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I/ UN REGIME PEU POPULAIRE ET
AUX FAIBLESSES NOMBREUSES
A/ LA CONSTITUTION DE 1946 : LABORIEUSEMENT
MISE EN PLACE ET PEU POPULAIRE
1/ Le temps du
provisoire
De Gaulle avait installé un GPRF à Paris dès la libération de la capitale
(25/08/1944). Il avait alors formé un gouvernement d’union nationale
(regroupant toutes les tendances politiques). Très vite les débats s’étaient
engagés pour savoir quelle forme devait prendre la nouvelle république. A
travers le référendum du 21 octobre 1945, auquel les femmes participent pour
la première fois, les Français avait montré leur volonté d’avoir un régime
nouveau (ni Vichy, ni un retour à la 3ème République).
2/ Le départ
de de Gaulle
Coïncé entre des anciens de la 3ème République ou des communistes à qui il ne
parvient pas à faire passer ses idées sur le nouveau régime à constituer, de
Gaulle démissionne brusquement le 20 janvier 1946. Trois partis se retrouvent
à force à peu près égale pour établir une nouvelle constitution : le PC, la
SFIO, le MRP. La majorité penche largement à gauche (c’est le “tripartisme”).
3/ Une
constitution qui déçoit
Un premier projet de Constitution est établi et proposé aux Français.
D’inspiration communiste, ce projet est refusé par les Français lors d’un
référendum. Un second projet, modifié, est enfin approuvé le 13 octobre 1946,
mais à une courte majorité : c’est clair, le projet n’emballe pas, les Français
attendaient autre chose. Entre temps, dans un discours prononcé à Bayeux, le
Général de Gaulle avait exposé sa conception de la République. Elle était
très différente de la nouvelle constitution.
B/ LES FAIBLESSES DU REGIME
De fait, les
faiblesses de la Constitution de la 4ème République apparaissent assez vite.
1/ La
Constitution assure la primauté du législatif et la faiblesse de l’exécutif
La Constitution reconnait un Président, et deux Assemblées, mais l’Assemblée
Nationale s’arroge l’essentiel des pouvoirs. Le Président (élu pour 7 ans
mais au suffrage universel indirect) et la seconde assemblée (le Conseil de
la République) comptent peu et le gouvernement est également très dépendant
des députés. La seule réelle prérogative du Président de la République est de
choisir le Président du Conseil. Le pouvoir législatif domine donc le pouvoir
exécutif : il est par exemple très difficile de dissoudre cette Assemblée
Nationale. De Gaulle souhaitait exactement l’inverse. Le souvenir de Vichy a
conduit à affaiblir le pouvoir exécutif, et à revenir à un système très
proche de celui de la IIIème République pourtant fort décrié.
2/ Le choix
d’un scrutin à la proportionnel pour les élections législatives
Cette faiblesse du pouvoir s’accompagne du choix malheureux du mode de
scrutin proportionnel qui ne permet pas de dégager facilement des majorités.
En 1946, il semblait pouvoir garantir une certaine stabilité dans la mesure
où les 3 principaux partis à l’origine de la création du régime,
représentaient environ les 3/4 de l’électorat. Mais, quand le PC quitta le
gouvernement et que l’opposition gaulliste se fut structurée, le mode de
scrutin proportionnel se montra incapable de dégager des majorités stables.
C/ INSTABILITE ET CRISES MINISTERIELLES
Dans ces conditions
les gouvernements vont peu durer. Chaque gouvernement formé par le Président
du Conseil devait recevoir l’investiture de l’Assemblée Nationale, c’est à
dire qu’il devait être approuvé à la majorité des députés pour pouvoir
fonctionner. Dans une Assemblée Nationale saucissonée à l’extrême par le vote
à la proportionnelle, il fut souvent très difficile de trouver une majorite
et de nombreuses alliances de circonstances ont cédé dès la survenue de
problème.
Cela eut deux conséquences négatives :
- les gouvernements sautaient facilement ce qui discréditaient la classe
politique dans l’opinion (notamment pendant certaines “crises ministérielles”
où l’on pouvait rester de nombreux jours ou semaines sans trouver un nouveau
gouvernement),
- les gouvernements qui voulaient durer un peu évitaient d’aborder des
questions trop délicates à gérer et certains problèmes n’étaient pas traités
(22 présidents du Conseil de 1946 à 1958 dont certains n’ont duré que
quelques jours. Comment mener des politiques de long terme avec une telle
instabilité ?). Le divorce entre la classe politique et l’opinion n’a cessé
de s’agrandir.
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II/ UN REGIME VICTIME DES
CIRCONSTANCES
Si la 4ème
République a déçu, c’est aussi que le régime a eu des situations très difficiles
à gérer : la guerre froide, la décolonisation et la reconstruction, cela
faisait beaucoup pour un régime aux bases peu solides. Incontestablement, la
4ème aurait pu mieux tomber...
A/ DES OPPOSITIONS FORTES ET TENACES :
COMMUNISME ET GAULLISME
Dès le début, les
deux forces les plus puissantes de l’après-guerre s’opposent à la 4ème
République. Gaullistes et communistes vont contribuer à la paralyser et la
discréditer. 1947 est la date charnière.
L’un et l’autre à partir de 1947 sont résolus contre la IVème République. Or,
leur soutien populaire est large. Là aussi la IVème République est au moins
en partie victime d’un contexte défavorable et n’a pas de chance :
1/ le PC
Dirigé par Maurice Thorez jusqu’en 1964, le PC reste un parti officiellement
marxiste et aligné sur Moscou (c’est le cas depus la 3ème Internationale
communiste de 1921). Son influence sur la société française est considérable
: ouvriers, artistes, intellectuels sont alors majoritairement communistes ou
“compagnon de route”. Pendant l’été 1947, le PC collabore encore à la vie
politique du pays, voit même de l’intérêt dans le plan Marshall. Les choses
changent à l’automne 1947, avec la création du Kominform : les communistes
français envoyés en Pologne sont accusés de “crétinisme parlementaire”, on
leur reproche d’avoir participé à des gouvernements bourgeois. Dès lors
l’attitude du PC change du tout au tout. Il se mobilise contre les
gouvernements, il organise des grèves et des manifestations violentes avec
l’aide de la CGT avec qui il est très lié. On craint un coup de force
communiste, surtout après le “coup de Prague” de février 1948. La guerre
froide, qui éclate officiellement en 1947 le propulse donc dans l’opposition.
L’année 1947 constitue un paroxysme dasnces conflits sociaux. Dans ces
conditions, le Président du conseil socialiste chasse les communistes du
gouvernement en mai 1947. Le PC rentre dans une opposition résolue au régime.
2/ De Gaulle
Son prestige reste intact. Il est l’homme le plus populaire de France et de
loin. Son audience dans le pays est également considérable. Mépris de de
Gaulle pour la IVème République qu’il veut réformer. Pour lui, c’est le
“régime des partis”, dans lequel aucune action politique n’est vraiment
possible. Il crée alors un mouvement, le Rassemblement du Peuple Français
(RPF) qui triomphe dès les élections municipales de 1947 (40% des voix). Il
espère que cet élan contribuera à chasser la 4ème. En fait, il n’en est rien,
et, face à ce 1/2-échec, de Gaulle dissout le RPF en 1953 et retourne dans sa
retaite, à Colombey, pour y rédiger ses mémoires. C’estle début de la
“traversée du désert”.
3/ Le réveil d’une extrême-droite populiste en 1956 : le poujadisme
Droite et extrême-droite avaient été discréditées par Vichy et avaient
beaucoup reculé. Les difficultés rencontrées par la 4ème République,
notamment en Algérie, amène le renouveau des droites. Les élections de 1956
voient l’arrivée à l’Assemblée Nationale de 52 députés de l’UDCA. L’Union de
Défense des Artisans et Commerçants a pour leader un petit cafetier fort en
gueule, Pierre Poujade. Le poujadisme est d’abord un mouvement de révolte des
petits commerçants qui éprouvent des difficultés. C’est une révolte contre
les contrôles fiscaux et les impôts jugés écrasants. Le mouvement prend rapidement
de l’ampleur et devient une force politique. Il développe
l’antiparlementarisme, le nationalisme et se prononce pour l’Algérie
française. Bien que certains de ses membres sont proches de l’extrême-droite
(son plus jeune député : Jean-Marie Le Pen), le poujadisme est d’abord un
mouvement populiste. Le succès du poujadisme témoigne d’une perte de
confiance de l’opinion publique envers le régime de la 4ème République
B/ UNE FRANCE A RECONSTRUIRE
Autre
circonstance défavorable : la 4ème République n’a pas eu la chance de gérer
une période facile, les difficultés étaient considérables dans un pays ruiné
où tout était à reconstruire. Le bilan matériel en 1945 est en effet
effroyable pour la France. Les guerres coloniales n’ont rien arrangé :
- bilan humain : 600 000 morts pendant la guerre et un déficit de naissances
estimées à environ 1 million d’individus,
- destructions gigantesques : industries, mines, routes, rails, ponts,
ports...
- le franc, rongé par l’inflation, ne vaut plus grand chose (50% d’inflation
en 1944 !)
- la pénurie subsiste au quotidien pour la population : les 1ères années
restens dures (tickets, ratoionnements, marché noir), l’inflation galopante
est supérieure aux hausses de salaires et le pouvoir d’achat diminue, d’où
une grogne sociale qui atteint son paroxysme en 1947 (grèves massives).
Pour faire face au gigantesque effort de recponstruction, l’état ä pris
l’économie en main :
- l’état nationalise un grand nombre d’entreprises. Le but est de placer
entre les mains de l’état les secteurs clés qui commandent le redressement de
l’économie, surtout l’énergie, le transport, le crédit. D’où : Charbonnages
de France, EDF, GDF, Air France, Renault, Crédit Lyonnais, Société
Générale...
- l’état crée le plan : pour organiser la reconstruction, on a créé un
commissariat au Plan placé sous la direction de Jean Monnet. Le 1er plan
paraît en janvier 1947. Son objectif est que l’économie retrouve en 1948 le
niveau de 1929. Priorité est donné à l’énergie qui reçoit l’essentiel des
fonds.
La France obtient en outre une importante aide américaine à peu près
gratuite.
C/ LE CHOC DE LA
DECOLONISATION : INDOCHINE ET ALGERIE
La IVème République hérite dès 1946 d’un très difficile problème à
régler : la décolonisation. Or les esprits ont du mal à évoluer sur la
question, malgré le ton nouveau adopté dans la Constitution qui crée
notamment une Union Française.
Les deux guerres coloniales ont miné puis détruit la IVème.
1/ La guerre d’Indochine (1946-1954)
Au lendemain de la guerre, la France essaie de reprendre pied en Indochine.
Mais les choses ont beaucoup changé sur place, les Japonais notamment ont
beaucoup affaiblit la présence française. L’affaiblissement de la France en
Indochine est mise à profit par Hô Chi Minh fondateur en 1930 du PC
indochinois et d’un mouvement nationaliste vietnamien (le vietminh) : le 2
sept. 1945, il proclame l’indépendance du Vietnam. La France est prête à
quelques concessions mais refuse l’indépendance.
Nommé Haut-commissaire en Indochine, l’amiral Thierry d’Argenlieu s’oppose aux
concessions : le 20 nov. 1946 éclate à Haïphong un incident entre soldats
français et vietnamiens. Voulant intimider Hô Chi Minh, D’Argenlieu fait
bombarder le port d’Haïphong le 20 nov. 1946 tuant 6000 personnes. Le
Vietminh réplique par un massacre d’européens à Hanoï. Hô Chi Minh gagne le
maquis, la guerre commence. C’est une guerre de guérillas qui convient mal à
la France.
Tout change en 1949 : la Chine devient communiste (d’où aide militaire + base
de repli et d’entrainement pour le Vietminh). Le conflit devient un conflit
de la guerre froide. Les EU soutiennent de plus en plus la France alors que
la Chine appuie le Vietminh. La France s’enfonce dans un conflit ruineux où
elle a ”tout à perdre et rien à gagner” selon les mots du député de gauche Pierre
Mendès-France en 1950 qui est alors le seul à plaider pour un désengagement
rapide en Indochine. L’hebdomadaire L’Express (fondé en 1953 presque pour
Mendès-France) diffuse ses idées.
Nommé pour mettre un terme à cette “sale guerre”, Pierre Mendès-France entame
les négociations. La défaite française à Dien Bien Phu le 7 mai 1954
précipite le mouvement : l’indépendance du nord-Vietnam est signée le 31
juillet 1954 (accords de Genève).
2/ La guerre d’Algérie (1954-1962)
A peine sorti de la guerre d’Indochine, la 4ème République plongeait dans la
guerre d’Algérie. Elle allait se révéler être beaucoup plus grave, le régime
n’y résista pas.
Novembre 1954 : une série d’attentats éclate partout en Algérie. On ne s’en
doute pas encore, mais la guerre d’Algérie vient de commencer. Cette fois
l’attitude de Mendès est différente : “On ne transige pas. Ici, c’est la
France”. François Mitterrand, alors ministre de l’intérieur, est de son avis
(“l’Algérie, c’est la France”). Mendès nomme un gouverneur à poigne en Algérie
(Jacques Soustelle), qui pratiquera bientôt une politique de répression.
Que se passe-t-il en Algérie ?
L’Algérie est une terre française depuis 1830, mais elle a un statut
différent des autres. L’Algérie n’est pas une colonie, la France a voulu
l’intégrer en créant des départements. C’est de plus la seule vraie colonie
de peuplement : 1 millions d’Européens y vivent (pas que des Français, aussi
des descendants d’Italiens, Espagnols...), ce sont les Pieds-noirs. Face à
eux, 9 millions de musulmans.
Dans ces trois départements, les inégalités sont très fortes : les colons,
sans avoir un niveau de vie très élevé, ont accaparé toutes les meilleures
places et les meilleures terres. Le statut de 1947 qui réglemente la vie
politique en Algérie, est inégalitaire : dans les élections les Pieds-noirs
ont plus de poids que les Musulmans. Une contestation musulmane existe, mais
elle est très divisée et, dans un premier temps, ne réclame pas
l’indépendance : ainsi Ferhat Abbas, pharmacien à Sétif, milite pour que l’on
traite l’Algérie sur un pied d’égalité sans souhaiter l’indépendance, mais il
n’obtient aucun résultat. Le malaise grandit donc progressivement, d’autant
que la population musulmane augmente vite et que la France tarde à donner
l’égalité tant de fois promise. Le 8 mai 1945, déjà, avait éclaté dans la
petite commune algérienne de Sétif d’importantes manifestations. La France
les avaient réprimées avec une extrême violence. Las d’attendre les
améliorations, des Algériens vont alors constituer un Front de Libération
Nationale (FLN) et prennent les armes dans le but d’obtenir le départ des
Français. Leur première action importante et une série d’attentats à la
Toussaint 1954.
La France qui dispose de gouvernements de gauche (Mendès-Mitterand en 1954,
puis Guy Mollet en 1956) refuse pourtant de discuter et de négocier,
considérant que “l’Algérie, c’est la France”. Arrivé en 1956, Guy Mollet
intensifie même le combat contre le FLN : envoi du contingent, fermeture des
frontières avec les autres pays arabes, envoi d’un grand nombre de troupes.
Peu à peu le conflit s’envenime : l’armée a du mal à éliminer tous les foyers
de guérillas et emploie la torture. La guerre d’Algérie devient le sujet
numéro un en France et divise la population entre ceux qui pensent qu’il faut
lacher et les autres. Plus grave, les gouvernements de la 4ème ne parviennent
plus à maitriser la situation sur place. Alors que le pouvoir à Paris envoi
des consignes pas toujours très claires, l’armée sur place entend bien, après
l’Indochine, l’emporter. Face aux carences du pouvoir politique, l’armée va
de plus en plus prendre des initiatives, discréditant les gouvernements.
Ainsi en février 1958 où l’armée décide de sa propre autorité de bombarder le
petit village tunisien de Sakhiet car il constitue une base arrière du FLN.
L’affaire fait grand bruit et isole la France sur la scène internationale. Le
gouvernement couvre...
La crise éclate le 13 mai 1958. Pierre Pflimlin devient Président du Conseil.
il est connu pour vouloir trouver une solution négociée avec le FLN. En
Algérie, les Pieds-noirs et l’armée qui craignent toute trahison, sont
survoltés. Une manifestation tourne à l’insurrection. Un comité de salut
public se forme autour des généraux Massu et Salan, prend le pouvoir en
Algérie et décide de faire pression sur Paris pour renverser Pflimlin et
réclamer le retour du Général de Gaulle dont on est persuadé qu’il est un vif
partisan de l’Algérie française. Le 15 mai, de Gaulle se déclare “prêt à
assumer les pouvoirs de la République”. Après 15 jours de tractations,
Pflimlin est poussé à démissionner et le Président Coty appelle de Gaulle. Le
1er juin 1958, de Gaulle est investi comme Président du Conseil. Il a posé
toutefois deux conditions à son retour que le pouvoir, aux abois, lui a
accordé : les pleins pouvoirs pour 6 mois et le droit de changer la
Constitution. C’était la fin programmée de la 4ème République.
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III/ MAIS UNE OEUVRE DURABLE
EN DE NOMBREUX DOMAINES
La 4ème république
n’a cependant pas démérité en tout, loin s’en faut. Elle laisse une oeuvre
importante derrière elle et de nombreux acquis durables.
A/ LE DEBUT DES “TRENTES GLORIEUSES”
1/ A partir des
années 50, la situation économique s’améliore franchement. On sort
définitivement de l’après-guerre. La France s’engage dans une période de
forte croissance qui durera pratiquement sans interruption jusqu’en 1974
(début des “Trente Glorieuses” avec 5% de croissance de l’économie par an),
ce qui permet au pays de retrouver, dès le début des années 50, son niveau de
production de 1929 (qui avait constitué un record avant la crise).
2/ Le contexte
très favorable explique pour une bonne part cette croissance : le monde se
reconstruit, la demande est forte et le Baby Boom l’entretient. L’aide
Marshall fut également très importante. La 4ème République, malgré les
difficultés (guerres coloniales par exemple) a cependant beaucoup contribué à
cette expansion :
- au travers des plans : plan Monnet de modernisation et d’équipement (1947),
puis plan Hirsch (1954-1957) favorisant les industries de consommation,
- avec l’action d’hommes d’état : Antoine Pinay, président du conseil en
1952, stabilise pour un temps l’inflation et lance un emprunt resté célèbre
(3,5% indéxé sur l’or et exonéré d’impôts de succession et sur le revenu).
Son action aux effets économiques contestés, a été très populaire et apermis
de rétablir la confiance. Il est resté un des hommes politiques les plus
appréciés de la 4ème République.Au total, le PNB de la France est en forte
croissance dans les années 50 et croît plus vite que celui des EU ou de la
GB, seule la RFA parvient à faire sensiblement mieux.
3/ Tous les
secteurs ne connaissent toutefois pas la même croissance. Les plus dynamiques
sont alors :
- la production d’énergie (électricité et pétrole), très favorisée par les
gouvernements (il y avait urgence en 1945 !). Construction de barrages,
recherches de gisement (gaz naturel de Lacq en 1957, pétrole algérien),
- les industries de consommation : automobile, dont la production est en
forte croissance (succés de la 4CV Renault et de la 2CV Citroën), pharmacie
et hygiène (effet de la création de la “Sécu.”), électroménager dont c’est le
boom (tout le monde veut son frigidaire ou sa machine à laver).
L’agriculture se transforme et se modernise peu à peu. Les productions augmentent.
Début du remembrement et de la motorisation des campagnes. Il faut dire que
cela était nécessaire : la France de 1945 comptait encore 35% d’agriculteurs,
l’agriculture n’avait pour dire pas évolué depuis le début du siècle avec des
parcelles morcelées, et une ignorance des techniques agricoles modernes.
B/ LE PROGRES SOCIAL
La vie
quotidienne des Français s’améliore assez vite à partir des années 50.
Symboliquement, on peut dire que l’on sort de l’après-guerre en 1949, lorsque
les tickets de pain sont supprimés. La société française change alors
rapidement, opère une véritable mutation et abandonne définitivement ses
caractères traditionnels : on entre dans une société de consommation.
L’état favorise la hausse du pouvoir d’achat, ce qui entretient une forte
consommation très favorable à l’expansion économique. Par exemple, en 1955,
un accord entre direction et syndicat est signé chez Renault qui prévoit des
hausses de salires sensibles, 3 semaines de congés payés en échange d’un
engagement à limiter les jours de grèves.
Cette 3ème semaine de congés payés est généralisée en 1956 par le
gouvernement Guy Mollet.
Quelques symboles de cette accession à une société de consommation :
- moulin à café Moulinex en 1956, symbole de l’arrivée massive de l’électroménager
dans les foyers,
- succès de la Dauphine Renault en 1956, une des 1ères voitures très
populaires,
- 1er vol de la Caravelle en 1955 qui marque les succès technologiques
français et le début d’un tourisme international,
Autre soutien de la croissance : le baby-boom. La France se repeuple
fortement : 44,3 millions de Français en 1958 (contre 40 M. pendant la
guerre). Par ailleurs l’espérance de vie augmente sensiblement (forte chute
de la mortalité => 65 ans d’espérance de vie pour les hommes en 1955).
La croissance est telle que, non seulement le plein-emploi est réalisé, mais
la France connait une pénurie de main d’oeuvre necessitant un appel à
l’immigration.
Une France de plus en plus urbaine (55% en 1946, 65% en 1960). Le début de
modernisation de l’agriculture relance un important exode rural. La France
perd définitivement son caractère rural et agricole et rentre dans la
“modernité”, celle-ci est urbaine. Cela pose un problème nouveau : le
renforcement des inégalités régionales, on prend conscience de l’importance
de la concentration des activités sur les grandes villes (Jean-François
Gravier sort en 1947 son retentissant livre “Paris et le désert français”).
La 4ème République débute une politique d’aménagement du territoire qui reste
timide (en 1955 la création de nouvelles usines est interdite dans un rayon
de 80 km autour de Paris alors que l’on aide les implantations en zone
rurale).
Seul véritable point noir, le problème du logement. On manque cruellement de
logement pour cette France qui est en pleine expansion démographique :
l’appel de l’abbé Pierre, dans l’hiver 54, est là pour témoigner du travail
restant à faire.
Certes il y a des perdants : petits paysans ayant dus quitter leurs terres,
artisans et petits commerçants victimes de la modernisation. Ils se
manifesteront en 1956 au travers du Poujadisme, mais les acquis sont déjà
considérables.
C/ LA MARCHE VERS L’EUROPE
Les hommes de la
4ème République ont également à leur actif la promotion de l’idée européenne.
Sont en effet alors dans l’opposition les deux principales forces
anti-européennes : le parti communiste et les gaullistes. Libéraux,
socialistes et démocrates-chrétiens, au pouvoir sous la 4ème République, sont
très majoritairement favorables à une construction européenne.
La France joue même un rôle très actif dans cette construction :
- l’idée de créer une CECA revient au français Jean Monnet. Il s’agit de
créer une Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier. L’Europe doit se
reconstruire et se réconcilier. La France est riche en fer et l’Allemagne
riche en coke. Jean Monnet propose de créer un marché commun du charbon et de
l’acier pour faciliter le commerce de ces deux produits vitaux au lendemain
de la guerre, afin d’accélérer la reconstruction et de créer des solidarités
entre pays européens. Il soumet son projet au président du conseil de
l’époque, le MRP Robert Schuman. Ce lorrain, lui aussi européen convaincu, va
défendre et faire aboutir le projet. C’est le premier élément concret d’une
construction européenne qui allie, dès 1951, 6 pays (RFA, Italie, France,
Benelux).
- l’initiative de créer une CED revient au français René Pleven. A partir de
1950, les EU poussent au réarmement de la RFA pour s’opposer au bloc
soviétique. Cette persppective effrayant un peu la France, celle-ci propose
(par la voix de son président du Conseil René Pléven) d’intégrer la nouvelle
armée allemande dans une Communauté Européenne de Défense, bref, de créer une
armée européenne. Le projet est adopté par les 5 pays européens, mais il est rejetté
par le Parlement Français en 1954 : les députés communistes et gaullistes
votent massivement contre. Pour le PCF, cette armée européenne ne peut être
que dirigée contre Moscou, pour les gaulistes, elle impliquerait une atteinte
à la souveraineté nationale (la France ne controlerait plus directement son
armée, ce qui est pour eux intolérable). Proposé par un Français, le projet
avorte donc à cause de la France !
- dans la relance de la construction européenne en 1954-1955, on retrouve à
nouveau Jean Monnet aux premiers postes. Cela donnera la CEE en 1957.
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