ROBESPIERRE

1792 (2)

Les sections de Paris ont constitué une Commune insurrectionnelle qui a destitué l'ancien conseil municipal dans la nuit du 9 août. Le peuple de Paris & les fédérés qui représentent la France, se sont levés contre la monarchie le 10 août & l'ont renversée. La Commune dite du 10 août envoie alors dans les département des émissaires pour leur apprendre la nouvelle de cette révolution & les intentions de Paris. Les Girondins qui, siégent à l'Assemblée, contrairement à la majorité des futurs Montagnards, se sont emparés de tous les pouvoirs gouvernementaux & vont peindre cette démarche de la Commune comme la preuve de la volonté de Paris d'imposer à la France sa dictature.

12 août 1792. L’Assemblée décrète la formation d’un nouveau Directoire de département, sur les mêmes bases que l’ancien, mesure propre à réduire les pouvoirs de la Commune insurrectionnelle. Robespierre s’y oppose à la Commune, & fait partie de la députation qui proteste devant l’Assemblée. Après cette intervention, l’Assemblée réduit le rôle du Département.

Moniteur universel : " Les peuple, forcé de veiller lui-même à son propre salut, a pourvu à sa sûreté par des délégués. Obligés à déployer les mesures les plus vigoureuses pour sauver l’Etat, il faut que ceux qu’il a choisi lui-même pour ses magistrats aient toute la plénitude de pouvoir qui convient au souverain ; si vous créez un autre pouvoir qui domine ou balance l’autorité des délégués immédiats du peuple, alors la force populaire ne sera plus une, & il existera dans la machine de votre gouvernement un germe éternel de divisions, qui feront encore concevoir aux ennemis de la liberté de coupables espérances. Il faudra que le peuple, pour se délivrer de cette puissance destructrice de sa souveraineté, s’arme encore une fois de sa vengeance. […] "

13 août 1792. L’Assemblée qui ne désarme pas contre la Commune, veut rappele l’ancienne municipalité. Le lendemain, la Commune décide de demander à l’Assemblée le retrait de son projet. Robespierre propose de faire une adresse au peuple pour appuyer cette démarche.

14 août 1792. Les commissaires de l’Assemblée envoyés à Sedan sont arrêtés par la municipalité de cette ville, sur consigne de Lafayette.

15 août 1792. Robespierre, député par la Commune, paraît à la barre de l’Assemblée, pour la troisième fois depuis le 10, pour demander la création du Tribunal extraordinaire que, la veille, elle a voulu affaiblir en le divisant en jury d’accusation & jury de jugement. Ce Tribunal, tel que la Commune le réclame sera institué le 17 août. Chaque section élira un juré. Robespierre élu donnera sa démission, de même qu’il refusera de siéger au conseil de justice présidé par Danton. Ce tribunal, auquel la nation confia la vengeance de tous les outrages & de toutes les trahisons, sera en dessous de sa mission. Il acquittera des contre-révolutionnaires notoires, tel Montmorin, &, dans ces conditions & ce contexte, le peuple se verra d'ici peu contraint de se faire justice lui-même.

Moniteur universel : " Il faut au peuple un gouvernement digne de lui ; il lui faut de nouveaux juges, créés pour la circonstance, car, si vous redonniez les juges anciens, vous rétabliriez des juges prévaricateurs, & nous rentrerions dans ce chaos qui a failli perdre la nation. […] Nous vous prions de nous débarrasser des autorités constituées en qui nous n’avons point de confiance, d’effacer ce double degré de juridiction, qui, en établissant des lenteurs, assure l’impunité ; nous demandons que les coupables soient jugés par des commissaires pris dans chaque section, souverainement & en dernier ressort. "

16 août 1792. Débâcle de l'armée du Nord.

18 août 1792. L’armée de Lafayette est confiée à Dumouriez.

19 août 1792. Lafayette, enfin décrété d’accusation par l’Assemblée, abandonné par " ses " soldats, se réfugient auprès des autrichiens qui eux-mêmes l’arrêtent.

21 août 1792. La Commune de Paris s’oppose à nouveau à la formation d’un directoire de département, sauf à le convertir en commission des contributions, & invite les sections à suspendre les élections. Le lendemain, la réclamation de la délégation de la Commune, conduite par Robespierre, est ajournée par l’Assemblée, pour être finalement rejetée le 29.

" Les sonneurs de tocsin sont ceux qui cherchent à aigrir les esprits par l’injustice. "

22 août 1792. En Vendée, 8000 paysans s'emparent de Châtillon-sur-Sèvre, au cri de " Vive le roi ! ".

23 août 1792. Les Prussiens prennent Longwy.

27 août 1792. Fermeture des barrières de Paris sur ordre de la Commune. La section de la place Vendôme, sous la présidence de Robespierre, arrête que, en raison des circonstances, les élections se feront à haute voix & que le choix des députés sera soumis à l’examen des assemblées primaires. Ce mode d’élection est proposé & adopté par toutes les sections de Paris.

29 août 1792. Début des visites domiciliaires pour arrêter les suspects & contre-révolutionnaires notoires, avec l’aval de l’Assemblée.

30 août 1792. Dans la soirée, la Commune apprend que l’Assemblée l’a dissoute. ( Elle reviendra sur son décret le 2 septembre. ) Robespierre intervient :

" Je ne suis pas de l’avis du préopinant, le peuple ne doit pas se porter à l’assemblée nationale, cette mesure est nuisible au bien public. Nous devons nous retirer dans nos sections, leur exposer notre situation, leur demander leur sentiment sur la conduite que nous avons tenue, leur remettre les pouvoirs qu’elles nous avaient délégués & si elle nous les continuent, leur demander les moyens de nous maintenir à notre poste, ou y mourir s’il le faut. " La Feuille de Paris

1 septembre 1792. Verdun se rend aux Prussiens qui, dès lors, sont prêts à marcher sur Paris.

A la Commune, Robespierre lit une adresse aux sections, par laquelle il rappelle tout ce que la Commune a fait pour le peuple, tout ce que l'Assemblée & les Girondins ont fait contre la Commune, & il conclut ce qui suit. A noter que l'abdication qu'il propose, est rejetée quoique l'impression de l'adresse soit votée.

" Citoyens, nous avons jetté nos regards sur toutes les circonstances qui nous environnent, & nous avons cru voir qu'il ne nous restait d'autres moyens de vous servir, que de remettre en vos mains les pouvoirs que vous nous aviez confiés. Nous avions pris cette résolution, par un arrêté formel, avant le décret rendu contre nous.[...] Mais en quittant nos fonction, nous vous donnerons un dernier avertissement : quelle que soit votre résolution, quels que soient les délégués que vous investirez de votre confiance, environnez-les toujours de votre vigilance & de votre force, pour les punir, s'ils sont des traîtres ; pour les défendre, s'ils sont dignes de vous.

" Défiez-vous des hommes faibles, presque autant que des hommes pervers. Songez que le courage & l'énergie du Peuple peuvent seuls conserver sa liberté. Il est enchaîné, dés qu'il s'endort ; il est méprisé, dés qu'il ne se fait plus craindre ; il est vaincu dés qu'il pardonne à ses ennemis avant de les avoir entièrement domptés. "

2 - 5 septembre. Avant le départ des 20.000 volontaires pour le front, les suspects qui, dans les prisons fêtaient les victoires des ennemis, sont massacrés par le peuple dans les prisons parisiennes & un peu partout en France. Environ 1.300 morts à Paris. Il ne faut pourtant pas croire que tous les prisonniers, sans distinction, furent exécutés. Dès le premier jour, des tribunaux furent " institués ", le plus célèbre étant présidé par Maillard, prononçant la mort ou l'acquittement des détenus, les acquités étant portés en triomphe. Sur le moment, la classe politique, toutes tendances confondues, salua unanimement cet événement commandé par le salut public, de même que des écrivains de tous les "partis" ( Marat, Hébert, Fréron, Gorsas, Carra, &c. ) les avaient appelés de leurs voeux. Ce n'est qu'après que les Girondins en feront un leitomtiv contre Paris & les Montagnards. A noter le respect quasi religieux dont était entouré l’Assemblée Nationale puisque, même dans ce moment de fureur, il suffit à ses envoyés de tendre un ruban tricolore devant les cellules renfermant la famille ci-devant royale pour que celle-ci soit épargnée. Ce paramètre jouera certainement un rôle important dans la nuit du 9 au 10 thermidor lorsqu’elle mettra Robespierre & ses amis hors-la-loi.

2 septembre 1792. A la législative, Danton s'oppose aux Girondins qui, devant l'avancée des Prussiens, songent à déménager l'Assemblée, & lance sa célèbre tirade : " Le tocsin qu'on va sonner n'est point un signal d'alarme, c'est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, il nous faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace, & la France est sauvée." D'un autre côté, il délivre des passeports à des agents royalistes, ces complices : Lameth, Duport, Talleyrand, Talon, &c.

A la Commune, Billaud-Varenne & Robespierre dénoncent un complot visant à établir le du duc de Brunswick sur le trône de France. Dans la nuit, le comité de surveillance de la Commune délivre un mandat de perquisition contre Brissot, perquisition qui ne donna rien.

3 septembre 1792. Danton envoye en bretagne, prête à se révolter, un agent, Chèvetel, pour assurer La Rouarie de son royalisme, & l'appeler au calme.

4 septembre 1792. Danton & Robespierre se présentent à la Commune pour faire annuler des mandats d'arrêts lancés contre Roland, Brissot & d'autres Girondins.

5 septembre 1792. Robespierre est le premier élu de Paris pour la Convention. Les Girondins seront élus par les départements. Danton, contre Robespierre, soutient la candidature de Philippe Egalité qu’il considère avoir de " grandes chances de régner. "

9 septembre 1792. Robespierre prononce un discours devant l'Assemblée électorale, dans lequel il peint les qualités & le caractère que doivent avoir les députés pour siéger à la Convention, &, en faisant allusion à sa cave d'où il écrivait, il cite indirectement Marat en exemple. De même, il s'opposera le 11 à l'élection de Tallien auquel il reproche :

" ... de n'avoir pas toujours été, dans son Ami de citoyens, à la hauteur des événements ; d'avoir approuvé l'arrêté du Département qui ouvrait toute les églises ; de n'avoir pas approuvé la fête de Châteauvieux ; enfin d'avoir été faible quand le peuple était faible, & fort quand il était fort." Gazette de France

20 septembre. A Valmy, l'armée commandée par Dumouriez arrête les autrichiens qui, dès lors, ne cesseront de reculer, sans être inquiétés. Des négociations secrètes menées par Danton, par l'intermédiaire de Westermann, sont à l'origine sinon de cette victoire, du moins de ce repli paisible des Prussiens qui, malades, épuisés, délabrés, n'attendaient que le coup de grâce.

21 - 22 - 25 septembre 1792. Premières séances de la Convention nationale. Le 21, la royauté est abolie en France. Le 22, la République est proclamée &, sur motion de Billaud Varenne, les documents sont désormais daté de l'An I de la République Française. Le 25, après une séance tumultueuse, sur motion de Couthon, la République est décrétée une & indivisible.

22 septembre 1792. Brissot accuse un " certain parti " de flagorner le peuple & de vouloir désorganiser la société.

24 septembre 1792. Alors que les Girondins Kersaint, Vergniaud & Lanjuinais réclament une loi contre les provocateurs d’anarchie, Buzot réclame pour la Convention une garde composée de 20.000 hommes pris dans tous les départements.

25 septembre. Les Girondins attaquent Paris dans ses députés : Marat, Robespierre & Danton. Eux qui occupent toutes les places, qui disposent du trésor national, ils les accusent d'aspirer à la dictature. Ils vont ainsi, à force de déclamations, paralyser la Convention pendant plusieurs mois, retarder les décisions à prendre vis-à-vis de Louis Capet & incendier les départements. ( C'est à l'issue de cette séance que Couthon, Montagnard, fait décréter la République une & indivisible.)

"En montant à cette tribune pour répondre à l'accusation portée contre moi, ce n'est point ma propre cause que je vais défendre, mais la cause publique. Quand je me justifierai, vous ne croirez point que je m'occupe de moi-même, mais de la patrie; citoyen, qui avez eu le courage de m'accuser de vouloir être l'ennemi de mon pays, à la face des représentants du peuple, dans ce même lieu où j'ai défendu ses droits, je vous remercie ; je reconnais dans cet acte le civisme qui caractérise la cité célèbre qui vous a député. Je vous remercie, car nous gagnerons tous, à cette accusation. Après la véhémence avec laquelle on s'est élevé contre un certain parti, on a désiré savoir quel était le chef ; un citoyen s'est présenté pour le désigner, et c'est moi qu'il a nommé.

"[...] Je demande que ceux qui me répondent par des rires, par des murmures, se réunissent contre moi, que ce petit tribunal prononce ma condamnation; ce sera le jour le plus glorieux de ma vie. Oui, il était absurde de m'accuser, puisque non content de remplir en vrai patriote les devoirs que mes commettants m'avaient imposés, je me suis encore dépouillé de tout ce que je pouvais regarder comme la récompense de mon patriotisme. La meilleure réponse à de vagues accusations est de prouver qu'on a toujours fait des actes contraires. Loin d'être ambitieux, j'ai toujours combattu les ambitieux. Ah ! Si j'avais été homme à m'attacher à l'un de ces partis qui, plus d'une fois, tentèrent de me séduire; si j'avais transigé avec ma conscience, avec la cause du peuple, je serais à l'abri de toutes persécutions, j'aurais évité la haine de ces hommes redoutables par leur influence, j'aurais eu l'avantage d'allier avec la réputation de patriote toutes les douceurs, toutes les récompenses du patriotisme qui sait se prêter à des actes de complaisance; et depuis un an que je combats contre quelques personnes, dont cependant je ne suspecterai point le patriotisme, on m'a présenté souvent le gage de la paix, j'en ai même accepté le baiser, mais j'ai gardé mon opinion qu'on voulait m'arracher.

" Paris est l'arène où j'ai soutenu ces combats politiques contre mes détracteurs; ce n'est donc point à Paris qu'on peut en imposer sur mon compte, car là, on assiste aux délibérations de l'Assemblée nationale, aux débats des sociétés patriotiques ; mais il n'en est pas de même dans les départements ; et vous, représentants du peuple, qui devez apporter ici des sentiments de fraternité pour vos collègues, c'est vous que j'adjure de m'écouter... Il n'en est pas de même dans les départements; là vous ne connaissez ces débats que par les papiers publics. Eh bien ! Ces papiers défiguraient, pour la plupart, la vérité, suivant l'intérêt d'une coalition dans laquelle se trouvent ceux que j'appelais tout à l'heure mes ennemis ; et nous, qui avions une opinion contraire à ce système, nous ne lui opposions aucuns papiers, et la calomnie a pu exercer impunément ses ravages dans les départements. Vous avez apporté de funestes préventions contre quelques hommes. Je vous en conjure, au nom de la chose publique, dégagez-vous de ces impressions dangereuses, écoutez-moi avec impartialité. Si la calomnie est la plus redoutable des persécutions, elle est aussi celle qui nuit le plus à l'intérêt de la patrie. On nous a accusés partout de tramer des projets ambitieux contre la liberté de notre pays ; mais avant cette accusation nous avions, nous, dévoilé des faits multipliés, des faits précis d'un système aristocratique favorable seulement à l'intérêt d'un parti. On nous a accusés par des expressions insignifiantes ; mais nous avions fait, nous, des dénonciations positives ; et c'est au moment où nous combattions les coupables, c'est lorsqu'avant la guerre, je demandais la destitution de Lafayette, qu'on a osé dire que j'avais eu des conférences avec la reine, avec la Lamballe ; c'est alors qu'on nous imputait à crimes les phrases irréfléchies d'un patriote exagéré et les marques de confiance qu'il donnait à des hommes dont il avait éprouvé, pendant trois ans, l'incorruptibilité ; et ces combinaisons perfides, on les renouvelle depuis le commencement de la Convention nationale ; elles en ont même précédé l'ouverture, parce que ceux qui avaient véritablement le dessein d'opprimer la liberté, ont pensé qu'il fallait commencer par perdre dans l'opinion publique les citoyens qui ont fait le serment de combattre jusqu'à la mort, d'immoler toutes les factions, tous les partis.[...]"

" Déclarons que la République française formera un Etat unique, soumis à des lois constitutionnelles, uniformes. Il n'y a que la certitude de l'union la plus forte entre toutes les parties de la France qui puisse fournir les moyens de repousser ses ennemis avec autant d'énergie que de succès. Je demande donc que ces propositions aussi simples que naturelles, soient adoptées sur le champ, et qu'on examine à fond l'objet qui me regarde. "

30 septembre 1792. Parution du N°1 de la première série des " LETTRES DE MAXIMILIEN ROBESPIERRE membre de la Convention nationale de France A SES COMMETTANS " c’est-à-dire, précise Robespierre, à tous les Français. Ce journal se compose d’articles ou de discours & d’un exposé des séances de la Convention sous le nom de " Tableau des opérations de la Convention nationale ".

" Citoyens, les nouvelles fonctions que vous m’avez confiées, m’imposent l’obligation de consacrer au bonheur de la patrie tous mes momens & toute mon existence. J’ai mis au rang de mes premiers devoirs, celui de rendre compte, de tems à autre à mes concitoyens de mes principes, de ma conduite & de la situation des affaires publiques. Les représentans du peuple français appartiennent, en quelque sorte, à tous les peuples. Chez eux toute faiblesse est un crime, & tout crime un attentat contre l’humanité entière : ils doivent compte de leurs actions & de leurs pensées ;il leur faut une tribune plus accessible, plus élevées que celle de la Convention nationale, d’où ils puissent être entendus de l’univers. [...]

"Ce n’est point assez d’avoir renversé le trône ; ce qui nous importe, c’est d’élever sur ses débris la sainte égalité & les droits imprescriptibles de l’homme. Ce n’est point un vain mot qui constitue la république, c’est le caractère des citoyens. L’âme de la république, c’est la vertu ; c’est à dire l’amour de la patrie, le dévouement magnanime qui confond tous les intérêts privés dans l’intérêt général. Les ennemis de la république sont les lâches égoïstes, ce sont les hommes ambitieux & corrompus. Vous avez chassé les rois : mais avez-vous chassé les vices que leur funeste domination a enfantés parmi nous ? [...]

"Avant l’abolition de la noblesse & de la royauté, les intrigans, qui ne songeaient qu’à élever leur fortune sur les ruines de la cour, combattaient à côté des amis de la liberté, & partageait, avec eux, le titre de patriotes. De là, les diverses métamorphoses de tant de personnages, dont la vertu civique expirait, au moment où elle commençait à contrarier leurs spéculations ambitieuses. Alors la nation semblait divisée en deux partis, les royalistes & es défenseurs de la cause populaire. Aujourd’hui, que l’ennemi commun est terrassé, vous verrez ceux que l’on confondait sous le nom de patriotes se diviser nécessairement en deux classes. Les uns voudront constituer la république pour eux-mêmes, & les autres pour le peuple, suivant la nature des motifs qui avait jusques-là excité leur zèle révolutionnaire. Les premiers s’appliqueront à modifier la forme du gouvernement, suivant les principes aristocratiques & l’intérêt des riches & des fonctionnaires publics ; les autres chercheront à la fonder sur les principes de l’égalité & sur l’intérêt général. Vous verrez le premier se grossir de tous ceux qui avaient arboré l’enseigne du royalisme, de tous les mauvais citoyens, quelque rôle qu’ils aient joué jusques-là ; celui des autres sera réduit aux hommes de bonne foi, qui cherchaient dans la révolution la liberté de leur pays & le bonheur de l’humanité. Les intrigans déclareront à ceux-ci une guerre plus cruelle que la cour & l’aristocratie elle-même. Ils chercheront à les perdre par les mêmes manoeuvres & par les mêmes calomnies ;d’autant plus redoutables, qu’ils voudront s’emparer de toutes les places & de toute l’autorité du gouvernement. [...]

"Il faut le dire, l’austère vérité & l’énergie républicaine effarouchent encore notre pusillanimité. Pour former nos institutions politiques, il nous faudrait les moeurs qu’elles doivent nous donner un jour. Nous avons élevé le temple de la liberté avec les mains encore flétries des fers du despotisme. Il a fallu le reconstruire. Attendons-nous à le voir s’écrouler, aussi long-temps qu’il ne sera point élevé sur les seuls fondemens de la justice & de l’égalité. [...] "

2 octobre 1792. Création du Comité de Sûreté Générale & de Surveillance.

3 octobre 1792. Alors que l’élection d’un nouveau maire de Paris est fixée pour le 9 octobre, Robespierre refuse d’être candidat, lui qui aurait été élu sans coup férir. Finalement, le 30 novembre, Chambon, un Girondin, est élu. Ce même jour, les Girondins font élire Pache, ami de Roland, au ministère de la guerre, en remplacement de Servan. Moins docile qu’ils ne le pensaient, sourd aux intrigues, Pache, publiquement soutenu par Robespierre, va s’attacher à faire le ménage de son administration, ce qui va gêner les affaires des généraux, notamment Dumouriez, qui vont se déchaîner contre lui, soutenus en cela par les Girondins qui le poursuivront avec fureur.

5 octobre 1792. Lanjuinais réclame à son tour une garde départementale pour la Convention.

Aux Jacobins, dont le nom officiel est désormais " Société des Amis de la Liberté & de l’Egalité ", Robespierre s’oppose à ce que la Société dresse & communique aux sociétés affiliées la liste des députés qui en sont membres, pour inciter ce qui ne le sont pas à le devenir.

Feuille de Paris : " Vous ne comptez pas assez sur la considération qu’obtiendra votre société en dépit des cabales. Les membres de la Convention qui sont peut-être prévenus contr’elle, s’y rendront dans peu ; la prévention ne triomphera jamais de la vérité, je regarde donc toute mesure de contrainte comme indigne de la société, parce qu’elle est contraire à la liberté, je la regarde comme dangereuse, parce qu’elle vous amènerait des hommes qui ne seraient pas conduits par le patriotisme. "

7 octobre 1792. 9 volontaires de la Côte-d’Or & 15 du Pas-de-Calais ayant été tués par les Autrichiens à Château-l’Abbaye, Robespierre réclame pour leurs veuves une pension égale, contrairement à la Convention qui n’en accorde une qu’à la seule veuve de Desavennes qui commandait.

Courrier de l’égalité : " Plusieurs membres font des motions, toutes tendantes à accorder à la veuve de Desavennes un secours plus ou moins considérable. Robespierre, qui a ses projets, & qui veut à toute force se repopulariser, prétend que les soldats seuls remportent les victoires, gagnent les batailles, & non le généraux. Ce paradoxe a été suivit de murmures qui attestent que, dans cette occasion comme dans bien d’autres, Robespierre ne raisonne pas mieux que son acolite, son prôneur, le cher Marat. Il demande pour résultat à son sophisme, que toutes veuves de soldats morts pour la patrie, reçoivent la même indemnité. "

8 octobre 1792. Reprise de Verdun.

9 octobre 1792. Les émigrés sont bannis de France à perpétuité.

15 octobre 1792. Aux Jacobins, Robespierre prononce un discours contre le projet d’entourer la Convention d’une garde départementale.

" Ceux qui se sont formé une juste idée des devoirs, de la puissance & de la majesté de la convention nationale ne s’attendaient guère à la voir mettre au rang de ses plus sérieuses préoccupations, celle de se donner une garde imposante & extraordinaire. Les haines connues de la coalition qui semble la dominer actuellement contre les citoyens de Paris, & contre plusieurs députés de ce département, toutes les fureurs de l’orgueil offensé ne suffiraient pas pour expliquer ce phénomène politique. Il faut nécessairement la lier à des vues plus profondes & plus importantes. [...]

" D’abord par quelle fatalité, une assemblée, qui commence avec le règne de la république, sous les auspices de l’estime universelle, semble-t-elle écarter cette multitude d’objets d’intérêt public qui la pressent de toutes parts pour s’occuper de sa garde particulière ? Par quelle fatalité ne se repose-t-elle pas, soit de sa dignité, soit de sa sûreté, sur celle qui avait environné les deux assemblées précédentes, & qui jusqu’ici lui avait rendu les mêmes services ? Ces questions, quoiqu’on puisse dire, ne sont point facile à résoudre, à moins qu’on ne suppose à cette conduite quelques motifs cachés & extraordinaires. [...]

" On vous parle sans cesse de factions conjurées contre vous ; où sont-elles ? En avez-vous trouvé quelque trace ? Et s’il s’en élevait, seraient-elles plus puissantes que celle qui environnaient vos devanciers ? Les ennemis de la liberté sont-ils plus forts aujourd’hui, depuis la chute des roi ? ou bien auriez-vous d’autres ennemis que ceux de la liberté ? Sont-ils plus imposans que les représentans de la nation française, investis de la suprême puissance ? Sont-ils plus forts que le peuple immense qui vous entoure ? ou bien doutez-vous de ce peuple lui-même ? Ah ! fussiez-vous despotes, prévaricateurs ; il vous respecterait ! les plus ardens amis de la liberté savent mieux que personne qu’aujourd’hui l’insurrection même la plus légitime ne ferait que hâter la perte de l’Etat & de la liberté. Le peuple français souffrirait avec patience les erreurs, les crimes même de ses mandataires ; il attendrait le moment de juger leur ouvrage. Quel prétexte d’inquiétude peut donc rester à des hommes qui veulent remplir, avec gloire, les devoirs sublimes qui leur sont imposés ? Depuis quand la vertu partage-t-elle les terreurs du crime ? Depuis quand le courage raisonne-t-il comme la lâcheté, & la liberté comme la tyrannie ? [...]Eh ! pour quelle raison voudrait-on mettre des gens armés entre le peuple & soi, si ce n’est pour le trahir ? La vertu n’appelle-t-elle pas toute la force de l’opinion publique comme le crime la repousse ?

" Le texte ordinaire des déclamations de tous ces ennemis de la liberté, c’était la tyrannie du peuple de Paris ; comme si les français de paris étaient d’une autre nature que ceux qui habitaient les autres contrées de la France. Ils savaient bien que s’élever contre l’influence des français de Paris, c’était un moyen adroit d’attaquer indirectement le peuple français ; car ce n’était point les citoyens de Perpignan ou de Quimper, qui pouvaient exercer l’heureux ascendant des regards publics sur les opérations dont paris est le théâtre. Paris avait un tort irréparable aux yeux de tous les frippons politiques ; c’était de renfermer une immense population, qui était à chaque instant témoin de tous les événemens qui intéressent la liberté publique. Pour affermir la liberté, il faut à ce vaste empire un foyer de lumières & d’énergie, d’où l’esprit public pût se communiquer à la multitude infinie de toutes les petites sections qui composent l’universalité du peuple français. Paris fut à ce titre l’écueil du despotisme royal ; il est destiné à être celui de toutes les tyrannies nouvelles. Aussi tant qu’il existera en France des ambitieux qui méditeront des projets contraires à la cause publique, ils chercheront à calomnier, à détruire Paris ; ils voudront au moins dérober leurs crimes aux regards du peuple magnanime & éclairé qu’il renferme dans son sein. "

20 octobre 1792. Parution du N°2 des " LETTRES …A SES COMMETTANS ". Robespierre peint tout d’abord la séance des Jacobins du 14 octobre 1792 durant laquelle Dumouriez, avant de partir combattre les autrichiens, était venu manifester son attachement à la République. Puis il commente la lettre du général Dillon au prince de Hesse, livrée à la publicité, & par laquelle il promettait à ce dernier de favoriser sa retraite.

[...] Est-ce là le langage d’un courtisan qui ose adresser à son maître des représentations respectueuses ? ou celui du général de la république qui parle à un petit despote d’Allemagne assez audacieux, pour profaner son territoire, & présenter des fers au peuple français ? Comment le chef d’une armée qui combat pour la souveraineté du peuple, a-t-il pu consacrer les principes du despotisme, en écrivant le mot de sujet ? Qu’avait-il à dire à un homme qui a des sujets ? Quel intérêt peut-il prendre à ce marchand de chair humaine, à ce tyran méprisé par les tyrans eux-mêmes, avec qui il trafique du sang de ses concitoyens ?

" Dillon lui représente que les français avaient le droit de changer la forme de leur gouvernement. La nation française est-elle donc réduite à cet état de faiblesse, qu’elle doive se justifier devant un prince de Hesse ? Il n’est pas question avec eux de démontrer les droits des nations, mais de les réaliser par des victoires. Ce n’est qu’en renversant les trônes, qu’il faut convertir les rois. [...]

" Dillon a rendu sa lettre publique avec une telle bonhommie, que je n’ai pu apercevoir dans tout cela un dessein prémédité de trahir la nation. J’avouerai même que tout ce qu’on a dit à cet égard contre lui à la tribune de la convention nationale, m’a paru exagéré ; j’ai vu dans la conduite de ce général beaucoup plus d’étourderie que de perversité, beaucoup plus de préjugés que de mauvaises intentions. Mais ce n’était point ces considérations qui devaient déterminer la convention nationale:  Elle ne devait consulter que la sévérité des principes, que la nature & les conséquences politiques de la démarche de Dillon. [...] "

22 octobre 1792. Reprise de Longwy.

27 octobre. Dumouriez entre en Belgique.

28 octobre 1792. Aux Jacobins, Robespierre prononce un discours sur l’influence de la calomnie sur la Révolution. La Société en arrête l’impression ; Danton qui préside, fait arrêter son envoi aux sociétés affiliées ; & Brival, Lhuillier & Saint-Just sont mandatés pour demander à Roland qui emploi le fonds secrets de son ministère à répandre les écrits Girondins, de diffuser celui-ci.

[...] Les folliculaires tiennent dans leurs mains la destinée des peuples. [...]

Otez le mot république, je ne vois rien de changé. Je vois partout les mêmes vices, les mêmes cabales, les mêmes moyens, & surtout la calomnie. [...]

Ah ! français, qui que vous soyez, embrassez-vous comme des frères ; & que cette sainte union soit le supplice de ceux qui cherchent à vous diviser.

Ils veulent qu'on les garde. Quel crime veulent-ils donc commettre ?

Ils veulent quitter Paris, ils ne dissimulent plus ce projet ; ils ont raison. C'est à eux de réaliser le voeu secret que formaient sans doute ces premiers ennemis de la révolution, que je crois quelquefois avoir outragés en les comparant à eux. Dans le fait, ce n'est point au milieu d'un peuple immense, éclairé, accoutumé à démêler le fil des intrigues, & dont ils sont déjà connus ; ce n'est point dans une cité qui est, pour ainsi dire, le rendez-vous de tous les français, ce n'est point sous les regards les plus perçans & les plus vastes de l'opinion publique qu'il faut rester, lorsqu'on a quelque trame ténébreuse à ourdir. Paris fut tour-à-tour l'écueil de l'aristocratie ancienne, du despotisme royal & de la tyrannie constitutionnelle ; il serait encore celui de toutes les tyrannies nouvelles. Qu'ils parten donc. Qu'ils cessent de fatiguer la nation par de vaines terreurs, par les misérables artifices qu'ils emploient chaque jour pour parvenir à ce but. Qu'ils partent. Où vont-ils ? Dans quelle contrée bien froide, bien inaccessible aux ardeurs du patriotisme ou à la lumière de la philosophie ; dans quelle ville bien ignorante, ou bien travaillée par leurs manoeuvres vont-ils exercer leur heureux talent pour démembrer l'Etat & pour conspirer contre la liberté du monde ? [...]

Aussi les voyez-vous former un parti mitoyen entre l'aristocratie rebelle & lepeuple ou les francs républicains. Observez s'ils ne caressent pas toujours les personnages les plus puissans de la république, & si ce n'est pas ceux-là qu'ils fréquentent, qu'ils favorisent à toute accasion. Observez si ce n'est pas à eux que se rallient les riches, les corps administratifs, les fonctionnaires publics, & les citoyens qui inclient aux idées aristocratiques, tous ceux même qui jadis suivaient le parti des intrigans auxquels ils ont succédé. Enfin, ils sont les honnêtes gens, les gens comme il faut de la république ; nous sommes les sans-culottes & la canaille.

Sont-ils moins puissans que leurs prédécesseurs ? Ils le sont beaucoup plus. ils nous accusent de marcher à la dictature, nous, qui n'avons ni armée, ni trésor, ni places, ni parti ; nous, qui sommes intraitables comme la vérité, inflexibles, uniformes, j'ai presque dit insupportables, comme les principes. [...]

Observez, en silence, leurs coupables manoeuvres ; laissez-les se démasquer, & se perdre eux-mêmes par leurs propres excès. Un peuple magnanime & éclairé est toujours à tems de réclamer ses droits & de venger ses injures. [...]

Passer la vérité en contrebande, à travers tous les obstacles que ses ennemis lui opposent ; multiplier, répandre par tous les moyens possibles les instructions qui peuvent la faire triompher ; balancez par le zèle & par l'activité du civisme, l'influence des trésors & des machinations prodiguées pour propager l'imposture, voilà, à mon avis, la plus utile occupation & le devoir le plus sacré du patriotisme épuré ; des armes contre les tyrans, des livres contre les intrigans ; la force pour repousser les brigands étrangers, la lumière pour reconnaître les filous domestiques, voilà le secret de triompher à la fois de tous vos ennemis.

29 octobre 1792. Roland vient à la barre de la Convention exposer la situation de la France en général, & de Paris plus particulièrement dont il dresse un noir tableau. Au passage, il lance un trait contre Robespierre. Guadet qui préside, accorde la parole à Robespierre contre l'adoption du rapport de Roland. Sur ces entrefaites, Louvet prononce sa robespierride, une synthèse de toutes les calomnies girondines, un astucieux roman préparé depuis longtemps dans le salon de Mme Roland, égérie de Girondins. Il demande en conclusion que la conduite de Robespierre soit examinée par le Comité de Sûreté Générale, & que Marat soit décrété d'accusation. Robespierre obtient d'être entendu le lundi 5 novembre.

Le soir, aux Jacobins, un membre est accusé d'avoir dit qu'il fallait se débarrasser de Robespierre & de Marat comme de la personne du ci-devant roi. Feuille de Paris : " Robespierre. [...] N'oubliez pas que vous avez déclaré que vous ne vous entretiendriez pas de personnalités. Respectez la liberté des opinions ; je vous invite à vous occuper du bien général, c'est là ce que la patrie attend de vous."

30 octobre 1792. Parution du N°3 des " LETTRES … A SES COMMETTANS " de Robespierre, contenant seulement son discours sur l’influence de la calomnie & le tableau des opération des la Convention nationale.

3 novembre 1792. 600 soldats & fédérés, que les Girondins ont appelés illégalement à Paris, parcourent la ville au galop, sabre nu, en criant " Vive Roland ! A la guillotine Robespierre ! Point de procès du roi ! ", en chantant : La tête de Marat, Robespierre, Danton, & tous ceux qui les défendront. O gué !

5 novembre 1792. L'événement du jour, la réponse de Robespierre à Louvet. Les tribunes de la Convention sont pleines à craquer & une foule immense attend dehors. L'impression de son discours est votée à la quasi unanimité, & la Convention ferme la bouche à Barbaroux & à Louvet qui veulent répondre. Le soir aux Jacobins, Robespierre reçoit un accueil triomphal. L'impression & l'envoi aux sociétés affiliées est décété. Notons que Robespierre appelle une fois de plus les Girondins à la concorde & que ceux-ci, une fois de plus, seront sourds à cet appel. Remarquons la phrase anodine, mais qui aura son importance par la suite, par laquelle Robespierre signale qu'il ne se départira jamais de sa modération, même envers les Girondins.

[...] on conviendra d'abord que si un pareil projet [ vouloir parvenir à la dictature ] était criminel, il était encore plus hardi ; car, pour l'exécuter, il fallait non seulement renverser le trône, mais anéantir la législature, et surtout empêcher encore qu'elle ne fût remplacée par une Convention nationale, comme le seul remède des maux de la patrie. Il est vrai que cette proposition même fut dénoncée comme incendiaire, par mes adversaires actuels ; mais bientôt la révolution du 10 fit plus que la légitimer, elle la réalisa. Dirai-je que, pour arriver à la dictature, il ne suffisait pas de maîtriser Paris ; qu'il fallait asservir les 82 autres départements ? Où étaient les grandes places dont j'étais pourvu ? Toute la puissance résidait précisément dans les mains de mes adversaires. La moindre conséquence que je puisse tirer de tout ce que je viens de dire, c'est qu'avant que l'accusation pût acquérir un caractère de vraisemblance, il faudrait au moins qu'il fût préalablement démontré que j'étais complètement fou. [...]

L'un des reproches les plus terribles que l'on m'ait faits, je ne le dissimule point, c'est le nom de Marat. [...] Au mois de janvier 1792, Marat vint me trouver ; jusque-là, je n'avais eu avec lui aucune espèce de relations directes, ni indirectes. La conversation roula sur les affaires publiques, dont il me parla avec désespoir ; je lui dis, moi, tout ce que les patriotes, même les plus ardents, pensaient de lui ; à savoir qu'il avait mis lui-même un obstacle au bien que pouvaient produire les vérités utiles développées dans ses écrits, en s'obstinant à revenir éternellement sur certaines propositions absurdes et violentes, qui révoltaient les amis de la liberté autant que les partisans de l'aristocratie. Il défendit son opinion ; je persistai dans la mienne, et je dois avouer qu'il trouva mes vues politiques tellement étroites, que, quelque temps après, lorsqu'il eut repris son journal, alors abandonné par lui depuis quelque temps, en rendant compte lui-même de la conversation dont je viens de parler, il écrivit en toutes lettres qu'il m'avait quitté parfaitement convaincu que je n'avais ni les vues ni l'audace d'un homme d'état. [...]

Et n'avais-je donc pas assez de torts personnels, & mon amour, mes combats pour la liberté, ne m'avaient-ils pas suscité assez d'ennemis depuis le commencement de la révolution, sans qu'il soit besoin de m'imputer encore un excès que j'ai évité, & des opinions que j'ai moi-même condamnées le premier ? [...]

Aux Jacobins, j'exerçais, si on l'en croit, un despotisme d'opinion, qui ne pouvait être regardé que comme l'avant-coureur de la dictature. D'abord, je ne sais pas ce que c'est que le despotisme de l'opinion, surtout dans une société d'hommes libres, composée, comme vous le dites vous-mêmes, de 1500 citoyens, réputés les plus ardents patriotes, à moins que ce ne soit l'empire naturel des principes. Or, cet empire n'est point personnel à tel homme qui les énonce ; il appartient à la raison universelle & à tous les hommes qui veulent écouter sa voix, il appartenait à mes collègues de l'Assemblée constituante, aux patriotes de l'Assemblée législative, à tous les citoyens qui défendirent invariablement la cause de la liberté. [...]

La majorité des Jacobins rejetait vos opinions ; elle avait tort sans doute. Le public ne vous était plus favorable ; qu'en pouvez-vous conclure en votre faveur ? Direz-vous que je lui prodiguais les trésors que je n'avais pas, pour faire triompher des principes gravés dans tous les cœurs ? Je ne vous rappellerai pas qu'alors le seul objet de dissentiment qui nous divisait, c'était que vous défendiez indistinctement tous les actes des nouveaux ministres, & nous les principes ; que vous paraissiez préférer le pouvoir, & nous l'égalité. [...]

J'ai vu à cette barre tels citoyens qui ne sont pas des Clodius, mais qui, quelque temps avant la révolution du 10 août, avaient eu la prudence de se réfugier à Rouen, dénoncer emphatiquement la conduite du conseil de la commune de Paris. Des arrestations illégales ? Est-ce donc le code criminel à la main qu'il faut apprécier les précautions salutaires qu'exige le salut public, dans les temps de crise amenés par l'impuissance même des lois ? Que ne nous reprochez-vous aussi d'avoir brisé illégalement les plumes mercenaires, dont le métier était de propager l'imposture & de blasphémer contre la liberté ? Que n'instituez-vous une commission pour recueillir les plaintes des écrivains aristocratiques & royalistes ? Que ne nous reprochez-vous d'avoir consigné tous les conspirateurs aux portes de cette grande cité ? Que ne nous reprochez-vous d'avoir désarmé les citoyens suspects ? d'avoir écarté de nos assemblées, où nous délibérions sur le salut public, les ennemis reconnus de la Révolution ? Que ne faites-vous le procès à la fois, & à la municipalité, & à l'assemblée électorale, & aux sections de Paris, & aux assemblées primaires même des cantons, & à tous ceux qui nous ont imités ? Car toutes ces choses-là étaient illégales, aussi illégales que la révolution, que la chute du trône & de la Bastille, aussi illégale que la liberté elle-même ? Mais que dis-je ? Ce que je présentais comme une hypothèse absurde n'est qu'une réalité très certaine. On nous a accusés, en effet, de tout cela, & de bien d'autres choses encore. [...]

Citoyens, vouliez-vous une révolution sans révolution ?

Car s'il est vrai qu'une grande nation ne peut se lever par un mouvement simultané, & que la tyrannie ne peut être frappée que par la portion des citoyens qui est plus près d'elle, comment ceux-ci oseront-ils l'attaquer, si, après la victoire, les délégués, venant des parties éloignées de l'état, peuvent les rendre responsables de la durée ou de la violence de la tourmente politique qui a sauvé la patrie ? Ils doivent être regardés comme fondés de procuration tacite pour la société tout entière. Les Français amis de la liberté, réunis à Paris au mois d'août dernier, ont agi à ce titre au nom de tous les départements ; il faut les approuver ou les désavouer tout à fait. [...] Citoyens, le peuple qui vous a envoyés a tout ratifié. Votre présence ici en est la preuve ; il ne vous a pas chargés de porter l’œil sévère de l'inquisition sur les faits qui tiennent à l'insurrection, mais de cimenter par les lois justes la liberté qu'elle lui a rendue. [...] Non, nous n'avons point failli, j'en jure par le trône renversé, & par la république qui s'élève. [...]

Ceux qui ont dit que j'avais eu la moindre part aux événements dont je parle [ les massacres de septembre ] sont des hommes ou excessivement crédules, ou excessivement pervers. Quant à l'homme qui, comptant sur le succès de la diffamation dont il avait d'avance arrangé tout le plan, a cru pouvoir alors imprimer impunément que je les avais dirigés, je me contenterai de l'abandonner au remords, si le remords ne supposait une âme. [...]

La sensibilité qui gémit presque exclusivement pour les ennemis de la liberté m'est suspecte. Cessez d'agiter sous mes yeux la robe sanglante du tyran ou je croirai que vous voulez remettre Rome dans ses fers. [...] Amour de l'humanité, vraiment admirable, qui tend à cimenter la misère & la servitude des peuples, & qui cache le désir barbare de se baigner dans le sang des patriotes ! [...]

O homme vertueux, homme exclusivement, éternellement vertueux, où vouliez-vous donc aller par ces routes ténébreuses ? Vous avez essayé l'opinion... Vous vous êtes arrêté, épouvanté vous-même de votre propre démarche... Vous avez bien fait ; la nature ne vous a pas moulé, ni pour de grandes actions, ni pour de grands attentats... [...] Vous saurez un jour quel prix vous devez attacher à la modération de l'ennemi que vous vouliez perdre. [...]

Vous vous tourmentez, depuis longtemps, pour arracher à l'Assemblée une loi contre les provocateurs au meurtre : qu'elle soit portée ; quelle est la première victime qu'elle doit frapper ? N'est-ce pas vous qui avez dit calomnieusement, ridiculement, que j'aspirais à la tyrannie ? N'avez-vous pas juré par Brutus d'assassiner les tyrans ? Vous voilà donc convaincu, par votre propre aveu, d'avoir provoqué tous les citoyens à m'assassiner. [...]

Ensevelissons, s'il est possible, ces misérables manœuvres dans un éternel oubli. Puissions-nous dérober aux regards de la postérité ces jours peu glorieux de notre histoire, où les représentants du peuple, égarés par de lâches intrigues, ont paru oublier les grandes destinées auxquelles ils étaient appelés. Pour moi, je ne prendrai aucunes conclusions qui me soient personnelles ; j'ai renoncé au facile avantage de répondre aux calomnies de mes adversaires par des dénonciations plus redoutables. J'ai voulu supprimer la partie offensive de ma justification, je renonce à la juste vengeance que j'aurais le droit de poursuivre contre mes calomniateurs. Je n'en demande point d'autre que le retour de la paix & le triomphe de la liberté.

Ce même jour, parution du N°4 des " LETTRES … A SES COMMETTANS " de Robespierre, contenant seulement sa réponse à Louvet & le tableau des opérations de la Convention nationale.

6 novembre 1792. Victoire de Jemmapes où les bataillons de la république, en chantant le " Ca ira " & la " Marseillaise ", prennent d’assaut les collines fortifiées par les autrichiens. A la Convention, Valazé présente le rapport sur les crimes du ci-devant roi.

13 novembre 1792. Ouverture du procès du roi. La Convention se divise sur la question de savoir si le roi peut être jugé. Certains membres mettent en avant l’inviolabilité du roi pour repousser tout jugement. Saint-Just prononce un discours foudroyant contre le roi qui doit être jugé en ennemi. Robespierre ne parvient pas à obtenir la parole.

14 novembre. Entrée des troupes françaises à Bruxelles.

15 novembre 1792. Parution du N°5 des " LETTRES … A SES COMMETTANS " de Robespierre.

Sur le parti à prendre à l’égard de Louis XVI : " Quel que soit le résultat de la délibération dont celui qui fut roi des Français est l’objet, il dépend de vous qu’il ne soit même pas regardé comme un grand événement politique : Louis a survécu à la royauté, & la royauté elle-même avait survécu au prestige superstitieux dont elle était environnée. Louis n’est plus qu’un homme ; si le crime dont il est accusé, est plus grand que ceux des coupables ordinaires ; si son absolution, ou sa condamnation tient par des rapports étendus, aux grands intérêts de la nation, la raison n’aperçoit aucune distance entre sa personne & celle des autres accusés ;&, peut-être, la sagesse de nos neveux sourira-t-elle un jour de pitié si elle apprend que nous attachons encore une importance extraordinaire au souvenir de ce qu’il fut ; que le titre même que nous avons proscrit, l’environnait encore d’une assez grande illusion, pour mettre l’affaire qui le regarde, au rang des plus grands objets qui aient pu occuper les arbitres de la liberté de l’univers. [...]

" Ce n’est plus un procès entre un individu & un individu soumis au jugement de la société ; c’est la cause de la société contre un individu. Quel en sera le juge ? la société elle-même. La société sera donc juge & partie ? oui ; ainsi le veut la nature des choses ; puisque, d’un côté la justice & l’humanité exigent que les crimes commis contre le salut des peuples, ne demeurent point impunis ; & que de l’autre, il n’existe point de tribunal au-dessus de la nation, si ce n’est la raison éternelle ; & qui sera l’interprète de ses jugemens, si ce n’est la majorité des membres qui composent le corps social ? [...]

" Quand le gouvernement dégénère en tyrannie, c’est-à-dire, lorsqu’il agit contre la volonté & contre l’intérêt de la société elle-même, alors le pacte politique est rompu ; la nation est en état de guerre contre le tyran, & elle entre, à son égard, dans tous les droits de la nature ; ce n’est plus d’après les lois qu’il a violées, qu’il doit être jugé ; mais d’après les principes de la loi naturelle, sous l’empire de laquelle il s’est placé lui-même. Or, que prescrit cette loi ? Elle impose aux hommes un double devoir ; le premier est celui de pouvoir à leur propre conservation, d’où résulte le droit de punir tous ceux qui attaquent leur liberté, ou leur sûreté ;le second est de secourir nos semblables opprimés, d’où dérive encore le droit de punir ceux qui les oppriment. [...]

" Et comment une nation, forcée par l’excès de l’oppression à reprendre l’exercice de sa toute puissance, pourrait-elle prendre pour règle de ses destinées les vices monstrueux du code même qu’elle a été obligée d’anéantir, & les absurdités tyranniques qui n’attestent que la violation de ses droits ? [...]

" La loi atteint sans peine les coupables sans appuis ; à peine, dans la durée des siècles, a-t-elle pu frapper un roi. Et cependant ce sont les crimes des rois qui enfantent tous les autres crimes, avec les passions lâches, & la misère. [...]

20 novembre 1792. Découverte, aux Tuileries, d'une armoire renfermant la correspondance secrète de Louis XVI que Roland fait saisir illégalement, sans témoin, comme pour dérober les papiers compromettant ses amis Girondins.

22 novembre 1792. Parution du N°6 des " LETTRES… A SES COMMETTANS " de Robespierre.

Des papiers publics : L’opinion est la reine du monde ; comme toutes les reines, elle est courtisée & souvent trompée. Les despotes visibles ont besoin de cette souveraine invisible, pour affermir leur propre puissance ; & ils n’oublient rien, pour faire sa conquête.

" Le secret de la liberté est d’éclairer les hommes, comme celui de la tyrannie est de les retenir dans l’ignorance. Un peuple qui connaîtrait ses droits & ses intérêts, qui pourrait se former une idée juste des opérations de ses délégués, serait toujours bien gouverné, parce qu’il ne pourrait jamais être trompé. [...] "

26 novembre 1792. Un décret de la Convention ordonne que les émigrés rentrés en France soient reconduits à la frontière. Roland & Louvet sont exclus des Jacobins.

29 novembre 1792. Suppression du Tribunal du 17 août. Parution du N°7 des " LETTRES… A SES COMMETTANS " de Robespierre, contenant seulement une réponse à la lettre de Pétion qui, depuis le 10 août, est ouvertement passé aux Girondins. Il fait, une fois de plus, l’historique du 10 août & de la Commune insurrectionnelle.

30 novembre 1792. Face aux troubles causés par la cherté des subsistances, en particulier en Eure-&-Loir, la Convention, sur la proposition de Lacroix, arrête l’envoi de troupes. Robespierre monte à la tribune :

" […] Je demande qu’au sein de cette assemblée revienne pour jamais l’impartialité & la concorde. Je demande la permission de proposer un moyen sûr de confondre les complots de tous les ennemis de la Convention nationale, c’est-à-dire, de tous les partisans du royalisme & de l’aristocratie. Je demande à proposer un moyen de confondre à jamais les libellistes. La majesté de la Convention nationale comme celle de la nation française qu’elle représente, est au-dessus de tous les faibles coups, car elle tient dans ses mains un moyen toujours prêt de leur imposer le silence ; elle peut répondre par un décret à l’imbécile fureur de pamphlets lancés sur elle.

Je demande que demain le tyran des Français, le chef de tous les conspirateurs, soit condamné à la peine de ses forfaits. Je demande à prouver en dix minutes que, tant que la délibération continuera le cours qu’elle a pris, elle réveillera toutes les factions, elle ranimera toutes les espérances des amis de la royauté.

Après demain, vous concilierez les droits de la propriété avec la vie des hommes, vous prononcerez sur les subsistances. Le jour suivant vous poserez les bases de toute constitution libre : alors tous les ennemis de la liberté tomberont à vos pieds ; mais étouffons les petites passions, car c’est ici que nous donnons le signal de la discorde. " Journal des débats & décrets

2 décembre 1792. Alors que, un peu partout en France, le peuple est en ébullition & réclame la taxation des grains, dont le prix monte à cause de la spéculation & de l’accaparement, ce dernier étant lié à la défiance des paysans vis-à-vis des assignats, à la Convention qui penche pour la " liberté " du commerce, Robespierre prononce un discours sur les subsistances qui fut fort applaudi, mais qui n’emporta pas la Convention. A noter que Saint-Just, le 29 novembre, avait parlé dans le sens opposé.

"[...] Quel est le premier objet de la société ? c’est de maintenir les droits imprescriptibles de l’homme. Quel est le premier de ces droits ? celui d’exister.

"La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là ; la propriété n’a été instituée ou garantie que pour la cimenter ; c’est pour vivre d’abord que l’on a des propriétés. Il n’est pas vrai que la propriété puisse jamais être en opposition avec la subsistance des hommes.

"Les alimens nécessaires à l’homme sont aussi sacrés que la vie elle-même. Tout ce qui est indispensable pour la conserver est une propriété commune à la société entière. Il n’y a que l’excédent qui soit une propriété individuelle, & qui soit abandonné à l’industrie des commerçans. Toute spéculation mercantile que je fais aux dépens de la vie de mon semblable n’est point un trafic, c’est un brigandage & un fratricide.

"D’après ce principe, quel est le problême à résoudre en matière de législation sur les subsistances ? le voici : assurer à tous les membres de la société la jouissance de la portion des fruits de la terre qui est nécessaire à leur existence ; aux propriétaires ou aux cultivateurs le prix de leur insdutrie, & livrer le superflu à la liberté du commerce. Je défie le plus scrupuleux défenseur de la propriété de contester ces principes, à moins de déclarer ouvertement qu’il entend par ce mot le droit de dépouiller & d’assassiner ses semblables. Comment donc a-t-on pu prétendre que toute espèce de gêne, ou plutôt que toute règle sur la vente du bled était une atteinte à la propriété, & déguiser ce système barbare sous le nom spécieux de la liberté du commerce ? [...]

"Sans doute si tous les hommes étaient justes & vertueux ; si jamais la cupidité n’était tentée de dévorer la substance du peuple ; si dociles à la voix de la raison & de la nature, tous les riches se regardaient comme les économes de la société, ou comme les frères du pauvre, on pourrait ne reconnaître d’autre loi que la liberté la plus illimitée ; mais s’il est vrai que l’avarice peut spéculer sur la misère, & la tyrannie elle-même sur le désespoir du peuple ; s’il est vrai que toutes les passions déclarent la guerre à l’humanité souffrante, pourquoi les lois ne réprimeraient-elle pas ces abus ? Pourquoi n’arrêteraient-elles pas la main homicide du monopoleur, comme celle de l’assassin ordinaire ? pourquoi ne s’occuperaient-elles pas de l’existence du peuple, après s’être si long-tems occupées des jouissances des grands, & de la puissance des despotes ? [...]

"Que la circulation dans toute l’étendue de la république soit protégée ; mais que l’on prenne les précautions nécessaires pour que la circulation ait lieu. C’est précisément du défaut de circulation que je me plains. Car le fléau du peuple, la source de la disette, ce sont les obstacles mis à la circulation, sous le prétexte d la rendre illimitée. La subsistance publique circule-t-elle, lorsque des spéculateurs avides la retiennent entassée dans leurs greniers ? Circule-t-elle, lorsqu’elle est accumulée dans les mains d’un petit nombre de millionnaires qui l’enlèvent au commerce, pour la rendre plus précieuse & plus rare ; qui calculent froidement combien de familles doivent périr avant que la denrée ait atteint le tems fixé par leur atroce avarice ? Circule-t-elle, lorsqu’elle ne fait que traverser les contrées qui l’ont produite, aux yeux des citoyens indigens qui éprouvent le supplice de Tantale, pour aller s’engloutir dans le gouffre inconnu de quelque entrepreneur de la disette publique ? Circule-t-elle, lorsqu’à côté des plus abondantes récoltés le citoyen nécessiteux languit, faute de pouvoir donner une pièce d’or, ou un morceau de papier assez précieux pour en obtenir une parcelle ?

"La circulation est celle qui met la denrée de première nécessité à la portée de tous les hommes, & qui porte dans les chaumières l’abondance & la vie. Le sang circule-t-il, lorsqu’il est engorgé dans le cerveau ou dans la poitrine ? Il circule, lorsqu’il coule librement dans tous le corps ; les subsistances sont le sang du peuple, & leur libre circulation n’est pas moins nécessaire à la santé du corps social, que celle du sang à la vie du corps humain. Favorisez donc la libre circulation des grains, en empêchant tous les engorgemens funestes. Quel est le moyen de remplir cet objet ? Or à la cupidité l’intérêt & la facilité de les opérer. Or, trois causes les favorisent, le secret, la liberté sans frein, & la certitude de l’impunité. [...]

" Je sais bien que quand on examine les circonstances de telle émeute particulière, excitée par la disette réelle ou factice des blés, on reconnaît quelquefois l’influence d’une cause étrangère. L’ambition & l’intrigue ont besoin de susciter des troubles : quelquefois, ce sont ces mêmes hommes qui excitent le peuple, pour trouver le prétexte de l’égorger, & pour rendre la liberté même terrible, aux yeux des hommes faibles & égoïstes. Mais il n’en est pas moins vrai que le peuple est naturellement droit & paisible ; il est toujours guidé par une intention pure ; les malveillans ne peuvent le remuer, s’ils ne lui présentent un motif puissant & légitime à ses yeux. Ils profitent de son mécontentement plus qu’ils ne le font naître ; & quand ils le portent à des démarchent inconsidérées, par le prétexte des subsistances, ce n’est que parce qu’il est disposé à recevoir ses impressions, par l’oppression & par la misère. Jamais un peuple heureux ne fut un peuple turbulent. [...]"

3 décembre 1792. A la Convention, Robespierre arrive à prononcer son premier discours sur le jugement de Louis XVI. S’ensuivit une discussion mouvementée. Finalement la Convention adopte la proposition de Pétion de juger elle-même le roi.

" L'assemblée a été entraînée, à son insu, loin de la véritable question. Il n'y a point ici de procès à faire. Louis n'est point un accusé. Vous n'êtes point des juges. Vous n'êtes, vous ne pouvez être que des hommes d’État, & les représentants de la nation. Vous n'avez point une sentence à rendre pour ou contre un homme, mais une mesure de salut public à prendre, un acte de providence nationale à exercer. [...]

" Louis fut roi, & la république est fondée : la question fameuse qui vous occupe est décidée par ces seuls mots. Louis a été détrôné par ses crimes : Louis dénonçait le peuple français comme rebelle : il a appelé, pour le châtier, les armes des tyrans ses confrères ; la victoire & le peuple ont décidé que lui seul était rebelle : Louis ne peut donc être jugé : il est déjà condamné, ou la république n'est point absoute. Proposer de faire le procès à Louis XVI, de quelque manière que ce puisse être, c'est rétrograder vers le despotisme royal & constitutionnel ; c'est une idée contre-révolutionnaire, car c'est mettre la révolution elle-même en litige. En effet, si Louis peut être encore l'objet d'un procès, il peut être absous ; il peut être innocent : que dis-je ? il est présumé l'être jusqu'à ce qu'il soit jugé : mais si Louis est absous, si Louis peut être présumé innocent, que devient la révolution ? [...]

" Lorsqu'une nation a été forcée de recourir au droit de l'insurrection, elle rentre dans l'état de la nature à l'égard du tyran. Comment celui-ci pourrait-il invoquer le pacte social ? Il l'a anéanti : la nation peut le conserver encore, si elle le juge à propos, pour ce qui concerne les rapports des citoyens entre eux ; mais l'effet de la tyrannie & de l'insurrection, c'est de les constituer réciproquement en état de guerre. Les tribunaux, les procédures judiciaires ne sont faites que pour les membres de la cité. [...]

" Les peuples ne jugent pas comme les cours judiciaires ; ils ne rendent point de sentences, ils lancent la foudre ; ils ne condamnent pas les rois, ils les replongent dans le néant : & cette justice vaut bien celle des tribunaux. Si c'est pour leur salut qu'ils s'arment contre leurs oppresseurs, comment seraient-ils tenus d'adopter un mode de les punir qui serait pour eux-mêmes un nouveau danger ? [...]

" Quand un roi a été anéanti par le peuple, qui a le droit de le ressusciter pour en faire un nouveau prétexte de trouble & de rébellion, & quels autres effets peut produire ce système ? En ouvrant une arène aux champions de Louis XVI, vous renouvelez les querelles du despotisme contre la liberté, vous consacrez le droit de blasphémer contre la république & contre le peuple ; car le droit de défendre l'ancien despote emporte le droit de dire tout ce qui tient à sa cause. [...]

" Je veux bien croire encore que la République n'est point un vain nom dont on nous amuse : mais quels autres moyens pourrait-on employer, si l'on voulait rétablir la royauté ?

" On invoque en sa faveur la Constitution. Je me garderai bien de répéter ici tous les arguments sans réplique développés par ceux qui ont daigné combattre cette espèce d'objection. Je ne dirai là-dessus qu'un mot pour ceux qu'ils n'auraient pu convaincre, La Constitution vous défendait tout ce que vous avez fait. S'il ne pouvait être puni que de la déchéance, vous ne pouviez la prononcer sans avoir instruit son procès. Vous n'aviez point le droit de le retenir en prison. Il a celui de vous demander son élargissement & des dommages & intérêts. La Constitution vous condamne : allez aux pieds de Louis XVI invoquer sa clémence. [...]

" C'est une grande cause, a-t-on dit, & qu'il faut juger avec une sage & lente circonspection. C'est vous qui en faites une grande cause : que dis-je ? c'est vous qui en faites une cause. Que trouvez-vous là de grand ? Est-ce la difficulté ? Non. Est-ce le personnage ? Aux yeux de la liberté, il n'en est pas de plus vil ; aux yeux de l'humanité, il n'en est pas de plus coupable. [...]

" Or, trois mois d'intervalle ont-ils changé ses crimes ou les droits du peuple ? Si alors on l'arracha à l'indignation publique, ce fut sans doute uniquement pour que sa punition, ordonnée solennellement par la Convention nationale au nom de la nation, en devînt plus imposante pour les ennemis de l'humanité : mais remettre en question s'il est coupable ou s'il peut être puni, c'est trahir la foi donnée au peuple français. [...]

" Pour moi, j'abhorre la peine de mort prodiguée par vos lois ; & je n'ai pour Louis ni amour ni haine ; je ne hais que ses forfaits. J'ai demandé l'abolition de la peine de mort à l'assemblée que vous nommez encore constituante ; & ce n'est pas ma faute si les premiers principes de la raison lui ont paru des hérésies morales & politiques. Mais vous, qui ne vous avisâtes jamais de les réclamer en faveur de tant de malheureux dont les délits sont moins les leurs que ceux du gouvernement, par quelle fatalité vous en souvenez-vous seulement pour plaider la cause du plus grand de tous les criminels ? Vous demandez une exception à la peine de mort pour celui-là seul qui peut la légitimer. Oui, la peine de mort, en général, est un crime, & par cette raison seule que, d'après les principes indestructibles de la nature, elle ne peut être justifiée que dans les cas où elle est nécessaire à la sûreté des individus ou du corps social. Or, jamais la sûreté publique ne la provoque contre les délits ordinaires, parce que la société peut toujours les prévenir par d'autres moyens, & mettre le coupable dans l'impuissance de lui nuire. [...]

" Je prononce à regret cette fatale vérité... mais Louis doit mourir, parce qu'il faut que la patrie vive. [...] "

4 décembre 1792. Buzot, un Girondin, fait décréter par la Convention la peine de mort contre quiconque demanderait ou tenterait de rétablir la royauté en France, sous quelque dénomination que ce soit. La Convention rejette la proposition de Philippeaux de juger le roi sans désemparer, & adopte la proposition de Pétion de consacrer tous les après-midi au procès du roi. Pour obtenir la parole, comme à chaque fois, Robespierre doit faire face à une véritable émeute du côté droit.

Moniteur universel : " Robespierre. […] L’Assemblée n’a pas décrété qu’il y aurait une procès en forme ; seulement, elle a décidé qu’elle prononcerait elle-même le jugement ou la sentence du ci-devant roi. Je soutiens que, d’après les principes, il faut le condamner sur le champ à mort, en vertu d’une insurrection. "

6 décembre 1792. Parution du N°8, & presque aussitôt du N°9, des " LETTRES… A SES COMMETTANS " de Robespierre, contenant des observations, O combien importantes, sur le projet de Cambon, relatif à la suppression des fonds affectés au culte, son discours sur le jugement de Louis XVI & le tableau des opérations de la Convention.

" [...] L’abolition du culte entretenu par l’état peut être considérée, ou dans les principes généraux & abstraits de la philosophie, ou dans les circonstances particulières de notre situation politique. On peut examiner ce qui est bon & utile aujourd’hui, &ce qui ne le sera que demain ; on peut raisonner enfin, ou en philosophes spéculatifs, ou en philosophes hommes d’état.

Je laisse à la superstition & à la métaphysique tout ce qui leur appartient à chacune dans cette question, & je m’attache à prouver : que l’opération qu’on vous propose, est mauvaise en révolution, dangereuse en politique, & qu’elle n’est pas même bonne en finances. [...]

" Mon Dieu, c’est celui qui créa tous les hommes pour l’égalité & pour le bonheur, c’est celui qui protège les opprimés, & qui extermine les tyrans ; mon culte, c’est celui de la justice & de l’humanité ! Je n’aime pas plus qu’un autre, le pouvoir des prêtes ; c’est une chaîne de plus donnée à l’humanité. Mais c’est une chaîne invisible, attachée aux esprits ; & la raison seule peut la rompre.le législateur peut aider la raison ; mais il ne peut la suppléer. l ne doit jamais rester en arrière ; il doit encore moins la devancer trop vite.

" Commencez donc par fixer vos regards sur les dispositions générales du peuple que vous devez instituer. Si vous les bornez à l’horizon qui vous environne, peut-être croirez-vous pouvoir tout faire ;mais si vous embrassez la nation toute entière ; si vous pénétrez sur-tout sous le toit du laboureur ou de l’artisan, vous reconnaîtrez sans doute qu’il est de bornes à votre puissance morale. [...]

" Attaquer directement ce culte, c’est attenter à la moralité du peuple. Qu’une société de philosophes fonde la sienne sur d’autres bases ; on le conçoit, mais les hommes, qui, étrangers à leurs méditations profondes, ont appris à confondre les motifs de la vertu avec les principes de la religion, ne peuvent voir sans effroi le culte sacrifié par les gouvernement à des intérêts d’une autre nature. Si le peuple en agissait autrement, ce ne serait qu’aux dépens de ses moeurs ; car quiconque renonce, par cupidité, même à une erreur qu’il regarde comme une vérité, est déjà corrompu. [...]

" Il résulte de ce que j’ai dit, que le projet du comité des finances n’est rien moins que philosophique ; si l’on parle de la philosophie qui choisit les moyens les plus sûrs d’être utile aux hommes. Mais combien paraîtra-t-il impolitique, si vous prévoyez les conséquences nécessaires qu’il doit entraîner ! Formez-vous une idée juste de votre situation. Vous êtes précisément au moment le plus difficile de la crise révolutionnaire. L’ancien gouvernement n’est plus ; le nouveau n’existe pas encore. La république est proclamée, plutôt qu’établie ; notre pacte social est à faire ; & nos lois ne sont encore que le code provisoire & incohérent que la tyrannie royale & constitutionnelle nous a transmis ; l’esprit de faction s’éveille, & tous les ennemis de l’égalité se rallient ; vous avez à-la-fois à prévenir les sources des menées de l’intrigue, & la ligue des tyrans à exterminer. Est-ce la le moment qu’il faut choisir, pour jeter, au milieu de nous, de nouveaux fermens de troubles & de discorde, & pour mettre de nouvelles armes entre les mains de la malveillance & du fanatisme ? [...]

" Vous verrez naître mille associations religieuses, qui ne seront que des conciliabules mystiques ou séditieux ; que des ligues particulières contre l’esprit public, ou contre l’intérêt général ; vous résuscitez sous des formes plus dangereuses, les confréries & toutes les corporations contraires aux principes de l’ordre public ; mais pernicieuses sur-tout dans les circonstances actuelles, où l’esprit religieux se combinera avec l’esprit de parti, & avec le zèle contre-révolutionnaire.Vous verrez les citoyens les plus riches saisir une occasion de réunir légitimement les partisans du royalisme sous l'étendart du culte dont ils feront les frais. Vous allez rouvrir les églises particulières que la sagesse des magistrats avait fermées ; toutes ces écoles d'incivisme & de fanatisme, où l'aristocratie irritée rassemblait ses prosélytes, sous l'égide de la religion. vous réveillez la pieuse prodigalité des fanatiques envers les prêtres dépouillés & réduits à l'indigence ; vous établissez entre les uns & les autres un commerce de soins spirituels & des services temporels, également funestes aux bonnes moeurs, au bien des familles & à celui de l'état ; enfin, vous réchauffez le fanatisme engourdi ; vous rappelez à la vie la superstition agonisante, pour le seul plaisir de violer toutes les règles de la saine politique. [...]"

Sur la police des assemblées délibérantes ( N°9 ) : " [...] J’avoue que si quelque chose prouve à quel point nous sommes inconséquens dans notre conduite & mesquins dans nos institutions, c’est l’indifférence avec laquelle nous avons souffert que le Manège des Thuileries fut si long-tems le temple de la législation. On ne s'est pas même aperçu que la nature de ce local était incompatible avec la publicité, que nous semblions regarder comme la sauve-garde de la liberté. On ne peut pas dire que les représentans de 25 millions d’hommes délibèrent publiquement, lorsqu’ils ne peuvent être vus ou entendus que de trois ou quatre cents hommes entassés dans des cages étroites & incommodes. Etait-ce la publicité des tribunaux & des assemblées de Rome & des anciennes républiques ? Il y a avait un moyen simple & infaillible, & le seul peut-être de forcer les mandataires du peuple ) être digne de lui, & d’épargner à la patrie tous les maux qu’elle a soufferts, tous ceux qui la menacent encore ; c’était de les faire délibérer au moins sous les yeux de dix mille citoyens : nous n’y avons pas même pensé. Une magnifique salle d’opéra eût été bâtie en six semaines : après quatre ans, l’assemblée législative n’a pas encore un lieu décent, pour délibérer. Celui même qu’on lui prépare, est à peine préférable à celui qu’elle doit quitter. Il est également indigne de la majesté nationale & disproportionné avec le nombre de spectateurs que la salle où on délibère sur le salut public, devait contenir. [...]"

7 décembre 1792. Un dénommé Viard, après avoir été entendu par le Comité de Sûreté générale, paraît à la barre de la Convention pour être interrogé. Il accuse Roland, dont chacun sait qu’il est un ennemi de Robespierre, d’intelligence avec les émigrés. Robespierre se lève : Tout ce qui me paraît résulter de ces réponses, & de l’affaire tout entière, c’est que l’un des coupables, c’est l’homme qui vient de répondre. ( Moniteur universel ) Viard est décrété d’arrestation. Le Patriote Français, de Brissot, qui ne cesse d’encenser le vertueux Roland & de calomnier Robespierre, verra de la bassesse dans la réplique de Robespierre, alors que la bassesse de sa part aurait plutôt, semble-t-il, consisté à appuyer cette accusation contre son ennemi personnel. Que n'aurait-il dit dans ce cas-là ? ( Robespierre paraît à la tribune pour frapper ce misérable ; c’est dans l’ordre, il était à l’agonie. " Le Patriote Français )

Le soir, aux Jacobins, Robespierre intervient pour exposer les moyens de sauver la liberté. Journal des débats & correspondance de la Sté des Jacobins : " Robespierre. […] Lisez les séances de la Convention : il n’en est pas une dont le but ne soit de perdre les patriotes, d’animer les départemens contre le bon peuple de paris ; voilà le but vers lequel sont dirigées toutes les discussions de la Convention. Vous savez les manoeuvres employées pour faire croire que Paris est dominé par un petit nombre de factieux. Pour fortifier cette calomnie dans les départemens, on a accaparé tous les papiers publics, qui journellement répandent le mensonge dans la République. Le projet des intrigants est évidemment d’exciter à Paris un grand désordre ; quand ce désordre sera excité, on dira dans les départemens : Nous ne vous en avions point imposé, vous voyez les troubles qui règnent à Paris. Ils se servent adroitement du procès du roi & des subsistances comme d’un moyen assuré pour exciter des troubles. Quels sont ceux qui apportent des lenteurs au procès de Louis XVI ? […] il paraît qu’il y a une conjuration, puisque l’on veut conserver encore un tyran déjà jugé par l’insurrection. ce n’est pas Louis XVI qui est à craindre, pais on veut que Louis XVI paraisse immolé par le peuple de Paris, & l’on dirait ensuite : La Convention nationale allait juger Louis XVI avec la dignité qui lui convenait, mais les factieux l’en ont empêchée. C’est dans cette intention que les hommes qui ont reculé pendant trois ou quatre mois le jugement de Louis XVI voudraient exciter un mouvement populaire. En un mot, s’il existe un trouble, il sera le seul moyen de légitimer tous les attentats des ennemis de la liberté. Ces mêmes conspirateurs ont attiré à Paris une force armée. […]

" Ce que nous devons faire dans ce moment, c’est de nous opposer à toute insurrection, car l’insurrection, qui est le plus saint des devoirs, serait dangereuse contre la Convention. Qu’avons-nous à faire ? Eclairer l’opinion publique par tous les moyens possibles. Il faut faire circuler nos écrits parmi les fédérés, afin de les désabuser ; il faut aller les trouver, leur donner nos circulaire pour dissiper les erreurs. & quand le moment de la conspiration sera prêt à éclater, nous combattrons comme des hommes qui ont toujours voué leur vie à la cause de la liberté. On dit que la poste arrête notre correspondance : eh bien que le Comité recueille tous les faits qui peuvent constater cette affreuse conspiration ; alors nous dénoncerons le pouvoir exécutif à l’univers entier. ( Applaudissemens très vifs de l’assemblée & des tribunes.)

Et vous, députés patriotes, je dois vous donner un conseil important : c’est de ne pas souffrir que vos collègues soient privés du droit de suffrage dans la Convention. Un député tient ses pouvoir du peuple entier, étouffer sa voix c’est étouffer la voix du peuple lui-même. Jurons de plutôt mourir à la tribune que d’en descendre lorsque l’on vous refusera la parole. ( Applaudissemns très vifs de l’assemblée & des tribunes.) Au milieu de l’approbation universelle, une douzaine de députés présens à la séance s’écrient qu’ils sont décidés à mourir à la tribune avec Robespierre, lorsqu’on lui refusera la parole. ( Applaudissemens.)

9 décembre 1792. A la Convention, Guadet obtient que les assemblées primaires se prononcent sur le rappel des députés qui auraient trahi, c’est-à-dire, dans son esprit, des Montagnards. Combattu par Manuel, Prieur de la Marne & Barère, le décret est finalement rapporté.

12 décembre 1792. Aux jacobins, Robespierre dénonce Roland. Journal des débats & correspondance de la Sté des Jacobins : " Robespierre. […] Tant qu’il existera un monstre qui tiendra dans ses mains la liberté, & surtout celle de la pensée, un ministre qui pourra disposer des biens du ci-devant clergé, tant qu’aucun homme de probité ne pourra lui demander compte des sommes immense qu’il a entre les mains ; tant qu’il aura le pouvoir de calomnier, non seulement le peuple, mais encore tous les amis du peuple ; tant que ce ministre existera, tant qu’il donnera des dîners & des places, vous n’aurez que le despotisme d’un seul, gouverné par une trentaine de fripons, tant que Roland existera, tous ces aristocrates se réuniront à lui. Voilà le véritable tableau de notre situation ; tout ce qui ne tend pas à détruire le despotisme de ces coquins-là est inutile pour la chose publique. Pour moi, je vous annonce que le but de cette faction est d’anéantir la société des Jacobins & les sociétés affiliées, d’accabler tout homme qui n’est point dévouer à cette faction, & de plonger le poignard dans le sein de ceux qui auront le courage de leur résister. "

Dans la suite de cette séance, Chasles dénonce la création par Roland d’un bureau de l’Esprit public, n’ayant évidemment d’autre mission que de distiller l’esprit Girondin. En fin de séance, Robespierre fait une proposition qui est adoptée : " Je me rappelle d’avoir appris au collège qu’il y avait deux moyens de se former l’esprit, d’abord en lisant de bons ouvrages, & ensuite en lisant de mauvais écrits ; je crois pareillement que pour former l’esprit public, il faut lire les bons & les mauvais journaux, pour faire voir jusqu’où peut aller la perversité des journalistes, & pour apprendre au public à distinguer les écrits empoisonnés ; je demande que tous les jours on donne lecture des deux plus mauvais journaux que je connaisse, le patriote français & la Chronique de paris, & sur-tout de l’article de l’assemblée nationale, rédigée par M. Condorcet ; je ne connais rien de plus mauvais & de plus perfide. "

13 décembre 1792. A la Convention, c’est à n’y pas croire, Guadet propose de poursuivre les volontaires qui rentreraient dans leurs foyer en emportant leurs capotes ou leurs fusils.

Journal de la République française : " Un très grand nombre d’orateurs ont été entendus sur cette matière. Robespierre seul a fait réformer l’article honteux qui flétrissait les soldats de la patrie qui auraient emporté leurs fusils ou leurs capotes, sans les avoir payés. "

Ce même jour, parution du N°10 des " LETTRES… A SES COMMETTANS " de Robespierre, contenant seulement une réponse à la réponse de Pétion.

14 décembre 1792. Aux Jacobins, alors qu’un soldat blessé se présente pour demander des secours, Robespierre intervient. Journal des débats & correspondance de la Sté des Jacobins : " Je demande que mes collègues se joignent à moi, &, quand je dis mes collègues, je ne parle pas de ces hommes qui trahissent la cause du peuple, de ces monstres qui trafiquent de sa liberté ; je parle de ces hommes qui sont constamment dévoués à la défense des vrais principes ; j’invite ces collègue à se réunir à moi, afin que nous puissions obtenir des récompenses proportionnées aux services des défenseurs de la patrie. "

Dans la même séance, Robespierre appui une pétition du corps électoral réclamant des indemnités pour les élus. Le Créole patriote : " Qu’arriverait-il si on refusait une indemnité en faveur d’un citoyen quelconque que les suffrages ont porté à des places qui ne lui permettent pas de vaquer à ses affaires particulières ? Il en arriverait que les citoyens, dont les facultés ne permettraient pas d’abandonner leurs moyens de subsistance ordinaire, se trouveraient écartés des places ; & certes, ne serait-ce pas alors que, par ce fait, le peuple perdrait sa souveraineté pour n’avoir pas les moyens d’exercer ses doits. J’appuie donc cette pétition avec d’autant plus de raison que les motifs m’en paraissent puissants, & je promets de la défendre de toutes mes forces ; j’invite seulement les électeurs à faire quelques changements dans la rédaction de leur adresse. "

16 décembre 1792. Buzot, appuyé par Louvet, propose de bannir de la République tous les Bourbons, y compris Philippe-Egalité, député de Paris. Desmoulins & Marat s’y opposent, mais la proposition est adoptée, sauf en ce qui concerne Philippe-Egalité pour lequel la décision est ajournée à deux jours. ( Robespierre n'assistait pas à cette séance. ) Finalement, le 18, toute l’affaire sera renvoyée après le procès de Louis XVI, contrairement à l’opinion de Louvet qui, trahissant les vues des Girondins, demanda que ces deux questions soient assimilées. Un mot sur d'Orléans dit Philippe-Egalité. Il était une des plus grosses fortunes du royaume, grand maître de toutes les loges maçonniques de France. La haine de Marie-Antoinette, dite l'Autrchienne, ne le rendait que plus sympathique au peuple, envers lequel il se montrait d'ailleurs généreux. Il cumulait donc influence politique & pouvoir économique. Manoeuvra-t-il pour être roi à la place du roi, comme le sera son propre fils, le duc de Chartres, futur Louis Philippe ? Son fils, justement, était un des lieutenants de Dumouriez qui pris un temps le masque du patriotisme, alors qu'il déclarait à d'Orléans fils qu'il avait de grandes chances de régner. Danton était un intime de d'Orléans. Choderlos de Laclos, qui rédigea la pétition du 17 juillet 1791 où la déchéance de Louis XVI était réclamée en faveur d'une régence ( Qui aurait été le régent ? ), aurait aussi été un de ses intimes. A la Convention, d'Orléans qui siégeait sur la Montagne, était pourtant davantage lié aux Girondins, & par son fils à travers Dumouriez, & par ses relations personnelles ; ce ne sont pas les Montagnards qui le firent élire, mais les Girondins. Il votera la mort du Louis XVI, un parent. Quand son fils désertera avec Dumouriez, en avril 93, il sera arrêté, & finalement exécuté en octobre, avec les Girondins.

Journal des débats & correspondance de la Sté des Jacobins : " Robespierre. […] Les patriotes ont paru défendre le citoyen Egalité parce qu’ils ont cru la cause des principes attachée à la cause d’Egalité. & une chose bien certaine, c’est que les patriotes n’ont jamais eu de liaison avec la maison d’Orléans, & que ceux qui ont provoqué ce décret ont les plus grandes liaisons avec cette maison. Comment se fait-il que Pétion, qui est de la faction brissotine, qui est évidemment l’ami d’Egalité se soit déclaré contre lui ? Voilà une matière à réflexions. Comment se fait-il que Sillery, confident de la maison d’Orléans, n’abandonne pas la société de Brissot & de Pétion ? Comment se fait-il que les patriotes qui ont défendu d’Orléans n’ont jamais eu aucune liaison avec la maison d’Orléans ? comment se fait-il que d’Orléans ait été nommé député à la Convention par ceux qui ont des liaisons avec Brissot ? Comment se fait-il que Louvet ait cherché a accréditer le bruit que nous voulions élever d’Orléans à la royauté ? Comment se fait-il que Louvet, qui sait fort bien que dans l’Assemblée électorale j’ai voté contre Egalité, ait répandu dans ses libelles que je veux donner la couronne à d’Orléans ? […]

" Le but de cette faction est de se donner un air républicain, &, pour arriver à ce but, ils veulent nous imputer tous les projets qu’elle médite elle-même. […] On a parlé de dictature ; on a vu que cette calomnie ne faisait pas fortune ; en conséquence on veut faire mouvoir un autre ressort, on veut nous appeler la faction orléaniste. […] Actuellement, voici les dangers de la motion de Louvet ; le but de cette motion est de chasser de la Convention les meilleurs patriotes : car, après avoir chassé Egalité, on voudra encore en chasser d’autres, &, lorsqu’ils auront empoisonné l’opinion publique,il leur sera facile de faire renvoyer les vrais patriotes & les vrais amis du peuple jusqu’à ce qu’ils restent seuls maîtres du champ de bataille. Déjà, ils ont posé en principe que, dès qu’une fois le nom d’un homme pouvait alarmer ses concitoyens, on pouvait le chasser par la voie de l’ostracisme. […] Mais je le déclare, toutes ces raisons ne doivent point nous empêcher de voter pour les principes de Buzot. "

19 décembre 1792. Chambon, Girondin, maire de paris, se présente à la barre de la Convention pour présenter au nom des sections une pétition qu’il leur a arraché, pétition visant officiellement à lui faire rapporter son décret relatif aux Bourbons, mais officieusement à appuyer le thèse Girondine selon laquelle la Convention est opprimée par Paris.

20 décembre 1792. Parution du N°11 des " LETTRES… A SES COMMETTANS " de Robespierre, entièrement consacré à la proposition de Buzot relative au bannissement des Bourbons.

[...] On était frappé de voir parmi les plus chauds partisans de la motion, ceux qui se montrent, tous les jours, les plus froids pour les principes de la liberté, & les plus zélés pour prolonger le procès de Louis Capet. [...] Comment concevoir que les mêmes hommes qui voulaient des formes éternelles, pour juger Louis Capet, voulussent proscrire, sans aucune forme, tous les hommes du même sang, avant qu’il eût été lui-même condamné ? [...] Soit qu’elle fût adoptée, soit qu’elle échouât, les intrigans comptaient qu’elle tournerait au profit de leur astucieuse politique. En la proposant, ils espéraient se donner un air de républicanisme aux yeux du public. Si les patriotes prenaient le parti de la combattre, alors on devait les dénoncer à la nation entière comme des royalistes, comme une faction, dont le ci-devant duc d’Orléans était le chef. Déjà on avait préparé d’avance d’avance le succès de cette machination. L’auteur même de la motion, monsieur Louvet, renonçant au projet de décréditer les amis de la liberté sous les noms de dictateurs ou de triumvirs, avait pris les parti d’en faire tout simplement des royalistes. Témoin ce pamphlet in-folio, intitulé : A Robespierre & à ses royalistes, imprimé, distribué, peu de tems auparavant, à tous les membres de la Convention nationale, & autant qu’il était possible, à tous les citoyens. [...]

" Dans l’hypothèse contraire, & en supposant même qu’elle fût adoptée, sans réclamation, ils en obtenaient un autre non moins précieux ; celui précisément d’ouvrir une porte aux proscriptions, pour bannir de la Convention nationale, ceux de leurs collègues, qu’ils regardent comme un obstacle à l’accomplissement de leur pernicieux système. On se rappelle les accusations qu’ils intentèrent, dans cet esprit, dès les premiers tems de la Convention, par l’organe de ce même monsieur Louvet, auteur de la motion actuelle ; après avoir échoué dans cette mesure, on a imaginé d’autres expédiens. Ne pouvant faire le procès à ceux dont ils veulent se défaire, puisque c’est le patriotisme qu’ils veulent proscrire, ils ont voulu légaliser, en quelque sorte, l’ancien système des lettres-de-cachet & des ordres arbitraires ; ils ont cru que, pour le rendre supportable, il suffirait de le déguiser sous un nom antique ; & il lui ont donné celui d’ostracisme. [...]

" L’ostracisme paraissait être une précaution de la liberté ombrageuse, contre l’ascendant de la vertu même. Mais avons-nous donc vu briller tant de vertus républicaines, que nous soyons déjà réduits à la nécessité de les proscrire ? Eprouvons-nous une telle disette d’intrigans & d traîtres, qu’il faille leur ménager les moyens de se défaire de tous les gens de bien ?A Athènes même, l’ostracisme était soumis à des règles. Il ne pouvait être exercé que tous les cinq ans, & contre un seul homme. Il fallait, pour le prononcer, une si grande majorité de suffrages, qu’il pouvait difficilement frapper un citoyen dont l’absence n’était pas regardée généralement comme nécessaire à la république. Ceux qui veulent naturaliser, parmi nous, cette institution, sont beaucoup moins difficiles ; il paraît qu’ils ne veulent admettre en cela d’autres règles que leur caprice & leur intérêt particulier ; ils veulent bannir tous les jours qui il leur plaira, afin de prouver, d’une manière sans réplique, leur violent amour pour la liberté. [...]

" Si le peuple est mûr pour la république, cette proscription est superflue ; s’il ne l’est pas, elle est impuissante. [...] Mais je dirai que, dans tous les cas, il dépend de la Convention nationale qu’ils ne puissent être dangereux à la patrie ;il suffit qu’elle s’occupe avant tout & uniquement du soin d’élever l’édifice de la félicité publique sur les bases sacrées de la justice & de l’égalité. [...]

" Pour moi, je voterai volontiers, avec vous, pour l’exil des Capet : mais garantissez-moi, que ce sera là le dernier acte de proscription : garantissez-moi, que le lendemain, vous nous permettrez de proposer de bonnes lois. "

23 décembre 1792. Aux Jacobins, Robert, intime de Danton, dit qu'il serait bon qu'un Jacobin demande un délai pour Louis XVI. Journal des débats & correspondance de la Sté des Jacobins : " Robespierre. Je vais soumette à la Société quelques réflexions sur les moyens de déjouer les projets des ennemis de la liberté. Il est clair que leur but est d’exciter un grand mouvement dans Paris, pour l’attribuer aux patriotes & aux Parisiens, afin de faciliter à la Convention les moyens de quitter Paris. Voilà le but des Brissotins. Pour déjouer ces projets, il faut que le peuple reste calme & conserve sa dignité, que l’on regarde comme suspect quiconque parlerait de donner la mort au tyran. Si mercredi il n’est pas encore condamné à perdre la tête sur l’échafaud, ne nous opposons pas au délai qu’il demandera ; si nous restons calme, dans deux mois les Brissotins seront forcés de fuir & d’aller chercher refuge en Angleterre. Voilà le terme de leur complot ; mais soyons calmes & ne faisons aucun mouvement qui ferait la joie de nos ennemis. "

26 décembre 1792. La Convention, sur proposition de Couthon, décide que la discussion est ouverte sur le jugement de Capet, & qu’elle sera continuée, toutes affaires cessantes, jusqu’à l’énoncé du jugement.

27 décembre 1792. Salles, Girondin, propose qu’après avoir prononcé sur le jugement de Capet, la Convention en appelle au peuple, réuni dans les assemblées primaires, pour qu’il prononce la peine.

28 décembre 1792. Buzot, plus subtile, demande que le peuple ratifie seulement la peine prononcée par la convention. Robespierre lui succède à la tribune & prononce son second discours sur le jugement du roi, ou plutôt contre l’appel au peuple, discours qu’il prononcera le lendemain aux Jacobins qui en voteront l’impression & l’envoi aux sociétés affiliées.

[...] Je ne répéterai point qu'il est des formes sacrées qui ne sont pas celles du barreau ; qu'il est des principes indestructibles, supérieurs aux rubriques consacrées par l'habitude & par les préjugés ; que le véritable jugement d'un roi, c'est le mouvement spontané & universel d'un peuple fatigué de la tyrannie, qui brise le sceptre entre les mains du tyran qui l'opprime ; que c'est là le plus sûr, le plus équitable & le plus pur de tous les jugements. [...]

" Inexorable, quand il s'agit de calculer, d'une manière abstraite, le degré de sévérité que la justice des lois doit déployer contre les ennemis de l'humanité, j'ai senti chanceler dans mon coeur la vertu républicaine, en présence du coupable humilié devant la puissance souveraine. La haine des tyrans & l'amour de l'humanité ont une source commune dans le coeur de l'homme juste, qui aine son pays. Mais, citoyens, la dernière preuve de dévouement que les représentants du peuple doivent à la patrie, c'est d'immoler ces premiers mouvements de la sensibilité naturelle au salut d'un grand peuple & de l'humanité opprimée. Citoyens, la sensibilité qui sacrifie l'innocence au crime est une sensibilité cruelle ; la clémence qui compose avec la tyrannie est barbare. [...]

" Chaque instant de retard amène pour nous un nouveau danger ; tous les délais réveillent les espérances coupables, encouragent l'audace des ennemis de la liberté, nourrissent au sein de cette assemblée la sombre défiance, les soupçons cruels ; citoyens, c'est la voix de la patrie alarmée qui vous presse de hâter la décision qui doit la rassurer. [...]

" Quel était le motif d'un nouveau délai ? Vouliez-vous acquérir de nouvelles preuves écrites contre l'accusé ? Non, Vouliez-vous faire entendre des témoins ? Cette idée n'est encore entrée dans la tête d'aucun de nous. Doutiez-vous du crime ? Non, Vous auriez douté de la légitimité ou de la nécessité de l'insurrection ; vous douteriez de ce que la nation croit fermement ; vous seriez étrangers à notre révolution ; &, loin de punir le tyran, c'est à la nation elle-même que vous auriez fait le procès. [...]

" L'honneur des nations, c'est de foudroyer les tyrans & de venger l'humanité avilie ! La gloire de la Convention nationale consiste à déployer un grand caractère & à immoler les préjugés serviles aux principes salutaires de la raison & de la philosophie ; il consiste à sauver la patrie & à cimenter la liberté par un grand exemple donné à l'univers. [...]

" Citoyens, la victoire décidera si vous êtes des rebelles ou les bienfaiteurs de l'humanité ; & c'est la hauteur de votre caractère qui décidera la victoire. [...]

" Mais ce que personne de vous n'a remarqué, sans doute, & qui mérite bien cependant de piquer votre curiosité, c'est que l'orateur [ Salles ] qui, après un libelle préparatoire, distribué selon l'usage, à tous les membres, a proposé & développé, avec tant de véhémence, le système de renvoyer l'affaire de Louis au tribunal des assemblées primaires, en parsemant son discours des déclamations ordinaires contre le patriotisme, est précisément le même qui, dans l'Assemblée constituante, prêta sa voix à la cabale dominante, pour défendre la doctrine de l'inviolabilité absolue, & qui nous dévouait à la proscription. pour avoir osé défendre les principes de la liberté ; c est le même, en un mot, car il faut tout dire, qui, deux jours après le massacre du Champ-de-Mars, osa proposer un projet de décret portant établissement d'une commission pour juger souverainement, dans le plus bref délai, les patriotes échappés au fer des assassins. [...]

" Ils comptent sur la fermentation que cette orageuse & éternelle délibération excite dans les esprits. Ceux qui ne veulent pas que Louis tombe sous le glaive des lois ne seraient pas fâchés de le voir immolé par un mouvement populaire; ils ne négligeront rien pour le provoquer. Peuple malheureux ! On se sert de tes vertus mêmes pour te perdre. Le chef-d’oeuvre de la tyrannie, c'est de provoquer ta juste indignation, pour te faire un crime ensuite, non seulement des démarches indiscrètes auxquelles elle peut te porter, mais même des signes de mécontentement qui t'échappent. [...]

" J'ai prouvé que la proposition de soumettre aux assemblées primaires l'affaire de Louis Capet tendait à la guerre civile ; s'il ne m'est pas donné de contribuer à sauver mon pays, je prends acte du moins, dans ce moment, des efforts que j'ai faits pour prévenir les calamités qui le menacent. Je demande que la Convention nationale déclare Louis coupable & digne de mort. "

Le Patriote Français : " Le discours de Robespierre n’a point trompé l’attente de ceux qui sont familiarisés depuis longtemps avec sa tactique de tribune. Robespierre ne veut que des applaudissemens, il doit donc flagorner le peuple ( des tribunes ). Robespierre a peur ; il aura donc toujours devant les yeux des poignards. Robespierre craint la raison, il parlera donc toujours aux passions. Il est profond en perversité, il parlera donc toujours à la profonde perversité des autres. Il ne cesse de calomnier ses ennemis, il déclamera donc éternellement contre la calomnie. Prenez au hasard un discours de Robespierre, vous y verrez toujours ce langage, cette marche. Le discours qu’il a prononcé aujourd’hui offre un nouvel échantillon.

" Il fait entendre que le renvoi aux assemblées primaires de la question de la peine à infliger au ci-devant roi, était un plan désastreux combiné par des intrigans pour bouleverser la république, pour occasionner la guerre civile, facilité l’entrée de la république aux rois étrangers, & transiger ensuite aux dépens du bon, du pauvre peuple… Demandez à Robespierre ses preuves ;il vous répondra : je ne prouve rien, je dénonce. [...] "

Ne perdons pas de vue que, à cette époque, les Girondins tiennent le gouvernement avec Roland, la Commune avec Chambon, & la Convention, que la France n’est instruite de ce qui se passe à Paris que par leurs journaux, tel Le Patriote Français, tandis que la correspondance des Jacobins est interceptée par la poste. Dans ce contexte, rien d’étonnant à ce que les Jacobins reçoivent sans cesse & de partout des lettres réclamant la radiation de Robespierre, Marat & Danton, réclamant au contraire la réintégration de Brissot, Roland, &c. D’après cela, on peut juger de qui abusait & avait les moyens d'abuser qui.

31 décembre 1792. Un certain Louvain, avec quelques complices, tente de soulever le faubourg Saint-Antoine & de l’entraîner au Temple pour tuer Louis XVI. Il est arrêté par le peuple, conduit chez le commissaire de la Section & définitivement réduit au silence, selon Robespierre, par un de ses complices.

Ce même jour, parution du N°12 des " LETTRES… A SES COMMETTANS " de Robespierre, contenant son second discours sur le jugement de Louis Capet & des extraits des journaux de Gorsas & de Brissot.

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