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Bouche bée
Dimanche
21 janvier 2005, 20:45 HAE
À nouveau, comme toujours depuis que j’ai la capacité de parler, malheureusement, pour mon plus grand désastre, les mots ne me viennent pas quand tu es là. Dès que tu entres dans la pièce, le vil cobra aux yeux d’enfer qui me poursuit depuis l’enfance s’empare de ma langue et la déchire avec ardeur, la déguste en négligeant mes cris de douleur; mes appels à l’aide tombent dans les oreilles des sourds qui m’entourent., Je ne peux que larmoyer bêtement dans le coin d’une ruelle où m’attendent des tueurs de cœurs à gages.
Perdu dans ma nervosité, je perds la voix, je perds la tête, je transpire, j’empire la situation, je me déchire à l’intérieur, je brûle d’envie de te dire ce que je ressens, je ne le peux pas, je n’y peux rien, le peu que je dis contredit ce que je pense. Pourquoi ? Je ne suis que glace et pluie devant toi.
Dans mes songes, j’arrive à percer ton mystère, tu deviens ma prêtresse, une pécheresse adorable qui dévore mes sens et nage dans l’océan de mes émotions interdites, de mes désirs inavoués, inavouables. Qui es-tu, douce femme, belle déesse dorée adorée, qu’es-tu venue faire dans mon univers, loin de l’odyssée qui te semblait pourtant destinée, là où nul ne dort, nul ne rêve, de peur du réveil brutal de ces satanés cauchemars ? Pourquoi es-tu ici ? Tu es feu et tornade devant moi.
Les nuages emportent la bête qui m’avait si longtemps traqué et presque exterminé, à tout le moins exténué, dénudé et échevelé. Le soleil s’est levé sur un matin plus calme, des millions d’années après la fin d’une guerre qui a laissé ses marques sur moi, comme un génocide vole l’histoire d’un peuple sans histoires. Pendant tant de temps, j’ai cru m’en sortir seul, sans l’aide de quiconque à mes côtés, à ma tête, malgré mes peurs, mes angoisses et mes tourments. J’avais tort. Tu brûles la glace qui gelait le sang dans mes veines.
«Mes amis, j’ai eu un rêve», a un jour dit un grand homme, maintenant, tout cela est oublié, jusqu’à son nom royal, son idéal si beau, si pur, si vrai. Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? De quoi sommes-nous punis ? Où avons-nous erré ? Simples humains, simples d’esprit, nous marchions, le vent au visage, les dents serrées, les yeux fermés, les oreilles percées et le nombril à l’air. Dans cette masse d’esclaves, de pauvres médiocres mécréants, j’estimais être une lumière au bout du tunnel, un chat parmi les chiens, une abeille dans une ruche, mais je suis incapable de t’exprimer mes sentiments pour toi. Je n’en peux plus, je me croyais plus fort que le simili-mâle qui me fait face dans mon miroir tous les matins, mais tu ne me voix pas, ma belle, ma douce, et le miroir ne fait que refléter cette pathétique transparence.
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