ROBESPIERRE
1793 (2)

Soldats de l'An II
6 juin 1793. Dans un rapport sur les journées des 31 mai - 2 juin, Barère propose notamment la suppression des comités révolutionnaires, la possibilité pour lAssemblée de réquisitionner la force armée & lenvoi dotages dans les départements dorigine des Girondins arrêtés. Le même jour, 73 députés signent une protestation contre les journées du 31 mai - 2 juin ; arrêtés, ils devront la vie à Robespierre.
8 juin 1793. Robespierre intervient sur le projet de Barère présenté le 6. Le projet est ajourné.
Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre. [ ] Laissez donc les choses dans létat où elles sont. Ce qui a été fait dans cette dernière révolution, na produit aucun effet funeste, aucune effusion de sang. Vous avez reconnu le principe & le caractère patriotique imprimé à linsurrection du peuple ; vous avez vu quelle était nécessaire, sous peine de voir la liberté ensevelie à Paris, & par conséquent perdue à jamais pour le reste de la République, sous peine de voir se répéter auprès de vous les scènes sanglantes de Lyon & de Marseille.
Daprès ce qui sest passé, daprès lordre qui règne dans Paris, vous ne devez plus avoir dinquiétude. les autorités que le peuple a établies, sauront maintenir la tranquillité publique, en même temps que protéger ses droits & sa liberté. Au contraire, si vous voulez les changer, vous dites à laristocratie que vous improuvez ce que le peuple a fait, ce que vous avez fait vous-mêmes ; vous réveillez lespérance des malveillans, vous ranimez une seconde fois les sections aristocratiques contre la masse du peuple ; vous laissez aux mal intentionnés les moyens de calomnier, dopprimer les patriotes ; & de troubler encore la tranquillité publique. Est-ce dans le moment où vous navez pas assez de vertu, de sagesse & dénergie pour dompter tous les ennemis extérieurs & intérieur de la liberté, que vous devez chercher à comprimer le zèle, leffervescence même du patriotisme ? Est-ce dans le moment où des traîtres sagitent de toutes parts, que vous devez supprimez les comités de surveillance, les comités révolutionnaires que le peuple, fatigué des trahisons, a choisi pour déjouer les complots, & opposer une force active aux efforts de laristocratie ? [ ]
Je me résume, & je fais les propositions suivantes : 1° Faire une loi qui bannisse les étrangers. 2° Renvoyer au Comité de salut public à présenter des mesures sur les suites du décret darrestation prononcé contre une partie de ses membres. 3° Sur le reste du projet de votre Comité, passer à lordre du jour. "
9 juin. Blocus anglais des ports Français. Prise de Saumur par les Vendéens.

Cathelineau
13 juin 1793. Suite de ladresse au peuple français sur les journées du 31 mai 2 juin, ladresse proposée par Couthon, soutenue par Robespierre, portant que, dans ces journées, la Commune & le Peuple de Paris ont sauvé la liberté, lunité & lindivisibilité de la République, est adoptée à une large majorité.
14 juin 1793. La Convention discute deux articles de la Constitution proposée par son Comité. Les observations de Robespierre sur le premier, portant quun député démissionnaire ne peut quitter son poste quaprès ladmission de son successeur, sont ignorées ; son opinion sur le second, portant que les assemblées primaires peuvent se former extraordinairement par la réunion de la majorité plus un de ses membres, est adoptée.
Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre. ( 1er intervention ) Il est contre tous les principes dexiger dun fonctionnaire public de conserver ses fonctions quand il ne veut plus les remplir, cest vouloir le priver de la liberté individuelle. "
( 2ème intervention ) " Larticle quon vous propose ici est si vague, que lon peut sen servir pour détruire toute espèce de gouvernement, & que, par un excès de démocratie, il renverse la souveraineté nationale. En effet, aux termes de cet article, une assemblée primaire se réunit, quel sera lobjet de sa délibération ? Larticle nen détermine aucun : elle peut donc délibérer sur tout ; & comme elle exprime une volonté souveraine, elle peut faire tel acte qui serait contraire au gouvernement établi, & briser le ressort qui lui est nécessaire pour agir. Par-là, vous le voyez, vous établissez la démocratie pure, & non pas cette démocratie qui, pour le bonheur général, est tempérée par des lois. Voyez au reste à quel inconvénient vous vous exposez par cet article : lassemblée primaire une fois formée, quand terminera-t-elle se séances ? il dépendra de ceux qui resteront à la fin, de la proroger pendant un ou plusieurs jours ; il ny restera plus que les intrigans & les riches ; les pauvres, les artisans se retireront & au lieu de la volonté du peuple, vous naurez que celle de laristocratie. "
15 juin 1793. La Convention débat pour déterminer si le Conseil exécutif serait directement élu par le peuple ou par des électeurs. Elle adopte la position de Robespierre qui se prononce pour des électeurs.
Journal des débats & décrets : " Robespierre laîné. Si le système de Chabot paraît au premier coup doeil plus conformes aux principes démocratiques, cette illusion disparaît bientôt, quand on examine quel en serait le résultat pour ou contre la liberté. Le système du comité renferme les combinaisons les plus ingénieuses qui puissent exister pour maintenir le peuple dans tous ses droits, sans le fatiguer par un trop fréquent exercice.
Quel est lécueil ordinaire, de la liberté dans tous les pays ? Cest le trop grand ascendant que prend à la longue le Conseil exécutif qui, par cela même quil a entre les mains toutes les forces de lEtat, & quil agit sans cesse, domine bientôt toutes les autorités. De-là vient la nécessité bien constante de mettre dans la Constitution de fortes barrières à son usurpation. De-là, la nécessité dempêcher quil nait, dans son origine, un caractère aussi imposant que celui de la représentation nationale. De-là, la nécessité de ne point le faire nommer immédiatement par le peuple. "
Le même jour, la Convention adopte larticle du Comité, soutenu par Robespierre, portant que les députés ne pourront être inquiétés pour les opinions quils auront énoncés dans le sein du Corps législatif.
Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre laîné. Il est impossible de ne pas rendre hommage aux motifs patriotiques qui ont inspiré le vénérable vieillard qui ma précédé à cette tribune. Il nest sans doute aucun citoyen qui ne soit douloureusement affecté, en pensant quune partie des représentans du peuple pourrait violer impunément ses droits, conspirer à la tribune par une éloquence insidieuse, sans être soumis à aucune peine. Il serait à désirer quun pareil crime fût puni & ne trouvât point un brevet dimpunité dans le caractère de représentant dont il se serait rendu indigne, & dans la liberté des opinions dont il aurait abusé ; mais la difficulté réside dans les moyens à employer pour le punir, & cest ici quon trouve occasion de défendre la doctrine du comité.
Par qui ferez-vous juger le représentant du peuple accusé ? Par une autorité constituée. Mais ici vous apercevez sans peine quil est possible que ce tribunal soit aussi corrompu que lhomme qui lui serait livré ; & dailleurs nest-il pas à craindre que le représentant fidèle soit traduit à ce tribunal par la faction & lintrigue, plutôt que le mauvais député par la volonté de représentans vertueux ? On ne peut donc sans détruire, je ne dis pas seulement la liberté des opinions, mais encore la liberté du peuple, faire juger un de ses représentans par une autorité constituée. "
16 juin 1793. Après que Robespierre ait obtenu que les actes publics soient décrétés au nom du peuple Français, ce qui caractérise le souverain, & non seulement au nom de la République française, ce qui caractérise le gouvernement ; après quil ait obtenu que le Conseil exécutif soit chargé uniquement de négocier les traités, mais non de les ratifier ; après quil ait combattu en vain larticle portant que le conseil exécutif pourrait lui-même poursuivre ses propres agents ; après quil ait soutenu lidée dun jury national pour censurer le Conseil exécutif & le Corps législatif ; il attire lattention de la Convention sur labus qui est fait du mot " représentant " :
Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre, laîné. [ ] Jobserve ensuite que le mot représentant ne peut être appliqué à aucun mandataire du peuple, parce que la volonté ne peut se représenter. Les membres de la législature sont les mandataires à qui le peuple a donné la première puissance ; mais dans le vrai sens on ne peut pas dire quils le représentent. La législature fait des lois & des décrets ; les lois nont le caractère de lois que lorsque le peuple les a formellement acceptées. Jusquà ce moment, elles nétaient que des projets ; alors elles sont lexpression de la volonté du peuple. Les décrets ne sont exécutés avant dêtre soumis à la ratification du peuple, que parce quil est censé les approuver : il ne réclame pas, son silence est pris pour une approbation. Il ait impossible quun gouvernement ait dautres principes. Ce consentement est exprimé ou tacite ; mais, dans aucun cas, la volonté souveraine ne se représente, elle est présumée. Le mandataire ne peut être représentant, cest un abus de mot, & déjà en France on commence à revenir de cette erreur. "
17 juin 1793. Robespierre, après avoir rappelé qu'il avait lui-même pensé que les pauvres devaient être exonérés, réaffirme que tous les Citoyens doivent payer des impôts, & demande que les pauvres reçoivent de la patrie ce quils verseront au trésor public.
18 juin 1793. Prise dAngers par les Vendéens.
Un article du projet de Constitution porte que le peuple français ne fait pas la paix avec un ennemi qui occupe son territoire. Après Mercier qui demande aux Montagnards : " Avez-vous fait un traité avec la victoire ? ", & Basire qui lui répond : " Nous en avons fait un avec la mort ! ", Robespierre intervient & la Convention adopte larticle.
Moniteur universel : " Robespierre. Je naurais jamais cru quun représentant du peuple Français osât professer ici une maxime desclavage & de lâcheté. Je naurais jamais cru quil osât contester la vertu républicaine du peuple quil représente. Où a-t-il vu, cet homme, que nous fussions inférieurs aux Romains ? Où a-t-il vu, cet homme, que la Constitution que nous allons terminer fût au-dessous de ce Sénat despotique, qui ne connut jamais la Déclaration des Droits de lHomme ? où a-t-il vu que ce peuple qui verse sont sang pour la liberté universelle, fût au-dessous des Romains, qui furent, non pas les héros de la liberté, mais les oppresseurs de tous les peuples ? Mais il ny a rien à répondre à un tel homme. Nous décrèterons un article que nous sommes dignes de soutenir, en dépit de lui & de ses pareils. Quils sachent, tous ceux qui ne savent pas deviner lénergie dun peuple libre, quils sachent que cet article est lexpression de sa volonté. Un peuple qui traite sur son territoire avec les ennemis, est un peuple déjà vaincu, & qui a renoncé à son indépendance. Jamais le peuple français ne sera couvert de tant de honte quun homme qui, sous le despotisme, après avoir paru faire quelques pas vers lavenir, rétrograde aujourdhui. Que la liberté règne en France, cela est facile à concevoir : mais quil sache, cet homme, que non-seulement nous décrèterons larticle auquel il soppose, mais encore que nous le soutiendrons. "
23 juin 1793. La Convention vote la Déclaration des Droits de lHomme. Après avoir fait repousser les propositions de Raffront, demandant que la Déclaration rappelle également les Devoirs de lhomme en société, en rappelant que la Constituante avait déjà repoussé pareille proposition, il sauve la mise à la droite qui reste froide devant cette Déclaration pour laquelle Billaud-Varenne demande lappel nominal.
Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre. La Déclaration des Droits na besoin, pour être adoptée par le peuple, que des principes quelle renferme & de lassentiment de la presquunanimité de la Convention nationale. Je métonne quon se soit aperçu de ce que quelques citoyens qui siègent là ( au côté droit ), ont paru immobiles & naient point partagé notre enthousiasme. Ce procédé de quelques individus ma paru si extraordinaire, que je ne puis croire quils adoptent des principes contraires à ceux que nous consacrons, & jaime à me persuader que, sils ne se sont point levés avec nous, cest plutôt parce quils sont paralytiques que mauvais citoyens. "
24 juin 1793. La Constitution de 1793 que les Montagnards se sont dépêchés d'achever pour détromper les calomnies Girondines, est votée par la Convention, ratifiée par le Peuple dans le courant du mois de juillet & ajournée jusqu'à la paix.

24 juin 1793. Sur la proposition dAmar, du Comité de sûreté générale, énergiquement soutenue par Robespierre, la Convention vote lincarcération des Girondins proscrits dont beaucoup se sont enfuis pour soulever les départements.
8 juillet 1793. Aux Jacobins, Robespierre défend le Comité de salut public, comme il lavait déjà fait le 14 juin. Le matin même, Saint-Just, au nom du Comité, avait lu le rapport contre les Girondins.
Journal de la Montagne : " Robespierre. [ ] Je reviens à Chabot. A chaque phrase, à chaque mot de son discours, je sens respirer le patriotisme le plus vrai ; mais jy vois aussi le patriote trop exalté qui sindigne que tout ne tourne pas au gré de ses désirs, qui sirrite de ce que le Comité de salut public nest pas parvenu, dans ses opérations, à une perfection impossible, & que Chabot ne trouvera nulle part. Je le crois comme lui, ce Comité nest pas composé dhommes également éclairés, également vertueux ; mais où les trouvera-t-il composés de cette manière ? Empêchera-t-il les hommes dêtre sujets à lerreur ? [ ] Oui, sans doute, il est dans le Comité de salut public des hommes capables de remonter la machine & de donner une nouvelle force à ses moyens ; il ne faut que les y encourager. Qui oubliera les services que ce Comité a rendus à la chose publique, les nombreux complots quil a découvert ; les heureux aperçus que nous lui devons, les vues sages & profondes quil nous a développées ? [ ] Il a fait des fautes sans doute. Est-ce à moi de les dissimuler ? Pencherai-je vers lindulgence, moi qui crois quon na point fait assez pour la patrie, quand on na pas tout fait, mais qui suis persuadé que la liberté récompense abondamment de ses sacrifices, lhomme qui na plus rien à lui sacrifier ? Oui, il a fait des fautes, & je veux les lui reprocher avec vous. Mais, il y a loin des torts quon peut reprocher à quelquuns de ses membres, à la proscription dont on veut lenvelopper en masse. [ ] "
29 juin 1793. Les Vendéens assiègent Nantes, mais ils ne la prendront pas.
8 juillet 1793. Les troupes contre-révolutionnaires marseillaises prennent Avignon quelles perdront le 26.
9 juillet 1793. La Convention, après les interventions de Jeanbon-Saint-André & Robespierre, décrète lélargissement du général sans-culotte Rossignol, arrêté sur ordre de Biron, mais déjà libéré par Goupilleau en mission dans lOuest. Le 27 juillet, Rossignol recevra le commandement de larmée des Côtes de la Rochelle.
10 juillet 1793. Danton est éliminé du Comité de salut public.
Aux Jacobins, Danton est accusé d'être intervenu auprès du ministre Dalbarade pour quil nomme Peyron inspecteur du port de Toulon, Peyron à qui des faits graves sont reprochés. Il est défendu par Robespierre.
Journal de la Montagne : " Robespierre. [ ] Je me suis aperçu quon avait joint à une dénonciation du ministre en général, une dénonciation particulière contre Danton. Voudrait-on essayer de nous le rendre aussi suspect ? Il est donc bien vrai que la calomnie ne cesse de poursuivre un homme en place, par cela seul quil est employé, & que vainement on sacrifie toute sa vie à la liberté, puisquun malveillant peut, en un quart dheure, ruiner la confiance que vous méritez à tant de titres, & vous enlever le fruit de vos travaux. [ ] "
13 juillet. Assassinat de Marat par Charlotte Corday, venant de Caen, QG des Girondins. L'exaspération des patriotes & des Sans-Culottes est à son comble. A noter que, pour l'assassiner, Charlotte Corday savait qu'il lui suffirait de se présenter à lui en disant : "Je suis malheureuse ; il suffit que je le sois pour avoir droit à votre protection." & il lui à ouvert sa porte, ce monstre ! Remarquons aussi qu'elle déclara qu'elle avait tué un homme pour en sauver 100.000 ; ce qui n'était rien moins que la doctrine de Marat.
Ce même jour, Robespierre lisait à la Convention le plan déducation du défunt Lepeletier. Le 3 juillet elle avait refusé cet honneur à son frère Félix ; celui-ci en chargea Robespierre qui était son ami, & faisait dailleurs partie du Comité dinstruction publique.
14 juillet 1793. Aux Jacobins, Robespierre fait écarter, tout au moins suspendre, les honneurs du Panthéon pour Marat, Marat que les Girondins avaient dépeint comme un monstre aux départements.
Journal des débats & correspondance de la Sté des Jacobins : " Robespierre. Jai peu de chose à dire à la Société. Je naurais pas même demandé la parole si le droit de lentretenir ne métait en quelque sorte dévolu dans ce moment ; si je ne prévoyais que les honneurs du poignard me sont aussi réservés, que la priorité na été déterminée que par le hasard, que ma chute savance à grands pas. [ ] Je croyais quune séance qui suivait le meurtre dun des plus zélés défenseurs de la patrie, serait tout entière occupée des moyens de le venger en le servant mieux quauparavant. On nen a point parlé, & de quoi vous entretient-on dans ce temps précieux, de lusage duquel nous sommes comptables ? On soccupe dhyperboles outrées, de figure ridicules & vides de sens, qui napportent point de remède à la chose & empêche de le trouver. [ ] Occupons-nous enfin des mesures qui peuvent encore sauver notre patrie ; rendons nul leffet des guinées de Pitt. Faisons rentrer les Cobourgs, les Brunswick sur leur territoire.
Ce nest point aujourdhui quil faut donner au peuple le spectacle dune pompe funèbre, mais quand enfin victorieux, la République affermie nous permettra de nous occuper de ses défenseurs ; toute la France alors demandera & vous accorderez sans doute à Marat les honneurs que sa vertu mérite, que sa mémoire exige. Savez-vous quelle impression, attache au coeur humain le spectacle des cérémonies funèbre ! Ils font croire au peuple que les amis de la liberté se dédommagent par là de la perte quils ont faite, & que dès lors ils ne sont plus tenus de les venger ; satisfaits davoir honoré lhomme vertueux, ce désir de le venger séteint dans leur coeur, & lindifférence succède à lenthousiasme & sa mémoire court les risques de loubli. Ne cessons de voir que ce qui peut encore nous sauver. [ ] "
22 juillet 1793. Arrestation du général Custine.

Custine
23 juillet 1793. Mayence capitule honorablement. Le 27, l'armée française quittera la ville avec armes & bagages, au son de la Marseillaise ; elle sera envoyée en Vendée.
24 juillet 1793. Robespierre défend le général Lavalette, patriote quoique noble , suspendu par les commissaires de la Convention à Lille, Duhem & Lesage, pour sêtre opposé aux ordres du général Lamarlière. La Convention remplace ses commissaires. Lavalette fut lavé de toute accusation par la Convention & réintégré le 3 août ; Lamarlière, traduit au tribunal révolutionnaire le 31 juillet, fut exécuté le 26 novembre. Notons que Lavalette sera exécuté le 10 thermidor avec les robespierristes.
Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre aîné. Le salut public exige que lon répande quelques lumières sur cette affaire. Personne nignore que Lamarlière est lami de Custine, quils ont tous les deux tramé une conspiration qui sera aussi déjouée. Vos commissaires sont tombés dans une grande erreur. Je connais tout ce qui sest passé à Lille. Jai en mains la preuve de tous les faits. Jatteste sur ma tête à toute la France quil ny a pas de précaution qu Lamarlière nait prise pour livrer Lille aux Autrichiens, & quil ny a pas de moyens que Lavalette nait employés pour sy opposer. Rappelez-vous la trahison de Dumouriez, ce traître envoya Miaczinski à Lille, pour faire tomber cette place entre les mains de vos ennemis. Lavalette fit échouer ce complot. Depuis, il a déjoué, autant quil a été en lui, les manoeuvres de Lamarlière qui sest obstiné à rester à Lille, malgré les ordres du Conseil exécutif qui lui avait assigné un autre poste. Il est étonnant, Citoyens, que celui qui a fait tant defforts pour faire triompher la cause du peuple, ait succombé au tribunal de vos commissaires. "
26 juillet 1793. La Convention décrète laccaparement passible de la peine capitale & établit la liste des denrées de première nécessité. Le lendemain, Robespierre fait ranger le sucre & le café, quoique " besoins factices ", parmi ces denrées.
27 juillet. Robespierre, en remplacement de Gasparin démissionnaire, est élu membre du Comité de Salut Public composé alors de 9 membres. Notons que tous les membres du CSP sont des tempéraments, que, quoique chaque membre puisse intervenir dans tous les domaines, chacun a son domaine "réservé" ( Robespierre est particulièrement chargé des rapports sur la politique générale & les grands principes. ), que tout ordre du CSP doit être revêtu d'au moins trois signatures, & que le CSP ne peut agir sans l'aval de la Convention à laquelle il doit faire un rapport tous les huit jours, & qui a le pouvoir absolu de le renouveler. Initialement, le Comité devait être renouvelé tous les mois, mais les circonstances imposèrent une stabilité au niveau de cet organe primordial.

Ce même jour, 27 juillet, Delaunay présente un décret de séquestre des Compagnies financières ; la Convention le charge de lui présenter un rapport à leur sujet. Ce sont les prémices de l'affaire de la Compagnie des Indes, vaste plan de corruption des députés. Seront impliqués : Delaunay, Fabre, Basire, Chabot, Delacroix, Jullien ( de Toulouse ), députés, & le baron de Batz, les frères Frey.
28 juillet 1793. Capitulation de Valenciennes.
29 juillet 1793. Robespierre défend à nouveau, devant la Convention qui lenterrera définitivement le 13 août, le plan déducation de Michel Lepeletier.
" [...] Former des hommes, propager les connaissances humaines ; telles sont les deux parties du problème que nous avons à résoudre. La première constitue léducation ; la seconde, linstruction. Celle-ci, quoique offerte à tous, devient, par la nature même des choses, la propriété exclusive dun petit nombre de membres de la société, à raison de la différence des professions & des talents ; Celle-là doit être commune à tous & universellement bienfaisante. [...]
Il existe dans la République 44 000 municipalités : on propose létablissement de 20 000 à 25 000 écoles primaires ; il est clair que la proportion majeure sera à peu près de 2 paroisses par école. Or, personne ne peut douter que la paroisse où lécole sera placée aura de grands avantages sur la continuité, la commodité de linstruction & pour la durée des leçons.
Une bien plus grave inégalité va sétablir encore à raison des diverses facultés des parents : & ici les personnes aisées, cest-à-dire le plus petit nombre, ont tout lavantage. Quiconque peut se passer du travail de son enfant pour le nourrir a la facilité de le tenir aux écoles tous les jours & plusieurs heures chaque jour. Mais quant à la classe indigente, comment fera-t-elle ? Cet enfant pauvre, vous lui offrez bien linstruction ; mais avant, il lui faut du pain. [...]
Tous les inconvénients que je viens de développer son insolubles tant que nous ne prendrons pas une grande détermination pour la postérité de la République.
Osons faire une loi qui aplanisse tous les obstacles, qui rende facile les plans les plus parfaits déducation, qui appelle & réalise toutes les belles institutions ; une loi qui sera faite avant dix ans si nous nous privons de lhonneur de lavoir portée ; une loi toute en faveur du pauvre, puisquelle reporte sur lui le superflu de lopulence, que le riche lui-même doit approuver sil réfléchit, quil doit aimer sil est sensible. [...]
Je demande que vous décrétiez que, depuis lâge de 5 ans jusquà 12 pour les garçons & jusquà 11 pour les filles, tous les enfants, sans distinction & sans exception, seront élevés en commun, aux dépens de la République ; & que tous, sous la sainte loi de légalité, recevront mêmes vêtements, même nourriture, même instruction, même soins.[...]
Donner aux mères encouragements, secours, instructions ; les intéresser efficacement à allaiter leurs enfants ; les éclairer, par un moyen facile, sur les erreurs & négligences nuisibles, sur les soins &les attentions salutaires ; rendre pour elles la naissance & la conservation de leurs enfants, non plus une charge pénible, mais au contraire une source daisance & lobjet dune espérance progressive : cest là tout ce que nous pouvons faire utilement en faveur des cinq premières années de la vie [...]
Prolonger linstitution publique jusquà la fin de ladolescence est un beau songe ; quelquefois nous lavons rêvé délicieusement avec Platon ; quelquefois nous lavons lu avec enthousiasme, réalisé dans les fastes de Lacédémone : quelquefois nous en avons trouvé linsipide caricature dans nos collèges ; mais Platon ne faisait que des philosophes, Lycurgue ne faisait que des soldats, nos professeurs ne faisaient que des écoliers ; la République Française, dont la splendeur consiste dans le commerce & lagriculture, a besoin de faire des hommes de tous les états [...]
Je propose que, pour les filles, le terme de linstitution publique soit fixé à 11 ans ; leur développement est plus précoce, & dailleurs elles peuvent commencer plutôt lapprentissage des métiers auxquels elles sont propres parce que ces métiers exigent moins de force.
[...] Dans les villes pour chaque section, pour chaque canton dans les campagnes, dordinaire une seule maison pourra suffire. Il en sera établit plusieurs si la population lexige ; chaque établissement contiendra 400 à 600 élèves. Je propose cette division, parce quelle concilie deux avantages : dun côté elle diminue les frais qui sont moindres dans une seule grande maison que dans plusieurs maisons séparées ; & cependant elle ne met pas une trop grande distance entre les enfants & leurs familles ; le plus grand éloignement sera de 2 ou 3 lieues : ainsi, les parents pourront souvent & facilement revoir le dépôt quils auront confié à la patrie, & laustérité de linstitution républicaine ne coûtera pas un regret à la nature.
[...] Linstitution publique des enfants sera-t-elle dobligation pour les parents, ou les parents auront-ils seulement la faculté de profiter de ce bienfait national ? Daprès les principes, tous doivent y être obligés. Pour lintérêt public, tous doivent y être obligés. Mais dans le moment actuel, il vous semblera peut-être convenable daccoutumer insensiblement les esprits à la pureté des maximes de notre nouvelle Constitution. Je ne vous le propose quà regret ; je soumets à votre sagesse une modification que mon désir intime est que vous ne jugiez pas nécessaire. Elle consiste à décréter que dici à quatre ans linstitution publique ne sera que facultative pour les parents. Mais ce délai expiré, lorsque nous aurons acquis, si je peux mexprimer ainsi, la force & la maturité républicaines, je demande que quiconque refusera ses enfants à linstitution commune, soit privé de lexercice des droits de citoyen pendant tout le temps quil se sera soustrait à remplir ce devoir civique, & quil paie, en outre, double contribution dans la taxe des enfants, dont je vous parlerai dans la suite. [...]
Je désire que pour les besoins ordinaires de la vie, les enfants privés de toute espèce de superfluité, soient restreints à labsolu nécessaire. Ils seront couchés durement, leur nourriture sera saine, mais frugale ; leur vêtement commode, mais grossier. Il importe que pour tous, lhabitude de lenfance soit telle, quaucun nait à souffrir du passage de linstitution aux divers états de la société. Lenfant qui rentrera dans le sein dune famille pauvre, retrouvera toujours ce quil quitte ; quant à lenfant du riche, dautres habitudes plus douces lattendent, mais celles-là se contractent facilement. & pour le riche lui-même, il peut exister dans la vie telle circonstances où il bénira lâpre austérité & la salutaire rudesse de léducation de ses premiers ans.
Après la force & la santé, il est un bien que linstitution publique doit à tous, parce que pour tous il est dun avantage inestimable, je veux dire laccoutumance au travail. Je ne parle point ici de telle ou telle industrie particulière ; mais jentends en général ce courage pour entreprendre une tâche pénible, cette action en lexécutant, cette constance à la suivre, cette persévérance jusquà ce quelle soit achevée, qui caractérise lhomme laborieux. [...]
Sans léducation nationale, il vous faut aussi renoncer à former ce que jappelle les moeurs de lenfant, qui bientôt, par ce plan, vont devenir les moeurs nationales ; & par là je veux dire la sociabilité ; son caractère, un langage qui ne soit point grossier, lattitude & le port dun homme libre, enfin des manières franches, également distantes de la politesse & de la rusticité. [...]
Jadopte entièrement, pour linstitution publique, la nomenclature que le comité vous a présentée pour le cours des écoles primaires : apprendre à lire, écrire, compter, mesurer, recevoir des principes de morale, une connaissance sommaire de la Constitution, des notion déconomie domestique & rurale, développer le don de la mémoire en y gravant les plus beaux récits de lhistoire des peuples libres & de la révolution française ;voilà le nécessaire pour chaque citoyen ; voilà linstruction qui est due à tous. [...]
Cest daprès le principe que lenfance est destinée à recevoir limpression salutaire de lhabitude, que je voudrais quà cet âge, il ne soit pont parlé de religion, précisément parce que je naime pont dans lhomme ce quil a toujours eu jusquà présent, une religion dhabitude. Je regarde ce choix important comme devant être lacte le plus réfléchi de la raison. Je désirerais que, pendant le cours entier de linstitution publique, lenfant ne reçut que les instructions de morale universelle, & non les enseignements daucune croyance particulière. Je désirerais que ce ne fût quà lâge de 12 ans, lorsquil sera rentré dans la société, quil adoptât un culte avec réflexion. Il me semble quil ne devrait choisir que lorsquil pourrait juger. [...]
Il ma semblé facile de diviser les différents éléments dont lensemble complète notre cours déducation. les uns concernent la formation de lêtre physique ; les autres ont rapport à la formation de lêtre moral. Sur chacun de ces programmes, les citoyens seront invités à travailler & à concourir. Ouvrez vos trésors pour récompenser sur chaque partie les meilleurs ouvrages ; & cette munificence même enrichira la République. Je pousserai encore plus loin cette idée, & jose attester que la société & lhumanité pourraient recueillir dimportants avantages de létablissement permanent de prix annuels proposés à quiconque aura conçu une pensée utile sur léducation, & ajouté un bon article au code de lenfance. [...]
Diminuer les nécessité de lindigence, diminuer le superflu de la richesse, cest un but auquel doivent tendre toutes nos institutions ; mais il faut que la justice comme la prudence règlent notre marche. On ne peut avancer que pas à pas ; tout moyen convulsif est inadmissible, la propriété est sacrée, & ce droit a reçu de votre premier décret une nouvelle & authentique garantie. La mesure la plus douce comme la plus efficace de rapprocher limmense distance des fortunes, & de corriger la bizarre disparité que le hasard de la propriété jette entre les citoyens, se trouve dans lemode de répartir les charges publiques. Soulager celui qui a peu, que le poids porte principalement sur le riche ; voilà toute la théorie [...]
[...] je voudrais que les vieillards à la charge des communes d'un canton trouvassent leur asile dans une partie des établissements destinés à l'institution publique. Là, presque sans frais, ils partageraient une frugale nourriture ; là, presque sans frais, ils recevraient les assistances journalières qui leur sont nécessaire : les enfants les plus âgés & les plus forts seraient successivement employés à l'honneur de les servir.[...]
Depuis longtemps elle est attendue, cette occasion de secourir une portion nombreuse & intéressante de la société ; les révolutions qui se sont passées depuis trois ans ont tout fait pour les autres classes de citoyens, presque rien encore pour la plus nécessaire peut-être, pour les citoyens prolétaires dont la seule propriété est dans leur travail.[...]"
Le soir du 29, aux Jacobins. Alors quun officier déserteur autrichien demande que la société fournisse pour lui & ses camarades des défenseurs officieux, Robespierre demande au contraire que le maire soit saisi pour quil fasse arrêter tous les déserteurs étrangers qui résident à Paris, car suspects despionnage. Duhem demande que cette mesure soit étendue à tous les étrangers ; Robespierre sy oppose.
Journal des Jacobins : " Robespierre. [ ] Croirez-vous perpétuellement au patriotisme du premier venu ? je demande que la Société chasse à lheure même de son sein, lhomme fortement suspect qui vient de vous faire cette proposition ; il ny saurait exister de franchise, & nous avons toujours le droit de nous en défier. Je demande quon envoie sur le champ une députation au maire de Paris & au commandant-général de la garde nationale parisienne, pour les engager à faire mettre en état darrestation tous les déserteurs qui se trouvent en ce moment dans la capitale. [ ] Je nai pas dû demander que tous les étrangers fussent arrêtés, car cétait le seul & le plus efficace moyen de les bannir sans ressource, or il en est un plus grand nombre, dont les lumières, les vertus & le patriotisme servent utilement la chose publique, mais vous ne devez pas mettre de ce nombre les déserteurs autrichiens quune longue habitude nous a rendus tous suspects. Je demande que les hommes, quun sentiment impérieux fait regarder comme des traîtres, que ces hommes qui ont eu laudace de venir dans notre sein au nom de vos ennemis qui sont aussi ceux du peuple, que ces hommes enfin dont la conduite, daprès leur propre aveu, nest pas exempte de louche, soient mis, mais mis seuls, en état darrestation ; sils sont innocens, nous saurons les dédommager de cette rigueur passagère ; sils sont coupables, ils doivent nous payer sans grâce les nombreux sacrifices que nous faisons toujours à la liberté ( Applaudissemens ). "
31 juillet 1793. Réorganisation du tribunal révolutionnaire. Le nombre des juges est porté à 10, celui des jurés à 30. Conrairement à ce que l'on pourrait croire, être jugé n'était pas être condamné d'avance ; environ la moitié des prévenus était acquittée.
1er août. La Convention décrète la destruction systématique de la Vendée. Par ailleurs, Danton demande que le Comité de Salut Public soit érigé en gouvernement. La Convention applaudit, mais Jeanbon-Saint André, Couthon & Barère, membres dudit Comité, sy opposent. Robespierre demande & obtient lajournement de cette proposition. Danton demandait en outre que 50 millions soient mis à la disposition du Comité. Robespierre s'y opposa aussi.
3 août 1793. La Convention décrète que les cloches seront fondues pour faire des canons.
4 août 1793. Les Espagnols occupent Villefranche.
5 août 1793. Rossignol bat les Vendéens devant Saumur.
Aux Jacobins, après avoir défendu Danton, attaqué par Vincent pour la proposition quil avait faite le 1er août, Robespierre dénonce Leclerc & Jacques Roux, que lon appellera bientôt les " enragés ", qui attaquent le gouvernement. Leur coeur était aussi grand, que leur vue était courte. Robespierre prit à tort leur impolitique dangereuse pour de la trahison. Mais, effectivement, dans les faits, cela ne faisait aucune différence.
Journal des Jacobins : " ces deux hommes, dénoncés par Marat, comme deux intrigants, deux émissaires de Cobourg ou de Pitt qui, pour mieux empoisonner les sources de la crédulité populaire, ont pris, pour la séduire le nom de Marat. Ils ne manquent jamais de dénoncer un ennemi bien reconnu du peuple, ainsi Custine a été dénoncé par eux. Avec des phrases bien patriotiques, bien fort & énergiquement prononcées, ils parviennent à faire croire au peuple que ses nouveaux amis sont plus zélés que les autres. De grandes louanges à Marat pour pouvoir tomber sur les patriotes actuels. Quimporte de louer un mort pourvu quon puisse calomnier les vivans. "
7 août 1793. Robespierre est élu président des Jacobins.
8 août 1793. La " veuve de Marat ", Simone Evrard, semble-t-il à linstigation de Robespierre, se présente devant la Convention pour dénoncer Leclerc & Jacques Roux qui publient respectivement " LAmi du peuple par Leclerc " & le " Publiciste de la République Française ( dernier journal de Marat ), par lOmbre de Marat ", alors que Marat les avait lui-même poursuivis. Sur lintervention de Robespierre, la Convention charge le Comité de sûreté générale dexaminer leur conduite.
9 août 1793. La Convention adopte la loi sur les greniers dabondance proposée par le Comité de Salut Public.
10 août 1793. Fête de la régénération, sur les ruines de la Bastille.

11 août 1793. Aux Jacobins, Robespierre fait rejeter lidée sous-entendue par la proposition de Delacroix ( faire dresser par les municipalités, la liste des électeurs ), de remplacer, dans les circonstances, la Convention par une assemblée législative.
Journal de la Montagne : " Robespierre. [ ] Appelé, contre mon inclination, au Comité de salut public, jy ai vu des choses que je naurais jamais osé soupçonner. Jy ai vu dun côté des membres patriotes qui cherchaient en vain le bien de leur pays, & de lautre, des traîtres qui tramaient au sein même du Comité contre les intérêts du peuple. Depuis que jai vu de près le gouvernement, jai pu mapercevoir des crimes qui sy commettent tous les jours. Il nest plus quun moyen de rendre nul leur effet. Il faut que la Convention appelle autour delle tout le peuple français ; il faut quelle réunisse tous nos frères de la République. Il faut que nous fassions un feu roulant sur nos ennemis extérieurs, & que nous écrasions tous ceux du dedans.
Jai entendu une proposition qui a été faite ce matin, & javoue que je ne suis pas encore revenu de létonnement quelle minspire. Je ne croupirai point membre inutile dun Comité ou dune assemblée qui va disparaître. Je saurai me sacrifier au bien de mon pays. Si ce que je prévois arrive, je déclare que je me sépare du Comité, que nulle puissance humaine ne peut mempêcher de dire à la Convention toute la vérité, de lui montrer les dangers du peuple, de lui proposer les mesures qui seules peuvent les prévenir ou en empêcher les effets. Je déclare que rien ne peut sauver la République si la proposition qui a été faite ce matin est adoptée, qui est que la Convention nationale se sépare, & quon lui substitue une Assemblée législative. ( Non ! non ! sécrie toute lassemblée ) "
13 août 1793. A Luçon, les Venéens subissent leur première grande défaite
14 août 1793. Entrées de Carnot & Prieur ( de la Côte d'Or ) au Comité de salut public.
21 août. Les Anglais s'assiègent Dunkerque.
22 août 1793. Les sections des quartiers populaires de Marseille se soulèvent contre les bourgeois au pouvoir. Le 25, larmée de Carteaux sempare de Marseille sur le point d'être livrée aux anglais. A Lyon, les républicains arrivés du centre commencent le siège. Robespierre est élu président de la Convention ; il siègera jusqu'au 25 septembre.
23 août 1793. La Convention décrète la levée en masse : deux millions de français sont appelés sous les armes.
25 août 1793. Le problème des subsistances est grave. Le procès de Custine traîne en longueur ( il sera exécuté le 28 août ) ; celui de Marie-Antoinette nest pas même commencé. Les sans-culottes critiquent le gouvernement & désirent des mesures répressives. Aux Jacobins, Robespierre est pragmatique :
Journal des Jacobins : " Robespierre Je me résume : réforme du tribunal révolutionnaire & la prompte réorganisation sur de nouvelles formes ; il condamnera dans une époque déterminée & toujours très prochaine les coupables ou élargira les innocens ; création de plusieurs comités révolutionnaires qui jugeront conjointement les nombreux délits qui se forment tous les jours contre la liberté ; surveillance générale de la police ; renouvellement du Comité de sûreté générale & sa composition de dix membres seulement, dont les fonctions seront déterminées & on tirera une ligne de démarcation entre ses fonctions & celles du Comité de salut public. "
27 août 1793. Toulon & la flotte française sont livrées aux Anglais par les fédéralistes.
28 août 1793. La Convention réintègre dans ses fonctions le commandant de larmée des Côtes de la Rochelle, Rossignol, des vainqueurs de la Bastille, & rappelle Bourdon ( de lOise ) & Goupilleau qui avaient ordonné son arrestation le 22 août durant leur mission en Vendée.
30 août 1793. Arrivée à Rennes de Carrier & Pochelle.
2 septembre 1793. Le peuple de Paris investit la maison commune en réclamant du pain.
3 septembre 1793. A Paris, fermeture du théâtre français pour avoir joué une pièce jugée contre-révolutionnaire.
4 septembre 1793. Le peuple de Paris, poussé par la faim, est rassemblé sur la place de grève & gronde. Chaumette, procureur de la Commune, accouru pour avertir la Convention des risques de dérapage, retourne rapporter à la foule que la Convention a décrété que " les denrées de premières nécessité seront taxées ".
Le soir, aux Jacobins, Royer, porte-parole des délégués des assemblées primaires, attaque Cambon & Barère, ce dernier étant membre du Comité de salut public. Robespierre intervient :
Journal des Jacobins : " Robespierre. [ ] quant à Barère, jaurais peut-être plus dune raison de men plaindre, car Barère mattaqua personnellement dans un temps où tous mes ennemis réunissaient leurs efforts contre moi, mais je ne sais pas me ressouvenir des injures particulières quand il sagit du salut public. Je déclare donc que jai toujours vu dans Barère un homme faible, mais jamais lennemi du bien public. Je vous le répèterai quand il le faudra, si jamais on cherchait à faire valoir contre lui des inculpations de même nature. Je le vis toujours au Comité soccupant avec ardeur des intérêts de la patrie, cherchant, saisissant tous les moyens qui pouvaient conduire au grand but de la rendre heureuse, & depuis que Barère est éclairé sur les crimes dune faction, dont il navait pas dabord conçu toute la scélératesse, il a trouvé loccasion de témoigner combien il abhorrait leurs principes ; il la fait énergiquement ; enfin il a été chargé perpétuellement dêtre auprès de la Convention lorgane du Comité de salut public chaque fois quil a été utile de lui faire connaître notre travail. "
5 septembre 1793. Journée populaire. Chaumette, à la tête dune délégation de la Commune, & soutenu par le peuple de Paris qui envahit la Convention, vient réclamer des lois impitoyables & la création dune armée révolutionnaire. Billaud-Varenne lappuie. Danton intervient : " Il vous reste à punir & lennemi intérieur que vous tenez, & ceux que vous aurez à saisir. Il faut que le tribunal révolutionnaire soit divisé en un assez grand nombre de sections pour que tous les jours un aristocrate, un scélérat, paye de sa tête ses forfaits. " La séance n'en finit plus ; cest à qui se montrera le plus terrible ! De ce jour date véritablement linstauration de la Terreur, de la Terreur qui, comme on le voit, & contrairement à ce que l'on entend partout, ne fut pas particulièrement le fait de Robespierre qui ne prit, ce jour-là, aucune part au débat.
6 septembre 1793. Entrées de Billaud-Varenne & Collot d'Herbois au Comité de salut public.
8 septembre 1793. Victoire de Hondschoote qui dégage Dunkerque. Si le second de Houchard, Jourdan, sauva l'armée française de la défaite en entraînant ses troupes à l'assaut, Houchard ne sut pas profiter de la victoire & laissa s'échapper les anglais qu'il tenait à sa merci, ce qui lui valu d'être suspendu par le Comité de salut public. Dans le même temps, Jourdan était nommé Commandant en chef de l'armée du Nord.
Prudhomme fait hommage aux Jacobins de son ouvrage " Les crimes des Empereurs dAllemagne ". Robespierre détermine la réponse de la Société au flagorneur qui, plus tard,fera imprimer " Les crimes & des erreurs de la Révolution ".
Journal des Jacobins : " Robespierre. Je demande que pour toute réponse, on invite le républicain Prudhomme à écrire, ou plutôt à faire imprimer, car il nécrit pas, les crimes des écrivains ou imprimeurs, journalistes, soudoyés par les puissances étrangères ( On applaudit ). "
9 septembre 1793. La Convention, sur les propositions de Drouet & Maure, soutenues la veille & le 25 août aux Jacobins par Robespierre, réduit le nombre des membres du Comité de sûreté générale à 9. De plus, elle décrète la suppression de la permanence des Sections, la réduction à deux réunions par semaine & lindemnisation des sans-culottes qui sy rendraient, proposition formulée le 5 septembre par Danton, reprise par le Comité de salut public ; le but étant de permettre aux sans-culottes dy assister, & dempêcher les contre-révolutionnaires de semparer de la direction des Sections durant leur absence,comme cela s'était déjà produit. Le vice de la permanence des Sections, quoique chose séduisante en apparence, était le même que celui que les Montagnards avaient dénoncé dans le projet de Constitution ultra-démocratique de Condorcet.
11 septembre 1793. Afin déviter le trafic des grains, la Convention adopte le principe du prix unique pour toute la France. Réquisitions par les districts pour approvisionner les marchés & visites domiciliaires pour recenser les grains sont autorisées.
Aux Jacobins, Bourdon ( de lOise ) est attaqué par, entre autres, Hébert & Danton. Menacé de radiation, Robespierre fait ajourner la décision. quil défendit malgré ses manoeuvres louches en Vendée. Cest au pied du mur quon voit le maçon ; cest en mission que les députés dévoilèrent souvent leur véritable caractère. Robespierre accorda souvent sa confiance à des hommes quil avait toujours vu patriotes & qui se révèleront être des scélérats. Tel était Bourdon. Après le 9 thermidor, Bourdon poussera à la libération des suspects & sera un proscripteur acharné des Jacobins & des Sans-culottes.
Journal des Jacobins : " Robespierre. Personne na plus que moi le droit dexprimer son opinion dans laffaire qui vient de se passer sous vos yeux, car personne nest, plus que moi, indigné de la conduite de Bourdon ( On applaudit ). Bourdon est coupable au moins derreur ; cependant il est une justice à lui rendre, il na point le masque de lhypocrisie ; il a mis dans ses fautes plus dentêtement de caractère que dintention perfide ; & dailleurs cest un patriote qui sest montré tel jusquà ce jour & que la Société ne doit pas traiter avec une justice trop rigoureuse dans un instant dégarement. Je demande donc quon ajourne sa condamnation, comme sans doute il na fait quajourner son repentir ( On applaudit ). "
Plus tard, mieux informé, son opinion sera quelque peu différente : " Boudon ( de lOise ) sest couvert de crimes en Vendée, où il sest donné le plaisir, dans ses orgies avec le traître Tunck, de tuer des volontaires de sa main. Il joint la perfidie à la fureur Cet homme se promène avec lair dun assassin qui médite un crime. Il semble poursuivi par limage de léchafaud & des Furies. "
16 septembre 1793. L'armée Vendéenne de Charette est mise en déroute par les républicains à Montaigu.
17 septembre 1793. Emule des Leclerc & Jacques Roux, Varlet, au nom des Sections parisiennes, demande le rapport du décret du 9 septembre, jugeant la suppression de la permanence des Sections attentatoire à la souveraineté du peuple, & lindemnisation des sans-culottes, attentatoire à sa dignité. Il est foudroyé par Robespierre.
Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre. Le peuple na pas dicté la pétition qui vient de vous être présentée ; il avait au contraire provoqué le décret contre lequel on réclame, & lorsquil fut rendu, il vous témoigna sa reconnaissance par ses nombreux applaudissemens. [ ] Les artisans & la classe honorable des ouvriers ne peuvent pas toujours assister aux assemblées, où leurs intérêts les plus chers sont traités ; quil ny ait que deux assemblées de sections par semaine, ils pourront alors y siéger ; mais comme le citoyen pauvre ne peut pas faire le sacrifice de ces deux journées, décrétons une indemnité qui assure la subsistance de sa famille, tandis quil soccupe des grands intérêts de la patrie.Cest ainsi que par des combinaisons sages, nous avons assuré les droits du peuple, & déjoué les projets des malveillans ; aussi en apprenant votre décret, laristocratie & la gent muscadine ont-elles frémi. Elles ont dit : nous ne pourrons plus régner dans les sections, les artisans sy rendront & leur bon sens déjouera notre astuce. Il ne nous reste plus quun moyen pour ressaisir lautorité qui nous échappe, cest de faire rapporter ce décret qui nous est si préjudiciable, & pour y parvenir, disons au peuple que la déclaration des droits est violée, & quil est avili par lindemnité qui lui est accordée. Le peuple est bon, il est généreux, ses vertus seconderont nos desseins, & nous irons insulter la Convention nationale, en lui demandant le rapport dun de ses décrets.
Je crois me connaître en morale & en principes aussi bien que lorateur des pétitionnaires, & javoue hautement que je professe une opinion contraire à la sienne sur lindemnité ; il ny a que laristocratie qui puisse entreprendre de faire croire au peuple quil est avili, parce que la patrie vient au-devant de ses besoins, & quelle tâche de rapprocher la pauvreté de linsolente richesse. Pourquoi donc cet avilissement quon prétend jeter sur lhomme qui reçoit une indemnité de la justice nationale ? Sommes-nous donc avilis, nous représentants du peuple, en recevant lindemnité quil nous accorde pour subvenir à nos besoins ? ( Vifs applaudissemens ) Non sans doute ; je mhonore de lindemnité que je reçois, parce quelle mest nécessaire, & je déclare que le jour où, par leffet dune motion aristocratique, je me trouverais privé de cette indemnité, il ne me serait plus possible de rester au poste où la confiance du peuple ma appelé pour la conservation de ses droits, & que dès ce moment la liberté serait perdue par lAssemblée nationale ( Applaudissemens )
[ ] Je demande, au nom de lhonorable indigence, de la vertu laborieuse & des droits sacrés de lhomme, lordre du jour sur la pétition qui vient de vous être présentée, & sur laquelle peut-être le peuple fera plus que de passer à lordre du jour ( Applaudissemens ). "
17 septembre 1793 toujours. La Convention décrète la loi des suspects, présentée par Merlin ( de Douai ) au nom du comité de législation.
18 septembre 1793. En Vendée, à Coron, défaite de l'armée républicaine commandée par Santerre, ex-commandant de la garde nationale parisienne. A Bordeau, les sans-culottes renversent la municipalité fédéraliste. Collot dHerbois, de retour de mission dans lOise, demande que soient décrétés suspects les marchands qui vendent les denrées de première nécessité à un prix exorbitant. Sans blâmer lintention, en approuvant même les mesures prises par Collot, Robespierre, comme dautres députés avant lui, dénonce le vague de sa proposition & la fait ajourner.
Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre aîné. LAssemblée doit se trouver dans ce moment combattue par le désir détouffer le monstre de lagiotage, & par les inconvéniens que présente une loi trop vague. Quand on se rappelle les maux quont fait les accapareurs, on ne saurait être assez indigné, on ne saurait trouver de loi assez sévère ; mais il est permis à un législateur, il est même de son devoir de suspendre les mouvemens de son indignation pour peser les inconvéniens quemporte une mesure nécessaire ; il faut éviter de laisser échapper les coupables & de peser sur les malheureux. Je suppose votre loi entre les mains dune administration corrompue : si elle prête à larbitraire, le riche accapareur en corrompant le magistrat infidelle échappera à la loi, qui alors pèsera sur lindigent. Ce ne sont pas des principes sévères ni des lois rigoureuses qui nous manquent, mais leur exécution ; & cest dans le vague dune loi que des administrateurs mal intentionnés trouvent les moyens den éluder lexécution. Je crois que les motifs que je viens de développer sont assez puissans pour engager la Convention à ajourner la décision de cette question jusquau rapport que doit faire la Commission des six. "
19 septembre 1793. Les Vendéens écrasent à Torfou larmée qui avait capitulé à Mayence & qui a été envoyée contre eux.

La Rochejaquelein
25 septembre 1793. Les représentants rappelés de mission ( Boudon, Goupilleau, Duhem, Briez ) prennent prétexte des échecs militaires & de la destitution des généraux Houchard & Landremont pour attaquer le Comité de salut public. La Convention adjoint Briez au Comité, Briez qui était à Valenciennes quand la ville s'est rendue. Mais lattaque est brisée par les membres du CSP & par la Convention qui, revenue de ses premières impressions, vote son entière confiance au Comité. Tous les membres du Comité ( Billaud-Varenne, Jeanbon Saint André, Prieur, Barère, Robespierre ) ont fait front commun. Cest cependant lintervention de Robespierre qui retourna la situation :
Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Si ma qualité de membre du Comité de salut public doit mempêcher de mexpliquer sur ce qui sest passé avec une indépendance entière, je dois labdiquer à linstant, & après mêtre séparé de mes collègues, que jestime & que jhonore ( & lon sait que je ne suis pas prodigue de ce sentiment ), je vais dire à mon pays des vérités nécessaires. [...]
" On nous accuse de ne rien faire, mais a-t-on donc réfléchi à notre position ? Onze armées à diriger, le poids de lEurope entière à porter, partout des traîtres à démasquer, des émissaires soudoyés par lor des puissances étrangères à déjouer, des administrateurs infidèles à surveiller, à poursuivre, partout à aplanir des obstacles & des entraves à lexécution des plus sages mesures ; tous les tyrans à combattre, tous les conspirateurs à intimider, eux qui se trouvent presque tous dans une caste puissante autrefois par ses richesses & encore par ses intrigues : telles sont nos fonctions. Croyez-vous que, sans unité d'action, sans le secret dans les opérations, sans la certitude de trouver un appui dans la Convention, le gouvernement puisse triompher de tant d'obstacles & de tant d'ennemis ? Non, il n'y a que la plus extrême ignorance ou la plus profonde perversité qui puissent prétendre que dans de pareilles circonstances, on ne soit pas un ennemi de la patrie, alors qu'on se fait un jeu cruel d'avilir ceux qui tiennent le timon des affaires, d'entraver leurs opérations, de calomnier leur conduite. Ce n'est pas impunément que vous laisseriez la force d'opinion nécessaire. je n'en veux d'autres preuves que les discussions qui viennt d'avoir lieu. [...]
" Quelle est donc la cause de ces dénonciations ? Ah ! cette journée a valu à Pitt, jose le dire, plus de trois victoires. A quel succès, en effet, peut-il prétendre, si ce nest à anéantir le gouvernement national que la Convention a établi, à nous diviser, à nous faire déchirer de nos propres mains ? & si nous passons dans lEurope pour des imbéciles ou des traîtres, croyez-vous quon respectera davantage la Convention qui nous a choisis, qu'on sera même disposé à respecter les autorités que vous établirez par la suite ? Il est donc important que le gouvernement prenne de la consistance & que vous remplaciez les membres dun comité qui vient dêtre dénoncé avec succès dans votre sein. ( Non, Non, s'écrie l'Assemblée unanime ). [...] Je pense donc que la patrie est perdue, si le gouvernement ne jouit d'une confiance illimitée, & s'il n'est composé d'hommes qui le méritent. je demande que le Comité de salut public soit renouvelé ( Non, non, s'écrie-t-on de nouveau dans l'Assemblée entière ).
" Passer à l'ordre du jour, c'est ouvrir la porte à tous les inconvéniens que j'ai développés. La Convention ne peut pas se taire sur ce qui tend à paralyser le gouvernement. Les explications qui ont été données, sont insuffisantes ; il en résulte seulement que les membres du Comité de salut public qui ont parlé, ont eu l'air de défendre leur cause, & vous 'avez rien prononcé ; c'est donner l'avantage aux hommes qui l'ont calomnié, non pas toujours ici, mais secrettement, mais d'une manière d'autant plus perfide, qu'ils semblent l'applaudir devant vous quand il fait ses rapports ; car je vous le déclare, le plus pénible sentiment que j'aie éprouvé pendant cette discussion, c'est d'avoir vu Barère applaudit par ceux-là même qui n'ont cessé de calomnier indistinctement tous les membres du Comité, par ceux-là même qui voudraient peut-être nous voir un poignard dans le sein ( On applaudit ).
" Un membre a dit que chacun devait pouvoir émettre son opinion sur les opérations du Comité de salut public, je n'en disconviens pas ;les fonctions du Comité de salut public sont pénibles, & c'est à cause de cela qu'il ne pourrait point sauver la patrie sans la Convention. Pour sauver la patrie, il faut un grand caractère, de grandes vertus, il faut des hommes qui aient le courage de proposer des mesures fortes, qui osent même attaquer l'amour propre des individus ( On applaudit ). Sans doute chacun est libre de dire sa façon de penser sur le Comité ; mais cette liberté ne doit pas aller à un tel point qu'un député qui est rappelé du fond des départemens, parce qu'on juge qu'il a cessé de bien servir le peuple, prenne le devant & accuse le Comité (Applaudissemens ).
" Citoyens, je vous ai promis la vérité tout entière, je vais la dire : Dans cette discussion la Convention n'a pas montré toute l'énergie qu'elle aurait dû ; on vous a fait un rapport sur Valenciennes dont le but apparent était de vous instruire de toutes les circonstances de la reddition de cette place, mais dont l'objet réel était d'inculper le Comité de salut public. Pour prix de son accusation vague, l'auteur de ce rapport est adjoint au Comité qu'il dénonce. Eh bien ! je vous le déclare, celui qui était à Valenciennes lorsque l'ennemi y est entré, n'est pas fait pour être membre du Comité de salut public ( Vifs applaudissemens ). Ce membre ne répondra jamais à cette question : " Etes-vous mort ? " ( Applaudissemens plusieurs fois réitérés ). [...]
" Je me résume & je dis que toutes les explications qu'on a données sont insuffisantes. Nous pouvons mépriser les calomnies ; mais les agens des tyrans qui nous entourent nous observent, & recueillent tout ce qui peut avilir les défenseurs du peuple ; c'est pour eux, c'est pour prévenir leurs impostures qu'il faut que la Convention nationale proclame qu'elle conserve toute sa confiance au Comité de salut public ( On applaudit )."
28 septembre 1793. Aux Jacobins, Robespierre s'oppose à tout ajournement sur les questions de l'organisation de l'armée révolutionnaire & la nomination de ses chefs. Plus tard, voyant les résultats funestes de cette armée, il sera l'artisan de sa dissolution.
Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre. Je déclare que tous les retards, quels qu'ils soient dans cette occasion, ne tendent qu'à perdre la chose publique. L'armée révolutionnaire est le moyen par lequel les lois vont être mises à exécution, & c'est en retarder l'effet salutaire que de s'opposer à son organisation. Qu'on passe par-dessus tous ceux qui paraissent suspects ; il en est d'autres, & la Société doit s'empresser de contribuer à mettre cette armée en exercice, ainsi que le tribunal qui doit marcher à sa suite."
29 septembre 1793. La Convention adopte le principe du maximum des prix & des salaires. Toutes ces mesures autour des subsistances permettent de pallier la dévaluation des assignats, dapprovisionner larmée la plus nombreuse qui ait jamais été jusqualors, & dalimenter à peu près correctement la population. Mais elles nécessitent une forte volonté politique & des moyens coercitifs. Après la chute de Robespierre le système seffondrera & la population, notamment des villes, qui sen était plaint sur le moment, connaîtra à nouveau la faim, sans plus trouver personne pour sen émouvoir. Cependant, si Robespierre, comme les Jacobins & les Montagnards en général, admirent, dans les circonstances, la nécessité dun " communisme de guerre ", il nétait pas " communiste " ( pas plus quil ne serait socialiste aujourdhui ) & naurait sans doute pas approuvé Babeuf qui sen déclarait lhéritier. Cest pourquoi il rejeta lidée dune loi agraire ou de collectivisme, défendit la notion de propriété privée, pour laquelle il réclamait néanmoins des bornes, & sopposa à Hébert qui, entre autre, voulait proscrire les commerçants ( Voir 16 mars 1794 ). Robespierre, lui, voulait la Liberté, qui implique la liberté dentreprendre & déchanger, sans nuire à lintérêt général, & lEgalité en Droits, qui implique légalité du pouvoir dachat des citoyens, ce qui est impossible dans un système monétaire, ce qui explique pourquoi il se contentait de réclamer la réduction de la " trop grande inégalité des fortunes ". En fait, ce que Robespierre na pas vu, ce quil lui était impossible de comprendre, puisque personne ne la encore compris, cest que, avec la chute du monarque, Largent devenait roi tout puissant, & que Largent est lobstacle fondamental à lEgalité, donc à la véritable Liberté.
8 octobre 1793. Carrier arrive à Nantes où il va commettre des massacres mémorables en recourant aux déportations verticales. Plus de 3.000 morts selon ses dires.


Carrier & les noyades de Nantes
1er octobre 1793. La Convention, sur les instances de Barère, ordonne à l'armée de l'Ouest d'en finir avec la Vendée avant le 20 octobre.
3 octobre 1793. Amar, au nom du comité de Sûreté générale, lit un rapport daccusation contre les Girondins & demande également larrestation des 73 ( voir 6 juin ). A cette occasion, Billaud-Varennes demande l'appel nominal que Robespierre, au grand soulagement de la droite, fait rejeter pour maintenir l'unité de la Convention. Mais Ousselin & Amar reviennent à la charge, & demande l'arrestation des 73, prélude à leur exécution. Robespierre intervient à nouveau & les arrache à la guillotine. Par la suite, les hébertistes réclameront leur tête à plusieurs reprises, & trouveront toujours Robespierre en travers de leur route furieuse. Certains ont prétendu que Robespierre faisait des 73 ses otages, & ménageait la droite pour gagner ses voix. Ce calcul ne peut évidemment être conçu que par un calomniateur, car qui, sinon un imbécile, aurait pu préférer l'appui de la droite terrorisée, prête à sacrifier elle-même les 73, à celui des hébertistes tout puissants ? Or, si Robespierre, que l'on ne peut soupçonner d'imbécilité, ne les a pas défendu pour s'attirer l'appui de quiconque, & a surtout pris le risque de contrarier les apôtres de la guillotine, pourquoi l'a-t-il fait si ce n'est par humanité, si ce n'est parce qu'il n'était pas le sanguinaire que l'on se plait à dépeindre ? Rappelons-nous ce qu'il rétorqua aux Girondins le 5 novembre 1792 : "Vous saurez un jour quel prix vous devez attacher à la modération de l'ennemi que vous vouliez perdre."
Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Je ne vois pas la nécessité, répond Robespierre, de supooser que la Convention nationale est divisée en deux partis, dont l'un est composé des amis du peuple, & l'autre des conspirateurs qui l'ont trahi ; je ne vois ici de traîtres que ceux qui sont désignés dans le rapport, & que votre justice va frapper à l'instant. Eux seuls exceptés, il n'est pas d'homme assez stupide pour fermer les yeux aux flammes de Lyon & de Marseille que ces conspirateurs ont allumées ; pour ne pas entendre les cris de sang qu'ils ont fait couler dans la Belgique, dans la Vendée, à Toulon, & par-tout où cette faction criminelle a exercé son influence. Je demande que le décret d'accusation soit simplement mis aux voix. "
" [...] La Convention nationale ne doit pas chercher à multiplier les coupables. Cest aux chefs de la faction quelle doit sattacher ; la punition des chefs épouvantera les traîtres & sauvera la patrie. La plupart de ces grands criminels sont compromis dans le décret d'accusation, s'il en est d'autres par mi ceux que vous avez mis en état d'arrestation, le Comité de sûreté générale vous en présentera la nomenclature, & vous serez toujours libres de les frapper. Mais, Citoyens, faites attention que parmi les hommes que vous avez vu traîner le char des ambitieux que vous avez démasqués, il en est beaucoup dégarés. Sachez ( Il s'élève quelques murmures ) Je dis mon opinion en présence du peuple, je la dis franchement, & je le prends pour juge de mes intentions. Sachez, citoyens, que vous ne serez véritablement défendus que par ceux qui auront le courage de dire la vérité, lors même que les circonstances sembleraient commander leur silence. "
" Je suis loin de faire lapologie de la faction exécrable que jai combattue pendant trois ans, & dont jai failli plusieurs fois être la victime ; ma haine contre les traîtres égale mon amour pour la patrie. & qui osera douter de cet amour ? je reviens à mon raisonnement, & je dis quayant ordonné au comité de Sûreté Générale de faire un rapport sur les signataires de la protestation, il est de votre justice dattendre ce rapport ; je dis que la dignité de la Convention lui commande de ne soccuper que des chefs, & il y en a déjà beaucoup parmi les hommes que vous avez décrétés daccusation. Sil en existe encore, le peuple est là, il vous en demandera justice. Je dis que parmi les hommes mis en état darrestation, il sen trouve beaucoup de bonne foi, mais qui ont été égarés par la faction la plus hypocrite dont lhistoire ait jamais fourni lexemple ; je dis que parmi les nombreux signataires de la protestation, il sen trouve plusieurs, & jen connais, dont les signatures ont été surprises. D'après toutes ces considérations, je demande que la Convention laisse les choses dans l'état où elles sont, jusqu'après le rapport de son Comité ; & s'il se trouve encore de nouveaux coupables, on verra alors si je ne serai pas le premier à appeler sur leur tête toute la vengeance des lois ( On applaudit ) "
5 octobre 1793. La Convention adopte le calendier républicain présenté par Romme, le premier jour de l'ère nouvelle étant le 22 septembre 1792, jour de la déclaration de la République.
8 octobre 1793. Delaunay, au nom du Comité des finances, propose la liquidation de toutes les Compagnies financières. Fabre, soutenu par Robespierre, propose & obtient que la liquidation soit confiée au gouvernement & non aux administrateurs de la Compagnie des Indes : " Vous voulez donc leur fournir de nouveaux moyens de voler la nation ? " Le fourbe ! Il avait déjà trafiqué sur les fournitures aux armées, lorsqu'il était secrétaire de Danton au ministère de la Justice, il va encore profiter de sa position pour falsifier le décret de liquidation de la Compagnie des Indes, de sorte que le décret soit de fait annulé, que la Compagnie ne soit pas liquidée & que la valeur de ses actions remonte.
Fabre dit Fabre d'Eglantine
9 octobre 1793. Lyon est prise dassaut par les troupes républicaines sous la direction de Couthon, membre du Comité de salut public & ami de Robespierre dont il partagera le sort. Lordre du jour stipule que tout pillard serait fusillé. Quant aux rebelles, les chefs sont envoyés devant une commission militaire, les autres devant une commission de justice populaire, entourant les accusés de toutes les protections. Total : 185 exécutions.
Ce même jour, la Convention adopte le décret présenté par Barère, portant larrestation des Anglais & la saisie de leurs propriétés. Alors que Ramel propose lajournement, Fabre & Robespierre sy opposent. Ce dernier emporte la décision. Remarquons toutefois, quarrestation nétait pas ici synonyme de condamnation puisquil sagissait de prévenir & non de punir.
Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre. Si vous portez vos regards sur le passé, vous verrez que ce sont toujours les retards que lon a apportés à lexécution des mesures les plus salutaires qui ont mis la patrie en danger. Lorsquil ne sera plus temps dadopter la proposition de Fabre, cest alors quon la réclamera avec force. Japplique ceci à la demande de Ramel. Il nest pas besoin dêtre financier pour sentir lutilité de la mesure proposée ; elle déjoue évidemment lagiotage, elle anéantit une des branches principales du commerce anglais. Citoyens, lorsque cette mesure vous a été proposée, il y a six semaines, on vous a dit : mais nous ne sommes pas en guerre avec le peuple Anglais, mais bien avec son gouvernement. Ce discours ma fait frémir, car on eût dit quon voulait favoriser les marchands anglais au moment où il faut asseoir sur leur ruine la postérité de la République française. Cest au moment où vous apprenez quun fondateur de la République ( Nicolas Beauvais ) a été assassiné par les barbares qui vous font la guerre, que vous devez écarter toutes ces misérables chicanes, & adopter la proposition de Fabre ; je demande que vous ordonniez larrestation de tous les Anglais, & la saisie provisoire de leurs propriété. ( Oui, oui, sécrie-t-on dans toutes les parties de la salle. On demande à aller aux voix ). "
10 octobre 1793. La Convention décrète que le gouvernement sera révolutionnaire jusqu'à la paix.
11 octobre 1793. Danton se retire à Arcis-sur-Aube où les Jacobins locaux le soupçonnent d'avoir acquis des terres, & s'interrogent sur l'origine de sa fortune.
12 octobre 1793. A la Convention, Barère fait décréter que Lyon sera rasée & sappellera désormais Commune-Affranchie.

Barère
14 octobre 1793. Marie-Antoinette comparait devant le tribunal révolutionnaire, trop tôt pour que Danton & le baron de Batz parviennent à la faire échapper comme ils le projetaient.
15 - 16 octobre 1793. Victoire de Joudan sur Cobourg, à Wattignies. Devant Cholet, les républicains écrasent les Vendéens qui refluent vers la Loire.
16 octobre 1793. Bordeau est investie par l'armée de Brune. Exécution de Marie-Antoinette.
Ce même jour, à la Convention, Robespierre appuie le rapport de Saint-Just portant larrestation des tous les ressortissants des puissances en guerre contre la République. Notons que les puissances étrangères entretenaient réellement des agents en France ; le complot étranger nétait pas seulement une vue de lesprit, comme certains le disent pour faire passer Robespierre pour un paranoïaque, Robespierre qui n'était d'ailleurs pas seul à préconiser cette politique. De tout temps, aujourd'hui encore, les pays se sont fait secrètement la guerre ; s'il doit y avoir une exception, il ne faut évidemment pas la chercher à l'époque de la Révolution durant laquelle cette guerre devait nécessairement être plus intense. Remarquons encore quil ne sagissait pas de bannir les étrangers, ce qui aurait signifié la mort pour les véritables patriotes, mais de les saisir provisoirement en masse, à défaut de pouvoir démasquer les espions un par un.
Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre. [ ] Je me défie indistinctement de tous ces étrangers dont le visage est couvert du masque du patriotisme, & qui sefforcent de paraître plus républicains & plus énergiques que nous. Ce sont ces ardens patriotes qui sont les plus perfides artisans de nos maux. Ils sont les agens des puissances étrangères, car je sais bien que nos ennemis nont pas manqué de dire : Il faut que nos émissaires affectent le patriotisme le plus chaud, le plus exagéré, afin de pouvoir sinsinuer plus aisément dans nos Comités & dans nos assemblées ; ce sont eux qui sèment la discorde, qui rôdent autour des citoyens les plus estimables, autour des législateurs même les plus incorruptibles ; ils emploient le poison du modérantisme & lart de lexagération pour suggérer des idées plus ou moins favorables à leurs vue secrettes ( On applaudit ). Propose-t-on une mesure sage, mais cependant courageuse & calculée sur létendue des besoins de la patrie ? Ils disent aussitôt quelle est insuffisante, & demande une loi plus populaire en apparence, mais qui, par leurs menées, deviendrait un instrument de destruction. Propose-t-on une mesure plus douce, mais calculée encore sur les besoins de la patrie ? Ils sécrient quil y a de la faiblesse, que cette mesure va perdre la patrie. Ce sont ces agens quil faut atteindre, cest à eux quil faut parvenir en dépit de leur art perfide & du masque dont ils ne cessent de se couvrir. Ces agens là sont de tous les pays. Il y a des Espagnols, des Anglais, des Autrichiens ; il faut les frapper tous ( Vifs applaudissemens ). La mesure est rigoureuse, elle pourra atteindre quelques philosophes amis de lhumanité ; mais cette espèce est si rare, que le nombre des victimes ne sera pas grands. Dailleurs, cette espèce est si généreuse & si magnanime, quelle ne saigrira pas contre les mesures qui doivent assurer la prospérité de la France, le bonheur du genre humain & de la terre même qui leur a donné le jour, & où la tyrannie domine encore ( On applaudit ). "
21 octobre 1793. La Rochejaquelein, nouveau commandant de l'armée Vendéenne, s'empare de Château-Gonthier & massacre la population.
23 octobre 1793. L'armée catholique & royale, jointe aux chouans de Bretagne, s'empare de Laval.
24 octobre 1793. Lecointre avait obtenu le 18 un décret imposant aux Comités révolutionnaires de motiver par écrit les arrestations auxquelles ils procédaient, den instruire laccusé & de transmettre copie du procès-verbal au Comité de sûreté générale. Le même jour les Comités de Paris avaient protesté à la barre de la Convention. Le 24, Louis ( du Bas-Rhin ), au nom du Comité de sûreté générale, demande le rapport de ce décret. Lecointre proteste, mais Robespierre intervient & le décret est rapporté.
Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre. Sans doute il faut protéger la liberté individuelle : mais sen suit-il quil faille, par des formes subtiles, laisser périr la liberté publique ? Sen suit-il quil faille faire autant de procédures par écrit, quil y aura de personnes arrêtées ? le décret quon vous a fait rendre neût-il pour objet que dordonner aux Comité révolutionnaires de dresser des procès verbaux en forme, eût dû porter, comme il la fait, le découragement chez tous les citoyens généreux qui avaient le courage de sexposer à toutes les fureurs de laristocratie. Ces hommes simples & vertueux qui ne connaissent pas les subtilités de la chicane, voyant opposer à leurs travaux cette astuce contre révolutionnaire, ont laissé ralentir leur zèle. Quel est donc en effet le citoyen étranger à lintrigue, dépourvu de toutes les ressources que donne aux ennemis de la liberté une éducation plus soignée, qui pourrait lutter avec avantage contre ses ennemis, sil faut quil réponde par la chicane à ceux quils ont fait arrêter ? Lorsque la notoriété publique accuse un citoyen de crimes dont il nexiste pas de preuves écrites, mais dont la preuve est dans le coeur de tous les citoyens indignés, ne va-t-on pas rentrer dans lordre judiciaire avec le premier décret ? nanéantit-on pas totalement la sagesse des mesures révolutionnaires ? Lhumanité veut que le peuple soit sauvé, que la patrie triomphe ;mais elle veut que le crime & la tyrannie soient punis sans pitié. Lhumanité veut encore que les patriotes opprimés par lerreur des mesures révolutionnaires soient secourus & délivrés. Mais nallez pas réduire au découragement les amis de la patrie. Il nest pas temps de paralyser lénergie nationale ; il nest pas temps daffaiblir les grands principes. Généreux représentans du peuple, vous avez, par la constance de vos efforts, gravi au sommet du rocher de la liberté ; gardez-vous de faiblir, car il retomberait sur vous en éclats, & vous précipiterait au fond de limpur Marais. Soyez doux, humains pour linnocence & le patriotisme ; mais soyez inflexibles pour les ennemis de la patrie. Votre ancien décret vous présente tous les moyens nécessaires & raisonnables jen demande donc le maintien, & le rapport de celui quon vous a fait rendre ( On applaudit ). "
25 octobre. La Rochejaquelein écrase les républicains à Entrammes. Adoption de la nomeclature du calendrier républicain présentée par Fabre d'Eglantine.

26 octobre 1793 5 brumaire An II. Couthon détruit Lyon symboliquement. Avec un marteau dargent, il tape sur le mur dune maison de la place de Bellecour, en disant : " La loi te frappe ". Sous la pression des hébertistes, Couthon, jugé trop modéré, sera bientôt rappelé & remplacé par Collot dHerbois & Fouché qui ensanglanteront & détruiront physiquement la ville, Fouché qui sera le principal artisan de la chute de Robespierre. Notons que Robespierre appuiera aussi chaudement la nomination de Fouché quil le recevra froidement après ses " exploits ". " Mon frère lui frère lui demanda compte du sang quil avait fait couler, & lui reprocha sa conduite avec une telle énergie dexpression, que Fouché était pâle & tremblant. " Charlotte Robespierre, dont Fouché avait demandé la main.
29 octobre 1793 8 brumaire An II. Le procès des Girondins est ouvert depuis le 24 octobre. Il sannonce long. Hébert décide les Jacobins à envoyer une députation à la Convention, pour demander une procédure plus expéditive. Mais les propositions présentées à la Convention par Osselin sont jugées vagues par Robespierre qui, appuyé par Barère, intervient & emporte la décision :
Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre. La rédaction qui vous est proposée ne vous conduit pas au but que vous voulez atteindre ; votre but est dempêcher quon ne rende interminables les procès des conspirateurs. Vous voulez quune prompte justice soit rendue au peuple, tout en faisant jouir les accusés de létablissement bienfaisant des jurés. La rédaction dOsselin est trop vague, elle laisse les choses dans létat où elles sont. En voici une qui concilie les intérêts des accusés avec le salut de la patrie. Je propose de décréter quaprès trois jours de débats, le président du tribunal demandera aux jurés sur leur conscience est assez éclairée ; sils répondent négativement, linstruction du procès sera continuée jusquà ce quils déclarent quils sont en état de prononcer. "
30 octobre 1793 - 9 brumaire An II. Le Comité de salut public envoie Fouché à Lyon.
31 octobre 1793 - 10 brumaire An II. Exécution des Girondins.
2 novembre 1793 - 12 brumaire An II. La Convention, comme l'avait précédemment demandé Robespierre, décrète l'égalité des droits entre enfants légitimes & enfants naturels en cas d'héritage.
4 novembre 1793. Les Vendéens s'emparent de Fougères.
6 novembre 1793 16 brumaire An II. La Convention décrète quune commune a le droit de renoncer au culte catholique. A cette époque, nombre de députés en mission ( Fouché entre autres ) poussaient à la déchristianisation. Ce même jour, aux Jacobins, Bourdon attaque les prêtres ; Desfieux, Pereira, Proli présente une pétition pour la suppression des fonds affectés au culte, idée contre laquelle Robespierre s'était déjà élevé.
7 novembre 1793 17 brumaire An II. Avec ses vicaires, Gobel, évêque de Paris, se présente à la Convention, abjure sa foi, dépose ses attributs & renonce à ses fonctions. Il était poussé en cela par Cloots & Bourdon. Le même jour, Laveaux, dans le Journal de la Montagne, dénonce le péril de lathéisme militant.
9 novembre 1793 - 19 brumaire An II. Aux Jacobins, à loccasion de la défense de Dusquesnoy, le frère du député, Robespierre dénonce les factions naissantes & met en garde les hébertistes qui, par leur intolérance à légard des cultes, sont en train de raviver le fanatisme & de susciter, volontairement ou non, des légions dennemis à la République, soit à lintérieur soit à lextérieur, à un moment où elle na vraiment pas besoin de cela.
Journal de la Montagne : " Robespierre. [ ] Deux espèces dhommes sattachent particulièrement à servir nos ennemis & à perdre la République. Ce sont, dune part, les patriotes faibles, égarés, qui ne sont que lécho des fripons. De lautre, des émissaires de nos ennemis, cachés parmi nous. Doute-t-on quil ny en ait quils entretiennent, avec de grandes dépenses pour deviner nos secrets, & rendre nul leffet de nos plus heureuses résolutions. [ ] La plus grande vérité quon puisse vous dire à cette tribune, cest que lon cherche à vous perdre par vous-mêmes. Cétait le but & le moyen des fédéralistes, des aristocrates, des puissances étrangères Divisez les Jacobins, disaient-ils, en suscitant aux milieu deux des hommes qui les égarent, & répandent le soupçon sur les plus fermes appui de la Révolution. Je voudrais les voir ces hommes qui nous calomnient, & se prétendent plus patriotes que nous. Ils veulent nos places Eh bien, quils les prennent ( Non, non, sécrient toutes les voix, vous resterez à votre poste ). Je voudrais les voir, sondant nuit & jour les plaies de lEtat, sans cesse occupé du peuple, consacrant leur existence entière à son salut. Veut-on seulement détruire la liberté, en calomniant ses défenseurs ? Quon ne simagine plus y réussir, ce nest pas seulement le patriotisme, cet amour inné de la liberté, lenthousiasme qui nous soutient ; cest la raison qui doit éterniser la République ; cest par son empire que le peuple doit régner ; son règne est donc impérissable ( On applaudit ). "
10 novembre 1793 20 brumaire An II. Fête de la Raison dans la cathédrale de Notre-Dame, mascarade anti-catholique, organisée par la Commune de Paris, Chaumette en tête, à laquelle assista la Convention en corps. Des fêtes semblables avaient déjà eu lieu dans les départements.
12 novembre 1793 - 22 brumaire An II. Les Vendéens s'emparent d'Avranches.
14 novembre 1793 24 brumaire An II. Les Vendéens ne parviennent pas à prendre Granville. Commence alors leur périple à travers la Bretagne, vers la Loire, dit la virée de Galerne.

17 novembre 1793 27 brumaire An II. Au nom du Comité de salut public, Robespierre présente à la Convention un rapport sur la situation politique de la République. Il dresse le tableau des manuvres anglaises & Girondines, & concluant en appelant au respect des alliés de la République & des pays neutres. Adopté à lunanimité, largement diffusé, ce rapport fit définitivement passer Robespierre, aux yeux de tous, notamment des étrangers, comme le chef officieux du gouvernement. En réalité, il aura plus de prestige que de pouvoir. La preuve de cette assertion est dans le fait quil devra toujours motiver ses décisions, soit au Comité de salut public, soit à la Convention, quil ne sera pas systématiquement suivi, confirmation que les autres avaient la liberté de ne pas le suivre, chose quils nauraient pas eu sil eût été le chef ou le tyran que lon prétend à dessein.
" [ ] Au sortir du chaos où les trahisons d'une cour criminelle et le règne des factions avaient plongé le gouvernement, il faut que les législateurs du peuple français fixent les principes de leur politique envers les amis et les ennemis de là République ; il faut qu'ils déploient aux yeux de l'univers le véritable caractère de la nation qu'ils ont la gloire de représenter. Il est temps d'apprendre aux imbéciles qui l'ignorent, ou aux pervers qui feignent d'en douter, que la république française existe ; quil n'y a de précaire dans le monde que le triomphe du crime et la durée du despotisme ! [ ] "
" Il est deux moyens de tout perdre : l'un de faire des choses mauvaises par leur nature, l'autre de faire mal ou à contre temps les choses mêmes qui sont bonnes en soi : ils ( Les Girondins ) les ont employés tour à tour. [ ] "
" Tel est l'avantage d'une république puissante ; sa diplomatie est dans sa bonne foi, et comme un honnête homme peut ouvrir impunément à ses concitoyens son cur et sa maison, un peuple libre peut dévoiler aux nations toutes les bases de sa politique. [ ] "
" Oh ! qui de nous ne sent pas agrandir toutes ses facultés, qui de nous ne croit s'élever au-dessus de l'humanité même en songeant que ce n'est pas pour un peuple que nous combattons, mais pour l'univers ? pour les hommes qui vivent aujourd'hui mais pour tous ceux qui existeront ? Plût au ciel que ces vérités salutaires, au lieu d'être renfermées dans cette étroite enceinte, pussent retentir en même temps à l'oreille de tous les peuples ! Au même instant les flambeaux de la guerre seraient étouffés, les prestiges de l'imposture disparaîtraient, les chaînes de l'univers seraient brisés, les sources des calamités publiques taries ; tous les peuples ne formeraient plus qu'un peuple de frères, et vous auriez autant d'amis qu'il existe d'hommes sur la terre. [ ] "
" La République française est invincible comme la raison ; elle est immortelle comme la vérité. Quand la liberté a fait une conquête telle que la France, nulle puissance humaine ne peut l'en chasser. Tyrans, prodiguez vos trésors, rassemblez vos satellites, et vous hâterez votre ruine ! J'en atteste vos revers ; j'en atteste surtout vos succès. Un port et deux ou trois forteresses achetés par votre or, voilà donc le digne prix des efforts de tant de rois aidés pendant cinq années par les chefs de nos armées et par notre gouvernement même ! Apprenez qu'un peuple que vous n'avez pu vaincre avec de tels moyens est un peuple invincible. [ ] "
" Au reste, un grand peuple qu'on ose menacer de la famine est un ennemi terrible ; quand il lui reste du fer, il ne reçoit point de ses oppresseurs du pain et des chaînes ; il leur donne la mort. ( Journal de Perlet : " Ici lenthousiasme sempare de toute lAssemblée & des tribunes. Tout le monde est debout, balance des chapeaux en lair & fait retentir la salle des cris de Vive la République ! La mort des tyrans ! " ) "
" [ ] La force peut renverser un trône ; la sagesse seule peut fonder une république. Démêlez les pièges continuels de nos ennemis ; soyez révolutionnaires et politiques ; soyez terribles aux méchants, et secourables aux malheureux ; fuyez à la fois le cruel modérantisme et l'exagération systématique des faux patriotes ; soyez dignes du peuple que vous représentez. Le peuple hait tous les excès ; il ne veut être ni trompé ni protégé, il veut qu'on le défende en l'honorant. [ ] "
" Quelque soit le sort personnel qui vous attende, votre triomphe est certain : la mort même des fondateurs de la liberté n'est-elle pas un triomphe ? Tout meurt, et les héros de l'humanité et les tyrans qui l'oppriment, mais à des conditions différentes. [ ] "
Art. 1er. La Convention nationale déclare, au nom du peuple français, que la résolution constante de la République est de se montrer terrible envers ses ennemis, généreuse envers ses alliés, juste envers tous les peuples.
4. La Convention nationale enjoint aux citoyens et à tous les agents civils et militaires de la République de respecter et faire respecter le territoire des nations alliées ou neutres.
5. Le comité de salut public est chargé de s'occuper des moyens de resserrer de plus en plus les liens de l'alliance et de l'amitié qui unissent la République française aux cantons suisses et aux Etats-Unis d'Amérique.
7. Le présent décret et le rapport du comité de salut public, seront imprimés, traduits dans toutes les langues, répandus dans toute la République et dans les pays étrangers, pour attester à l'univers les principes de la nation française et les attentats de ses ennemis contre la sûreté générale de tous les peuples. "
Le même jour, arrestation de Chabot & Basire qui, la veille, croyant se couvrir, ont révélé aux Comités laffaire de la Compagnie des Indes. Les thermidoriens firent disparaître les minutes de linterrogatoire de Chabot.
21 novembre 1793 1er frimaire An II. Alors que, par ses journaux, les plus répandus de France, Hébert & ses partisans poussent à toujours plus de violence tous azimuts, aux Jacobins, Robespierre se dresse & oppose tout son prestige & ses principes à ce courrant furieux & puissant qui menace de désoler & de perdre la République. Mais, en même temps, dans son discours pour la liberté des cultes, pour ne pas diviser les Jacobins, il se garde dattaquer Hébert & rejette tout sur létranger & ses agents. Son discours fut applaudi frénétiquement & ses propositions adoptées sur-le-champ. Nous ne manquerons pas de remarquer que Robespierre, quoique partisan de la Terreur, parce que inévitable, essaye & essayera toujours d'éviter le carnage qui se produira malgré lui. Ici il essaye de sauver Madame Elisabeth, comme auparavant il avait parlé pour les 73. Il ne parviendra pas à la sauver, car personne d'autre n'éleva la voix ; mais les 73 lui durent la vie, & à lui seul.
" Est-il vrai que nos plus dangereux ennemis soient les restes impurs de la race de nos tyrans, les odieux captifs dont les noms servent encore de prétexte à la politique criminelle de quelques rebelles, & surtout des puissances étrangères ? ... A qui persuadera-t-on que la punition de la méprisable soeur de Capet en imposerait plus à nos ennemis que celle de Capet lui-même & de sa criminelle compagne ? [...] Est-il vrai encore que la principale cause de nos maux soit le fanatisme ? Le fanatisme ! il expire ; je pourrais même dire quil est mort. En dirigeant, depuis quelques jours, toute notre attention contre lui, ne la détourne-t-on pas de véritables dangers ? [ ] Je ne vois plus quun seul moyen de réveiller parmi nous le fanatisme, cest daffecter de croire à sa puissance. Le fanatisme est un animal féroce & capricieux ; il fuyait devant la raison : poursuivez-le avec de grands cris, il retournera sur ses pas. [ ]
" De quel droit des hommes inconnus jusquici dans la carrière de la Révolution, viendraient-ils chercher, au milieu de tous ces événemens, les moyens dusurper une fausse popularité, dentraîner les patriotes même à de fausses mesures, & de jeter parmi nous le trouble & la discorde ? De quel droit viendraient-ils troubler la liberté des cultes, au nom de la liberté, & attaquer le fanatisme par un fanatisme nouveau ? De quel droit feraient-ils dégénérer les hommages solennels rendus à la vérité pure, en des farces éternelles & ridicules ? Pourquoi permettrait-on de se jouer ainsi de la dignité du peuple, & dattacher les grelots de la folie au sceptre même de la philosophie.
On a supposé quen accueillant des offrandes civiques, la Convention avait proscrit le culte catholique. Non, la Convention na point fait cette démarche téméraire. La Convention ne la fera jamais. Son intention est de maintenir la liberté des cultes quelle a proclamée & de réprimer en même-temps tous ceux qui en abuseraient pour troubler lordre public ; elle ne permettra pas quon persécute les ministres paisibles du culte, & elle les punira avec sévérité toutes les fois quils oseront se prévaloir de leurs fonctions pour tromper les citoyens & pour armer les préjugés ou le royalisme contre la République. On a dénoncé des prêtres pour avoir dit la messe ! ils la diront plus longtemps si on les empêche de la dire. Celui qui veut les empêcher est plus fanatique que celui qui dit la messe. Il est des hommes qui veulent aller plus loin ; qui, sous le prétexte de détruire la superstition, veulent faire une sorte de religion de lathéisme lui-même. Tout philosophe, tout individu, peut adopter là-dessus lopinion qui lui plaira. Quiconque voudrait lui en faire un crime est un insensé ; mais lhomme public, mais le législateur, serait cent fois plus insensé, qui adopterait un pareil système. [ ] On dira peut-être que je suis un esprit étroit, un homme à préjugés ; que sais-je, un fanatique. Jai déjà dit que je ne parlais ni comme un individu, ni comme un philosophe systématique, mais comme un représentant du peuple. Lathéisme est aristocratique ; lidée dun grand être qui veille sur linnocence opprimée, & qui punit le crime triomphant, est toute populaire. Le peuple, les malheureux mapplaudissent ; si je trouvais des censeurs, ce serait parmi les riches & parmi les coupables. [ ] Ce sentiment est gravé dans tous les coeurs sensibles & purs ; il anima dans tous les temps les plus magnanimes défenseurs de la liberté. Aussi long-temps quil existera des tyrans, il sera une consolation douce au coeur des opprimés ; & si jamais la tyrannie pouvait renaître parmi nous, quelle est lâme énergique & vertueuse qui nappellerait point en secret, de son triomphe sacrilège, à cette éternelle justice qui semble avoir écrit dans tous les coeurs larrêt de mort de tous les tyrans. [ ] Je le répète ; nous navons plus dautre fanatisme à craindre que celui des hommes immoraux soudoyés par les cours étrangères pour éveiller le fanatisme & pour donner à notre Révolution le vernis de limmoralité qui est le caractère de nos lâches & féroces ennemis. [ ] "
22 novembre 1793 - 2 frimaire An II. Rentré depuis quelques jours dArcis sur Aube où il sest remarié avec une fille de 16 ans, sous les auspices dun prêtre réfractaire, Danton entame sa campagne dindulgence. A lopinion de Robespierre sur la déchristianisation ( " Si la Grèce eut ses jeux olympiques, la France solennisera aussi ses jours sans-culottides. Le peuple aura des fêtes dans lesquelles il offrira de l'enscens à l'Etre suprême, au maître de la nature ; car nous n'avons pas voulu anéantir la superstition pour établir le règne de l'athéisme." ), il joint des réclamations contre la Terreur. En fait, Danton a rappliqué pour tenter de sauver la mise à ses amis ( Fabre notamment ) impliqués dans laffaire de la Compagnie des Indes.
23 novembre 1793 3 frimaire An II. La Commune de Paris décide la fermeture de toutes les églises, cest-à-dire des rares encore ouvertes.
28 novembre 1793 - 8 frimaire An II. Robespierre fait part aux Jacobins de lettres, dont une lui était personnellement adressée dans le but dêtre interceptée, alors quelle renfermait des propos insidieux qui, aux yeux dun lecteur indiscret, lauraient fait passer pour un allié des prêtres & des puissances étrangères. Robespierre en profite pour dénoncer une fois de plus la déchristianisation & les déchristianisateurs, quils soient des patriotes égarés, des prêtres perfides ou des aristocrates déguisés. Il finit par rappeler les républicains à leurs devoirs.
Journal de la Montagne : " [ ] Doù vient quon nous occupe uniquement, éternellement, de prêtres & de religion ? Navez-vous plus dennemis à vaincre, de traîtres à punir, de conspirations à étouffer, de loix salutaires à exécuter ? Nest-il plus rien à faire ou à imaginer pour assurer labondance & la paix ? Les pleurs de tous les malheureux sont-ils séchés ? Les veuves de nos défenseurs sont-elles assez promptement secourues ? Les décrets qui assurent leur subsistance sont-ils toujours respectés ? Que ne vous occupez-vous à aplanir les obstacles que la froideur, que laristocratie souvent oppose à leurs justes réclamations. Au lieu de nous harceler sans cesse, par de vaines déclamations, que ne travaillez-vous à facilité lexécution des loix populaires, que ne surveillez-vous des détails intéressans auxquels nous ne pouvons suffire dans des temps orageux ? Des républicains doivent-ils avilir le gouvernement de leur pays lorsquil lutte avec courage contre tous les ennemis du peuple français, ou bien laider, le faire respecter autant quil est en leur pouvoir ? Se dispute-t-on les places de la République avant quelle soit sauvée ? Est-ce au fort de la tempête, que léquipage dispute le gouvernail aux pilotes ? [ ] "
29 novembre 1793 - 9 frimaire An II. Après les interventions énergiques de Robespierre & Danton, Chaumette, au nom de la Commune confirme la liberté des cultes. Coup d'arrêt à la déchristianisation.
30 novembre 1793 - 10 frimaire An II. A Lyon, entrée en action de la Commission révolutionnaire extraordinaire & ses fameuses mitraillades ( 4 & 5 décembre ). Total : 1684 exécutions.
3 décembre 1793 13 frimaire An II. Les Vendéens ne parviennent pas à prendre Angers une nouvelle fois ; ils refluent vers le nord.
Aux Jacobins, Danton, ayant été pris à partie, propose quune commission denquête examine sa conduite. Robespierre, croyant toujours au patriotisme de Danton, intervient & fait repousser cette idée denquête & toute accusation.
Journal des Jacobins : " Robespierre. [ ] La Convention sait que jétais divisé avec Danton, que dans les tems des trahisons de Dumouriez, mes soupçons avaient devancé les siens ; je lui ai reproché de nêtre pas plus irrité contre ce monstre. Jai fait un reproche à Danton de navoir pas poursuivi Brissot & ses complices avec assez de rapidité. Je jure que ce sont là tous ceux que je lui ai faits. Cest ainsi que je parlais à Danton parce que jespérais beaucoup de lui. Il justifia mes espérances & la patrie lui a dû bien des avantages, & nous lui avons dû des victoires sur les ennemis du peuple. [ ] Une différence dopinion entre lui & moi me le faisait épier avec beaucoup de soin, quelquefois avec colère, car je ne partageais pas du tout sa manière de servir le peuple ; en conclurai-je quil trahissait sa patrie ? Non ; & la différence qui se trouvait entre nous deux ne venait que de celle qui existe entre nos tempéramens, notre manière de voir & de juger ; tous deux nous navions quun même but, celui de sauver la patrie. Puisquon la jugé, je demande quon me juge aussi, si lon doute que je sois lennemi des tyrans que jai combattus toute ma vie pour la liberté ; quils me persécutent ceux qui se croient dignes de nous juger ; quils se montrent ceux qui sont aujourdhui plus patriotes que nous ?
[ ] Aujourdhui que les calomnies dirigées contre Danton vous sont démontrées comme à moi, je demande aux patriotes de se serrer, de faire corps, de tenir tête aux aristocrates, de ne pas permettre quon dénigre Danton dans les groupes, dans les cafés, &c. Je déclare que Danton est calomnié, que japerçois là un des fils les plus importans de la trame ourdie contre les patriotes ; je déclare aux aristocrates que nous les reconnaîtrons. Au surplus je demande que chacun dise comme moi franchement ce quil pense sur Danton : cest ici le sanctuaire de la vérité, & il appartient sur-tout à vous de lentendre. Ce nest quaprès avoir entendu tous les témoignages que vous pouvez prononcer. "
5 décembre 1793 15 frimaire An II. Au nom du Comité de salut public, Robespierre présente à la Convention une réponse au manifeste des rois ligués contre la République, réponse accueillie avec enthousiasme. (Ci-dessous le préambule) A ceux qui montrent Robespierre comme un intrigant qui frappe lâchement les ennemis de la Révolution, quils présentent dailleurs comme ses ennemis personnels, il suffit dopposer la vérité ; nous voyons que Robespierre na cessé de mettre ouvertement en garde ceux qui tendaient des pièges mortels à la République & ceux qui, inconsciemment, ly poussaient. Devait venir le moment où le temps des avertissements était passé... & les coups ne furent pas portés par Robespierre seul, mais par le Comité de salut public tout entier, lui-même appuyé par la Convention.
" Les rois coalisés contre la République nous font la guerre avec des armées, avec des intrigues & avec des libelles. Nous opposerons à leurs armées des armées plus braves ;à leurs intrigues, la vigilance & la terreur de la justice nationale ; à leurs libelles, la vérité.
Toujours attentifs à renouer les fils de leurs trames funestes, à mesures quils sont rompus par la main du patriotisme ; toujours habiles à tourner les armes de la liberté contre la liberté même, les émissaires des ennemis de la France travaillent aujourdhui à renverser la République par républicanisme, & à rallumer la guerre civile par philosophie. Avec ce grand système de subversion & dhypocrisie, coïncide merveilleusement un plan perfide de diffamation contre la Convention nationale & contre la nation elle-même. Tandis que la perfidie ou limprudence, tantôt énervait lénergie des mesures révolutionnaires commandée par le salut de la patrie, tantôt les laissait sans exécution, tantôt les exagérait avec malice, ou les appliquait à contre-sens ; tandis quau milieu de ces embarras, les agens des puissances étrangères mettant en oeuvre tous les mobiles, détournaient notre attention des véritables dangers & des besoins pressans de la République, pour la tourner toute entière vers les idées religieuses ; tandis quà une révolution politique ils cherchaient à substituer une révolution nouvelle, pour donner le change à la raison publique & à lénergie du patriotisme ; tandis que les mêmes hommes attaquaient ouvertement tous les cultes, & encourageaient secrètement le fanatisme ; tandis quau même instant ils faisaient retentir la France entière de leurs déclamations insensées, & osaient abuser du nom de la Convention nationale pour justifier les extravagances réfléchies de laristocratie déguisée sous le manteau de la folie : les ennemis de la France marchandaient de nouveaux ports, vos généraux, vos armées ; rassuraient le fédéralisme épouvanté, intriguaient chez tous les peuples étrangers pour multiplier vos ennemis. Ils armaient contre vous les prêtres de toutes les nations ; ils opposaient lempire des opinions religieuses à lascendant naturel de vos principes moraux & politiques ; & les manifestes de tous les gouvernemens nous dénonçaient à lUnivers comme un peuple de fous & dathées. Cest à la Convention nationale dintervenir entre le fanatisme quon réveille & le patriotisme quon veut égarer, & de rallier tous les citoyens aux principes de la liberté, de la raison & de la justice. Les législateurs qui aiment la patrie, & qui ont le courage de la sauver, ne doivent pas ressembler à des roseaux sans cesse agités par le souffle des factions étrangères. Il est du devoir du Comité de salut public de vous les dévoiler, & de vous proposer les mesures nécessaires pour les étouffer ; il le remplira sans doute. En attendant, ilma chargé de vous présenter un projet dadresse, dont le but est de confondre les lâches impostures des tyrans ligués contre la République, & de dévoiler aux yeux de lUnivers leur hideuse hypocrisie. Dans ce combat de la tyrannie contre la liberté, nous avons tant davantages, quil y aurait de la folie de notre par de léviter ; & puisque les oppresseurs du genre humain ont la témérité de vouloir plaider leur cause devant lui, hâtons-nous de les suivre à ce tribunal redoutable, pour accélérer linévitable arrêt qui les attend. "
A la suite de ce discours, Barère présente un projet de décret. Robespierre intervient pour le soutenir. Le decret sera adopté le lendemain.
Journal des débats & décrets : " Robespierre. [...] Je vous demande d'abord de défendre aux autorités particulières de fomenter, par des mesures irréfléchies, la guerre civile, & de seconder par là les complots de nos ennemis. Une autre mesure à prendre, est de défendre expressément à aucune force armée de se mêler aucunement de ce qui appartient aux opinions religieuse, & de renfermer l'exercice de leur puissance dans les simples mesures de police pour lesquelles elles seront requises. Enfin, je vous propose une mesure digne de la Convention nationale & des législateurs qui la composent ; c'est de rappeler solennellement tous les citoyens à l'intérêt public ; de les éclairer par vos principes, comme vous les excitez par votre exemple, & de les inviter instamment à se départir de toutes les disputes oiseuses & dangereuses dont on voudrait jeter le germe entr'eux, pour s'appliquer absolument aux grands intérêt de la patrie.[...] "
Le 15 frimaire, toujours, paraît le premier numéro du nouveau journal de Camille Desmoulins : le Vieux Cordelier. Desmoulins qui marche dans les traces de Danton, a déjà été attaqué pour son attitude équivoque lors de l'éxécution des Girondins, & pour ses relations avec le général Dillon.
12 décembre 1793 - 22 frimaire An II. Les républicains écrasent les Vendéens au Mans qu'ils avaient prise le 10 ; les débris de larmée catholique & royale seront écrasés définitivement le décembre 23 dans les marais de Savenay.
La Convention, sur proposition de Bourdon ( de l'Oise ), décide de renouveler le Comité ; elle reviendra sur sa décision le lendemain. Le soir, dans le même esprit, de nombreuses femmes se présentent à la barre pour protester contre la détention de leurs maris.
Aux Jacobins, le scrutin épuratoire dont Robespierre avait lancé l'idée le 19 novembre, se poursuit. Ce soir-là, Robespierre intervient contre Duhem, en rappelant des faits graves dont il ne s'était jamais justifié, & contre Cloots qui fut tantôt Girondin, & qui est maintenant plus Montagnard que les Montagnards. Comme disait Marat : " On ne nous prendra que par les sommets ". La Société les exclut.
Gazette nationale, ou le Moniteur universel : " Robespierre. [...] Citoyens, vous l'avez vu ( Cloots dit Anacharsis, dit l'Orateur du genre humain ) tantôt aux pieds du tyran & de la Cour, tantôt aux genoux du peuple... Lorsqu'une faction liberticide dominait au milieu de nous, lorsque les chefs tenaient les rênes du gouvernement, Cloots embrassa le parti de Brissot & de Dumouriez. Lorsque ces derniers servaient les puissances étrangères, & nous faisaient déclarer la guerre, le prussien Cloots appuyait sur leurs opinions avec frénésie ; il faisait des dons patriotiques, vantait les généraux, & voulaut qu'on attaquât l'Univers... Sa conduite ne lui en attira pas moins le mépris de la faction. l'amour-propre lui fit publier un pamphlet intitulé " Ni Marat ni Roland ". Il y donnait un soufflet à ce dernier, mais il en donnait un plus grand à la Montagne.J'accuse Cloots d'avoir augmenté le nombre des partisans du fédéralisme. Ses opinions extravagantes, son obstination à parler d'une République universelle, à inspirer la rage des conquêtes, pouvaient produire le même effet que les déclamations & les écrits séditieux de Brissot & de lanjuinais. Et comment Cloots pouvait-il s'intéresser à l'unité de la République, aux intérêt de la France ; dédaignant le titre de citoyen Français, il ne voulait que celui de citoyen du monde. [...]
" Il est une troisième crise dont M. Cloots pourra se vanter, mais ce ne sera que devant des imbecilles ou des fripons... Je veux parler du mouvement contre le culte, mouvement qui, mûri par le temps & la raison, eût pu devenir excellent, mais dont la violence pouvait entraîner les plus grands malheurs, & qu'on doit attribuer aux calculs de l'aristocratie... Gobel, dont vous connaissez tous la conduite politique, était du nombre de ces prêtres qui se plaignaient de la réduction de leurs traitemens, & dont l'ambition voulait ressusciter l'hydre du ci-devant clergé... Et cependant nous avons vu cet évêque changer subitement de ton, de langage & d'habit, se présenter à la barre de la Convention nationale, & nous offrir ses lettres de prêtrise. Eh ! Cloots, nous connaissons tes visites & tes complots nocturnes. Nous savons que, couvert des ombres de la nuit, tu as préparé avec l'évêque Gobel cette mascarade philosophique. Tu prévoyais les suites funestes que peuvent avoir de semblables démarches ; par cela même, elles n'en plaisaient que davantage à nos ennemis. Cloots croyait sans doute que les vrais amis du peuple avaient pris le change & étaient dupes de ces mascarades. Il vint se targuer au Comité de ce bel exploit... " Mais, lui dis-je, vous nous avez dit dernièrement qu'il fallait entrer dans les Pays-Bas, leur rendre l'indépendance, & traiter les habitans comme des frères... Pourquoi donc cherchez-vous à nous aliéner les Belges en heurtant des préjugés auxquels vous les savez fortement attachés ? ... --- Oh ! oh ! répondit-il, le mal était déjà fait... On nous a mille fois traités d'impies. --- Oui, mais il n'y avait pas de faits " ( Cloots pâlit, n'osa pas répondre & sortit ). Citoyens, regarderez-vous comme patriote un étranger qui veut être plus démocrate que les Français & qu'on voit tantôt au Marais, tantôt au-dessus de la Montagne ? car jamais Cloots ne fut à la Montagne ; il fut toujours au-dessous ou au-dessus. Jamais il ne fut le défenseur du peuple français mais celui du genre humain. [...] "
14 décembre 1793 - 24 frimaire An II. Aux Jacobins, le tour de Desmoulins est venu. Il est malmené. Robespierre intervient en sa faveur. Il est admis au milieu des applaudissements.
Courrier universel : " Robespierre. [...] Il est vrai que personne mieux que lui ne justifie le proverbe des peuples habitans les bords du Guadalquivir & du Tage : un tel fut brave un tel jour. Camille, frappé des idées de mort, voit constamment la guillotine sous ses yeux ; il s'imagine que parce que plusieurs de ses amis ont péri par le dernier supllice, le même sort lui est réservé. Voilà le caractère de Desmoulins : facile à se laisser prévenir, il croit promptement aux marques de patriotisme qu'il apperçoit ; mais est-il détrompé ? Son amour pour la chose publique lui fait déchirer le voile ; il traîne dans la boue les fourbes qu'il avait placé sous le dais ; c'est ainsi qu'il traita Mirabeau, les Lameth & les Brissotins dans ces derniers tems. [...] Desmoulins le premier de tous, monté au Palais royal sur les ais mal assurés d'une table chancelante, prêchait la patriotisme un pistolet à la main ; il a rendu de grands services à la Révolution. Sa plume énergique & facile peut encore la servir utilement, mais il faut que, plus circonspect dans le choix de ses amis, il rompe tout pacte avec l'impiété, c'est-à-dire avec l'aristocratie ; à ces conditions, je demande l'admission de Camille Desmoulins. "
15 décembre 1793 - 25 frimaire An II. La Convention accorde 3.000 livres & une pension de 1.000 livres à la mère du jeune Bara ( 14 ans ), tué en Vendée, & mort héroïquement selon Desmarres commandant la division de Bressuire.
17 décembre 1794 - 27 frimaire An II. Fabre, en écho au numéro 3 du Vieux Cordelier, obtient de la Convention larrestation de Ronsin, général de larmée révolutionnaire parisienne, & celle de Vincent, du ministère de la guerre. Les indulgents portent leur offensive contre les hébertistes & le ministère de la guerre, dirigé par Bouchotte & peuplé de Cordeliers, mais, au-delà, contre la Terreur, le Comité de salut public & une République sociale.
19 décembre 1793 - 29 frimaire An II. Toulon est reprise, grâce à Bonaparte ( 25 ans ), ami d'Augustin Robespierre, qui sera promu général de brigade le 6 février 1794.
Buonaparte
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