La fourmi d’Argentine (Linepithema humile), moins féroce que la fourmi de feu mais tout aussi boulimique, s’est certainement aussi planquée à fond
de cale, depuis l’Amérique du Sud, pour coloniser les côtes méditerranéennes: en soixante-dix ans, elle est
parvenue à exterminer 95% des espèces locales de fourmis et autres insectes.
Avec quelles conséquences?
«Vivant où réside l’homme, donc dans des milieux déjà perturbés, elles aggravent encore la situation.
L’équilibre où chaque espèce avait créé sa petite niche n’existe plus. Bien plus nombreuses, elles sont
par conséquent beaucoup plus efficaces.»
Mais comment se fait-il qu’aucun prédateur ne les attaque?
« Cette fourmi opportuniste était déjà préadaptée. La difficulté, pour une espèce, est d’acquérir un
nouveau mode de fonctionnement. Parmi les nombreux prédateurs des fourmis, dont certaines mouches
pondant leurs oeufs sur elles, l’un d’eux est peut-être apte à changer, parce qu’il présente des
caractéristiques assez similaires. Mais un tel phénomène peut prendre entre dix ans et des millions
d’années...»
Ayant besoin de chaleur et d’humidité pour prospérer, elles apprécient particulièrement, comme
certains d’entre nous, les complexes touristiques du genre La Grande Motte ou Port-Leucate;
tout est à disposition, pourquoi se gêner? Inévitables, car trop nombreuses malgré les traitements,
elles ont pourtant le savoir-vivre de ne pas exiger le gîte en sus du couvert. Dites-leur merci,
la prochaine fois que vous en débusquerez dans le sucrier de votre résidence d’été...