Danielle Dussault l'auteure & MÉDIATEXTE
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Premier texte consacré aux enfants du monde

Première nouvelle produite pour l'assocation des écrivains qui veulent venir en aide aux enfants du monde. Je fais appel aux écrivains afin qu'ils prennent leur plume et posent un geste politique en consacrant un premier texte à tous ces enfants du monde qui souffrent de la guerre. Je vous donne à lire ce court récit dans l'espoir que d'autres écrivains se joindront à moi pour défendre les enfants, victimes des intérêts des grands de ce monde.

Nulle part où aller

    Mon ami, mon frère, je viens te confesser ici que je ne sais plus prier. Qui m'a donc retournée de la sorte pour que je ne sache plus m'approcher ? Autrefois, j'entendais mon pas résonner sur le pavé et ça me rendait heureuse. Aujourd'hui, malgré les sillages de ceux qui m'ont précédée, en dépit du silence trouble de la nuit, je ne reconnais plus mon pas.


  Je reviens de la cité qui m'a longtemps bercée d'illusions. Et dans le cercle parfait des songes à venir, j'erre à ta recherche, m'inquiétant sans cesse de redire à voix haute ces mots desquels je veux devenir toute proche. Je marche derrière eux comme une étoile perdue. On m'avait promis l'abondance des matins, j'ai les mains vides de cathédrales effondrées. Je n'ai plus rien à donner que ce sentiment d'impuissance mêlé de rage sourde. Et je ne sais plus prier.


  Ils ont été si nombreux, ceux de ma génération, à me répéter les vertus de leur programme. Dans l'enceinte close de la ville, ils déambulaient ; au-dessus de leur tête surgissait un ciel éteint, dépouillé de nuage, large d'espace et de pouvoir sans religion. J'ai regardé, impuissante, l'immensité du ciel. J'avais pris congé de mon âme.


  Je t'écris, mon ami, pour savoir si tu entends ma voix frêle sous les décombres de la cité. Celle qu'ils ont érigée, après avoir soigneusement extirpé jusqu'à la moindre racine, les fondements de mon être ; les fers dont ils m'ont prétendument délivrée font à présent des bruits de dents mortes.


   J'ai cherché à leur échapper tout en faisant mine de rester. Je portais déjà l'attitude de quelqu'un qui s'en va. Je ne voulais pas les écouter. Sur les murailles qu'ils dressaient, j'osais encore tracer de vagues dessins, des silhouettes emportées par le vent, des silhouettes qui elles aussi s'enfuyaient, dépouillées.


  Sous leurs pieds, Dieu gémissait encore. Les vérités sont devenues inaudibles. Je n'ai jamais pleuré. J'ai cru que Dieu n'existait pas. J'ai pensé que, s'ils avaient pu le tuer à coups de haches, il n'avait pas eu vraiment la force d'exister. J'ai cru à la mort, à la paix malade du silence, à leur programme sans mesure. Ils ont dit : brisez vos carcans, cassez vos miroirs, soyez libres. Le programme de l'ennui était désormais fixé dans chacun de ses détails. Il fallait être prêt à mourir dans le monotone des jours pareillement assemblés. Je suis née avec leur liberté, la mise à mort dans mon âme.


  Voici que je t'appelle encore mon ami. Je sais que tu résistes, toi aussi, quelque part dans le monde, dans une vallée obscure, la fragile nebka, auprès d'un rocher, dans une synagogue. Parfois les mots se tiennent frileusement sur un portail. Il nous est resté ceci encore : la parole.


   J'ai su que je devais prier tandis que je cherchais à te joindre. Et j'ai erré en vain, ne trouvant nulle part où aller. Toutes les églises, sans exception, étaient fermées, les rues pleines de voitures, les maisons haletantes, des maisons au souffle de l'agonie. J'ai couru ensuite vers la rivière qui coule aux limites de notre ville. J'ai désiré entendre ses murmures, mais le bruit, le bruit toujours enterrait ses secrets. La rivière était muette et je ne savais plus la faire parler. À la mesure de ma colère, le bruit s'est mis alors à grandir en moi comme un géant mécontent. Et j'ai crié ton nom. Mais tu ne pouvais pas me répondre, trop occupé à vouloir qu'ils te reconnaissent dans le tumulte. Mais je peux t'assurer, mon ami, qu'ils n'écoutent plus personne, pas même leur propre voix grelottante qui chevrote certains soirs de pleine lune, où il m'arrive encore à moi de croire qu'un cercle d'amitié se tisse.


   Tandis qu'ils hurlent la victoire de leur programme, nos oreilles sont pleines de leur démesure. Ils cachent les hécatombes des cathédrales qu'ils ont fait sauter. Ils font reposer sur le socle de leur histoire individuelle des vérités paisibles et sans lendemain. Et nous les avons accompagnés, et nous les avons crus et nous les avons écoutés. Ils ne sacrifient pas leur vie comme les kamikazes ; ils sont déjà morts. Ils n'espèrent pas un monde meilleur ; ils sont des sacs de peau que l'esprit a depuis longtemps désertés.


  Ils veulent à présent me convaincre à l'ennui d'une âme lisse et sans rébellion. Dans les plaines nues, où flambent les chevaux de feu, je cherche encore un lieu où prier. Nous devons à présent trouver une autre route pour rentrer chez nous.
Aussi, quand tu me verras dans la foule anonyme, assise sur une banquette de métro, songe que cette femme à tes côtés, a construit des ponts au creux de ses mains.
Je n’ai pas trouvé d’autre façon pour te rejoindre. Peut-être qu’ensemble alors aurons-nous le courage de nous éveiller à la conscience de ces ponts qu’il nous faudra désormais reconstruire.

 

 




 CA N'A JAMAIS ÉTÉ TOI


 L'ALCOOL FROID


LES YEUX GRECS


CAMILLE OU LA FIBRE DE L'AMIANTE


LE VENT DU MONDE

L'imaginaire de l'eau

L'imaginaire de l'eau


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