Troubadours, trouvères et autres ménestrels, passionnés de littérature, de poésie et de musique, mathématiciens et philosophes, soyez les bienvenus en ce castel ! Ces humbles murs, en dépit de leur allure lointaine de citadelle austère, sont fiers de compter parmi les bastions et remparts d’une culture riche mais pacifique. Vous l’aurez compris, il s’agit d’ici d’art et de science, ces deux chandelles inaltérables où loge une même clarté, ces deux flambeaux que je vous propose d’unir en un astre souverain. Mais trêve de vain bavardage ! Je devine à vos mines épuisées et aux chausses qui peinent à vous suivre que le voyage fut long à vous mener en ces lieux ; aussi, avant que vous ne vous égariez dans un quelconque couloir ou le charmant cotillon d’une soubrette qui ne l’est pas moins, je vous invite à consulter sans plus attendre la tapisserie où figure le plan du château, ainsi que le menu présent en haut de chaque page, où vous trouverez sans nul doute de quoi vous sustenter. S’il vous prenait l’envie de vous aventurer dans les passages secrets du manoir, où règne une nuit sans lune et sans étoile, n’hésitez pas à vous servir du compas, il vous permettra d’éviter les éventuels écueils. Et si vous restez malgré tout sur votre faim spirituelle, n’hésitez pas à tirer sur le cordon ; un preux chevalier viendra alors vous aider dans votre noble quête.
Des chats j’ai appris la paresse Et des minettes les câlins Je dois dire que leurs caresses M’ont rendu dingue du satin Si je suis chaud comme un lapin La faute en est à ces déesses Des chats j’ai appris la paresse Et des minettes les câlins Quand dans l’alcôve des tigresses J’entre furtif comme un félin Elles ronronnent en souplesse Griffes dehors dans leurs coussins Je dois dire que leurs caresses M’ont rendu dingue du satin M’ont rendu dingue et je ne cesse De réclamer d’autres festins Et je miaule d’allégresse Lové au creux du baldaquin La faute en est à ces déesses Si je suis chaud comme un lapin J’aime la chaleur de leurs seins Sous mon corps gonflé de tendresse Et j’ai le poil qui se redresse Dès que se cambrent leurs bassins Quand dans l’alcôve des tigresses Lové au creux du baldaquin Je glisse avec délicatesse Dans le velours de leurs écrins Dans le velouté de leurs reins Je bois le nectar de leurs tresses C’est mieux que le lait que le vin Le miel doré de mes maîtresses Au nid douillet de mes faiblesses Je m’incruste comme un poussin J’aime la chaleur de leurs seins Mais gare à celle qui me blesse Je m’enfuis au petit matin Par les gouttières de l’ivresse Libre sans collier ni sans laisse A la croisée d’autres destins Museau recensant les parfums Moustache lustrée en finesse La patte assurée du chemin Je glisse avec délicatesse Vers les balcons de ces déesses Dans le velours de leurs écrins Des chats j’ai appris la paresse Et des minettes les câlins
Les strophes composées de vers virtuels sont appelées strophes virtuelles
Une strophe correspond en général à une carrure de 8 oscillations.
Dans le cas d’un quatrain, on a les correspondances :
| Carrure | 8 oscillations | Quatrain |
| Demi-carrure | 4 oscillations | Deux vers |
| Quart de carrure | 2 oscillations | Vers |
Dans le cas de rimes croisées, chaque demi-strophe (occupant une demi-carrure) contient donc les deux rimes, et la seconde demi-strophe répond à la première :
Nous prenons comme exemple la structure :
Il existe plusieurs dispositions possibles :
| Disposition sur 8 oscillations | ||
| 1er vers | 1 oscillation | a |
| 2e vers | 1 oscillation | a |
| 3e vers | 2 oscillations | b |
| 4e vers | 1 oscillation | c |
| 5e vers | 1 oscillation | c |
| 6e vers | 2 oscillations | b |
| Disposition sur 16 oscillations | ||
| 1er vers | 2 oscillations | a |
| 2e vers | 2 oscillations | a |
| 3e vers | 4 oscillations | b |
| 4e vers | 2 oscillations | c |
| 5e vers | 2 oscillations | c |
| 6e vers | 4 oscillations | b |
Les deux dispositions sont similaires, il s’agit d’un simple changement d’échelle. Dans les deux cas, les vers 3 et 6 (derniers vers de chaque demi-strophe, rimes b) sont mis en évidences : ils occupent une place double par rapport à celle des autres vers.
La taille de la carrure est généralement prévue large, afin de disposer d’une zone tampon où la dernière rime de chaque carrure peut être allongée. Cette zone tampon permet également de gérer des vers plus longs.
Les notes correspondant aux rimes sont parmis les plus longues du vers. Ces notes sont souvent de durée plus élevée que les autres notes de la carrures, formant des paliers musicaux.
En l’absence de chant, les rimes sont généralement représentées par de longues notes identiques ou proches en hauteur qui sont répétées à la fin de deux ou plusieurs carrures afin d’en accentuer les finales. On parle alors de rimes virtuelles.
Les structures de rimes virtuelles les plus courantes sont analogues à celles des strophes poétiques.
Chaque vers peut être ouvert ou conclusif, la strophe disposant ainsi d’une double structure de rimes et d’ouvertures. Exemple :
Lorsqu’une anacrouse est désirée, on la place à la fin du vers, entre la rime et le début de la mesure suivante.
Afin de rendre solennelle la fin d’une strophe, il suffit de supprimer l’anacrouse suivant la dernière rime. Par exemple, un quatrain pourra se construire comme suit :
Les échelles rythmiques principales sont donc organisées en s’inspirant du modèle :
Il s’agit d’une hiérarchie floue, une strophe pouvant inclure plusieurs carrures, une oscillation plusieurs mesures, une pulsation plusieurs temps principaux, etc.