DE LA DECOLONISATION AU TIERS-MONDE, 1945 A NOS JOURS

DE LA DECOLONISATION AU TIERS-MONDE, 1945 A NOS JOURS

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 En 1945, on a l’Asie et l’Afrique qui sont encore largement sous contrôle européen. Les empires sont hérités surtout du 19ème siècle. Deux pays dominent largement, la Grande Bretagne et la France. En quelques années ces vieux empires sont balayés. Comment pouvons-nous comprendre une telle évolution ? Quelles formes prend ce mot de décolonisation ? La décolonisation a entraîné la naissance de nombreux nouveaux pays, que sont ils devenus ?

I/ LES ORIGINES DE LA DECOLONISATION

Elles sont multiples, complexes et différentes selon les empires. Tout de même 3 aspects majeurs convergent en 1945 :

A/ LA CRISE DU COLONIALISME

La première cause de la décolonisation : le colonialisme lui-même qui, par ses déséquilibres, a généré des oppositions grandissantes.

1/ Brutalité et injustice du système colonial
Le colonialisme a été un phénomène brutal qui a fortement secoué et déstabilisé les peuples colonisés. Le colonialisme, même s'il n'a pas eu que des effets négatifs, fut également un système injuste qui fonctionnait le plus souvent uniquement au profit de la métropole, surtout à ses débuts. Quelques exemples :
- l'accaparement des pouvoirs par les européens au détriment des chefferies africaines traditionnelles,
- l'accaparement des meilleures terres par les colons dans les colonies de peuplement comme l'Algérie (France) ou le Kenya (Grande Bretagne),
- le système de l'indigénat.
- l'introduction d'impôts, phénomène nouveau et qui condamnait les populations à travailler parfois uniquement pour le payer.

2/ Développement de revendications variées chez les peuples colonisés
 Les mouvements furent variés et leurs revendications différentes. En gros, on a réclamé :
- une reconnaissance de l'existence des cultures indigènes, négritude de Senghor;
- la liberté et l'égalité, que les colonisateurs reconnaissaient eux-mêmes comme principe et pour lesquels ils s'étaient d'ailleurs battus en 1789 (élites africaines formées en Europe le plus souvent);
- d'autre sont animés par le nationalisme (Indonésie de Sukarno) ou le marxisme (c'est vrai pour le Vietminh, entre autre).

B/ LE CHOC DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE

1/ Des pays européens vaincus, affaiblis et déconsidérés
- Dès 1940, le contrôle des colonies échappent au moins en partie aux métropoles européennes. La rupture de leurs relations avec leurs colonies détruisent l’équilibre qui avait été maintenu jusque-là. Vaincus, les pays européens perdent leur statut de puissances invincibles pour les peuples colonisés.
- Les Allemands en Afrique du nord, et surtout les Japonais en Asie se livrent à une intense propagande anti-européenne (au nom d'une solidarité asiatique pour les Japonais),
- Occupation et libération des colonies par les Américains. Le débarquement US en Afrique du Nord (8 nov.1942) est un évènement important : la libération de l’Empire français se faisait grâce aux Américains. En 1945 les puissances coloniales sont donc surtout des pays vaincus et affaiblis qui ne semblent pas avoir les moyens de réaffirmer leur contrôle sur leurs colonies.

2/ Des principes nouveaux : la Charte de l’Atlantique (août 1941)

- La seconde guerre mondiale est une guerre pour les libertés et un combat contre les totalitarismes.
La Charte de l’Atlantique (août 1941), annonciatrice de l’ONU et exprimée par Churchill et Roosevelt, pose comme principe fondamental “le droit de chaque peuple de choisir la forme de gouvernement sous laquelle il doit vivre”. Bien sûr, Churchill pense alors au nazisme... mais les peuples colonisés revendiqueront eux aussi ce droit.
Les valeurs défendues par les puissances coloniales sont ainsi en contradiction flagrante avec la colonisation.

3/ La radicalisation des nationalismes

Des mouvements nationalistes existent déjà dans certaines colonies, certains sont mêmes anciens (ex Inde, Parti du Congrès, 1886). Pendant longtemps leurs revendications sont modérés et ne portent que sur des améliorations du système colonial, sans demander l’indépendance. Pourtant la lenteur des évolutions amène un durcissement progressif de leurs positions. Surtout, la guerre a renforcé ces mouvements et en a fait apparaître de nouveaux :                                                                                                                                  - Dans le monde arabe, les positions se durcissent. En mars 1945 se constitue une ligue arabe. En Afrique du Nord française, on observe une radicalisation rapide du nationalisme. Ainsi au Maroc où les nationalistes (reçus par Roosevelt en 1943 qui condamne le colonialisme) constituent un nouveau parti “l’Istiqlal” (qui signifie "indépendance") qui publie un manifeste explosif en janvier 1944 demandant l’indépendance du Maroc..
- L’Afrique noire anglophone est en ébullition : en 1945, une conférence panafricaine réunissant les principaux leaders noirs des colonies anglaises à Manchester réclame “l’autonomie et l’indépendance pour l’Afrique Noire” et la nécessité pour les peuples d’Afrique de construire ensemble leur avenir.
- Les positions sont encore plus nettes en Asie où les mouvements nationalistes sont plus puissants et plus ancien. En Inde, le Parti du Congrès mené par Gandhi se prononce dès 1942 pour un départ "aussi vite que possible" des Britanniques (resté célèbre sous le nom de "Quit India"). Dans les Indes néerlandaises, les nationalistes proclament l'indépendance en 1945, tout comme le Viet-Minh de Ho Chi Minh en septembre 1945 en Indochine.
 


C/ EN 1945, LE CONTEXTE INTERNATIONAL EST FAVORABLE A LA DÉCOLONISATION

1/ Les deux Grands, EU et URSS, soutiennent la décolonisation
- Les E-U sont viscéralement attachés aux idées d'indépendance et de liberté, le président Roosevelt tout spécialement, qui juge très sévèrement le colonialisme (rappelons-nous déjà de Wilson en 1919 et de ses "14 points"). Les E-U se rappellent qu'ils sont eux aussi une ex-colonies qui a dû batailler pour son indépendance. De plus, le colonialisme avec son système de l'exclusif, est une entrave au libre-échange que les E-U entendent bien promouvoir en 1945 (le commerce colonial est réservé quasi exclusivement à la métropole). Toutefois, avec la guerre froide et l'arrivée au pouvoir du très pragmatique Harry Truman, les E-U modéreront leurs attaques afin de ne pas trop affaiblir leurs alliés français et anglais.
- L'URSS a des mobiles différents. Dans ses principes, le communisme se veut lui aussi anti-colonial car il se dit lutter pour l'émancipation des peuples. Lénine, dans un livre de 1917, "L’impérialisme stade suprême du capitalisme", fustigeait capitalisme, colonialisme et impérialisme. En fait, l'URSS ne s'intéresse que fort peu aux peuples colonisés et va affirmer son anticolonialisme essentiellement pour affaiblir les puissances rivales d'Europe de l'ouest.

2/ L’ONU : la charte de San Francisco
L‘ONU devient une influente tribune pour les campagnes anti-coloniales. Les peuples colonisés s’y font entendre, attaquent systématiquement les puissances coloniales (ex. des représentants du FLN pendant la guerre d’Algérie), d’autant qu’au fil des décolonisations le nombre de pays du Tiers-Monde augmente sans cesse à l’ONU.

 II/ FORMES ET MODALITES DES INDEPENDANCES

Face à ces soubresauts, les puissances coloniales ont réagi de manière différentes. Les revendications et la détermination et la force des nationalismes étaient elles-mêmes fort différentes d'une colonie à l'autre. C'est ce qui explique que le mouvement de décolonisation se soit étalé dans le temps et ait pris des formes différentes. Nous distinguerons deux cas : quand les métropoles ont accepté l'indépendance (indépendance négociée) ou quand elles l'ont refusé (indépendance arrachée par des guerres de décolonisation très meurtrière).


A/ LES REACTIONS VARIEES DES METROPOLES

1/ Des méthodes et des principes différents, des réponses coloniales inadaptées
 a/ La Grande Bretagne
Plus grande puissance coloniale (voir carte de l'empire britannique), l’Angleterre se montre la plus pragmatique face à la décolonisation de son empire. Des grands pays colonisateurs, c’est elle qui accepte le plus facilement le processus. Contrairement à la France, l’Angleterre n’a jamais voulu intégrer ces territoires. La colonisation fut souvent plus légère :
- préférence pour le système du gouvernement indirect qui laissait en place les cadres traditionnels,
- pas de réelle colonie de peuplement (des colons annglais installés au Kenya, peu ailleurs),
- conviction que la défense des intérêts économiques ne passent pas par la colonisation territoriale (c’est le “give and keep” du ministre des affaires étrangères britanniques Bevin : on donne l'indépendance, mais on garde un contrôle économique),
- volonté d’accompagner le processus de décolonisation pour maintenir des liens avec les colonies : pour la Grande Bretagne, toute colonie est un futur dominion membre du Commonwealth (allégeance à l’égard de la couronne britannique assortie d’une préférence commerciale depuis les accords d’Ottawa en 1932).
C’est dans l’empire britannique que la décolonisation se passe le mieux, exception faite de quelques tragédies (la révolte de la tribu Mau Mau au Kenya en 1952 fut réprimée dans le sang).
b/ La France
La France rechigne plus que l’Angleterre à se séparer de son empire colonial. Difficile prise de conscience qu’il faut évoluer et dépasser le stade de la colonisation de pillage du début du siècle (la conférence de Brazzaville en 1944 promet une libéralisation tout en excluant l’indépendance : cest un peu du ni oui ni non, mais de toutes façons c’est pour plus tard et selon le bon vouloir de la France).
La répression de l’insurrection malgache en 1947 illustre bien cette crispation et cette difficulté à évoluer.
La France est restée figée sur des images et des formules anciennes et ne correspondant pas aux réalités :
- mythe de l’assimilation entretenu par l’armée et les politiques,
- conviction de l’importance de l’empire dans le redressement français en 1945 (on s’y accroche car c’est tout ce qui reste, mythe de “la plus grande France”). Une idée communément répandue : que deviendrait la France sans son empire ? On retrouve ces raisonnements aux Pays-Bas,
- fonctionnement centralisé et peu souple (l’administration directe : l'administration française a remplacé les cadres locaux).
D’où des situations très variées : décolonisation à l’amiable ou guerres très meurtrières. La France a mis du temps à évoluer, et quand elle a voulu réformer elle l'a fait trop peu outrop tard. La décolonisation a donc été vécue sur un mode beaucoup plus dramatique qu’en Grande Bretagne, comme une perte de substance vitale.
c/ Ailleurs
Pays Bas et Belgique se sont opposés aux indépendances, mais le plus réactionnaire et intransigeant fut incontestablement le Portugal. Ces petits pays ont ressenti de manière brutale la perte de leurs empires coloniaux.

2/ Le poids des colons
Le rôle des expatriés et colons fut également très important. Partout où ils ont constitué une force, ils furent un frein à la décolonisation et on bloqué toute évolution. Le meilleur exemple reste l’Algérie avec son million de pieds-noirs. Ils constituent un lobby efficace à Paris où ils parviennent à peser sur les trop fragiles majorités de la 4ème République. Ils ont beau jeu face à la valse des ministères et au peu d’intérêts que suscite les colonies (12 ministres des colonies se succèdent sous la 4ème République qui s'intéressent peu à l'empire).
 3/ Le rôle des opinions publiques
Ce rôle est plus difficile à déterminer. En France, on éprouve une réelle fierté face à cette empire et face aux réalisations que réalisent le pays là-bas, mais on s’y intéresse peu, on s’y rend peu. Il a fallu dépenser beaucoup en publicité avant 1940 pour attacher les Français à leur empire. Paradoxalement, c'est quand les Français commencent à s'attacher à l'empire, en 1945, qu'il faut songer à se retirer...L'opinion évolua vite vers l'indépendance des territoires quand les difficultés se sont aggravées (Algérie, Indochine, campagne du journaliste de Paris-Match Raymond Cartier dénonçant le coût de l'empire sur le mot d'ordre “mieux vaut la Corrèze que le Zambèze”). Dans tous les cas, l'opinion a rarement constitué une force de pression déterminante.

 B/ DES DECOLONISATIONS NEGOCIEES, MAIS PARFOIS DRAMATIQUES

La décolonisation débute en Asie où la maturité des peuples est plus grande et les mouvements nationalistes plus anciens. Elle s’étend ensuite à l’Afrique.

1/ En Asie Britannique
Les Britanniques savent se retirer à temps pour éviter les guerres ouvertes. En bien des endroits pourtant, on sent que le colonisateur a été débordé et que l'accession à l'indépendance se fait dans de mauvaises conditions.
a/ En Inde, une indépendance dramatique qui débouche su la partition du pays
Volonté d’indépendance ancienne.
Parti du Congrès de Gandhi et de Nehru (1886).
Non-violence de Gandhi. "Quit India" en 1942.
Blocage de Churchill qui accepte mal la perspective d'une indépendance des Indes ("Hands off British Empire"), mais accélération du processus en 1945 avec l'arrivée au gouvernment des travaillistes de Clement Atlee.
Indépendance accordé le 15 août 1947 mais partition du pays entre Hindous et Musulmans (ligue musulmane d’Ali Jinnah) qui ne parviennent pas à s'entendre et échec d’un grand état fédéral multiconfessionnel comme l'aurait souhaité Gandhi (voir carte). Il est d'ailleurs assassiné par un extrémiste hindou qui ne lui pardonne pas sa volonté de rapprochement avec les musulmans.
Formation de 2états : Union Indienne et Pakistan occidental et oriental, qui deviendra le Bangla Desh.
Union Indienne et Pakistan s'affronte rapidement à propos du Cachemire, revendiqué par les deux pays.
b/ En Malaisie (ne pas développer)
c/ En Palestine, une décolonisation bâclée (ne pas développer)
La Palestine n’était qu'un mandat britannique depuis 1919, mais une quasi-colonie de fait.                                                                       2/ En Afrique noire
La décolonisation de l’Afrique noire se déroule dans d’assez bonnes conditions pour les empires français et anglais.
a/ l'Afrique noire anglaise
La décolonisation de l’Afrique débute dans les territoires britanniques de l’ouest où existent depuis les années 1920 des organisations nationalistes et où la métropole a organisé des élections locales. Une presse et des élites africaines sont ainsi apparues, notamment au Nigéria et au Ghana (avec Kwame N’krumah). Les succès électoraux des leaders indépendantistes débouchent peu à peu sur une indépendance des pays. Ainsi le Ghana en 1957 ou le Nigéria en 1960 (voir carte de l'empire).
La décolonisation de l’est et du sud de l’Afrique anglaise est un peu plus compliquée, mais s’opère dans l’ensemble dans les années 1960 dans des conditions acceptables (seule exception : le Kenya, avec la révolte des Mau-Mau durement réprimée).
b/ AOF et AEF
La France réussit à peu près sa décolonisation en Afrique noire (n’oublions toutefois pas Madagascar en 1947) : pas de colonie de peuplement, colonisation plus légère, intérêts moins déterminants, mouvements nationalistes moins radicaux et moins puissants.
Débutée dans les mots dès 1946 (constitution de la 4ème république), la décolonisation de l’Afrique noire française se déroule dans d’assez bonnes conditions et aboutit aux indépendances en 1960 (voir carte de l'empire français).
Les étapes :
- 1946 : Union Française dans la nouvelle constitution de la IVème République. On ne parle plus d’empire colonial, mais on en reste aux mots. En fait, pas de réelles évolutions.
- 1956 : loi-cadre Defferre (loi de Gaston Defferre qui établit un régime d’autonomie interne : il reste un gouverneur français mais la politique intérieure passe aux Africains).
- 1958 : de Gaulle donne le choix aux colonies françaises d’Afrique noire entre l’indépendance et l’appartenance à une Communauté Française créée par la Vème République. Tous les pays de l’Afrique noire française choisissent le ralliement à la Communauté, sauf la Guinée qui est abandonnée par la France et se tourne vers l’URSS, devenant ainsi une première base pour les Soviétiques en Afrique.
- 1960 : Indépendance pour l’Afrique noire et disparition de la Communauté en 1960, tout en maintenant des liens de coopération avec la France (Naissance d'un grand nombre d'état : Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Tchad, Sénégal, Cameroun...).
c/ Au Congo belge, une décolonisation dramatique
La décolonisation belge est bâclée : système paternaliste refusant toute évolution, puis décolonisation brutale en 1960 qui débouche sur la dictature de Mobutu à partir de 1965.

3/ L'Afrique du nord française : Maroc et Tunisie
Des décolonisations difficiles, mais où l'on évite le pire.
De vives tensions opposent la France et ses deux protectorats de Tunisie et du Maroc après 1945. Ceux-ci, contrairement à l’Algérie, sont de colonisation récente : la colonisation y est donc plus superficielle. Après 1945, Paris refuse de négocier avec les nationalistes de l’Istiqlal ou du Néo-Destour. La tension monte :
- en Tunisie, les troubles se multiplient, Bourguiba, leader du parti indépendantiste tunisien (le Néo-Destour), est emprisonné,
- au Maroc c’est l’épreuve de force : le sultan Mohammed V, très populaire et qui soutient les indépendantistes, est déposé et remplacé par un fantoche à la solde des Français.
Action décisive de Pierre Mendès France (P.M.F.) pour débloquer la situation. Après avoir mis un terme à la guerre d’Indochine, il se rend en Tunisie et reconnaît immédiatement l’autonomie interne du pays (discours de Carthage, juillet 1954), prélude à l’indépendance qui sera reconnu en 1956. Bourguiba devient président de la République tunisienne. Successeur de P.M.F., Edgar Faure mène la même politique au Maroc dès 1955 qui aboutit à l’indépendance en 1956.
Le début de la guerre d’Algérie en 1954 a poussé la France à accorder plus vite leur indépendance au Maroc et à la Tunisie.

C/ DES DECOLONISATIONS ARRACHEES

1/ La "sale guerre" d'Indochine (1946-1954)
L’Indochine française regroupe 5 territoires : Laos, Cambodge, Tonkin, Annam et Cochinchine. La France y est installée depuis la moitié du XIXème siècle.
Durant leur occupation de l’Indochine, les Japonais ont encouragé les sentiments anti-français. En septembre 1945, le Vietminh dirigé par le communiste Hô Chi Minh proclame l’indépendance du Vietnam.
La France n’entend pas renoncer à sa colonie. On tente tout d’abord de négocier, mais les points de vue sont irréconciliables et les deux camps également déterminés :
- la France veut conserver l’Indochine. On est prêt éventuellement à une autonomie du Vietnam, mais dans le cadre de l’Union française, donc sans réelle souveraineté,
- le Vietminh veut une indépendance totale et une unification des 3 Ky.
Les incidents se multiplient et débouchent sur une guerre à partir de décembre 1946. C’est une guerre de guérilla où s'enlise la France et qui va coûter de plus en plus chère.
Cette guerre de décolonisation est aussi un conflit de guerre froide : dès 1947, le PCF s’y oppose, et, à partir de 1949, la Chine apporte un soutien décisif au Vietminh, tandis que la France reçoit une aide matérielle croissante des E-U qui finiront par équiper presque totalement les Français sur place.
Pourtant, après une résistance héroïque, la France est battue à Dien Bien Phu en mai 1954. La France négocie et les accords de Genève reconnaissent l’indépendance du Laos, du Cambodge et du Vietnam qui est toutefois divisé en deux (17ème parallèle) : au nord la république démocratique du Vietnam, au sud le régime corrompu de Ngo Dinh Diem, bientôt soutenu massivement par les E-U. Le réglement de Genève n’est qu’une trêve...

2/ Les Indes néerlandaises, une décolonisation violente
Sukarno proclame l’indépendance en 1945. Refus néerlandais et début d’une guerre en Indonésie. Les Pays-Bas doivent pourtant céder face aux pressions internationales et se retirer en 1949.

3/ La guerre d'Algérie : la plus violente des décolonisations (1954-1962)
L’Algérie : 1830, des départements, 1 million d’Européens (pieds-noirs)
Sétif 1945. Répression sauvage.
Toussaint 1954 : FLN. Mitterand : “l’Algérie, c’est la France”.
Envoi du contingent. Succès militaires français.
Mais malaise grandissant en métropole (question de la torture, les “porteurs de valises et intellectuels, difficulté de la 4ème République).
Crise du 13 mai 1958. Retour de Gaulle.
16 septembre 1959 : début d’un long processus vers l’indépendance.
Réactions violentes en Algérie des colons et d’une partie de l’armée : OAS, putsch des généraux18 mars 1962 : accords d’Evian.

4/ Chaos en Afrique portugaise
L’Empire portugais demeure l’un des derniers bastions du colonialisme blanc dans les années 60 et 70. Il y a un anachronisme de la colonisation portugaise qui s’intensifie dans les années 60 alors que partout ailleurs l’Afrique s’émancipe. En Angola et au Mozambique, le régime du dictateur Salazar au Portugal s’obstine à maintenir les vestiges de l’Empire portugais. Les Africains n’ont aucun droit et quasiment aucun espoir de s’assimiler. C’est une “colonisation du pauvre” : peu d’administration, peu d’écoles, peu de médecins.
Essor tardif de mouvements nationalistes qui vont mener une guérilla de plus en plus acharnée. Les Africains recherchent des appuis à l’étranger, surtout à l’Est (Chine, URSS) : la décolonisation portugaise contribue ainsi à faire entrer la guerre froide en Afrique.
Le Portugal répond par l’envoi de troupes et l’encouragement au peuplement blanc (100 000 portugais au Mozambique en 1960, 200 000 en 1973). Le Portugal se ruine dans ces luttes.
Il faut attendre la “révolution des oeillets” au Portugal en 1974 et la chute de la dictature pour que des indépendances bâclées soient accordées en 1974 et 1975.
Le départ précipité des Portugais laisse ces pays sans organisation, livrés à des mouvements nationalistes opposés qui vont se faire la guerre : ainsi le MPLA et l’UNITA proclament chacun l’indépendance en Angola et se mènent une terrible guerre civile : aujourd’hui, Angola et Mozambique sont parmi les pays les plus pauvres du monde...

 

III/ NAISSANCE ET DIFFICILE AFFIRMATION DU TIERS-MONDE

A/ EMERGENCE D'UN 3EME MONDE

1/ Bandoung 1955 : acte de naissance du tiers-monde
 A Bandoung a lieu la 1ère grande conférence des pays nouvellement indépendants. 29 délégations surtout de pays asiatiques mais aussi un peu d'Afrique sous l'égide de Sukarno se réunissent pour :
- condamner partout le colonialisme,
- réaffirmer le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et respecter l'intégrité territoriale et la souveraineté des états,
- récuser la politique des blocs en appelant à la coexistence pacifique.
Conférence très médiatisée et pleine d'espoir : une 3ème voie est-elle en train de naître ? En tout cas, on assiste à la "prise de conscience de leur éminente dignité par les peuples de couleur" (L.S.Senghor).

2/ 1956, Suez semble confirmer le déclin des vieilles métropoles et l'ascension du tiers-monde
Nasser est à la tête de l’Egypte depuis 1954. Il veut jouer un rôle de leader dans les pays arabes et sortir son pays du sous-développement. Pour cela, Nasser doit augmenter la richesse nationale et surtout accroître les productions agricoles, mais il faut un grand barrage sur le Nil pour irriguer, à Assouan. Or, les Occidentaux refusent de prêter l’argent necessaire à sa construction.
Nasser nationalise alors le canal de Suez (jusque-là contrôlé par les Français et les Anglais) pour obtenir les capitaux nécessaires à la construction du barrage d’Assouan, recouvrer la souveraineté totale sur son territoire et menacer du même coup Israël.
La France, l’Angleterre et Israël décident alors de mener une expédition militaire commune contre l’Egypte en octobre 1956. Nasser est vite battu (débarquement franco-anglais en Egypte, attaque éclaire d’Israël : c’est la 2ème guerre Israëlo-arabe).
C’est alors qu’interviennent les deux Grands : Moscou évoque des représailles nucléaires, les Etats-Unis font chuter le cours de la livre sterling. La France et l’Angleterre doivent se replier.
Bilan d'un conflit complexe et multiple :
- C’est un conflit nord-sud (pays coloniaux voulant sauvegarder leurs intérêts) mais c’est aussi un conflit est-ouest et une guerre israëlo-arabe.
- Défaite militaire de l’Egypte contre Israël, mais victoire politique de Nasser qui devient un des leaders du tiers-monde et le grand chef charismatique du monde arabe,
- Recul de la France et de l’Angleterre qui sont ramenées au rang de puissances moyennes dans un monde dominé par les deux grands.

3/ 1961 le non-alignement naît à Belgrade
A Belgrade en 1961, toujours sous l'influence de Nehru, Nasser et Tito, 25 pays fondent le mouvement des non-alignés. Objectif : être des acteurs à part entière de la vie politique internationale et refus de devenir satellite de l'un ou l'autre bloc.
Au début des années 60, le monde semble ainsi de moins en moins bipolaire et de plus en plus multipolaire. Les pays du tiers-monde ont remporté des succès, ils sont très peuplés et possèdent beaucoup de richesse. On est en droit de nourrir beaucoup d'espérances.

4/ La naissance d’organisation régionale : ex 1963, l'OUA
Signe de cette volonté de prendre son destin en main, création d'une organisation africaine internationale dont le but est le règlement pacifique des conflits et problèmes du continent.

 B/ DES ESPOIRS D'UNITE, DE LIBERTE ET DE PROSPERITE DECUS

Les réalités ne seront pas à la hauteur des espoirs entretenus. Le tiers-monde va se diviser et de nombreux pays vont connaitre des problèmes internes, poltiques et économiques, grandissants.

1/ L'impossible unité
Dès le départ, l'unité du tiers-monde est plus apprente que réelle : ces pays sont très différents, leurs intérêts et les défis qu'ils ont à relever également.
La guerre du Vietnam provoque une première scission entre les pays qui s'opposent à l'"impérialisme" sous toutes ses formes, mais tout particulièrement américain (et qui de ce fait basculent souvent dans les alliances chinoises ou soviétiques) et ceux qui s'accomodent d'une coopération assez étroite avec les alliances métropoles. Cuba est le chef de file des 1ers, alors qu'une grande partie de l'Amérique latine reste liée aux E-U. En Afrique une grande partie des anciennes AOF et AEF acceptent une coopération étroite avec la France (et finalement une décolonisation que partielle), tandis que la Libye, l'Algérie, l'Egypte ou la Guinée, pour des raisons différentes, récusent toute immixtion. Enfin, en Asie, les pays de l'OTASE passent sous alliance américaine alors que Vietnam, Cambodge et Laos passent sous des régimes d'obédience communiste.
En 1966, Castro organise une conférence tricontinentale à La Havane et appelle à créer "deux, trois, pluseurs Vietnam". Cuba alimente alors une intense activité révolutionnaire, mais ce romantisme révolutionnaire anti-américain, incarné par des figures célèbres comme Ernesto "Che" Guevara, est regardé avec circonspection par les Soviétiqes et ne donnera pas grand chose.
Ces difficultés expliquent l'impuissance du mouvement des non-alignés et sa disparition en 1991. Les organisations comme l'OUA ou la Ligue arabe ne réussiront guère mieux. Il est vrai qu'elles sont confrontées à de multiples contradictions :
- le monde arabe est coïncé entre les aspirations nationalistes et les liens religieux plus unitaire,
- l'OUA refuse de toucher aux frontières coloniales et ne se dotent pas des moyens minimuym d'intervention.
La guerre idéologique mondiale et les intérêts locaux de chaque pays ont eu raison des beaux rêves d'unité. Ainsi, peu à peu, le tiers-monde se divise. Bientôt, il s'entredéchirera.

2/ Les problèmes politiques : la difficile démocratisation
Les espoirs de démocratie et de liberté sont éphèmères. Nombreux sont les pays du tiers-monde à passer sous le contrôle de pouvoirs personnels autoritaires : régime présidentiel fort en Côte d'Ivoire, régimes révolutionnaires socialistes en Algérie, à Cuba ou au Viet-Nam, dictatures patrimoniales des Mobutu au Zaïre, Suharto en Indonésie ou Marcos aux Philippines... Le système du parti unique prévaut, les oppositions traquées, la vie politique alterne alors entre coups d'état et révolutions. C'est souvent l'armée qui joue le rôle d'arbitre. : en 1985, la moitié des états du tiers-monde sont dirigés par des militaires.

3/ Les problèmes économiques : le poids grandissant de la dette
Un grand nombre d'anciennes colonies connaissent très vite de gros problèmes économiques qui s'aggravent avec la crise de 1973 : impréparation, dépendance vis à vis d'une matière première, effondrement des cours dans les années 80, explosion de la dette, détournement des fonds par des pouvoirs corrompus.... Beaucoup accusent alors les pays riches d'avoir instauré une division internationale du travail avantageuse pour eux. Ils dénoncent l'échange inégal et réclament l'instauration d'un Nouvel Ordre Economique International (Bouhmedienne, conférence d'Alger de 1973).
Ce constat les conduit à obtenir en 1964 la création d'une 1ère CNUCED (conférence des nations unies pour le développement). Certains accords commerciaux plus avantageux sont signés (accords de Lomé).

4/ Un legs colonial ambigu : l’Europe responsable ?
Dès lors, immanquablement, une question se pose : face à ces difficultés et cet échec, quelle est la responsabilité de l'Europe ? On a tout dit, selon les époques et les sensibiltés politiques : qu'elle n'y était pour rien et que la colonisation avait été un bienfait (il suffisait de voir comme c'était devenu depuis que les Européens n'y étaient plus) puis, dans une mouvance plus tiers-mondiste, que les anciennes métropoles étaient les grands responsables des difficultés des pays du tiers-monde et que c'est sur le dos de ces pauvres Africains que l'occident aurait construit sa richesse. Ces deux points de vue semblent très excessifs et, l'un comme l'autre, erronés. La question est difficile et il convient d'avoir une réponse nuancée.
Il semble aujourd'hui possible d'avancer les 3 éléments suivants :
a/ La colonisation a eu des effets positifs réels (modernisation, infrastructures, écoles...), très médiatisés par les métropoles et dont la portée et les bienfaits ont souvent été exagérés. Dans son ensemble, le bilan est négatif pour les peuples colonisés.
Citons qqs exemples flagrants :
- la destruction des économies traditionnelles vivrières, introduction de mono-cultures spéculatives, d'où une grande dépendance des colonies vis à vis des métropoles et une économie très déséquilibrée avec une industrialisation très faible et uniquement fondées sur l'exportation de matières premières soumises aux fluctuations des cours mondiaux,
- la destructuration des pouvoirs traditionnels et les replis identitaires (musulmans souvent) et la mise à mal des cultures traditionnelles,
- le placage d'intitutions à l'européenne sur des populations pour lesquelles un tel système n'était visiblement pas fait et qui dégénèreront,
- le découpage "à la hache" des frontières en fonction du seul intérêt des colonisateurs et conduisant à des aberrations géographiques et humaines (l'ex. de la Gambie, entre autre, est frappant d'absurdité..., celui des Touaregs aussi),
- l'accaparemment des meilleures terres qui, lié à la chute de la mortalité et la poussée démographique, a alimenté une urbanisation et un chômage galopant que le colonisateur s'est bien gardé de traiter,
- l'utilisation et l'exacerbation de certaines rivalités anciennes entre tribus selon le bon vieil adage "diviser pour mieux régner", qui a laissé des situations explosives (comment ne pas penser au Rwanda ?),
- le legs d’une pratique permanente de l’autoritarisme, qui pèsera ensuite sur les pratiques institutionnelles,
- enfin, beaucoup de décolonisations bâclées où les colonisateurs n’ont pas créé les conditions d’une indépendance réussie (exemples multiples : Congo, empire portugais...).
b/ Toutefois, si les colonisateurs ont été à l'origine de lourdes erreurs, on ne peut les accuser d'être seuls responsables des multiples conflits entre peuples qui existaient parfois déjà avant (rappelons-nous qu'aux XVIIème et XVIIIème siècles, ce sont des Africains qui fournissaient souvent les négriers nantais) et qui masquent souvent des luttes de pouvoir. Par ailleurs, si les colonisateurs ont dangereusement regroupés et découpés certaines ethnies, on ne peut leur faire porter seuls la totale responsabilité des luttes actuelles.
c/ D'un point de vue économique enfin, la colonisation a été une mauvaise affaire pour tout le monde. Contrairement à ce que l'on entend encore trop souvent, la richesse de l'occident est bien loin d'être le fait de la colonisation (que l'on m'explique alors la puissance des trois premiers mondiaux actuels, qui n'ont pas ou très peu été des puissances coloniales : E-U, Allemagne, Japon ??!). La colonisation a plutôt été une source de retard et de non-adaptation aux nouveautés pour les métropoles car les marchés coloniaux protégés ne portaient pas à l'innovation (c'est flagrant pour l'industrie du textile en France par exemple). Quant aux pays colonisés, la colonisation, notamment en Afrique s'est révélée être aussi une mauvaise affaire (voir ci-dessus), mais elle ne peut être la cause unique des problèmes de ces pays : comment expliquer alors que de nombreux pays (notamment en Asie) aient si bien réussi ?

 C/ ACTUELLEMENT, PLUSIEURS TIERS-MONDE EN PROIE A DE MULTIPLES TENSIONS

1/ Un tiers-monde en miette
Le tiers-monde n'existe plus. Il a éclaté et ses pays ont connu des évolutions si divergentes que l'on ne peut plus les associer.
Distinguons :
- les NPI : l'Asie orientale qui a le mieux réussi
- les pays pétroliers à l’origine d’une OPEP qui ont connu un énorme afflux de dollars après 1973, mais qui ont vu leurs recette baisser et qui sont face à unepoussée de l'islamisme actuellement
- les PMA : l'Afrique noire qui connaît de graves difficultés.

2/ Violences post-coloniales et spectaculaires réconciliations
a/ Un tiers-monde qui s'entre-déchire :
- l'ethnicisme fait des ravages : l'Afrique est gangrénée par les luttes intestines. Peu de pays africains échappent à ce fléau. Au Nigéria, en 1967, des luttes de pouvoir entre ethnies au sein de cet état fédéral débouchent sur le massacre de l'une d'elle (les Ibos, qui avaient fait sécession en proclamant la république du Biafra). Autre exemple, le Rwanda où cohabitent Tutsis minoritaires et Hutus majoritaires au profit desquels l'indépendance est proclamée. Les affrontements violents sont réguliers, le pire en 1994 débouchant sur 0,5 à 1 million de mort. L'Asie n'échappe pas à ces problèmes ethniques (ex. au Myanmar ou à Sri Lanka).
- l'intégrisme musulman menace certains pouvoirs et débouche aussi sur des massacres. Pouvoirs plus ou moins ébranlés au Maghreb (Algérie), guerres civiles en Asie centrale, massacres au Soudan...
- des guerres terribles sont conduites par des dirigeants ambitieux et débouchent sur des carnages (la guerre Iran-Irak : sunnites contre chiites sur fond de rivalités territoriales).
b/ Mais aussi de rééls signes d'espoir
- la miraculeuse fin de l'apartheid en Afrique du sud. L'Union sud-africaine est un dominion depuis 1909. La minorité afrikaner y a instauré peu à peu un régime d'apartheid sur fond de racisme virulent, attisant les violences, injustices et rancoeurs. De nombreux noirs sont cantonnés sur des terres arides (dvpt séparés de bantoustans homelands). Les massacres se multiplient à partir des années 60 et une ANC milite pour la fin de l'apartheid. En 1976, les émeutes de Soweto sont dramatiques. La situation évolue pourtant très vite dans les années 90. Isolée, l'Afrique du sud évolue et l'apartheid est supprimée en 1991, Mandela libéré, devient président en 1994, sans guerres civiles. Son action personnelle fut décisive.
- les espoirs au Proche-Orient, réels depuis 1978.


3/ Un tiers-monde toujours sous influence ? Un néocolonialisme toujours d’actualité ?
Les cartes apparaissent de pluis en plus troublé. Les anciennes métropoles ont conservé des liens plus ou moins étroits avec leurs anciennes colonies, ce qui leur a valu parfois l'accusation de néocolonialiste. Le tiers-monde serait-il toujours un enjeu ?

 

CONCLUSION :

Le Tiers-Monde aujourd’hui ? Avons-nous un néo-colonialisme ? Oui dans les années 66-70 où la France notamment s’est beaucoup impliquée dans les affaires intérieures des pays africains. Actuellement c’est de moins en moins vraie par exemple tout récemment en Côte d’Ivoire.

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