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La mise en danger de la vie du Parti
par son légalisme. 1939-1941
Après l'instauration du régime nazi en
Allemagne (1933) et l’offensive fasciste dans toute Europe,
le PCF et l'Internationale Communiste (IC) passèrent
de la ligne du front unique (qui se limitait à la
classe ouvrière) à la ligne du Front populaire
antifasciste (étendu à toutes les classes,
forces politiques et personnalités qui s’opposaient
au fascisme) et au gouvernement de front populaire. Pendant
cette période, les limites et les déviations
de droite du Parti communiste français dans sa
compréhension des lois de la révolution
socialiste se manifestèrent à plusieurs
occasions.
La ligne du Front antifasciste populaire
(approuvée par le VIIe Congrès de
l'Internationale Communiste, août 1935 fut
appliquées comme une politique d'alliance avec des
forces politiques et syndicales, sans considérer
l'autonomie du parti et la direction du parti communiste
dans le Front. Par conséquent, le parti communiste
dut ensuite subir sans arrêt le chantage des partis
sociaux-démocrates et bourgeois et dépendre
d'eux jusque, dans une certaine mesure, dans son action vers
les masses populaires.
Jacques Duclos , l'un des plus grands
représentants du PCF de ces années
après le secrétaire M.Thorez, résuma
ainsi les devoirs du parti communiste en 1935 en France :
"mettre comme objectif du mouvement ouvrier, la lutte pour
la défense et l'agrandissement des libertés
démocratiques devant le fascisme". Le PCF très
tôt adopta comme idéal " la nation " et voulut
" réconcilier le drapeau national et le drapeau rouge
". Le 14 juillet 1935, les communistes arborent
conjointement le drapeau bleu-blanc-rouge et le drapeau
rouge et entonnent La Marseillaise. Dès
l'été 1934, Maurice Thorez affirmait : " Nous
aimons notre pays ". Le PCF est l'objet d'un rappel à
l'ordre de l'IC lorsque il emploi le mot de " patrie ".
Parallèlement, le 18 mai 1936, Dimitrov et l'IC
assignent pour but au " Front Unique de la lutte pour la
paix ", le " contrôle des masses organisées sur
la défense du pays ". L'IC donnait pour consigne aux
communistes de refuser les crédits militaires et
l'augmentation de la durée du service militaire
à leur bourgeoisie. Malgré les avertissements
de l'IC, le PCF alla plus loin et vota pour la
première fois de son histoire le budget de guerre de
la France au parlement, le 30 décembre 1936, qui
planifiait le plan de réarmement et de militarisation
du pays. Plus tard, le gouvernement du Front populaire fut
éliminé en 1938 par la voie parlementaire. A
la même époque, Mao critiquait les communistes
chinois qui voulaient adopter aussi en Chine le mot d'ordre
du PCF "Tout à travers le Front", niant ainsi
l'autonomie du Parti communiste chinois dans le Front
anti-japonais.
En août 39, lors de la signature du pacte
germano-soviétique de non-agression, la bourgeoisie
française en profita pour accuser les communistes
français de complicité avec l'Allemagne, en
exigeant qu'ils récusent le pacte qui n'était
pas de leur ressort. Le PCF voyait dans le pacte " une
consolidation de la paix " qui ne privera aucun peuple de sa
liberté. " (Déclaration du PCF, 25 août
1939), adoptant la défense de l'Union
soviétique comme tache essentielle face aux
coalitions et menaces de guerre contre elle.
Suivant la ligne du PCF, Thorez appelait " à
l'Union de tous les Français grâce à
laquelle les fauteurs de guerre fascistes seront contraints
de reculer. " (Communiqué du groupe parlementaire
communiste du 25 août 39). Le 26 août 39, le
gouvernement de Daladier interdit L'Humanité
et procèdent à l'arrestation des militants
communistes qui distribuaient des tracts de soutien au pacte
germano-soviétique de non-agression.
Néanmoins, le PC continuait à appeler à
" l'Union nationale " malgré les persécutions
policières. Le 1er septembre, l'Allemagne attaque la
Pologne. Le même jour le gouvernement de Daladier
proclame l'état de siège, liquide la
liberté de parole, de presse et de réunions.
Le 2 septembre le gouvernement s'adresse au Parlement pour
demander l'augmentation du budget militaire. Le groupe
parlementaire du PCF comme tous les autres groupes, sans
discussion et sous les applaudissements, vota à
l'unanimité les crédits de guerre une nouvelle
fois. Le PCF incluait le front anti-fasciste jusqu'à
participer à la militarisation de la France sans voir
la contradiction avec la revendication de paix et de
liberté proclamée. Le 3 septembre,
l'Angleterre et la France déclarent la guerre
à l'Allemagne. La presque totalité de la
direction nationale et locale du Parti, Thorez en
tête, répond avec des milliers de communistes
de base à l'appel aux armes et sont mobilisés.
Mais cela n'empêcha pas la bourgeoisie de redoubler
ses coups contre les communistes. Entre temps, le PCF suivit
la nouvelle tactique de l'IC selon laquelle l' "ancienne
distinction entre états fascistes et soi-disant
démocratiques a perdu sens politique ". Les
communistes des pays capitalistes devaient " s'opposer
résolument à leur gouvernement et à la
guerre ". (Staline à Dimitrov, 7 septembre 1939).
Le 26 septembre, le PCF est interdit et toute
activité " tendant à propager les mots d'ordre
de la IIIe Internationale " (Journal officiel de la
République Française : lois et décrets,
27 septembre 39). La situation est telle que des milliers de
ses membres sont arrêtés par le gouvernement
français. Il y eu 3400 arrestations au total. L
'organisation du parti sauta presque entièrement,
obligée à la clandestinité. 44 des 74
députés du PCF qui avait appelé le
Parlement (manifeste et lettre à Herriot) à se
réunir au Parlement pour débattre du "
problème de la paix " en expliquant que cette guerre
pour la France allait compromettre " à a fois son
avenir et ses libertés démocratiques " sont
traduits en justice. Ils seront finalement condamnés
à 5 ans de prison et de privation de droits civils et
politiques (certains comme Thorez par contumace). Ceux qui
se sont dissociés (3 députés)
reçoivent une peine atténuée, ainsi
remerciée pour leur dissociation du Parti.
A la réunion du præsidium du Comité
Exécutif de l'IC, le 19 et 20 octobre 39, où
il fut question de la " position et de la tactique des
partis communistes dans les conditions de la guerre
impérialiste ", André Marty, membre dirigeant
du Comité Central du PCF, fit un rapport. Il expliqua
que les déclarations du PCF au début de la
guerre étaient la " capitulation indiscutable de sa
direction " qui par sa " position capitularde " et " par un
glissement parlementaire ultra-légaliste " a "
désarmé le parti et la classe ouvrière
". Marty critiqua aussi le manifeste " Il faut faire la Paix
" et la lettre adressée à Herriot,
considérant qu' " une telle paix n'ait qu'un
super-Munich qui sûrement orientait le nouveau bloc
contre l'URSS ". Il expliquait aussi " devant le juge
d'instruction, les députés [communistes]
eurent une attitude fausse. " Enfin, il parla de "
l'opportunisme poltron " de la direction (Thorez).
Le 9 février 40, l'IC fit une déclaration
qui taxait la direction du PCF de " lourdes fautes " qui "
répétait des formules périmées
et par conséquent erronées (défense de
la démocratie, union de la nation) jusqu'à
parler de " l'unité française ". La
résolution notait une " certaine cristallisation des
tendances opportunistes jusque dans les organes dirigeants
(CC et groupe parlementaire). L'IC demandait de lutter sous
le mot d'ordre " A bas la guerre impérialiste, paix
immédiate " mais avertit le Parti qu'il ne devait pas
" copier mécaniquement les mots d'ordre mis en avant
pendant la précédente guerre
impérialiste. " comme par exemple la " transformation
de la guerre impérialiste en guerre civile. "
On a parlé pour cette époque d'un "
revirement " et d'une erreur temporaire de la politique de
l'IC par rapport au précédent front populaire
anti-fasciste qui fut finalement élargit plus tard en
front national anti-fasciste armé. Mais il faut
comprendre que la Seconde guerre mondiale fut à la
fois une guerre entre groupes impérialistes et une
guerre entre classe ouvrière et bourgeoisie
impérialiste. La contradiction entre les deux aspects
a caractérisé la nature, le cours et le
résultat de la Seconde guerre mondiale. Parmi ceux
qui ne comprennent pas cette contradiction ou qui, par
opportunité politique, la nient, certains accentuent
unilatéralement un aspect (guerre
interimpérialiste), d'autres l'autre (guerre de
classe). Les uns et les autres montrent leur
méconnaissance des faits et ils s'enfoncent dans un
enchevêtrement de contradictions logiques d'où
ils n'arrivent plus à en sortir. Malgré tout,
il faut reconnaître que le PCF s'acquitta pendant
cette période de son devoir de défense de
l'Union Soviétique.
Plus tard, Thorez témoigna dans ses notes que
Benoît Frachon, membre dirigeant du Parti avait
été le " responsable principal " de
l'organisation clandestine en France après son
interdiction. Malgré les nombreuses arrestations et
le décret sur la peine de mort appliqué aux
communistes, il a su assurer l'édition
régulière de L'Humanité et
d'autres publications clandestines. A l'aide du courrier et
d'envoyés, Frachon communiquait avec Thorez et Marty
à Moscou, ainsi qu'avec Duclos, Tréand et
Clément à Bruxelles, qui avaient une liaison
directe par radio avec l'IC. Ce n'est qu'une fois
éclatée la seconde guerre mondiale, avec le
caractère double de guerre inter-impérialiste
et de guerre de classe, que petit à petit l'IC et les
partis communistes dans les pays impérialistes
adoptèrent la ligne de résistance armée
contre le nazi-fascisme. Quoi qu'il en soit, tout ces faits
montrent que le PCF était :
.....1) ....empêtré dans le
légalisme et les illusions parlementaires.
.....2) ....ne concevait pas de
manière dialectique les périodes de paix et de
guerre qui se succédaient et ne comprenaient pas
qu'elles faisaient partie de la forme de la
révolution socialiste qui était une guerre
populaire révolutionnaire de longue
durée.
.....3) ....la manifestation d'une lutte
entre deux lignes, entre gauche et droite qui ne cessa de se
manifester dans le PCF, sans que la situation soit
dépassé dans cette période.
.....4) ....André Marty et
Benoît Frachon (numéro 3 du PCF et dirigeant
CGT) représentaient la gauche du parti qui prenait
appui sur l'IC. La lutte souvent spontanée,
instinctive et diffuse de la gauche contre la droite eut
pour objectif de réorganiser le parti et reconstruire
la direction. Marty, l'une des figures de la gauche,
attribuait les problèmes et le danger
d'écroulement du Parti à l' opportunisme et au
légalisme du parti.
L'effondrement de l'Etat français en mai-juin
1940, la liquéfaction de différents Etats
nationaux devant l'avancée de Hitler après
1938 (Tchécoslovaquie, Autriche, Pologne, Belgique,
Hollande, Danemark, Norvège, Yougoslavie,
Grèce, etc.), l'effondrement du fascisme en juillet
1943 en Italie, etc. ne permirent pas non seulement
l'instauration de la dictature du prolétariat, mais
le parti communiste ne fut même pas apte à
donner une direction aux forces populaires en 1939-40 que
l'effondrement du vieil état libérait parce
qu'il ne s'était pas mis dans des conditions
favorables pour pouvoir prendre la tête du mouvement
politique dans la nouvelle situation ; il ne s'était
pas préparé et il n'avait pas accumulé
l'expérience et les structures pour diriger la
guerre, il n'avait pas conçu la forme de la
révolution prolétarienne selon sa nature
réelle. En résumé, le PCF ne
s'était pas assez libéré, dans la
réalité et non seulement dans les
déclarations, de la conception prévalant du
temps de la Seconde Internationale (la conception de parti
le plus à gauche des partis de la
société bourgeoise, de parti qui lutte pour
faire valoir les intérêts de la classe
ouvrière dans la société bourgeoise, de
porte-parole dans la société bourgeoise de sa
partie la plus avancée).
Le 4 juin 1940, la direction du PCF (Thorez et Marty) et
du secrétariat de l'IC, fit un projet de
déclaration:
......" dans la situation
actuelle le mot d'ordre de lutte pour la paix, pour la
cessation immédiate de la guerre ne suffit plus […]
les travailleurs sont hostiles à la bourgeoisie
allemande […] Il faut donner la parole au peuple. Il faut
procéder à de nouvelles élections
générales pour une Assemblée populaire
nationale, en assurant le vote des soldats et des femmes. "
Le 8 juin 40, nouveau projet de déclaration :
" Le PC sent que les masses populaires, dans leur
majorité, ne sont pas encore acquises à de
telles solutions révolutionnaires. Il ne pose donc
pas la question du pouvoir, ce qui serait, en ce moment,
pour les éléments acquis aux
intérêts du Capital, le prétexte pour
consommer leur trahison, pour provoquer l'effondrement et la
rupture du front, plutôt que de renoncer à
leurs privilèges ".
Le même mois, le général De Gaulle,
secrétaire d'Etat à la guerre, refuse la
défaite et lance un appel à la
résistance le 18 juin 40 à la BBC (" La France
a perdu une bataille mais pas la guerre "). Le gouvernement
de Vichy auquel tout les pouvoirs sont données par
les parlementaires y compris les socialistes qui votent pour
ou s'abstiennent, est un état de
contre-révolution inspiré du nazi-fascisme et
du libéralisme où l'administration publique et
les tentatives de planification économique
correspondent aux tendances à long terme de la
politique et de l'économie du capitalisme monopoliste
d'Etat.
Pendant cette période la structure du PCF est
gravement désorganisée à cause de la
persécution et du départ de beaucoup de
communistes sous des drapeaux pendant la " drôle de
guerre ". Comme on l'a dit c'est seulement à partir
de la fin 40-début 1941 que petit à petit le
PCF a assumé la guerre révolutionnaire comme
une des formes principales d'activité. Le PCF
élargit alors sa ligne du front populaire en fondant
un front uni national contre l'occupant allemand. Mais avant
cela, le PCF connut une lutte entre deux lignes qui mit en
grave danger le parti à cause de son légalisme
dont le summum fut la ligne de Tréant après
l'occupation allemande du territoire français.
Duclos, Marcel Fried et surtout Maurice Tréand
tentèrent d'établir des pourparlers avec les
occupants allemands en juin-juillet 40 pour faire
reparaître l'Humanité (interdite depuis
1939). Le n°57 de l'Humanité du 24 juin
finira par paraître avec le communiqué des
autorités allemandes. En fait, il apparaît que
Duclos était assez isolé et ne tenait ses
informations de l'extérieur que par la bouche de
Tréand qui assurait la liaison interne avec l'IC. Ce
dernier est le véritable promoteur de cette ligne
légaliste. Frachon (en zone non-occupée),
resta complètement en dehors de l'initiative et
demanda des explications à Duclos. Thorez à
Moscou était lui aussi inquiet : " Utilisez moindre
possibilité favorable pour faire sortir journaux
syndicaux, locaux, éventuellement Humanité en
veillant que ces journaux restent sur ligne défensive
intérêts sociaux et nationaux peuple et ne
donnent aucune impression de solidarité avec
envahisseurs ou leur approbation. " (Directive du 22 juin
40). Il écrivit aussi :
...... " Insistons fortement
sur très grave danger que fait courir au parti le
plan des autorités d'occupation. Elles veulent
utiliser la force du Parti pur essayer de remédier
à leurs difficultés, pour faire marcher les
usines de guerre. Elles veulent faire supporter au parti la
responsabilité du chaos actuel et de la misère
des masses. Par une attitude de libéralisme apparent
à l'égard des communistes, les envahisseurs
veulent aussi saper dans les masses la confiance en notre
parti. En même temps ils veulent exercer une pression
sur les hommes de Vichy en les menaçant d'un
prétendu gouvernement révolutionnaire. Toutes
ces manœuvres et intrigues aboutiraient à
discréditer, à compromettre le parti. Le parti
doit repousser toute collaboration avec envahisseurs,
rejeter toute obligation envers eux. Les liaisons avec Abetz
[responsable allemand] et autres doivent cesser
immédiatement. "
La direction se reconstitua à la mi-août 40.
L'activité semi-légale des élus
municipaux et des syndicalistes facilita les arrestations
massives du début du mois d'octobre. A partir de ce
moment la rectification organisationnelle et politique est
en marche, mais ne se réalisera que lentement en
raison des flottements qui continuent d'affecter, au moins
en région parisienne, la direction du parti
(Tréant). La répression anti-communiste ne se
dément pas. Désormais, les autorités
allemandes agissent de concert avec la police
française pour démanteler les organisations
communistes. Les arrestations de décembre 40 viennent
confirmer l'ampleur des coups portés à
l'organisation communiste. En mai 41, Vichy pouvait se
flatter d'avoir mis sous les verrous 30.000 communistes.
Durant l'automne et de début de l'hiver, la
réorganisation du Parti est marquée par la
mise à l'écart ou le déplacement de
ceux qui ont aux cotés de M. Tréant, suivit la
ligne légaliste avec les Allemands. Tréant est
mise à l'écart à partir de l'automne
40, processus achevé en mai 41.
En mai 41 la décision est prise de créer un
front national de lutte pour l'indépendance
nationale, qui s'inscrit dans une évolution interne
qui débute dès l'automne 40 et la
réorganisation-reconstruction du parti :
...... " Il faut orienter le
feu principal de la campagne contre tous les agents des
occupants et contre tous les acolytes de la politique de la
résignation et de la conciliation avec l'agresseur en
critiquant les propos anti-démocratiques du mouvement
de De Gaulle, pourtant il est nécessaire de valoriser
le rôle objectivement positif de ce mouvement dans
l'étape actuelle […] Il faut d'une manière
encore plus résolue développer une campagne
contre l'antisémitisme en ouvrant le feu contre le
régime réactionnaire et la théorie
raciste des occupants ". (Lettre du 27 janvier 41, directive
de la direction du PCF et de l'IC).
Joseph Epstein au moins de juin 41 à Moscou, fait
un rapport à l'IC et à Thorez et Marty :
...... On constate dans les
masses populaires un réveil du sentiment national, un
développement considérable de la haine contre
l'armée de l'occupation, des sentiments
anti-allemands très violents. […] Le
mécontentement est énorme mais la masse bouge
difficilement. Beaucoup croient que tant que les Allemands
occupent la France, on ne peut rien faire. La force
allemande les impressionne […] Nombreux sont ceux qui n'ont
pas compris la politique de l'URSS et considèrent le
pacte allemand-soviétique comme un acte de trahison.
Avec le temps et grâce au travail du parti leur nombre
diminue, mais il reste encore assez important, surtout que
la propagande allemande profite de chaque occasion pour
faire croire que l'URSS est l'alliée du III e Reich.
Si un jour l'URSS entrait en guerre contre l'Allemagne, elle
aurait avec elle, l'immense majorité du peuple de
France. " (Rapport manuscrit).
Sur le terrain, pour le PCF, il s'agit de rétablir
les liaisons régionales et départementales
après l'Armistice. Charles Tillon, membre du
Comité central (autodidacte, militant syndical, mutin
des marins mer Noire en 1919 qui refusent d'aller se battre
contre le gouvernement bolchevique, il fait la grève
de la sardine de Douarnenez (1924), la marche des
chômeurs du nord (1933), la campagne électorale
contre Laval à Aubervilliers (1924) la
récupération à Alicante des
dernières forces républicaines espagnoles, qui
se solde par un échec) devait en cas de pépin
assumer la direction du parti sur le territoire (ordre de
Frachon).
...... " Personnellement,
aussi blessé que je fusse par la cuisine
secrète de Staline et le sort qu'il nous infligeait,
ignorant des marchandages du pacte, je jugeais que pour
préserver l'avenir, il fallait sauver l'appareil
clandestin afin que le PC survive […] Le devoir,
c'était d'abord de sauver pour un autre avenir le
legs de ces 20 dernières années de combats,
faites de succès, de défaites, de folies
parfois, mais de foi et d'esprit de sacrifice par en bas
toujours " (Mémoires de Tillon)
La Résistance anti-fasciste, le
point le plus haut atteint par la classe ouvrière
dans sa lutte pour le pouvoir.
Charles Tillon est chargé de reconstruire la
direction du parti à Bordeaux et commence à
appliquer les règles de la clandestinité
(groupes de 3 comme cellule d'organisation clandestine qui
sert de base organisationnelle à la
Résistance). En automne, les directions
régionales réorganisés commencent
à formé dans plusieurs départements les
groupes de l'Organisation Spéciale (OS). Grâce
au concours des Jeunesses Communistes (dirigé par
Danièle Casanova). L'OS est encadré par
d'anciens des Brigades Internationales en Espagne au nombre
desquels les travailleurs immigrés qui seront au
premier rang plus tard des FTP-MOI en région
parisienne. Les taches de l'OS sont essentiellement
l'autodéfense armée lors des actions
politiques et le sabotage.
Fin 40-début 41 Tillon est rappelé à
Paris. En janvier 41, commencent les opérations de
récupération d'armes et d'explosifs sur tout
le territoire parfois avec l'aide des mineurs. Au printemps,
est formé parallèlement un service de
renseignement militaire connu plus tard à Londres
sous le nom de FANA, dirigé par un ex des Brigades
Internationales.
La transformation des petits groupes de l'OS
créés jusque là (et laissés
à la disposition des directions du PC) en une
organisation autonome de lutte armée, se heurte
à de nombreuses oppositions à
l'intérieur de l'appareil du PC. Devenu effectivement
membre du secrétariat clandestin du PCF en mai 41,
Tillon est chargé à ce titre de l'organisation
de la lutte armée. La formation de groupes de combat
commença d'abord sous le sigle des TP qui
s'interprétait Travail des Partisans. Les oppositions
à l'appellation ouverte de Francs-Tireurs et
Partisans furent vaincues définitivement alors que
les groupes de combat se multipliaient. Dans le livre Les
FTP. La guérilla en France. rédigé en
1961 et 1967, Charles Tillon explique : " on ne saurait
dissimuler que pendant des mois les progrès de
l'organisation furent lents. Dans un rapport
présenté au Comité Central le 31
août 44, Jacques Duclos a écrit : " C'est alors
que dans nos rangs certains éléments
essayèrent de combattre " théoriquement "
notre politique et parlèrent " d'actes individuels "
(…) Ils appelaient " actes individuels " et " terroristes "
ce qui était le point de départ, encore timide
et hésitant, de la lutte armée de tout notre
peuple. "
D'après certaines sources, ordre de l'IC fut fait
en janvier 1941 aux PC européens de verser 10% de
leurs effectifs à la guérilla mais c'est un an
plus tard que se créé les FTP-MOI (main
d'œuvre étrangère). D'après d'autres,
c'est en janvier 43 qu'une directive ordonne aux sections du
PCF en zone sud de reverser 5% de leurs effectifs au FTP.
C'est l'acte de naissance de l'organisation militaire en
zone sud. Elle fut élevée à 10% en juin
43. Au même moment, Tito lançait tout entier le
PC yougoslave dans la lutte armée. Quoi qu'il en
soit, le PCF élargit au printemps 41 sa ligne du
front populaire anti-fasciste en fondant un front uni
national contre l'occupant allemand. En octobre 41, les OS
sont remplacées par les FTPF ouverts aux non
communistes.
Parmi les premiers faits de guérilla les plus
marquants de 1941 : Le 23 août à Paris au
Métro Barbès Rochechouart, est abattu un
officier allemand. Le 20 octobre 41, un lieutenant colonel
est assassiné à Nantes.
Entre-temps, le 22 juin 41, Hitler attaque l'Union
Soviétique et est stoppé à Stalingrad.
C'est le tournant de la guerre mondiale.
En octobre 42, l'état-major FTP lance dans
France-d'Abord son mot d'ordre offensif contre
l'occupant :
" Que chaque cri fasse balle. La lutte armée doit
devenir le devoir de toute la Résistance. Chaque
ennemi sera ainsi visé. Car combien sont-ils donc et
combien sommes-nous, si nous sommes un peuple allié
de ses alliées ? La victoire ne sera obtenue que par
la destruction de l'armée hitlérienne dont la
puissance initiale a été forgée avant
la guerre à l'abri des divers " attentismes " de la
non-intervention et de Munich. De ces données
d'écoulent une stratégie commune à tous
les peuples unis dans la volonté d'en finir le plus
tôt possible avec l'hitlérisme. Cependant si
les Russes restent seuls à détruire la
puissante armée nazie, les Français devront
supporter un autre hiver de guerre, au cours duquel Hitler
pourrait réaliser au moins ce qui fut le premier
article de son programme insensé de domination du
monde : détruire la France, berceau de la
Liberté. Donc aucun Français de France n'a
intérêt à laisser durer une guerre
atroce, alors qu'il est possible de l'abréger. Hitler
a en France 250.000 hommes pour faire face au second front.
Les forces d'occupation sont si réduites que Hitler
les double de policiers, gendarmes, légionnaires et
autres mercenaires que Pétain et Laval transforment
en soldats boches pour aider à occuper, à
piller, à saigner la France. Mais les Français
en état de se battre sont dix fois plus nombreux que
l'ennemi.
Un boche isolé est un prisonnier. L'ennemi n'occupe
militairement le terrain que là où ses
unités peuvent agir en tant qu'unités. Et tous
les transports, voies de communication, transports publics,
ne sont assurés que par des mains de Français.
En dehors d'une force d'occupation réduite, il ne
reste qu'une occupation politique exercée par des
traîtres. Dans ce rapport des forces, la terreur nazie
n'est opérante que pour ceux qui l'acceptent ou bien
l'encouragent en exagérant sa puissance pour mieux
maquer leur lâcheté. " Attendre ", faire la
guerre avec la peau des Russes, partir en Allemagne pour
travailler pour l'ennemi, laisser guillotiner les
Français pour crime de patriotisme, c'est reculer
l'heure du front en désertant le front de la France
!
Le front de la France ? Il est partout où il y a un
boche, une de ses armes ou un wagon, un camion, de l'essence
ou du blé destiné aux boches, un terrain
d'aviation, un dépôt d'armes, un chien de
Laval.
Nos armes ? Elles sont partout où un peu de courage
donne le loisir d'en prendre. Chaque ennemi
désarmé doit servir à armer un chef de
groupe, autour duquel s'armeront d'autres patriotes d'armes
improvisées. Pour la forme de guerre qui nous
incombe, contre les forces d'occupation, le nombre doit
suppléer à la qualité du
matériel. Et nous sommes dix contre un…
Comme vous le recommande le Front National, dans vos usines,
vos quartiers, groupez-vous en Comités populaires de
la France combattante pour coordonner toutes les formes
d'action politique et économique contre l'ennemi ;
arrêtez toute production pour les boches et
empêchez tout départ pour l'Allemagne. En
même temps organisez et menez l'action
armée.
" La libération nationale, a dit le
général de Gaulle, ne peut se séparer
de l'insurrection nationale… "
L'insurrection nationale ne saurait être le produit
d'un miracle, une génération spontanée
à l'heure H. Il n'existe pas d'autres moyens
d'organiser une armée de patriotes pour la
Libération que le combat quotidien, qui forge la
discipline et les chefs, procure les armes et permet
d'organiser en agissant, d'agir en organisant. Laisser
croire le contraire serait préparer à notre
peuple des désillusions que nous voulons
épargner.
Chacun à son poste de combat, chacun à son
arme. Que sans attendre, tout ce qui appartient à
l'armée d'occupation soit cerné de haine,
attaqué, frappé, exterminé. Et que, sur
le front national de Libération, retentisse le cri de
guerre contre tous ceux sui veulent détruire notre
patrie :
Tous debout et chacun son boche ".
Il faut attendre la même période pour qu'il
y ait un rapprochement militaire de l'Armée
Secrète gaulliste, qui refuse la guérilla et
entend " préparer l'insurrection " en planquant des
armes, vers les FTP. La multiplication des "
réfractaires au STO " dans les premiers mois de 43
par suite de l'institution du " service du travail
obligatoire " -envoi des français travailler en
Allemagne- va permettre la création des maquis dans
les forets et les montagnes. Les Résistants
représenteront alors 2% de la population (10% en
incluant les soutiens logistiques et autres) d'après
Robert O. Paxton, (La France de Vichy). La
moitié dans les rangs FTP.
En avril 43, est proposé à tous les
organismes de la Résistance une préparation de
l'insurrection en vue de l'ouverture d'un second front en
France, promis mais toujours retardé par Churchill et
Roosevelt jusqu'au printemps 44. En hiver 43-44, est
créé le programme du Comité National de
la Résistance (CNR) mais la direction du PCF se
soumet progressivement à De Gaulle au niveau du CNR.
Après le débarquement des Alliés 44 qui
ouvre enfin le second front, est
décrété l'insurrection populaire
(guérilla+grève générale) qui
libère avant l'arrivée des Alliés le
Nord, la Bretagne, le Sud-Ouest ; des villes comme
Marseille, Bordeaux. L'insurrection populaire assure le
contrôle des frontières italiennes et
espagnoles. Les FFI (forces françaises de
l'intérieur)-FTP feront 42.000 prisonniers.
Après le second débarquement du 15 août
lorsque les Alliés atteignent la Provence ils peuvent
comme le dit le maréchal Montmogery suivrent l'ennemi
" à travers un pays effectuant sa propre
libération ". Paris est libéré par une
insurrection en août 44 sans l'aide des Alliés
qui voulait contourner la Capitale et contre l'avis du BCRA
(bureau des opérations gaullistes) et de De Gaulle
qui trouvent cela prématuré. A Lyon où
l'avis des gaullistes avait été suivi, les
Allemands avaient pu quitter la ville, massacrant avant les
prisonniers avec l'aide des vichystes et envoyant des
convois de déportés jusqu'au dernier moment.
Mais après la libération du territoire, les
communistes ne profitèrent pas vraiment du formidable
élan populaire dû à la
Résistance. Les partisans de la prise du pouvoir
furent écartés. Le PCF adopta un programme de
capitalisme à visage humain, concrétisé
déjà dans le programme de Conseil de la
Résistance Nationale : la Charte, en mai 44.
Après la libération, les communistes entrent
au gouvernement jusqu'à leur expulsion en 1947.
Le programme de capitalisme à visage humain a
permis des conquêtes sociales de civilisation et de
bien être pour les masses populaires
(sécurité sociale, santé, retraites,
etc.) qui ont constitué dans leur ensemble des
institutions et des formes antithétiques de
l'unité sociale. Du côté des masses
populaires, ces conquêtes en vue
d'améliorations de leurs conditions de vie et de
travail, ont été arrachés et
était le résultat de leurs batailles, le
sous-produit de la révolution
irréalisée des décennies
précédentes et de l'influence de la
Résistance. Du côté de la bourgeoisie
impérialiste, elles furent des concessions faites
sous pression du mouvement communiste pour écarter
les masses de la révolution socialiste.
La Libération de 1944-45 et les
illusions parlementaires du PCF.
La Résistance contre le nazi-fascisme fut bien le
point plus haut atteint par la classe ouvrière dans
sa bataille pour le pouvoir en France et en Europe. Il faut
y inclure pour la France l'existence des FFI, des
comités de Libération, des Gardes patriotiques
et des comités de gestions après la
Libération qui ont eu une vie brève mais qui
constituent pourtant l'expérience politique la plus
poussée et la plus audacieuse du mouvement populaire
français pour le pouvoir.
Le livre de Grégoire Madjarian (Conflits,
pouvoirs et société à la
Libération. 10/18,1980) ne prend pas en compte la
lutte entre 2 lignes dans le PCF pour expliquer la politique
du Parti, mais j'ai repris de nombreux passages. Selon lui,
les Gardes patriotiques étaient des sortes de milices
ouvrières ou de gardes rouges des Comités de
Libération qui assuraient un contrôle ouvrier
sur la production et la distribution et remplissaient aussi
des taches d'épuration. Elles vont jusqu'à
faire respecter la réglementation des prix et
assurent un ravitaillement équitable pour
éviter le marché noir et la
spéculation. Leur importance peut être
jugée par le rassemblent au Vel d'Hiv le 4 novembre
44 sur l'initiative des Gardes patriotiques de la Seine
où près de 30.000 participants se rassemblent
contre les tentatives de les " désarmer ". Frachon y
participe en tant que déléguée pour le
PCF. Le secrétaire de la CGT évoque " l'ordre
garanti par les masses populaires ".
Au lendemain de la Libération, des Comités de
gestion ou de production se sont aussi constitué "
dans de nombreuses entreprises ", un peu partout en France,
en majorité dans les centres industriels et l'ex-zone
du Sud (principalement les régions lyonnaises et
marseillaises et les villes industrielles du centre).
Plusieurs milliers de patrons se virent retirer pour une
période indéterminée la direction de
leurs usines. D'après une rare estimation sur ce
phénomène, le nombre de ces Comités
tourne autour de la centaine en janvier 1945. Beaucoup
d'entre eux furent formés au cours des deux mois qui
suivirent la retraite des troupes allemandes, et presque
toujours dans des régions qui échappaient au
contrôle du Gouvernement provisoire. Ils furent le
résultat d'initiatives locales, prises par des
militants soucieux de réorganiser l'économie
sur des bases nouvelles.
Si les occupations d'usines de 1936 sont une date
mémorable dans l'histoire des luttes ouvrières
en France, il faut accorder que la formation de
Comités de gestion en 1944, qui fut une mise en cause
directe ou indirecte, non pas de la propriété,
mais de la gestion capitaliste des entreprises, est un fait
social d'une portée autrement importante. Dans la
plupart des cas, les Comités de gestion furent
institués à la suite de mesures
d'épuration frappant des capitalistes pour faits de
collaboration, mais parfois, il s'agit plus de ripostes aux
" grèves " des entrepreneurs, à leur
opposition ou leur mauvais vouloir concernant la remise en
route de l'entreprise.
D'une manière générale, les syndicats
jouaient un grand rôle dans l'institution des
Comités. Quelquefois, les membres étaient
simplement proposés par les organisations syndicales
aux Comités départementales de
Libération ou aux Commissaires de la
république qui ratifiaient cette désignation.
Presque toujours, ils étaient élus par les
travailleurs après avoir été
présenté par les organisations syndicales. Ces
comités, l'espoir qu'ils faisaient naître,
contribuèrent grandement à la reprise de
l'activité industrielle du pays. Mais leur pouvoir
allait du simple rôle consultatif à la totale
direction de l'entreprise. Ces comités
spontanément crées étaient ainsi
essentiellement des délégations syndicales.
Quel a été le rôle de la CGT ? Le Bureau
confédéral et les fédérations
d'industries ne firent apparemment rien pour étendre
et généraliser le mouvement. Pourtant quelques
dirigeants fédéraux et
confédéraux et la gauche du PCF
exaltèrent les capacités constructives des
travailleurs révélés par ces
Comités comme Benoît Frachon. Mais on avait
surtout le souci de ne prendre aucune initiative
gestionnaire qui n'ait été approuvée
par les Commissaires de la République, et a fortiori
qui ait pu être en opposition directe avec la
volonté de ces derniers. Les quelques Comités
créés par des sections syndicales dans
l'ex-zone Nord et principalement dans la région
parisienne -où le contrôle des directions
fédérales s'exerce plus fortement que partout
ailleurs -ne furent guère encouragés, ni au
moment de leur formation, ni plus tard.
Comment est reçu le programme de capitalisme
à visage humain par les ouvriers et les militants de
la base ? Le discours de Thorez du Comité Central
d'Ivry du 21-23 janvier 1945 : " une seule armée, une
seule police, une seule administration " et la remise des
armes provoquent l'étonnement dans la base (Gardes
patriotiques et comité de gestion). Les critiques de
Marty et Tillon n'ont pas apporté
précisément de lumière nouvelle sur le
Comité Central d'Ivry. Ils mettent en cause soit la
politique de la direction en septembre 44, soit sa politique
d'ensemble qualifiée d'électoraliste à
cette époque.
Les socialistes alors parlent de " réformes de
structures " et la direction communiste de " produire " et
de reprise économique. Dans l'interview
accordée au Times, Thorez parle de "
progrès vers le socialisme " en parlant des
nationalisations qui commencent dès octobre 44 dans
le Nord et le Pas de Calais (mines) pour maintenir la
production et assurer le ravitaillement en charbon mais qui
sont aussi des concessions sous la pression du mouvement
social et des mineurs. Ainsi, les projets de lois, votes,
dans une quasi-unanimité, substituent aux
thèmes de la " guerre aux trusts " et de la "
confiscation des biens aux traîtres ", les
impératifs de modernisation de l'économie et
de productivité. La phase parlementaire des
nationalisations, qui se joue essentiellement à
l'intérieur de la Constituante qui s'achève
avec la disparition de la majorité
socialiste-communiste en mai 46, est
caractérisé et déterminée par la
recherche de l'unanimité qui requiert l'accord du MRP
qui porte ses efforts sur la limitation des
nationalisations, le maintien d'une gestion traditionnelle
et l'indemnisation des actionnaires.
Ce fut pendant cette période que se constitua
vraiment dans tous les principaux pays impérialistes
comme en France le capitalisme monopoliste d'état
comme des Forces Antithétiques de l'Unité
Sociale (" concentration, combinaison, coopération,
antagonisme des intérêts privés,
intérêts de classe, concurrence, centralisation
du capital, monopoles et sociétés par actions,
autant de formes contradictoires de l'unité que
suscitent toutes ces contradictions ", explique Marx dans
Grundisse ). La bourgeoisie impérialiste
à développé des formes
spécifiques de médiation entre le
caractère collectif des forces productives et la
permanence des rapports de production capitalistes qui
encadrent ces forces productives : les forces
antithétiques de l'unité sociale (FAUS). Elles
surgirent pour empêcher le développement dans
la société des effets les plus destructifs
propres à l'économie capitaliste et maintenir
une stabilité politique. Les Banques, les
associations de capitalistes, les négociations
collectives des rapports de travail salarié, l'argent
fiduciaire, la politique économique de l'Etat, les
systèmes de prévoyance, sont bien ainsi des
tentatives de médiations entre le caractère
collectif des forces productives et les rapports sociaux de
production capitalistes qui survivent. Dans une certaine
mesure, cela éclipse les manifestations plus
destructives de l'antagonisme social et prolonge sur une
longue durée sa manifestation. Au niveau politique,
ce furent des concessions faites sous pression du mouvement
communiste pour écarter les masses de la
révolution socialiste.
En France, comme ailleurs, les nationalisations
étaient opérées dans des secteurs
arriérés de l'industrie lourde : il s'agissait
aussi d'entreprises gravement atteintes par la guerre et que
les entrepreneurs privés ne pouvaient remettre sur
pied par eux-mêmes. Le retard de ces activités
de base (matières premières, énergie)
contrecarrerait le développement de l'économie
nationale dans son ensemble, mais leur faible
rentabilité, les énormes investissements
nécessaires n'attiraient pas les capitaux. Sous
quelque forme que ce soit, l'Etat était contraint
d'être directement ou indirectement l'entrepreneur
principal de la Reconstruction des villes
dévastées, des ports détruits, des
moyens de transports endommagés, il devait refaire
l'infrastructure économique du pays, reconstituer et
remettre à neuf l'industrie lourde. Les capitalistes
laissaient à l'état le poids des
investissements et le rôle de socialiser les pertes et
des déficits. On note dans la presse patronale
française de l'époque que la guerre n'a pas
fait seulement apparaître de nouveaux riches mais
aussi de " nouveaux patrons " : ces nouveaux patrons sont "
tantôt des fonctionnaires de carrière,
tantôt des anciens industriels et commerçants
qui ayant misé sur l'étatisation sont
entrés dans l'administration ". (Les échos 10
avril 1946). Prenons l'exemple de la nationalisation des
Houillères, en France comme en Angleterre pour
illustrer ce mouvement économique et social. Sous le
régime de Pétain, l'Etat prit en charge la
différence entre un prix de revient forfaitaire et le
prix de vente du charbon, en versant aux compagnies une "
indemnité de compensation ". Il assurait de cette
manière la plus grande part des risques de
l'exploitation des Houillères dont il orientait, par
ailleurs, la gestion, par l'intermédiaire d'un
Comité d'organisation. Si la forme de la
nationalisation fut une décision
déterminée par des raisons politiques : calmer
l'effervescence chez les bassins, l'intervention de l'Etat
dans ce domaine constituait un pays supplémentaire
dans une voie où Vichy s'était
déjà engagé. On peut remarquer que les
nationalisations ne furent pas particulières à
la situation politique et sociale de la France, et que, en
dehors des démocraties populaires, elles connurent,
d'une manière générale, à la fin
de la Seconde Guerre mondiale un grand développement
dans nombre de pays d'Europe occidentale. Parmi ces pays,
l'Autriche fut celui où les nationalisations furent
les plus étendues, touchant les industries
métallurgiques, la construction mécanique et
l'électricité. C'est parmi les trusts comme le
reconnut plus tard le PCF qu'il entendait combattre qu'on
trouve finalement les principaux bénéficiaires
de l'indemnisation.
Finalement, les communistes ne comprirent pas que les
FAUS fournissaient de nouvelles armes à la
bourgeoisie et empêchaient la radicalisation
spontanée qui avait explosé dans les
périodes passées. Dans la
société impérialiste de masse, les FAUS
deviennent même l'instrument déterminant de
l'ordre public et de la stabilité économique
et politique mais en même temps, dans les pays
capitalistes, les FAUS rendent plus manifeste et promeuvent
le caractère collectif de la société et
éduquent pratiquement les masses à elle. On
doit relier cette limite a la monté du programme de
la droite révisionniste dans le Parti et ses
illusions sur le passage pacifique au socialisme. Entre 1945
et 1947, la bataille de la production forme l'essentiel de
l'action syndicale, elle est considérée comme
un impératif qui prime sur tout non seulement sur
l'abolition du régime capitaliste mais même sur
la réalisation du programme de la Résistance.
" Produire c'est assurer le bien être des travailleurs
" d'après la CGT de l'époque. C'est du jeu des
élections qu'on attend la venue de changements
sociaux. Dans cette perspective, la bataille de la
production se veut une preuve de l'esprit de
responsabilité et de la capacité de la classe
ouvrière à affronter les problèmes de
la production, en même temps qu'un moyen de
conquérir la légitimité politique de
conduire les destinées du pays.
Mais la lutte contre le révisionnisme
(déviations de droite) et les illusions
parlementaires qui avaient déjà mis en
péril la vie même du Parti au cours des
années précédentes reprend de la
vigueur, après l'échec patent de cette ligne
de participation au gouvernement.
Selon Madjarian, " après la première Guerre
mondiale, sur deux années consécutives
s'étalaient des conflits qui faisaient entrer en 1919
et 1920 plus d'un million de travailleurs. Après la
Libération alors que la paix avait prévalut
jusqu'au printemps 47, la même année à
quelques mois d'intervalle à peine, éclatent
deux crises sociales, dont l'une en hiver, qui
entraînent chacune plus d'un million de travailleurs
-celle de novembre-décembre 47, beaucoup plus longue,
connaissait une rare violence et prenait une tournure
insurrectionnelle. Le rapprochement avec la fin de la
Première Guerre mondiale permet de dire que tout se
passe comme si l'explosion ouvrière avait
été seulement retenue, retardée, se
produisant enfin. Cela donne une idée de l'ampleur
des déceptions et des rancœurs ouvrières et
populaires accumulées et contenues depuis la
Libération. "
" Lors du grand mouvement social de juin 1947, les
militants de la tendance Frachon semble-t-il conduisirent
des grèves ouvrières. A l'intérieur du
Parti, la participation au gouvernement était de plus
en plus souvent remise en cause. L'indice de la puissance de
ce courant, c'est qu'il parvient même à
s'exprimer dans la presse du Parti. Par exemple, dans la
Patriote ariégeois, les 29 mars et 12 avril, un
responsable publia des articles qui, s'appuyant sur les
postions de principes d'avant-guerre, aboutissaient à
la conclusion d'une non-participation à tout
gouvernement bourgeois. L'utilité des ministres
communistes était contestée, ainsi que leur
attitude. " Pas de mannequin au Parti " avait
été l'expression de Thorez qui avait
marqué nombre de personnes avant guerre. Cela
semblait concerner cette fois, en forme d'interrogation, les
ministres communistes d'alors. Après la parution de
ces articles, le Comité central exigea la publication
d'une réponse ce qui n'eut pas lieu. Une sanction fut
prise contre la Fédération de l'Ariège,
sous la forme d'un blâme. Le Comité central se
réunit obligé de justifier l'attitude des
ministres : " Ils ne tiennent pas aux portefeuilles par
vanité personnelle " ; " ils ne tombent pas dans le
crétinisme parlementaire " (France-nouvelle 17
mai 1947). Il expliqua aussi : " Vous l'êtes tous,
camarades, hommes de gouvernement, dans les Comités
d'Entreprise, les commissions d'assainissement des prix,
dans les syndicats d'ouvriers agricoles ou de la CGA, dans
les caisses de sécurité sociale […] dans les
conseils municipaux […] dans votre usine, dans votre
village, dans votre quartier. " (France-nouvelle, Idem). Il
est significatif aussi que peu après, Thorez
lui-même fasse état, pour les condamner, des
réactions de soulagement voire d'allégresse
des militants devant l'exclusion des ministres communistes.
C'est mesurer à quel point l participation
gouvernementale devait peser. A la conférence de la
Fédération de la Seine, par exemple, le
secrétaire général s'était
écrié : " On rejette les communistes du
gouvernement. C'est là un évènement
capital. (…) Nous n'avons pas à nous réjouir,
ni surtout à nous sentir soulagés. ". Dans le
même sens, une conférence de la
Fédération de Dordogne (7-8 juin 47)
révèle que " certains camarades se sont
étonnés de notre attitude sur le plan
gouvernemental " (Brochure des travaux de la
conférence). Les informations reçues par le
président Auriol vont dans le même sens : deux
jours avant la révocation, le président de la
République appris de sources sures que le maintien du
PCF au gouvernement n'avait pas été
discuté seulement au Bureau Politique mais aussi dans
les fédérations. Malgré les
interventions de Thorez, les discussions avaient
débouché sur les conclusions suivantes : Le
Parti n'influençait plus en rien la politique
française. On ne le craignait plus. Les ministres
n'avaient pu empêcher le gouvernement de pratiquer une
politique colonialiste, ni de s'aligner de plus en plus sur
le bloc occidental. La présence de communistes dans
les ministères s'avérait inefficace et on
tendait, par ailleurs, à l'associer à l'action
anti-ouvrière. Au Bureau Politique, cette position
avait été violemment défendue par Marty
et Mauvais. Duclos faisait des réserves. (Cf. Auriol
Mon septennat.). "
" Dans ce contexte, la grève de Renault
d'avril-mai 47 fut un événement capital.
Mouvement déclenché malgré le PCF dans
un de ses bastions, elle amorçait un
débordement par la classe ouvrière de ses
principaux représentants, la contestation ouverte de
leurs fonctions. La presse, y compris socialiste ne manqua
pas de monter en épingle le discrédit de la
CGT et des communistes à Renault ; la direction du
PCF ne pouvait pas ignorer qu'on cherchait à
détruire son seul atout, sa seule force : son
influence dans les masses ouvrières, ni les
conditions de la vie de la classe ouvrière rendaient
la situation explosive.
" Ce qu'il y aurait de plus dangereux, ce serait de
démoraliser la classe ouvrière et de lui
donner l'impression qu'elle est dupée " dira Duclos,
s'adressant aux députés le 2 mai. "
Peut-être avait-on rêvé que notre parti
accepterait tout, qu'on pourrait l'accuser ensuite de tous
les maux et qu'on saperait ses bases d'influence dans les
masses ouvrières ; après quoi on le
rejetterait comme une quantité négligeable. Il
ne faut pas compter sur nous pour faire une politique de "
citron pressé ", ajoutait-il.
" Dès le 2 mai, Duclos avait averti par avance les
députés : " Oui en dépit de tout nous
vous aiderons, quelle que soit la conclusion politique de ce
débat. Nous vous aiderons parce que nous avons le
souci de l'intérêt national. " Le 4 mai, le
chef du groupe communiste rassurait à nouveau
l'Assemblée : " Le parti communiste, qu'il soit ou
qu'il ne soit pas au gouvernement, se considérera
comme un parti de gouvernement " ; " nous écarterons
délibérément tout esprit de
dénigrement systématique. " (Journal Officiel,
débats parlementaires, séance du 2 mai 47.
Voir aussi la déclaration de Duclos au New York
Herald Tribune (8 mai 47) ; Un peu plus tard
France-nouvelle écrivait (17 mai) : " Hors du
gouvernement, nous sommes toujours un parti de gouvernement.
").
Dans les faits, la CGT donnait un gage tangible de bonne
volonté en acceptant de reporter en décembre
la révision générale des salaires,
décision qui " assainit incontestablement le climat
social " commentait La Vie Française (30 mai
47), l'organe des milieux financiers. Le Parti vivait son
exclusion du gouvernement comme une crise
ministérielle. D'autre part, lorsque
l'Humanité titra le 25 juin : " le Plan Marshall,
un piège occidental ", Thorez s'empressa de
démentir avec force, expliquant : " Nous sentons trop
notre responsabilité pour faire quoi que ce soit qui
puisse gêner l'entente nécessaire entre
Alliés et le relèvement de notre pays. "
(L'Humanité, 26 juin 47).Mais c'est surtout
après octobre 1947 lorsque le Parti communiste
abandonne l'espoir d'être un " parti de gouvernement "
comme les autres. " (Grégoire Madjarian. Conflits,
pouvoirs et société à la
Libération. 10/18,1980, p.370-373)
Il y eu un changement de politique du PCF à partir de
cette période qui est aussi le résultat d'un
moment important de la lutte contre le révisionnisme
au sein du PCF qui renforce la gauche du Parti : la
conférence de formation du Bureau d'information des
partis communistes réunie le 22-27 septembre en
Pologne où est convoqué le PCF.
Les critiques
anti-révisionnistes du PCF par le mouvement
communiste européen.
A cette occasion, les partis frères
européens firent le procès du
révisionnisme des partis communistes français
et italien. De larges extraits de cette conférence
furent réunis plus tard par le groupe
marxiste-léniniste Ligne Rouge en décembre
1969 qui les présenta dans une brochure sous le titre
" Staline contre le révisionnisme ", comme un "
fascicule d'éducation politique
marxiste-léniniste-maoïste. " et d' " histoire
du mouvement ouvrier et communiste ".
La conférence fut l'occasion de voir combien entre la
ligne de Staline et des Bolchéviks et celle de Thorez
en France, il y avait une différence fondamentale en
particulier à cette époque dans
l'immédiate après guerre. Il y avait non
seulement de divergences implicites sur la ligne et sur les
positions politiques dont nous pouvons donner maint exemple.
Exemple : en 1945, au moment de la défaite du
colonialisme français au Liban l'Humanité se
lamente sur les " erreurs " (du colonialisme
français) qui compromettent " les
intérêts et la présence française
au Liban ". Au même moment à la tribune de
l'ONU le délégué soviétique
intervient pour exiger le " départ de toutes les
troupes d'agression du Liban ", c'est à dire les
troupes colonialistes anglaises et françaises.). Il y
avait aussi des divergences ouvertes, des critiques et mises
en garde explicites. Les discussions et les décisions
qui ont été prises à la réunion
de formation du Kominform de septembre 1947 en Pologne
était là pour rectifier la ligne du PCF et les
déviations de droite.
Une difficulté vient du fait que l'opposition
politique radicale qui existait entre la ligne de Staline et
de Thorez, était souvent occultés par les
affirmations de la droite du PCF qui se dit " stalinienne ",
marxiste-léniniste en paroles, anti-stalinien,
opportuniste de droite, révisionniste en
réalité.
Longo et Duclos sont allés à la
Conférence à la place de Thorez et de
Togliatti qui se sont défilés. A cette
occasion on note l'organisation de la lutte armée
contre l'occupant (Partisans), Front Uni National avec tous
les antifascistes y compris les bourgeois. Ce qui
était juste. Mais aussi l'incapacité d'avoir
la direction effective du Front Uni National : en France par
exemple les communistes représentent
l'écrasante majorité des forces de la lutte
politique et armée contre les Nazis mais ils laissent
Bidault, agent de De Gaulle et des Anglais occuper la
présidence du CNR. Le PCF et le PCI ont une grande
popularité dans les masses mais ils n'ont pas du tout
démasqué les agents doubles du genre de
Gaulle. Au lieu de maintenir et de faire évoluer le
rapport de forces en leur faveur ils capitulent devant les
exigences de la bourgeoisie et tombent dans toutes leurs
manœuvres. Ils acceptent la dissolution des milices
populaires, ordonnent de rendre les armes détenues
par le peuple à la bourgeoisie contre des strapontins
ministériels au gouvernement. Dans ces gouvernements
les postes clés sont détenus par les Partis
social-démocrates et bourgeois " nouveaux " (MRP en
France, Démocratie Chrétienne en Italie).
L'administration bourgeoisie a été
entièrement réédifiée,
l'armée épurée de la plupart des
éléments progressistes issus de la
Résistance et reprise en main par la bourgeoisie.
Dans ces conditions les communistes au gouvernement n'ont
que très peu de poids et surtout leur politique de
concession sur concession à la réaction les
isole de plus en plus du peuple. La bourgeoisie les
tolère car leur politique de " Retroussez vos manches
" [(Thorez)] revient à la reconstruction de
l'économie capitaliste au seul profit de la
bourgeoisie ; malgré les plus honteuses concessions
du PCF (comme le vote des crédits militaires pour
l'Indochine en mars 1947 par les ministres communistes :
Thorez dit qu' " il n'y a pas lieu de rompre la
solidarité ministérielle " ( !) " le PCF est
finalement chassé du gouvernement en mai 1947. Au
moment de la conférence le PCI est encore au
gouvernement mais il ne fait pas de doute qu'il va lui
arriver la même chose.
Au moment de la conférence la situation PCF et du PCI
n'est donc pas brillante ; Longo et Duclos ont quelque peine
à camoufler que le bilan de la ligne politique
électoraliste et parlementaire de leurs Partis est un
bilan de faillite.Voyons des extraits des interventions
critiques.
Le 24 septembre, intervention d'Edward Kardelj, membre du
PB du PC Yougoslave :
" […]Les partis français et italiens n'ont pas
encore de perspective bien nette. Ils participent à
la lutte pour la reconstruction industrielle, pour les prix,
pour résoudre les difficultés
économiques. Je ne suis pas bien au courant. Mais je
crois que dans les conditions du Capitalisme les Partis ne
doivent pas appliquer pareille tactique. Un PC ne peut pas
prendre une telle position à l'égard d'un
gouvernement qui fait du pays un vassal de
l'Amérique. C'est la voie de l'opportunisme, du
parlementarisme. L'opposition dans ces conditions n'est plus
q'une opposition de forme. Il n'est pas possible de ramener
toute la politique à la simple lutte parlementaire.
Pourquoi contribuer à l'amélioration de la
situation économique d'un gouvernement que l'on se
propose de renverser ? "
[…]
Puis l'intervention de Djilas (à ce moment jeune
dirigeant du parti yougoslave. Devenu avec Tito chef de file
du révisionnisme yougoslave, […] Mis à
l'écart par les titistes il est devenu aujourd'hui
totalement bourgeois.) :
" […]Le PCF a constitué des blocs de toute sorte,
mais pas toujours sur la base de la lutte armée, de
la Résistance, d'une insurrection qui viendrait au
moment opportun, au moment où toute la Nation y
compris la bourgeoisie serait prête. Cela à
permis à Bidault d'occuper la présidence,
comme au Mihailovitch français De Gaulle de devenir
le sauveur de la patrie. Le PCF n'a pas fait l'insurrection.
Ils se sont laissés influencer par des opportunistes,
des capitalistes, par ceux qui attendaient les Anglais, qui
affirmaient que les Allemands étaient encore forts
[il s'agit des réseaux de " Résistance "
gaullistes et bourgeois.]
Les politiciens tarés et corrompus ont eu gain de
cause. Il aurait fallu réfléchir sur tout ce
que nous avons appris de Lénine et de Staline,
autrement dit que la guerre de l'URSS est une lutte
prolongée. En dépit de l'héroïque
lutte des Partisans français, le PCF n'a pas fait son
devoir à l'égard de la Nation
française. Après la guerre, le PCF a fait des
concessions successives à la réaction, il a
permis la dissolution des forces de Résistance,
l'exclusion des Partisans des milices, etc… Le PCF
espérait prendre le pouvoir au moyen des
élections. Il était ainsi poussé sur le
chemin de l'attente et de la passivité. Comment le
PCF explique-t-il cette attitude ? Il dit qu'il ne pouvait
rien faire avant que la guerre contre les Allemands fut
terminée afin de ne pas compromettre les rapports
entre les Russes et les Américains. De Gaulle, sous
prétexte de mettre de l'ordre dans l'armée a
exclu les vrais combattants de la lutte contre
l'Allemagne.
Lutte de la Nation contre l'Allemagne. Moyens exclusivement
parlementaires. Le deuxième argument est ridicule. Ce
qui aurait apporté le soutien le plus efficace
à l'URSS aurait été une action pour
réduire l'influence américaine sur le peuple.
Pendant la guerre contre les Allemands les Grecs n'ont pas
hésité à s'opposer aux Anglais. Nous
autres Yougoslaves n'avons jamais permis que les
Anglo-Américains aient une influence
déterminante. Les communistes français sont
devenus de piètres représentants de la
politique de l'URSS devant le peuple français
pourtant combattant.
La Constitution française (Constitution de 1946
rejetée au 1er Référendum de mai 46)
que les communistes comme les socialistes ont soutenu au
cours du Référendum, était impopulaire,
ce n'était pas une bonne Constitution. Les
communistes l'ont votée par crainte d'être
isolés, tandis que les socialistes ont essayé
de la faire rejeter au moment du Référendum.
Nos camarades ont été victimes de la machine
électorale dans laquelle ils ont cru
aveuglément. Une autre constitution a
été faite ensuite et les communistes l'ont
acceptée sous prétexte qu'il fallait en finir
avec le provisoire.
Les communistes ont continué d'accroître leurs
effectifs et son devenus le Parti le plus fort, mais les
événements ne se sont pas
déroulés selon leurs prévisions.
L'impérialisme US devenait toujours plus puissant,
les guerres coloniales s'aggravaient ; pour obtenir l'aide
US, la bourgeoisie a commencé à marchander
avec les USA. Les communistes exclus du gouvernement ont
été les premières victimes. Bevin,
Bidault (Ministres des affaires étrangères
anglais et français) etc. savaient fort bien que les
communistes n'auraient pas abandonné le terrain
parlementaire sur lequel la réaction a réussi
à constituer une majorité contre eux. Les
communistes français ont toujours affirmé
qu'ils n'auraient jamais quitté le terrain de la
légalité. Tout le travail de leur Parti
était fondé sur cette affirmation.
Aucun ordre, aucune discipline. N'importe qui peut entrer
dans ce Parti. En 46 les effectifs atteignaient le million.
En 47, 800.000. Où sont passés les autres ? Il
n'y a pas eu d'épuration. Le mot d'ordre : augmenter
les effectifs. Il s'agit d'une ligne politique et
idéologique. De nombreux membres du Parti ne se
considèrent tenus par aucune obligation. La
réaction avait fort bien vu que si la direction du
Parti avait fait la moindre tentative, la masse des
adhérents n'aurait pas suivi. Les camarades
français auraient du savoir que les Américains
agissaient en vue de la domination mondiale et qu'ils
auraient tout fait pour chasser les communistes du
gouvernement.
Les communistes français auraient du savoir que la
bourgeoisie est au pouvoir, que le Parlement est un
instrument de ce pouvoir. Ils auraient du préparer le
Parti à affronter une telle situation. Ils ne l'ont
pas fait. L'ennemi en a profité. La politique
pratiquée à l'égard des socialistes
n'est pas juste. Elle n'a apporté aucun avantage.
Blum était d'accord pour un Comité d'entente
(Comité de discussions au sommet formé par le
PCF et la SFIO fin 44 en vue de la fusion organique des deux
partis en un " Parti Ouvrier Français " qui aurait
été la réunification sur le plan
politique du mouvement ouvrier français après
la réunification syndicale de 44. L'échec fut
rapide.) Il y eut des discussions, mais il n'y a plus ni
Comité ni discussions. Les communistes
français perdent leur temps en discussions aux
échelons élevés mais ils n'ont rien
fait à la base. Les ouvriers ont pensé qu'il
était possible d'aboutir à un accord avec
Blum. […] La politique du PCF à l'égard de De
Gaulle n'est pas très claire. A [u Congrès de]
Strasbourg, Thorez a critiqué De Gaulle, mais cela ne
l'a pas empêché de souligner ses mérites
pendant la guerre. C'est pourtant faux. De Gaulle n'a rien
fait, c'est un agent de Churchill, en accord avec
l'Intelligence Service, il a organisé des groupes qui
ont entravé l'action des Francs Tireurs. Quelle
différence avec Mihailovitch et avec Anders
?(Mihailovitch : chef du gouvernement yougoslave en exil
à Londres. Agent des anglais.) Pourquoi ne pas dire
la vérité aux Français, pourquoi faire
de De Gaulle un héros national ? S'isoler des masses
? De quelles masses ? Certainement pas de la classe
ouvrière, laquelle ne saurait être avec De
Gaulle. Les communistes français sous estiment le
danger de De Gaulle. Si un jour, Blum et Ramadier
n'étaient plus utilisables, voilà De Gaulle
tout prêt.
(…)Les perspectives du PCF sont loin d'être claires.
Le Congrès n'a rien apporté sur ce point, il
n'a été qu'une manifestation. Où aller
? Un membre du PCF ne sait que faire. Sur la politique
étrangère Thorez s'est exprimé en ces
termes : " La solution du problème allemand
garantirait la sécurité, l'entente avec toutes
les nations et d'abord l'Angleterre, l'Amérique et
l'URSS. L'union franco-soviétique est la meilleure
garantie contre le danger allemand, etc. " De tels propos
pouvaient être tenus pendant la guerre. Mais
aujourd'hui l'impérialisme US est à la
tête d'une nouvelle croisade contre l'URSS ; mettre
sur le même plan les Anglais et les Russes peut
induire en erreur le français moyen, lui dissimuler
les vrais amis et les véritables ennemis. Lorsque je
parle des erreurs des communistes français j'entends
qu'ils devraient s'occuper de rectifier la ligne, laquelle
ne correspond plus à la réalité de la
situation internationale. Revoir leur travail, leurs erreurs
et ensuite mobiliser le Parti avec la plus grande
énergie. Ce n'est pas trop tard. Sous la conduite du
PCF, la classe ouvrière pourra se battre et gagner la
partie. […] ".
C'est au tour de l'intervention d'Anna Pauker ( vieille
militante et dirigeante du Parti Roumain, notamment
chargée de sa réorganisation dans la
clandestinité sous le joug fasciste. " Epurée
" par les révisionnistes roumains après 1956
comme " stalinienne ".) :
" […] Duclos a affirmé que Guy Mollet emploie les
mêmes arguments que les communistes. (Duclos a
présenté Guy Mollet comme chef d'une " gauche
" dans la SFIO, avec qui le PCF pourrait s'allier). Mais en
ce qui concerne le plan Marshall Guy Mollet a exprimé
son approbation. Pourquoi Duclos enjolive t-il la
vérité devant nous ? Il faut attaquer Guy
Mollet. L'essentiel est le point de vue à
l'égard du Plan Marshall. Il ne faut pas faire de
pirouettes. Il faut dire non seulement devant le peuple mais
devant la nation toute entière que Guy Mollet est
d'accord avec Blum, qu'il trahit. […] A mon avis, les
Américains et leur valet De Gaulle voient la
situation mieux que nos camardes. Ils voient que les pays
d'Europe Orientale marchent vers le socialisme, que la
France pourrait y aller à son tour, car il existe une
réelle possibilité. Si l'on mobilise la classe
ouvrière il est possible de gagner le peuple. Voyez
ce qui se passe en Italie. Il peut se produire la même
chose en France. Il faut mobiliser le peuple français
contre cette grave menace. Le MRP et bien d'autres sont les
valets du capitalisme Américain et Anglais.
La lutte ne se ramène pas uniquement à
l'organisation de meetings et de campagnes
électorales. On ne peut se borner à affirmer :
" Nous voulons éviter l'isolement ". Le PC n'est pas
un parti de gouvernement à tout prix. On gouverne
lorsque l'on peut appliquer une politique
déterminée. La France et l'Italie constituent
un avertissement pour tous les pays du monde. Des millions
d'hommes ont voté pour le Parti. Au lieu de les
mobiliser et de les convier à la lutte, nous leur
disons : " Nos n'avons pas été chassés,
nous avons quitté le gouvernement de nous-même.
" C'est là le plus sur moyen de démobiliser
les masses. Lors des évènements de Hongrie
nous avons mobilisé le peuple, nous avons dit : "
Voyez ce qui se passe ". Si l'on disait la
vérité au peuple français qui a tant
souffert de la trahison des Daladier, des Pétain,
etc., il comprendrait certainement. Longo [PCI] a
affirmé que nous avons besoin de l'aide US à
certaines conditions. Si nous disons cela au peuple, celui
ci pensera : " Si les communistes qui sont des
honnêtes et des courageux disent cela, nous devons
prendre l'argent des Américains. " Nous devons tenir
un autre langage, nous devons dire que nos pouvons nous
passer de l'aide américaine. Lorsque le peuple russe
avait faim, les Russes n'ont pas dit : " Nous avons
absolument besoin d'aide. " En placant toute notre confiance
dans les forces du peuple, nous pouvons nous tirer d'affaire
dans tous les pays, sans l'aide américaine. Ce sera
plus long, ce sera plus difficile, mais nous y parviendrons.
Mobiliser le peuple : le peuple Yougoslave a donné
des millions d'heures de travail.
Duclos a affirmé que nous dirons aux peuples : " Nous
voulons l'amitié des Anglais, des Américains
et de l'URSS. Pourquoi les mettre tous ensemble ? Il faut
montrer le vrai visage de ces soi-disant alliés.
Dunkerque (le rembarquement des troupes anglaises en 1940).
La Ruhr (Les américains et les anglais ont
entravé la prise des réparations dans la Ruhr
prévue par les accords pour la France. Pendant ce
temps ils manœuvrent pour restaurer les Krupp, Thyssen et
Cie…). Montrer les chiffres au peuple, démasquer des
alliées qui les exploitent. Dire que d'autres ont une
toute autre attitude. Ainsi le peuple français
saurait qu'il peut compter sur une amitié qui ne se
démentira jamais. Il connaît la force de
l'URSS. Un allié qui est fort et qui de son
coté dispose de bien d'autres alliés, une
centaine de millions d'hommes. Il faut dire clairement qu'il
faut se ranger aux cotés de l'URSS. Si
l'impérialisme américain s'efforce de
soumettre la France et l'Italie, il n'est pas encore trop
tard pour consolider le front de la Résistance, pour
appeler à la lutte.
Il faut reconquérir le terrain perdu. Nous souhaitons
au Parti Français et au Parti Italien qu'ils
acquièrent enfin une vue claire de la situation de
sorte qu'ils puissent progresser […] "
En réponse Duclos répond le 25 septembre
1947 :
[…]Je veux répondre à la critique de Jdanov
sur notre formule du " Parti de gouvernent ". Comment
peut-on imaginer que nous voulons assumer la
responsabilité de la politique du gouvernement ? Si
nous voulons dire pas là que notre Parti est un parti
capable de gouverner, qui a fait ses preuves et qui peut
reprendre le pouvoir. "
JDANOV : Ne croyez vous pas que le peuple aurait mieux
compris si vous aviez dit que le PC est un Parti
d'opposition ? Je n'ai jamais lu ce mot dans les discours de
Thorez ni dans ceux de Duclos depuis le mois de mai "
DUCLOS : Aussitôt après notre sortie du
gouvernement, il y a eu un certain flottement c'est exact.
JDANOV : Lorsqu'un Parti comprend qu'il s'est
trompé, il doit le dire urbi et orbi. Vous ne l'avez
pas fait.
[…]
L'intervention de clôture sera faite par Jdanov le
27 septembre 47. Il est intervenu très souvent au
cours du débat notamment dans la critique du PCF et
du mot d'ordre de Thorez " le PCF est un Parti de
gouvernement. " :
" […]Nous sommes d'accord que lorsque nous parlons de la
tactique et de la stratégie des Français et de
Italiens nous avons en vue non des modifications de
détail, mais une orientation, une politique nouvelle.
L'une des taches essentielles de la Conférence est
celle là. (…) Pour dissiper toute équivoque je
veux dire que nous ne sommes pas du tout contents de la
déclaration de Duclos selon laquelle le PCF est un
parti de gouvernement. "
[…]
On peut tirer des conclusions, en particulier la
portée et limite de la Conférence. La question
du pouvoir, de la prise du pouvoir. " parlementarisme,
opportunisme, légalitarisme " tels sont les mots que
Malenkov a bien du mal à arracher de la bouche de
Duclos. Jdanov intervient avec force à plusieurs
reprises pour dénoncer le mot d'ordre opportuniste de
Thorez " Le PCF est un Parti de gouvernement ". De fait, ce
mot d'ordre résume très bien la
dégénérescence révisionniste de
la direction du PCF : Jdanov montre que ce mot d'ordre fait
assumer au Parti la responsabilité de la politique
anti-populaire et pro-américaine du gouvernement
bourgeois tripartite pro-américain. C'est par
anticipation le procès de la " Démocratie
avancée " du PCF d'aujourd'hui. De fait la critique
est celle du révisionnisme quoique le mot en
lui-même ne soit évoqué que par un
orateur (Kardelj). C'est là une des premières
limites de la critique faite à la conférence.
Il y a eu une pseudo-rectification du PCF. L'attitude
honteuse du PCF par rapport au mouvement de
libération nationale des colonies " françaises
", son soutien de fait à l'impérialisme
français. Sous couvert d'être un Parti National
( ce qui peut être en soi même juste), le PCF
est en fait complètement social-chauvin ; Dans son
intervention " auto-critique " Duclos est obligé de
concéder que le PCF a commis des déviations de
" légalitarisme, opportunisme et illusions
parlementaires " mais il essaye de se défiler soit en
esquivant les critiques soit en présentant les
déviations somme de simples insuffisances.
Dans la réalité, après la
conférence, le PCF n'a pas fait de réelle
auto-critique devant le Parti et les masses. "
L'autocritique " de Thorez citée par certains comme
bonne et anti-révisionniste n'en est en fait pas une.
Elle n'insiste que sur l'aspect " unité à la
base " contre " l'unité au sommet " sans aborder le
problème du contenu de cette unité, de la
ligne politique ce qui est pourtant l'essentiel.
Quant à la rectification des erreurs : elle a eu lieu
sur certains points importants et a permis de faire
éclater plus nettement la lutte entre les deux voies
au sein même de la direction du PCF. Mais cela a
été une pseudo-rectification superficielle. En
effet, les mêmes thèses révisionnistes
ont été reprises et justifiées
après 1956.
En 1946 (avant la Conférence) Thorez avait
accordé sa tristement célèbre "
interview " au Times prônant le " passage pacifique au
socialisme ". Cette thèse fut provisoirement mise en
vieille mais les révisionnistes s'y
réfèrent aujourd'hui.
La rectification fut la plus nette par rapport à
l'impérialisme américain. Celui-ci fut
dénoncé comme principal fauteur de guerre et
d'agression dans le monde. L'appel de Stockholm et la
création du mouvement de la paix : en dépit de
l'ampleur de la campagne la mobilisation des masses se fit
souvent de façon défensive et pacifiste.
Sur l'internationalisme et en particulier la lutte contre
l'agression du colonialisme français contre les
peuples d'Indochine le PCF osa enfin qualifier cette guerre
de colonialiste (c.f. l'intervention de Jeanette
Thorez-Vermesch [épouse de Thorez] à
l'assemblée) mais le travail du Parti fut
insuffisant. Comme l'a écrit A. Marty dans son livre
après son exclusion (L'affaire Marty. 1955),
l'esprit des Marins de la Mer Noire ne se réveilla
pas parce qu'il ne fut pas suscité par le PCF et
c'est uniquement la lutte résolue des Vietnamiens qui
leur permit de vaincre l'impérialisme français
et l'impérialisme américain. Les tracts pour
lesquels Henri Martin fut condamné avaient un contenu
purement pacifiste. Un exemple typique : en 1949 les
camarades vietnamiens demandèrent au CC du PCF de
leur fournir une aide en armements. Thorez considéra
cette demande comme complètement farfelue.
Les actions anti-colonialistes et anti-impérialistes
les plus résolues furent menées par le PCF au
moment de la maladie de Thorez et du séjour de
celui-ci à Moscou. (Cf. la manifestation contre
Ridgway la Peste fin 52 sur l'initiative d'André
Marty qui le dirigea personnellement). A son retour Thorez
était furieux et stigmatisa " l'aventurisme ". De
fait ce fut la véritable raison de l'exclusion de
Marty. Celui-ci avait fait devant la direction du PCF un
rapport sur le soutien aux luttes de Libération
nationale et critiquant les déviations du PCF
à ce sujet. Il avait d'autre part publié dans
les cahiers du Communisme un grand article sur Blanqui
mettant en lumière les aspects positifs et
fondamentalement révolutionnaires de ce grand
révolutionnaire prolétarien du XIX eme
siècle.(…) le débat sur Blanqui portait la
question de la violence révolutionnaire, chose qui
effraie le plus les révisionnistes. Le triomphe de
Thorez sur ce point [] marqua aussi la victoire du
révisionnisme thorézien dans le PCF sur le
plan idéologique et théorique.
Il est juste de parler de la lutte entre les deux voient
au sein du Parti à cette époque, y compris au
niveau de la direction. (…) Marty et d'autres camarades
(tels Georges Guingoin qui fut l'héroïque
dirigeant des FTP du Limousin, le foyer de Résistance
le plus avancé tant sur le plan politique que
militaire. Dirigeant de la fédération de la
Haute Vienne il est exclu en 1953.) ont
représenté un moment un courant de
résistance mais inconséquent au
révisionnisme qu'ils ne caractérisaient
d'ailleurs pas de ce mot […]. Marty fut exclu comme un chien
et à son exclusion un grand nombre de camarades
écœurés quittèrent le PCF.
Le PCF dans les années 30-40 et
la révolution socialiste. Quelles leçons, quel
bilan ?
Plusieurs fois, le parti communiste français fut
mis en danger par le poids de son opportunisme et de son
légalisme. La période 1935-1941 est a ce sujet
exemplaire et est riche de leçons pour expliquer la
période qui a suivi. Tout au long de l'histoire du
PCF, dans les années 30-40, une lutte entre 2 lignes
entre la droite et la gauche se manifesta. A chaque fois la
lutte de la gauche avait pour but de sauvegarder le parti et
de le réorganiser. Mais la lutte de la gauche contre
l'opportunisme et les déviations de droite, souvent
spontanée, instinctive et diffuse (malgré
l'aide des directives de l'IC), n'arriva pas vraiment
à ce que la situation soit dépassé.
Dans la pratique le parti ne réussit pas à
combiner la lutte pour la révolution socialiste et
celle contre le fascisme et tomba dans la déviation
de droite qui consistait à se poser en tant qu'aile
gauche de la coalition de toutes les forces unies en vue
d'abattre le fascisme. La gauche obtint que la
déviation de droite, selon laquelle le parti
communiste était l'aile gauche d'un rassemblement
progressiste dirigé par la bourgeoisie pour
défendre les droits démocratiques des masses,
se présente à l'intérieur du parti
comme une ligne tactique, provisoire, à adopter en
attendant de meilleurs jours.
Si aujourd'hui nous cherchons une réponse à
la question des limites et erreurs du PCF et finalement
pourquoi pendant la première crise
générale du capitalisme(1910-1945), les partis
communistes des pays impérialistes n'ont pas
réussi à guider les masses populaires
jusqu'à la conquête du pouvoir et à
l'instauration du socialisme, la réponse est : "Parce
qu'ils ne comprirent pas que la forme de la
révolution socialiste était la guerre
populaire révolutionnaire de longue durée".
Ici, il faut bien entendre que concevoir la ligne
stratégique du parti communiste comme une guerre
prolongée ne doit pas être assimilée
avec le militarisme (blanquisme) et le simple fait de "
prendre les armes ". L'accumulation et la formation des
forces révolutionnaires doivent arriver "au sein de
la société bourgeoise" mais, par la force de
choses, elles s'accomplissent graduellement. Le parti doit
éviter, par une conduite tactique adéquate,
d'être contraint à un affrontement
décisif tant que les forces révolutionnaires
n'ont pas été accumulées jusqu'à
avoir atteint la supériorité sur celles de la
bourgeoisie impérialiste. L'activité
défensive et offensive des travailleurs aujourd'hui
se déroule pour une grand part à la
lumière du jour, avec des activités
légalement tolérées par la bourgeoisie,
découragées et entravées par elle mais
pas interdites. Il est absolument inconsistant ( avec
l'exemple et/ou avec la propagande) de convaincre les
ouvriers et les masses populaires à abandonner ce
terrain. Chaque tentative dans ce sens laisse le champ libre
aux révisionnistes, aux économistes, aux
bourgeois. C'est seulement au fur et à mesure que la
bourgeoisie empêche les activités politiques et
culturelles des masses réalisées
légalement, en les mettant hors la loi, en les
persécutant, etc. que les progrès de l'action
du parti communiste, de la classe ouvrière et des
masses populaires, feront jour. Il suffit de voir la vitesse
des "progrès" que la bourgeoisie fit en 39-41 et
qu'elle fait aujourd'hui sur cette voie en ce qui concerne
la liberté de grève, l'expression de la
pensée et de la propagande, la
représentativité dans les assemblées
électives. La bourgeoisie n'a pas d'autre voie,
même si par expérience, elle en connaît
les dangers et fait mille efforts pour ne pas prendre cette
voie. La résistance organisée à
l'avancée de la crise et de la guerre d'extermination
que la bourgeoisie impérialiste mène contre
elles suscitera une contre-révolution puissante mais
le parti doit tenir tête. C'est seulement alors, sur
la base de leur expérience, que la classe
ouvrière, le prolétariat et les masses
populaires déplaceront une partie croissante de leurs
luttes et de leurs forces dans la guerre, qui alors
deviendra la forme principale dans laquelle elles pourront
s'exprimer et dans laquelle le parti pourra les diriger
victorieusement. Concevoir l'action du parti communiste
stratégiquement comme une action légale,
considérer la légalité comme la
règle et la clandestinité comme l'exception
qui entre en action dans les moments d'urgence, ne pas
prévenir le moment où la bourgeoisie cherche
à démolir le parti, ne pas construire le parti
en vue et pour la guerre civile, n'est pas conforme aux lois
de la révolution prolétarienne. Même
pendant la résistance armée anti-fasciste, le
PCF et les partis communistes d'Europe de l'ouest ne
consacrèrent que 10% de leurs effectifs à la
lutte armée et sa logistique, ce qui témoigne
dans une large mesure qu'ils considéraient cette
période comme une exception. Le régime de
contre-révolution préventive, la
clandestinité est un problème
stratégique pas tactique. La bourgeoisie a pour
préoccupation principale la stabilité et la
conservation du régime, avant le respect de n'importe
quels droits politiques et civiques. Les Etats capitalistes
actuels ne permettront pas que le mouvement ouvrier
révolutionnaire accumule des forces de manière
pacifique et fera tout pour empêcher qu'un
véritable Parti communiste construise et accumule des
forces révolutionnaires. Il ne suffit donc pas de
créer un organisme clandestin "à
côté de l'organisation légale ". C'est
le parti qui doit être clandestin, c'est
l'organisation clandestine qui doit diriger l'organisation
légale et assurer de toute façon la
continuité et la liberté d'action du parti. Le
parti communiste doit être un parti clandestin et, de
la clandestinité, mobiliser tous les mouvements
légaux qui sont nécessaires et utiles à
la classe ouvrière, au prolétariat et aux
masses : c'est la leçon de la première vague
de la révolution prolétarienne qui a vu
l'activité de l'IC.
En résumé, l'incompréhension du PCF et
de l'IC est que la forme de la révolution socialiste
n'a pas été comprise (et n'a pas
été traduit en action politique) comme la
guerre civile contradictoire entre classe ouvrière et
bourgeoisie impérialiste et la forme principale de la
lutte de classe au cours de ces années comme
l'avaient compris Mao et les communistes chinois.. Les
partis communistes des pays impérialistes ne se
placèrent jamais sur ce terrain comme terrain
stratégique principal, d'où et en fonction
duquel développer tout le travail, même le
travail pacifique et légal. Ils n'appliquèrent
pas dans le travail de masses, la première
règle léniniste : " combiner avec intelligence
le travail légal et illégal " (Lénine :
La maladie infantile du communisme, le gauchisme. Avril
1920) sous la forme d'une guerre prolongée. A cause
de cette incompréhension, ils subirent l'initiative
de la bourgeoisie et ses provocations. Ils croyaient aussi
que la révolution prolétarienne assumait la
forme principale de la guerre dans les colonies et dans les
semi-colonies, pas dans les pays impérialistes
"civilisés", bien que la bourgeoisie dans les pays
impérialistes "civilisés" eût
montré à plusieurs reprises qu'elle
était capable de raser des villes et des pays
entiers, de passer pour les armes des dizaines de milliers
d'hommes désarmés, de recourir à
n'importe quel moyen pour conserver le pouvoir et de
préférer l'occupation étrangère
(la " drôle de guerre de 39-40") plutôt que la
classe ouvrière au pouvoir.
Le PCF des années 30 ne comprit pas
forcément qu'il vivait dans une situation
révolutionnaire prolongée en
développement ou se joue en essence soit la
mobilisation réactionnaire des masses ; soit leur
mobilisation révolutionnaire qui décide
vraiment de la crise du capitalisme. Les communistes
européens ne comprirent pas ni l'unité
dialectique de paix et de guerre qui était pourtant
la réalité qui se déroulait sous leurs
yeux, ni le double rôle que les réformistes
développaient, ni le lien antithétique entre
les batailles pour satisfaire les besoins vitaux
immédiats des masses et la bataille pour
conquérir le pouvoir. Cela laissa un terrain libre et
permit de faire germer les théories
révisionnistes des réformes de structure et du
passage graduel au socialisme au sein du PCF. Il ne
réussit pas à élaborer une
théorie de la révolution socialiste dans notre
pays, au cours de la première crise
générale du capitalisme, bien que le parti se
proposât de guider la révolution socialiste.
Ce n'est pas la seule limite du PCF mais aussi la limite
de l'IC. Dans les autres pays, les communistes à
cause de cette incompréhension (la forme de la
révolution socialiste comme la guerre populaire
révolutionnaire de longue durée) soit subirent
également l'initiative de la bourgeoisie et ses
provocations(Allemagne 1919, Hongrie 1919, Italie 1920,
Autriche 1934, Asturies 1934), soit au contraire
dispersèrent leurs forces en insurrections
échouées (Hambourg - octobre 1923, Tallin -
décembre 1924, Canton - décembre 1926,
Shanghai - octobre 1926, février 1927, mars 1927) ou
encore ils eurent une ligne incertaine et contradictoire
(Allemagne 1933, Espagne 1936-1939). L'IC compris et
affronta les régimes terroristes instaurés par
la bourgeoisie (fascisme, nazisme, etc.), mais ne comprit
pas adéquatement que les régimes des pays
"démocrates" (USA, Angleterre, France, etc.)
étaient maintenant devenus des régimes de la
contre-révolution préventive. Ce n'est pas
seulement la classe ouvrière qui avait appris du
mouvement économique. Même la bourgeoisie
impérialiste avait tiré de la
Révolution d'Octobre, de l'instauration du socialisme
en URSS et des événements européens de
1918-1921, des leçons que maintenant elle employait
dans la contre-révolution préventive (New
Deal, les répressions en Angleterre et en France) et
dans la mobilisation réactionnaire des masses (le
fascisme et le nazisme). Dans le mouvement communiste et le
PCF s'est déroulé au cours de l'histoire une
lutte interne, bien que non déclarée et donc
peu efficace et très douloureuse, pour comprendre la
nature de cette réalité.
Malgré cela, le PCF affronta avec force et avec
héroïsme la clandestinité et la guerre
quand l'adversaire les leur imposa petit à petit
à partir de 1940-41 (en Italie et en Yougoslavie en
1926, au Portugal en 1933, en Allemagne en 1933, etc.), mais
vu comme un événement extraordinaire, une
pause dans un processus qu'eux "devaient" se faire
dérouler autrement, et cela même dans la gauche
du PCF. Le PCF a assumé alors la guerre
révolutionnaire comme une des formes principales
d'activité pendant la guerre contre l'occupant
allemand, réussissant à accumuler des forces
révolutionnaires.
A la libération, le PCF adopta un programme de
capitalisme à visage humain dans les premières
décennies d'après-guerre grâce à
la longue période (1945?1975) de reprise et de
développement de l'accumulation de capital et
d'expansion de l'appareil productif qu'eut le capitalisme
dans le monde. La période du " capitalisme à
visage humain " était d'autant plus
développé qu'en France le mouvement communiste
avait été fort : ce qui confirme que les
réformes sont le sous?produit, le legs des
révolutions manquées. L'influence des
déviations de droite, en particulier le
légalisme et les illusions parlementaires reprirent
de la force malgré les critiques en septembre 1947 du
Bureau d'information [Cominform] et des partis
frères. " Les communistes sont devenus de
piètres représentants de la politique de
l'URSS devant le peuple français, pourtant
combattant. " accusa Jdanov au cotés de Malenkov.
Mao Tse-toung n'a pas critiqué dans les
années 30 et 40 la conception de la révolution
prolétarienne prédominante dans les partis
communistes des pays impérialistes, il a
indiqué au contraire qu'ils suivaient la ligne d'
"élargissement de la démocratie" comme ligne
normale dans leurs circonstances (mais il critiqua les
communistes chinois qui voulaient adopter aussi en Chine le
mot d'ordre du PCF "Tout à travers le Front", niant
ainsi l'autonomie du Parti communiste chinois dans le Front
anti-japonais). C'est le même problème avec
Lénine qui a défendu l'organisation
clandestine stratégique du parti russe en nom de la
particularité russe jusqu'à ce que
l'effondrement de la Seconde Internationale en 1914 montre
dans la pratique sa nécessité universelle. Le
marxiste tire de la pratique les enseignements qu'elle
contient, il n'invente pas de théories. Les
idées doivent faire leur preuve dans la pratique, au
négatif et au positif, avant que les unes soient
rejetées et les autres valorisées. Il fallait
que les limites de tout ce grand travail se
révèlent incapable de valoriser les fruits de
la victoire sur le nazi fascisme et de prendre le pouvoir
pour qu'elles puissent être comprises et
critiquées et pour que la théorie maoïste
sur la forme universelle de la révolution
prolétarienne accède au patrimoine
théorique du mouvement communiste.
Petit à petit, de manière diffuse, la
droite eue le dessus sur la gauche du PCF qui n'arriva pas
à corriger ses limites et ne réussit pas
à élaborer une théorie de la
révolution socialiste dans notre pays, au cours de la
première crise générale du capitalisme.
Le PCF devint l'interprète organique de la phase de
capitalisme à visage humain et du rapport de la
classe ouvrière et des masses populaires avec la
bourgeoisie impérialiste en parfaite concordance avec
la conception révisionniste moderne selon laquelle le
degré de puissance atteint par la classe
ouvrière rendait désormais inutile la
révolution socialiste, et possible un passage graduel
et pacifique au socialisme. (symbolisé par
l'interview de Thorez au Times le 19 novembre 1946.).
Il est secondaire que ce soit les mêmes individus
et personnalités qui ont été
successivement à la tête de conceptions
opposées. C'est ce qui est arrivé dans les
pays socialistes avant et après la prise de pouvoir
des révisionnistes et dans les partis communistes
tombés sous la direction des révisionnistes
modernes. Il faut attendre la prise de pouvoir des
révisionnistes en 1956 en Union Soviétique et
en novembre 1960 pour que la droite du PCF renforcée
par cet événement gagne complètement la
direction et que le Parti change définitivement de
couleur. D'un coté, cela témoigne de la
résistance au révisionnisme à
l'intérieur du PCF. De l'autre, les
intéressés ne s'y trompent pas sur ce que
voulait dire la prise de pouvoir des révisionnistes
en URSS : Dans le rapport d'activité du XVeme
Congrès du PCF, Thorez vit rétrospectivement
une anticipation des thèses de Khrouchtchev dans sa
déclaration au Times en 46 et de la ligne du
capitalisme à visage humain. Il faut signaler que ce
programme fut même théorisé par
l'économiste Eugène Varga par " capitalisme
d'Etat démocratique ".
De ce fait, au cours de ces années, le PCF fut
à la fois le parti de la classe ouvrière
française, dans le sens où beaucoup d'ouvriers
actifs dans l'organisation de leur propre classe faisaient
partie du PCF, et l'un des partis du courant
révisionniste moderne, dirigé par le PCUS. Une
situation qui dura à peine 15 ans avant la seconde
crise du capitalisme au milieu des années 70.
Dès lors, ce fut le lent déclin du PCF
révisionniste.
Du coté de la gauche, cela fut la fin de la
période de lutte interne contre l'opportunisme et le
révisionnisme à l'intérieur du PCF. La
naissance de la Fédération des cercles m-l
(futur PCMLF) en 1964 puis en 1966 celle de l'UJC-ml marque
la fin de la période de scissions organisationnelles
d'avec le PCF. Mais dans la tache de reconstruire le parti
communiste les marxiste-léninistes français
répétèrent souvent telle quelle les
stratégies de l'IC dans les années 20 et 30 et
ne dépassèrent pas les limites de la gauche du
PCF de la période précédente. Pour
toutes cette raison, leurs tentatives pour reconstruire le
parti communiste échouèrent jusqu'à
aujourd'hui. Aujourd'hui, les tentatives d'affirmer le
maoïsme comme troisième et supérieure
étape de la pensée communiste s'enlisent en
discours et réflexions enfumées s'ils ne
s'appuient pas sur la thèse que "la guerre populaire
révolutionnaire de longue durée est la forme
universelle de la révolution prolétarienne".
X.Y -Mai 2004-
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