ROBESPIERRE

ROBESPIERRE

Plan d’éducation nationale de Michel Lepeletier

Arrangé & lu par Robespierre à la Convention le 29 juillet 1793

 

La Convention nationale doit trois monuments à l’histoire ; la Constitution, le code des lois civiles, l’éducation publique.

Je mets à peu près sur la même ligne l’importance comme la difficulté de chacun de ces grands ouvrages.

Puissions-nous leur donner la perfection dont ils sont susceptibles ! car la gloire des conquêtes & des victoires est quelquefois passagère ; mais les belles institutions demeurent & elles immortalisent les nations.

L’instruction publique a déjà été l’objet d’une discussion intéressante ; la manière dont ce sujet a été traité honore l’Assemblée & promet beaucoup à la France.

J’avoue pourtant que ce qui a été dit jusqu’ici ne remplit pas l’idée que je me suis formée d’un plan complet d’éducation. J’ai osé concevoir une plus vaste pensée ; & considérant à quel point l’espèce humaine est dégradée par le vice de notre ancien système social, je me suis convaincu de la nécessité d’opérer une entière régénération &, si je peux m’exprimer ainsi, de créer un nouveau peuple.

Former des hommes, propager les connaissances humaines ; telles sont les deux parties du problème que nous avons à résoudre.

La première constitue l’éducation ; la seconde, l’instruction.

Celle-ci, quoique offerte à tous, devient, par la nature même des choses, la propriété exclusive d’un petit nombre de membres de la société, à raison de la différence des professions & des talents ;

Celle-là doit être commune à tous & universellement bienfaisante.

Quant à l’une, le comité s’en est occupé & il vous a présenté des vues utiles.

Pour l’autre, il l’a entièrement négligée.

En un mot, son plan d’instruction publique me paraît fort satisfaisant ; mais il n’a point traité l’éducation.

Tout le système du comité porte sur cette base, l’établissement de quatre degrés d’enseignement, savoir : les écoles primaires, les écoles secondaires, les instituts, les lycées.

Je trouve dans ces trois derniers cours un plan qui me paraît sagement conçu pour la conservation, la propagation & le perfectionnement des connaissances humaines. Ces trois degrés successifs ouvrent à l’instruction une source féconde & habilement ménagée & j’y vois des moyens tout à la fois convenables & efficaces pour seconder les talents des citoyens qui se livreront à la culture des lettres, des sciences & des beaux-arts.

Mais avant ces degrés supérieurs, qui ne peuvent devenir utile qu’à un petit nombre d’hommes, je cherche une instruction générale pour tous, convenable, convenable aux besoins de tous, qui est la dette de la République envers tous ; en un mot, une éducation vraiment & universellement nationale ; & j’avoue que le premier degré que le comité vous propose, sous le nom d’école primaires, me semble bien éloigné de présenter tous ces avantages.

D’abord je remarque avec peine que jusqu’à 6 ans l’enfant échappe à la vigilance du législateur & que cette portion importante de la vie reste abandonnée aux préjugés subsistants & à la merci des vieilles erreurs.

A 6 ans, la loi commence à exercer son influence : mais cette influence n’est que partielle, momentanée ; & par la nature même des choses elle ne peut agir que sur le moindre nombre des individus qui composent la nation.

Suivant le projet, il doit être établi environ 20 000 à 25 000 écoles primaires, c’est-à-dire à peu près une école par lieue carrée.

Ici commence à se faire sentir une première inégalité ; car les enfants domiciliés dans la ville, bourg, village où sera située l’école primaire, seront bien plus à portée des leçons, en profiteront & bien plus souvent, & bien plus constamment : ceux, au contraire, qui habitent les campagnes & les hameaux ne pourront pas les fréquenter aussi habituellement, à raison des difficultés locales, des saisons & d’une foule d’autres circonstances.

Cet inconvénient n’aura pas lieu seulement à l’égard de quelques maisons éparses & séparée : un très grand nombre de communes & de paroisses vont l’éprouver.

Il ne faut qu’un calcul bien simple pour s’en convaincre.

Il existe dans la République 44 000 municipalités : on propose l’établissement de 20 000 à 25 000 écoles primaires ; il est clair que la proportion majeure sera à peu près de 2 paroisses par école. Or, personne ne peut douter que la paroisse où l’école sera placée aura de grands avantages sur la continuité, la commodité de l’instruction & pour la durée des leçons.

Une bien plus grave inégalité va s’établir encore à raison des diverses facultés des parents : & ici les personnes aisées, c’est-à-dire le plus petit nombre, ont tout l’avantage.

Quiconque peut se passer du travail de son enfant pour le nourrir a la facilité de le tenir aux écoles tous les jours & plusieurs heures chaque jour.

Mais quant à la classe indigente, comment fera-t-elle ? Cet enfant pauvre, vous lui offrez bien l’instruction ; mais avant, il lui faut du pain. Son père laborieux s’en prive d’un morceau pour le lui donner ; mais il faut que l’enfant gagne l’autre. Son temps est enchaîné au travail, car au travail est enchaînée la subsistance. Après avoir passé aux champs une journée pénible, voulez-vous que, pour repos, il s’en aille à l’école, éloignée peut-être d’une demi-lieue de son domicile ? Vainement vous établiriez une loi coercitive contre le père ; celui-ci ne saurait se passer journellement du travail d’un enfant qui, à 8, 9 & 10 ans, gagne déjà quelque chose. Un petit nombre d’heures par semaine, voilà tout ce qu’il peut sacrifier. Ainsi, l’établissement des écoles, telles qu’on les propose, ne sera, à proprement parler, bien profitable qu’au petit nombre de citoyens, indépendants dans leur existence, hors d’atteinte du besoin : là ils pourront faire cueillir abondamment par leurs enfants les fruits de l’instruction ;là il n’y aura encore qu’à glaner pour l’indigent.

Cette inégale répartition du bienfait des écoles primaires est le moindre des inconvénients qui me frappent dans leur organisation. J’en trouve un bien plus grand dans le système d’éducation qu’elles présentent.

Je me plains qu’un des objets les plus essentiels de l’éducation est omis : le perfectionnement de l’être physique. Je sais qu’on propose quelques exercices de gymnastique : cela est bon ; mais cela ne suffit pas. Un genre de vie continue, une nourriture saine & convenable à l’enfance, des travaux graduels & modérés, des épreuves successives mais continuellement répétées, voilà les seuls moyens de créer les habitudes ;voilà les moyens efficaces de donner au corps tout le développement & toutes les facultés dont il est susceptible.

Quant à l’être moral, quelques instructions utiles, quelques études, tel que le cercle étroit dans lequel est renfermé le plan proposé. C’est l’emploi d’un petit nombre d’heures ; mais tout le reste de la journée est abandonné au hasard des circonstances, & l’enfant, lorsque l’instant de la leçon est passé, se trouve bientôt rendu, soit à la mollesse du luxe, soit à l’orgueil de la vanité, soit à la grossièreté de l’indigence, soit à l’indiscipline de l’oisiveté. Victime malheureuse des vices, des erreurs, de l’infortune, de l’incurie de tout ce qui l’entoure, il sera un peu moins ignorant que par le passé, les écoles un peu plus nombreuses, les maîtres un peu meilleurs qu’aujourd’hui ; mais aurons-nous vraiment formé des hommes, des citoyens, des républicains ; en un mot, la nation sera-t-elle régénérée ?

Tous les inconvénients que je viens de développer son insolubles tant que nous ne prendrons pas une grande détermination pour la postérité de la République.

Osons faire une loi qui aplanisse tous les obstacles, qui rende facile les plans les plus parfaits d’éducation, qui appelle & réalise toutes les belles institutions ; une loi qui sera faite avant dix ans si nous nous privons de l’honneur de l’avoir portée ; une loi toute en faveur du pauvre, puisqu’elle reporte sur lui le superflu de l’opulence, que le riche lui-même doit approuver s’il réfléchit, qu’il doit aimer s’il est sensible. Cette loi consiste à fonder une éducation vraiment nationale, vraiment républicaine, également & efficacement commune à tous, la seule capable de régénérer l’espèce humaine, soit pour les dons physiques, soit pour le caractère moral ; en un mot, cette loi est l’établissement de l’institution publique.

Consacrons-en le salutaire principe ; mais sachons y apporter les modifications que l’état actuel des esprits & l’intérêt industriel de la République peuvent rendre nécessaire.

Je demande que vous décrétiez que, depuis l’âge de 5 ans jusqu’à 12 pour les garçons & jusqu’à 11 pour les filles, tous les enfants, sans distinction & sans exception, seront élevés en commun, aux dépens de la République ; & que tous, sous la sainte loi de l’égalité, recevront mêmes vêtements, même nourriture, même instruction, même soins.

Par ce mode, suivant lequel je vous proposerai de répartir la charge de ces établissements, presque tout portera sur le riche ; la taxe sera presque insensible pour le pauvre. Ainsi, vous atteindrez les avantages de l’impôt progressif que vous désirez d’établir ; ainsi, sans convulsion & sans injustice, vous effacerez les énormes disparités de fortune dont l’existence est une calamité publique.

Je développe en peu de mots les avantages, les détails & les moyens d’exécution du plan que je vous soumets.

Tous les enfants recevront le bienfait de l’institution publique durant le cours de sept années, depuis 5 jusqu’à 12 ans.

Cette portion de la vie est vraiment décisive pour la formation de l’être physique & moral de l’homme.

Il faut la dévouer tout entière à une surveillance de tous les jours, de tous les moments.

Jusqu’à 5 ans on ne peut qu’abandonner l’enfance aux soins des mères ; c’est le voeu, c’est le besoin de la nature : trop de détails, des attentions trop minutieuses sont nécessaires à cet âge ; tout cela appartient à la maternité.

Cependant je pense que la loi peut exercer quelque influence sur ces premiers instants de l’existence humaine. Mais voici dans quelles bornes je crois qu’il faut renfermer son action.

Donner aux mères encouragements, secours, instructions ; les intéresser efficacement à allaiter leurs enfants ; les éclairer, par un moyen facile, sur les erreurs & négligences nuisibles, sur les soins &les attentions salutaires ; rendre pour elles la naissance & la conservation de leurs enfants, non plus une charge pénible, mais au contraire une source d’aisance & l’objet d’une espérance progressive : c’est là tout ce que nous pouvons faire utilement en faveur des cinq premières années de la vie ; tel est l’objet de quelques-uns des articles de la loi que je propose. Les mesures indiquées sont fort simples ; mais je suis convaincu que leur effet certain sera de diminuer d’un quart pour la république la déperdition annuelle des enfants qui périssent victimes de la misère, des pré-jugés & de l’incurie.

A 5 ans, la patrie recevra donc l’enfant des mains de la nature ; à 12 ans elle le rendra à la société.

Cette époque, d’après les convenances particulières & l’existence politique de la France, m’a paru la plus convenable pour le terme de l’instruction publique.

A 10 ans, ce serait trop tôt, l’ouvrage est à peine ébauché.

A 12,le pli est donné & l’impression des habitudes est gravé d’une manière durable.

A 10 ans, rendre les enfants à des parents pauvres, ce serait souvent leur rendre encore une charge ; le bienfait de la nation serait incomplet.

A 12 ans, les enfants peuvent gagner leur subsistance ; ils apporteront une nouvelle ressource dans leur famille.

Douze ans est l’âge d’apprendre les divers métiers, c’est celui où le corps déjà robuste peut commencer à se plier aux travaux de l’agriculture. C’est encore l’âge où l’esprit déjà formé peut, avec fruit, commencer l’étude des belles lettres, des sciences, ou des arts agréables.

La société a divers emplois : une multitude de professions appellent les citoyens.

A 12 ans, le moment est venu de commencer le noviciat de chacune d’elles ; plus tôt, l’apprentissage serait prématuré ; plus tard, il ne resterait pas assez de cette souplesse, de cette flexibilité, qui sont les dons heureux de l’enfance.

Jusqu’à 12 ans l’éducation commune est bonne, parce que jusque-là il s’agit de former, non des laboureurs, non des artisans, non des savants, mais des hommes pour toutes les professions.

Jusqu’à 12 ans l’éducation commune est bonne, parce qu’il s’agit de donner aux enfants les qualités physiques & morales, les habitudes & les connaissances qui, pour tous, ont une commune utilité.

Lorsque l’âge des professions est arrivé, l’éducation commune doit cesser, parce que, pour chacun, l’instruction doit être différente ; réunir l’apprentissage de toutes dans une même école, est impossible.

Prolonger l’institution publique jusqu’à la fin de l’adolescence est un beau songe ; quelquefois nous l’avons rêvé délicieusement avec Platon ; quelquefois nous l’avons lu avec enthousiasme, réalisé dans les fastes de Lacédémone : quelquefois nous en avons trouvé l’insipide caricature dans nos collèges ; mais Platon ne faisait que des philosophes, Lycurgue ne faisait que des soldats, nos professeurs ne faisaient que des écoliers ; la République Française, dont la splendeur consiste dans le commerce & l’agriculture, a besoin de faire des hommes de tous les états ; alors ce n’est plus dans les écoles qu’il faut les renfermer, c’est dans les divers ateliers, c’est sur la surface des campagnes qu’il faut les répandre ; toute autre idée est une chimère qui, sous l’apparence trompeuse de la perfection, paralyserait des bras nécessaires, anéantirait l’industrie, amaigrirait le corps social, & bientôt en opèrerait la dissolution.

Je propose que, pour les filles, le terme de l’institution publique soit fixé à 11 ans ;leur développement est plus précoce, & d’ailleurs elles peuvent commencer plutôt l’apprentissage des métiers auxquels elles sont propres parce que ces métiers exigent moins de force.

Dans un moment je parlerai de l’éducation supplémentaire, offerte à tous les jeunes citoyens sans exception. Je parlerai aussi de cours d’études auxquels un petit nombre pourra se trouver porté par son goût, ses facultés ou son talent.

Mais tout cela est pour l’adolescence ; on n’y sera pas admis avant 12 ans ; tout cela est la suite de l’institution publique : il faut d’abord pour tous, que le cours entier de l’institution publique ait été parcouru.

Je reviens maintenant au mode d’en organiser les établissements.

Dans les villes pour chaque section, pour chaque canton dans les campagnes, d’ordinaire une seule maison pourra suffire. Il en sera établit plusieurs si la population l’exige ; chaque établissement contiendra 400 à 600 élèves.

Je propose cette division, parce qu’elle concilie deux avantages : d’un côté elle diminue les frais qui sont moindres dans une seule grande maison que dans plusieurs maisons séparées ; & cependant elle ne met pas une trop grande distance entre les enfants & leurs familles ; le plus grand éloignement sera de 2 ou 3 lieues : ainsi, les parents pourront souvent & facilement revoir le dépôt qu’ils auront confié à la patrie, & l’austérité de l’institution républicaine ne coûtera pas un regret à la nature.

Ici s’élève une question bien importante.

L’institution publique des enfants sera-t-elle d’obligation pour les parents, ou les parents auront-ils seulement la faculté de profiter de ce bienfait national ?

D’après les principes, tous doivent y être obligés.

Pour l’intérêt public, tous doivent y être obligés.

Mais dans le moment actuel, il vous semblera peut-être convenable d’accoutumer insensiblement les esprits à la pureté des maximes de notre nouvelle Constitution. Je ne vous le propose qu’à regret ; je soumets à votre sagesse une modification que mon désir intime est que vous ne jugiez pas nécessaire. Elle consiste à décréter que d’ici à quatre ans l’institution publique ne sera que facultative pour les parents. Mais ce délai expiré, lorsque nous aurons acquis, si je peux m’exprimer ainsi, la force & la maturité républicaines, je demande que quiconque refusera ses enfants à l’institution commune, soit privé de l’exercice des droits de citoyen pendant tout le temps qu’il se sera soustrait à remplir ce devoir civique, & qu’il paie, en outre, double contribution dans la taxe des enfants, dont je vous parlerai dans la suite.

Il vous sera facile de placer ces établissements dans les édifices appartenant à la nation, maisons religieuses, habitations d’émigrés & autres propriétés publiques.

Je voudrais encore qu’à défaut de cette ressource, les vieilles citadelles de la féodalité s’ouvrissent pour cette intéressante destination. De toutes parts on murmure & on réclame contre l’existence de ces châteaux & de ces tours, monuments odieux d’oppression. Au lieu de les détruire, employons utilement leur masse antique.

Dans un canton composé communément de six à huit paroisses, la nation pourra choisir entre plusieurs, tout en dédommageant le propriétaire ; elle se procurera encore à peu de frais un local étendu ; elle fera sortir des mains de simples citoyens, des palais qui offensent l’oeil sévère de l’égalité ; & ce dernier sacrifice servira, malgré lui peut-être, le triste châtelain, actuellement oppressé de sa colossale demeure, depuis que l’affranchissement des campagnes a tari la source de son opulence.

D’après les calculs que j’ai faits, il m’a semblé qu’un maître pour 50 enfants suffirait.

D’abord on pourrait croire que c’est une trop forte charge pour une seule personne ; mais j’ai imaginé qu’il serait facile de classer les enfants de telle manière que les plus âgés, ceux de 10 & de 11 ans, par exemple, pussent soulager le maître dans ses fonctions, surveiller les plus jeunes, aider pour les répétitions.

Je trouve beaucoup d’avantage à établir dans la petite troupe enfantine ces espèces de gardes ; ils seront propres à faciliter l’exécution de tous les détails, & à y maintenir une exacte discipline.

Chaque maître aura sous lui un égal nombre d’enfants de différents âges. Il sera indépendant des autres maîtres, comme aussi son autorité se bornera aux enfants qui lui seront confiés. Il ne sera responsable qu’aux administrations publiques, & à l’établissement spécial de surveillance, dont je vais parler dans un moment.

Je ne fais qu’indiquer rapidement, je ne développe point le mode de créer & d’organiser les établissements ; la nomination, la distribution des instituteurs & institutrices, l’ordre intérieur de la maison, tous ces détails seront l’objet des règlements particuliers.

Je me hâte d’aborder une portion plus intéressante de mon travail, je veux dire le système d’éducation qui sera suivi dans le cours de l’institution publique.

Ici j’écarte toute théorie arbitraire ; j’abandonne les recherches savantes sur la nature de l’homme, sur la perfectibilité morale & physique dont il est susceptible, sur l’origine & la cause de ses affections, de ses passions, de ses vertus, de ses vices. Que des observateurs, que des métaphysiciens méditent ces grandes questions ; j’avoue que je n’aime que les idées simples & claires. Je cherche une bonne méthode bien usuelle, de bons moyens bien familiers, de bons résultats bien évidents ; qu’ici rien ne soit ingénieux, mais que tout soit utile. J’ai toujours pensé qu’en politique, en législation, en économie sociale, des conceptions trop fines, trop déliées, & si je peux m’exprimer ainsi trop parfaites, sont d’un médiocre usage. Il faut opérer des effets généraux, il faut produire en masse, & si je parviens à réaliser l’existence d’une somme bien sensible d’avantages pour la société tout entière, & pour les individus en particulier, je croirai avoir bien servi l’humanité & mon pays.

N’oublions pas quel est l’objet de cette première éducation commune à tous, égale pour tous.

Nous voulons donner aux enfants les aptitudes physiques & morales, qu’il importe à tous de retrouver dans le cours de la vie, quelle que soit la position particulière de chacun. Nous ne les formons pas pour telle ou telle destination déterminée, il faut le douer des avantages dont l’utilité est commune à l’homme de tous les états ; en un mot, nous préparons, pour ainsi parler, une matière première, que nous tendons à rendre essentiellement bonne, dont nous élaborons les éléments de telle sorte qu’en sortant de nos mains, elle puisse recevoir la modification spéciale des diverses professions dont se compose la République.

Tel est le problème que nous avons à résoudre. Voici de quelle manière je pense que nous pouvons y procéder utilement.

Nos premiers soins se porteront sur la portion physique de l’éducation.

Former un bon tempérament aux enfants, augmenter leurs forces, favoriser leur croissance, développer en eux vigueur, adresse, agilité ; les endurcir contre la fatigue, les intempéries des saisons, la privation momentanée des premiers besoins de la vie : Voilà le but auquel nous devons tendre ; telles sont les habitudes heureuses que nous devons créer en eux ; tels sont les avantages physiques qui, pour tous en général, sont un bien précieux.

Les moyens pour remplir cet objet seront faciles dans le système de l’institution publique. Ce qui serait impraticable pour des enfants envoyés à l’école deux heures par jour, quelques fois deux heures seulement par semaine, & tout le reste du temps hors de la dépendance d’une commune discipline, se réalise ici sans effort.

Continuellement sous l’oeil & dans la main d’une active surveillance, chaque heure sera marquée pour le sommeil, le repas, le travail, l’exercice, le délassement ; tout le régime de vie sera invariablement réglé ; les épreuves graduelles & successives seront déterminés ; les genres de travaux du corps seront désignés ; les exercices de gymnastique seront indiqués ; un règlement salutaire & uniforme prescrira tous ces détails, & une exécution constante & facile en assurera les bons effets.

Je désire que pour les besoins ordinaires de la vie, les enfants privés de toute espèce de superfluité, soient restreints à l’absolu nécessaire.

Ils seront couchés durement, leur nourriture sera saine, mais frugale ; leur vêtement commode, mais grossier.

Il importe que pour tous, l’habitude de l’enfance soit telle, qu’aucun n’ait à souffrir du passage de l’institution aux divers états de la société. L’enfant qui rentrera dans le sein d’une famille pauvre, retrouvera toujours ce qu’il quitte ; quant à l’enfant du riche, d’autres habitudes plus douces l’attendent, mais celles-là se contractent facilement. & pour le riche lui-même, il peut exister dans la vie telle circonstances où il bénira l’âpre austérité & la salutaire rudesse de l’éducation de ses premiers ans.

Après la force & la santé, il est un bien que l’institution publique doit à tous, parce que pour tous il est d’un avantage inestimable, je veux dire l’accoutumance au travail.

Je ne parle point ici de telle ou telle industrie particulière ; mais j’entends en général ce courage pour entreprendre une tâche pénible, cette action en l’exécutant, cette constance à la suivre, cette persévérance jusqu’à ce qu’elle soit achevée, qui caractérise l’homme laborieux.

Formez de tels hommes, & la République composée bientôt de ces robustes éléments, verra doubler dans son sein les produits de l’agriculture & de l’industrie.

Formez de tels hommes, & vous verrez disparaître presque tous les crimes.

Formez de tels hommes, & l’aspect hideux de la misère n’affligera plus vos regards.

Créez dans vos jeunes élève ce goût, ce besoin, cette habitude de travail, leur existence est assurée, ils ne dépendent plus que d’eux-mêmes.

J’ai regardé cette partie de l’éducation comme une des plus importantes.

Dans l’emploi de la journée tout le reste sera accessoire, le travail des mains sera la principale occupation.

Un petit nombre d’heures en sera distrait ; tous les ressorts qui meuvent les hommes seront dirigés pour activer l’ardeur de notre laborieuse jeunesse.

Les pères de famille, les élèves, les maîtres, tous par la loi que je vous propose, seront intéressés à produire dans les ateliers des enfants la masse la plus considérable de travail qu’il sera possible, tous y seront excités par leur propre avantage.

Les uns, parce qu’ils y trouveront la diminution de la charge commune ;les autres, parce qu’ils y verront l’espérance d’être honorés & récompensés ; les enfants enfin, parce que le travail sera pour eux la source de quelques douceurs toujours proportionnées à la tâche qu’ils auront accomplie.

Il est une foule d’emplois laborieux dont les enfants sont susceptibles.

Je propose que tous soient exercés à travailler à la terre ; c’est la première, c’est la plus nécessaire, c’est la plus générale occupation de l’homme, partout d’ailleurs elle offre du pain.

On peut encore leur faire ramasser & répandre les matériaux sur les routes ; les localités, les saisons, les manufactures voisines de la maison d’institution offriront les ressources particulières. Enfin un parti plus général ne serait peut-être pas impraticable.

Je voudrais qu’on établit dans les maisons même d’institution divers genre de travaux auxquels tous les enfants sont propres, & qui, distribués & répartis dans tous ces établissements, grossiraient sensiblement pur la République la masse annuelle des productions manufacturées.

J’appelle sur cette vue importante d’économie politique, l’attention & le génie des citoyens intelligents dans les arts. J’offre un programme à remplir sur cet objet, & je demande que la nation promette une honorable récompense pour tous ceux qui indiqueront une genre d’industrie facile qui soit propre à remplir la destination que je vous propose.

Régler sa vie, se plier au joug d’une exacte discipline, sont encore deux habitudes importantes au bonheur de l’être social. Elles ne peuvent se prendre que dans l’enfance ; acquises à cet âge, elle deviennent une seconde nature.

On calculerait difficilement à quel point une vie réglée & bien ordonnée multiplie l’existence, moralise les actions de l’homme, fait entrer dans sa conduite ce qui est bien & la remplit tellement d’actes utiles, qu’il ne reste plus de place, si je puis parler ainsi, pour tout ce qui est vice ou désordre.

Je n’attache pas un moindre prix à l’habitude d’une austère discipline. Souvenons-nous que nous élevons des hommes destinés à jouir de la liberté,& qu’il n’existe pas de liberté sans obéissance aux lois. Ployés tous les jours & à tous les instants sous le joug d’un règle exacte, les élèves de la patrie se trouveront tout formés à la sainte dépendance des lois & des autorités légitimes. Voyez ce jeune soldat avant qu’il ne s’engage & retrouvez-le après qu’il a servi quelque temps ;ce n’est plus le même homme : ce changement est pourtant l’ouvrage de quelques mois de discipline militaire. Combien ce moyen ne sera-t-il pas plus efficace, étant dirigés sur les organes souples & flexibles de l’enfance, modifié avec philosophie & mis en oeuvre avec habileté & intelligence.

Sans l’éducation commune & nationale, il est également impossible de créer les deux habitudes importantes que je viens de développer. Deux heures d’école ébaucheraient à peine l’ouvrage ; l’indépendance du reste du jour en effacera jusqu’à la trace.

Sans l’éducation nationale, il vous faut aussi renoncer à former ce que j’appelle les moeurs de l’enfant, qui bientôt, par ce plan, vont devenir les moeurs nationales ; & par là je veux dire la sociabilité ; son caractère, un langage qui ne soit point grossier, l’attitude & le port d’un homme libre, enfin des manières franches, également distantes de la politesse & de la rusticité. Entre citoyens égaux d’une même République, il faut que ces divers avantages de l’éducation soient répartis à tous : car on a beau dire, ces nuances, lorsqu’elles existent, créent d’incalculables différences & établissent de trop réelles inégalités entre les hommes.

Je ne sais si je m’abuse, mais il me semble que toutes les habitudes dont j’ai présenté jusqu’ici l’énumération, sont une source féconde d’avantages pour les enfants & pour l’Etat ; ce sont les vrais fondements d’une salutaire éducation ; sans elles il n’existe pas d’éducation. si dans l’enfance, nous ne les donnons point à tous les citoyens, la nation ne peut pas être profondément régénérée.

De toutes ces habitudes, il n’en est pas une seule dont j’entrevois la source dans le système du comité.

Créer des habitudes est un objet entièrement étranger à son plan : il offre à tous d’utiles leçons ; mais pour former des hommes, des instructions ne suffisent pas.

J’aborde maintenant l’enseignement, cette partie de l’éducation, la seule que le comité ait traitée, & ici je marcherai d’accord avec lui.

Quelles sont les notions, quelles sont les connaissances que nous devons à nos élèves ? toujours celle qui leur sont nécessaires pour l’art de citoyen, & dont l’utilité est commune à toutes les professions.

J’adopte entièrement, pour l’institution publique, la nomenclature que le comité vous a présentée pour le cours des écoles primaires : apprendre à lire, écrire, compter, mesurer, recevoir des principes de morale, une connaissance sommaire de la Constitution, des notion d’économie domestique & rurale, développer le don de la mémoire en y gravant les plus beaux récits de l’histoire des peuples libres & de la révolution française ;voilà le nécessaire pour chaque citoyen ; voilà l’instruction qui est due à tous.

Je me contenterai d’observer que, sans multiplier davantage ces objets d’étude, je désire que l’enseignement en soit un peu plus étendu & plus approfondi que dans le plan du comité, je voudrais reporter quelque chose de l’instruction destinée par le comité, pourles écoles secondaires, dans mon cours d’institution publique.

Le comité dans les écoles primaires n’avait préparé cette substance morale, pour l’enfance, que jusqu’à l’âge de 10 ans. Je prolonge jusqu’à 12 l’institution publique, & ces deux années comportent une nourriture plus solide & plus abondante.

Jusqu’ici j’ai développé le système de diverses habitudes dont la réunion forme le complément d’un bon cours d’éducation ; & cependant je n’ai pas encore prononcé le nom de cette habitude morale qui exerce une si souveraine influence sur toute la vie de l’homme ; je veux dire, la religion : sur cette matière délicate, il est plus aisé d’exprimer ce qui est mieux que ce qui est possible.

C’est d’après le principe que l’enfance est destinée à recevoir l’impression salutaire de l’habitude, que je voudrais qu’à cet âge, il ne soit pont parlé de religion, précisément parce que je n’aime pont dans l’homme ce qu’il a toujours eu jusqu’à présent, une religion d’habitude.

Je regarde ce choix important comme devant être l’acte le plus réfléchi de la raison.

Je désirerais que, pendant le cours entier de l’institution publique, l’enfant ne reçut que les instructions de morale universelle, & non les enseignements d’aucune croyance particulière.

Je désirerais que ce ne fût qu’à l’âge de 12 ans, lorsqu’il sera rentré dans la société, qu’il adoptât un culte avec réflexion. Il me semble qu’il ne devrait choisir que lorsqu’il pourrait juger.

Cependant, d’après la disposition actuelle des esprits, surtout dans les campagnes, peut-être pourriez-vous craindre de porter le mécontentement & le scandale au milieu de familles simples & innocentes, si les parents voyaient leurs enfants séparés jusqu’à douze ans de pratiques extérieures de tout culte religieux. Je soumets cette difficulté de circonstances à la sagesse de vos réflexions ; mais j’insiste, dans tous les cas, pour que cette partie d’enseignement n’entre point dans le cours de l’éducation nationale, ne soit point confiée aux instituteurs nationaux, & qu’il soit seulement permis, ( si vous jugez cette condescendance nécessaire ) de conduire à certains jours & à certaines heures les enfants au temple le plus voisin, pour y apprendre & y pratiquer la religion à laquelle ils auront été voués par leurs familles.

Telles sont les bornes dans lesquelles se renferme le plan de l’instruction publique.

Je peux le résumer en deux mots.

Donner à tous les habitudes physiques & les habitudes morales, les instructions & les connaissances qui, étant acquises dans l’enfance, influent sur tout le reste de la vie, qu’il importe à tous d’acquérir, qui ont une commune utilité à tous, à quelque profession qu’ils se destinent, & qui doivent produire une masse sensible d’avantages pour la société, lorsqu’elle en aura également pourvu tous les membres qui sont destinés à la composer. Au surplus, ce plan tracé à la hâte a besoin sans doute d’être perfectionné. De meilleurs esprits, des philosophes plus profond pourront suppléer à ce qu’il a de défectueux. Le temps & l’expérience l’enrichiront. mais j’observe que ce qu’il a d’utile, que son principal avantage, c’est cette susceptibilité de recevoir un perfectionnement graduel & progressif ; c’est un cadre dans lequel toute vue utile, toute institution bienfaitrice à l’enfance peut se placer d’elle-même.

Jamais, dans les écoles primaires, nous ne trouverons qu’une instruction imparfaite. Leur vice radical, c’est de ne s’emparer que de quelques heures & de livrer à l’abandon toutes les autres. On concevra en vain des théories ingénieuses ; en vain, pour former, pour instruire l’enfance, établira-t-on des méthodes parfaites : tout cela, avec des écoles primaires, manquera toujours par l’exécution ; avec un tel moyen il est possible de produire autre chose que des effets, ou nuls, ou partiels, ou profitables à un très petit nombre d’individus.

Dans l’institution publique au contraire, la totalité de l’existence de l’enfant nous appartient ; la matière, si je peux m’exprimer ainsi, ne sort jamais du moule ; aucun objet extérieur ne vient déformer la modification que vous lui donnez. Prescrivez, l’exécution est certaine ; imaginez une bonne méthode, à l’instant elle est suivie ; créez une conception utile, elle se pratique complètement, continuement, & sans efforts.

J’ai adopté un moyen que je crois très efficace, pour donner à nos établissements d’institution publique la perfection dont ils sont susceptibles.

C’est de publier des programmes.

Dans mon projet de décret je vous en présente l’aperçu.

Il m’a semblé facile de diviser les différents éléments dont l’ensemble complète notre cours d’éducation. les uns concernent la formation de l’être physique ; les autres ont rapport à la formation de l’être moral.

Sur chacun de ces programmes, les citoyens seront invités à travailler & à concourir.

Ouvrez vos trésors pour récompenser sur chaque partie les meilleurs ouvrages ; & cette munificence même enrichira la République.

Je pousserai encore plus loin cette idée, & j’ose attester que la société & l’humanité pourraient recueillir d’importants avantages de l’établissement permanent de prix annuels proposés à quiconque aura conçu une pensée utile sur l’éducation, & ajouté un bon article au code de l’enfance.

Jusqu’ici je n’ai considéré le sujet que je traite, que sous le rapport de l’éducation : maintenant je vais vous le présenter sous un autre aspect bien important, celui de l’économie politique.

Diminuer les nécessité de l’indigence, diminuer le superflu de la richesse, c’est un but auquel doivent tendre toutes nos institutions ; mais il faut que la justice comme la prudence règlent notre marche. On ne peut avancer que pas à pas ; tout moyen convulsif est inadmissible, la propriété est sacrée, & ce droit a reçu de votre premier décret une nouvelle & authentique garantie.

La mesure la plus douce comme la plus efficace de rapprocher l’immense distance des fortunes, & de corriger la bizarre disparité que le hasard de la propriété jette entre les citoyens, se trouve dans lemode de répartir les charges publiques. Soulager celui qui a peu, que le poids porte principalement sur le riche ; voilà toute la théorie, & j’en trouve une bienheureuse & bien facile application dans la nouvelle charge qui va résulter de l’établissement de l’institution publique.

En deux mots, l’enfant du pauvre sera élevé aux dépens du riche, tous contribuant pourtant dans une juste proportion, de manière à ne pas laisser à l’indigent même l’humiliation de recevoir un bienfait.

Un calcul simple va établir ce résultat jusqu’à l’évidence.

Je propose que, dans chaque canton, la dépense de la maison d’institution publique, nourriture habillement, entretient des enfants, soit payée par tous les citoyens du canton, au prorata de sa contribution directe. Pour rendre la proportion sensible, je prends l’exemple de trois citoyens.

Je suppose l’un ayant tout juste les facultés requises autrefois pour être citoyen actif, c’est-à-dire payant la valeur de trois journées de travail, que j’évalue à 3 livres.

Je suppose à l’autre un revenu de 1 000 livres, qui lui produit 200 livres d’imposition.

Enfin, je donne à l’autre 100 000 livres de rente, pour lesquelles il paie une contribution de 20 000 livres.

Maintenant j’évalue par aperçu la taxe pour l’éducation commune des enfants à moitié en sus de la contribution directe.

Quelle sera la portion contributive de ces 3 citoyens ?

L’homme aux trois journées de travail paiera pour la taxe des enfants 1 livre 10 sous.

Le citoyen qui a 1 000 livres de revenu, y contribuera pour 100 livres.

Et celui qui est riche de 100 000 livres de rente, mettra pour sa part dans la taxe 10 000 livres.

Comme vous voyez, c’est un dépôt commun qui se forme de la réunion de plusieurs mises inégales : le pauvre met très peu, le riche met beaucoup ; mais lorsque le dépôt est formé, il se partage également entre tous ; chacun en retire même avantage, l’éducation de ses enfants.

L’homme aux trois journées de travail moyennant la surtaxe de 30 sous, se verra affranchi du poids d’une famille souvent nombreuse ; tous ses enfants seront nourris aux dépens de l’etat ; avec ce faible sacrifice de 30 sous, il pourra avoir jusqu’à 7 enfants à la fois, élevés aux frais de la République.

J’ai cité l’homme aux trois journées, & cependant ce citoyen était dans la classe ci-devant privilégiée, il était doué de l’activité ; quelle foule innombrable ne profitera pas, d’une manière encore plus sensible, de la bienfaisance de cette loi ; puisque toute la classe des citoyens ci-devant inactifs, au moyen d’une taxe moindre que 30 sous, jouira du même avantage.

Il est de toute évidence que, depuis la classe des citoyens ci-devant inactifs, en remontant jusqu’au propriétaire de 1 000 livres de rente, tout ce qui se trouve dans l’intervalle à intérêt à la loi.

Même pour le propriétaire de 1 000 livres de rente, elle est utile ; car il n’est aucun citoyen qui, jouissant de ce revenu, ne s’abonne volontiers à 100 livre par an pour la dépense de l’éducation de tous ses enfants. Ainsi, tout le poids de la surcharge portera uniquement sur ceux qui possèdent plus de 1 000 livres de rente.

Ainsi, plus des dix-neuf vingtièmes de la France sont intéressés à la loi ; car certainement il n’y a pas plus d’un vingtième des citoyens dont le revenu excède 100 pistoles.

Dans toutes cette partie nombreuse de la nation, je ne vois de lésés que les célibataires ou les personnes mariées & sans enfants ; car ils mettent comme les autres à la masse commune, & ils retirent zéro. Mais je doute que leurs plaintes vous touchent ; ceux-ci ont moins de charge que le reste des citoyens.

D’après ce système, vous voyez qu’il n’y a que le riche dont la taxe se trouverait plus forte que ce qu’il lui en coûterait pour élever sa famille. Mais dans sa surcharge même, j’aperçois un double avantage : celui de retrancher une portion superflu de l’opulence, celui de faire tourner cette surabondance maladive au soulagement de citoyens peu fortunés, j’ose dire au profit de la société tout entière, puisqu’elle lui fournit les moyens de fonder une institution vraiment digne d’une République & d’ouvrir la source la plus féconde de prospérité, de splendeur & de régénération.

J’ose le demander, où sera maintenant l’indigence ? Une seule loi bienfaitrice l’aura fait disparaître du sol de la France.

Jetez les yeux sur les campagnes ; portez vos regards dans l’intérieur de ses chaumières ; pénétrez dans les extrémités des villes où une immense population fourmille couverte à peine de haillons ; connaissez les détails de ces utiles familles : là même le travail apporterait l’aisance ; mais la fécondité y ramène encore le besoin. Le père & la mère, tous deux laborieux, trouveraient facilement dans leur industrie ce qu’il leur faut pour vivre ; mais ce pain gagné péniblement n’est pas pour eux seuls, des enfants nombreux leur en arrachent une partie, & la richesse même qu’ils donnent à l’Etat repousse sur eux toutes les horreurs de la misère.

Là, par l’injustice vraiment odieuse de notre économie sociale, tous les sentiments naturels se trouvent dépravés & anéantis.

La naissance d’un enfant est un accident. Les soins que la mère lui prodigue sont mêlés de regrets & du mal-être de l’inquiétude. A peine les premières nécessités sont-elles accordées à cette malheureuse créature ; car il faut que le besoin qui partage soit parcimonieux : l’enfant est mal nourri, mal soigné, mal traité ; & souvent parce qu’il souffre il ne se développe point ou il se développe mal ; &, à défaut de la plus grossière culture, cette jeune plante est avortée.

Quelquefois même, le dirai-je, un spectacle plus déchirant m’a navré ; je vois une famille affligée ; j’approche : un enfant venait d’expirer : il était là… & d’abord la nature arrachait à ce couple infortuné quelques pleurs ; mais bientôt l’affreuse indigence lui présentait cette consolation plus amère encore que ses larmes : … c’est une charge de moins.

Utiles & malheureux citoyens, bientôt peut-être cette charge ne sera plus pour vous un fardeau ; la République bienfaisante viendra l’alléger un jour ; peut-être rendus à l’aisance & aux douces impulsions de la nature, vous pourrez donner sans regret des enfants à la patrie. La patrie les recevra tous également, les élèvera tous également, sur les fonds du superflu de la richesse, les nourrira tous également ; & lorsque vous les reprendrez tout formés de ses mains, ils feront rentrer dans vos familles une nouvelle source d’abondance, puisqu’ils y apporteront la force, la santé, l’amour & l’habitude du travail.

Quelque considérable que dût être la taxe des enfants, ce ne serait pas un motif suffisant pour se priver des avantages d’une aussi belle institution, puisque cette taxe ne grèverait que le riche ; tandis que les parents dont la fortune est médiocre paieraient au-dessous de ce qui leur en coûterait chez eux pour élever leurs enfants.

Mais cette charge ne sera pas énorme, si vous adoptez quelques autres dispositions que je vous propose.

D’abord, le produit du travail des enfants viendra au soulagement de la dépense de la maison ; tout enfant au-dessous de 8 ans, c’est-à-dire plus de la moitié des élèves peut gagner sa nourriture. Il n’y aura que les enfants de 5, 6 & 7 ans qui seront en pure charge ; ceux-là recevront sans rien mettre. Quiconque a vu des lieux où fleurit l’industrie sait qu’on connaît l’art d’employer fort utilement des enfants de 8 ans & au-dessous.

Tout consiste à établir un ordre sage & à bien monter la machine.

Ici tous les intérêts concourent à multiplier auprès des maisons nationales d’institution des objets de travaux à la convenance des enfants.

Les citoyens du canton s’occuperont, s’empresseront d’en appeler les occasions, puisque la masse des produits diminuera d’autant la charge qu’ils supporteront.

L’ardeur des enfants sera animée par des encouragements qu’un règlement sage présentera à leur émulation.

Les maîtres eux-mêmes recevront des récompenses lorsque les enfants confiés à leurs soins auront remporté le prix du travail.

Je crois qu’il est encore une autre ressource dont nous pourrons grossir les fonds destinés à nos établissements.

Quelques enfants auront des revenus personnels.

Tant qu’ils seront au nombre des élèves de la nation, toute dépense cesse pour eux : qu’est-il besoin que ces revenus épargnés chaque année grossissent leurs capitaux pour le moment où ils seront en âge de jouir de leur bien ? n’est-il pas plus naturel que, pendant le temps où la nation prend soin d’eux, leurs revenus soient appliqués à la dépense commune ?

Notre droit positif se joint ici à la raison pour indiquer cet emploi.

Les pères & mères, par droit de garde, jouissaient des revenus de leurs enfants mineurs ; mais l’entretient des enfants en était la condition & la charge ; alors la charge passerait à la patrie ; il paraît juste & convenable qu’elle jouisse aussi des avantages.

Voici donc comme je propose de doter nos établissements d’institution nationale :

1° Le produit du travail des enfants ;

2° Les revenus personnels des enfants qui y seront élevés pendant tout le temps de leur éducation ;

3° Le surplus sera fourni par les produits d’une taxe imposée sur tous les citoyens du cantons, chacun dans la proportion de ses facultés.

Je n’ajoute plus qu’une observation pour terminer cet aperçu ; c’est que les intéressés devant eux-mêmes administrer, ainsi que je vais le développer dans un instant, la plus sévère économie sera apportée dans les dépenses.

Les dépenses se borneront au juste nécessaire.

Aucun domestique ne sera employé dans les maisons d’institution : les enfants les plus âgés donneront aux plus jeunes les secours dont ils pourront avoir besoin ; ils feront, chacun à leur tour, le service commun ; ils apprendront, tout à la fois, à se suffire à eux-mêmes & à se rendre utiles aux autres.

Il n’existera donc à proprement parler que 3 articles de dépense. Les appointements des instituteurs & institutrices, le vêtement, la nourriture des enfants.

Je propose de fixer les appointements des instituteurs à 400 livres, & ceux des institutrices à 300, en leur donnant, pour leur nourriture, double de portion de celle des enfants les plus âgés.

Quant aux vêtements, les étoffes les plus communes y seront employées, & vous pouvez concevoir que les frais n’en seront pas considérables.

Tous les citoyens du canton ayant un intérêt commun à l’économie, chacun y mettra un peu du sien ; l’un y mettra son étoffe, l’autre le métier qu’il fait, les mères de famille leur travail ; tous se partageront les tâches à l’envi, & ainsi la charge deviendra plus légère pour tous.

A l’égard de la nourriture, les aliments les plus simples & les plus communs à raison de leur abondance, seront préférés.

Il sera fait un état de ceux qui conviennent à la santé des enfants ; & dans le nombre déterminé, on choisira toujours celui que le climat & la saison offrent à moins de frais. Je crois que le vin & la viande en doivent être exclus ; l’usage n’en est point nécessaire à l’enfance ; & pour vous présenter un aperçu de l’utile parcimonie qu’on peut apporter dans les frais de nourriture des jeunes élèves, je vous citerai un fait que tous les journaux du temps ont publié. Dans le grand hiver de 1788,le curé de Sainte-Marguerite à Paris employa, avec le plus grand succès, une recette composée d’un mélange de plusieurs espèces d’aliments ; il fit vivre fort sainement une multitude immense de malheureux, & la portion d’un homme fait n’allait pas à 3 sous par jour.

Maintenant il neme reste plus qu’à vous exposer de quelle manière je conçois que doit être organisée l’administration des nouveaux établissements d’institution publique.

Quels autres que les pères de famille du canton pourraient recevoir cette marque honorable de la confiance publique ?

Qui pourrait y apporter un intérêt plus direct ?

Où trouverions-nous une surveillance plus éclairée ?

Les pères de famille ont, tout à la fois, & le droit & le devoir de couver continuellement des regards de la tendresse & de la sollicitude ces intéressants dépôts de leur plus douce espérance.

Mais aussi aux pères de famille seuls est dû cet honneur… Le célibataire ne l’a pas encore mérité.

Je propose que, tous les ans, les pères de famille du canton réunis choisissent, pour chaque maison d’éducation nationale qui y sera établie, un conseil de 52 père pris dans leur sein.

Chacun des membres du conseil sera obligé de donner, dans tout le cours de l’année, sept jour de sont temps, & chacun fera sa semaine de résidence dans la maison d’institution, pour suivre la conduite, & des enfants, & des maîtres.

De cette manière, il y aura pour tous les jours de l’année un père de famille chargé de la surveillance ; ainsi l’oeil de la paternité ne perdra pas de vue l’enfance un seul instant.

Le père de famille surveillant aura pour fonction de s’assurer de la bonne qualité & de la juste distribution des aliments, de maintenir l’exécution des règlements pour l’emploi des différentes heures de la journée, d’activer le travail des mains, de dresser l’état des tâches que chaque enfant aura remplies, d’entretenir la propreté si nécessaire à la bonne santé des élèves, de les faire soigner s’ils sont malades, enfin de tenir constamment les enfants &les maîtres dans la ligne étroite des devoirs qui seront tracés aux uns & aux autres.

Une fois tous les mois, le conseil des 52 pères de famille s’assemblera, & chacun y rendra compte de ses observation, des plaintes, ou des éloges dont sa semaine de surveillance lui aura fourni l’occasion.

Je crois utile que quelques membres des autorités constituées soient présents à cette séance, pour qu’ils puissent sans délai porter remède aux abus dont ils acquerraient la connaissance.

Pour l’administration pécuniaire, pour la recette & pour la dépense, le conseil des 52 pères formera un comité de 4 membres pris dans son sein, dont les fonctions seront de régler tous les achats pour le vêtement, la nourriture & l’entretien de la maison, de prescrire, suivant les saisons, la nature des aliments qui seront fournis aux enfants ; de déterminer les genres de travaux corporels auxquels ils seront employés ; de fixer le prix de leurs tâches ; enfin de tenir tous les registres.

Chaque mois ils présenteront leurs comptes au conseil des 52 pères de famille, & le double en sera adressé aux autorité constituées.

Telle est l’administration, tout à la fois simple & active, que je propose pour chaque établissement d’éducation. Avec ces précautions, avec cette surveillance, avec cette économie de l’intérêt personnel, nous pouvons être assurés que la taxe toujours légère pour le pauvre & pour le propriétaire d’une fortune médiocre, ne sera jamais excessive même pour le riche. Au surplus, en fait de taxe publique, c’est moins sa mesure qui appauvrit & énerve l’Etat, que sa mauvaise répartition ou son emploi ; or, ici les caractères les plus heureux d’une saine économie politique se réunissent ; puisque la taxe proposée n’a d’autres effets que de placer une somme superflu, pour la verser sur le besoin. La somme d’une dépense qui existait auparavant, celle de la nourriture & entretien des enfants est changée ; mais alors tous mettaient également, c’était une charge supportée par tête ; aujourd’hui, dans mon système, elle devient proportionnelle aux facultés. La pauvreté n’y met presque rien, la médiocrité reste à peu près au même point, l’opulence y met presque tout.

En Angleterre, la seule taxe des pauvres monte à 60 millions ; en Angleterre, dont le territoire & la population ne formeraient qu’un tiers de la France.

Là, une contribution aussi énorme est employée pour guérir une maladie du corps politique. En France, la taxe des enfants opérera des effets plus généraux & plus salutaires, puisqu'elle renouvellera tous les éléments de l'Etat, qu'elle épurera pour ainsi parler, tous les germes nationaux, & qu'elle portera dans la République les principes impérissables d'une vigueur & d'une santé toute nouvelle.

Ce mode de taxe des pauvres me fait concevoir une pensée à laquelle je crois quelque moralité.

Nous regardons comme une dette de la société l'obligation de nourrir les vieillard & les infirmes hors d'état de gagner leur vie ; déjà vous en avez reconnu le principe, & vous vous occupez des moyens d'exécution. Pourquoi élever dispendieusement de nouveaux édifices ? Formons une réunion doublement utile : je voudrais que les vieillards à la charge des communes d'un canton trouvassent leur asile dans une partie des établissements destinés à l'institution publique.

Là, presque sans frais, ils partageraient une frugale nourriture ; là, presque sans frais, ils recevraient les assistances journalières qui leur sont nécessaire : les enfants les plus âgés & les plus forts seraient successivement employés à l'honneur de les servir.

Quelle utile institution ! quelle leçon vivante des devoirs sociaux !

Il me semble qu'il existe quelque chose de touchant & de religieux dans le rapprochement du premier & du dernier âge, de l'infirmité caduque & de la vigueur de l'enfance.

Ainsi le saint respect pour la vieillesse, la compassion pour le malheur, la bienfaisante humanité, pénétrerons dans l'âme de nos élèves avec leurs premières sensations, s'y graveront profondément ; leurs habitudes mêmes deviendront en eux des vertus.

Tel est, représentants, l'aperçu rapide du plan que je vous soumets.

Jusqu'ici il me semble que tous ceux qui ont traité cette matière se sont appliqués uniquement à former un système d'instruction publique ; moi, j'ai cru qu'avant l'instruction, il fallait fonder l'institution publique.

L'une est profitable à plusieurs, l'autre est le bien de tous.

Celle-là propage des connaissances utiles ; celle-ci crée & multiplie des habitudes nécessaires.

Bientôt dans mon plan l'instruction publique aura sa place désignée, c'est une décoration partielle de l'édifice ; mais l'institution publique est la base fondamentale sur laquelle l'édifice entier est assis.

L'institution publique, comme je la conçois, sans nuire aux arts ni à l'agriculture, leur prépare au contraire une nouvelle prospérité ; elle leur emprunte quelques années de l'enfance, mais pour leur rendre bientôt des bras plus vigoureux & doués de toute la flexibilité du premier âge.

Ainsi la population recevra de puissants encouragements.

Ainsi, les mères, par leur propre intérêt, seront ramenées au plus doux des devoirs, à celui d'allaiter elles-mêmes leurs enfants.

Ainsi jusqu'à 5 ans l'enfance sera moins abandonnée à une pernicieuse incurie ; des encouragements & quelques lumières conserveront à la République une foule innombrable de ces êtres malheureux que la nature constitua pour vivre & que la négligence condamne chaque jour à périr.

Ainsi, depuis 5 ans jusqu'à 12, c'est-à-dire dans cette portion de la vie si décisive pour donner à l'être physique & moral la modification, l'impression, l'habitude qu'il conservera toujours, tout ce qui doit composer la République, sera jeté dans un moule républicain.

Là, traités tous également, nourris également, vêtus également, enseignés également, l'égalité sera, pour les jeunes élèves, non une spécieuse théorie, mais une pratique continuellement effective.

Ainsi se formera une race renouvelée, forte, laborieuse, réglée, disciplinée, & qu'une barrière impénétrable aura séparée du contact impur des préjugés de notre espèce vieillie.

Ainsi, réunis tous ensemble, tous indépendants du besoin par la munificence nationale, la même instruction, les mêmes connaissances leur seront données à tous également ; & les circonstances particulières de l'éloignement du domicile, de l'indigence des parents, ne rendront illusoire pour aucun le bienfait de la patrie.

Ainsi la pauvreté est secourue dans ce qui lui manque : ainsi la richesse est dépouillée d'une portion de son superflu ; & sans crise ni convulsion, ces deux maladies du corps politique s'atténuent insensiblement.

Depuis longtemps elle est attendue, cette occasion de secourir une portion nombreuse & intéressante de la société ; les révolutions qui se sont passées depuis trois ans ont tout fait pour les autres classes de citoyens, presque rien encore pour la plus nécessaire peut-être, pour les citoyens prolétaires dont la seule propriété est dans leur travail.

La féodalité est détruite, mais ce n'est pas pour eux ; car ils ne possèdent rien dans les campagnes affranchies.

Les contributions sont plus justement réparties ; mais, par leur pauvreté même ils étaient presque inaccessible à la charge : pour eux le soulagement est aussi presque insensible.

L'égalité civile est rétablie, mais l'instruction & l'éducation leur manquent ; ils supportent tout le poids du titre de citoyens ; ont-ils vraiment aptitude aux honneurs auxquels le citoyen peut prétendre ?

Jusqu'ici l'abolition de la gabelle est le seul bien qui ait pu les atteindre, car la corvée n'existait déjà plus, & momentanément ils ont souffert par la cherté des denrées, par le ralentissement du travail & par l'agitation inséparable des tempêtes politiques.

Ici est la révolution du pauvre… mais révolution douce & paisible, révolution qui s'opère sans alarmer la propriété & sans offenser la justice. Adoptez les enfants des citoyens sans propriété & il n'existe plus pour eux d'indigence. Adoptez leurs enfants, & vous les secourez dans la portion la plus chère de leur être. Que ces jeunes arbres soient transplantés dans la pépinière nationale ; qu'un même sol leur fournisse ses sucs nutritifs, qu'une culture vigoureuse les façonne ; que, pressés les uns contre les autres, vivifiés comme par les rayons d'un astre bienfaisant, ils croissent, se développent, s'élancent tous ensemble & à l'envi sous les regards & sous la douce influence de la patrie.

L'enfant est parvenu à 12 ans ; à cet âge finit pour lui l'institution publique : il est temps de le rendre aux divers travaux de l'industrie.

L'en séparer davantage ce serait nuire à la société.

Mais jusque-là la société a payé sa dette rigoureuse envers lui, elle lui a conservé tout ce qu'il a reçu de la nature, elle en a même perfectionné les dons dans sa personne : il est susceptible de tout, le sol est fertilisé pour tout espèce de productions; Le jeune élève a les habitudes physiques & morales nécessaires dans tous les états, il a les connaissance d'une commune utilité aux citoyens de toutes les professions : en un mot, il a la préparation, la modification générale qu'il lui importe d'avoir reçue, soit pour le bien-être particulier de sa vie, soit pour constituer utilement une des portions élémentaires destinées à composer la République.

Cependant à cet âge placé entre la jeunesse & l'enfance, la patrie ne peut pas cesser toute surveillance : des soins sont encore dus à l'adolescence, parce qu'ils lui sont encore nécessaires ; & ici se présentent à nous des questions, dont l'intérêt est vraiment digne de l'attention du législateur.

Au sortir de l'institution publique, l'agriculture & les arts mécaniques vont appeler la plus grande partie de nos élèves, car ces deux classes constituent la presque totalité de la nation.

Une très petite portion, mais choisie, sera destinée à la culture des arts agréables & aux études qui tiennent à l'esprit. Voyons les devoirs de la société envers les uns & les autres.

Quant aux premiers, l'apprentissage de leurs divers métiers n'est pas du ressort de la loi. Le meilleur maître, c'est l'intérêt ; la leçon la plus persuasive, c'est le besoin. Les champs, les ateliers sont ouverts, ce n'est point à la République à instruire chaque cultivateur & chaque artisan en particulier. Tout ce qu'elle peut faire, c'est de surveiller en général le perfectionnement de l'agriculture & des arts, surtout d'en développer les progrès par des encouragements efficaces & par les lois d'une saine économie.

Laisserons-nous pourtant à un abandon absolu ces deux classes nombreuses des jeunes citoyens artisans & laboureurs ? ou plutôt la société ne doit-elle pas continuer encore envers eux les soins de quelque culture morale ?

Voici ce qui m'a paru utile & en même temps praticable.

La semaine appartient au travail, les en détourner serait absurde & impossible ; mais aux jours de délassement, à certaines époques qui seront déterminées, il est bon, il est concevable que la jeunesse retrouve des exercice du corps. Quelques leçons, des fêtes, des rassemblements qui appellent son attention, intéressent sa curiosité, excitent son émulation. Ainsi les heureuses impressions qu'aura reçues l'enfance ne s'effaceront point ; & sans rien dérober du temps nécessaire aux travaux, le repos cessera d'être oisif & le plaisir lui-même présentera des instructions.

Vos comités, dans un travail vraiment philosophique, vous ont offerts des moyens d'appeler dans des solennités civiques la jeunesse sortie des premières écoles.

Ici donc s'achève mon plan par celui de vos comités ; je n'ajouterai rien de neuf & vos moments sont précieux.

Projet de Décret sur l’Education Nationale

Par le citoyen Robespierre

Art. I. Tous les enfants seront élevés aux dépens de la République, depuis l’âge de cinq ans jusqu’à douze pour les garçons, & depuis cinq ans jusqu’à onze pour les filles.

II. L’éducation nationale sera égale pour tous ; tous recevront même nourriture, mêmes vêtements, même instruction, mêmes soins.

III. L’éducation nationale étant la dette de la République envers tous, tous les enfants ont droit de la recevoir, & les parents ne pourront se soustraire à l’obligation de les faire jouir de ses avantages.

IV. L’objet de l’éducation nationale sera de fortifier le corps des enfants, de le développer par des exercices de gymnastique, de les accoutumer au travail des mains, de les endurcir à toute espèce de fatigue, de former leur coeur & leur esprit par des instructions utiles, & de leur donner les connaissances qui sont nécessaires à tout citoyen, quelle que soit sa profession.

V. Lorsque les enfants seront parvenus au terme de l’éducation nationale, ils seront remis entre les mains de leurs parents ou tuteurs, & rendus aux diverses professions utiles de la société, aux travaux des divers métiers & de l’agriculture ; sauf les exceptions qui seront spécifiées ci-après, à l’égard de ceux destinés à parcourir les cours d’étude dont il sera parlé ci-après.

VI. Le dépôt des connaissances humaines & de tous les beaux-arts sera conservé & enrichi par les soins de la République ; leur étude sera enseignée publiquement, gratuitement par des maîtres salariés par la Nation.

Leurs cours seront partagés en deux degrés d’instruction : les instituts, les lycées.

VII. Les enfants ne seront admis à ces cours qu’après avoir parcouru celui de l’éducation nationale.

VIII. Pour l’étude des belles lettres, des sciences & des beaux-arts, il en sera choisi un sur cinquante. Les enfans qui auront été choisis, seront entretenus aux frais de la République auprès des instituts.

IX. Parmi ceux-ci, après qu’ils auront achevé ce premier cours, il en sera choisi la moitié, qui sera entretenue aux dépens de la République, auprès des lycées, pendant les cinq années du second cours d’étude.

X. Le nombe & l’emplacement des écoles publiques, des instituts & des lycées, le nombre des maîtres & le mode de l’instruction, seront déterminés ci-après.

DE L’EDUCATION NATIONALE

Art. I. Il sera formé dans chaque canton un ou plusieurs établissements d’éducation nationale, où seront élevés les enfants de l’un & l’autre sexe, dont les pères & mères, ou s’ils sont orphelins, dont les tuteurs seront domiciliés dans le canton.

Pour les villes, les enfants de plusieurs sections pourront être réunis dans le même établissement.

II. Lorsqu’un enfant aura atteint l’âge de cinq ans accomplis, ses père & mère, ou, s’il est orphelin, son tuteur, seront tenus de le conduire à la maison d’éducation nationale du canton, & de le remettre entre les mains des personnes qui y seront préposées.

III. Les père & mère ou tuteur qui négligeront de remplir ce devoir, perdront les droits de citoyens, & seront soumis à une double imposition directe pendant tout le temps qu’ils soustrairont l’enfant à l’éducation commune.

IV. Lorsqu’une femme conduira un enfant âgé de cinq ans à l’établissement de l’éducation nationale, elle recevra de la République, pour chacun des quatre premiers enfans qu’elle aura élevés jusqu’à cet âge, la somme de 100 liv., le double pour chaque enfant qui excèdera le nombre de quatre jusqu’à huit, & enfin 300 livres pour chaque enfant qui excèdera ce dernier nombre.

Aucune mère ne pourra refuser l’honneur de cette récompense ; elle n’y aura droit qu’autant qu’elle justifiera par une attestation de la municipalité qu’elle a allaité son enfant.

V. Il sera rédigé avec simplicité, brièveté & clarté, une instruction indicative des attentions, du régime, des soins qui peuvent contribuer à la conservation & à la bonne santé des enfans pendant la grossesse des mères, le temps de la nourriture, du sevrage, & jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’âge de cinq ans.

VI. La Convention invite les citoyens à concourir à la rédaction de cette instruction, à adresser leur ouvrage à son comité d’instruction publique.

L’auteur de l’instruction qui aura été jugée la meilleure, & adoptée par la Convention, aura bien mérité de la patrie, & recevra une récompense de vingt-quatre mille livres.

VII. A la tête de cette instruction, sera imprimé l’article ci-après.

VIII. Les officiers publics, chargés de recevoir les déclarations des mariages & des naissances, seront tenus de remettre un exemplaire de cette instruction à chaque personne qui se présentera devant eux pour déclarer son mariage.

IX. Tous les enfans d’un canton ou d’une section seront, autant qu’il sera possible, réunis dans un seul établissement ; il y aura pour cinquante garçons un instituteur, & pour pareil nombre de filles une institutrice.

Dans chacune de ces divisions, les enfans seront classés, de manière que les plus âgés seront chargés de surveiller & de faire répéter les plus jeunes, sous les ordres de l’inspecteur, de l’instituteur ou de l’institutrice, ainsi qu’il sera expliqué par le règlement.

X. Durant le cours de l’éducation nationale, le temps des enfants sera partagé entre l’étude, le travail des mains, & les exercices de la gymnastique.

XI. Les garçons apprendront à lire, écrire, compter, & il leur sera donné les premières notion du mesurage & de l’arpentage.

Leur mémoire sera cultivée & développée ; on leur fera apprendre par coeur quelques chants civiques, & le récit des traits les plus frappans de l’histoire des peuples libres & de celle de la révolution française.

Ils recevront aussi des notions de la constitution de leur pays, de la morale universelle, & de l’économie rurale & domestique.

XII. Les filles apprendront à lire, à écrire, à compter.

Leur mémoire sera cultivée par l’étude des chants civiques, & de quelques traits de l’histoire, propres à développer les vertus de leur sexe.

Elles recevront aussi des notions de morale & d’économie domestique & rurale.

XIII. La principale partie de la journée sera employée par les enfants à des travaux analogues à leur âge, soit dans les ateliers des manufactures qui se trouveraient à portée des maisons d’éducation nationale, soit à des ouvrages qui pourraient s’exécuter dans l’intérieur même de la maison : tous seront exercés à travailler la terre.

Les filles apprendront à filer, à coudre & à blanchir ; elles pourront être employées dans les ateliers de manufactures qui seront voisines ou à des ouvrages qui pourront s’exécuter dans l’intérieur de la maison d’éducation.

XIV. Ces différens travaux seront distribués à la tâche aux enfans de l’un & l’autre sexe.

La valeur de chaque tâche sera estimée & fixée par l’administration des pères de famille dont il sera parlé ci-après.

XV. Le produit du travail des enfans sera employé ainsi qu’il suit.

Les neuf dixièmes en seront appliqués aux dépenses communes de la maison ; un dixième sera remis à la fin de chaque semaine à l’enfant pour en disposer à sa volonté.

XVI. Tout enfant de l’un & l’autre sexe, âgé de plus de huit ans, qui dans la journée précédente, si c’est un jour de travail, n’aura pas rempli une tâche équivalente à sa nourriture, ne prendra son repas qu’après les autres enfans auront achevé le leur, & il aura la honte de manger seul ; ou bien, il sera puni par une humiliation publique qui sera indiquée par le règlement.

XVII. Aucuns domestiques ne seront employés dans les maisons d’éducation nationale. Les enfants les plus âgés, chacun à leur tour, & sous les ordres & l’inspection des instituteurs & institutrices, rempliront les diverses fonctions du service journalier de la maison, ainsi qu’il sera expliqué par le règlement.

XIX. Les enfans recevront également & uniformément, chacun suivant son âge, une nourriture saine, mais frugale ; un habillement commode, mais grossier ; ils seront couchés sans mollesse ; de telle sorte que, quelque profession qu’ils embrassent, dans quelques circonstances qu’ils puissent se trouver durant le cours de leur vie, ils apportent l’habitude de pourvoir se passer des commodités & des superfluités des besoins factices.

XX. Dans l’intérieur ou à portée des maisons d’éducation nationale, seront placés, autant qu’il sera possible, les vieillards ou infirmes hors d’état de gagner leur vie, & qui seront à la charge de la commune.

Les enfans seront employés, chacun à leur tour, suivant leur force & leur âge, à leur service & assistance.

XXI. Les établissements de l’éducation nationale seront placés dans les édifices publics, maisons religieuses, ou habitations d’émigrés, s’il n’en existe dans le canton ; s’il n’en existait point, les corps administratifs sont autorisés à choisir un local convenable dans les châteaux épendans es ci-devant fiefs, après avoir toutefois payé aux propriétaires la juste & préalable indemnité. Enfin, à défaut de ces ressources, il sera pourvu autrement à la formation la plus économique ( & par devis ) de ces établissements.

XXII. Chaque instituteur recevra un traitement de 400 livres & chaque institutrice 300 livres ; ils auront en outre le logement & double portion de la nourriture des enfans les plus âgés. La Nation met leurs fonctions au rang des plus honorables ; elle place les services de ceux qui les remplissent dignement, parmi les plus grands services rendus à la Nation, titres à son estime & à sa reconnaissance.

XXIII. Les dépenses des établissements d’éducation nationale seront supportées ainsi qu’il suit :

Les récompenses fixées par l’article VI ci-dessus, en faveur des mères qui auront allaité leurs enfans & les auront élevés jusqu’à l’âge de cinq ans, ainsi que les traitements en argent des instituteurs & institutrices, seront à la charge de la République.

Quant aux frais d’établissement & d’entretien des maisons d’éducation nationale, à la nourriture & vêtement des enfans, & aux autres dépenses de la maison, il y sera pourvu, 1° par le produit du travail des enfans, sauf la réforme du dixième, dont il est autrement disposé par l’article XV ci-dessus ; 2° les revenus personnels qui pourraient appartenir aux enfans élevés dans lesdites maisons, seront employés à la dépense commune pendant tout le temps qu’ils y demeureront ; 3° le surplus sera acquitté comme charge locale par toutes les personnes domiciliées dans le canton ou section, chacun au marc la livre de ses facultés présumées, d’après la cote de ses impositions directes.

XXIV. Pour régir & surveiller chaque établissement d’éducation nationale, les seuls pères de famille domiciliés dans le canton ou section, formeront un conseil de cinquante-deux personnes choisies parmi eux.

Chaque membre du conseil sera tenu à sept jours de surveillance dans le cours de l’année, en sorte que chaque jour un père de famille sera de service dans la maison d’éducation.

Sa fonction sera de veiller à la préparation & distribution des aliments des enfans, à l’emploi du temps & à son partage entre l’étude, le travail des mains & les exercices, à l’exactitude des instituteurs & institutrices à remplir les devoirs qui leur sont confiés, à la propreté & à la bonne tenue des enfans & de la maison, au maintien & à l’exécution du règlement ; enfin, à pourvoir à ce que les enfans reçoivent, en cas de maladie, les secours & les soins convenables.

Le surplus & le détail des fonctions du père de famille surveillant sera développé par le règlement.

Le conseil des pères de famille commettra en outre une administration de quatre membres tirés de son sein, pour déterminer, selon les temps & les saisons, les aliments qui seront donnés aux enfans, régler habilement, fixer les genres de travail des mains auxquels les enfans seront employés, & en arrêter le prix.

L’organisation & les devoirs, tant du conseil général des pères que de l’administration particulière, seront plus amplement déterminés par le règlement.

XXV. Au commencement de chaque année, le conseil des pères de famille fera passer au département l’état des enfans qui auront été élevés dans la maison d’éducation nationale de leur canton ou section, & de ceux qui sont morts dans le courant de l’année précédente.

Il enverra pareillement l’état du produit du travail des enfans pendant l’année.

Les deux états ci-dessus énoncés seront doubles, l’un pour les garçons & l’autre pour les filles.

Il sera accordé par le département une gratification de 300 livres à chacun des instituteurs des la maison dans laquelle il sera mort pendant le cours de l’année, un moindre nombre d’enfans, comparativement aux autres maisons situées dans le département, & en observant les proportions du nombre des enfans qui y ont été élevés.

Pareille gratification sera accordée à chacun des instituteurs de la maison dans laquelle le produit du travail des enfans aura été le plus considérable, comparativement avec les autres maisons du département, & en observant aussi les proportions du nombre des enfans qui y auront été élevés. Les dispositions précédentes auront lieu pareillement en faveur des institutrices des filles.

Le département fera imprimé chaque année le nom des maisons, celui des instituteurs & institutrices qui auront obtenu cet honneur. Ce tableau sera envoyé au corps législatif & affiché dans chacune des communes du département.

L’obligation de confier à la patrie les enfans, les jeunes citoyens, pour être élevés par elle dans les principes de l’égalité & de la république, est un devoir de père & de citoyen. Ceux qui refuseront de le remplir seront imposé à double contribution directe, & leurs noms seront inscrits sur un tableau affiché dans les municipalités, dans le lieu des assemblées primaires & des assemblées électorales ; les noms de ceux qui l’auront rempli seront honorablement inscrits sur une autre colonne. La nation adopte tous les enfans qui ont perdu leurs pères & mères ; elle les élèvera dans les maisons d’éducation nationale, durant la période qui vient d’être déterminée.

XXVI. Pour la parfaite organisation des écoles primaires, il sera procédé, au concours, à la composition des livres élémentaires qui vont être indiqués, & à la solution des questions suivantes.

LIVRES ELEMENTAIRES A COMPOSER

1° Méthode pour apprendre aux enfans à lire, à écrire, à compter, & pour leur donner des notions les plus nécessaires de l’arpentage & du mesurage.

2° Principes sommaires de la constitution, de la morale, de l’économie domestique & rurale ; récit des faits les plus remarquables de l’histoire des peuples libres & de la révolution française : le tout divisé par leçons propres à exercer la mémoire des enfans, & à développer en eux le germe des vertus civiles & des sentiments républicains.

3° Règlement général de discipline, pour être observé dans toutes les maisons d’éducation nationale.

4° Instruction à l’usage des instituteurs & institutrices, de leurs obligations, des soins physiques qu’ils doivent prendre des enfans qui leur sont confiés, & des moyens qu’ils doivent employer pour étouffer en eux le germe des défauts & des vices, développer celui des vertus & découvrir celui des talens.

Le comité d’instruction publique spécifiera par un programme l’objet de ces différens ouvrages.

Tous les citoyens sont invités à concourir à la rédaction de ces livres élémentaires, & à adresser leurs travaux au comité d’instruction publique.

L’auteur de chacun de ces livres élémentaires qui aura été jugé le meilleur, & adopté par la Convention, aura bien mérité de la patrie, & recevra une récompense de 40 000 livres.

QUESTIONS A RESOUDRE

1° Quelle est la forme d’habillement complet des enfans de l’un & l’autre sexe, le plus commode & le plus économique ?

Il sera présenté deux modèles, l’un pour l’habillement des garçons, l’autre pour celui des filles.

L’auteur du modèle qui sera adopté par la Convention recevra une récompense de 3 000 livres.

2° Quels sont les divers genres d’alimens les plus convenables aux enfans, depuis l’âge de cinq ans jusqu’à douze, & en même temps les plus économiques ?

Les recettes qui seront indiquées par les citoyens, devront, autant qu’il sera possible, être variées & multipliées, ils auront égard aux productions qui sont les plus communes, selon la saison & les différens climats de la république. Elles contiendront également, pour chaque espèce de climats, les quantités qui seront par jour la portion de l’enfant, en graduant les quantités indiquées suivant les différens âges.

3° Quels sont les soins & attentions physiques propres à conserver & à fortifier la santé des enfans ? Quels sont les exercices de gymnastique les plus propres à favoriser leur croissance, développer leurs muscles, & leur donner force, adresse & agilité ?

4° Quels sont les divers genre de travail des mains auxquels on peut le plus commodément, le plus utilement, employer les enfans dans l’intérieur des maisons d’éducation nationale, lorsqu’ils ne seront pas occupés à des travaux au dehors ? & quelle est la méthode la plus simple de partager les tâches & de reconnaître chaque jour facilement l’évaluation de chaque enfant ?

Les citoyens qui présenteront les solutions les plus satisfaisantes sur les trois questions précédentes, & dont les ouvrages auront été adoptés par la Convention, recevront pour chacune des trois questions résolues une récompense de vingt-quatre mille livres.

1789/1790 - 1791 - 1792 (1) - 1792 (2) - 1793 (1) - 1793 (2) - 1794

 

DISCOURS DE ROBESPIERRE

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