ROBESPIERRE

1793 (1)

4 janvier 1793. La Convention vote la suppression de la permanence des Sections, mais, après une intervention de Robespierre, non sans peine, elle en ajourne l’exécution.

5 janvier 1793. Parution du N°1 de la deuxième série des " LETTRES… A SES COMMETTANS " de Robespierre, contenant une lettre à MM. Vergniaud, Gensonné, Brissot & Guadet sur la souveraineté du peuple & sur leur système de l’appel du jugement de Louis Capet, ainsi que le tableau des opérations de la Convention.

" […] Qu’est-ce que la souveraineté, messieurs ? c’est le pouvoir qui appartient à la nation de régler sa destinée. La nation a sur elle-même, tous les droits que chaque homme a sur sa personne ; & la volonté générale gouverne la société comme la volonté particulière gouverne chaque individu isolé. Les mandataires du peuple sont, avec le souverain, dans le même rapport que les commis d’un particulier avec leur commettant, & que le serviteur avec le père de famille. Or, messieurs, que diriez-vous d’un fondé de procuration qui, au lieu de saisir l’occasion de conclure un affaire d’où dépend la ruine ou la fortune de son mandant, la laisserait échapper, sous le prétexte de le consulter ? Que diriez-vous d’un serviteur qui refuserait d’éteindre le feu qui prend à la maison de son maître, de peur d’attenter au droit qui appartient à celui-ci, de disposer de sa propriété ? or, messieurs, la république est menacée d’un grand incendie ; loin de l’éteindre, c’est vous qui l’allumez. Vous mettez le feu à la maison du souverain, pour la piller impunément.

" Comment, messieurs ! on vous a entendu mille fois faire un crime aux bons citoyens de ce qu’ils réclamaient la souveraineté du peuple, pour la défendre contre vos attaques, & voilà que, tout-à-coup, vous poussez vous-mêmes votre tendre sollicitude pour elle, au-delà des bornes de la démagogie la plus outrée, parce qu’il s’agit de sauver le tyran, & de détruire la république. Vous ne l’avez point invoquée, lorsque vous protégiez Narbonne ; lorsque vous faisiez décréter qu’il irait commander l’armée sans rendre ses comptes ; lorsque vous faisiez retentir la tribune, lorsque vous remplissiez vos feuilles vénales de son éloge, & que vous gardiez le silence sur les manoeuvres par lesquelles il livrait l’état, sans défense, à nos ennemis. Vous ne l’avez point invoquée, M. Guadet, lorsque vous fîtes remettre par la législature, le droits de faire des lois pour l’armée, & le pouvoir absolu de vie & de mort sur les défenseurs persécutés de la patrie, entre les mains des généraux de ce tems-là, c’est-à-dire, de tous les traîtres qui étaient alors à la tête de nos armées. Vous n’invoquiez point la souveraineté, messieurs, lorsque vous placiez vous-mêmes vos amis au ministère, & que vous vous empariez, à deux époques différentes, des trésors de l’état & de toute la puissance publique. Vous ne consultiez point le peuple, lorsque, disposant très-librement des deniers publics, vous faisiez donner aux ministres six millions pour dépenses secrètes ; lorsqu’ensuite vous fîtes révoquer ce décret, au moment où vous fûtes brouillés avec Dumourier, qui vous accusa publiquement de vouloir punir le refus qu’il avait fait de partager le butin entre vous. Ce n’est pas la volonté du souverain que vous consultiez, car la volonté du souverain n’est ni injuste, ni versatile. Vous ne la consultiez pas, lorsque vous entassiez des millions dans les mains de Rolland, votre ami, tantôt sous le prétexte d’acheter des grains, tantôt sous le prétexte de former l’esprit public, c’est-à-dire, pour affamer le peuple & calomnier les amis de la liberté. La consultiez-vous, lorsqu’à la fin de juillet dernier, au moment où les fédérés rassemblés à Paris, conspiraient saintement contre la tyrannie, avec toutes les sections de cette grande cité, vous osâtes vous opposer à la déchéance de Louis Capet, demandée par les cris de l’indignations universelle ; lorsque M. Vergniaud osa proposer aux représentans du peuple d’envoyer un message au tyran, & de lui faire des représentations, pour le dérober au décret qui le menaçait ? Alors, messieurs, vous paraissiez plus convaincu de la souveraineté de la cour, que de celle du peuple […]

" Portez long-tems le deuil des tyrans, pour appeler la haine sur la tête des bons citoyens, & sur le berceau de la république. On sait que vous ne vous attachez au mois de septembre, que pour vous venger du mois d’août, & pour calomnier indirectement la révolution que vous avez voulu étouffer, & que vous avez réussi à rendre nulle, jusqu’à ce moment. Prodiguez les noms d’assassins & de scélérats à la portion la plus pure de l’assemblée nationale ; il n’en sera pas moins vrai que les défenseurs de la cause du peuple sont les amis de l’humanité, & que les avocats de la tyrannie sont aussi lâches que cruels. Imputez des projets criminels aux patriotes, pour cacher vos propres attentats, & ils seront plutôt découverts ; criez aux agitateurs & à l’anarchie, afin qu’on ne s’aperçoive pas que vous excitez les troubles dont vous vous plaignez, & que vous n’aspirez qu’à déchirer la république ; & vous en serez plus promptement convaincus. […] Les Gensonné, les Vergniaud, les Brissot, les Guadet passeront ; Paris restera. Paris sera encore le rempart de la liberté, le fléau des tyrans, le désespoir des intrigans, la gloire de la république & l’ornement du globe, long-tems après que vous serez tous des émigrés. […]

" Quand Louis fugitif eut été ramené de varenne, la presqu’unanimité de l’assemblée constituante, était déterminée à le déclarer inviolable, & à lui laisser toute son autorité. La constitution monarchique existait ; & il n’y avait point eu d’insurrection qui eût renversé le tyran du trône ; le petit nombre de membres qui osèrent élever la voix contre cette conspiration contre la liberté publique, opposèrent au système dominant, la ressource du jugement du peuple qui désirait la punition de Louis. J’avoue que j’étais de ce nombre ; s’il était alors une idée tendante à la république, propre à amener la ruine du tyran & de la tyrannie, c’était celle-là ; aussi, tous les esclaves de la cour me dénoncèrent comme républicain. Mais aujourd’hui que la république est fondée, aujourd’hui que la Convention nationale, assemblée pour condamner Louis, n’oserait l’absoudre, & que les plus déterminés royalistes de votre parti n’osent le proposer ; aujourd’hui que la guerre étrangère, qui n’était point alors allumée, semble combinée avec la guerre civile, dont toutes les torches semblent préparées, il n’y a que les ennemis de la liberté qui aient pu imaginer d’anéantir, par un appel, la pressante mesure de sûreté générale que la Convention doit prononcer contre lui. Nous appelions alors au peuple du décret de l’inviolabilité & de l’absolution du roi ; aujourd’hui vous appelez du décret qui doit le condamner, & dont vous feignez vous-mêmes de reconnaître la justice. Vous faites, pour la tyrannie, tout ce que les circonstances permettent de faire en sa faveur ; nous faisions alors tout ce qu’il était possible de tenter pour la liberté. Dans vos principes, vous auriez voté alors pour la majorité corrompue, que nous combattions, & que vous imitez. Que dis-je ? les principaux champions de votre système sont du nombre de ceux qui en 1791, votèrent lâchement pour l’impunité du roi parjure, & pour l’accroissement de son pouvoir ; & ce sont ces gens-là qui nous font aujourd’hui un crime d’avoir voulu appeler de leur faiblesse ou de leur corruption, à la justice du peuple indigné ! Qu’on juge, par ce seul trait, de votre véracité & de votre pudeur ! […] "

10 janvier 1793. Parution du N°2 de la deuxième série des " LETTRES… A SES COMMETTANS " de Robespierre, contenant seulement des " observations générales sur le projet d’instruction publique proposé à la Convention nationale " par le comité d’instruction publique & un article de Camille Desmoulins contre l’appel au peuple.

" L’Homme est bon, sortant des mains de la nature ; quiconque nie ce principe, ne doit point songer à instituer l’homme : si l’homme est corrompu, c’est donc aux vices des institutions sociales qu’il faut imputer ce désordre. De ces deux vérités découlent tous les principes de l’éducation, soit publique, soit particulière. […]

"  Les bonnes lois, les lois que j’appelle conformes à la nature, c’est-à-dire, à la raison, sont celles qui établissent cette heureuse harmonie ;les mauvaises, sont celles qui la troublent. Par-tout où les lois sont fondées sur ces principes, elles sont elles-mêmes l’éducation publique. Par-tout où elles les violent l’éducation publique est nécessairement mauvaise. Soumise à l’influence d’un gouvernement vicieux, elle ne sera entre ses mains qu’un nouvel instrument de corruption & de tyrannie. Pour un peuple qui a de mauvaises lois, l’éducation publique est un fléau de plus ; la dernière ressource qui lui reste, est de conserver, dans l’indépendance de la vie privée & de l’éducation paternelle, le moyen de tenir encore, par quelques liens, aux principes éternels de la justice & de la vérité. Le chef-d’oeuvre de la politique des despotes, est de s’emparer de la raison de l’homme, pour la rendre complice de la servitude. Législateurs, le véritable caractère de votre mission, pour devenir les précepteurs de vos concitoyens, c’est la bonté des lois que vous leur proposerez. Vous prétendez vous-même que l’un des principaux objets de l’instruction publique sera de graver vos lois dans les esprits. Comment voulez-vous que nous les apprenions, avant qu’elles existent, ou si elles étaient telles qu’il fallut plutôt les désapprendre ? […] Quelles que soient celles que vous nous donnerez, n’oubliez pas que votre raison ne doit pas tyranniser la raison universelle ; & que l’autorité publique doit laisser à l’opinion publique la liberté de perfectionner les lois & le gouvernement. […]

" Quelles sont les choses qu’il importe sur-tout d’apprendre aux citoyens ? Ce sont les droits de l’humanité ; ce sont les devoirs de chaque homme, envers son semblable ; ce sont les principes divins de la morale & de l’égalité. […]

" Les lois ne doivent voir dans le gouvernement qu’un serviteur nécessaire du souverain, que l’oeil du maître doit surveiller : elles ne doivent jamais permettre au serviteur de mettre un bandeau sur cet oeil importun. Aussi l’idée la plus extravagante qui soit jamais entrée dans la tête d’un législateur, ce serait, sans contredit, celle de l’assemblée précédente, lorsqu’elle donna au ministre de l’intérieur des sommes énormes, destinées à propager l’esprit public ; si le même ministre n’avait depuis peu donné un exemple plus absurde encore, en instituant dans son immense département, un bureau particulier, sous le titre de bureau de formation de l’esprit public. Il faut convenir, que si une manufacture de cette espèce n’est pas la plus ridicule de toutes les institutions, elle en est au moins la plus dangereuse pour l’esprit public & pour la liberté. […]

" Si quelqu’un croit pouvoir objecter aux vérités que je vient de développer, l’exemple de quelque peuple ancien ; qu’il veuille bien y réfléchir un instant ; il verra qu’il parle d’une petite ville dont les lois étaient fondées sur deux bases qui nous font horreur ; la pauvreté & la communauté de biens ; il verra qu’il n’y a rien de commun entre cette famille de républicains austères, & une nation de 25 millions d’hommes dans les circonstances où nous sommes. […] "

13 janvier 1793. La Convention confie sa garde aux fédérés & à la garde nationale de Paris.

15 janvier 1793. La Convention, à la quasi unanimité, répond OUI à la question : Louis est-il coupable de conspiration contre la liberté de la nation & d’attentat contre la sûreté de l’Etat ? Ensuite, 424 contre 281 députés répondent NON à la question : Le jugement de la Convention nationale contre Louis Capet sera-t-il soumis à la ratification du peuple réuni dans ses assemblées primaires ?

16 janvier 1793. La Convention doit se prononcer, par appel nominal, sur la question : Quelle peine sera infligée à Louis ?

Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre. Je n’aime point les longs discours dans les questions évidentes ; ils sont d’un sinistre présage pour la liberté ; ils ne peuvent suppléer à l’amour de la vérité & au patriotisme qui les rend superflus. Je me pique de ne rien comprendre aux distinctions logomachiques imaginées pour éluder la conséquence évidente d’un principe reconnu. Je n’ai jamais su décomposer mon existence politique, trouver en moi deux qualités disparates, celle de juge & celle d’homme d’Etat ; la première, pour déclarer l’accuser coupable ;la seconde pour me dispenser d’appliquer la peine. Tout ce que je sais, c’est que nous sommes des représentants du peuple, envoyés pour cimenter la liberté publique par la condamnation du tyran & cela me suffit. Je ne sais pas outrager la raison & la justice, en regardant la vie d’un despote comme d’un plus grand prix que celle des simples citoyens, & en me mettant l’esprit à la torture pour soustraire le plus grand des coupables à la peine que la loi prononce contre des délits beaucoup moins graves, & qu’elle a déjà infligée à ses complices. Je suis inflexible pour les oppresseurs, parce que je suis compatissant pour les opprimés ; je ne connais point l’humanité qui égorge les peuple, & qui pardonne aux despotes.

Le sentiment qui m’a porté à demander, mais en vain, à l’Assemblée constituante, l’abolition de la peine de mort, est le même qui me force aujourd’hui à demander qu’elle soit appliquée au tyran de ma patrie, & à la royauté elle-même dans sa personne. Je ne sais point prédire ou imaginer des tyrans futurs ou inconnus, pour me dispenser de frapper celui que j’ai déclaré convaincu, avec la presque unanimité de cette assemblée,& que le peuple m’a chargé de juger avec vous. Des factions véritables ou chimériques ne seraient point, à mes yeux, des raisons de l’épargner, parce que je suis convaincu que le moyen de détruire les factions n’est pas de les multiplier, mais de les écraser toutes sous le poids de la raison & de l’intérêt national. Je vous conseille, non de conserver celle du roi, pour l’opposer à celles qui pourraient naître ; mais de commencer par abattre celle-là, & d’élever ensuite l’édifice de la félicité générale sur la ruine de tous les partis anti-populaires. Je ne cherche point non plus, comme plusieurs autres, des motifs de sauver le ci-devant roi dans les menaces ou dans les efforts des despotes de l’Europe, car je les méprise tous, & mon intention n’est pas d’engager les représentants du peuple à capituler avec eux. Je sais que le seul moyen de les vaincre, c’est d’élever le caractère français à la hauteur des principes républicains, & d’exercer sur les rois & sur es esclaves des rois l’ascendant des âmes fières & libres sur les âmes serviles & insolentes. Je croirai bien moins encore que ces despotes répandent l’or à grand flots pour conduire leur pareil à l’échafaud, comme on l’a intrépidement supposé. Si j’étais soupçonneux, ce serait précisément la proposition contraire qui me paraîtrait vraie. Je ne veux point abjurer ma propre raison pour me dispenser de remplir mes devoirs ; je me garderai bien surtout d’insulter un peuple généreux, en répétant sans cesse que je ne délibère point ici avec liberté, en m’écriant que nous sommes environnés d’ennemis, car je ne veux point protester d’avance contre la condamnation de Louis Capet, ni en appeler aux cours étrangères. J’aurais trop de regrets, si mes opinions ressemblaient à des manifestes de Pitt ou de Guillaume ; enfin, je ne sais point opposer des mots vides de sens & des distinction inintelligibles à des principes certains & à des obligations impérieuses. Je vote pour la mort. "

17 janvier 1793. L’appel nominal, commencé la veille, se termine vers 8 heures du soir. 387 députés sur 721 se sont prononcés pour la mort. Les défenseurs du roi transmettent alors à la Convention une protestation de sa part : " j’interjette appel à la nation elle-même du jugement de ses représentants. " En un mot, il récuse ses juges & repose la question de l’appel au peuple. Robespierre intervient. A sa suite, Guadet demande l’ajournement au lendemain. Finalement, la Convention décide qu’il n’y a pas lieu à délibérer.

Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre. […] Et moi qui ai éprouvé aussi les sentimens qui vous animent, je vous rappelle dans ce moment à votre caractère de représentans du peuple, aux grands principes qui doivent vous guider, si vous ne voulez pas que le grand acte de justice que vous avez accordé à la Nation elle-même ne devienne une nouvelle source de peines & de malheurs. […] Je demande donc que vous déclariez, Citoyens, que le prétendu appel au peuple qui vient de vous être signifié, doit être rejeté, comme contraire aux principes de l’autorité publique, aux droits de la Nation, aux autorités des représentans, & que vous interdisiez à qui que ce soit d’y donner aucune suite, à peine d’être poursuivi comme perturbateur du repos public. "

Ce même jour, à midi, rassemblement civique, place du Carroussel, des Marseillais, des fédérés des 83 départements & des délégués des 48 sections de Paris. Les calomnies des Girondins perdent manifestement l’effet qu’elles ont dans les départements.

18 janvier 1793. Lors du vote sur la peine à infliger, les Girondins ont voté pour la mort, mais avec sursis. Ce jour est donc consacré à la question du sursis. La Montagne se prononce pour la discussion immédiate & sans désemparer. De même Robespierre, mais il ajoute que si l’Assemblée devait ajourner la discussion, qu’elle " décrète que demain à 4 heures, l’appel nominal sera commencé sur la question du sursis ; & que si le résultat lui est contraire, l’exécution aura lieu dans les vingt-quatre heures. " Finalement, la Convention ajourne au lendemain.

19 janvier 1793. La Convention ferme la discussion sur le sursis & procède à l’appel nominal sur la question : Sera-t-il sursis à l’exécution du jugement de Louis Capet ? 380 NON contre 310 OUI.

20 janvier. Assassinat par Pâris, ancien garde du corps du roi, de Lepeletier de Saint-Fargeau, député & ami intime de Robespierre. Alors que les Girondins se disent menacés par les Parisiens, c'est un Montagnard qui tombe. Le soir, à la veille de l'exécution de Louis XVI, aux Jacobins, Robespierre appelle les sections " à maintenir un calme imposant & terrible " & une affiche leur est envoyée à cet effet.

Ce même jour, à la Convention, les Girondins, par la bouche de Gensonné, réclament des poursuites contre les auteurs des massacres de septembre, ce qui est adopté avec un amendement de Tallien incluant dans ces poursuites ces qui ont défendu les Tuileries le 10 août.

21 janvier. Exécution de Louis Capet, ci-devant Louis XVI. Toutes les monarchies d'Europe se coalisent contre la République Française.

21 janvier 1793 toujours. A l’Assemblée, suite à l’assassinat de Lepeletier, Bréard demande pour la Convention l’exercice de la police. Barère, outre les honneurs du Panthéon pour Lepeletier, demande que des visites domiciliaires soient ordonnées & que ceux qui, recelant un émigré, n’en feraient pas la déclaration aux municipalités & aux sections, soient punis de six ans de fers. Robespierre intervient. La Convention accorde à Lepeletier les honneurs du Panthéon & décrète qu’elle assistera en corps à ses funérailles. Elle supprime le bureau de Roland relatif à la formation de l’esprit public & décrète qu’il devra en rendre les comptes.

Le Logotachigraphe : " Robespierre. […] Citoyens, que ce grand attentat, qui doit être un dernier coup porté par nos ennemis, & qui doit retourner contre la tyrannie, ne soit point une occasion de violer les principes de la liberté par un excès de zèle ; le véritable moyen de sauver la patrie, c’est d’avoir pour ces mêmes principes un respect inaltérable. […] La liberté s’opposera toujours à ce qu’un corps investi d’une énorme puissance & d’une autorité qui embrasse l’Etat tout entier, soit encore chargé spécialement & immédiatement de la police particulière d’un lieu. […]

Barère a prouvé avec raison la mesure des visites domiciliaires, redoutable à la liberté si elles étaient exercées sans aucune modification ! ces modifications doivent être puisées dans les principes de la libertés & doivent tendre à assurer l’arrestation des conspirateurs contre la sûreté nationale, sans nuire à la propriété, à la sûreté des individus & des bons citoyens. J’appuie la motion de Barère relative aux visites domiciliaires, pourvu que vous preniez les précautions nécessaires pour qu’un citoyen ne soit point puni pour avoir recélé un émigré lorsqu’il lui était impossible de le reconnaître ; & qu’en conséquence vous prescriviez, relativement à cette circonstance, le délai suffisant que vous croirez leur devoir.

Quant à Pelletier, le moindre hommage que nous puissions lui rendre à cette tribune, c’est de faire ici l’éloge de ses vertus. Pelletier du noble, Pelletier exerçait une des premières places dans unde ces corps si puissans sous le despotisme. Pelletier jouissait d’une fortune immense, & il fut constamment, depuis le commencement de la révolution, le défenseur des principes populaires, l’un des plus zélés fondateur de la république. Sous ces trois rapports, Pelletier fut un prodige ; sous ces trois rapports, il a droit à la reconnaissance publique. La Convention peut sans scrupule lui accorder les plus grands honneurs qu’on puisse accorder aux citoyens. […] Sous tous ces rapport, il est doux de se livrer à l’idée que Pelletier mérite d’être porté au Panthéon, & je vote pour qu’il y soit placé ; je le demande pour rendre hommage à ses vertus ; je le demande pour les sacrifices immense qu’il a fait à la liberté, & le patriotisme assassiné dans sa personne ; je le demande au nom de la république naissante, moins pour rendre hommage à Pelletier, qu’à la vertu, qu’à la patrie, qu’à a liberté. […] 

C’est à l’amour de la patrie, c’est aux principes de la liberté que je vous conjure de vous rallier. L’on connaîtra que nous sommes unis lorsqu’on nous verra tous attachés aux opinions les plus visiblement populaires, lorsque la calomnie sera bannie de cette enceinte, lorsque le cri des factieux n’oser s’y faire entendre, lorsqu’enfin nous travaillerons à cimenter de toutes nos forces l’édifice de la liberté que nous devons éclairer. […] Je demande donc, citoyens, que la Convention nationale porte un regard attentif sur l’usage qu’on a fait des sommes destinées à soutenir l’esprit public ; je demande qu’on examine sévèrement & avec une vertu véritablement républicaine, si celui qui fut chargé du veto de la fortune publique & de l’esprit public en a fait l’usage convenable. […] "

Lepeletier

Basire, du Comité de sûreté générale, propose la peine de mort contre quiconque aura caché ou favorisé la fuite de l'assassin de Lepeletier, & tandis que certains députés attaquent la forme de la motion :

Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre. J'attaque le fond même de la motion ; elle est contraire à tous les principes. Quoi, au moment où vous allez effacer de votre code pénal la peine de mort, vous la décrèteriez pour un cas particulier ! Les principes d'éternelle justice s'y opposent. Pourquoi d'ailleur sortir de la loi, pour venger un représentant du peuple ? Vous ne le feriez pas pour un simple citoyen ; & cependant l'assassinat d'un citoyen est égal, aux yeux des lois, à l'assassinat d'un fonctionnaire public. Je demande que les lois existantes soient exécutées contre le meurtrier de notre malheureux collègue, & que sur les propositions que l'on a faites, l'Assemblée passe à l'ordre du jour." Adopté.

Ce même jour, sur l'intervention de Robespierre, le bureau de formation de l'esprit civique est supprimée & Roland sommé de rendre ses comptes.

25 janvier 1793. Parution du N°3 de la deuxième série des " LETTRES… A SES COMMETTANS " de Robespierre, contenant le récit de l’exécution de Louis XVI, l’opinion d’Anthoine, député de la Mozelle, sur le jugement de Louis, deux adresses, une de Toulouse, une d’Arras, dénonçant respectivement les manoeuvres des Girondins lors du procès de Louis XVI, & celles de Roland, & le tableau des opérations de la Convention.

30 janvier 1793. Des délégués des fédérés de Marseilles demandent à la Convention à rentrer dans leurs foyers. Lanjuinais s'y oppose, disant que leur poste est sur la frontière, là où la République a besoin d'eux.

Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre. Je ne crois pas qu'on puisse douter que les Marseillais, & tous les Fédérés venus à Paris, n'y soient venus librement, & qu'il n'y a rien de commun entr'eux & les citoyens qui se sont engagés, ils sont venus librement, non pour composer une armée, non pour repousser l'ennemi, mais pour secourir leurs frères de Paris. L'Assemblée doit leur donner la liberté de se retirer, mais sans blesser les principes ; car leur permettre de se retirer, ce serait dire qu'il faut un décret pour que des hommes libres puissent se retirer. Je demande donc qu'on passe purement & simplement à l'ordre du jour."

Ce même jour, parution du N°4 de la deuxième série des " LETTRES… A SES COMMETTANS " de Robespierre, contenant un article sur les mesures à prendre pour achever la guerre & consolider la république :

" […] Il faut proscrire le machiavelisme & le feuillantisme pour faire régner la droiture & la liberté, ou vous livrez la France à la guerre civile & à l’anarchie.

" Il faut assurer la subsistance du pauvre par des lois sages & humaines. Il faut l’arracher aux barbares spéculations d’une administration dévorante, & à la cupidité homicide du monopole. Il faut renoncer à tous ces faux systèmes qui n’ont d’autre base que de vains sophismes, & l’intérêt de l’avare opulence, pour revenir aux principes de la justice & du bon sens.

" Il faut surveiller l’emploi de nos finances, & les soustraire à l’empire de l’agiotage & de la fripponerie.

" Il faut nous hâter d’abroger les lois oppressives que la tyrannie royale nous a laissées. Il faut élever une constitution sage sur les bases éternelles de la raison & de l’égalité.

" Il faut en même temps nous occuper des moyens de terminer la guerre, avec autant de promptitude que de succès. Il faut la faire, non pour les généraux : mais pour le peuple, non pour l’ambition : mais pour la liberté ; il faut borner nos entreprises militaires, & leur prescrire les bords du Rhin, pour limites. Il faut purger l’armée de tous les officiers suspects qu’elle renferme encore, & les remplacer par des amis éprouvés de l’égalité & de la république. Il ne faut pas souffrir que nos généraux violent jamais impunément les lois ni les principes. Il faut pourvoir religieusement aux besoins de nos soldats. Il faut exciter le zèle des défenseurs de la patrie, en leur assurant un sort, ainsi qu’à leurs femmes & à leurs enfans, & en acquittant plus fidèlement qu’on a fait jusques ici la dette que la patrie a contractée envers eux. Il faut leur en donner pour gages dès ce moment, la loyauté & la générosité, avec laquelle nous traiterons les citoyens qui, jusques ici ont versé leur sang pour elle. Le bonheur de la France est entre nos mains, elle est sauvée si nous ne nous obstinons point à la perdre. Nous pouvons être les plus grands des hommes, si nous ne voulons pas en être les plus vils. "

1 février 1793. Déclaration de guerre à l’Angleterre. A la convention, Chambon, malgré les interventions de Marat, Robespierre, &c., obtient la réorganisation du ministère de la guerre & le changement du ministre, en l'occurrence Pache.

4 février 1793. Les Girondins font nommer Beurnonville au ministère de la guerre, en remplacement de Pache.

5 février 1793. Parution du N°5 de la deuxième série des " LETTRES… A SES COMMETTANS " de Robespierre, contenant l’article ci-dessous, ainsi qu’un projet de Fabre d’Eglantine pour l’approvisionnement des armées, projet selon lequel le ministère de la guerre définirait les besoins de l’armée mais laisserait les localités pourvoir aux besoins de leurs soldats ; un modèle de décentralisation.

Sur la France en guerre : " Quelle est sublime la destinée de ce peuple, contre qui les despotes se liguent, pour ensevelir, avec lui, les droits de l’humanité qu’il a rétablis ! Jadis on a vu des citoyens magnanimes persécutés pour la cause de la liberté, par tous les scélérats de leur pays. Tels furent Socrate, Caton & Sydney. Mais un peuple, attaqué par les tyrans de la terre, pour avoir élevé l’étendard de la liberté universelle, est un prodige dont les annales du genre humain ne présente aucun exemple. […]

" Le véritable objet de notre politique doit être de détacher les peuples de la cause des tyrans ligués contre nous. […] Il faut opposer l’instruction, aux calomnies répandues par les gouvernemens étrangers, pour discréditer notre révolution. La nature, sans doute, avait gravé dans tous les coeurs, les vérités qui en sont la base : mais les préjugés & la servitude les ont effacées ; & les écrivains mercenaires dont le despotisme stipendie la bassesse, ont réveillé contre nous, tous les préjugés & toutes les passions des esclaves, en même-tems qu’il prenait les précautions les plus rigoureuses, pour écarter des mains du peuple, les écrits français qui pouvaient l’éclairer. Le soin d’instruire les étrangers exigeait d’autant plus de zèle & d’intelligence, qu’il fallait l’adapter, sous plusieurs rapports, au caractère & à la situation des différens peuples. Par exemple, il ne faut point parler, en tout, le même langage, pour les pays où les préjugés superstitieux, & l’empire des prêtres sont à-peu-près mûrs, & pour ceux où ils conservent encore toute leur vigueur. Il ne faut pas compromettre les grands intérêts communs à tous les hommes, en blessant trop vivement des affections populaires, qu’il était impossible de déraciner pour le moment. […]

" Toutes ces réflexions doivent nous conduire à un retour sérieux sur nous-mêmes. Ne perdons jamais de vue que nous sommes en spectacle à tous les peuples, que nous délibérons en présence de l’univers. Songeons que chacun de nos discours retentit d’un pôle à l’autre, que les amis de l’humanité recueillent avec empressement & que tous les partisans du despotisme les épient, avec méchanceté, pour calomnier la cause de la liberté : tout homme qui blasphème ici contre les droits du peuple, ou qui prostitue sa voix aux préjugés ou à l’intrigue, est le complice des tyrans, & se déclare l’ennemi du genre humain. Nous devons nous tenir en garde contre les écarts même du zèle le plus sincère. J’exprimerai ici, en passant, une idée qui n’a point encore été mise au jour, mais qui m’a causé souvent une douloureuse inquiétude. Oui, nous devons nous abstenir de rappeler l’attention publique sur les idées religieuses,& de faire croire aux étrangers qui n’adoptent point certaines maximes philosophiques dans toute leur latitude, que leur cause est liée avec celle de la liberté que nous défendons. Et, s’il faut le dire, je crains bien que certaines propositions exagérées même pour le peuple français, & tout au moins prématurées, qui ont été faites à cette tribune, n’aient fourni à nos ennemis des moyens de nous desservir auprès de certains peuples, chez qui l’opinion publique n’est point arrivée au même point, & qui auraient d’ailleurs embrassé les principes politiques que nous professons. […]

" On peut aider la liberté ; jamais la fonder par l’emploi d’une force étrangère. Les préjugés qui la combattent cèdent à la raison ; & se fortifient par la violence ; il en est sur-tout qui ont un tel ascendant sur le coeur des hommes, que les attaquer de front, c’est les rendre invincibles & sacrés. Ceux qui veulent donner des lois, les armes à la main, ne paraissent jamais que des étrangers & des conquérans, sur-tout à des hommes qu’il faut désabuser, & apprivoiser avec la république, & avec la philosophie. Tout ce que nous avons à faire pour le moment, c’est de foudroyer les tyrans qui nous font la guerre, & de nous unir aux peuples contr’eux ; le tems, la raison, notre exemple, & la paix feront le reste, pour la perfection des gouvernemens & de l’espèce humaine. Remettons entre les mains des peuples, leurs propres destinées. Proclamons chez eux la déclaration des droits, & la souveraineté des nations ; qu’ils s’assemblent sous ces auspices ; mais qu’ils règlent ensuite les formes de leur gouvernement. […] "

11 février 1793. Election de Pache à la mairie de Paris.

12 février 1793. Une pétition sur les subsistances est présentée à la Convention. Les pétitionnaires qui prétendent parler au nom des 48 sections & des 84 départements, attaquent les députés de Paris.

18 février 1793. Parution du N°6 de la deuxième série des " LETTRES… A SES COMMETTANS " de Robespierre, essentiellement consacrée à la pétition du 12 février sur les subsistances, mais aussi à l’organisation de l’armée.

" […] Le peuple est toujours pur dans ses motifs ; il ne peut aimer que le bien public, puisque le bien public n’est que l’intérêt du peuple : mais les intrigans, aussi rusés qu’il est simple, aussi pervers qu’il est bon, cherchent quelquefois à abuser de ses vertus, de sa juste indignation même, il faut le dire, pour le tromper, & pour l’enchaîner ensuite. Le plus favorable de tous les motifs, le plus fécond de tous les moyens, c’est la disette ou simplement l’inquiétude sur les subsistances publiques. A Dieu ne plaise que je décourage ses vrais défenseurs ; je les défendrai moi-même, aux dépens de ma vie & de ma réputation : mais je combattrai, avec la même franchise, les aristocrates hypocrites, qui, sous quelque prétexte que ce soit, empruntent le masque du patriotisme qu’ils ont calomnié jusques ici ; exagèrent les principes qu’ils voulaient anéantir ; qui espèrent entraîner à des démarches inconsidérées le peuple qu’ils se sont toujours efforcés d’endormir & d’enchaîner ; qui font naître la misère publique, & qui ensuite cherchent à en abuser, pour tout bouleverser. Il est des hommes qui jusques ici se sont enrichis de la détresse publique ; des vampires accoutumés à spéculer sur la famine, qui peuvent faire eux-mêmes le tableau le plus effroyable des maux qu’ils ont causé, pour les rendre incurables. Il est un art, connu de tous les ennemis perfides du peuple ; c’est d’arrêter les progrès des principes autant qu’il est en eux, & de les pousser ensuite à un excès ridicule, pour les décréditer. […]

" Ce n’est pas du pain seulement que nous devons au peuple français ( les despotes en donnent à leurs sujets ), c’est la liberté cimentée par des lois humaines, c’est la dignité des citoyens, c’est la jouissance des droits sacrés de l’humanité, & l’exercice de toutes les vertus sociales que la république développe, & qui font à-la-fois l’ornement & le bonheur de la vie humaine ; or, pour remplir ces devoirs imposans, nous avons besoin d’être secondés par la sagesse, autant que par l’énergie du peuple qui, généreux, nous a aidé à terrasser le despotisme ;nous avons besoin d’être secondés par la force de l’opinion publique & par le calme majestueux que cette grande cité a montré jusqu’à ce moment, en dépit de tous ses ennemis.

" Je demande qu’immédiatement après l’organisation de l’armée, la Convention nationale mette à l’ordre du jour non-seulement les moyens de calmer les inquiétudes publiques sur les subsistances, mais encore tous les points de bienfaisance & de secours publics dont elle doit s’occuper, & dont plusieurs ont déjà été annoncés. "

Observation sur l’organisation de l’armée proposée par Dubois-Crancé : " […] c’est insulter gratuitement aux hommes & aux défenseurs de la patrie, de supposer qu’ils seront mutins & indisciplinés, si les militaires du grade subalterne choisissent ceux du grade supérieur. A qui obéit-on plus facilement qu’à ceux que l’on estime ? & quelle autorité sera plus assurée que celle d’un chef qui joint au pouvoir de la loi l’ascendant de la confiance de ceux à qui il commande ? On dit : si les subalternes choisissent, ils auront pour ceux qui peuvent les élire, des complaisance funestes au bien du service ; & il sacrifieront la discipline au désir de leur avancement. Mais il est certain au contraire que le seul moyen de gagner l’estime & l’amitié, soit de ses camarades, soit de ses inférieurs, c’est de remplir ses devoirs avec distinction & avec fidélité, & supposer que les soldats français sont naturellement disposés à prostituer leur confiance à de lâches militaires, qu’ils mépriseraient, aux dépens du salut public & du leur, au préjudice de leurs braves compagnons d’armes, c’est à-la-fois outrager le bon sens, & démentir l’expérience. Tout ce qui pourrait résulter de cette institution, c’est que le supérieur, sans rien négliger de ce qu’exige le salut public & le bien du service, ne perdrait que l’esprit de despotisme, de caprices & d’aristocratie qu’ils ajoutent trop souvent à la juste fermeté qu’ils doivent montrer ; & que la discipline militaire arriverait au point de perfection qui convient aux intérêts de la république. On prétend encore que le choix du supérieur par les subalternes donnerait nécessairement d’indignes officiers à l’armée : mais je demande qui est meilleur juge des soldats que leurs compagnons d’armes ; qui est meilleur juge des supérieurs que les subalternes eux-mêmes ? et pourquoi veut-on que j’aie plus de confiance dans le suffrage d’un homme que ses inférieurs ou ses camarades auront jugé digne de leur estime, que dans celui qui aura été lui-même choisi par le caprice, ou par les distraction d’un ministre orgueilleux, ou d’un général intrigant ? […] "

15 février 1793. Condorcet présente à la Convention son essai de Constitution. Ultra-démocratique, elle ne permettait, de fait, qu'aux riches libres de leur temps de s'occuper des affaires publiques.

23 février 1793. La Convention décrète la levée de 300.000 hommes.

25 février 1793. Un prêtre émigré, rentré en France avec un passeport a été arrêté puis libéré par le Tribunal du district d’Amiens. Saladin demande la cassation du jugement. Goupilleau signale le retour massif en Vendée des prêtres émigrés, & demande des visites domiciliaires. Robespierre intervient. Les deux demandes sont décrétée.

Gazette nationale, ou le Moniteur universel : "  Robespierre. […] La circonstance actuelle vous impose évidemment des mesure plus grandes, plus rigoureuses contre les émigrés. Toutes celles que vous avez prises sont illusoires, j’en atteste la facilité avec laquelle les émigrés rentrent tous les jours dans le sein de la patrie. Les exceptions tuent continuellement le principe. La source du mal est dans cette loi sur les émigrés, loi incohérente dont les dernières dispositions ont anéanti les premières que votre sagesse avait adoptées. Vous n’avez pris aucunes mesures contre les directoires qui conniveraient avec les émigrés, avec les prêtres. Déjà plusieurs de ces ennemis, sous l’égide de quelques administrateurs, ont osé se remettre en possession des biens qui appartiennent à la Nation & aux braves défenseurs de la patrie, qui vont pour elle prodiguer leur sang aux frontières. Il est donc nécessaire de revoir cette loi, d’en retrancher toutes les exceptions ; il faut des mesures pénales contre les directoires en connivence avec les émigrés. Je demande que vous adoptiez le projet Saladin, & qu’allant ensuite à la source du mal, vous revoyiez cette loi qui ne peut paraître suffisante qu’à ceux qui professent une indulgence coupable pour les conspirateurs, indulgence funeste au peuple, qui doit avoir, en revenant de défendre la patrie, l’espoir d’être dédommagé de ses fatigues & de ses blessures. "

25 février 1793. A Paris, pillage d’épiceries, rue des Lombards. Les femmes, & quelques hommes, parmi lesquels des domestiques d’émigrés qui furent arrêtés, se font délivrer le sucre, la café & le savon à un prix inférieur à son cours.

Le soir, aux Jacobins, Robespierre intervient. Journal des débats & correspondance de la Sté des Jacobins : " Robespierre. […] Le peuple souffre ; il n’a pas recueilli le fruit de ses travaux ; il est encore persécuté par les riches, & les riches sont encore ce qu’ils furent toujours, c’est-à-dire durs & impitoyables. ( Applaudi ) Le peuple voit l’insolence de ceux qui l’ont trahi ; il voit la fortune accumulée dans leurs mains, il sent sa misère, il ne sent pas la nécessité de prendre les moyens d’arriver au but, & lorsqu’on lui parle le langage de la raison, il n’écoute que son indignation contre les riches, il se laisse entraîner dans de fausses mesures par ceux qui s’emparent de sa confiance pour le perdre.

Il y a deux causes : la première, une disposition naturelle dans le peuple à chercher les moyens de soulager sa misère, disposition naturelle & légitime en elle-même ; le peuple croit qu’au défaut de lois protectrices, il a le droit de veiller lui-même à ses propres besoins.

Il y a une autre cause : cette cause, ce sont les desseins perfides des ennemis de la liberté, des ennemis du peuple, bien convaincus que le seul moyen de nous livrer aux puissances étrangères est d’alarmer le peuple sur ses subsistance & le rendre victime des excès qui en résultent. J’ai été témoin moi-même des mouvements. A côté des citoyens honnêtes, nous avons vu des étrangers & des hommes opulents, revêtus de l’habit respectable de sans-culotte. Nous en avons entendu dire : " On nous promettait l’abondance après la mort du roi, & nous sommes plus malheureux depuis que ce pauvre roi n’existe plus. " Nous en avons entendu déclamer, non pas contre la portion intrigante & contre-révolutionnaire de la Convention, qui siège où siégeaient les aristocrates de l’Assemblée constituante, mais contre la Montagne, mais contre la députation de Paris & contre les Jacobins, qu’ils représentaient comme accapareurs.

Je ne vous dit pas que le peuple soit coupable, je ne vous dis pas que ses mouvements soient un attentat ;mais quand le peuple se lève, ne doit-il pas avoir un but digne de lui ? mais de chétives marchandises doivent-elles l’occuper ? Il n’en a pas profité, car le pain & le sucre ont été recueillis par les mains des valets de l’aristocratie ; &, en supposant qu’il en ait profité, en échange de ce modique avantage, quels sont les inconvénients qui peuvent en résulter ? Nos adversaires veulent effrayer tout ce qui a quelque propriété ; ils veulent persuader que notre système de liberté & d’égalité est subversif de tout ordre, de toute sûreté. Le peuple doit se lever, non pour recueillir du sucre, mais pour terrasser les brigands. […] "

26 février 1793. Salle dénonce Marat pour un article du 6 février dans lequel il disait que la pendaison de quelques accapareurs à la porte des magasins mettrait fin aux malversations. Bancal demande son expulsion & son internement. Tumulte. Robespierre met en garde la Convention contre un pareil décret qui mettrait Paris en " combustion ".

27 février 1793. Les Jacobins engagent le débat sur le rappel des députés infidèles, demandés par les sociétés affiliées. L’avis de Robespierre prévaut, il est désigné pour rédiger l’adresse aux société affiliées réclamée par Jeanbon Saint-André. Journal des débats & correspondance de la Sté des Jacobins : " Robespierre. […] Que résulterait-il du changement des députés ? La Convention nationale en serait-elle plus pure ? En résulterait-il que les députés éliminés seraient remplacés par des députés plus dignes de la confiance publique ? Si l’on suivait les principes, il est évident qu’ils seraient remplacés par des suppléants. Or, la même intrigue, qui a nommé de mauvais députés, a nommé de mauvais suppléants ; & remarquez que les suppléants ont déjà toute la duplicité, toute la perfidie de ceux que l’on veut chasser. Tous les aristocrates font cause commune ; ils sont tous ligués contre les patriotes.

Un autre désavantage naîtrait de la mesure proposée, c’est que ceux qu’ont veut chasser sont des intrigants connus, & ils seraient remplacés par des intrigants encore couverts du masque du patriotisme. Remarquez bien que les mandataires infidèles ne sont inconnus que parce qu’ils ont l’art de cacher leur perfidie sous les couleurs du civisme.

Il résulte de ces données que le système du rappel distrait l’attention publique des grands dangers qui doivent l’occuper sans partage. En formant de nouvelles assemblées primaires, on seconderait les vues secrètes des intrigants qui veulent y jeter toutes les semences de la discorde & y allumer tous les brandons de la guerre civile. Le moyen de déjouer leur complot & de les réduire à l’impossibilité de nuire, c’est de les démasquer entièrement & de les marquer du sceau de l’ignominie. […] "

Fin février 1793. Parution du N° 7 des " Lettre… à ses commettans ", dans lequel Robespierre a inséré une lettre des républicains de Marseille à Barbaroux leur représentant, lettre qui mérite d’être reproduite.

" PERFIDE MANDATAIRE ! Depuis que la mort du tyran a rendu vains tous tes efforts, qu’elle a terrassé la vertueuse coalition dont tu étais le digne coriphée, les républicains invariables dans leurs principes, se demandent si la nation peut attendre de bonnes lois, si elle peut être bien représentée par ces hommes parjures qui ont si lâchement trahi ses intérêts, conspiré contre la liberté & l’égalité, caché sous le masque du bien public, l’amour des rois & le retour de la tyrannie. Rappele-toi Barbaroux, que dans le tems où tu cherchais, toi & tes consors, à vous entourer d’une garde prétorienne, à prôner les fausses vertus de Rolland, à provoquer la haine des départements contre les braves parisiens, à faire servir vos sinistres projets, notre bataillon républicains, séduit par tes perfides suggestions, dans ce tems où par un criminel abus de confiance, tu avais enchaîné l’opinion publique à Marseille, où tu connaissais l’esprit dominateur dans la société trompée, à l’exception d’une minorité qui gémissait en silence sur cet égarement dangereux ; dans ce tems enfin où les plus chauds amis, les plus intrépides défenseurs de la république, voyaient par la scélératesse des intrigants, le fer assassin planer sur leurs têtes ; rappele-toi que tu profitas adroitement du fruit de tes travaux & de tes intrigues, pour nous dire que tu étais prêt à te retirer si tu avais perdu notre confiance ; que tu surpris à notre société & aux sections l’adresse que tu mandias enta faveur. Eh bien ! Barbaroux, aujourd’hui que le bandeau de l’erreur est déchiré, que notre bataillon, à Paris, a pu se sauver de tes pièges, que ta perfidie, tes parjures sont constatés, malgré toi & tes pareils, la réunion de tous les francs républicains a énergiquement pressé la mort du tyran que tu ne voulais pas assassiner. Eh bien ! les républicains marseillais prennent acte de ta déclaration ; ils t’annoncent, hautement, que tu as perdu leur confiance ; ils te rappelent le poignard dont tu fortifias ton serment, lors de ton élection, & ils te somment de te retirer. Nous te vouons, toi & tes adhérans, au mépris, à l’infamie & à l’exécration nationale. C’est ainsi que pense la sainte montagne de Marseille. "

1er mars 1793. Garat, ministre de la justice, fait part à la Convention de l’affaire Philibert Lanoue, condamné à mort, conformément à la loi, pour avoir fait circuler un faux assignat, sans pourtant en être le fabricant. Il attire l’attention sur la rigueur de la loi. Robespierre intervient & la Convention adopte son opinion à l’unanimité. Journal des débats & correspondance de la Sté des Jacobins : " Robespierre. […] Je crois qu’il nous serait facile de concilier l’intérêt de la fortune publique avec celui de l’humanité, en suspendant l’exécution du jugement déjà rendu, & en perfectionnant la loi pour l’avenir. Souvenons-nous que sous l’ancien régime, un homme qui aurait donné une fausse pièce de monnaie qu’il aurait reçue, n’aurait pas été puni de mort, & que ce soit une raison de plus pour adoucir, sous le règne de la liberté, la peine due à une faute involontaire. Je proposerais donc que la loi fût renvoyée au Comité pour l’examiner de nouveau & proportionner les peines aux crimes ; je proposerais en second lieu que l’Assemblée, cédant à un sentiment de bienfaisance & de pitié bien naturel à l’homme, ordonnât le sursis à l’exécution du jugement prononcé contre Philibert Lanoue. "

Début mars 1793. Parution du N° 8 des " Lettres... à ses commettans " dans lequel Robespierre dénonce notamment la rentrée des émigrés ( Article ci-dessous ). Est également inséré dans ce numéro, l'adresse relative aux troubles du 25 février, dont les Jacobins lui confièrent la rédaction.

" La facilité avec laquelle les émigrés rentrent en France, & la confiance, avec laquelle ils reparaissent, au milieu de nous, pourvent l'insuffisance des lois portées contr'eux. Elles sont, tout au plus, des toiles d'araignées où se prennent les plus faibles d'entr'eux mais dont se dégagent aisément les plus considérables, par la fortune, par le crédit & par le talent de l'intrigue. Plusieurs causes concourent à favoriser cet abus. 1° La lenteur avec laquelle la loi a été faite & promulguée ; 2° les vices essentiels qu'elle renferme ; 3° les infidélités de ceux qui doivent la faire exécuter.

D'abord il faut renoncer à cette loi, ou la fonder sur le principe qui doit en être la base. Elle ne doit pas être considérée comme dépendante des règles ordinaires de la jurisprudence civile ; c'est une mesure révolutionnaire que le salut public commance. Les mesures révolutionnaires ont leurs dangers : mais elles n'en sont ni moins justes, ni moins nécessaires. Le régime des tems de paix & de concorde, ne peut pas être en tout celui des tems de guerre & d'orages. Quand la révolution est faite par le despotisme contre le peuple, les mesures révolutionnaires ne sont, entre ses mains, que des instrumens de cruauté & d'oppression : mais dans celles où le peuple renverse le despotisme & l'aristocratie, les mesures révolutionnaires ne sont que des remèdes salutaires & des actes de bienfaisance universelle. Leurs avantages ou leurs inconvéniens dépendent absolument & de l'esprit qui les idcte & de l'esprit qui les applique. [...]

C'était une mesure impolitique de l'abandonner aux corps administratifs. il fallait créer un juré spécial, pour juger promptement tous les cas relatifs à l'application de cette loi ; il fallait sur-tout organiser ce juré de manière qu'il fut moins accessible à la séduction. Il faudrait enfin, porter contre ceux qui expédieraient de faux certificats aux émigrés ; ou qui négligeraient de les poursuivre, ou qui les favoriseraient, les mêmes peines que la loi prononce contre les émigrés eux-mêmes ; il fallait enfin, encourager les dénonciations civiques contre les fonctionnaires publics prévaricateurs. [...]"

3 mars 1793. Insurrection à Cholet, en Vendée, contre le tirage au sort pour l'armée. Les causes de la révolte Vendéenne, antirévolutionnaire tout d’abord ( c’est-à-dire contre les mesures prises par l’Assemblée, & leurs conséquences ), puis contre-révolutionnaire ( c’est-à-dire contre la Révolution elle-même, d’où sa récupération par les royalistes ), sont multiples : les bourgeois des villes ont acquis les biens nationaux dont les paysans espéraient avoir une part ; les paysans sont fortement attachés au le clergé dont l'existence est menacée par son expropriation d’une part, par la constitution civile d’autre part ; la déchristianisation affecte les paysans dans leur croyance ; enfin l’attachement extrême du paysan vendéen à sa terre lui fait refuser l’enrôlement pour l’armée républicaine, de même que, sous la bannière royaliste, il refusera de quitter le bocage pour marcher sur Paris.

5 mars 1793. La Convention discute sur les exceptions à la loi contre les émigrés. Le Logotachigraphe : " Robespierre […] Il ne faut pas que la sagesse de la Convention, dans des questions qui intéressent la sûreté publique, & qui offrent des rapport si compliqués, soit surprise par des motifs d’intérêt, d’humanité, qui n’embrassent pas assez l’intérêt public, car la véritable humanité est celle qui sait sacrifier quelques intérêts particuliers à l’intérêt général. […] En effet, citoyens, si vous rouvrez les portes de la république aux enfans des émigrés, âgés de 18 ans, il n’y aura pas une seule de ces familles, qui n’ait un représentant dans le sein de la république, dans le sein de la Convention, & vous verrez, au défaut de leurs pères, des enfans de 18 ans, nourris dans tous les principes de l’aristocratie, premier fléau de tous nos maux, venir ici pleins de vengeance & d’orgueil, pour faire expier au peuple le premier acte de sévérité que la nation avait prononcé contre eux. Quelle singulière manière de nous préparer à écraser les tyrans qui nous attaquent au-dehors & leurs complices qui nous troublent au-dedans, que de rappeler les enfans, les élèves de nos ennemis dans notre sein ! […] je demande que la loi concernant les filles jusqu’à l’âge de 14 ans soit revue & examinée ; que la peine soit adoucie à leur égard ; je demande laquestion préalable sur toute idée de rappeler les enfants mâles des émigrés au-delà de l’âge de 14 ans déjà fixé par un décret précédent."

8 mars 1793. La Convention apprend l’évacuation de Liège & d’Aix-la-Chapelle, ainsi que la retraite de l’armée sur Valenciennes, alors qu’elle pensait que ses armées envahissaient la Hollande qui appelait la France à son secours contre l’Autriche. Delacroix, qui revient de mission en Belgique, signale l’absence d’un grand nombre d’officiers & l’ignorance dans laquelle étaient ceux présents, quant aux forces de l’ennemis. Il propose que les officiers soient tenus de rejoindre leurs corps dans les huit jours & que le ministre de la guerre communique à la Convention les motifs des officiers en congés au moment de l’attaque. Robespierre l’appuie. Les propositions sont adoptées.

Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Maximilien Robespierre. […] Citoyens, quelque critique que paraissent les nouvelles circonstances dans lesquelles se trouve la République, je n’y puis voir qu’un nouveau gage du succès de la liberté. Pour un peuple libre & naissant à la liberté, le moment d’un échec est celui qui présage un triomphe éclatant, & les avantages passagers des satellites du despotisme sont les avant-coureurs de la destruction des tyrans. Nous nous sommes trouvés dans des circonstances bien autrement difficiles, & nous sommes sortis victorieux du fond de l’abîme. Rappelez-vous l’époque glorieuse du 10 août, vos défaites du mois de septembre ; alors vous n’aviez point d’armée ; des généraux perfides nommés par la Cour & d’intelligence avec nos ennemis, avaient livré nos places sans défense. Nos soldats nus, mal approvisionnés, étaient disséminés sans ordre sur une frontière immense. La Nation osait à peine porter ses regards, soit sur les chefs militaires, soit sur les autorités civiles, elle ne savait où reposer la confiance. Nous étions entourés de trahisons & de perfidie. Qu’a fait la liberté dans son explosion ? elle s’est dégagée de toute entrave ; tous les dangers ont disparu à sa voix ; & nous ne sommes sortis de cet état que pour répandre l’épouvante dans l’Europe entière. "

7 mars 1793. Acquittement de Dietrich, ex-maire de Strasbourg, par le tribunal de Besançon. Il resta cependant en prison, & sera exécuté le 28 décembre 1793 à Paris.

9 mars 1793. Dans la soirée, à Paris, des hommes armés brisent les presses du Girondin Gorsas, pendant que d’autres tentent de fermer les barrières.

10 mars 1793. Les désastres de Belgique & les mouvements contre-révolutionnaires de l’intérieurs amènent l’Assemblée à instituer un Tribunal extraordinaire pour juger les " conspirateurs ". Robespierre intervient sur la définition de ce terme.

Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre. […] Si vous laissez la porte ouverte aux mêmes abus, le tribunal que vous venez de créer ne sera qu’un tribunal contre-révolutionnaire. Qui le fait révolutionnaire ? C’est le caractère des hommes choisis. Si la Convention nationale se trompe, elle met un nouvel instrument entre les mains des ennemis de la patrie. Je demande qu’on spécifie ce que la Convention, ce que les amis de la Liberté entendent par conspirateurs, contre-révolutionnaires. " Thuriot demande qu’il présente son article comme il le conçoit. " La loi défend, sous peine de mort, tout attentat contre la sûreté générale de l’etat ; la Liberté, l’Egalité, l’unité & l’indivisibilité de la République — puisque vous avez déclaré révolutionnairement que quiconque provoquerait le rétablissement de la royauté, sera puni de mort, je veux que le décret le mentionne. Il faut que ce tribunal punisse tous les écrits… ( Il s’élève des murmures dans une partie de la salle. ) Il est étrange qu’on murmure, lorsque je propose de réprimer un système d’écrits publics dirigés contre la Liberté, qui attaquent les principes de la souveraineté & de l’égalité, notamment ceux qui ont été soudoyés par le gouvernement lui-même, pour apitoyer le peuple sur le sort du tyran, pour réveiller le fanatisme de la royauté, pour dénoncer à l’opinion ceux qui ont voté la mort du tyran, pour diriger les poignard contre les défenseurs de la Liberté, ( Applaudissemens à plusieurs reprises ) pour allumer la guerre civile… en désignant Paris comme une ville qui devait être suspecte aux départemens ; en désignant le berceau de la révolution à d’autres parties de la République, comme une contrée ennemie contre laquelle elles devaient s’armer. Je veux enfin que ce tribunal punisse les administrateurs qui, au mépris des lois & de l’unité de la République, ont levé une force armée de leur pure autorité privée. ( Une grande partie de l’assemblée applaudit.) "

11 mars 1793. Aux Cordeliers, Varlet lit une adresse réclamant la mise en accusation de Dumouriez. Le lendemain, les Jacobins refusent de l’entendre, quoique, la veille, Robespierre ait réclamé la mise en accusation de Stengel, second de Dumouriez, alors qu’il déclarait : " J’ai de la confiance en Dumouriez. […] Dumouriez jusqu’ici n’a eu que des succès, il paraît qu’on ne peut pas lui attribuer les revers de nos armées ; cependant dans les circonstances où nous sommes, je ne le loue ni ne le blâme ; je le crois enchaîné au succès de nos armes par son propre intérêt. "

13 mars 1793. Aux Jacobins. Journal des débats & correspondance de la Sté des Jacobins : " Robespierre. […] Je suis le partisan de toutes les insurrections nécessaires & bien dirigées contre le despotisme & l’intrigue, & par cette raison, je hais les mesures partielles, les mesures avortées que les tyrans désirent, parce qu’elles offrent l’occasion d’écraser la liberté. Lors de l’émeute causée par la cherté du sucre, j’ai élevé la voix pour en arrêter les progrès ; c’est moi qui ai rédigé, à cet effet, l’adresse aux Parisiens, & les Jacobins ont réussi à calmer cette effervescence en dépit des intrigans qui l’avaient suscitée.

" […] Il faut examiner si les chefs des conspirateurs n’ont pas excité eux-mêmes le mouvement qu’ils veulent punir. Il faudrait que ce tribunal révolutionnaire commençât ses opérations, non par les Jacobins, non par les députés de la Montagne, mais par les émigrés, mais par les généraux qui ont trahi la patrie. Il faudrait qu’il examinât s’il n’y a pas dans la république un grand système d’accaparement, pour opérer une disette factice, & avoir occasion de fusiller le peuple. Ilme semble qu’après que le tribunal nouveau aura suivi cette démarche, il y aura peu de choses à faire, car alors la liberté sera affermie. Ainsi, il faut que les membres de la Convention qui dénoncent avec tant d’éloquence les Jacobins, dirigent leur zèle contre les émigrés auxquels ils pardonnent, qu’ils poursuivent tous les banquiers de Londres & de Paris. Il faudrait enfin qu’ils se dononçassent eux-mêmes s’ils étaient animés d’un vrai & ardent patriotisme, alors les patriotes pourraient leur pardonner, car nous demandons qu’ils se convertissent & qu’ils vivent. ( Murmures ) […] "

14 mars 1793. Une lettre de Dumouriez, datée du 12, parvient à la Convention. Bréard qui préside n'ose pas même la lire & la porte au Comité de Défense générale où chacun reconnaît son caractère "dictatorial". L'avis de Danton de lui dépêcher des commissaires pour le ramener à la raison, l'emporte sur celui de Robespierre qui demande sa mise en examen, & Barère, son arrestation.

18 mars 1793. Défaite de Dumouriez à Neerwinden, qui ne sera connue à Paris que le 21.

Dumouriez

21 mars 1793. Institutionnalisation des " comités de surveillance " ou " comités révolutionnaires ". Dans chaque ville, une douzaine de membres de la société patriotique locale, sont chargés de surveiller les étrangers, &, à partir de septembre, de dresser la liste des suspects.

23 mars 1793. Dumouriez entre en rapport avec le duc de Saxe Cobourg & lui confie son projet de dissoudre la Convention & de rétablir la royauté.

A la Convention, la conduite en Vendée du général Marcé, battu le 19 mars, est par des envoyés de la région. Barère propose de le traduire en cour martiale, chose adoptée malgré l’intervention de Robespierre.

Le Logotachigraphe : " Robespierre. La trahison du général Marcé doit être jugée par le tribunal révolutionnaire, parce que je suis convaincu que les crimes commis contre la liberté, que les crimes de lèze-nation, ne peuvent être travestis en simples délits militaires ; dans les combats des citoyens, contre les citoyens révoltés dans l’intérieur, il y a autre chose que les relations des républicains avec les ennemis extérieurs ; il y a combat de la liberté contre la tyrannie ; il y a la cause de la révolution, & un citoyen qui, sous le titre de général, se met à la tête des défenseurs de la liberté, pour les trahir, n’est pas seulement un homme coupable de délits militaires, n’est point simplement un soldat, un général qui manque aux lois militaires, c’est un scélérat, qui commet un attentat contre la patrie, c’est un citoyen qui trahit la cause de la liberté. […] "

26 mars 1793. Robespierre est élu par la Convention membre de la Commission de salut public, composée de 24 membres, dont seulement 8 Montagnards. Signalons aussi que tous les députés envoyés en mission sont Montagnards, de sorte que les Girondins ont toujours la majorité à la Convention. Mais, d’un autre côté, les députés Montagnards vont éclairer les départements & être le contrepoison de la presse Girondine.

27 mars 1793. Dans ce contexte de défaites, de trahisons, de contre-révolution, Robespierre se durcit. Mais la Convention ne le suit pas.

Le Logotachipraphe : " Robespierre. […] Citoyens, c’est à vous de porter le remède à ce mal ; c’est à vous de combiner, avec les moyens révolutionnaires qui vous ont été proposés, des loix populaires, qui tendent chaque jour à diminuer la misère ; c’est ç vous de tarir la principale source de nos maux, l’agiotage. C’est à vous de jeter un regard sévère sur les finances ; car, ne vous y trompez pas, & ne détournez point vos yeux de ce fléau, c’est l’agiotage qui mine incessamment la fortune publique ; c’est lui qui produit la disette partout, c’est lui qui met les denrées au-dessus des ressources de citoyens malheureux : c’est lui qui présente à tous les ennemis de la liberté & de la paix publique, le moyen le plus sûr de bouleverser l’Etat. […]

" Citoyens, l’énergie républicaine & les vertus, peuvent seules sauver l’Etat. D’où viennent nos dangers ? non pas seulement des aristocrates déclarés, que nous avions vaincus & repoussés loin de notre territoire ; mais de cette multitude d’hommes faibles, hypocrites, cachant leur attachement aux principes d’aristocratie, sous un fort dehors de modération & de patriotisme : de la persécution à laquelle ont toujours été exposés ceux qui ont montré un caractère & des sentimens républicains : nos dangers viennent de l’impunité accordée à tous les fonctionnaires publics prévaricateurs, à tous les chefs de nos armées, devant lesquels on a vu fléchir les représentans même du peuple français. Voilà les causes qui ont encouragé nos ennemis intérieurs & extérieurs ; & tant que d’autres principes ne gouverneront pas la république, le mal ira toujours en croissant. […]

" Citoyens, la république est jouée avec tant d’insolence, elle est trahie avec tant de cruauté, qu’elle a droit d’attendre de vous que, par un nouveau gage de votre antipathie invincible contre la royauté, vous rameniez enfin dans tous les coeurs l’esprit républicain. En conséquence, je vous propose le projet de décret suivant : 1° Tous les parens de la famille Capet seront tenus, dans la huitaine, de sortir du territoire de la république, & de toutes les contrées occupées par les armées de la république. 2° Marie-Antoinette d’Autriche sera traduite devant le tribunal révolutionnaire, & jugée incessamment comme prévenue d’avoir trempé dans la conspiration de l’Etat. 3° Le fils de Louis Capet restera détenu au Temple. "

27 mars 1793. Aux Jacobins, Marat demande que les sections soient engagées à demander à la Convention si elle a les moyens de sauver la patrie ; sans quoi elle se sauvera elle-même. Robespierre intervient.

Journal des débats & correspondance de la Sté des Jacobins : " Robespierre. […] On vous a proposé de demander à la Convention si elle peut sauver la patrie. C’est une forme purement illusoire. Les sections n’ont rien à demander à la Convention ; la Convention n’a-t-elle pas le même intérêt que les sections de se sauver ; mais pour se sauver, elle a besoin du peuple. La Convention peut-elle être assez insensée pour défendre au peuple de chasser les intrigans & les agens de l’aristocratie ? Peut-elle demander que, tanis que les despotes étrangers menacent nos frontières, nous ouvrions notre sein à leurs complices ? Les députés ne peuvent pas vouloir leur propre ruine & celle du peuple. […]

Les traîtres ajournent-ils leurs complots, ont-ils invoqué les formes pour assassiner Michel Pelletier ? & nous, nous attendrions qu’ils fissent une St. Barthélémi des patriotes. Sera-ce un tribunal révolutionnaire, sera-ce un corps administratif qui arrêtera leurs trames ? En a-t-il le tems ?Il n’y a que les sections qui peuvent se purger de tous les mauvais citoyens, alors nous aurons fait un pas décisif vers la liberté, car dès que les ennemis de la liberté seront loin de nous, la liberté triomphera. Paris donnera la main à Marseille & les vainqueurs des despotes forceront les tyrans de rentrer dans leur repaire. Je demande que toutes les sections soient invitées à s’occuper sans cesse des moyens de bannir tous les traîtres, que les puissances étrangères soudoyent à Paris, pour seconder leurs projets liberticides. "

29 mars 1793. Aux Jacobins, Grenier rappelle la pétition de a section de la Réunion, présentée à la Convention, réclamant le désarmement des nobles, la mise en réquisition de tous les français de 18 à 60 ans, & la mobilisation de la moitié des français pour marcher aux frontières, tandis que l’autre contiendrait les ennemis de l’intérieur. Robespierre intervient.

Journal des débats & correspondance de la Sté des Jacobins : " Robespierre. Il est vrai que les dangers de la patrie sont extrêmes ; c’est donc le moment de prendre de grandes mesures & d’être en garde contre les plans insidieux. Le préopinant vous a annoncé de grandes mesures ; il ne vous en a proposé que de petites. Il vous a annoncé des mesures salutaires à la patrie ; il ne vous en a proposé que de funestes. Je vais le prouver ; je suis persuadé que le préopinant a des vues pures ; je n’accuse pas sa bonne foi, mais son erreur.

" […] Dumouriez, loin d’en vouloir à ces généraux, n’accuse que le soldat ; c’est le peuple de paris qu’il accuse, lui qui a puni si sévèrement les bataillons républicains de Paris ; il se plaint de l’indiscipline, de l’insubordination, & il évacue la Belgique, après y avoir fait des emprunts considérable, au nom de la Nation française. Le ministre vient nous proposer un système de guerre défensive, tandis que Dumouriez nous apprend lui-même, dans sa correspondance, que nos places frontières sont sans défense. La cocarde blanche flotte dans nos villes maritimes. Dans les départements de la ci-devant Bretagne, on ne parle que d’appeler les Anglais, que les équinoxes seuls retiennent. Le peuple de la Bretagne est fanatisé ; l’aristocratie cherche à exciter le peuple contre la Révolution, parce que le peuple est malheureux. […]

" On vous a proposé de nouvelles levées ; on vous a proposé de sortir tous ensemble. Mais notre armée est plus nombreuse qu’il ne faut. Trois cent mille hommes se sont levés ; ils attendent des mains sûres qui les conduisent au combat & à la victoire. Mais où sont les chefs fidèles sous la bannière desquels ils puissent se rassembler ? Où sont les généraux citoyens qui ont marché aux frontières ? C’est dans les débris de ces armées que réside le salut public ; elles ont donné les preuves les plus éclatantes de bravoure & d’intrépidité ; on a vu des régiments, abandonnés à eux-mêmes, massacrer des corps entiers. Ces braves défenseurs de la patrie ont prouvé ce que peut l’amour de la liberté & ont montré aux tyrans qu’il ne leur manquait que des chefs pour les exterminer. […]

" Repoussez toute idée d’éloigner de cette cité & vos armes & vos concitoyens. Vous avez excédé votre contingent ; demandez actuellement des chefs qui les conduisent à la victoires & non des bourreaux qui les conduisent à la mort. On vous a présenté comme un remède efficace que des députés accompagnent les défenseurs de la patrie. Ou ces députés seront des républicains, ou ils seront des esclaves. S’ils sont des esclaves, que peut-on attendre de leur personne ? S’ils sont des républicains, ils sont si peu nombreux que je ne vois nulle nécessité d’en dépouiller la République.

" Quand je propose des mesures fermes & vigoureuses, je ne propose pas ces convulsions qui donnent la mort au corps politique. Je demande que toutes les sections veillent & s’assurent des mauvais citoyens, sans porter atteinte à l’inviolabilité des députés. Je ne veux pas qu’on touche à ces fragments de la représentation nationale, mais je veux qu’on les démasque, qu’on les mette hors d’état de nuire. […]

" Il faut donner la chasse à tous les aristocrates ; il faut que les départements fidèles tombent sur les départements gangrenés ; il faut que les défenseurs de la patrie marchent sous des chefs patriotes, &, pour cet effet, il faut destituer tous les généraux suspects & tous les citoyens qui ont souscrit à des actes d’incivisme. […] Il faut, en un mot, que la nation se lève & qu’elle extermine ses ennemis, en respectant seulement la représentation nationale. "

Fin mars - début avril 1793. Massacre des républicains à Machecoul, par les Vendéens. Il aurait fait 575 victimes.

1er avril 1793. Des documents accablants pour Dumouriez , qui révèlent sa trahison, sont lus à la Convention.

3 avril 1793. Dumouriez, jusque-là défendu par les Girondins, passe à l'ennemi après avoir essayé en vain de soulever l'armée. Le 2, il avait fait arrêter les émissaires de la Convention, dont Beurnonville, le ministre de la guerre, & les avait livré aux Autrichiens.

Ce même jour aux Jacobins, alors que la désertion de Dumouriez n'est toujours pas connue, Robespierre appelle aux armes. Journal des débats & correspondance de la Sté des Jacobins : " Robespierre. [...] Je suis fondé à croire que je suis un de ceux contre lequel marche Dumouriez. Que m'importe que Paris ait été calomnié. Paris est le boulevard de la liberté. Comme député de Paris, mon devoir est de l'avertir du complot. Toutes les autorités constituées doivent veiller à la conservation de Paris. Il faut que les sections, que la municipalité, que le département, soient dans la plus active surveillance. Il faut lever une armée révolutionnaire, il faut que cette armée soit composée de tous les patriotes, de tous les sans-culottes : il faut que les faubourgs fassent la force & le noyau de cette armée. Je ne dirai pas qu'il faut aiguiser nos sabres pour tuer les calotins, ce sont des ennemis trop méprisables ; & les fanatiques ne demanderaient pas mieux pour avoir un prétexte de crier.

" Il faut chasser impitoyablement de nos sections tous ceux qui se sont signalés par un caractère de modérantisme ; il faut désavouer, non pas les nobles & les calontins, mais tous les citoyens douteux, tous les intrigans, tous ceux qui ont donné des preuves d'incivisme ; on a pris ces mesures à Marseille. Dumouriez doit arriver à Paris avant les bataillons de Marseille. Voilà pourquoi il précipite ses pas. Paris menacé doit se défendre. Il n'y a personne qui puisse s'opposer à ces mesures sans se déclarer mauvais citoyens.

" Le moment est venu de transiger avec les despotes ou de mourir pour la liberté. J'ai pris mon parti, que tous les citoyens m'imitent. ( Applaudi.) Que tout Paris s'arme, que les sections & le peuple veillent, que la Convention se déclare peuple. Je déclare que tant que la poste sera aux mains des contre-révolutionnaires, que tant que des journaux perfides, qui font l'éloge de Dumouriez, corrompront l'opinion publique, il n'y aura aucun espoir de salut. Mais le génie de la liberté triomphera, le patriotisme & le peuple doivent dominer & dominer partout."

Le soir, à la Convention, Dumouriez est mis hors la loi. Robespierre renonce à ses fonctions de membre du Comité de défense générale & attaque Brissot.

Le Logotachigraphe : " Robespierre. [...] Dès ce moment-ci, je me dois à moi-même, comme à ma patrie, une profession de foi ; puisque j'ai été nommé membre de ce comité, puisque je suis convaincu que les principes qui doivent sauver la patrie n'y ont jamais régné, je dois déclarer que je ne me regarde plus comme membre de ce comité ; je déclare que pour sauver la liberté dans des momens si critiques, il faudrait avoir professé une haine bien profonde de la tyrannie, & avoir prouvé à la France entière que l'on ne sera jamais tenté d'adopté un système de composition, qui est visiblement l'objet des démarches du criminel & artificieux Dumourier : or moi, je ne suis pas bien convaincu qu'un système où la royauté serait combinée avec une sorte de constitution aristocratique, déplairait à tous les membres du comité de défense générale ; je ne suis pas bien convaincu qu'en pareil cas ce nouveau système n'aurait pas plus d'attraits pour beaucoup de gens qui parlent quelquefois le langage du patriotisme, mais qui nourrissent aussi des projets d'ambition & une haine profonde de l'égalité ; je ne veux pas, dis-je, délibérer avec ceux qui ont toujours parlé le même langage que Dumourier, qui ont attaqué les mêmes hommes à qui Dumourier déclare aujourd'hui la guerre, qui ont calomnié les mêmes principes, qui sont le prétexte de la révolte de Dumourier, avec ceux qui, à l'exemple de Dumourier, ont calomnié Paris, ont calomnié une partie de la Convention nationale, contre laquele il dirige la conspiration ; &, s'il ne m'est pas donné de sauver lapatrie ; s'il ne m'est pas donné de voir adopter des mesures nécessaires pour triompher des ennemis de la liberté, je ne veux pas du moins paraître en être complice ; je déclare que je renonce à l'honneur d'être membre d'un comité qui me semble plutôt un conseil de Dumourier qu'un comité de la Convention nationale ( Bruit ), car dans une de ses lettres, il a dit, en proprs termes, en parlant du comité de sûreté générale, que le comité dont je parle était excellent, à l'exception de six membres ; or, ces six membres ne peuvent pas obtenir la majorité dans ce Comité de défense générale. [...]

" Je ne veux point sacrifier la patrie à Brissot ; & Brissot eut-il la confiance d'une grande partie de cette assemblée, je déclare qui si l'intérêt de la patrie exigeait que Brissot fût démasqué, j'en aurais le courage ; je dirais la vérité tout entière. J'applique donc à Brissot les principes que j'avais d'abord annoncés. J'ai dit que je ne voulais point délibérer avec les amis de Dumourier. Eh bien ! je dis que jamais Dumourier,que jamais les ennemis de la liberté n'eurent ni un ami plus fidèle, ni un défenseur plus utile que Brissot : s'il est de bonne foi, il avouera d'avance dans sa conscience, la preuve de ce que je vais dire. Je défie que l'on me montre une action, une circonstance, où Brissot n'ait été d'accord avec Dumourier, avec les satellites & avec les suppôts de cet ambitieux. [...] "

4 avril 1793. Aux Jacobins, Robespierre appuie une pétition de l'assemblée électorale de Paris, réclamant le renouvellement intégral de l'administration des postes. ( Notons que c'est durant cette séance que Marat, en tant que président, signera une circulaire appelant les bons citoyens à forcer la Convention à mettre les députés infidèles en état d'accusation, circulaire qui sera le prétexte à sa mise en accusation par les Girondins.) Plus tard, alors que certains proposent que les députés ayant voté pour l'appel au peuple, vident leurs poches, Robespierre intervient :

Feuille de Paris : " Robespierre. Citoyens, dans le côté droit, il n'y a qu'un certain nombre qui ait été payé pour voter en faveur du tyran, les autres ne sont qu'un troupeau stupide qui a été entraîné par l'éloquence des chefs ; c'est sur ces chefs qu'il faut fixer les yeux & ne pas oublier un instant ; ainsi, la motuin de Desfieux est inutile & même nuisible, en ce qu'elle confondrait tout le côté droit & c'est ce que désirent les chefs, qui sont les plus coupables, puisqu'ils ont égaré les autres. "

6 avril 1793. Création du Comité de Salut Public. Sont membres Danton, Barère, Delmas, Bréard, Cambon, Lindet, Guyton-Morveau, Treillard & Delacroix ( d'Eure-&-Loire ). Comité dit Danton, Danton qui va multiplier les négociations secrètes avec l’Angleterre, la Prusse & l’Autriche pour obtenir la paix. C'est à cette époque que Danton, grâce à sa position, étouffa l'affaire des fourgons en provenance de Belgique, chargés de lingerie & d'argenterie, interceptés par la municipalité de Béthune, & destinés à sa personne.

Même jour, parution du N° 9 des "lettres... à ses commettans" dans lequel Robespierre demande la traduction de Marie-Antoinette au tribunal révolutionnaire, & l'explusion de tous les Bourbons. Il revient aussi sur les troubles de Paris, l'impunité & le choix des généraux. Sont insérées des lettres des Jacobins de Manosque, d'Arles & de Strasbourg, qui toutes réitèrent leur soutien à la Montagne & dénoncent les Girondins.

10 avril 1793. Bouchotte est nommé au ministère de la guerre, en remplacement de Beurnonville. La section de la Halle aux Blés présente à la Convention une pétition réclamant la mise en accusation des Girondins. Après diverses interventions, Robespierre prononce un discours contre Brissot & les Girondins, un véritable acte d'accusation. Tout y est vrai. Mais Vergniaud intervient &, finalement, l'Assemblée se sépare sans rien décider.

" [...] Tous les ambitieux qui ont paru jusqu’ici sur le théâtre de la Révolution ont eu cela de commun, qu’ils ont défendu les droits du peuple, aussi long-temps qu’ils ont cru en avoir besoin. Tous l’ont regardé comme un stupide troupeau, destiné à être conduit par le plus habile ou par le plus fort. Tous ont regardé les assemblées représentatives comme des corps composés d’hommes ou cupides, ou crédules, qu’il fallait corrompre ou tromper, pour les faire servir à leurs projets criminels. Tous se sont servis des société populaires contre la cour, & dès le moment où ils eurent fait leur pacte avec elle, ou qu’ils l’eurent remplacée, ils ont travaillé à les détruire. Tous ont successivement combattu pour ou contre les Jacobins, selon les temps & les circonstances.

[...] Je demande que les individus de la famille d'Orléans dite Egalité, soient traduits devant le tribunal révolutionnaire, ainsi que Sylleri, sa femme, Valence, & tous les hommes spécialement attachés à cette maison ; que ce tribunal soit également chargé d'instruire le procès de tous les autres complices de Dumouriez. Oserai-je nommer ici des patriotes tels que Brissot, Vergniaux, Gensonné, Guadet ? — Je renouvelle en ce moment la même proposition que j'ai déjà faite à l'égard de Marie-Antoinette d'Autriche. Je demande que la Convention nationale s'occupe ensuite, sans relâche, des moyens tant de fois annoncés de sauver la patrie, & de soulager la misère du peuple."

12 avril 1793. Sur la proposition de Robespierre, la Convention somme le ministre de la justice de faire exécuter le décret rendue par elle le 9 mars, abolissant la contrainte par corps & prévoyant la mise en liberté de tous les prisonniers pour dettes, & de rendre compte sous deux jours.

Ce même jour, les Jacobins apprennent que la Convention, sur proposition de Guadet qui demandait aussi la mise sous scellés des papiers des Jacobins & des Cordeliers, la dissolution des comités révolutionnaires & la suppression de la permanence des Sections, que la Convention s'apprête à voter le décret d'accusation contre Marat, pour l'adresse du 5 avril signée par lui en tant que président des Jacobins. Robespierre mêle sa voix à celle de ceux qui prônent le calme & la rédaction d'une adresse aux départements.

Journal des débats & correspondance de la Sté des Jacobins : " Robespierre. [...] Danton a parlé avec une supériorité de raison & d'éloquence, qui a élevé les âmes de tous ceux qui l'ont entendu, & a proposé des mesures infaillibles de salut public. Danton proposait de mettre à prix la tête des Bourbons, du ci-devant Monsieur, enfin de tous les traîtres ; il demandait le renvoi au comité de législation de la question qu'on élevait pour perdre un des plus ardens défenseur de la liberté.

" Marat a parlé avec force, précision, & en même temps avec modération. il a peint les crimes de nos ennemis avec des couleurs capables de faire rougir tout homme qui a quelque sentiment de la pudeur. On a opposé une résistance invincible à tous les efforts de la raison. On a repoussé avec fureur la proposition du renvoi au comité de législation, cependant il a été décrété que ce comité ferait un rapport demain, mais Marat a été mis provisoirement en état d'arrestation. Je vais vous dévoiler le véritable but où tendent nos ennemis. ils ont senti qu'il ne leur restait d'autre parti à prendre que d'exciter à Paris un mouvement partiel qui leur fournît le prétexte d'anéantir la liberté. Ils veulent avoir l'occasion d'annoncer aux départemens, avant qu'ils soient éclairés, une sédition élevée en faveur de Marat. Dans le moment actuel, les départemens rapporteraient ce mouvement à toutes les calomnies des traîtres ; ils ne verraient d'autre cause apparente que l'arrestation de Marat, & comme on ne verrait que Marat, dont le nom n'est pas encore dégagé des nuages dont la calomnie l'a environné, les départemens seraient entraînés par la prévention. je ne doute pas, & j'ai des avis certains, je ne doute pas que nos ennemis n'aient des émissaires pour exalter un mouvement, je ne doute pas qu'ils n'aient des assassins à leur solde pour égoger les patriotes ; si vous avez le caractère de l'indignation calme & immobile, l'injustice qu'ils ont consommé aujourd'hui tournera à leur désavantage & ouvrira les yeux du peuple [...] "

13 avril 1793. La Rochejaquelein défait les républicains aux Aubiers. Alors que la Convention s'apprête à entendre des adresses du prince de Saxe-Cobourg & de Dumouriez, Robespierre s'y oppose violemment, tandis que Danton, laissant la porte ouverte aux compromis, affaiblit sa proposition en séparant la cause du peuple français de celle des peuples opprimés ; mais ce dernier entraîne la Convention qui décrète la peine de mort contre quiconque proposerait de négocier avec les puissances ennemies qui n'auraient pas préalablement reconnu la souveraineté de la nation française, l'indivisibilité de la Rébublique fondée sur la liberté & l'égalité.

Le Logotachigraphe : " Robespierre. [...] Il est temps, citoyens, d'étouffer ces idées dangereuses, qui pourraient trouver un plus grand nombre de partisans qu'on ne pense ; car il est en France un grand nombre d'hommes non-seulement ennemis de la liberté, mais lâches, mais égoïstes & prêts à sacrifier l'intérêt du peuple à leurs lâches jouissances & à leurs viles passions. Je demande que pour écarter de nous ce danger, le seul que nous puissions redouter de la part des puissances étrangères qui sont liguées contre nous, je demande donc, que vous décrétiez dès ce moment la peine de mort, contre quiconque proposerait, de quelque manière que ce soit, d'entendre aucune proposition de transactions avec nos ennemis. Ce n'est point assez de décréter la peine de mort, il faut que quiconque fera ces propositions indignes soit mis hors-la-loi."

Même séance. La Convention, par appel nominal, vote décret d'accusation contre Marat. 220 pour, 92 contre. Il est bon ici de faire remarquer que plus de 300 députés, pour la plupart Montagnards, étaient alors en mission, ce qui assurait un avantage certain aux Girondins à la Convention, mais ce qui fut également le contrepoison à leurs calomnies dans les départements. ( Notons que Marat ne se laissa pas arrêter ; il s'échappa & continua, du fond de sa cachette, à écrire contre les Girondins, jusqu'à la veille de son procès. )

Marat

14 avril 1793. Les Anglais s’emparent de l’île de Tabago, dans les Antilles.

15 avril 1793. La Convention se rappelle qu'elle est réunie pour ériger une Constitution. Interruption par des pétitionnaires, Rousselin en tête, ami de Danton, qui dénoncent la conduite de 22 Girondins. Robespierre qui a enfin la parole, réclame & obtient la rédaction préalable d'une Déclaration des Droits, contrairement à d'autres qui veulent constituer le gouvernement tout de suite.

Le Logotachigraphe : " Robespierre. [...] J'avoue que je ne conçois pas bien cette proposition ; qu'est-ce que l'organisation du gouvernement d'un peuple ? Ce n'est autre chose, si je ne me trompe, que les loix fondamentales qui forment sa constitution, qui constituent son gouvernement. Quelle est la base de la constitution & du gouvernement ? Ce sont, sans contredit, les droits des hommes. Quel est le but du gouvernement ? Quel est le but de la constitution ? C'est le bonheur des hommes, & par conséquent la conservation de leurs droits, de leur sûreté, de leur liberté, de leur propriété ; il faut donc avant d'instituer un gouvernement, bien déterminer & la nature & l'étendue des droits, dont la conservation est l'objet du gouvernement ; proposer de commencer par le gouvernement, c'est ne rien proposer, ou proposer la conséquence avant le principe. [...] Remarquez bien, citoyens, que le seul moyen de faire bien & même de faire vite cette constitution, c'est d'en établir d'abord les bases ; car, s'il n'est pas de principes posés, comment voulez-vous qu'on s'accorde sur les conséquences ? alors les discussions ne roulent que sur des détails & comme chacun part de bases & de principes opposés, qu'il modifie & qu'il appelle à son gré, parce qu'elles ne sont pas dicutées dans l'opinion générale, il en résulte que la quantité des opinions esr infinie, que les débats deviennent aussi interminables que tumultueux. Il faut donc pour procéder définitivement à une constitution, que chacun marche sur le même point : reconnaître les principes. [...] Nous devons à la nation une constitution fondée sur les droits imprescriptibles de l'homme, de l'homme dans l'état de nature, de l'homme dans l'état de société. C'est le seul moyen de donner un gage à la nation, que nous respecterons véritablement sa liberté ; car le plus sûr garant que nous puissions lui donner de nos principes & du zèle avec lequel nous lui donnerons une constitution conforme à ses droits, ces de proclamer franchement ces droits-là.

16 avril 1793. La pétition de la veille offre aux Girondins le moyen d’écarter les accusations portées contre eux, & le prétexte de réclamer, par l’organe de Lasource, l’appel au peuple, aux assemblées primaires, bref aux départements qu’ils ont trompés, pour qu’il remplace par leurs suppléants les députés qui ont perdu sa confiance. La Convention passe à l’ordre du jour.

18 avril 1793. Luillier, procureur général syndic, demande à la Convention, au nom de Paris, de fixer un maximum du prix des grains pour toute la République. Les Girondins font rejeter cette mesure.

19 avril 1793. La Convention délibère sur l’article relatif à la liberté de la presse, portant qu’elle ne peut être ni interdite, ni suspendue, ni limitée. Après Buzot qui réclame la liberté illimitée de la presse, Robespierre présente une observation :

Le Logotachigraphe : " Robespierre. […] Il n’y a qu’une seule exception, qui n’est applicable qu’aux temps des révolution, & que Buzot paraît avoir méconnue, car les révolutions sont faites pour établir les droits de l’homme. Il faut même, pour l’intérêt de ces droits, prendre tous les moyens nécessaires pour le succès des révolutions. Or, l’intérêt de la Révolution peut exiger certaines mesures qui répriment une conspiration fondée sur la liberté de la presse. Par exemple, vous avez déjà adopté des loix qui combattent le principe que Buzot a voulu établir absolument & dans tous les temps. […] De telles mesures, quoique contraires au principe de la liberté indéfinie, qui doit régner dans un état de calme, sont cependant nécessaires dans ce moment ; & si vous ôtiez toute espèce de frein à la licence des conspirateurs qui pourraient inonder la France entière de libelles liberticides, vous porteriez un coup mortel à la liberté, & vous vous mettriez hors d’état d’assurer le maintien des droits de l’homme, qui doivent être la base de notre constitution. Il est plus nécessaire que jamais de maintenir, dans toute leur sévérité, ces lois révolutionnaires, qui étouffent le germe du royalisme & du fédéralisme, fléaux qui perdraient la République entière. […] "

20 avril 1793. Les Espagnols assiègent Perpignan.

21 avril 93. Robespierre lit son projet de Déclaration des droits de l'Homme aux Jacobins qui l'adoptent séance tenante :

ARTICLE 1ER. Le but de toute association politique est le maintien des droits naturels et imprescriptibles de l’homme, et le développement de toutes ses facultés.

ART 2. Les principaux droits de l’homme sont ceux de pourvoir à la conservation de l’existence et la liberté.

ART. 3. Ces droits appartiennent également à tous les hommes, quelle que soit la différence de leurs forces physiques et morales. L’égalité des droits est établie par la nature ; la société, loin d’y porter atteinte, ne fait que la garantir contre l’abus de la force qui la rend illusoire.

ART. 4. La liberté est le pouvoir qui appartient à l’homme, d’exercer à son gré toutes ses facultés; elle a la justice pour règle, les droits d’autrui pour bornes, la nature pour principe, et la loi pour sauvegarde.

ART. 5. Le droit de s’assembler paisiblement, le droit de manifester ses opinions, soit par la voie de la presse, soit de toute autre manière, sont des conséquences si nécessaires du principe de la liberté de l’homme, que la nécessité de les énoncer suppose ou la présence, ou le souvenir récent du despotisme.

ART. 7. Le droit de propriété est borné comme tous les autres par l’obligation de respecter les droits d’autrui.

ART. 10. La société est obligée de pourvoir à la subsistance de tous ses membres, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler.

ART. 11. Les secours indispensables à celui qui manque du nécessaire, sont une dette de celui qui possède le superflu. Il appartient à la loi de déterminer la manière dont cette dette doit être acquittée.

ART. 13. La société doit favoriser de tout son pouvoir les progrès de la raison publique, et mettre l’instruction à la portée de tous les citoyens.

ART. 14. Le peuple est le souverain ; le gouvernement est son ouvrage et sa propriété ; les fonctionnaires publics sont ses commis. Le peuple peut, quand il lui plaît, changer son gouvernement et révoquer ses mandataires.

ART. 20. Aucune portion du peuple ne peut exercer la puissance du peuple entier ; mais le voeu qu’elle exprime doit être respecté comme le voeu d’une portion du peuple, qui doit concourir à former la volonté générale. Chaque section du souverain assemblé doit jouir du droit d’exprimer sa volonté avec une entière liberté ; elle est essentiellement indépendante de toutes les autorités constituées, et maîtresse de régler sa police et ses délibérations.

ART. 29. Lorsque le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

ART. 35. Les hommes de tous les pays sont frères, et les différents peuples doivent s’entraider selon leur pouvoir comme les citoyens du même état.

ART. 36. Celui qui opprime une seule nation se déclare l’ennemi de toutes.

24 avril 1793. Robespierre lit sa Déclaration des Droits à la Convention qui en décrète l’impression. Notons que Robespierre, dans le N° 10 des " Lettres… à ses commettans " supprimera l’article XII qui porte que "  les citoyens, dont les revenus n’excèdent point ce qui est nécessaire à leur subsistance, sont dispensés de contribuer aux dépenses publiques ; les autres doivent les supporter progressivement selon l’étendue de leur fortune ". Entre temps, il avait convenu que dispenser une partie des citoyens de payer des impôts serait en faire une classe de citoyens à part, division qui donnerait des arguments aux partisans du suffrage censitaire.

" Je vous proposerai d’abord quelques articles nécessaires pour compléter votre théorie sur la propriété. Que ce mot n’alarme personne : âmes de boue, qui n’estimez que l’or, je ne veux point toucher à vos trésors, quelqu’impure qu’en soit la source. Vous devez savoir que cette loi agraire dont vous avez tant parlé, n’est qu’un fantôme créé par les fripons pour épouvanter les imbéciles.

Il ne fallait pas une révolution sans doute, pour apprendre à l’univers que l’extrême disproportion des fortunes est la source de bien des maux & de bien des crimes ; mais nous n’en sommes pas moins convaincus que l’égalité des biens est une chimère. Pour moi, je la crois moins nécessaire encore au bonheur privé qu’à la félicité publique ; il s’agit bien plus de rendre la pauvreté honorable, que de proscrire l’opulence ; la chaumière de Fabricus n’a rien à envier au palais de Crassus. J’aimerais bien autant, pour mon compte, être le fils d’un Aristide, élevé dans le prytanée aux dépens de la République, que l’héritier présomptif de Xercès, né dans la fange des cours pour occuper un trône décoré de l’avilissement des peuples, & brillant de la misère publique.

Posons donc de bonne foi les principes du droit de propriété ; il le faut d’autant plus qu’il n’en est point que les préjugés & les vices des hommes aient cherché à envelopper de nuages plus épais.

Demandez à ce marchand de chair humaine ce que c’est que la propriété ; il vous dira, en vous montrant cette longue bière qu’il appelle un navire, où il a encaissé & ferré des hommes qui paraissent vivans : " Voilà mes propriétés ; je les ai achetés tant par tête. " interrogez ce gentilhomme qui a des terres & des vassaux, ou qui croit l’univers bouleversé depuis qu’il n’en a plus, il vous donnera de la propriété des idées à peu près semblables. Interrogez les augustes membres de la dynastie capétienne ; ils vous diront que la plus sacrée de toutes les propriétés est sans contredit le droit héréditaire dont ils ont joui de toute antiquité, d’opprimer, d’avilir & de pressurer légalement & monarchiquement les vingt-cinq millions d’hommes qui habitaient le territoire de la France, sous leur bon plaisir.

Aux yeux de tous ces gens-là, la propriété ne porte sur aucun principe de morale. Elle exclut toutes les notions du juste & de l’injuste. Pourquoi votre déclaration des droits semble-t-elle présenter la même erreur ? En définissant la liberté, le premier des biens de l’homme, le plus sacré des droits qu’il tient de la nature, vous avez dit avec raison qu’elle avait pour borne les droits d’autrui : Pourquoi n’avez-vous pas appliqué ce principe à la propriété, qui est une institution sociale ? comme si les lois éternelles de la nature étaient moins inviolables que les conventions des hommes. Vous avez multiplié les articles pour assurer la plus grande liberté à l’exercice de la propriété, & vous n’avez pas dit un seul mot pour en déterminer le caractère légitime ; de manière que votre déclaration paraît faite, non pour les hommes, mais pour les riches, pour les accapareurs, pour les agioteurs & pour les tyrans. […]

Le comité a encore absolument oublié de rappeler les devoirs de la fraternité qui unissent tous les hommes & toutes les nations, & leurs droits à une mutuelle assistance ; il paraît avoir ignoré les bases de l’éternelle alliance des peuples contre les tyrans ; on dirait que votre déclaration a été faite pour un troupeau de créatures humaines parqué sur un coin du globe, & non pour l’immense famille à laquelle la nature a donné la terre pour domaine & pour séjour. Je vous propose de remplir cette grande lacune par les articles suivants ; ils ne peuvent que vous concilier l’estime des peuples : il est vrai qu’ils peuvent avoir l’inconvénient de vous brouiller sans retour avec les rois. J’avoue que cet inconvénient ne m’effraie pas ; il n’effraiera point ceux qui ne veulent pas se réconcilier avec eux. "

Dans la même séance, Marat qui a été acquitté par le tribunal révolutionnaire, est reconduit en triomphe par le peuple jusqu'à sa place dans la Convention. Pour leur malheur, les Girondins ont créé un précédent en faisant arrêter un député, en violant l'immunité parlementaire, &, en manquant leur coup, se sont une fois de plus montré tels qu'ils étaient : inconséquents.

29 avril 1793. Formation à Marseille d'un comité contre-révolutionnaire ; les conventionnels en mission, Bayle & Boisset, sont obligés de quitter la ville.

4 - 5 - 6 mai 1793. La Commune de Paris, face à la révolte des Vendéens qui le 5 même prennent Thouars, ayant décidé la levée de 12.000 hommes & un emprunt forcé sur les riches, bourgeois & aristocrates de Paris se soulèvent à l’appel des Girondins. Les meneurs sont arrêtés par la Commune, les autres dispersés par la garde nationale. Vergniaud réclame & obtient que le maire de Paris rende des comptes ; Robespierre appuie la Commune.

8 mai 1793. Aux Jacobins, Robespierre réitère l’appel qu’il a lancé dans la journée à la Convention. Il demande avec énergie que les sections se lèvent & se réunissent à la Commune de Paris, que des forges soient érigées sur toutes les places publiques pour armer le peuple, que les sans-culottes, payés par les riches, forment deux armées, une pour marcher sur la Vendée, l’autre pour contenir l’aristocratie à Paris, que tous les suspects soit arrêtés, que les généraux traîtres soient déférés au tribunal révolutionnaire, que la Commune entretienne le zèle révolutionnaire du peuple, & il conclue : " En prenant toutes ces mesures, sans fournir aucun prétexte de dire que vous avez violé les loix, vous donnerez l’impulsion aux départemens qui s’uniront à vous pour sauver la liberté. "

10 mai 1793. A la Convention, Robespierre prononce un discours sur la Constitution à donner à la France. Ce texte est intéressant à plus d'un titre, & sans doute l'exposé des principes de la décentralisation n'est pas des moins intéressants. Les Jacobins sont encore vu comme des partisans de la centralisation. Or, ce texte montre que, pour Robespierre du moins, la centralisation jacobine ne fut qu'une nécessité amenée par les circonstances. ( Il avait cd'ailleurs ombattu la guerre précisément parce qu'elle amènerait une concentration dangereuse des pouvoirs.) Personne plus que Robespierre ne s'est opposé à l'hégémonie de l'Etat ; personne n'a voulu davantage que lui soumettre les fonctionnaires publics au peuple. Il est donc ridicule de présenter encore les Jacobins ou les républicains comme des centralisateurs par nature.

[…] Jusqu’ici l'art de gouverner n'a été que l'art de dépouiller et d’asservir le grand nombre au profit du petit nombre, et la législation le moyen de réduire ces attentats en système : les rois et les aristocrates ont très bien fait leur métier ; c'est à vous maintenant de faire le vôtre, c'est-à-dire de rendre les hommes heureux et libres par les lois.

Donner au gouvernement la force nécessaire pour que les citoyens respectent toujours les droits des citoyens, et faire en sorte que le gouvernement ne puisse jamais les violer lui-même, voilà à mon avis le double problème que le législateur doit chercher à résoudre. […]

Jamais les maux de la société ne viennent du peuple, mais du gouvernement. Comment n'en serait-il pas ainsi ? L'intérêt du peuple c'est le bien public ; l'intérêt de l'homme en place est un intérêt privé. Pour être bon, le peuple n'a besoin que de se préférer lui-même à ce qui n'est pas lui ; pour être bon il faut que le magistrat s'immole lui-même au peuple. […]

Le gouvernement est institué pour faire respecter la volonté générale ; mais les hommes qui gouvernent ont une volonté individuelle, et toute volonté cherche à dominer ; s'ils emploient à cet usage la force publique dont ils sont armés, le gouvernement n'est que le fléau de la liberté. Concluez donc que le premier objet de toute Constitution doit être de défendre la liberté publique et individuelle contre le gouvernement lui-même, c'est précisément cet objet que les législateurs ont oublié ; ils se sont tous occupés de la puissance du gouvernement ; aucun n'a songé aux moyens de le ramener à son institution ; ils ont pris des précautions infinies contre l'insurrection du peuple et ils ont encouragé de tout leur pouvoir la révolte de ses délégués. […]

Posez d’abord cette maxime incontestable que le peuple est bon, et que ses délégués sont corruptibles, que c’est dans la vertu et dans la souveraineté du peuple qu’il faut chercher un préservatif contre les vices et le despotisme du gouvernement. […]

Eh ! que nous importent les combinaisons qui balancent l'autorité des tyrans ? C'est la tyrannie qu'il faut extirper : ce n'est pas dans les querelles de leurs maîtres que les peuples doivent chercher l'avantage de respirer quelques instants, c'est dans leur propre force qu'il faut placer la garantie de leurs droits. […] Je ne confie point la défense d’une si grande cause à des hommes faibles ou corruptibles ; la protection des tribuns suppose l’esclavage du peuple. […] Il n'y a qu'un seul tribun du peuple que je puisse avouer, c’est le peuple lui-même : c'est à chaque section de la République française que je renvoie la puissance tribunitienne ; et il est facile de l'organiser d'une manière également éloignée des tempêtes de la démocratie absolue et de la perfide tranquillité du despotisme représentatif.

Mais avant de poser les digues qui doivent défendre la liberté publique contre les débordements de la puissance des magistrats, commençons par la réduire à de justes bornes. Une première règle pour parvenir à ce but, c'est que la durée de leur pouvoir doit être courte, en appliquant surtout ce principe à ceux dont l’autorité est plus étendue ; 2° Que nul ne puisse exercer en même temps plusieurs magistratures ; 3° Que le pouvoir soit divisé ; il vaut mieux multiplier les fonctionnaires publics que de confier à quelques-uns une autorité trop redoutable ; 4° Que la législation et l’exécution soient séparées soigneusement ; 5° Que les diverses branches de l'exécution soient elles-mêmes distinguées le plus qu'il est possible, selon la nature même des affaires, et confiées à des mains différentes.

[…] Au reste, vous ne pourrez jamais empêcher que les dépositaires du pouvoir exécutif ne soient des magistrats très puissants ; ôtez-leur donc toute autorité et toute influence étrangère à leurs fonctions. Ne permettez pas qu'ils assistent et qu'ils votent dans les assemblées du peuple pendant la durée de leur agence. Appliquez la même règle aux fonctionnaires publics en général. Eloignez de leurs mains le trésor public ; confiez-le à des dépositaires et à des surveillants qui ne puissent participer eux-mêmes à aucune autre espèce d’autorité. […]

Laissez dans les départemens, & sous la main du peuple, l portion des tributs publics, qu'il ne sera pas nécessaire de verser dans la caisse générale ; & que les dépenses soient acquittées sur les lieux autant qu'il sera possible. [...] Mais il est un moyen général & non moins salutaire de diminuer la puissance des gouvernemens au profit de la liberté & du bonheur des peuples. Il consiste dans l'application de cette maxime, énoncée dans la déclaration des droits, que je vous ai proposée : " La loi ne peut défendre que ce qui est nuisible à la société ; elle ne peut ordonner que ce qui lui est utile. " Fuyez la manie ancienne des gouvernements de vouloir trop gouverner : laissez aux individus, laissez aux familles le droit de faire ce qui ne nuit point à autrui ; laissez aux communes le pouvoir de régler elles-mêmes leurs propres affaires en tout ce qui ne tient pas essentiellement à l'administration générale de la République ; en un mot, rendez à la liberté individuelle et tout ce qui n'appartient pas naturellement à l'autorité publique, et vous aurez laissé d'autant moins de prise à l'ambition et à l'arbitraire. […]

La nation entière a le droit de reconnaître la conduite de ses mandataires. Il faudrait, s'il était possible, que l'assemblée des délégués du peuple délibérât en présence du peuple entier ; un édifice vaste et majestueux, ouvert à douze mille spectateurs, devrait être le lieu des séances du corps législatif ; sous les yeux d'un si grand nombre de témoins, ni la corruption, ni l'intrigue, ni la perfidie n'oseraient se montrer ; la volonté générale serait seule consultée ; la voix de la raison et de l’intérêt public serait seule entendue. […]

Un peuple dont les mandataires ne doivent compte à personne de leur gestion n'a point de constitution ; un peuple dont les mandataires ne rendent compte qu'à d'autres mandataires inviolables n'a point de constitution, puisqu’il dépend de ceux-ci de le trahir impunément, et de le laisser trahir par les autres. […]

Je sais que le peuple ne peut pas être un juge toujours en activité, aussi n'est-ce pas là ce que je veux ; mais je veux encore moins que ses délégués soient des despotes au-dessus des lois. On peut remplir l'objet que je propose par des mesures simples dont je vais développer la théorie.

1° Je veux que tous les fonctionnaires publics nommés par le peuple puissent être révoqués par lui, selon les formes qui seront établies, sans autre motif que le droit imprescriptible qui lui appartient de révoquer ses mandataires.

2° Il est naturel que le corps chargé de faire les lois surveille ceux qui sont commis pour les faire exécuter : les membres de l'agence exécutive seront donc tenus de rendre compte de leur gestion au corps législatif. En cas de prévarication, il ne pourra pas les punir, parce qu'il ne faut pas lui laisser ce moyen de s'emparer de la puissance exécutive ; mais il les accusera devant un tribunal populaire, dont l'unique fonction sera de connaître ces prévarications des fonctionnaires publics. Les membres du corps législatif ne pourront être poursuivis par ce tribunal pour raison des opinions qu'ils auront manifestées dans les assemblées, mais seulement pour les faits positifs de corruption ou de trahison dont ils pourraient être prévenus. Les délits ordinaires qu'ils pourraient commettre sont du ressort des tribunaux ordinaires. Dans l'un et dans l'autre cas ils pourront être jugés, ainsi que les autres fonctionnaires et les autres citoyens, sans qu'il soit nécessaire que le corps législatif ait déclaré qu'il y a lieu à accusation contre eux ; seulement l'accusateur public du tribunal sera tenu d'informer le corps législatif des poursuites dirigées contre les membres prévenus.

3° A l'expiration de leurs fonctions les membres de la législature et les agents de l'exécution ; ou ministres, pourront être déférés au jugement solennel de leurs commettants : le peuple prononcera simplement s'ils ont conservé ou perdu sa confiance. Le jugement qui déclarera qu'ils ont perdu sa confiance emportera l'incapacité de remplir aucune fonction publique. Le peuple ne décernera pas de peine plus forte ; et si les mandataires sont coupables de quelques crimes particuliers et formels, il pourra les renvoyer au tribunal établi pour les punir.

[…] Qu'importe que la loi rende un hommage hypocrite à l’égalité des droits, si la plus impérieuse de toutes les lois, la nécessité, force la partie la plus saine et la plus nombreuse du peuple à y renoncer ? Que la patrie indemnise l'homme qui vit de son travail lorsqu'il assiste aux assemblées publiques ; qu'elle salarie par la même raison d'une manière proportionnée tous les fonctionnaires publics ; que les règles des élections, que les formes des délibérations soient aussi simples, aussi abrégées qu'il est possible ; que les jours des assemblées soient fixés aux époques les plus commodes pour la partie laborieuse de la nation.

Que l'on délibère à haute voix : la publicité est l'appui de la vertu, la sauvegarde de la vérité, la terreur du crime, le fléau de l'intrigue. Laissez les ténèbres et le scrutin secret aux criminels et aux esclaves : les hommes libres veulent avoir le peuple pour témoin de leurs pensées. Cette méthode forme les citoyens aux vertus républicaines ; elle convient à un peuple qui vient de conquérir sa liberté, et qui combat pour la défendre : quand elle cesse de lui convenir la République n'est déjà plus. […]

Quand la loi a pour principe l'intérêt public, elle a le peuple lui-même pour appui, et sa force est la force de tous les citoyens, dont elle est l'ouvrage et la propriété. La volonté générale et la force publique ont une origine commune : la force publique est au corps politique ce qu'est au corps humain le bras, qui exécute spontanément ce que la volonté commande, et repousse tous les objets qui peuvent menacer le cœur ou la tête. […] "

13 mai 1793. Aux Jacobins, Robespierre, avant de lire son discours sur la Constitution, fait rejeter les propositions de faire mettre en accusation les 22 Girondins & d’utiliser, pour purger la Convention, l’armée qui doit marcher sur la Vendée. " Je n’ai jamais pu concevoir comment dans des moment critiques il se trouvait tant d’hommes pour faire des propositions qui compromettent les amis de la liberté, tandis que personne n’appuie celles qui tendent à sauver la République. […] Quand je vois qu’on cherche à faire inutilement des ennemis à la Société, à encourager les scélérats qui veulent la détruire, je suis tenté de croire qu’on est aveuglé ou mal intentionné. […] " Journal des débats & correspondance…

18 mai 1793. Création de la Commission dite des Douze, exclusivement composée de Girondins, chargée de présenter à la Convention les moyens d’assurer la tranquillité publique. Dans la foulée, elle fait arrêter Marino, Brichet, Varlet & Hébert de la Commune.

24 mai 1793. Création pour la Convention d’une garde départementale.

25 mai 1793. Prise de Fontenay par les Vendéens. A la Convention, Isnard déclare à la Commune de Paris qui réclame l’élargissement des détenus, que " si jamais la Convention était avilie…, Paris serait anéanti. Bientôt on chercherait sur les rives de la Seine si paris a existé. " Les Girondins n’en manquaient pas une !

26 mai 1793. Une députation de 16 Sections se présente à la Convention pour réclamer en vain la libération d’Hébert. Aux Jacobins, Robespierre appelle à l’insurrection. Appel décisif.

Journal des débats & correspondance de la Sté des Jacobins : " … le peuple doit se reposer sur sa force, mais quand le peuple est opprimé, quand il ne lui reste plus que lui-même, celui-là serait un lâche qui ne lui dirait pas de se lever. C’est quand toutes les loix sont violées, c’est quand le despotisme est à son comble, c’est quand on foule aux pieds la bonne foi & la pudeur, que le peuple doit s’insurger. Ce moment est arrivé : nos ennemis oppriment ouvertement les patriotes ; ils veulent, au nom de la loi, replonger le peuple dans la misère & l’esclavage. Je ne serai jamais l’ami de ces hommes corrompus, quelques trésors qu’ils m’offrent. J’aime mieux mourir avec des républicains, que des triompher avec ces scélérats (Applaudi). […] J’exhorte chaque citoyen à conserver le sentiment de ses droits. Je l’invite à compter sur sa force & sur celle de toute la nation. J’invite le peuple à se mettre en insurrection contre tous les députés corrompus. ( Applaudi.) Je déclare qu’ayant reçu du peuple le droit de défendre ses droits, je regarde comme mon oppresseur celui qui m’interrompt, ou qui me refuse la parole, & je déclare que moi seul je me mets en insurrection contre le président & contre tous les membres qui siègent dans la Convention. ( Applaudi. ) Lorsqu’on affectera un mépris coupable pour les sans-culottes, je déclare que je me mets en insurrection contre les députés corrompus. J’invite tous les Montagnard à se rallier & à combattre l’aristocratie, & je dis qu’il n’y a pour eux qu’une alternative, ou de résister de toute leur force, de tout leur pouvoir aux efforts de l’intérieur, ou de donner leur démission. Il faut en même temps que le peuple français connaisse ses droits ; car les députés fidèles ne peuvent rien sans le peuple. Si la trahison appelle les ennemis étrangers dans le sein de la France ; si lorsque nos canonniers tiennent dans leurs mains la foudre qui doit exterminer les tyrans & leurs satellites, nous voyons l’ennemi approcher de nos murs, alors je déclare que je punirai moi-même les traîtres, & je promets de regarder tout conspirateur comme mon ennemi & de le traiter comme tel. ( Applaudi. ) "

27 mai 1793. La section de la Cité vient réclamer l’élargissement de son président, Dobsent, & de son secrétaire, arrêtés dans la nuit sur ordre de la Commission des Douze. La Convention refuse d’entendre les pétitionnaires ; le président, Isnard, refuse la parole à Robespierre qui veut les soutenir. L’appel nominal pour savoir si Robespierre sera entendu est décidé. Dehors, des compagnies de la Butte des Moulins sont rangés en ordre de bataille. Finalement, après bien du tumulte, les détenus sont libérés & la Commission des Douze, cassée.

28 mai 1793. Par 238 voix contre 229, la Convention rapporte son décret de la veille relatif à la Commission des Douze. Robespierre, après avoir dénoncé les Girondins & rappelé que Brissot, le 25 juillet 1792, appelait le glaive de la loi sur les républicains, conclut :

" Maintenant, je laisse ces hommes criminels finir leur odieuse carrière. Je leur abandonne cette tribune ; qu’ils viennent y distiller leurs poisons ; qu’ils viennent y secouer les brandons de la guerre civile ; qu’ils entretiennent des correspondances avec les ennemis de la patrie ; qu’ils finissent leur carrière, la Nation les jugera. " Gazette nationale, ou le Moniteur universel

A l’Evêché, les commissaires de 33 sections sur 48 constituent un Comité insurrectionnel.

29 mai 1793. Lyon s’insurge contre la Commune révolutionnaire de Châlier & la Convention. Les républicains égarés seront vite débordés par les royalistes déclarés.

Aux Jacobins, Robespierre rejette toute mesure dilatoire & réitère son appel à l’insurrection.

Le Point du jour : " Robespierre. […] Je dis que, si le peuple ne se lève pas tout entier, la liberté est perdue, & qu’il n’y a qu’un empyrique détestable qui puisse lui dire qu’il lui reste un autre médecin que lui-même. Je dis que dans peu de tems vous verrez Paris investi de toutes les puissances étrangères auxquelles on aura livré vos places fortes. Il ne reste plus qu’un devoir à remplir aux mandataires du peuple, c’est de dire au peuple la vérité toute entière, & de marcher à sa tête pour lui montrer la voie du salut. […] Je dis que dans la crise où nous nous trouvons, la municipalité doit résister à l’oppression, réclamer les droits de la justice contre la persécution des patriotes. Lorsqu’il est évident que la patrie est menacée du plus puissant danger, le devoir des représentans du peuple est de mourir pour la liberté ou de la faire triompher. Je suis incapable de prescrire au peuple les moyens de se sauver ; cela n’est pas donner à moi, qui suis épuisé par quatre années de révolution, & par le spectacle accablant du triomphe de tout ce qu’il y a de plus vil & de plus corrompu. Ce n’est pas à moi d’indiquer ces mesures;  à moi qui suis consumé par une fièvre lente & encore plus, par une fièvre du patriotisme. J’ai dit ; il ne me reste plus d’autre devoir à remplir. "

30 mai 1793. Entrent au Comité de salut Public : Saint-Just, Couthon, Hérault de séchelles, Ramel & Mathhieu.

31 mai 1793. Une délégation des 48 sections de Paris se présente à la Convention pour dénoncer les Girondins, réclamer & l’exécution des mesures exposées précédemment par Robespierre &, à l’instar de Barère, la cassation de la Commission des Douze. Les pétitionnaires vont s’asseoir sur les bancs de la Montagne. Les Girondins quittent la salle, puis reviennent. Alors que Robespierre s’oppose à la cassation de la Commission des Douze, comme mesure dilatoire, & à une garde pour la Convention, comme mesure dangereuse, Vergniaud l’interrompt & lui demande de conclure. Finalement, seul gain de cette journée, la Commission des Douze est cassée.

Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre. […] Oui, je vais conclure, & contre vous ; contre vous qui après la révolution du 10 août, avez voulu conduire à l’échafaud ceux qui l’ont faite ; contre vous qui n’avez cessé de provoquer la destruction de Paris ; contre vous qui avez voulu sauver le tyran ; contre vous qui avez conspiré avec Dumouriez ; contre vous qui avez poursuivi avec acharnement les mêmes patriotes dont Dumouriez demandait la tête ; contre vous dont les vengeances criminelles ont provoqué ces mêmes cris d’indignation dont vous voulez faire un crime à ceux qui sont vos victimes. Eh bien ! ma conclusion, c’est le décret d’accusation contre tous les complices de Dumouriez & contre tous ceux qui ont été désignés par les pétitionnaires. "

2 juin 1793. 80.000 hommes sous les ordres d’Hanriot, nouveau commandant de la garde nationale, assiègent la Convention, tandis qu’à l’intérieur une délégation réclame l’arrestation des Girondins. Des députés qui tentent de sortir, sont refoulés par Hanriot qui, interpellé par répond à Hérault de Séchelles, lui répond : " Canonniers à vos pièces ! ". Finalement, la Convention décrète l’arrestation de 29 Girondins, ainsi que des ministres Clavière & Lebrun.  Mais les parisiens voulaient si peu attenter à leurs jours, qu'ils les consignèrent seulement à domicile. La plupart s'enfuirent pour soulever les départements, révoltes essentiellement soutenues par les bourgeois & les royalistes. Jusqu'alors les Montagnards voulaient les isoler, puis les paralyser ; les Girondins signèrent eux-mêmes leur arrêt de mort.

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DISCOURS DE ROBESPIERRE

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