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VIVE LE PROGRÈS 

Le 4 mai dernier, votre webmaster préféré assistait à la journée e-business à Nantes. Ce que l'on  a qualifié de l'événement  internet de l'année était plus précisément une gigantesque kermesse organisée par IBM pour vanter les mérites du commerce électronique. 
S'il est clair que les webizz (majorettes de deep blue) chantant "web is net" offraient des arguments convaincants, l'éternel sceptique que je suis a regardé la démonstration avec pessimisme. 
Je dois cependant reconnaître que les chiffres sont là (les chiffres, c'est mieux que les webizz). Avec 60 millions d'internautes (200 millions pour 1999 et 500 millions pour 2000), l'explosion de l'internet est en route. Songez qu'il aura fallu 3 ans pour atteindre ce chiffre de 60 millions... or pour arriver à cette valeur honorable, il a fallu 30 ans à la radio et 15 ans à la TV. 
Non seulement nous sommes en train de vivre une révolution culturelle extraordinaire, mais en plus nous la vivons à une vitesse sans commune mesure avec les autres révolutions. En fait, les chiffres donnent le vertige: il se vend à travers le monde plus d'ordinateurs que de téléviseurs ou de voitures. La croissance de l'internet est exponentielle, les autres évolutions que nos sociétés ont su traverser suivaient des pentes linéaires... les individus avaient le temps de s'adapter. Pire encore: la compréhension de l'outil informatique demande un effort intellectuel sans commune mesure avec celui de la télévision ou de la radio: internet est un outil puissant pour celui qui sait s'en servir. 
Pour vous donner encore plus le vertige: le réseau internet double tous les 6 mois au rythme actuel de 20000 nouveaux sites par jour! La France a 18 mois de retard sur les États-Unis: il y a un pourcentage nettement plus faible d'internautes en France qu'aux États-Unis et en plus, parmi les internautes français, beaucoup moins font du commerce électronique (3% d'internautes français achètent en ligne contre 22% aux states). Merci le minitel... car les français pensent très naïvement qu'un paiement par minitel est plus sûr que par internet: ceci vient d'une méconnaissance complète de la situation: les données sur le minitel n'ont jamais été sécurisées... et ne le seront jamais. Or sur internet, les lignes de paiement sécurisées offrent de réelles garanties à l'acheteur: les "pirates bleus" d'IBM passent leur journée à chercher les failles des firewalls pour empêcher toute intrusion. Ici encore, le français moyen est victime de préjugés incompréhensibles: il fait confiance au minitel qui est une passoire moyenâgeuse et se méfie des firewalls sous prétexte qu'il ne comprend pas le mot... obscurantisme regrettable. 
Encore des chiffres? Le commerce électronique a généré en 1997 un chiffre d'affaires de 350 milliards de $ (dont 50 $ pour la France puisque j'ai acheté un fragment de météorite aux États-Unis: je fais partie des 3% des internautes français qui achètent sur le net: les internautes représentant 0,5% de la population... j'appartiens à un groupuscule de 3% de 0,5% de français). 
Plus concrètement, la société "amazone.com", une start up américaine de 18 mois d'âge qui vend des livres sur le net arrive pour 1997 à un CA voisin de 1 milliard de $... ceci en quelques mois et avec un personnel réduit: de quoi faire rêver n'importe quel chef d'entreprise. 
Mais ne rêvons pas trop: ce genre de miracle est moins réalisable en France: la société "cdandco" qui vend des CD par correspondance a investit récemment 300 KF pour créer un site web (1000 CD en ligne... amazone offre maintenant 2,5 millions de livres). Si l'on compte la promotion du site (200 KF), c'est un demi-million de Francs dépensés pour faire un site qui génère actuellement 5% de ses ventes (contre 13% pour le minitel). Ceci peut paraître médiocre... et pourtant le directeur a déjà rentabilisé le site puisque le retour sur investissement a pris 8 mois! 
Le e-business est donc en train de naître sous les yeux ahuris d'une population d'incrédules qui disent comme chez Renault "ça ne marchera jamais". Ceci m'amène à une digression sur les anti-progrès: sous prétexte qu'ils n'ont pas assez de neurones pour suivre l'évolution, ils la dénigrent et inventent même le mot de "nostalgie", syndrome de ceux qui veulent avancer en marche arrière! Ces boulets qui tentent de ralentir la fusée du progrès finiront bien par se décrocher un jour et rejoindrons alors le fossé rempli de vase qui est leur place... là ils pourront fossiliser en paix et d'autres nostalgiques du passé - les archéologues - iront les récupérer plus tard pour les mettre dans des musées. 
Prenons un exemple d'actualité: l'euro. C'est un progrès indéniable. Il va permettre à des peuples anciennement ennemis de se rapprocher et de créer la monnaie la plus forte du monde, ce qui normalement ne devrait dégoûter que les américains. Et pourtant non, beaucoup d'européens sont contre. Qu'on le soit pour des prétextes de nationalisme semi-fanatique passe encore car on accorde toujours aux fous des circonstances atténuantes mais lorsqu'il s'agit de paresse maladive, c'est plus grave. En effet, comment expliquer que des personnes freinent l'avancée de la construction européenne parce qu'elles ont peur de ne plus savoir combien fera la baguette de pain en euros. On leur parle d'idéal politique, de rapprochement des peuples, de sécurité, ils vous rétorquent avec des problèmes de calculettes. 
Ne pensez pas que je sois un pro-européen enthousiaste: chaque nouveauté entraîne des inconvénients qu'il ne faut pas occulter et l'euro créera des problèmes, j'en suis sûr. Mais il était important de prendre cet exemple pour comprendre que les routes du progrès sont semées d'embûches. Ce n'est pas pour autant que l'on avance prudemment: internet avec une croissance exponentielle et un doublement tous les 6 mois risque d'être une victime de sa propre explosion. Car c'est dans sa force que se trouve sa faiblesse: sur internet, on y trouve de tout. L'étendue de l'information est telle que l'internaute s'y perd dans un océan de données inutiles... et voilà pourquoi on dit "surfer sur le web". 
Vous voulez une dernière preuve que le progrès a des ennemis? 
J'ai lancé le correcteur d'orthographe pour corriger les fautes éventuelles de cette page: il s'est arrêté sur 3 mots: 
1) internet: remplacer par "internait" (vous me direz, les internautes sont fous à lier) 
2) web: pas de suggestion (c'est pas un mot de chez nous, celui-là) 
3) euros: remplacer par suros (là, il a fait fort, mon traducteur... mais le logiciel est américain).