à Guadet. " [...] La première objection porte sur ce que j'aurais commis la faute d'induire les citoyens dans la superstition après avoir combattu le despotisme. La superstitio, il est vrai, est un des appui du despotisme, mais ce n'est point induire les citoyens dans la superstition que de prononcer le nom de la divinité, j'abhorre autant que personne toutes ces sectes impies qui ses sont répandues dans l'univers pour favoriser l'ambition, le fanatisme & toutes les passions, en se couvrant du pouvoir secret de l'éternel qui a créé la nature & l'humanité, mais je suis bien loin de la confondre avec ces imbéciles dont le despotisme s'est armé. Je soutins, moi, ces éternels principes sur lesquels s'étaie la faiblesse humaine pour s'élancer à la vertu. ce n'est point un vain langage dans ma bouche, pas plus que dans celle de tous les hommes illustres qui n'en avaient pas moins de morale pour croire à l'existence de dieu.
" Oui, invoquer le nom de la providence & émettre une idée de l'être éternel qui influe essentiellement sur les destins des nations, qui me paraît à moi veiller d'une manière toute particulière sur la révolution française, n'est point une idée trop hasardée, mais un sentiment de mon coeur, un sentiment qui m'est nécessaire ; comment ne me serait-il pas nécessaire à moi qui, livré dans l'assemblée constituante à toutes les passions, à toutes les viles intrigues, & environné de tant d'ennemis nombreux, me suis soutenu. Seul avec mon âme, comment aurais-je pu soutenir des travaux qui sont au-dessus de la force humaine, si je n'avais point élevé mon âme. Sans trop approfondir cette idée encourageante, ce sentiment divin m'a bien dédommagé de tous les avantages offerts à ceux qui voulaient trahir le peuple. [...] Oui, j'en demande pardon à tous ceux qui sont plus éclairés que moi,quand j'ai vu tant d'ennemis créés contre le peuple, tant d'hommes perfides employés pour renverser l'ouvrage du peuple, quand j'ai vu que le peuple lui-même ne pouvait agir, & qu'il était obligé de s'abandonner à des hommes perfides; alors plus que jamais j'ai cru à la providence & je n'ai jamais pu insluter, ni le peuple, ni les sociétés populaires, en parlant comme je l'ai fait, des mesures qu'il faut prendre pour la guerre ou pour la paix ; ni dans le retour que j'ai fait sur ce qui s'est passé.[...]"
28 mars 1792. A l'approche du retour des Suisses de Châteauvieux, Robespierre s'oppose avec succès à la proposition de voiler le portrait de Louis XVI, ainsi qu'à l'exclusion des membres de la Commune qui ont voté pour la conservation des bustes de Bailly & de Lafayette. Est également adoptée sa proposition de consacrer une partie de la souscription à des oeuvres de bienfaisance.
Journal des débats & correspondance de la Sté des Amis de la Constitution : " [...] Comme ami des loix, j'aime à écarter tout ce qui est étranger à la constitution & aux principes qu'elle a consacrés ; c'est pour ces motifs que j'oublierai celui que la constitution a plcé à la tête du pouvoir exécutif, pour ne voir que les scélérats qui l'entourent. Je veux que les ministres nouveaux marchent sur la ligne de la constitution. Je ne veux attaquer que les ministres, & je veux oublier Louis XVI & toute sa famille. Mais tous les maux qui arriveront, mais la prolongation de nos malheurs, je ne les attribue qu'à ceux qui ont été & qui en sont encore la cause & qui ont ourdi le fil de ces trames impies que nous avons découvertes & qui ne sont pas encore déjouées. Ainsi bornons-nous à ce que peut intéresser la liberté, ne leur donnons aucun prétexte de nous imputer les crimes qu'ils ont déjà conçus eux-mêmes & dont ils voudraient rendre coupable pour anéantir la liberté, & nous supposer de la haine pour la monarchie.[...]"
6 avril 1792. Sur les Suisses de Châteuvieux. Le Thermomètre du jour : " La fête préparée à l'occasion des soldats de Château-Vieux, était fixée au dimanche 15, ainsi que nous l'avons annoncé hier. Le patriotisme & les arts devaient concourir à rendre cette fête également attendrissante & magnifique ; mais le défenseur des soldats de Château-Vieux a sagement observé, dans la société des amis de la constitution, qu'arrivés dimanche à Versailles, les suisses ne pouvaient pas demeurer huit jours aux portes de Paris sans offrir à l'Assemblée nationale l'hommage de leur reconnaissance ; qu'il fallait qu'ils se présentassent lundi, & que ce même jour fût le jour de la fête de la liberté & du peuple ; que les chars triomphaux, les pompes, les devises, n'étaient que des accessoires assez indifférens à une fête dont les principaux attraits devaient être la franchise, la fraternité & le patriotisme. On s'est rendu à ces considérations, appuyées par M. Roberspierre, & l'on a arrêté que les commissaires de sociétés patriotiques seraient invité à accorder, autant qu'il serait possible, les projet qui avaient été conçus, avec l'arrivée des soldats de Câteauvieux qui est fixée irrévocablement à lundi, 9 du présent mois."
10 avril 1792. Robespierre démissionne de son poste d'accusateur public. Duport du Tertre, un contre-révolutionnaire, est nommé à sa place. Tous les journaux se déchaînent & accusent Robespierre de trahison. A ce sujet, voir ses discours du 15 février & du 27 avril.
11 avril 1792. Sur les armes à feu à répétition. Un membre signale l'invention d'un canon permettant de tirer 25 coups à la minute. Robespierre s'oppose à ce que cette invention soit l'objet d'une discussion, moins encore d'une collecte. La société décide de passer à l'ordre du jour.
Journal des débats & correspondance de la Sté des Amis de la Constitution : Robespierre. " [...] vers la fin de la session de l'assemblée constituante, la même proposition me fût faite, on répéta l'expérience dans le jardin de la maison que j'habitais. Le secret consistait en une carabine qui tirait neuf coups sans recharger l'arme. L'inventeur de cette découverte m'ayant consulté, je lui conseillais de n'en faire aucun usage, & il a gardé le plus profond silence. Je lui ai dit ce que je répèterai ici, qu'une telle découverte, mise entre les mains d'un peuple libre, peut, à la vérité, donner à ce peuple un avantage momentané sur les despotes, mais que passant bientôt entre les mains des despotes eux-mêmes, elle devient dans leurs mains, un instrument de plus pour asservir le peuple."
15 avril 1791. A Paris, fête de la Liberté organisée par les Jacobins, en l'Honneur des Suisses de Châteauvieux, libérés & de retour des galères. Robespierre avait fait adopter que les Gardes françaises, qui s'étaient jointes au peuple lors de la prise de la Bastille, & qui depuis avaient été persécutées, soient associées à cette fête. La bourgeoisie rétorquera par une fête de la Propriété, en l'honneur de Simonneau.
17 avril 1792. Une société affiliée a placé le buste de Robespierre à côté de ceux de Pétion & Mirabeau, contrairement à ce qu'avaient décidé les Jacobins de ne pas honorer les hommes de leur vivant. La question est de savoir si les décisions de la société mère s'appliquent à toutes comme une loi ; l'opinion de Robespierre est adoptée.
Journal des débats & correspondance de la Sté des Amis de la Constitution : Robespierre. " il n'est pas question d'envoyer aux sociétés affiliées l'arrêté de le société comme une loi, mais seulement de l'engager à maintenir à maintenir un principe de liberté avoué par tous les bons citoyens, un principe que nous avons invoqué, & qui peut être propagé sans aucune difficulté : il faut le faire connaître à la société, exprès ou quand l'occasion s'en présentera.[...] "
A cette même sénce, Robespierre fait adopter à l'unanimité que le 15 avril, an IV de la liberté, sera désormais célébré comme le jour où " la pauvreté & le peuple triomphèrent avec les gardes-françaises, les soldats de Château-Vieux & tous les bons citoyens persécutés pour la cause de la révolution."
20 avril. Déclaration de guerre au roi de Hongrie & de Bohême qui n'en demandait pas tant. La déroute va effectivement être complète, le voile cachant le dénuement des soldats & l'état déplorable de nos défenses va enfin être déchiré, les officiers vont trahir & déserter en masse, donnant ainsi raison à Robespierre & aux futurs Montagnards contre Brissot & les Girondins. Cependant les Girondins n'avaient que trop raison de penser que les " grandes trahisons " amèneraient le Peuple à se lever contre ses oppresseurs. Seulement, au lieu de le dire, ils auraient mieux fait d'y croire & de méditer leur oracle.

Rouget de Lisle
20 avril 1792. La veille, la Commune a décidé de conserver les bustes de Bailly & Lafayette. Rappelons que Pétion est maire de Paris. En fait, il commence à se rapprocher des Girondins, de même que Roederer.
Journal des débats & correspondance de la Sté des Amis de la Constitution : Robespierre. " Toute l'importance que les bons citoyens ont donné à cette question ne peut être relative qu'à un hommage extérieur qu'ils désiraient rendre aux principes ; car le fond n'a aucune importance. Il est faux en principe que de véritables honneurs aient été rendus à MM. Lafayette & Bailly. Car, qu'est-ce qui honore les hommes ? Ce n'est point le suffrage de quelques individus, c'est l'estime publique & l'amour du peuple. Qu'est-ce qui a érigé un buste à M. le marquis de Lafayette comme le porte l'inscription de ce buste, & à M. Bailly rpoclamé le plus grand homme de la France par son buste même ? C'était l'ancienne municipalité. Et qu'était-elle ? Les valets & les satellites de MM. le marquis de Lafayette & Bailly. Or, je demande si des hommes doivent se glorifier de jouir d'un hommage décerné uniquement par des valets, par ceux que le peuple conspue, & qu'il regarde comme ses assassins. Il faut être bien peu connaisseur en matière de gloire pour se contenter d'une pareille espèce d'honneur. [...] Enfin, messieurs, laissons aux magistrats le soin d'arrêter, s'ils veulent partager la honte des valets de Lafayette ou s'honorer eux-mêmes."
Même séance. Sur la guerre. Après Merlin de Thionville & Carra, Robespierre monte à la tribune. Journal des débats & correspondance de la Sté des Amis de la Constitution : " M. Robespierre. Messieurs, puisque la guerre est décrétée, je suis aussi d'avis de conquérir le Brabant, les Pays Bas, Liège, la Flandre, &c. La seule chose qui doive nous occuper désormais, ce sont les moyens d'exécuter cette utile entreprise ; c'est-à-dire, dans ce moment il faut faire, comme je l'ai proposé plusieurs fois, non pas la guerre de la cour & des intrigans dont la cour se sert, & qui à leur tour se servent de la cour, mais la guerre du peuple ; il faut que le peuple français se lève désormais & s'arme tout entier, soit pour combattre au-dehors, soit pour veiller le despotisme au-dedans. ( applaudissemens universels. ) [...] Qu'on ne vienne pas nous dire : la guerre est déclarée, il ne faut pas décourager nos généraux ; il faut avoir confiance dans les autorités constituées. Non : c'est maintenant sur-tout qu'il faut surveiller le pouvoir exécutif & les autorités constituées. A cette condition, je ne crains pas non plus le pouvoir exécutif, ni les intrigues des traîtres de l'intérieur ; mais remplir cette condition, il faut croire à ses intrigues. [...] Ce n'est pas le roi ; le roi est un homme qui veut l'autorité absolue ; c'est un homme qui par lui-même est incapable de concevoir ce projet ; le roi est un homme qui, s'il avait été entouré d'hommes capables de lui faire entendre ses intérêts, aurait courbé sa t^te sous la constitution. [...]
" Peu nous importe les desseins des ambitieux : il faut retourner contre nos ennemis mêmes les coups & les maux qu'ils nous préparent dans cette guerre ; il faut fixer notre attention sur les moyens de prévenir la guerre civile. C'est à la fermeté, à la rigueur qu'on connaîtra le caractère des vrais patriotes. Vous voyez jusques dans nos murs, lorsque le moindre événement affecte les amis de la liberté, vous voyez quelle audace nos ennemis déployent contre l'autorité du peuple. Pour parvenir à leurs desseins, ils sont convaincus qu'il suffit de traîner dans la misère & dans l'oppression ceux des Français qui sont le plus capables de les déconcerter par l'énergie de leurs principes & de leur caractère ; & dans une circonstance comme celle-ci, que ne doit-on pas craindre d'un homme qui a su prévenir les citoyens armés, contre les autres ? Quand un tel homme a été l'oppresseur de ses concitoyens, que ne doit-on pas craindre, de le voir à la tête d'une armée ?
" Je me résume en disant que M. Lafayette doit être destitué, ou que les manoeuvres que j'ai si souvent dénoncées auront lieu ; en un mot qu'il faut étouffer la guerre civile."
Lafayette
25 avril 1792. La guillotine fonctionne pour la première fois, sur la personne de Jacques Pelletier, bandit de grand chemin.
Aux Jacobins. Le 23, Robespierre a demandé la parole pour que, dans une prochaine séance, il puisse "développer un plan de guerre civile présenté à l'assemblée nationale par un de ses membres." Etaient visés Brissot & Guadet, également pris à partie par Collot d'Herbois & Merlin de Thionville. Ce jour, Brissot se justifie & demande que la société passe à l'ordre du jour. Guadet attaque Robespierre ; il " dénonce un homme qui, soit ambition, soit malheur, est devenu l'idole du peuple." Il faut que Robespierre intervienne & réclame le silence pour entendre les accusations portées contre lui.
Journal des débats & correspondance de la Sté des Amis de la Constitution : " Le discours de M. Guadet a rempli tous mes voeux, il renferme à lui seul toutes les inculpations qu'accumulent, contre moi, les ennemis sans nombre dont je suis entouré. En répondant à M. Guadet seul, j'aurai réfuté tous mes adversaires.
" Sans doute il existe das cette société, comme dans toute la France, des orateurs empiriques, qui sous le masque du patriotisme, cachent leur désir de parvenir aux places ; qui à défaut de vertus, ont sans cesse dans la bouche, les noms de peuple, de liberté & de philosophie. Quant à l'ostracisme auquel M. Guadet m'invite à me soumettre, il y aurait sans doute un excès de vanité à moi de me l'imposer, car c'est la punition des grands hommes, & il n'appartient qu'à M. Brissot de les classer.
" On me reproche d'assiéger sans cesse cette tribune ; mais que la liberté soit assurée, que le règne de l'égalité soit affermi, que tous les intrigans disparaissent, & vous me verrez empressé de fuir cette tribune & même cette société, si ma retraite devenait utile à la tranquillité publique. Alors le plus cher de mes voeux serait rempli. Heureux de la félicité de mes concitoyens, je passerais des jours paisibles dans les délices d'une douce & sainte intimité. Serait-ce à moi que l'on reprocherait de briguer les places, les honneurs, à moi qui ne suis passionné que pour les charmes de la liberté ?
" Les membres qui ont occupé cette tribune avant moi, ont consumé le tems de la séance. les développemens que j'aurais à donner pour ma justification exigent plus de tems qu'il ne nous en reste ; je vous prie, monsieur le président, de vouloir bien me conserver la parole pour laprochaine séance."
27 avril 1792. Le soir, aux Jacobins, Robespierre répond aux accusations de Brissot & Guadet. Discours foudroyant qui s'achéve par une main tendue aux Girondins. L'impression est votée d'enthousiasme. Cependant, les Girondins n'entendent pas l'appel à l'union, mais ils ont compris que ce n'est pas aux Jacobins où il peut se défendre avec succès, qu'il faut attaquer Robespierre, mais dans la presse. Dans ce domaine, par ce moyen Ô combien puissant, les Girondins, maîtres de toutes les places & soutenus par la bourgeoisie, sont imbattables.
" [...] Je ne pouvais prétendre qu'aux succès qu'obtiennent le courage & la fidélité à des devoirs rigoureux ; il n'était point en moi de rechercher ceux de l'intrigue & de la corruption. J'aurai rougi de sacrifier des principes sacrés au frivole honneur d'attacher mon nom à un grand nombre de loix. Ne pouvant faire adopter beaucoup de Décret favorables à la Liberté, j'en ai repoussé beaucoup de désastreux ; j'ai forcé du moins la tyrannie à parcourir un long circuit pour approcher de but fatal où elle tendait. J'ai mieux aimé souvent exciter des murmures honorables que d'obtenir des honteux applaudissemens, j'ai regardé comme un succès de faire retentir la voix de la vérité, lors même que j'étais sûr de la voir repoussée ; portant toujours mes regards au-delà de l'étroite enceinte du sanctuaire de la Législation, quand j'adressai la parole au Corps représentatif, mon but était sur-tout de me faire entendre de la nation & de l'humanité ; je voulais réveiller sans cesse dans le coeur des Citoyens ce sentiment de la dignité de l'homme & ces principes éternels qui défendent les droits des peuples contre les erreurs ou contre les caprices du Législateur même.[...]
Après avoir élevé cette double digue ( décret de non rééligibilité ) contre l'ambition des représentans, il fallu la défendre encore lontemps contre les efforts incroyables de tous les intrigans qu'elle mettait au désespoir ; & l'on peut facilement conjecturer qu'il m'eut été facile de composer avec eux sur ce point au profit de mon intérêt personnel. Eh bien ! je l'ai constamment défendue ; & je l'ai sauvée du naufrage de la révision. Comment le délire de la haine a-t-il donc pu vous aveugler au point d'imprimer dans vos petites feuilles & de répandre partout dans vos petites cotteries, & même dans les lieux publics, que celui qui provoca ces deux Décrets, aspire au Ministère pour lui & pour ses amis ; que je veux renverser les nouveaux Ministres, pour mélever sur leurs ruines ? Je n'ai pas encore dit un seul mot contre les nouveaux Ministres ; il en est même parmi eux que je préfèrerais, quant-à-présent, à tout autre & que je pourrais défendre à dans l'occasion : je veux seulement qu'on les surveille & qu'on les éclaire, comme les autres ; que l'on ne substitue pas les hommes aux principes & la personne de Ministre au caractère des peuples ; je veux sur-tout qu'on démasque tous les factieux. Vous demandez ce que j'ai fait ? & vous m'avez adressé cette question dans cette Tribune, dans cette Société dont l'existence même est un monument de ce que j'ai fait ! Vous n'êtiez pas ici, lorsque sous le glaive de la proscription, environné de pièges & de bayonnetes, je la défendais & contre toutes les fureurs de nos modernes Sylla, & même contre toute la puissance de l'Assemblée Constituante. Interrogez donc ceux qui m'entendirent ; interrogez tous les amis de la Constitution répandus sur toute la surface de l'empire ; demandez-leur quels sont les noms auxquels ils se sont ralliés, dans ces tems orageux. Sans ce que j'ai fait, vous ne m'auriez point outragé dans cette Tribune, car elle n'existerait plus ; & ce n'est pas vous qui l'auriez sauvée. [...]
[...] vous enchérissez sur les calomnies de nos ennemis communs, quand vous osez m'accuser de vouloir égarer & flatter le peuple ! Et comment le pourrais-je ! Je ne suis ni le courtisan, ni le modérateur, ni le tribun, ni le défenseur du peuple ; je suis peuple moi-même.[...]
Au reste je ne me suis jamais étonné que mes ennemis n'ayent point conçu qu'on pouvait être aimé du peuple sans intrigue, ou le servir sans intérêt. Comment l'aveugle-né peut-il avoir l'idée des couleurs ; & les âmes viles deviner le sentiment de l'humanité & les passions vertueuses ! Comment croiraient-ils aussi que le peuple peut lui-même dispenser justement son estime ou son mépris ? Ils le jugent par eux-mêmes ; ils le méprisent & le craignent ; ils ne savent que le calomnier pour l'asservir & pour l'opprimer. [...]
J'ai conservé cette place ( d'Accusateur public ) jusqu'au moment où je me suis assuré qu'elle ne me permettrait pas de donner aucun moment au soin général de la chose publique ; alors je me suis déterminé à l'abdiquer. Je l'ai abdiqué, comme on jette son bouclier, pour combattre plus facilement les ennemis du bien public, je l'ai abandonnée, je l'ai désertée, comme on déserte ses retranchements, pour monter à la brèche. Jaurais pu me livrer sans danger au soin paisible de poursuivre les auteurs des délits privés, & me faire pardonner peut-être par les ennemis de la Révolution une inflexibilité de principe qui subjuguait leur estime. [...]
Qu'est-ce donc que cette idolatrie prétendue, si ce n'est une nouvelle injure que vous faites au peuple ? N'est-ce pas être aussi trop défiant & trop soupçonneux à la fois de paraître tant redouter un simple Citoyen qui a toujours servi la cause de l'égalité avec désintéressement, & de craindre si peu les chefs des factions entourés de la force publique, qui lui ont déjà porté tant de coups mortels ?[...]
Pour moi, où voulez-vous que je me retire ? Quel est le Peuple où je trouverai la Liberté établie ? & quel despote voudra me donner un asile ? Ah ! on peut abandonner sa Patrie heureuse & triomphante ; mais menacée, mais déchirée, mais opprimée ! On ne la fuit pas, on la sauve ou on meurt pour elle. Le ciel qui me donna une âme passionnée pour la Liberté & qui me fît naître sous la domination des tyrans, le ciel qui prolongea mon existence jusquau règne des factions & des crimes, mappelle peut-être à tracer de mon sang la route qui doit conduire mon pays au bonheur & à la Liberté ; jaccepte avec transport cette douce & glorieuse destinée. Exigez-vous de moi un autre sacrifice ? Oui, il en est un que vous pouvez demander encore : je loffre à ma Patrie : cest celui de ma réputation. Je vous la livre, réunissez-vous tous pour la déchirer, joignez-vous à la foule innombrable de tous les ennemis de la Liberté, unissez, multipliez vos libelles périodiques. Je ne voulais de réputation que pour le bien de mon pays ; si pour la conserver il faut trahir, par un coupable silence, la cause de la vérité & du peuple, je vous labandonne ; je labandonne à tous les esprits faibles & versatiles que limposture peut égarer, à tous les méchants qui la répandent. Jaurai lorgueil encore de préférer, à leurs frivoles applaudissements, le suffrage de ma conscience & lestime de tous les hommes vertueux & éclairés ; appuyé sur elle & sur la vérité, jattendrai le secours tardif du temps qui doit venger lhumanité trahie & les peuples opprimés. [...]
29 avril 1792. Le Général Dillon est mis à mort par ses propres hommes qui, sortis de Lille pour se porter sur Tournai, & surpris par l'ennemi, s'étaient débandés sans combattre.
Ce jour, les Jacobins adoptent à l'unanimité la proposition de Pétion d'étouffer toutes les querelles. Robespierre ne parvient à s'y opposer, & Brissot évite ainsi d'avoir à justifier toutes les accusations qu'il a porté contre lui.
30 avril 1792. Doppet propose qu'une commission soit chargée de recevoir & de faire part des dénonciations. Robespierre s'y oppose. Puis il rappelle des extraits des discours de Brissot & de Guadet, qu'ils durent imprimer à leurs frais, & les Jacobin arrêtent que : " la Société ne reconnaît dans l'avant-propos du discours de M. Brissot aucun des sentiments proposés par M. Robespierre."
Journal des débats & correspondance de la Sté des Amis de la Constitution : " On me compare aux Gracches. On a raison de me comparer à eux : ce qu'il y aura de commun entre eux & nous, peut-être, sera leur fin tragique."
1 mai 1792. La nouvelle des événements de Lille est parvenue à Paris. Journal des débats & correspondance de la Sté des Amis de la Constitution : " Après un nouvel exposé des trahisons sans nombre auquel on doit s'attendre, M. Robespierre propose pour les prévenir, de former une légion patriote de tous les soldats renvoyés de leur corps depuis la révolution & dont il porte le nombre à soixante mille au moins. Il demande que l'assemblée nationale proclamant le danger auquel la patrie est exposée, invite tous ces soldats à venir s'inscrire au comité militaire en rapportant leurs cartouches ; Que l'assemblée déclare qu'elle confie spécialement à ce corps le salut de la patrie ; qu'elle décrète que cette légion se choisira ses officiers & son chef qui sans doute, ajoute-t-il, sera un héros. Cette mesure est la seule à prendre pour imprimer à cette guerre la caractère de popularité qui lui convient."
4 mai 1792. Aux Jacobins, Tallien annonce à la Société que Roland, sous l'égide de son ministère, a envoyé aux sociétés patriotiques le discours de Brissot du 25 avril, c'est à dire le tissu de calomnies contre Robespierre. Par les moyens dont ils disposent, les Girondins innondent, & innonderont jusqu'à leur chute, les départements de leurs diatribes & les conséquences sont immédiates & profondes.
6 mai 1792. Les Jacobins reçoivent une lettre de la Société de Cambrai qui s'alarme des divisions entre patriotes.
10 mai 1792. Une lettre de Douai dénonce Robespierre qui aurait souillé la tribune des Jacobins en injuriant M. La Fayette. La salle se soulève.
Journal des débats & correspondance de la Sté des Amis de la Constitution : " Qui sont donc ceux qui ont si bien informé ces messieurs ? ce sont les partisans de Lafayette ; ce sont ceux qui troublent tous les jours la société ; & qui après l'avoir agité pendant long-tems, demandent ensuite l'ordre du jour. Ne sont-ce pas les mêmes qui viennent dénoncer afin qu'on ne les dénonce pas ? [...] Je les exhorte, ceux qui les écrivent, ou les font écrire, à ne plus nous faire perdre notre temps ; car ils sont connus de tout le peuple de Paris & bientôt ils le seront de toute la France. Je les invite à ne pas imiter le côté droit. Aujourd'hui tout est confondu : la signification des mots est presque changée, & ceux qui se targuent du nom de patriotes, à peine en ont-ils la physionomie. Tout en paraissant défendre la cause du peuple, ils sont ses plus ardents persécuteurs. je leur déclare que la nation, la liberté, l'égalité triompheront de l'hyprocrisie, du crime & du mensonge."
Dans cette même séance, Tallien à la suite de Méchin demande que seuls soient admis dans la Société les Citoyens qui auront payé leurs impôts & en fourniront la preuve à l'entrée. Robespierre parvient à repousser cette proposition.
Journal des débats & correspondance de la Sté des Amis de la Constitution : " [...] je dis que cette motion, civique en apparence, ne l'est point en effet. Je dis qu'elle est flagorneuse, puisqu'elle contiendrait nécessairement un éloge des ministres. Mais les ministres qui font le bien, ne méritent pas d'éloges ; ils ne font que leur devoir. Elle est attentatoire aux principes de l'égalité, en ce qu'elle écarterait des sociétés patriotiques les citoyens qui n'auraient pas payé de contributions. Elle est attentatoire aux droits de l'humanité, en ce qu'en rendant hommage à l'oppulence, elle avilit l'indigence. Elle est fallacieuse en ce qu'elle érige en titres de patriotisme ce qui n'est qu'un devoir & une éxécution de la loi ; en ce qu'elle tend à donner le change à l'opinion publique & à la détourner des choses plus intéressantes, ainsi que beaucoup d'autres motions aristocratiques qu'on renouvelle tous les jours. C'est par elles qu'on s'efforce d'étouffer la voix des bons patriotes. Je dis que cette motion se présente à la vérité sous des caractères séduisants de patriotisme ; mais qu'elle n'est faite que dans l'intention de calomnier ceux qui l'auront combattue. Et certes on n'y manquera pas. [...] On lève les chapeaux en signe d'approbation."
17 mai 1792. Parution du premier journal de Robespierre, le Défenseur de la Constitution :
" Cest la constitution que je veux défendre, la constitution telle quelle est. On ma demandé pourquoi je me déclarais le défenseur dun ouvrage dont jai souvent développé les défauts : je réponds que, membre de lAssemblée constituante, je me suis opposé, de tout mon pouvoir, à tous les décrets que lopinion publique proscrit aujourdhui : mais depuis le moment où lacte constitutionnel fut terminé & cimenté par ladhésion générale, je me suis toujours borné à en réclamer lexécution fidèle, non pas à la manière de cette secte politique que lon nomme modérée, qui nen invoque la lettre & les vices que pour en tuer les principes & lesprit ; non pas à la manière de la cour & des ambitieux qui, violant éternellement toutes les lois favorables à la liberté, exécutant avec un zèle hypocrite & une fidélité meurtrière toutes celles dont ils peuvent abuser, pour opprimer le patriotisme ; mais comme un ami de la patrie & de lhumanité, convaincu que le salut public nous ordonne de nous réfugier à labri de la constitution, pour repousser les attaques & lambition du despotisme. [ ] Au sein des orages excités par tant de factions, auxquelles on a laissé le tems & donné les moyens de se fortifier ; au milieu des divisons intestines, perfidement combinées avec la guerre étrangère, fomentées par lintrigue & par la corruption, favorisée par lignorance, par légoïsme & par la crédulité, il faut aux bons citoyens un point dappui & un signal de ralliement ; je nen connais point dautre que la constitution. [ ] Français, représentans, ralliez-vous donc autour de la Constitution ; défendez-la contre le pouvoir exécutif ; défendez-la contre tous les factieux. Ne secondez point les vues de ceux qui prétendent quelle est inexécutable, parce quils ne veulent pas lexécuter ; sachons en supporter quelques tems les imperfections, jusquà ce que le progrès des lumières & de lesprit public amènent le moment où nous pourrons les effacer au sein de la paix & de lunion. [ ] Nous aurons donc le courage de défendre la constitution, au risque dêtre appelés royaliste & républicain, tribun du peuple, & membre du comité autrichien. "
" [ ] Je suis royaliste ! oui, comme un homme qui, presque seul, a lutté trois ans contre une Assemblée toute puissante pour sopposer à lexcessive extension de lautorité royale ; comme un homme qui, bravant toutes les calomnies dune faction aujourdhui confondue avec celle qui me poursuit, demanda que le monarque fugitif fût soumis à la justice des lois ; comme un homme qui, sûr que la majorité de lAssemblée rétablirait Louis XVI sur le trône, sest dévoué volontairement à la vengeance de ce roi, pour réclamer les droits du peuple ; comme un homme enfin qui défendra encore, au péril de sa vie, la constitution contre la cour & contre toutes les factions. Je suis républicains ! oui, je veux défendre les principes de légalité & lexercice des droits sacrés que la constitution garantit au peuple contre les systèmes dangereux des intrigans qui ne la regardent que comme linstrument de leur ambition ; jaime mieux voir une assemblée représentative populaire & des citoyens libres & respectés avec un roi, quun peuple esclave & avili sous la verge dun sénat aristocratique & dun dictateur.[ ] "
" Est-ce dans les mots de république ou de monarchie que réside la solution du grand problème social ? [ ] "
" Nest-ce pas dans le moment où lautorité royale était suspendue & le roi confié à la garde de La Fayette, que la coalition dont ce dernier était le chef, rendit au monarque une autorité immense, transigea avec lui aux dépens de la nation, en faveur des ambitieux qui avaient ourdi cette trame, & appesantit, en son nom, un joug de fer, sur tous les patriotes de lempire ? Que faisiez-vous durant ce temps-là, Brissot & vous Condorcet ? car cest vous & vos amis que jai ici en vue ? Tandis que nous discutions à lAssemblée constituante cette grande question, si Louis XVI était au-dessus des lois, tandis que, renfermé dans ces limites, je me contentais de défendre les principes de la liberté, sans entamer aucune autre question étrangère & dangereuse, & je néchappais pas pour cela aux calomnies de la faction dont jai parlé, soit imprudence, soit tout autre cause, vous secondiez de toutes vos forces ses sinistres projets. Connus jusque-là par vos liaisons avec La Fayette, & par votre grande modération ; long-tems sectateur assidu dun club demi aristocratique ( le club de 1789 ), vous fîtes tout-à-coup retentir le mot de république ; Condorcet publie un traité sur la République dont les principes, il est vrai, étaient moins populaires que ceux de notre Constitution actuelle ; Brissot répand un journal intitulé le républicain, & qui navait de populaire que le titre ; une affiche, dictée par le même esprit, rédigée par le même parti, sous le nom du ci-devant marquis Duchatêlet & parent de La Fayette, ami de Brissot & de Condorcet, avait paru dans le même tems sur tous les murs de la capitale. Alors tous les esprits fermentèrent ; le seul mot de république jeta la division parmi les patriotes, donna eux ennemis de la liberté, le prétexte quils cherchaient, de publier quil existait en France un parti qui conspirait contre la monarchie & la constitution, ils se hâtèrent dimputer à ce motif, la fermeté avec laquelle nous défendions à lAssemblée constituante, les droits de la souveraineté nationale contre le monstre de linviolabilité. Cest par ce mot quils égarèrent la majorité de lAssemblée constituante ; cest ce mot qui fut le signal du carnage des citoyens paisibles, égorgés sur lautel de la patrie, dont tout le crime était dexercer légalement le droit de pétition, consacré par les lois constitutionnelles. A ce nom les vrais amis de la liberté furent travestis en factieux par les citoyens pervers ou ignorans ; & la révolution recula peut-être dun demi-siècle. Il faut tout dire, ce fut encore dans ce tems critique que Brissot vint à la Société des amis de la Constitution, où il navait presque jamais paru, proposer dans la forme du gouvernement, des changemens les règles les plus simples de la prudence nous avaient défendu de présenter lidée à lassemblée constituante. Par quelle fatalité Brissot se trouva-t-il là, pour appuyer le projet de pétition qui servit de prétexte à la fameuse coalition, pour amener le massacre du Champ-de-Mars ! Quels quaient pu être les motifs perfides de ceux qui poussèrent de bons citoyens à cette démarche, elle était innocente, sans doute ; la pétition dont le projet avait été arrêté, navait dautre objet que de proposer à lassemblée nationale de consulter ses commettans, avant de prononcer sur laffaire du monarque : Pourquoi Brissot vint-il en rédiger un autre qui indiquait labolition de la royauté, dans un moment où la faction nattendait que ce prétexte de calomnier les défenseurs de la liberté ! [ ] Je ne prétendrai pas cependant que les intentions de Brissot & de Condorcet furent aussi coupables que les événemens furent désastreux [ ] Je ne veux voir dans leur conduite passé, quune souveraine impolitique & une profonde ineptie. Mais aujourdhui que leurs liaisons avec La Fayette & Narbonne ne sont plus un mystère, aujourdhui que lexpérience du passé peut répandre une nouvelle lumière sur les événemens actuels ; aujourdhui quils ne dissimulent plus de projets dinnovations dangereux, quils réunissent tous leurs efforts pour diffamer ceux qui se déclarent les défenseurs de la Constitution actuelle : quils sachent que la nation romprait en un moment, toutes les trames ourdies pendant plusieurs années, par de petits intrigans. Quiconque fondant des projets ambitieux sur de nouveaux égaremens du monarque, oserait allumer la guerre civile, au moment où la guerre étrangère nous est suscitée, serait le plus grand ennemi de la patrie. [ ] "
" Français, combattez & veillez à la fois ; veillez dans vos revers, veillez dans vos succès; craignez votre penchant à l'enthousiasme, & mettez vous en garde contre la gloire même de vos généraux. [...] Songez à l'ascendant que peuvent usurper au milieu d'une révolution ceux qui disposent des forces de l'Etat ; consultez l'expérience des nations, & représentez-vous quelle serait la puissance d'un chef de parti, habile à capter la bienveillance des soldats, si, le peuple étant épuisé, affamé, fatigué, les plus zélés patriotes égorgés, le roi même désertant encore une fois son poste, au sein des horreur de la guerre civile, entouré de tous les corps militaires dont on a couvert la surface de l'empire, il se montrait à la France avec l'air d'un libérateur & toutes la force des partis réunis contre l'égalité. "
24 mai 1792. Parution du N° 2 du Défenseur de la Constitution de Robespierre.
Sur la nécessité & la nature de la discipline militaire : " [ ] Quest-ce que la discipline militaire ? Cest la fidélité à remplir les devoirs du service militaire ; cest lobéissance aux lois particulières qui règlent les fonctions du soldat. Les obligations spéciales imposées au soldat pour les engagements quil a contractés envers la patrie ne sétendent pas plus loin ; par une conséquence nécessaire, lautorité de ses chefs est circonscrite dans les mêmes limites. Le soldat est un homme & un citoyen ; il a sous ces trois qualités, des devoirs & des droits qui doivent & peuvent se concilier. Quand il a remplit ses devoirs de soldat, dont je viens dindiquer la nature, il jouit des mêmes droits que les autres citoyens & les autres hommes. La loi militaire est pour le soldat, ce que sont pour les citoyens les lois civiles & politiques ; le citoyen a le droit de faire tout ce que les lois civiles & politiques ne défendent pas ; le soldat a le droit de faire tout ce que la loi militaire ne lui défend pas. La loi civile ne peut défendre que ce qui nuit à la société & aux droits dautrui ; la loi militaire ne peut défendre que ce qui nuit au service militaire. Toute loi qui impose à lhomme une privation ou un fardeau inutile est un acte tyrannique, tout homme ou tout chef qui exige ce que la loi ne prescrit pas est un despote & un tyran, cest-à-dire un rebelle. [ ] "
27 mai 1792. L'Assemblée, dominée par les Girondins, condamne les prêtres réfactaires à la déportation. Le 11 juin, le roi met son veto.
Aux Jacobins, Robespierre obtient que la Société suspende toute affiliation jusquà ce quelle ait rétabli lordre dans son sein.
Journal des Débats & Correspondance de la Sté des Amis de la Constitution : " Je conçois bien que des hommes qui viennent dans une société, sans en retirer dautres fruits que des persécutions ; je conçois bien, dis-je, que la chose publique les occupe. Mais lorsque je vois des membres de comités parvenir tout-à-coup à des emplois lucratifs, je ne vois plus en eux que des ambitieux qui ne cherchent quà se séparer du peuple. Hé bien, quest-il arrivé ? Des membres qui composaient le comité de correspondance, il en est à peine six qui naient pas échappé aux places ; & le patriotisme payé mest toujours suspect. [ ] "
31 mai 1792. Parution du N°3 du Défenseur de la Constitution.
Considérations sur lune des principales cause de nos maux : " [ ] Les chefs les plus connus de la faction dont je vais parler, sont MM. Brissot & Condorcet. Après ces noms, on cite les noms de plusieurs députés de Bordeaux, tels que ceux de MM. Guadet, Vergniaud, Gensonné Je vais tracer lhistoire fidèle de leur conduite publique. Je ne chercherai point à approfondir leurs intentions. Jexaminerai trois vérités dont la connaissance importe plus que jamais au salut public. Le première, que, comme membres du corps législatif, ils ont violé les droits de la nation, & travaillé puissamment à mettre la liberté en péril ; la seconde, quils ont employé des manuvres pernicieuses, pour dépraver lesprit public, & le faire dévier vers les principes du despotisme & de laristocratie ; la troisième, quils ont mis tout en oeuvre pour corrompre les sociétés patriotiques, & faire de ces canaux nécessaires de linstruction publique, des instrumens dintrigue & de faction. [ ]"
2 juin 1792. Malgré le veto du roi de former un camp de fédérés sous les murs de Paris, lAssemblée autorise les fédérés à venir commémorer le 14 juillet.
7 juin 1792. Aux Jacobins, Robespierre combat le projet du ministre de la guerre Servan de former sous les murs de Paris un camp de 20.000 fédérés, pris dans tous les cantons, projet qui sera adopté le lendemain par la lAssemblée. Cependant, Louis XVI, appuyé par une pétition de 8.000 Feuillants, refusera sa sanction à ce projet.
Journal des Débats & Correspondance de la Sté des Amis de la Constitution : " Un pareil rassemblement est inutile & dangereux. Inutile, en ce que Paris na rien à craindre des ennemis de lintérieurs, si ce nest des champions du despotisme ; en ce que cette ville est assez forte pour se garder elle-même, le roi & lassemblée nationale. Il suffit de ne point enchaîner le peuple & de ne point opprimer les patriotes. [ ] Dailleurs, si, comme il es très possible, les cinq hommes quon propose de choisir par canton étaient cinq aristocrates, que deviendrait la liberté ? Mais, dit-on, ce projet est combattu par le côté droit. Je réponds à cela que ce nest quune tactique qui a réussi trop souvent à lassemblée constituante [ ] je vois des chefs de faction se réunir en semblant sattaquer [ ] "
Le Patriote Français ( de Brissot ) : " M. Robespierre a entièrement levé le masque. Digne émule des meneurs autrichiens du côté droit de lassemblée nationale, " Depuis des mois, les Girondins, comble du ridicule, présente Robespierre comme vendu à la cour & membre du comité autrichien.
Ce même jour, parution du N°4 du Défenseur de la Constitution.
Observations sur les causes morales de notre situation actuelle : " Est-ce pour changer de joug quun grand peuple sagite & brave tous les périls attachés à ces violentes secousses qui agitent les empires ? Quand il ébranle ou quil renverse le trône du despotisme, est-ce pour élever sur ses ruines la fortune & la puissance de quelques ambitieux ou dune classe privilégiée ? Si les noms sont changés, & non les abus, si la forme du gouvernement est autre, mais non meilleure, si la servitude & loppression doivent être son éternel apanage, que lui importe un dictateur, un roi, un parlement, un sénat, des tribuns, des consuls ? [ ] Quiconque veut conserver des privilèges injustes, des distinctions incompatibles avec le bien général, quiconque veut attirer à lui une puissance nouvelle, aux dépens de la liberté publique, est également lennemi de la nation & de lhumanité. [ ]
" Depuis le boutiquier aisé jusqu'au superbe patricien, depuis l'avocat jusqu'à l'ancien duc & pair, presque tous semblent vouloir conserver le privilège de mépriser l'humanité sous le nom de peuple. Ils aiment mieux avoir des maîtres que de voir multiplier leurs égaux ; servir, pour opprimer en sous-ordre, leur paraît une plus belle destinée que la liberté partagée avec leurs concitoyens. Que leur importent & la dignité de l'homme, & la gloire de la patrie, & le bonheur des races futures ; que l'univers périsse, ou que le genre humain soit avili ou malheureux pendant la durée des siècles, pourvu qu'ils puissent être honorés sans vertus, illustres sans talents, & que chaque jour leurs richesses puissent croître avec leur corruption & avec la misère publique ! "
" Quil [ le peuple ] juge entre nous & nos ennemis, quil juge entre lhumanité & ses oppresseurs. Tantôt ils feignent de croire que nous nagitons que des questions abstraites, que de vains systèmes politiques ; comme si les premiers principes de la morale, & les plus chers intérêts des peuples nétaient que des chimères absurdes & de frivoles sujets de dispute ; tantôt ils veulent persuader que la liberté est le bouleversement de la société entière ; ne les a-t-on pas vus, dès le commencement de cette révolution, chercher à effrayer tous les riches, par lidée dun loi agraire, absurde épouvantail, présenté à des hommes stupides par des hommes pervers ? Plus lexpérience a démenti cette extravagante imposture, plus ils se sont obstinés à la reproduire, comme si les défenseurs de la liberté étaient des insensés capables de concevoir un projet également dangereux, injuste & impraticable ; comme sils ignoraient que légalité des biens est essentiellement impossible dans la société civile ; quelle suppose nécessairement la communauté qui est encore plus visiblement chimérique parmi nous, comme sil était un seul homme doué de quelque industrie dont lintérêt personnel ne fût pas contrarié par ce projet extravagant. Nous voulons légalité des droits parce que sans elle, il nest ni liberté, ni bonheur social [ ] "
9 juin 1792. LAssemblée accorde 15.000 livres de pension à la veuve du général Dillon.
13 juin 1792. Louis XVI renvoie les ministres Girondins, Servan, Roland & Clavière. Dumouriez passe des affaires étrangères à la guerre.
Journal des Débats & Correspondance de la Sté des Amis de la Constitution : " Ce nest pas aujourdhui que la liberté est en danger. Elle le fut la première fois que la constitution fut attaquée par ses propres fondateurs ; la première fois que la déclaration des droits base de notre constitution, fut violée ; la première fois quun député composa avec les principes ; la première fois quau champ de Mars le sang des citoyens fut répandu ; la première fois que de grands coupables échappèrent à la vengeance des lois. Car cest le signe de lesclavage dêtre indulgent pour les grands & inexorable pour les faibles. [ ] Elle fut en danger, toutes les fois quoubliant les grands principes, lassemblée nationale se dégrada jusquà défendre des ministres. [ ] on ne doit jamais juger la bonté dune mesure par le patriotisme de celui qui la proposée. [ ] Je dis que le salut public repose principalement non pas sur le caractère des ministres que la cour peut renverser aussi souvent quil lui plaît, mais sur lénergie & le patriotisme de lassemblée nationale. [ ] Ce peut être un véritable poison pour le patriotisme, lorsquun ministère est patriote ou présumé lêtre, alors les députés peuvent trop se reposer sur des agens qui ont leur confiance. [ ] Vous avez un ministère suspect ? Hé bien ! cela vous tiendra éveillé ( Applaudissemens )au lieu que si par hazard un ministère dabord patriote sécartait dans la suite, de la route de la liberté, alors tous ceux quil aurait pu séduire se verraient entraînés. [ ] Cest par des efforts semblables à ceux qua faits aujourdhui lassemblée nationale quelle peut sauver la patrie. Ce nest pas par des insurrections partielles qui ne font quénerver la chose publique. [ ] "
17 juin 1792. Parution du N°5 du Défenseur de la Constitution.
Sur le rassemblement à paris de vingt-trois mille hommes : " [ ] Rousseau a dit, quune nation cesse dêtre libre, dès le moment où elle a nommé des représentans. Je suis loin dadopter ce principe sans restriction : mais je ne crains pas daffirmer que, dès le moment où un peuple désarmé, a remis sa force & son salut à des corporations armées, il est esclave. Je dis que le pire des despotismes, cest le gouvernement militaire ; & que, depuis long-tems, nous marchons à grand pas vers le gouvernement militaire. Ceux qui ont invoqué le patriotisme des départemens, pour répondre à ces observations générales & politiques, étaient bien éloignés de létat de la question, puisque les dangers dont jai parlé son attachés à la nature même des choses. Qui a rendu plus dhommages que moi au caractère de la nation française ? Mais sont-ce les départemens qui arriveront tout entiers ? Ce sont des individus que nous ne connaissons point encore ; & dans cette situation, quel est le parti que conseille une sage politique, si ce nest de suivre les principes, & de calculer tous les effets possibles des passions & des erreurs humaines ? [ ] "
Sur le respect dû aux lois & aux autorités constituées : " Les lois sont les conditions & le lien de la société ; tout membre de la société qui leur refuse lobéissance, cesse de lêtre par celle même. [ ] La nation peut changer, à son gré, la loi qui est son ouvrage ; chaque citoyen est toujours obligé de la respecter. Quiconque veut maintenir, par la force ou par artifice, une loi que la volonté de la nation a proscrite, est rebelle à la loi ; il se révolte contre le souverain même en qui réside la puissance législative. Alors la loi même a cessé de lêtre, quoiquelle conserve encore ce nom, & quelle continue dobtenir une soumission forcée. [ ] Aussi long-tems que la majorité exige le maintien de la loi, tout individu qui la viole, est rebelle. Quelle soi sage ou absurde, juste ou injuste, il nimporte ; son devoir est de lui rester fidèle. [ ] Quant au respect, qui est un sentiment, qui suppose ladhésion du coeur & de lesprit à la sagesse ou à la justice de la loi, nulle puissance humaine ne peut limposer, & le maintien de lordre ne lexige pas. [ ] Si les bonnes lois ont, seules, droit à cette sorte de respect, elles sont sûres aussi de lobtenir. [ ]
" Chez un peuple libre & éclairé, le droit de censuré les actes législatifs est aussi sacré que la nécessité de les observer est impérieuse. Cest lexercice de ce droit qui répand la lumière, qui répare les erreurs politiques, qui affermit les bonnes institutions, amène la réforme des mauvaises, conserve la liberté, & prévient le bouleversement des états. La démonstration des vices dune loi ne la détruit pas ; mais elle prépare doucement lopinion publique à en désirer labrogation ; elle dispose sensiblement lautorité souveraine à la réaliser. La loi nest que lexpression de la volonté générale : la volonté générale nest que le résultat des lumières générales ; & les lumières générales ne peuvent être formées & accrues, que par la libre communication des pensées entre les citoyens. Quiconque met des entraves à ce commerce sublime détruit lessence même de la loi ; il en étouffe le germe, qui est la raison publique ; il paralyse la puissance législative elle-même. "
18 juin 1792. De son camp de Maubeuge, Lafayette a écrit en maître à lAssemblée : " Faites [ ] que la personne du roi soit respectée ; quon puisse choisir un ministre qui ne soit courbé sous le joug daucune faction ; enfin que le régime des clubs fasse place à celui de la loi, leurs maximes de désorganisation aux combinaisons de la sagesse & de la prudence, leurs fureurs délirantes au calme de la raison. " Aux Jacobins, Merlin demande que lAssemblée rende un décret daccusation contre lui, ce quelle ne fera pas. Lasource, Desmoulins & Robespierre parlent ensuite dans le même sens :
Journal des Débats & Correspondance de la Sté des Amis de la Constitution : "Lors, dis-je, quun homme tient un semblable langage à la tête dune armée, il a de grands projets sans doute & de grands moyens. Lorsque cest un homme cauteleux, il u a encore plus à craindre. Alors il faut le traiter non en ennemi faible, mais comme le traître le plus fourbe, capable par son hypocrisie de se former un parti nombreux dans létat. [ ] Un chef de faction qui gagne du temps, gagne souvent la victoire. Lassemblée nationale a frappé bien plus promptement des ennemis qui étaient des insectes ; & cet homme qui ose se mettre au-dessus des loix, qui brave la puissance nationale resterait huit jours impuni ! Huit jours suffisent à des scélérats pour consommer leurs crimes. Ce nest donc point assez de rendre ce décret, il faut lappuyer de toute la force nationale. [ ] Il faut, je le répète, que ce rebelle soit abattu. Il faut que le roi soit forcé de marcher dans le sens de la constitution. Nos représentans seront soutenus. Jamais le peuple nabandonnera ses véritables défenseurs. "
20 juin 1792. Les Girondins organisent un soulèvement populaire. Le peuple envahit les Tuileries. Louis XVI coiffe le bonnet rouge, bois à la santé de la nation, mais ne retire pas plus son veto sur le décret relatif aux prêtres réfractaires qu'il ne rappelle les Girondins au ministère. Cette journée, condamnée à l'avance par Robespierre, offre aux contre-révolutionnaires l'occasion de se manifester sous couvert de la loi à laquelle cette journée a porté atteinte.
23 juin 1792. Parution du N°6 du défenseur de la Constitution, numéro dans lequel, notamment, Robespierre passe Lafayette en revue.
28 juin 1792. Lafayette qui a laissé son armée, paraît à la barre de lAssemblée pour demander que " les auteurs & les instigateurs des événements du 20 juin soient poursuivis comme criminels de lèze-nation, de détruire cette secte dont les débats publics ne laissent plus de doute sur la perversité de ses intentions. " Mais sa tentative de soulever la garde nationale avorte, & il sen retourne auprès de " son " armée comme il était venu.
Aux Jacobins, Brissot sengage à prouver que Lafayette est coupable de haute trahison. Robespierre intervient : " Quand le danger que court la liberté est certain, quand lennemi de la liberté est bien connu, il est superflu de parler de réunion, car ce sentiment est dans tous les curs. Quant à moi, jai éprouvé quil était dans le mien au plaisir que ma fait le discours prononcé ce matin à lassemblée nationale par M. Guadet, & celui que je viens déprouver en entendant M. Brissot.
" Pour punir un si grand attentat, quelle voie quel moyen employer ? le moyen est tout simple, il est dans la constitution, cest le décret daccusation qui au même moment quil livrera sa tête coupable au glaive de la loi, lenlèvera aux complots dont il est lappui & la seule espérance. Quand la Fayette lève lui-même létendard contre la constitution en lui opposant la constitution elle-même, vous laccablez dun poids énorme. Mais lassemblée nationale ne peut prendre une mesure plus faible sans perdre la liberté. [ ] Je ne balance pas à affirmer quà la voix des représentans du peuple, ceux quil affecte dappeler ses soldats seraient les premiers à être les exécuteurs de la loi. [ ]
" Gardez-vous, sur-tout, dune insurrection partielle, qui sans utilité vous jetterait dans les maux incalculables. Par-là, vous déjouerez les projets de la Fayette qui a fait tout ce qui était en lui pour donner un dénouement tragique à lévénement du 20, car sa lettre était combinée avec ses dispositions. [ ] "
Fin juin 1792. Parution du N°7 du Défenseur de la Constitution, dans lequel Robespierre commente, point par point, la lettre de Lafayette à lAssemblée & au roi.
" Avons-nous encore des représentans ? Cette question sera décidée par le parti que prendra le corps législatif à légard du méprisable intrigant, qui a osé le braver. Sommes-nous libres encore ? Cest à la nation entière à résoudre celle-là. "
29 juin 1792. Lavant-garde de Luckner ayant été attaquée à Courtray, en Belgique, Jarry son commandant fait mettre le feu à la ville avant de se replier, ce qui nalla pas sans soulever les Belges contre les Français &, par-là, contre la révolution.
1er juillet 1792. Présentation à lAssemblée dune pétition protestant contre la journée 20 juin & ses auteurs, pétition dite des 20.000.
5 juillet 1792. Parution du N°8 du Défenseur de la Constitution, dans lequel Robespierre met en parallèle le manifeste de Léopold & la lettre de Lafayette qui tient effectivement le même langage & attaque comme lui les Jacobins, ce qui est pour le moins troublant quand on songe que le premier est lennemi de la France, le second, un général français.
" Une fois établie en France, la liberté, par le cours naturel des choses, étendra delle-même ses paisibles conquêtes dans le reste du monde ; quand les peuples sont assez éclairés & assez malheureux pour vouloir être libres, ils le sont. Les tyrans tombent deux-mêmes quand ils sont mûrs. "
" Le Patriotisme nest ni inconséquent, ni léger, ni turbulent, comme les enfans des préjugés & des passions ; il est doux, fier, calme, intrépide, comme la raison, & comme la vérité, dont il tire son origine. La patriotisme nest que la vertu dans tout son éclat, & la nature humaine, dans toute sa dignité. Il paraît exagéré, mais seulement aux hommes lâches & dégradés ; à-peu-près comme la fleur des champs paraît un colosse monstrueux à linsecte qui rampe à ses pieds, ou comme la lumière qui semble trop vive aux yeux des oiseaux de nuit. Le patriotisme ne court point après les frivoles distinctions, & les honneurs créés par lorgueil ou par les préjugés. Il peut aimer la gloire, mais il ne la courtise jamais avec inquiétude ; il compte trop sur elle, pour en être jaloux. Sil accepte des charges publiques, sans répugnance, ce nest que dans les tems où Phocion boit la cigüe, ou Caton, dans la tribune du peuple romain, est assailli par les pierre de Clodius, où les Graches expirent sous le poignard des patriciens. Jamais il nhabita un seul instant dans une âme où fut conçue un sentiment vil, où fut formée la pensée dune action lâche ou injuste. Il est au-dessus de tous les succès, comme de tous les revers. Si la liberté triomphe, il soccupe non de sa gloire, mais des moyens daccroître le bonheur de son pays ; si elle succombe, il cherche quel dernier service, son désespoir peut lui rendre encore. Sil ne peut lui être utile, il perce lui-même son sein généreux, plutôt que de voir le visage odieux du tyran. [ ]
" Français, si vous versez des larmes au récit des actions vertueuses, si vous frémissez au nom des tyrans, aux cris de leurs victimes ; si vous regardez comme une injure personnelle, tout acte doppression, exercé contre vos semblables, vous êtes libres. Non, Français, vous nêtes point corrompus : ne croyez point à ceux qui vous adressent cette injure, pour vous forcer à la mériter : ne regardez point leurs moeurs, ne regardez point les intrigans qui paraissent dans les révolutions, comme lécume sélève sur la surface dune liqueur qui fermente : regardez le peuple : comptez tous les traits dhéroïsme que la révolution a produits ; & croyez à la vertu. [ ] "
6 juillet 1792. Suite au 20 juin, le Directoire de département suspend Pétion de ses fonctions de maire de Paris, de même que Manuel, procureur de la Commune.
9 juillet 1792. Aux Jacobins, " les dangers de la patrie & le mesures propres à les faire cesser " sont à lordre du jour. Robespierre intervient le premier : " En considérant la marche & le systême de ceux qui gouvernent, en fixant mon opinion sur les fonctionnaires publics, élus par le peuple, jai été tenté de dire : la liberté est perdue. Jai ensuite jeté mes yeux sur le peuple, sur larmée & jai dit : la liberté est sauvée. [ ] Nous avons deux guerres à soutenir, lune à lintérieur, lautre à lextérieur. Lune & lautre peuvent suivant moi, être terminées en peu de tems & sans effusion de sang. [ ] Voulez-vous donc éloigner de vos frontières les Prussiens, les Allemands, frappez un général perfide ; nommez-en un patriote ; entrez dans le Brabant & la guerre extérieure est finie. " Journal des Débats & Correspondance de la Sté des Amis de la Constitution
11 juillet 1792. LAssemblée décrète : " la patrie est en danger. " En quelques jours, 15.000 parisiens senrôlent.
Aux Jacobins, Robespierre lit une adresse destinée aux fédérés qui arrivent à Paris, adresse que la Société adopte & qui lui vaudra dêtre dénoncé par le ministre de la justice à laccusateur public.
" [ ] Citoyens, êtes-vous accourus à une vaine cérémonie ? Navez-vous quitté vos foyers & vos travaux, que pour venir répéter encore de froides formules de sermens, garans trop superflus du civisme éprouvé ? Ce sont les cris du patriotisme opprimé ; cest la voix de la patrie en danger, qui vous a appelés. Ces dangers sont-ils passés ? Ils sont plus grands que jamais. [ ]
" Il est des hommes stupides & frivoles, à qui un seul mot de patriotisme, prononcé par la bouche de lidole, fait oublier cent parjures, & mille attentats contre la patrie ; il est des âmes faibles & lâches, qui, sur les gages les plus trompeurs, sont toujours prêts à reprendre la sérénité de lespérance & lapathie de la confiance, pour sépargner le tourment de croire aux dangers, & la peine de lutter contre les ennemis de la patrie ; il est des esclaves, qui, cent fois outragés, battus par leurs maîtres, tombent à ses pieds, & pleurent de tendresse, toutes les fois quil daigne abaisser sur eux un regard moins irrité, qui lui font un mérite extraordinaire de ce quil y a eu un instant, où on ne la point vu, la verge à la main. Pour vous, vous vous montrerez toujours dignes de la cause que vous défendez, & de la mission auguste que vous venez remplir. Vous relèverez les fronts de ces esclaves attachés à la terre ; vous leur donnerez une âme, sil est possible ; & vous leur apprendrez quelle est lattitude des hommes libres, vis-à-vis des oppresseurs du peuple. [ ]
" Vous nêtes point venus pour donner un vain spectacle à la capitale & à la France Votre mission est de sauver létat. Assurons enfin le maintien de la constitution : non pas seulement de cette constitution qui prodigue à la cour la substance du peuple, qui remet entre les mains du roi, des trésors immense & un énorme pouvoir ! mais principalement, & avant tout, de celle qui garantit la souveraineté & les droits de la nature. Demandons la fidèle exécution des lois : non pas de celles qui ne savent que protéger les grands scélérats, & assassiner le peuple dans les formes : mais de celles qui protègent la liberté & le patriotisme, contre le machiavélisme & contre la tyrannie. [ ]
" Ne sortez point de cette enceinte, sans avoir décidé dans vos coeurs, le salut de la France & de lespèce humaine. Citoyens, la patrie est en danger ; la patrie est trahie ; on combat pour la liberté du monde ; les destinées de la génération présente & des races futures sont entre vos mains ; voilà la règle de vos devoirs ; voilà la mesure de votre sagesse & de votre courage. "
13 juillet 1792. Les troupes fidèles à l'Assemblée écrasent définitivement les contre-révolutionnaires du camp de Jalès. LAssemblée rappelle Pétion à son poste, & Manuel le 23.
14 juillet 1792. Parution du N°9 du défenseur de la Constitution.
16 juillet 1792. Après Danton qui la réclamé le 13, Robespierre demande que les fédérés, que lAssemblée sempresse denvoyer aux frontières, restent à Paris jusquà ce que le danger soit passé. " Mais pour rendre ce séjour possible, il faut que tous les bons citoyens regardent les fédérés comme des frères, des amis, des libérateurs, les accueillent chez eux & partagent avec eux leur logement, leur table, & leur rendent enfin le séjour de la capitale praticable. Il faut ensuite que tous les fédérés écrivent dans leurs départemens, quils dépeignent vivement les dangers réels de la patrie & la nécessité de se réunir tous à sa voix. Que Lassemblée nationale envoie donc à Coblentz les administrateurs perfides des départemens, les chefs aristocratiques qui ont juré la perte de nos armées. [ ] Puisque tous ces gens-là ne peuvent pas être atteints par nos tribunaux, quau moins ils ne restent pas au milieu de nos armées, & sil nexiste pas de loix contre eux, quau moins un bon décret les envoie à Coblentz & que nous puissions les combattre à force ouverte. " Journal des Débats & Correspondance de la Sté des Amis de la Constitution
17 juillet 1792. Les fédérés présentent à lAssemblée une pétition rédigée par Robespierre, insérée dans son N°10 du défenseur de la Constitution, pétition qui souleva lindignation de lAssemblée :
" [ ] Représentans, nous dire que la nation est en danger, cest nous dire quil faut quelle soit sauvée, cest lappeler à votre secours ; si elle ne peut lêtre par ses représentans, il faut quelle le soit par elle-même. [ ] Montrez-vous dignes du peuple français & de vous-mêmes. Servez-vous de son énergie, & secondez-là. Lui seul peut & veut vous sauver. Il vous demande en retour, que vous vouliez épargner son sang, en adoptant quelques dispositions simples que tous vos devoirs vous prescrivent impérieusement :
1° Mettez en état daccusation Lafayette & tous ses complices, comme la constitution & le salut public vous lordonnent.
2° Décrétez le licenciement de létat-major de larmée.
3° Destituez & punissez selon le voeu de la constitution les directoires coalisés avec Lafayette & la cour contre la liberté publique.
Enfin, faites du pouvoir exécutif ce que le salut de létat & la constitution même exigent, dans les cas où la nation est trahie par le pouvoir exécutif.
Ce ne sont pas-là, sans doute, toutes les mesures que lintérêt public prescrit ; mais celle-ci au moins sont tellement indispensables, que les négliger, cest évidemment abandonner le soin de la chose publique. "
20 juillet 1792. Journal des Débats & Correspondance de la Sté des Amis de la Constitution : " Si la Fayette nest pas décrété, je dis que le discours éloquent que jai entendu ce matin, peut se réduire à ceci : Si vous ne voulez pas sauver le peuple, déclarez-le lui donc, afin quil se sauve lui-même.
" Après ces réflexions sur M. la Fayette, M. Robespierre propose ses vues sur les moyens de sauver la patrie. Cest dans le constitution seule quil les puise, ils consistent principalement à former lesprit public, à obtenir lexpression du vu général, à éviter toutes les mesures partielles ; à engager les patriotes à se rassembler à Paris & à se porter aux frontières pour combattre lennemis extérieurs & intérieurs à la fois, & à attendre du tems & des fautes de nos ennemis, le succès que doit finir par obtenir le parti de lhumanité, de la raison & de la philosophie. ".
21 juillet 1792. Lasource communique à lAssemblée une lettre par laquelle Lafayette avait tenté de décider Luckner de marcher sur Paris avec son armée.
25 juillet 1792. Brunswick lance son manifeste ( dicté par Fersen, proche, voire amant de Marie-Anthoinette ) par lequel il somme les révolutionnaires & les parisiens en particulier de ne pas toucher à la famille royale, sous peine dexécution militaire & de subversion totale. A lAssemblée, Brissot menace les républicains du glaive de la loi. ( Jusquà la veille du 10 août les Girondins vont défendre ouvertement la monarchie & négocier secrètement avec le roi. ) Ce même jour, les fédérés bretons arrivent à Paris.
Ce jour, parution du N°10 du Défenseur de la Constitution.
Sur la Fédération de 1792 : " [ ] Limpatience & lindignation peuvent conseiller des mesures plus promptes & plus vigoureuses en apparence ; le salut public & les droits du peuple peuvent les légitimer ; mais celles-là seules sont avouées par la saine politique, & adaptées aux circonstances où nous sommes. Il ne faut pas toujours faire tout ce qui est légitime. Sans doute, un peuple si lâchement opprimé, si indignement trahi, peut avoir des droits bien étendus ; mais ce nest point la vengeance quil faut chercher, cest le salut public. Ce nest point à la tête de tel ou tel individu quest attachée la destinée de lempire ; cest à la nature du gouvernement ; cest à la bonté des institutions politiques. [ ] Les mouvemens partiels & violens ne sont souvent que des crises mortelles. Avant de se mettre en route,il faut connaître le terme où lon veut arriver, & les chemins où lon doit marcher. Il faut un plan & des chefs pour exécuter une grande entreprise. Les seules agitations qui puissent délivrer un peuple du joug qui lopprime, sont celles quamènent généralement & insensiblement la lassitude de loppression, le sentiment du malheur commun & la connaissance des causes qui le produisent. [ ] "
26 juillet 1792. Dans son journal les Annales Patiotiques, Carra, Girondin, chante les louanges de Brunswick & propose, pour ainsi dire, que le trône de France lui soit offert." Le plus grand guerrier & le plus grand politique de son siècle " " sil arrive à paris, je gage que sa première démarche sera de venir aux Jacobins & de mettre le bonnet rouge. "
29 juillet 1792. Aux Jacobins, Lasource, Girondin, est pris à partie par Anthoine, pour avoir proposé denvoyer les fédérés aux frontières. Legendre appelle à linsurrection. Robespierre lit un discours sur les maux & les ressources de létat, discours dont la société arrête limpression.
" Les grands maux appellent les grands remèdes. Les palliatifs ne font que les rendre incurable.
" [ ] Allons jusquà la racine du mal. Beaucoup de gens croient la trouver exclusivement dans ce que lon appelle le pouvoir exécutif ; ils demandent ou la déchéance, ou la suspension du roi, & pensent quà cette disposition seule est attachée la destinée de létat. Ils sont bien loin davoir une idée complète de nitre véritable situation.
" Il faut que létat soit sauvé, de quelque manière que ce soit ; il ny a dinconstitutionnel que ce qui tend à sa ruine. Il y a plus, il ny a pas une mesure nécessaire à son salut, qui ne soit avouée par le texte même de lacte constitutionnel. Il suffit de vouloir linterpréter, & le maintenir de bonne foi. Changez tant quil vous plaira le chef du pouvoir exécutif ; si vous vous bornez là, vous naurez rien fait pour la patrie. Il ny a quun peuple esclave, dont les destinées soient attachées à un individu ou à une famille ; la liberté & le bonheur public dépendent de la nature du gouvernement & du résultat des institutions politiques. La constitution de la royauté étant supposée la même, il ny a quune légère différence entre un roi & un roi. Lhomme honnête mais faible & peu éclairé, lhomme pervers & corrompu, peuvent être rangés sur la même ligne.
" Faites ici une distinction nécessaire, entre la suspension & la destitution. La suspension qui laisserait sur la tête du roi, le titre & les droits de la puissance exécutive, ne serait évidemment quun jeu concerté entre la cour & les intrigues de la législature, pour la lui rendre plus étendue, au moment où il serait réintégré. [ ]
" Le chef du pouvoir exécutif a-t-il été fidèle à la nation ? il faut le conserver. La-t-il trahie ? Il faut le destituer. Lassemblée nationale ne veut point prononcer la déchéance ; & si on le suppose coupable, lassemblée nationale est elle-même complice de ses attentats, elle est aussi incapable que lui de sauver létat. Dans ce cas, il faut donc régénérer à la fois, & le pouvoir exécutif & la législature. [ ]
" Au-dessus de toutes les intrigues & de toutes les factions, la nation ne doit consulter que les principes & ses droits. [ ] Que tous les français domiciliés dans larrondissement de chaque assemblée primaire, depuis un tems assez considérable, pour déterminer le domicile, tel que celui dun an, soit admis à y voter ; que tous les citoyens soient éligibles à tous les emplois sans autre privilège, que celui des vertus & des talens. Par cette seule disposition, vous soutenez, vous ranimez le patriotisme & lénergie du peuple ; vous multipliez à linfini les ressources de la patrie ; vous anéantissez linfluence de laristocratie & de lintrigue ; & vous préparez une véritable convention nationale ; la seule légitime, la seule complète, que la France aurait jamais vue. [ ]
" le despotisme nest autre chose que lusurpation du pouvoir souverain. Quels que soient les noms des fonctionnaires publics,& les formes extérieures du gouvernement, dans tout état où le souverain ne conserve aucun moyen de réprimer labus que ses délégués font de la puissance, & darrêter leurs attentats contre la liberté publique & contre la constitution de létat, la nation est esclave ; puisquelle est abandonnée absolument à la merci d ceux qui exercent lautorité, & comme il est dans la nature des choses, que les hommes préfèrent leur intérêt personnel à lintérêt public, lorsquils peuvent le faire impunément, il sensuit que le peuple est opprimé, toutes les fois que ses mandataires sont indépendants de lui. [ ]
" Il faut que le peuple français soutienne le poids du monde,& quil dompte, en même temps, tous les monstres qui le désolent. Il faut quil soit parmi les peuples, ce que Hercule fut parmi les héros.
30 juillet 1792. Brunswick, 20.000 émigrés à la suite de son armée, passe la frontière & envahit la Loraine. Les fédérés marseillais arrivent à Paris, en chantant le Chant de guerre de lArmée du Rhin qui sera désormais connu sous le nom de " la Marseillaise ". Au club de la Réunion, club secret de députés dominé par les Girondins, Isnard & Brissot se font forts darracher à lAssemblée le décret daccusation contre Anthoine & Robespierre. Ils sont eux-mêmes dénoncés aux Jacobins le lendemain, par Desfieux qui, avec dautres députés, a déchiré sa carte de membre de la Réunion.
Le soir, Mendouze apprend aux Jacobins lexistence du manifeste de Brunswick. Robespierre qui, en tant que vice-président, remplace le président, intervient : " On donne au bureau des avis qui allarment diverses personnes ; on annonce que la générale bas dans plusieurs quartiers ; eh bien, messieurs, nos frères les citoyens de paris veillent, vous vous en apercevez au vide qui règne ici. Cest donc un motif pour vous de rester calme. Dans ces moments difficiles, les vrais patriotes doivent se montrer fermes & courageux. [ ] " Journal des Débats & Correspondance de la Sté des Amis de la Constitution
1er août 1792. Les sections de Paris, à lunanimité sauf une, réclament la déchéance du roi qui, de son côté, réunit des troupes ( suisses, nobles, gardes nationales bourgeoises ) aux Tuileries.
4 août 1792. Les sections de Paris qui ne reconnaissent plus Louis XVI, lancent un ultimatum à lAssemblée.
5 août 1792. Parution du N°11 du Défenseur de la Constitution qui contient le discours de Robespierre, prononcé le 29 juillet, sur les maux & les ressources de létat. Le N°12 est entièrement consacré au 10 août.
Sur larrivée de marseillais à Paris : " [ ] Florissante & immortelle cité, reçois les hommages de tous les hommes libres ; que la patrie reconnaissante tresse des couronnes civiques pour les front de tes enfans magnanimes. Au feu & à lenthousiasme des français, ils unissent la fierté de ce peuple fameux,dont ils sont descendus, & lindustrie dAthènes, à lhéroïsme de Sparte. A leur approche, la liberté se réveille, le patriotisme se console, & le despotisme pâlit. Ils triomphaient, quand on pérorait ailleurs ; ils faisaient mieux que prêcher la constitution, ils la défendaient ; non contens de dénoncer les oppresseurs de leur pays, ils les ont domptés. Marseille, tu peux élever une tête orgueilleuse entre toutes les cités qui ont fait la gloire du monde. Rome, à demi-libre, donna des fers aux nations ; Sparte conquit & conserva la liberté pour elle & pour la petite contrée qui lenvironnait. Marseille, attachée aux destinées dun grand état, luttant, depuis plusieurs années, contre toute la puissance des tyrans perfides qui loppriment, contre linertie dune multitude innombrable desclaves malveillans, semble entraîner, presque en dépit delle-même, la France entière à la liberté, pareille à ce héros, qui, seul, persécuté par la colère des Dieux, purgea la terre de tous les monstres qui la désolaient ;les destinées de Marseille ont été mise dun côté de la balance, dans lautre celles des tyrans du monde ; & Marseille a pesé plus queux tous. [ ] "
Ce jour, aux Jacobins, Robespierre : " Le fait du départ du roi me paraît certain, si ce nest pas pour aujourdhui ce sera pour demain. Je conclus donc à ce que deux choses étant indispensablement nécessaire ; lune dempêcher que le roi ne parte, lautre de veiller à ce quil ne lui arrive aucun mal ni à aucun individu de sa famille ; il est du devoir de tout bon citoyen, de tout vrai patriote, de toutes les autorités constituées de veiller & de surveiller le château. " Journal des Débats & Correspondance de la Sté des Amis de la Constitution
8 août 1792. LAssemblée rejette toute accusation contre Lafayette, & se discrédite définitivement.
9 août 1792. Danton rentre dArcis-sur-Aube. Dans la soirée, il faudra, pour ainsi dire, que les sectionnaires le sortent du lit pour qu'il se rende à la Commune ( aveu de Lucile Desmoulins ).
Nuit du 9 au 10 août 1792. A minuit, le tocsin sonne au faubourg Saint-Antoine & aux Cordeliers. Chaque section envoient 3 délégués ( Robespierre, désigné par la section de la place Vendôme le 10, ne se présentera à la Commune que le 12 ) à lHôtel de Ville qui suspendent la Commune en place & vont constituer la Commune insurrectionnelle dite du 10 août. Seuls Pétion & Manuel sont maintenus dans leurs fonctions. Mandat, commandant de la garde nationale, qui avait donné consigne de laisser passer le peuple pour lui tirer dans le dos, est exécuté séance tenante devant lHôtel de Ville ; le commandement de la garde nationale est confié à Santerre. Au matin, les fédérés, dont le directoire secret se réunissait comme par hasard chez Duplay qui loge Robespierre, & les bataillons du faubourg Marceau assiègent les Tuileries. Les gardes nationales passent à linsurrection. Louis XVI & sa famille, sur les instances de Roederer, abandonnent le château, traversent la foule & se rendent à lAssemblée. Mais, aux Tuileries, les Suisses que Louis XVI a laissé sans consigne, ouvrent le feu sur la foule qui savance pour fraterniser. Lassaut est alors donné, & les Suisses, au terme dun combat meurtrier, sont massacrés. Maître du château, le peuple sinterdit non seulement tout pillage mais exécute les pillards, & dépose bijoux & effets précieux sur le bureaux de lAssemblée. Sous la pression, lAssemblée qui, dans un premier temps, par la bouche de Vergniaud, avait promis de le protéger, suspend le roi de ses fonctions & convoque une Convention nationale élue au suffrage universel. La Commune fait incarcérer Louis Capet, ci-devant roi, à la prison du Temple.
Prise des Tuileries
Les Girondins se saisissent de toutes les places, mais ils n'ont plus en face d'eux un monarque qu'ils auraient pu manipuler, mais la dynamique Commune de Paris qu'ils vont s'attacher à détruire. Ils appellent Danton au ministère de la justice, pour refouler le mouvement démocratique & républicain auquel ils se sont opposés en vain ( aveu de Condorcet ).
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